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18/09/2010

Défense d'un système bafoué.

Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer des conclusions personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

-------


Défense d'un système bafoué.

 

L'actualité belge me force à intervenir pour apporter ma petite contribution à la constitution d'un dossier dont l'ampleur sera gigantesque autant par le fond historique et social que par sa forme controversée.

 

L'Église catholique, apostolique et romaine de Belgique subit depuis quelques temps la plus dure épreuve de son histoire.  Près de cinq cents cas de pédophilie viennent de faire l'objet d'un rapport suscité par les instances judiciaires et religieuses du pays.

 

Le rapporteur a démis sionné devant l'ampleur et la gravité des faits qu'il a recueillis, laissant aux autorités religieuses et judiciaires le devoir de prendre les mesures qui s'imposent.  Le pays est sous le choc et l'Église aussi, d'autant plus qu'un évêque est lui-même coupable et a avoué les faits.

 

Maintenant que l'opprobre s'abat sur le peuple chrétien avec les excès que ne méritent que les seuls coupables directs ou indirects, je me sens le devoir de prendre la défense de ceux pour lesquels j'ai eu et j'ai toujours la plus grande admiration et la plus grande considération, moi qui fut un chrétien convaincu pendant près de septante ans.

 

Depuis une dizaine d'année, mes loisirs de pensionné m'ont permis d'affiner et d'approfondir ma réflexion sur l'existence avec la conséquence d'une option philosophique  agnostique, avec l'athéisme comme première hypothèse de réflexion. Je publie deux fois par semaine sur le blog "culture" l'ensemble de ce travail avec mon existence comme charpente de ces considérations, afin de leur donner le poids de l'expérience vécue.

 

Le sens du devoir et de l'abnégation de la majorité des hommes d'Église est remarquable. « L'amour du prochain » n'est pas une vaine assertion qu'ils proclament puisqu'ils le mettent en pratique dans leur ministère.  Ce sont eux qui m'ont enseigné l'idéal de l'élévation de ce sentiment jusqu'au sublime du sacrifice de sa personne ...

 

Je reste convaincu que cette morale est la meilleure qui soit depuis qu'en 1891, Léon XIII dans son encyclique  « Rerum novarum » a planté les premiers jalons de la démocratisation de l'Église et que Jean XXIII et ses successeurs ont poursuivi ce mouvement dans de grandes réformes.  On ne peut leur reprocher qu'une trop grande « frilosité » devant les problèmes de l'heure ainsi qu'un dogmatisme paralysant.

 

Dans ma jeunesse de guerre, j'ai cru réaliser cet idéal d'abnégation en fréquentant un internat de futurs missionnaires d'Afrique, dirigé par un frère de mon père.  La tuberculose, contractée à la suite des privations de l'occupation allemande, m'en a empêché et m'a contraint à me faire soigner pendant deux ans en Suisse.

 

Mes compagnons de collège de l'époque devinrent missionnaires et trois de mes anciens condisciples furent massacrés avec sept de leurs confrères à Kongolo par une soldatesque ivre : j'aurais pu être parmi eux si je n'avais pas été malade. Un mémorial leur a été élevé dans l'enceinte du collège à Gentinnes dans le Brabant wallon.

 

Pendant mon séjour dans un sanatorium que l'ordre de mon oncle avait construit à Montana, dans les montagnes suisses du Valais, pour soigner les ecclésiastiques malades, je me suis trouvé dans un environnement de religieux, prêtres et séminaristes en provenance de toute l'Europe occidentale.

 

Dans ce « microcosme » très particulier, j'ai côtoyé le sublime, la souffrance et la mort, mais aussi les débordements du vice, trois « clercs » me poursuivant de leurs assiduités vicieuses. Je parvins cependant à leur échapper grâce à un « scout idéaliste », mon aîné de quelques années, qui me protégea et devint un ami fidèle pendant près de soixante ans.

 

Revenu en Belgique à 18 ans, pas bien guéri, puisqu'atteint à l'autre poumon deux ans après, je rechutai. Grâce à la découverte d'un nouveau médicament, j'eus l'avantage d'être soigné chez moi et, pendant ces époques, je bénéficiai de l'aide bénévole de quelques professeurs d'un institut de ma région bruxelloise qui m'aidèrent à préparer le jury central des études secondaires.

 

Ces prêtres, dont un préfet, furent magnifiques de patience et de dévouement. Je pense souvent avec reconnaissance à tous ces profs qui m'ont tant aidé en Suisse et en Belgique.  Ce sont eux qui ont réservé leurs heures de loisirs à enseigner le pauvre gosse malingre et souffreteux que j'étais, sans se préoccuper de la destinée d'une minable et hypothétique recrue, avec le risque pour leur organisation de devoir assumer dans le futur une charge d'hospitalisation coûteuse,  longue et définitive.

 

C'est dire que dans un tel contexte,  je me sentais lié à l'Église et dans l'obligation de me montrer reconnaissant en répondant à son appel. Pourtant, de plus en plus, je me sentais avide d'une présence féminine à mes côtés pour continuer ma vie.

 

Ma mère à qui j'avais fait part de mes doutes quand à la  valeur de ma vocation, sans lui parler des approches vicieuses de certains, tellement je craignais de la faire souffrir dans sa foi profonde, se confia à son frère qui était curé d'un petit village ardennais.  L'autre oncle, le préfet de mon collège, était très malade et avait de gros problèmes de vision.  (Il finira par perdre la vue).

 

L'oncle des Ardennes vint tout de suite à Bruxelles pour m'interroger et dans mes confidences, je lui fis part des problèmes que j'avais rencontrés avec des prêtres et séminaristes vicieux en Suisse, ce qui avait fortement ébranlé ma foi. Conscient d'une responsabilité qu'il ne se sentait pas la qualité d'assumer, et ne connaissant personne à  Bruxelles, il s'adressa à l'hiérarchie supérieure de la ville, son doyen Monseigneur Boone qui me convoqua lui-même.

 

Je dois le bonheur et ma vie réussie à ce petit homme, souriant, affable, très dynamique ...  Il m'accueillait chaleureusement en me serrant la main des deux siennes avec grande amitié ... Ses yeux malicieux pétillaient de bonté ...

 

A la première entrevue, après une longue conversation, il n'hésita pas à  me dédouaner de mes scrupules...,  il me reçu ensuite pratiquement tous les mois pendant plus de trois ans.

 

Nous avions des conversations très intéressantes et il m'a appris beaucoup de choses. Nous parlions de tout,  de la foi, des religions, de philosophie, d'art et de poésie ... Il m'envoya même chez un de ses amis, prêtre et poète qui lut mes poèmes à voix haute avec beaucoup de talent en me conseillant de continuer et de publier.

 

J'ai finalement, après une longue et patiente investigation, eu le bonheur de lui présenter celle qui me cherchait et qui sera toujours à mes côtés pour construire, pendant plus de cinquante ans,  un foyer accueillant, lumineux de la joie de tous ceux qui s'y trouvèrent de passage ou pour partager notre vie : nos quatre enfants, un neveu qui avait perdu son père, ma mère et aussi les beaux-parents, parents, amis ou malheureux en quête de toit ou d'affection.

 

Nos espaces étaient aussi larges que nos cœurs et se prolongèrent dans une fermette de la région namuroise au milieu des champs, des prairies et des bois, ouverte à tous dans de joyeuses et chaleureuses agapes avec, dans le ciel, le chant des alouettes éperdues.

 

Actif dans notre environnement paroissial, nous avons côtoyé un clergé et des gens merveilleux d'idéal et de fraternité, animés d'un grand souci de partage des valeurs humaines sans arrière-pensée de récupération et plus particulièrement le curé Rabau, homme merveilleux de bonté, de dévouement et de disponibilité à tous.

 

Enfin dans ce contexte de défense d'un milieu clérical maintenant décrié, je tiens surtout à parler de mes deux oncles prêtres, qui ont eu des existences difficiles de solitude, de devoir, de partage et d'abnégation,  l'un dans son presbytère, l'autre dans son couvent.

 

Celui qui était destiné aux missions d'Afrique n'y ira jamais, sa congrégation préférant utiliser ses qualités d'enseignant et de « bâtisseur » à des fonctions nécessaires à son établissement belge.

 

Malheureusement, lui aussi fut amoindri par la maladie et me rejoindra en Suisse les quelques mois qui furent nécessaires à son rétablissement.  Mais le mal empira et lui fit finalement perdre la vue. Je crois que personne ne réalisera jamais ce que furent cette longue descente dans l'enfer de la cécité.  J'ai souvent été témoin de son courage mais aussi confident de son désespoir d'homme d'action devenu inutile et dépendant.

 

Cet homme dynamique soulevait les montagnes. Il parvint à réunir des fonds suffisants pour créer le mémorial Kongolo dans l'enceinte du couvent de Gentinnes et y construire une magnifique et spacieuse chapelle à la mémoire de tous les missionnaires tués à cette époque, dite de décolonisation.

 

J'ai eu l'occasion de recueillir ses confidences, la maladie nous ayant rapproché ... J'ai ressenti combien la solitude de ces hommes seuls sans famille est une souffrance ... que seuls l'action et le travail peuvent en partie compenser  ...

 

Quand les autorités de l'Église romaine, actuellement en plein désarroi, comprendront-elles cela et  autoriseront le mariage des prêtres ? Leur frilosité dans des réformes fondamentales causera l'effondrement de l'institution ... et pourtant l'humanité a tant besoin d'un message d'amour comme celui de leur enseignement !

 

L'autre de mes oncles, respectable curé d'un petit village près de Beauraing, lieu des apparitions de la Vierge  (il fut le confident d'une voyante, ancienne élève du catéchisme de sa paroisse - voir dossier 04.4),  a lui aussi souffert de son isolement affectif avec un stoïcisme remarquable.

 

Quand nous lui demandâmes, un jour, pourquoi il n'avait pas de poste de télévision, il nous répondit avec hauteur et détermination : « Je n'en veux pas ... Je ne tiens pas à réveiller des instincts que j'ai refoulé à coup de cravache »

 

Cette simple phrase est bouleversante et résume très bien le long et difficile combat, de ces hommes à qui on a imposé inutilement le célibat et qui, dans l'emportement idéaliste de leur jeunesse,  n'ont pas mesuré l'importance du sacrifice contre nature qu'on leur imposait.

 

Un devoir de vérité et de justice m'anime, une fois de plus,  pour défendre un milieu qui n'est plus le mien et que les médias jettent trop facilement au mépris de l'opinion publique.

 

Il n'en reste pas moins pourtant, que tout l'héroïsme et l'abnégation de ces «idéalistes » de notre société, ne font pas le poids face aux cinq cents dossiers surgis du passé nébuleux de nos institutions.

 

Ceux-ci, pourtant, ne constituent qu'une petite page du martyrologe abominable des nombreuses victimes d'individus qu'on a trop longtemps tardé à soigner ou condamner et que, dans un souci de maintien de l'intégrité d'une institution, on n'a pas ou insuffisamment sanctionnés, livrés à la justice ou aux psychiatres.

 

J'ai vécu ces époques de déviances de la  morale fondamentale dans toutes nos institutions occidentales.  Je reste horrifié à la pensée de l'inconscience coupable de nos éducateurs face à l'abomination des actes pédophiles.

 

Ce que l'on considère maintenant comme la plus répugnante des actions n'était jugée, dans un passé pas bien lointain, que comme une erreur ou une faute qu'on sanctionnait uniquement par l'éloignement du coupable ... ou un simple, cependant sévère, avertissement ... j'ai connu ça en Suisse.

 

On ne réalisait pas à ces époques la gravité d'actes abominables qui salissaient l'innocence et détruisait sa morale et son avenir. Il me revient une phrase qui remonte de mon passé chrétien et qui convient à cette situation : «c'est un crime qui crie vengeance au ciel».

 

Dans un débat beaucoup plus large quant au fond,  notre société occidentale doit se pencher sur la base d'un enseignement religieux qui nous vient du « Livre » et d'une interprétation des tables de la loi que Moïse a reçu de Yahvé.  Les moralistes chrétiens y ont remplacé les sixième et neuvième commandements, plus spécifiques à la pratique juive, par des prescrits rigoristes concernant la sexualité qui ne peut être réservée qu'à la seule procréation en dehors du plaisir.

 

Il est indispensable que les courants religieux modernes adaptent les prescrits de leur enseignement en définissant les limites acceptables de la fonction du plaisir, sexuel ou autre, qui reste essentielle et fondamentale à l'épanouissement de la personne humaine.

 

 

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17/09/2010

Défense d'un système bafoué.

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&q

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère en début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Défense d'un système bafoué.

 

Avant d'entreprendre mes considérations sur la fin d'exister annoncées dans le texte précédent, l'actualité belge me force à intervenir pour apporter ma petite contribution à la constitution d'un dossier dont l'ampleur sera gigantesque autant par le fond historique et social que par sa forme controversée.

 

L'Église catholique, apostolique et romaine de Belgique subit depuis quelques temps la plus dure épreuve de son histoire.  Près de cinq cents cas de pédophilie viennent de faire l'objet d'un rapport suscité par les instances judiciaires et religieuses du pays.

 

Le rapporteur a démissionné devant l'ampleur et la gravité des faits qu'il a recueillis, laissant aux autorités religieuses et judiciaires le devoir de prendre les mesures qui s'imposent.  Le pays est sous le choc et l'Église aussi, d'autant plus qu'un évêque est lui-même coupable et a avoué les faits.

 

Maintenant que l'opprobre s'abat sur le peuple chrétien avec les excès que ne méritent que les seuls coupables directs ou indirects, je me sens le devoir de prendre la défense de ceux pour lesquels j'ai eu et j'ai toujours la plus grande admiration et la plus grande considération, moi qui fut un chrétien convaincu pendant près de septante ans.

 

Depuis une dizaine d'année, mes loisirs de pensionné m'ont permis d'affiner et d'approfondir ma réflexion sur l'existence avec la conséquence d'une option philosophique  agnostique, avec l'athéisme comme première hypothèse de réflexion. Je publie deux fois par semaine sur ce blog l'ensemble de ce travail avec mon existence comme charpente de ces considérations, afin de leur donner le poids de l'expérience vécue.

 

Le sens du devoir et de l'abnégation de la majorité des hommes d'Église est remarquable. « L'amour du prochain » n'est pas une vaine assertion qu'ils proclament puisqu'ils le mettent en pratique dans leur ministère.  Ce sont eux qui m'ont enseigné l'idéal de l'élévation de ce sentiment jusqu'au sublime du sacrifice de sa personne ...

 

Je reste convaincu que cette morale est la meilleure qui soit depuis qu'en 1891, Léon XIII dans son encyclique  « Rerum novarum » a planté les premiers jalons de la démocratisation de l'Église et que Jean XXIII et ses successeurs ont poursuivi ce mouvement dans de gra ndes réformes.  On ne peut leur reprocher qu'une trop grande « frilosité » devant les problèmes de l'heure ainsi qu'un dogmatisme paralysant.

 

Dans ma jeunesse de guerre, j'ai cru réaliser cet idéal d'abnégation en fréquentant un internat de futurs missionnaires d'Afrique, dirigé par un frère de mon père.  La tuberculose, contractée à la suite des privations de l'occupation allemande, m'en a empêché et m'a contraint à me faire soigner pendant deux ans en Suisse.

 

Mes compagnons de collège de l'époque devinrent missionnaires et trois de mes anciens condisciples furent massacrés avec sept de leurs confrères à Kongolo par une soldatesque ivre : j'aurais pu être parmi eux si je n'avais pas été malade. Un mémorial leur a été élevé dans l'enceinte du collège à Gentinnes dans le Brabant wallon.

 

Pendant mon séjour dans un sanatorium que l'ordre de mon oncle avait construit à Montana, dans les montagnes suisses du Valais, pour soigner les ecclésiastiques malades, je me suis trouvé dans un environnement de religieux, prêtres et séminaristes en provenance de toute l'Europe occidentale.

 

Dans ce « microcosme » très particulier, j'ai côtoyé le sublime, la souffrance et la mort, mais aussi les débordements du vice, trois « clercs » me poursuivant de leurs assiduités vicieuses. Je parvins cependant à leur échapper grâce à un « scout idéaliste », mon aîné de quelques années, qui me protégea et devint un ami fidèle pendant près de soixante ans.

 

Revenu en Belgique à 18 ans, pas bien guéri, puisqu'atteint à l'autre poumon deux ans après, je rechutai. Grâce à la découverte d'un nouveau médicament, j'eus l'avantage d'être soigné chez moi et, pendant ces époques, je bénéficiai de l'aide bénévole de quelques professeurs d'un institut de ma région bruxelloise qui m'aidèrent à préparer le jury central des études secondaires.

 

Ces prêtres, dont un préfet, furent magnifiques de patience et de dévouement. Je pense souvent avec reconnaissance à tous ces profs qui m'ont tant aidé en Suisse et en Belgique.  Ce sont eux qui ont réservé leurs heures de loisirs à enseigner le pauvre gosse malingre et souffreteux que j'étais, sans se préoccuper de la destinée d'une minable et hypothétique recrue, avec le risque pour leur organisation de devoir assumer dans le futur une charge d'hospitalisation coûteuse,  longue et définitive.

 

C'est dire que dans un tel contexte,  je me sentais lié à l'Église et dans l'obligation de me montrer reconnaissant en répondant à son appel. Pourtant, de plus en plus, je me sentais avide d'une présence féminine à mes côtés pour continuer ma vie.

 

Ma mère à qui j'avais fait part de mes doutes quand à la  valeur de ma vocation, sans lui parler des approches vicieuses de certains, tellement je craignais de la faire souffrir dans sa foi profonde, se confia à son frère qui était curé d'un petit village ardennais.  L'autre oncle, le préfet de mon collège, était très malade et avait de gros problèmes de vision.  (Il finira par perdre la vue).

 

L'oncle des Ardennes vint tout de suite à Bruxelles pour m'interroger et dans mes confidences, je lui fis part des problèmes que j'avais rencontrés avec des prêtres et séminaristes vicieux en Suisse, ce qui avait fortement ébranlé ma foi. Conscient d'une responsabilité qu'il ne se sentait pas la qualité d'assumer, et ne connaissant personne à  Bruxelles, il s'adressa à l'hiérarchie supérieure de la ville, son doyen Monseigneur Boone qui me convoqua lui-même.

 

Je dois le bonheur et ma vie réussie à ce petit homme, souriant, affable, très dynamique ...  Il m'accueillait chaleureusement en me serrant la main des deux siennes avec grande amitié ... Ses yeux malicieux pétillaient de bonté ...

 

A la première entrevue, après une longue conversation, il n'hésita pas à  me dédouaner de mes scrupules...,  il me reçu ensuite pratiquement tous les mois pendant plus de trois ans.

 

Nous avions des conversations très intéressantes et il m'a appris beaucoup de choses. Nous parlions de tout,  de la foi, des religions, de philosophie, d'art et de poésie ... Il m'envoya même chez un de ses amis, prêtre et poète qui lut mes poèmes à voix haute avec beaucoup de talent en me conseillant de continuer et de publier.

 

J'ai finalement, après une longue et patiente investigation, eu le bonheur de lui présenter celle qui me cherchait et qui sera toujours à mes côtés pour construire, pendant plus de cinquante ans,  un foyer accueillant, lumineux de la joie de tous ceux qui s'y trouvèrent de passage ou pour partager notre vie : nos quatre enfants, un neveu qui avait perdu son père, ma mère et aussi les beaux-parents, parents, amis ou malheureux en quête de toit ou d'affection.

 

Nos espaces étaient aussi larges que nos cœurs et se prolongèrent dans une fermette de la région namuroise au milieu des champs, des prairies et des bois, ouverte à tous dans de joyeuses et chaleureuses agapes avec, dans le ciel, le chant des alouettes éperdues.

 

Actif dans notre environnement paroissial, nous avons côtoyé un clergé et des gens merveilleux d'idéal et de fraternité, animés d'un grand souci de partage des valeurs humaines sans arrière-pensée de récupération et plus particulièrement le curé Rabau, homme merveilleux de bonté, de dévouement et de disponibilité à tous.

 

Enfin dans ce contexte de défense d'un milieu clérical maintenant décrié, je tiens surtout à parler de mes deux oncles prêtres, qui ont eu des existences difficiles de solitude, de devoir, de partage et d'abnégation,  l'un dans son presbytère, l'autre dans son couvent.

 

Celui qui était destiné aux missions d'Afrique n'y ira jamais, sa congrégation préférant utiliser ses qualités d'enseignant et de « bâtisseur » à des fonctions nécessaires à son établissement belge.

 

Malheureusement, lui aussi fut amoindri par la maladie et me rejoindra en Suisse les quelques mois qui furent nécessaires à son rétablissement.  Mais le mal empira et lui fit finalement perdre la vue. Je crois que personne ne réalisera jamais ce que furent cette longue descente dans l'enfer de la cécité.  J'ai souvent été témoin de son courage mais aussi confident de son désespoir d'homme d'action devenu inutile et dépendant.

 

Cet homme dynamique soulevait les montagnes. Il parvint à réunir des fonds suffisants pour créer le mémorial Kongolo dans l'enceinte du couvent de Gentinnes et y construire une magnifique et spacieuse chapelle à la mémoire de tous les missionnaires tués à cette époque, dite de décolonisation.

 

J'ai eu l'occasion de recueillir ses confidences, la maladie nous ayant rapproché ... J'ai ressenti combien la solitude de ces hommes seuls sans famille est une souffrance ... que seuls l'action et le travail peuvent en partie compenser  ...

 

Quand les autorités de l'Église romaine, actuellement en plein désarroi, comprendront-elles cela et  autoriseront le mariage des prêtres ? Leur frilosité dans des réformes fondamentales causera l'effondrement de l'institution ... et pourtant l'humanité a tant besoin d'un message d'amour comme celui de leur enseignement !

 

L'autre de mes oncles, respectable curé d'un petit village près de Beauraing, lieu des apparitions de la Vierge  (il fut le confident d'une voyante, ancienne élève du catéchisme de sa paroisse - voir dossier 04.4),  a lui aussi souffert de son isolement affectif avec un stoïcisme remarquable.

 

Quand nous lui demandâmes, un jour, pourquoi il n'avait pas de poste de télévision, il nous répondit avec hauteur et détermination : « Je n'en veux pas ... Je ne tiens pas à réveiller des instincts que j'ai refoulé à coup de cravache »

 

Cette simple phrase est bouleversante et résume très bien le long et difficile combat, de ces hommes à qui on a imposé inutilement le célibat et qui, dans l'emportement idéaliste de leur jeunesse,  n'ont pas mesuré l'importance du sacrifice contre nature qu'on leur imposait.

 

Un devoir de vérité et de justice m'anime, une fois de plus,  pour défendre un milieu qui n'est plus le mien et que les médias jettent trop facilement au mépris de l'opinion publique.

 

Il n'en reste pas moins pourtant, que tout l'héroïsme et l'abnégation de ces «idéalistes » de notre société, ne font pas le poids face aux cinq cents dossiers surgis du passé nébuleux de nos institutions.

 

Ceux-ci, pourtant, ne constituent qu'une petite page du martyrologe abominable des nombreuses victimes d'individus qu'on a trop longtemps tardé à soigner ou condamner et que, dans un souci de maintien de l'intégrité d'une institution, on n'a pas ou insuffisamment sanctionnés, livrés à la justice ou aux psychiatres.

 

J'ai vécu ces époques de déviances de la  morale fondamentale dans toutes nos institutions occidentales.  Je reste horrifié à la pensée de l'inconscience coupable de nos éducateurs face à l'abomination des actes pédophiles.

 

Ce que l'on considère maintenant comme la plus répugnante des actions n'était jugée, dans un passé pas bien lointain, que comme une erreur ou une faute qu'on sanctionnait uniquement par l'éloignement du coupable ... ou un simple, cependant sévère, avertissement ... j'ai connu ça en Suisse.

 

On ne réalisait pas à ces époques la gravité d'actes abominables qui salissaient l'innocence et détruisait sa morale et son avenir. Il me revient une phrase qui remonte de mon passé chrétien et qui convient à cette situation : «c'est un crime qui crie vengeance au ciel».

 

Dans un débat beaucoup plus large quant au fond,  notre société occidentale doit se pencher sur la base d'un enseignement religieux qui nous vient du « Livre » et d'une interprétation des tables de la loi que Moïse a reçu de Yahvé.  Les moralistes chrétiens y ont remplacé les sixième et neuvième commandements, plus spécifiques à la pratique juive, par des prescrits rigoristes concernant la sexualité qui ne peut être réservée qu'à la seule procréation en dehors du plaisir.

 

Il est indispensable que les courants religieux modernes adaptent les prescrits de leur enseignement en définissant les limites acceptables de la fonction du plaisir, sexuel ou autre, qui reste essentielle et fondamentale à l'épanouissement de la personne humaine.

 

 

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15/01/2010

Ch. 14 - Tout est à refaire, le mal est revenu

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Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

__

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

Chapitre 14 : Tout est à recommencer.


TABLE DES REPÈRES DU CHAPITRE : {14.1} J’ai trouvé, malgré moi, une place d’aide-comptable dans une petite affaire française de conditionnement en tubes et bobines de la soie fabriquée par la maison-mère de Lyon ainsi que d’articles de pèche - {14.2} Pas de chance pour eux, mon deuxième poumon est atteint par le mal insidieux qui sommeille toujours en moi - Mon médecin spécialiste me propose de servir de cobaye pour un nouvel antibiotique, la streptomycine, tout en me plaçant un nouveau « pneumo » de sécurité - Je dois donc subir cette intervention deux fois par semaine, ce qui me coupe le souffle comme un petit vieux, j’ai pourtant vingt ans - {14.3} Je me réfugie, une fois de plus, dans le rêve et la poésie avec la belle mais triste histoire de « Chlorophylle ».


 

{14.1} Un soleil éclatant brûlait la place de Brouckère bien connue des Bruxellois comme jouxtant les artères centrales et commerçantes de la ville.

 

La canicule écrasait nos épaules de ses bras lourds d’accorte commère rubiconde. Je me sentais épuisé et fatigué.

 

De la fontaine, au centre de la place, ne coulait qu’un filet d’eau rouillée ; assis sur sa margelle, je tentais machinalement de déchiffrer les quelques mots griffonnés sur un papier délavé qu’en se promenant lentement sur l’eau sale, il tentait de me cacher en tournoyant.

 

La matinée, dans le bâtiment des douanes, m’avait éreinté jusqu’à l’écœurement.

 

C’était une énorme bâtisse en brique rouge qui avait été élevée par l’administration des Finances, sur les terrains des princes de Tour et Taxis, si bien que c’était devenu synonyme de douane et d’importation : on allait dédouaner des marchandises venant de tous les coins du monde à « Tour et Taxis ». Désaffecté, depuis, il devient un haut centre de la culture et des loisirs des Bruxellois.

 

Passage obligé pour obtenir une marchandise venant de l’étranger, on devait y faire des files interminables devant des guichets de bois verni et subir les caprices et la fantaisie de désagréables commis en manchette de lustrine qui se plaisaient à vous envoyer d’Hérode à Pilate, ou vous faisaient recommencer votre formulaire de déclaration pour mille et une raisons aussi farfelues que ridicules.

 

Comment en étais-je arrivé là ? Le père de Jim, qui m’avait proposé un emploi à mi-temps, m’utilisait, toutes les après-midi, à diverses tâches administratives : l’aider à la comptabilité de ses affaires, dactylographier quelques lettres, empaqueter des marchandises, faire des courses…

 

Enfin toutes sortes de choses « casse-pieds » et d’une haute portée « intellectuelle » que je subirai pendant environ deux ans, jusqu’à ce que mon pourtant si secourable oncle se vît forcé de me mettre au chômage, ses affaires d’importation d’électroménager américain n’ayant pas eu le succès espéré.

 

Il faut dire que c’était le début de ces assistants électriques aux corvées ménagères d’un prix exorbitant et loin d’être aussi performants et utiles qu’ils ne le sont actuellement (les transistors et les circuits imprimés devaient encore être inventés et l’alchimie des matières plastiques était balbutiante).

 

Le chômage, à cette époque, était pour un jeune l’humiliation suprême, le livrant à la déconsidération sociale de tous les milieux. Ce fut un ancien condisciple, réchappé des sanas comme moi, qui m’y introduisit.

 

Pour dégoûter les candidats à ce dégradant statut, il y avait très peu de bureaux de pointage ; on devait donc se taper des files interminables et, vicieusement, en modifiant tous les jours l’endroit et l’heure de cette formalité, les contrôleurs la rendaient difficile à gérer.

 

C’était une façon très efficace de combattre le travail au noir. Quand je pense qu’il y a peu, les jeunes se plaignaient de devoir subir cette contrainte deux fois par mois, presque sur rendez-vous ! Elle est maintenant supprimée pour tout le monde : c’est ça la solidarité sociale… Quelle merveilleuse époque…comment ose-t-on encore se plaindre… ?

 

Heureusement, je n’ai subi cette « infamie » que très peu de temps : deux mois. Le bureau de placement des chômeurs s’efforçant de nous caser, nous envoyait chez les employeurs dès qu’ils avaient pointé le bout du nez sur le marché de l’emploi.

 

Suspicieux et cruels, parce qu’à l’époque ce statut social était considéré comme le refuge des fainéants, ceux-ci nous faisaient subir de redoutables examens et interviews où il nous fallait faire bonne figure et empressement quel que soit l’attrait au travail proposé, sous peine de perdre la si précieuse allocation.

 

Comme l’oncle commerçant m’avait fait suivre des cours de comptabilité dans la meilleure organisation du moment (La Chambre Belge des Comptables), et que j’en avais réussi la première année réputée difficile, je devins une proie d’autant plus alléchante que mon jeune âge leur permettait un salaire de misère.

 

C’est ainsi que je me suis retrouvé très vite embauché dans une petite société française de Lyon qui fabriquait de la soie et la vendait en tubes et bobines dans toute l’Europe et qui s’appelait tout simplement « La Soie » .

 

Sa succursale belge était située non loin de la place de Brouckère, où sous un soleil de plomb, au bord de sa fontaine publique, je ne me sentais pas bien du tout.

 

Je vécus alors un des moments les plus pénibles de mon existence : j’étais nauséeux, l’estomac barbouillé par quelque chose de chaud, d’âcre et d’écœurant qui me montait dans la gorge : c’était du sang !

 

Visqueux, il venait de l’estomac. Ce fut l’effondrement, l’anéantissement…, un choc moral indescriptible, le fond d’un abîme dans lequel je me suis senti sombrer.

 

Les épaules affaissées, tête pendante, écrasé de découragement, effondré sur la margelle de la fontaine qui coulait en hoquetant, j’ai réalisé que tout recommençait : le mal redoutable était revenu ... J’avais vingt ans et j’étais foutu !

 

J’ai le cœur enfoncé

Dans un océan de vase,

Ma tête en chaudière éclate.

Je me suis enfui aux enfers

Pour y trouver des anges amers

Et vomir mon sang noir

Et crier ma misère.

 

J’ai planté ma tente

Dans le sol roux des cauchemars

Et me suis couché

Dans l’humeur fade du désespoir.

 

J’ai du mal à l’âme

Et peur de me réveiller,

J’ai les yeux dans la tombe

Et l’esprit au fond des mers.

 

-------

 

La tuberculose est mieux dominée maintenant, du moins dans nos régions. Aussi je ne peux m’empêcher de penser souvent aux jeunes condamnés de l’époque actuelle : cancéreux, sidéens et autres misérables qui savent qu’ils n’ont plus beaucoup de chance d’en sortir.

 

Moi qui ai connu cette détresse morale et d’autres après, j’aimerais tant leur transmettre mon message d’espoir et de foi dans l’avenir : la vie, c’est comme la flamme ; quand elle se meurt, il faut la protéger doucement et la ranimer lentement et patiemment d’un peu de souffle pour qu’elle renaisse plus vivante que jamais. C’est parfois long, elle s’étiole, elle se meurt : il faut alors du temps, de la patience, alimenter sa fragilité…

 

La petite société qui m’employait était installée à quelques minutes de là. Je me verrai toujours, avançant tel un automate, dans la touffeur estivale des rues du Lombard et de l’Hôpital, et ensuite m’écroulant dans le petit trou qui me servait de bureau, encombré d’armoires à classeurs dans lesquelles j’avais mission journalière de ranger les doubles des factures envoyées aux clients.

 

Heureusement, c’était l’heure de table, comme on dit maintenant et les bureaux étaient déserts. Je me ressaisis et habité d’un soudain faux espoir, je demandai au pneumologue qui me soignait et entretenait hebdomadairement mon pneumothorax de m’examiner d’urgence.

 

Il ne put que confirmer mes appréhensions : une caverne qu’il s’en voulait de ne pas avoir repérée plus tôt, était nichée dans une zone pulmonaire difficile à explorer avec les moyens radiologiques de l’époque.

 

Le médecin, qui m’avait pris en sympathie, tenta de me rassurer : il allait tout faire pour ne pas me renvoyer en sanatorium.

 

Il comptait beaucoup sur un nouveau médicament qu’il ferait venir d’Angleterre : la streptomycine. Cet antibiotique, récemment découvert, semblait très actif contre le bacille de Koch.

 

Il n’était plus question pour moi de travailler et seule consolation, je serais soigné à domicile, à condition que mes frères fussent à nouveau éloignés jusqu’à ce que je ne sois plus un danger pour eux.

 

Le nouveau médicament administré par piqûres que ma mère m’injectait journellement, s’avéra très efficace, puisqu’en quelques semaines je ne fus plus contagieux.

 

Grand bémol, cependant, à tout ça : un deuxième pneumothorax, à droite cette fois, était indispensable pour comprimer la caverne et l’aider à se cicatriser. (Le médicament était trop expérimental pour qu’on lui accorda quelque confiance.)

 

C’est ainsi que je dus subir cette plaisante réjouissance non plus une fois mais deux fois par semaine, avec un intervalle calculé pour qu’il me reste assez de souffle pour me déplacer.

 

Humilié d’évoluer comme un vieillard cachectique, je n’eus de cesse, pour dominer l’essoufflement, de m’imposer des exercices respiratoires à la limite de l’asphyxie, au grand dam de mon médecin qui avait de plus en plus de mal, et pour cause, à contrôler mes « pneumos » qui se dégonflaient gaiement.

 

Quant à « La soie », la toute gentille société française qui n’avait pas eu la bonne fortune de m’engager, elle fut assez déconfite et son patron qui avait fondé quelques espoirs sur moi, m’entraîna dans une aventure assez désopilante que je me dois de vous conter.

 

Le bonhomme, assez bedonnant et replet, souffrait parfois d’un mal subit qui le prenait à un point tel qu’il en était pitoyable à voir.

 

J’étais à peine chez eux, qu’un jour, je devins témoin et acteur d’une spectaculaire crise de je ne sais quoi et de sa « miraculeuse » guérison.

 

Le comptable et moi étions dans son bureau, occupés à débattre de sujets d’une portée « hautement cérébrale et intellectuelle » telle l’opportunité d’un tri numérique ou alphabétique à appliquer au classement des factures, quand soudain, alors qu’il venait de s’élancer dans une envolée sublime à la gloire du classement numérique, il s’écroula, rubicond, suant et soufflant, pris de tremblements convulsifs qui agitaient tout son corps.

 

J’étais sidéré et affolé ! Le comptable, lui, pas plus impressionné que ça, me dit : « Ne vous inquiétez pas, ça lui arrive parfois, nous allons trouver quelqu’un qui va le remettre sur pied ».

 

Nous traînâmes et poussâmes le patron dans sa grosse « américaine » et filant à travers les campagnes brabançonnes, atteignîmes une toute petite maison modeste de deux pièces, l’une servant de chambre et l’autre de cuisine.

 

Tant bien que mal, aidé par une imposante mégère en tablier, nous transférâmes notre gros bonhomme, de plus en plus épileptique, sur une chaise vernie dans un décor et devant un personnage surprenant.

 

Dans une cuisine classique de pauvres gens, au carrelage rouge et blanc bien abîmé où seuls le buffet et la table couverte d’une toile cirée étaient dignes d’évocation, un être falot, d’une pâleur de camembert pas encore fait, aux joues bouffies avec une pointe rose, trônait en agitant de grosses mains moites aux petits doigts boudinés.

 

Le compère, sans plus attendre, comme dans un rite connu, tira de sa poche une sorte de missel et, sa tremblante paluche sur celle de notre patron récita, je ne sais trop quelles patenôtres, qui stoppèrent ses convulsions en quelques secondes.

 

J’en étais « baba » et médusé. Jovial et détendu, notre supérieur reprit le volant de sa voiture comme si rien ne s’était passé et nous n’avons plus osé parler de l’aventure.

 

C’est ainsi que dès que notre affable directeur fut au courant de mes malheurs, sans hésiter et sourd à mes récriminations, il me poussa dans sa voiture, direction Limal, pour consulter son guérisseur.

 

Là, répétition du scénario avec en plus « prescription » d’un thé de simples que la vieille, sa mère sans doute, était allée ramasser dans la remise et qu’elle fourra dans un vieux sac en papier récupéré des emplettes chez l’épicier.

 

Au retour, mon distingué compagnon de route, s’efforça de me faire partager sa foi en son salvateur rebouteux.

 

Mon combat pour retrouver la santé dura à peu près trois ans. La streptomycine, chez moi, fit merveille, et pas les plantes du gros bonhomme. Le mal fut définitivement éradiqué car, plus jamais, je n’eus de problèmes pulmonaires quels qu’ils soient.

 

Il faut dire aussi que ce fléau entra dans la liste des maux vaincus par la pharmacopée aux côtés de la peste, le choléra, la polio, la lèpre et autres plaisantes saloperies infectieuses.

 

Ces trois années furent en fin de compte, surtout très heureuses. Je retrouvai rapidement dynamisme et entrain.

 

Calé dans ma chaise-longue en osier qu’on avait redescendue du grenier, je me gonflais avidement comme une éponge de tout le savoir qu’il m’était possible d’emmagasiner, et me jetais comme un affamé sur tout ce qui se présentait : littérature, art, peinture, mathématiques, sciences, philosophie…

 

Cependant, la poésie avait mes préférences et restait le jardin secret où je me réfugiais souvent.

 

Je concrétisais et embellissais dans mes rêves éveillés des idéaux qui me soulevaient d’enthousiasme.

 

Mais aussi, j’imaginais des histoires douces et jolies qui me faisaient retrouver mon cœur de gosse.

 

{14.3} C’est ainsi que j’ai été le poète de la merveilleuse histoire d’un enfant vert qui s’appelait Chlorophylle et qui cherchait la mer pour trouver du sable et construire son « château en Espagne ».

 

Il était allé trouver le grand oiseau du soir assis sur un rocher bleu, qui se curait les ongles en chantant une comptine :

 

L’oiseau noir

Faut pas voir

 

L’oiseau bleu

Est au feu

 

L’oiseau vert

Est en enfer

L’oiseau jaune

Est un clown

 

Quant au rouge

Faut qu’y bouge.

 

Et chaque fois, l’oiseau changeait de rocher. Il regarda l’enfant de ses yeux aux longs cils, collés au rimmel :

 

- Tu cherches la mer, garçon ?

- C’est pour mon château.

- Il faut du sable de plage pour ça, garçon.

- Je veux du sable de plage, grand oiseau.

- Seul le serpent des vagues sait où sont les plages, garçon. Va trouver le poète, il pourra t’aider.

 

Et c’est ainsi que l’enfant vert alla interroger le poète qui entretenait le jardin de l’imaginaire et savait tout sur le serpent des vagues.

 

- Gentil poète, toi qui connais si bien le jardin de l’imaginaire, dis-moi tout sur le serpent des vagues pour qu’il m’emmène sur les plages de sable fin.

 

Le faiseur de rêves qui le regardait avec des yeux de ciel bordés de nuages blancs, lui répondit en réchauffant de ses mains le cœur d’une fleur qui semblait bien malade :

 

- Pour savoir tout sur le serpent des vagues, tu dois d’abord venir m’aider à entretenir le jardin de l’imaginaire.

- Je viens, je viens, dis-moi ce que je dois faire… ?

 

Le jardinier des songes tendit la fleur flétrie à Chlorophylle qui l’entoura, l’entoura de ses bras verts, si riches en vie, que le cœur de la fleur se réchauffa, se réchauffa jusqu’à ce que ses yeux de fleur s’ouvrirent au ciel dans un parfum de bonheur.

 

- C’est bien, dit le poète, mais ce n’est pas tout : pour trouver le serpent des vagues, tu devras descendre au fond des mers jusqu’aux fosses abyssales ; là où la lumière n’est plus, pour y cueillir l’algue bleue qui rêve de l’espace sidéral et de ses espoirs d’amour avec de passionnées molécules enfantées par des astres obsédés de vie.

 

Et le gentil poète, prenant l’enfant par la main, l’entraîna dans son bathyscaphe virtuel au plus profond des mers.

 

Ils y passèrent de nombreux jours, éclairés de leur seule foi en leur inimaginable histoire à laquelle ils seraient toujours les seuls à croire.

 

Ils revinrent cependant à la surface avec un peu d’algue bleue qu’ils tenaient tous les deux, précieusement, au creux de leur main.

 

Le serpent des vagues les y attendait et leur offrant son dos ondulé, les déposa sur une plage de sable fin où l’enfant de la vie construisit son château de sable pendant que le poète ouvrait son grand grimoire pour y raconter ses rêves.

 

Les vaguelettes titillaient les lèvres du sable qui se retroussaient de plaisir sous les baisers du soleil.

 

La mer s’étendait longuement comme une chatte endormie et au loin, des restes de jour cajolaient l’horizon.

 

Aussi le poète se mit-il à chanter la petite vague qui ronronnait au soleil :

 

Petite vague, si petite vague,

Tu mets des perles dans ton chaud soleil

Et des topazes comme sur la bague

Au doigt des fées hantant mon sommeil.

 

Tu te coules dans le beau sable blanc,

Brillante, toute joyeuse et limpide

Jusqu’aux empreintes des pieds de l’enfant

Qui avait foulé ton doux sol humide.

 

Tu vas et tu viens, telle la navette

Du tisserand, agile à son métier,

Le ciel bleu des mers en toi se reflète

Qu’on dirait le regard dur de l’acier.

 

Petites vagues, très petites vagues,

Manteau frissonnant, parure de mer,

Fines acérées plus qu’une dague,

Vous perdez-vous au loin près des enfers ?

 

Sur une belle page de son grimoire, le poète s’appliqua à écrire, en belles rondes des mots, des phrases avec au-dessus un titre : « La crique des paresses ».

 

Les vers venaient tout seuls comme si c’était le soleil du soir qui les lui avait dictés :

 

Des oiseaux d’or

Se sont levés

Et sur mon corps

Se sont posés.

 

Quelle est cette longue

Et si tendre chaleur

Qui berce mes torpeurs ?

 

La pierre est tiède,

Douce enivrée

De chaudes caresses

Lentement affleurées.

La brise s’affine

Sur mon corps alangui

D’une lourde moiteur d’été.

 

Le vent s’élève

Parmi mes rêves.

Et dans mon âme éthérée

Un chant de lent plaisir

Accompagne mes longs rires.

 

Et puis, au loin, il y eut l’appel d’une cloche qui se mit à onduler dans sa brume de fin du jour.

 

Comme une plainte du réel, comme le gémissement du quotidien des hommes, la marine fut écrite en balançant un cœur lourd :

 

Dans la brume,

Il y a la plainte d’une cloche

Dans son clocher.

Des voix esseulées montent en cadence

Parmi les vagues enlacées.

Le noyé, lui, s’allonge

Dans la vase,

Parmi les fleurs et les rochers.

 

Plus lasse, la cloche se tait.

On entend les coquillages

Se gorger d’eau.

Le noyé, lui, s’enroule

Dans son infini de bleu.

Une épave s’enfonce, à le rejoindre

Tandis que la cloche rêve

Un long son long.

 

La nuit s’encourt à toutes jambes

Le long des grèves,

Abandonnant dans l’eau

Ses bouts d’étoiles pâlies

De lune froide.

 

La cloche pleure, en silence,

Le noyé, lui, s’étire

Dans un courant d’algues bleuies.

 

Le soir pense au matin,

Tout en brisant ses lames.

Dans le ciel montent des flammes

En rayures de nuages étirés

Que lèche, au loin, la mer.

 

Le noyé, lui, s’emplit de soleil

Au sein de ses ombres,

Tandis que la cloche,

Pousse un long soupir d’airain.

 

---------------

 

Le poète s’arrêta d’écrire et rangea ses plumes et son vieux grimoire de parchemin jauni. Il regarda longuement l’enfant qui construisait son château.

 

La mer s’avançait en vagues tentaculaires et finit par lécher les bases du tas de sable : elle l’entoura de ses bras puissants, l’étreignit, l’enveloppa et, noya Chlorophylle et son rêve dans un grand flop d’écume.

 

°°°°°

 

 

 


18/12/2009

Ch. 7 - Montagne, neige et soleil.

 

 

RÉCIT DÉTAILLÉ D'UN LONG CHEMINEMENT

DE RECHERCHE D'UNE VÉRITÉ

SUR LA MOTIVATION D'EXISTER

ET LA VALEUR DE NOS CROYANCES

 

°°°°°

 

PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT

D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI

ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES

MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX ANNÉES

QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

ET LA VALEUR DES CROYANCES.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver suivant les repères { }

mentionnés en début de chapitre.

-----

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 



Chapitre 7 -  MONTAGNE, NEIGE ET SOLEIL.

 

REPÈRES DU CHAPITRE 7 - {7.1} Les privations de la guerre et la vie ascétique des jeunes du « petit séminaire » ont raison de la santé d’une quinzaine qui sont atteint de tuberculose, transmis par l’infirmier qui en était lui-même atteint - {7.2} Après une pneumonie où je frise la mort, j’en suis également frappé - {7.3} La tuberculose - Sanatorium en Belgique, ensuite dans celui de Montana en Suisse - {7.5} Pneumothorax et section de brides avec les moyens primitifs de l’époque - {7.6} Tremblement de terre - {7.4} Pendant ce temps, mon frère Pierre est atteint de rhumatisme articulaire aigu qui le fera mourir à trente-cinq ans - {7.7} Au sanatorium belge, j’ai comme voisin de chambre un fils de « café » qui s’empresse d’initier « le candide » que j’étais aux réalités sexuelles que j’ignorais en ne m’épargnant aucuns vices - Un « jociste » mouvement de la jeunesse ouvrière chrétienne, « Dolph » se chargea d’idéaliser « la chose » - {7.8} Il viendra me retrouver en Suisse, pour y mourir, à côté de moi, dans des conditions atroces - Les plus atteints du petit séminaire viennent nous rejoindre dont le frère-infirmier, victime de ce mal, ils en mourront tous - {7.10} Après le désespoir dans l’immensité monotone et glacée des hautes montagnes en hiver, je découvre la renaissance du printemps, des fleurs et des insectes - {7.11} Le roi Léopold de Belgique, toujours « prisonnier » en Suisse, vient nous voir de même que Monseigneur Cardijn, fondateur de la Joc {7.9}.

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier) du blog.


{7.1} La montagne me fixe de ses yeux de neige avec son ventre de fille vulgaire, bouffi de roches et sapins noirs. Je n’aime pas son col d’azur, d’azur trop bleu, d’azur trop froid.

 

Je n’aime pas ses flancs durs, trop glacés. Je n’aime pas sa chair d’acier, d’acier de glace. Je n’aime pas son sang blanc de poisson blanc, du blanc des marbres.

 

J’ai trop de bleu de ciel à l’âme et de la montagne plein les yeux. J’ai le nez collé aux vitres dans le blanc dur d’un sana. J’ai les yeux collés aux vitres et les poings au fond des poches.

 

Je suis malade, malade à mourir….dans tout le blanc sanitaire d’un sana…

 

A Gentinnes, tout s’est passé comme dans un mauvais rêve. C’était le début de l’été, une fin de juin chaude., Après une épreuve sportive de fin d’année scolaire, épuisé, sans doute avec une fièvre de cheval, j’ai plongé avec les autres dans l’eau glacée de la piscine non chauffée, près de l’étang, alimentée en eau de source. Repêché en hydrocution, je me suis retrouvé au dispensaire de la maison, le frère-infirmier à mes côtés.

 

{7.2} En état de pneumonie, je tremblais convulsivement et la nuit fut terrible. Je n’étais plus conscient, la température frôlait les limites mortelles. Ebranlé, le collège tout entier s’attendait au pire et les « Pères » passèrent la nuit en prière.

 

Je m’en sortis pourtant, mais atteint de tuberculose, j’entrais dans le monde fermé des sanatoriums, débordés par un afflux incessant de victimes de la guerre : des prisonniers, des déportés libérés, des sous-alimentés…

 

Mes parents se saignèrent aux quatre veines pour m’assurer les meilleurs soins et il était notoire que c’était la Suisse et ses montagnes qui convenaient le mieux.

 

L’ordre des Pères de Gentinnes disposait d’un « sana » qu’ils exploitaient à Montana dans les alpes valaisannes suisses. Mon oncle-préfet remua ciel et terre, son ordre et ses relations pour m’y faire soigner.

 

Et c’est ainsi qu’après bien des tribulations et difficultés que je raconterai par ailleurs, je me trouvai dans ce grand bâtiment froid et austère au parfum acre et pénétrant de créosote (C’était le désinfectant général utilisé en permanence dans ces établissements).

 

{7.3} La tuberculose était, à l’époque, un mal terrible et ceux qui en étaient atteints n’en guérissaient pas. On les reléguait, comme des pestiférés, dans des établissements spécialisés, tellement on craignait la contagion.

 

Le bacille de Koch, responsable du mal, se propageait facilement dans l’air par la toux et l’expiration évacuant l’air des poumons. Il était donc important d’isoler les malades devenus très contagieux dans des établissements appelés sanatoriums.

 

Certains connaissaient des périodes de relative guérison. Ce fut le cas d’un frère convers de mon collège à qui on confiait des petits boulots que lui permettait sa mauvaise santé dont celui d’infirmier (sic).

 

Ce fut la grande erreur de mon oncle et des religieux de l’époque, car ce malheureux me contamina en me soignant à l’infirmerie, les quelques semaines pendant lesquelles je n’étais pas transportable. (Il ne faut pas oublier qu’à cette époque de fin de guerre les moyens de communication étaient limités et difficiles). Nous contribuerons tous deux à propager la maladie dans tout l’établissement mais surtout à ceux qui faisaient un cours passage dans cette fatale salle de soins .

 

Nous fûmes finalement près d’une dizaine à en être atteints et la plupart en sont morts. Si j’en réchappai ce ne sera que grâce à la streptomycine que l’on découvrit bien plus tard et que l’on m’administra pour soigner une rechute (voir plus loin).

 

Le malheureux « infirmier » cause et victime de tout ce gâchis me rejoindra quelques mois plus tard en Suisse, en grave rechute pour finalement y mourir. Il en sera de même pour Paul, mon si gentil copain, qui après de nombreuses complications fistuleuses finira lui aussi par en décéder. (Il sera d’ailleurs un des acteurs des pages suivantes).

 

Le malheureux qui franchissait le seuil de l’univers concentrationnaires des sanatoriums s’enfermait dans monde d’exclus dont la souffrance était autant mentale que psychique et physique.

 

Je pénétrai, jeune garçon, dans un monde écœurant de toux grasses déferlantes en quintes interminables. Aussi, je garderai toujours dans la mémoire et dans l’oreille cette sinistre et hurlante plainte de gorges fatiguées expectorant leurs poumons, pour les alités dans les pots émaillés blancs placés à portée de la main, tandis que les autres se servaient de flacons plats à large goulot, bleuis pour en masquer le contenu et qui pouvaient être glissés dans une poche ou un sac de dame.

 

Quand j’y pense me revient toujours en fond sonore ces lancinants et écœurants gargouillements et raclements de crises de toux ponctués d’un crachement gras suivi du bruit métallique des couvercles retombant sur les crachoirs,… et ces râles voilés de glaires discrètement geints en plaintes qui longeaient les couloirs, étouffés par la gène de dégoûter … et surtout le souvenir de ce grand désarroi des yeux trahissant l’épuisement de l’effort…

 

C’était cet univers-là que fragile adolescent j’allais aborder : le monde clos (à l’époque) des tuberculeux, enfermés avec son héroïque personnel soignant, dans un univers déconcertant. J’y découvrirai le paroxysme des vertus et des vices autant que la manifestation de l’héroïsme et de la lâcheté.

 

Le départ de Bruxelles dans un train spécial de malades cicatrise toujours mal au fond de mes souvenirs.

 

J’avais tout juste seize ans et couché sur un brancard, je sentis peser le regard des yeux des miens, des yeux courageux qui camouflent le vrai regard, celui de l’angoisse et de la peine, celui de la misère du cœur qui a peur de son destin. S’il y a une éternité, ce regard ne me quittera jamais.

 

Le convoi s’ébranla, une dernière fois je me retournai : mon père sanglotait dans les bras de ma mère…

 

{7.4} Les yeux vides, sur ma couchette, obsédé par le chant rythmé caractéristique des roues heurtant le raccord des rails, je refis, en pensée, avec eux, ce retour dans un petit appartement étriqué où dans leur chambre, sur ce lit d’une personne que j’avais quitté pour le sana belge de Buizingen, m’a remplacé mon frère Pierre, (Pit des chapitres précédents) les yeux brillants d’une fièvre qui ne le quitte plus depuis trois mois.

 

Quand j’étais revenu de Gentinnes, tuberculeux et contagieux, mes parents avaient éloigné dans la famille mes deux frères : Pierre chez l’oncle ingénieur de Winterslag en Campine et mon petit frère Luc, chez l’instituteur où, on s’en souvient, il passait ses vacances pendant la guerre.

 

Dès son retour de Campine que permettait mon éloignement dans un sanatorium belge en attendant celui de Suisse, mon pauvre frangin fut pris d’une fièvre légère qui, d’abord n’inquiéta personne, mais persistante laissait le médecin perplexe.

 

Mes parents l’avaient surnommé « parfait, parfait… » parce qu’il camouflait son embarras en terminant son examen et sa visite par ces mots qu’il voulait rassurants.

 

Après plusieurs mois d’incertitude, de guerre lasse, mes parents s’adressèrent à un vieux médecin qu’on nous avait recommandé et qui, plus compétent, établit enfin le bon diagnostic.

 

Ces fièvres étaient provoquées par un rhumatisme articulaire aigu qu’il fallait soigner au salicylate. Mais le mal était fait : son cœur d’adolescent, en pleine croissance, restera déformé par hypertrophie, ce qui l’handicapera lourdement, plus souvent malade que bien portant.

 

Ce sera la cause de sa mort prématurée à trente-cinq ans, après une opération à cœur ouvert pour remplacer les valvules usées

 

Quant à moi, pour l’heure, j’ai le front aux vitres et des pensées tristes au bord des yeux. J’en veux à ma prison blanche.

 

J’en veux à ces montagnes, à ces neiges trop pures et à ce ciel trop dur. J’ai besoin de chaleur et de feu, j’ai besoin de rouge et de sang, j’ai besoin de vie, surtout de vie…

 

Notre train lamentable avait distribué ses malades dans la vallée du Rhône aux diverses stations spécialisées de l’époque : Leysin, Davos, Montana…

 

J’étais seul pour la « Villa Notre Dame », l’établissement des confrères de mon oncle. Je débarquai d’un funiculaire qui desservait les stations au départ de la petite ville de Sierre, en bas dans la vallée.

 

Un frère-domestique, batave géant, Eligius de son nom de religion, m’attendait avec un traîneau, m’y installa avec mes bagages et m’amena ainsi par un chemin qui serpentait longuement, taillé à la pelle dans la masse blanche, jusqu’au pied d’un grand bâtiment tout emmitouflé de neige.

 

Ce sanatorium était, comme tous ceux de la région, construit en longueur face au soleil avec une terrasse pour les cures devant chaque chambre, lui donnant une allure de casier à vins.

 

Le front aux vitres, j’ai peur,… oh, très peur !…

 

J’attends qu’on vienne me chercher pour une « section de brides » qui est le complément chirurgical imposé aux malchanceux de mon espèce, dont l’efficacité du « pneumothorax » est entravée par ce que les « toubibs » appellent des brides.

 

{7.5} Le pneumothorax était la seule thérapie existante à l’époque pour soigner la tuberculose, maladie, je le rappelle provoquée par le bacille de Koch. Cette sale petite bête et ses copines, bouffeuses de poumon, y creusent des « cavernes », le transformant en véritable gruyère.

 

Forcés de fonctionner pour que nous restions vivants, nos poumons contrarient par leur mouvement incessant toute cicatrisation valable. On a donc imaginé de réduire l’amplitude du mouvement respiratoire en comprimant l’organe par insufflation d’air entre les deux plèvres, les parties endommagées à peu près immobilisées ayant plus de chance de se cicatriser.

 

Evidemment, la capacité respiratoire du patient en prend un sacré coup.

 

La pression de l’air insufflé entre les plèvres doit être maintenue au moins une fois par semaine au moyen d’une sorte de petit trocart enfoncé dans la poitrine du « tubard », si je peux me permettre ce mot d’argot utilisé à l’époque pour désigner les parias des sanas.

 

L’appareil d’insufflation était d’un rudimentaire bien caractéristique de ces temps révolus où la machinerie médicale était balbutiante.

 

Il s’agissait de deux vases communicants gradués de laboratoire à moitié remplis d’eau colorée dans l’un desquels on envoyait de l’air au moyen d’une poire élastique.

 

Cette action avait pour effet de refouler le liquide d’un vase dans l’autre, créant une pression sur la colonne d’air ce qui permettait de l’envoyer tantôt entre les plèvres, tantôt dans un tube gradué pour contrôler la pression ainsi créée artificiellement sur le poumon malade.

 

L’instrument ressemblait fort à un appareil expérimental de laboratoire tel qu’on les trouve encore sur les tables des étudiants et chercheurs avec tubes de verre, tuyaux en caoutchouc et pinces à clamper pour le contrôle du débit.

 

Le gros inconvénient de ce traitement, c’est que la pression de l’air tombant rapidement par absorption tissulaire, l’opération doit se renouveler au moins une fois par semaine.

 

J’avais commencé cette thérapeutique barbare pendant un séjour de quelques mois dans un sana belge où j’étais soigné en attendant que les démarches pour un transfert en Suisse aboutissent.

 

Malheureusement mon cas s’était compliqué des fameuses « brides » qu’on allait sectionner pour libérer le poumon et le comprimer valablement. Pour ce faire, après incision préparatoire, il faudra m’enfoncer deux tuyaux dans la poitrine en dessous de l’aisselle, entre les deux plèvres, l’un contenant une sorte de périscope à l’envers pour voir ce qu’on fait, l’autre un bistouri-fer-rouge destiné à détacher ce qu’on appelait également des « adhérences ».

 

- On t’attend Philippe, viens… La sœur-infirmière m’invite d’un geste de la main. Je veux crâner pour dissimuler ma peur et je fanfaronne :

- Il a bien aiguisé son vide-pomme (allusion aux tubes-trocarts qui vont me trouer le côté). Pas dupe de mon désarroi, l’infirmière, gentille, rit complaisamment et, rassurante, me tape amicalement sur le bras.

- Ce sera vite fini.

 

Tout se passa alors comme dans un mauvais rêve : l’anesthésie locale était mal dominée, et l’intervention se pratiqua à peu près à vif avec le soutien d’une piqûre de morphine, laquelle me plongea dans un monde bizarre sur fond de rouge, de feu et de brûlure indolore mais très désagréable.

 

Sous l’effet du stupéfiant, je me retrouvai à Bruxelles, chez moi, étendu sur la toile cirée de la table de la cuisine, dans un décor abracadabrant où avoisinaient les plus incroyables acteurs dans des fonds de sang de bœuf et de jaune Van Gogh.

 

Maman tricotait dans un coin, mon père lisait son journal, Pit et mon petit frère jouaient à même le sol, Jim avait disparu mais Belle des cloaques était collée comme un insigne sur la toque blanche du chirurgien, Madoulet avait la pose du penseur de Rodin, Gentille, la guêpe étendue comme à la plage sur la balance de ménage semblait dormir profondément ; même Rigolard, mon copain carabe, gagné par l’apathie générale somnolait doucement.

 

Tout mon monde était bien là, y compris Gros Bidon roupillant à califourchon sur une chaise et Rana 1ère, en pleine sieste, couronne presque sur le nez, mains jointes sur la bedaine.

 

Cette indifférence de tout mon entourage me scandalisait profondément et j’aurais aimé le leur crier mais aucun son ne me sortait de la gorge comme dans un cauchemar.

 

Seuls résonnaient les ordres brefs du chirurgien vers ses assistants : un médecin et une infirmière. Ma position était inconfortable : sur le côté, une main derrière la tête et le coude à la limite de l’écartèlement pour livrer au bistouri la partie du thorax en dessous de l’aisselle.

 

Je souris, amusé : les trocarts en entrant avaient fait un bruit de carton qu’on éventre et ça me rappela ma plaisanterie douteuse du vide-pomme.

 

Heureusement, l’intervention ne sera pas très longue et je fus reconduit dans un lit de draps tout frais, au parfum de lessive.

 

Ambiance très différente : autour de moi, ma bande sortie de sa torpeur, m’entourait bruyamment, en grand caquetage.

 

- Nous t’avons enfin libéré des hommes masqués, jubile Madoulet, qui m’a l’air plutôt déconnecté.

- T’as pas très bonne mine, dit Rigolard en me voyant, brûlant de fièvre et grimaçant de douleur.

 

Sur ce, Rana 1ère, pleine de bonne volonté, vient étendre son gros ventre froid et ses cuisses visqueuses sur mon front brûlant. L’effet de surprise passé, je trouve le procédé acceptable en situation exceptionnelle.

 

Du coup, chacun y alla de sa plus ou moins bonne initiative, ramenant « ubiquitairement » force remèdes et potions, de quoi ressusciter le plus mal foutu des opérés.

 

Madoulet était revenu avec des simples plein son chapeau pour le plus apaisant des emplâtres ; Gros Bidon, de sa Bavière natale ramenait un « schnaps » à ressusciter les morts ; Belle des Cloaques prétendait avoir mastiqué une mélasse de jus de moustique piquante à souhait pour le plus efficace des révulsifs ; Gentille, la guêpe, se découvrait des talents d’acuponcteur  et Rigolard fouillait son répertoire rigolo pour dénicher de quoi me faire oublier mes misères.

 

Mais je n’étais pas au bout de mes peines.

 

Dame Montagne s’ébroua en tremblement de terre comme un chien qui sort de l’eau, ce qui provoqua dans toute la région une panique et des dégâts mémorables.

 

Plusieurs bâtiments furent difficilement réparables, fendus de larges lézardes ; il n’y eut heureusement pas de victimes.

 

Le moment avait été bien choisi : assiette en mains, calé dans des oreillers, j’allais tenter d’avaler un peu de potage. Il n’arrivera jamais à destination car, pris de la même panique que nous, il se précipita bien bouillant dans mes amples vêtements d’opéré pour se réfugier sur un ventre qui n’a pas apprécié du tout cette étreinte brûlante.

 

Ce tremblement de terre, je l’aurai toujours dans la mémoire, tellement il était incongru, hors du temps, comme tous les accidents qui agressent.

 

On n’y croit pas, on ne réalise pas, on vit « animalement », ça semble durer longtemps, on n’entend que le bruit des choses qui s’entrechoquent.

 

Ensuite, tout s’arrête et c’est le grand silence de la stupeur ; et puis c’est l’immense cri strident des femmes et de la peur et enfin c’est le brouhaha de l’action, de la panique et des sauveteurs.

 

Tant bien que mal, je me suis levé pour me dégager des plâtras et me sauver avec les autres, ce qui ne fut pas nécessaire, les nouvelles étant vite rassurantes : il n’y avait aucun danger, le bâtiment était solide et ne souffrait que de quelques lézardes et de dégâts de plafonnage.

 

Je passai le reste de la nuit sur un brancard dans le réfectoire avec d’autres pauvres diables mal en point, en serrant les dents à cause du plomb fondu qui me grillait la poitrine, me rappelant l’intervention que je venais de subir.

 

Ma bande au grand complet, m’entourait et se relayait pour m’aider à supporter mes misères. Rana 1ère, ma bonne grenouille, avait repris sa position frontale ; Madoulet me fabriquait des emplâtres ; La guêpe potassait des cours d’acuponcture ; Gros Bidon voulait absolument me glisser dans les lèvres un coup de son élixir ravigotant et tous les autres s’affairaient à qui mieux mieux.

 

Je ne sais si c’est le « schnaps » de Gros Bidon, mais toujours est-il que je me retrouvai avec eux dans un endroit incroyablement dantesque.

 

C’était un monde ondulé, mauve-rosé, avec des yeux partout. Des yeux sans tête, en globe oculaire, avec de chaque côté, un nerf optique en forme de bras et de doigts noirs.

 

C’était un festival pour ophtalmologue avec des beaux yeux bleu pervenche, des vert olive, des jaune safran, des noir nuit profonde, des brun ourson ou des gris souris, des beaux yeux qui allaient par couple, toujours à deux avec des paupières comme une casquette et des cils en forme de penne de tous genres, de la plus raide à la plus cambrée.

 

Ils glissaient deux à deux en se tenant par la main sur un tapis ondulé mouvant rose-mauve écœurant.

 

L’un d’eux s’arrêta près de moi et je fus très étonné de reconnaître les yeux à facettes de Rigolard, le carabe, qui me transmit du regard le message suivant :

 

- Je viens d’avoir un « échange de vue » avec des yeux étonnants qui m’ont parlé du fond des choses. Tu dois en prendre connaissance.

 

Je sentis deux yeux perçants qui me fixaient : ça me trouait comme les outils du chirurgien. Mais ce regard, un regard glauque, vide comme ouvert sur un abîme, m’angoissait jusqu’au vertige. Nous échangeâmes un regard-parlant dont voici la substance :

 

- Je viens de l’essentiel, je recherche le fond des choses. Ma vision est intérieure, toujours introspective. Je recherche la connaissance du fond de ce qui est, mais mes yeux s’enfoncent toujours dans un abîme en forme de cône qui n’aurait pas de fin.

 

Depuis peu, je me tourmentais du même problème métaphysique et mes yeux ne purent que transmettre les mêmes préoccupations.

 

- Exister est un problème, ne pas exister en est un autre. Ne pas exister, c’est ne pas être. Ne pas être, c’est n’être rien. Qu’y a-t-il, s’il n’y a rien, puisque rien n’est pas concevable ? Qu’est-ce que le néant, l’inexistant, le non-être ?

 

Mon interlocuteur me regarda de ses yeux vides d’obsédé et nous nous étendîmes longuement sur le sujet sans nous comprendre : « un vrai dialogue de sourds à perte de vue » !

 

 

Chant de l’inexistant,

Chant du vide et du tourment

Et affres du hasard.

A toi, mon âme et mon art.

 

Des horloges, au printemps

Ont scandé l’air du temps.

 

L’univers, en folie

Boit la coupe à la lie

Et s’éternise éternellement.

 

{6.7} En attendant que les démarches pour le passeport suisse, très longues à l’époque, aboutissent, on m’avait soigné, trois mois durant, au « sana » de Buizingen.

 

J’y avais pris alors un terrible coup de vieux moral. Protégé par les miens, emmitouflé dans mon milieu chrétien idéaliste et pudibond, je ne connaissais qu’un monde décanté du sexe et de la turpitude.

 

Mon compagnon de chambre était un jeune garçon, fils de cabaretier qui se gaussa bien vite de ma candeur et pendant ma première nuit se chargea de parfaire mon éducation sexuelle en me révélant l’étendue de sa science sur le sujet.

 

Il faut dire qu’il était expert et assez porté sur la chose. J’en appris tellement en une nuit qu’il était difficile d’aller plus loin sur le sujet. J’aurais pu le faire taire, mais je voulais savoir, habité par une curiosité de jeune mâle.

 

Je fus cependant ébranlé, halluciné par la vision d’un monde dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Il faut dire qu’il ne m’avait pas épargné.

 

Après m’avoir bien expliqué que ça ne se passait pas comme chez les grenouilles (pauvre père Joseph), je reçus l’initiation la plus complète sur tout le reste : positions, onanisme, sodomie, homosexualité, bestialité… et j’en passe de son cru.

 

Le lendemain, il faut dire que j’étais groggy tant par le manque de sommeil que par les images obsessionnelles et folles qui me trottaient dans la tête.

 

{6.8} Heureusement, un homme merveilleux s’est approché de moi. Il était grand et maigre, si maigre que son corps semblait absent de ses vêtements.

 

Deux immenses yeux fiévreux mangeaient son pauvre visage soutenu par deux pommettes luisantes. Il respirait très court, mais ses yeux brillaient d’un message qu’ils voulaient porter.

 

Cet être, brûlant de fièvre, me dit qu’il était jociste, collaborateur et ami de Monseigneur Cardijn, le fondateur de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne).

 

Nous parlâmes longuement, assis sur un banc de couloir. Candide et confiant, j’expliquai ma nuit des révélations.

 

Il remit tout de suite les choses au point en apportant les précisions techniques indispensables et releva le débat en y associant le merveilleux qui y manquait.

 

Il s’appelait Adolphe Mertens, (Dolf pour les proches), et me fit connaître ses amis, jocistes comme lui.

 

Son amitié m’apporta un baume de bonheur, tellement elle était saine et franche et lui, d’une beauté diaphane, comme éthéré ; c’était un être surnaturel.

 

Quand je me retrouvai en Suisse, nous correspondîmes et il me dit vouloir me rejoindre pour guérir. Il espérait que l’air des montagnes réaliserait le miracle.

 

Je défendis sa cause auprès du directeur de la Villa Notre Dame (un spiritain comme mon oncle) le père Cournol, austère, froid et dur comme les glaciers.

 

Bon cependant et attendri par la chaleur de ma plaidoirie, il l’accepta, malgré le manque de place, aux mêmes conditions avantageuses que moi, et c’est ainsi que Dolf se trouva, en plein janvier, sous un ciel sombre de tempête menaçante à l’arrivée du funiculaire où l’immense et batave frère Eligius l’attendait avec son traîneau.

 

La tempête et le mauvais temps sévirent quinze jours et le séjour du merveilleux Dolf, dans les montagnes de ses rêves, ne dura pas plus longtemps.

 

On l’avait installé à côté de moi dans une chambre de quatre. S’y trouvait également Paul, un copain de Gentinnes, autre victime de l’épidémie de tuberculose qui frappa notre collèg e. (Paul ne guérira jamais et en mourra quelques années plus tard).

 

Dolf, à mes côtés, était mal en point. Il respirait difficilement et quand il me parlait, je devais tendre l’oreille pour comprendre le souffle léger qui s’élevait de ses lèvres.

 

Seuls ses yeux vivaient, des yeux dans un regard que je porte toujours au fond de moi, le regard intérieur de celui qui n’a que ça pour ne pas désespérer et qui s’accroche à un espoir d’éternité heureuse.

 

Dans mes cogitations métaphysiques, je me remémore souvent ces moments de conversations avec un être surnaturel où des yeux me parleront mieux que des lèvres.

 

Je vécus huit jours intenses avec lui, jusqu’au jour où il devint très agité, pris de panique, il se levait, les yeux affolés, il demandait qu’on ouvre la fenêtre, il étouffait, les yeux injectés, les doigts crispés…

 

Nous appelâmes et, très vite, une chappe de blouses blanches qui s’agitait frénétiquement avec des appareils et des instruments s’abattit sur lui.

 

Paul et moi, terrifiés, enfoncés dans nos draps, l’estomac noué, apercevions de temps à autre entre des vagues blanches, un visage de crucifié, hagard et exorbité.

 

Dolf étouffait, le seul poumon valide (l’autre avait été enlevé) déchiré par la maladie, faisait soupape et chaque appel d’air le gonflait comme un ballon.

 

Rien ne put le sauver, ni les trocarts, ni le bistouri qui tentait de pratiquer, entre les côtes, une voie de décompression.

 

Le reste est classique de ce qui se fait : le drap sur le visage et le lit roulant qu’on emmène par les couloirs jusqu’à la pièce qui sert de chambre mortuaire et les médecins et infirmières qui s’éloignent en discutant, brinqueballant leur matériel et leurs instruments.

 

La petite salle à l’entrée qui en avait l’habitude, fut rapidement transformée en chapelle mortuaire.

 

C’est là que je retrouvai celui que je connus si peu, mais qui me marqua si profondément.

 

C’était une ombre dans un costume trop grand. La tempête de neige, comme un voile noir, le maintenait dans une quasi-obscurité tandis que les flammes de deux luminaires en gigotant animaient le plafond et des murs tout blancs.

 

Il y resta deux jours. Quand j’allais près de lui, je ne trouvais plus qu’un cadavre décharné dans des vêtements affaissés.

 

C’est en me dédoublant que je le fis revivre. Je le retrouvais idéalement vivant, fort et lumineux, avec des yeux clairs, des yeux souriants, des yeux d’ami-grand-frère, des yeux réconfortants.

 

Je parlais beaucoup, il me répondait de ses grands yeux pâles et je me sentais très heureux. Lancinant, je lui disais :

 

- Donne-moi ta certitude, donne-moi ton savoir puisque tu sais maintenant.

 

Je réalise maintenant qu’il avait le savoir que je lui donnais et que cette vérité, je ne la trouverais jamais.

 

Mes yeux trouent le néant

Et mon regard se vide.

Je chercherai toujours

Le bout, le fond du vide

Comme un moulin

Qui tourne sans vent.

 

 

J’ai la nausée

De l’infini des nuits.

J’ai la nausée

Des fleuves sans fin.

Je frémis du vide

Et je vomis ma peur

Du bord de mes lèvres.

 

Montana dépendait administrativement d’un village, plus bas dans la montagne, et c’est là que se trouvait le cimetière où il serait enterré.

 

J’ai soudain réalisé que ce serait là que les restes de mon ami Dolf devraient lentement retrouver le monde inerte du minéral. C’est la première fois qu’un doute immense me prit : ne sommes-nous qu’un assemblage de cellules que le hasard a construit ?

 

Je ne cessais d’y penser, la tête basse, derrière le traîneau qui emmenait son cercueil.

 

Nous avancions péniblement dans une quasi-tempête de neige qui ne me permettait pas d’apercevoir le cheval, attelé devant, ni le prêtre dont j’entendais les prières et les chants parvenir jusqu’à moi, syncopés, entre deux bourrasques.

 

Celui qui était à mes côtés s’appelait Jean. Très paternel, le Père supérieur avait chargé ce séminariste assez valide de me soutenir dans une épreuve qu’il jugeait pénible tant physiquement que moralement  (Jean est devenu, par la suite, un de mes bons compagnons de randonnée et un ami).

 

Nous finîmes par atteindre le cimetière et ses tombes qu’on devinait mal, dans la pénombre et sous leur édredon de neige. Le trou pour Dolf, béant sinistrement, était une tache dans tout ce blanc.

 

L’homme qui conduisait le cheval le descendit, tête en avant, en laissant filer une grosse corde qu’il avait sur le cou et les épaules. Le cercueil en frappant le fond a fait un bruit crissant de neige qui s’écrase.

 

Nous revînmes, sans un mot, en titubant dans les rafales. La neige en tempête nous avait transformés en pantins blancs informes.

 

Le prêtre et Jean me soutenaient, mais j’étais étonné de n’avoir aucun sentiment. Je savais que j’allais le retrouver dans mes rêves et que je pourrais interroger son regard. Je savais que ses beaux yeux d’espérance aux reflets d’or me parleraient toujours.

 

 

Tes si doux grands yeux verts

Aux paillettes vieil or

Ont des refrains de mer

Sans souci de la mort.

 

Tes si doux grands yeux pâles

Ont des accents de fleurs,

De fleurs et d’oiseaux mâles

Qui chantent la couleur

Des prés verts au printemps,

Toujours au fil du temps.

 

Tes si doux grands yeux clairs

Sont perdus dans la nuit,

Dans la nuit des éclairs

Et des songes qui fuient.

 

{7.9} Quelques semaines plus tard, le Père Cournol m’appela pour m’annoncer que Cardijn, le fondateur de la JOC, lui avait écrit pour lui annoncer sa visite. De passage en Suisse, il désirait se recueillir sur la tombe de Dolf et s’entretenir avec ceux qui l’avaient connu.

 

C’est ainsi que je racontai à cet homme remarquable de dynamisme et de bonté tout ce que j’avais dans le cœur et au plus profond de moi sur celui dont les yeux riaient des étoiles.

 

Il m’écouta, me laissa parler. Je sentis qu’il aimait ce que je lui disais et je vis dans ses yeux la douceur des yeux de Dolf et je vis s’allumer dans ses yeux les étoiles des yeux de Dolf.

 

Il se mit alors à parler, parler en petites phrases enthousiastes de toutes sortes de choses dont je ne me souviens plus, mais je garderai toujours en moi le souvenir d’une psalmodie joyeuse qui sortait des lèvres d’un petit homme aux cheveux gris taillés en brosse qui évoquait des mondes de rêve dans l’amour de Dieu et des hommes.

 

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Le printemps et Jean me réconcilièrent avec la montagne. La neige se mit à fondre et une eau merveilleuse, claire et cristalline chantonnait partout dans les alpages.

 

Dès que nos cures de repos le permettaient, nous filions par l’arrière du sana et grimpions dans des prairies émeraude encore entachées, de-ci, de-là, de neige durcie.

 

Les paysans montagnards astucieusement avaient creusé sur le flanc des versants ensoleillés des rigoles qui serpentaient et dans laquelle l’eau des neiges et des glaciers s’écoulait en murmurant.

 

Aux périodes sèches de l’été, l’arrosage des prairies se faisait simplement en bloquant avec une grosse pierre le cours de l’eau qui débordait sur les pentes.

 

Jean et moi, enivrés de nature et de beauté, avions l’âme chantante et les yeux ensorcelés. Jean me rendait conscient du privilège exceptionnel dont nous bénéficiions en ces périodes particulièrement difficiles de l’après-guerre.

 

Tous les deux, souvent à genoux dans l’herbe, les mains aux chevilles, la tête en arrière, nous nous enivrions, au bord de l’extase, du spectacle grandiose que nous révélait un des plus beaux endroits de la terre.

 

La montagne se révélant alors à moi, ma haine devint passion amoureuse. Je buvais son bleu infini qui me troublait jusqu’à l’âme et me vautrais dans son soleil embrasant mon jeune corps d’adolescent.

 

Je voguais avec ses nuages blancs, effleurant ses neiges éternelles. Elle m’envoûtait de la brise féline de ses alpages, de la caresse si pure du vent de ses glaciers, porteur de l’enivrant parfum de ses pentes alanguies.

 

Ma passion pour la botanique et l’entomologie, je l’ai communiquée à Jean : nous nous penchâmes sur les fleurs et sur les plantes, sur les pierres et les insectes.

 

Nous découvrîmes l’edelweiss au bord des ravins, la grande gentiane en flocons jaunes, l’orpin, la délicate saxifrage et la joubarbe des montagnes.

 

Nous avons foulé des gazons ras piquetés de petites gentianes veloutées au bleu intense ainsi que les attendrissantes pensées des Alpes.

 

Dans les grasses prairies des alpages, nous cueillîmes des trolles d’or et dans les bosquets des lis martagon rose pourpre piqués de rouge foncé.

 

Nous traquâmes les insectes, guettâmes le grillon en titillant son terrier, débusquâmes la cicindèle qui chassait sous les pins.

 

Oh ! Ce qu’elle était belle, avec ses élytres vert jade, parsemées de quelques points noirs mais si difficile à attraper, rapide et fuyante comme un éclair d’arc.

 

Je savais que c’était une cousine de Rigolard mais je ne voulus surtout pas révéler à Jean l’existence d’un monde que je cachais aux humains.

 

Cet univers imaginaire restait mon refuge secret où je trouvais la force d’affronter le réel, m’apportant la joie, le rêve, le merveilleux, me réconfortant, m’apaisant, me consolant, me donnant le courage de défier le destin.

 

Dans ma vie d’adulte, il m’aida à apporter des solutions aux problèmes difficiles, à retrouver sang-froid et espoir, calma mes inquiétudes et en fin de compte, contribua grandement au maintien de mon équilibre physique et mental.

 

Mon instinct de petit lépidoptériste s’était réveillé à la vue des papillons rares et merveilleux qui voletaient de-ci de-là, de calice en calice et d’ombelle en ombelle.

 

Le délicat voilier (ou flambé) et le merveilleux machaon avec leurs ailes si finement découpées en pointe se prélassaient au soleil.

 

Mais nous recherchions surtout le rare apollon paressant sur les orpins blancs. Avec Jean, nous capturions leur chenille et récoltions leur nourriture pour les élever jusqu’à la chrysalide et l’insecte parfait

 

Je leur avais fabriqué des petits terrariums dans des boîtes en carton, avec aération en toile de moustiquaire et pour les observer, un côté translucide confectionné à partir de radiographies lavées, m’ingéniant à reconstituer leur milieu naturel.

 

Nous en avons ainsi élevé beaucoup que nous conservions en papillotes. (Carrés de papier absorbant plié en deux, mais en les décalant de leur diagonale, de manière telle que les deux bords ainsi constitués puissent être rabattus en fermeture. Ce truc de lépidoptériste permettait le transport, l’échange et même la conservation des spécimens capturés ou élevés.)

 

Un pensionnaire de la « Villa » m’a même mis en relation épistolaire avec un naturaliste parisien ; nous échangions dans nos lettres des papillotes et même des chrysalides et des œufs, bien protégés par des feuilles d’ouate, que nous tentions par la suite d’amener au stade parfait.

 

Dans le vent fleurissaient des ombres,

Papillonnant de fleurs en fleurs,

Aussi le vent fuira dans l’ombre

Laissant les voiliers coureurs.

 

Le machaon volète en soie

Comme la feuille morte au vent.

Cicindèle toute aux abois

S’encourt folle, tête en avant,

Alors que le malin grillon

S’enfonce dans les gravillons.

 

Hommage à toi, grand apollon,

Ô, roi-papillon des montagnes

Qui se chauffe aux rayons oblongs

Toujours en quête de compagne.

 

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{7.11} Je voudrais maintenant apporter mon tout petit témoignage en faveur de quelqu’un qui fut très injustement traité après la guerre 40-45 : le roi Léopold de Belgique.

 

Le roi Léopold et sa famille avait été retenus prisonniers d’abord au château de Laeken, ensuite en Allemagne à Berchtesgaden. A leur libération en 1945 éclata en Belgique « l’affaire royale ».

 

Le monde catholique soutenait le roi, les autres contestaient son mariage avec une roturière, Liliane Baels, qui deviendra princesse de Réthy, et désapprouvaient ses dissensions avec le gouvernement Pierlot, réfugié en Angleterre.

 

Son frère, le prince Charles, devint « le régent » en attendant qu’une solution se soit dégagée : la reprise du règne ou l’abdication et même pour certains la fin de la monarchie

 

Le roi et sa famille, pendant cette période, résidaient en Suisse à Genève.

Sa visite avec son épouse était annoncée à Montana ; il avait éprouvé le désir d’aller visiter et réconforter les jeunes malades du sanatorium belge « Lumière et Vie » situé pas très loin du nôtre.

 

J’en ai d’ailleurs évoqué l’existence dans un des chapitres précédents : c’était là qu’était soigné mon jeune et débauché compagnon de chambre du sana belge qui avait aussi rejoint la Suisse.

 

Une petite délégation de ressortissants belges de notre établissement fut constituée, que le roi accepta de recevoir au sortir de sa visite. Nous nous tenions bien sagement rassemblés non loin d’une annexe au grand bâtiment.

 

Le roi vint vers nous avec un sourire grave, ce sourire qui est sur les lèvres mais pas dans les yeux. On le sentait affecté par la pensée du destin qui attendait ces jeunes adolescents et enfants qu’un mal mortel rongeait lentement.

 

Il se dirigea vers nous et se tourna vers moi. J’étais le plus jeune de notre groupe et je sentis son regard triste se porter sur moi avec la tendresse d’un ami qui voulait m’encourager.

 

Cette attention me fit chaud au cœur, je ressentis toute l’humanité d’un homme qui avait souffert et qui entrevoyait mon destin. A deux pas derrière, la princesse de Rethy nous observait, attendrie et les yeux humides.

 

Ce moment fut long et je sentis l’émotion lui étreindre la gorge. Trop ému pour parler, il baissa la tête et s’en alla, son épouse lui prenant tendrement le bras.

 

Quelques années plus tard, lors de « l’affaire royale » je devins un de ses chauds partisans et malgré ma fragilité n’hésitai pas à me mêler aux manifestants qui réclamaient son retour.

 

Je me retrouvai quelquefois en situations particulièrement difficiles lors des affrontements avec les forces de l’ordre ou les opposants.

 

En fin de carrière, j’eus l’occasion de rencontrer son fils le roi Baudouin, lors d’une réception organisée par Petrofina à laquelle participaient les cadres supérieurs de ses sociétés.

 

Il me sembla retrouver dans les yeux du fils le même fond nostalgique et humainement triste que j’avais ressenti chez le père. Mais peut-être n’était-ce qu’une transposition personnelle d’un certain état d’âme à leur égard ?

 

 

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