Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

16/09/2015

2. l'exclusion des maldies contagieuses

2. Gérer l’exclusion des maladies contagieuses.

Quand on est dans son lit, brulant de fièvre ou qu’on sort d’une consultation médicale avec le diagnostique de la maladie grave, longue, contagieuse et peut-être fatale, le sol semble se dérober sous les pieds. …

On devient celui qu’on évite … qu’on écarte dans une quarantaine, peut-être définitive …

La souffrance est plus morale que physique. … La pharmacopée est devenue si performante que la douleur est jugulée et les euphorisants atténuent l’appréhension du lendemain. …

Ce sentiment de ne plus faire partie de la société des biens portants, d’être celui qu’on évite, celui qu’on plaint, celui qu’on regarde avec compassion, celui qui dépend des autres, celui qui n’a peut-être plus d’avenir …

C’est la solitude d’un groupe d’exclus … qui ne peuvent que se calfeutrer dans ses semblables de l’exclusion comme ceux qui fuient la misère, les réfugiés d’un monde qui les rejette. …

Ils n’y trouveront dans leurs yeux de drogués par l’euphorisant que ce voile lointain de l’avenir compromis. … Une médication adéquate ne peut que camoufler imparfaitement le profond désarroi qui reste latent dans le subconscient …

Je connus tout ça dans les sanatoriums qui m’ont soigné, « léproserie » de l’époque,… Je lus dans les regards des biens portants la crainte et la pitié. … Sorti de ces établissements, je fus, pendant dix ans, le  tuberculeux qui camoufle ses antécédents médicaux.

Je subirai le rejet cynique des médecins d’entreprises quand ils apercevaient les vides laissés par les « pneumos » (procédé de l’époque pour comprimer le poumon et favoriser la cicatrisation des cavités creusées par le bacille « de Cock » maintenu permanent pour soins ultérieurs). …

Le subconscient c’est le « reflet » de l’âme qui exprime ce que notre conscient ignore, mais cependant peut dicter nos actes et nos pensées inconsciemment. … Je subirai longtemps, logé dans mon subconscient, un complexe d’handicapé physique, tellement je le refusais. … Ce ne sera qu’avec le temps et la maîtrise de soi que je parvins à me libérer de toutes ces contraintes «inconscientes » qui contrarient le bonheur. …

Cependant, positivement,  ces épreuves enrichiront ma toute jeune « expérience » grâce aux amis que je recherchai et trouvai dans ceux qui rêvaient et cultivaient l’idéal du beau, de l’enthousiasme, de l’amour des autres, de la grandeur, de l’émerveillement et de l’utopie.

C’est ainsi que je connus Georges qui levait les yeux au ciel avec un enthousiasme communiquant, pour dire de si belles choses qu’il traduisait en quelques phrases pleine de poésie qui aurait mérité d’être chantées au monde entier. …

Malade comme moi et gravement asthmatique, il se consacra durant toute sa vie à soigner les âmes en détresses et apportera un peu de bonheur à des enfants handicapés pour lesquelles il créa des unités scoutes. …

Notre amitié fut grande et encore malade, nous avons entrepris, au sortir de la guerre, un voyage à Rome et Florence afin  de créer dans un scoutisme naissant, Mussolini l’ayant proscrit, les prémices de troupes scoutes d’handicapés. …

Ce fut lui qui me communiqua l’obsession de servir et d’être utile aux autres … Ma démarche, en écrivant ces lignes, n’a pas d’autre ambition. …

Quant aux dramatiques « exclus solitaires ». … Ceux qu’on  enferme dans des chambres spécialisées, qu’on approche cagoulés et vêtus comme des astronautes les isolant, ou ceux qui ne peuvent vivent autrement que branchés sur des appareils sophistiqués que la médecine a mis au point. …

Ceux-là sont les vrais martyrs de notre époque. … Les euphorisants, s’ils leur épargnent l’incertitude du lendemain, ne les débarrasseront pas de l’angoisse de la solitude et l’absence des contacts humains … L’entourage médical spécialisé et trié sur le volet s’efforce imparfaitement d’y remédier. …

Aussi est-il essentiel de sensibiliser nos contemporains repus et indifférents à cet état de chose qu’ils constatent la chance qu’ils ont, malgré quelques ennuis de santé, afin de modérer leurs exigences et comprendre que leur bonheur dépend aussi d’une vision plus élargie des problèmes des autres. …

Il n’est pas question de leur enlever quels qu’avantages que ce soient, mais seulement d’agir positivement en acceptant certaines contraintes qui les sortiront de leur isolement, ce qui sera tout à leur avantage dans leur comportement social.

Je reste le rêveur qui  voudrait matérialiser son rêve.

-----

05/02/2010

Ch. 16 - Labofina, le centre de recherches de Petrofina

&

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances


ET APPEL POUR UNE AIDE PERMANENTE AUX ONG

Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement.

 


__

 

Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

__

Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

 

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

Chapitre 16 : Labofina. (devenu Fina Research)

TABLE DES REPÈRES : {16.1} Après quatre ans, je suis transféré avec mon chef à Labofina, centre de recherches du groupe - Description de ce supérieur pittoresque, qui dû rendre d’énormes services au groupe quand il était l’employé de Maurice Clément, le chef du personnel et directeur administratif - {16.2} Après quelques années, il sera victime d’une thrombose cérébrale et contraint d’arrêter, ce qui me permit de lui succéder - {16.3}Hommage à un collaborateur fidèle, humble et discret qui me soutint pendant toute ma vie professionnelle - {16.4} Explication de la technique comptable des « écritures en partie double » et étonnante intervention du subconscient dans la découverte d’une falsification habile opérée par un collaborateur –

 

{16.1} Dans cette tour d’ivoire qu’était notre département des Finances au sein du groupe Petrofina, du fait de son importance stratégique, notre petite bande de « grands gamins » peu conscients de l’importance des opérations dont ils étaient responsables, tentaient de rompre l’austérité de leur emploi par de facétieuses incartades dont devenaient victimes nos vieux collègues, mais surtout le cerbère grillant sa pipe placidement installé derrière nous.

 

Nous commencions la journée par le rite essentiel du dépouillement et de la répartition du courrier, après qu’il eut été passé au crible de la haute direction.

 

Ce cérémonial avait lieu autour du bureau du « chef », qui d’abord vidait sa pipe dans un grand cendrier en demi-cristal, la bourrait, l’allumait dans un grand grésillement juteux, pour s’attaquer, plein d’importance, au gros paquet de documents de tous genres qu’un « huissier » lui avait placé à portée de main.

 

En face de lui prenait place celui qui avait la tâche essentielle d’établir la « trésorerie » que la direction exigeait pour onze heures afin de prendre les dispositions nécessaires à la mise en place de sa stratégie financière.

 

Personnage étonnant et pittoresque, supérieurement doué en calcul mental, il était capable de rivaliser avec les machines à calculer du moment. Très amusant, blagueur, c’était un bon copain qui grimpera très haut dans la hiérarchie de Pétrofina et même aurait pu terminer aux postes les plus élevés, s’il avait fait montre de plus d’opportunisme et d’entregent.

 

Cette prouesse matinale de jonglerie dans les débits et les crédits, l’actif ou le passif du bilan de la société avec conversion dans toutes sortes de devises s’effectuait manuellement sur des feuilles pré-imprimées de « T » (double potence dont la partie gauche était réservée aux débits et la droite aux crédits).

 

Notre chef, tout en suçotant sa pipe qui chuintait son jus, dépouillait le courrier et le distribuait à chacun, réuni autour de lui, tout en en dictant les chiffres à son vis-à-vis qui les notait dans ses « Té », comme disent les comptables.

 

L’exercice était difficile, certaines opérations demandant réflexion, aussi était-il fréquent que notre « boss » se trompât de côté. Notre surdoué collègue, champion de la lecture à l’envers de documents nébuleux et illisibles, le surveillait nonchalamment et avec une subtilité qui nous a toujours épatés, corrigeait sans sourciller.

 

Ce rite, pittoresque à souhait, ainsi que nos nombreuses blagues de joyeux « collégiens » feront toujours partie des souvenirs que nous nous plaisons à rappeler quant nous nous retrouvons entre anciens : des mots et des phrases qui resteront célèbres, mais aussi des gamineries les plus idiotes ; jugez-en vous-même à l’énumération non exhaustive de telles facéties :

 

- Elastiques coupés en morceaux mêlés au tabac de sa pipe juteuse dont nous dûmes subir les effluves de pneus brûlés au jus de chique pendant quelques jours ; notre brave patron ne semblait pas s’en apercevoir : peut-être avait-il les facultés olfactives amoindries par l’usage du tabac fort de son « Flobecq » natal ?

- Emballage d’un « Herve » bien avancé, collé sur la paroi arrière de son tiroir, empestant son habitat, à tel point qu’il nous mobilisa tous pour rechercher l’animal crevé qu’il croyait coincé dans ses tiroirs… Imaginez la partie de plaisir que ce fut… le Herve, lui, finit par sécher…

- Pipe quasi bouchée à la colle forte et allumettes, habilement camouflées dans le conduit, qui le rendait écarlate des efforts qu’il faisait pour en tirer quelques misérables bouffées…

- Et d’autres des plus vaches qu’il vaudra mieux taire…

 

Irrévérencieux et rosses, nous aimions caricaturer ses propos en exagérant le chuintement qui lui faisait transformer les « s » et les « z » en « che » (il n’était pourtant pas Auvergnat).

 

Quand il se voulait bonhomme et en confidence, il se penchait vers son interlocuteur, très paternel, en disant : « cha fieux, chest pour votre dochier (dossier)… », on savait, alors que c’était un document très utile … qu’il fallait tenir à l’œil

 

Quand on lui demandait ce que représentait le diminutif de la décoration qu’il portait à la boutonnière et qui récompensait vingt-cinq années au service d’une même société, il répondait : « Cha fieux, chest les années de travail. »

 

Un jour, il me suivit dans le couloir en me disant : « Mailleux, venez avec moi, on va aller pisser … ».

 

Interloqué, cependant convaincu de l’innocence de ses intentions, je le suivis et c’est tout en nous soulageant chacun dans notre « box » et ensuite en nous lavant les mains, qu’il me fit part, très confidentiellement, d’une proposition qui lui était faite d’être affecté comme chef du personnel et responsable administratif de la société que le groupe avait créée pour y installer son centre de recherches et de développement.

 

Ses « parrains » de la maison-mère l’avaient baptisée « Labofina », premières syllabes de laboratoire et dernières de Petrofina.

 

Excellente expérience pour moi, j’avais été chargé d’accomplir, peu après mon entrée, toutes les démarches légales nécessaires à la création de cette filiale et de mettre en place ses structures comptables et financières.

 

Pendant la construction de ses superbes installations, un peu en dehors de Bruxelles, j’avais reçu mission de veiller à la bonne tenue de ses comptes et de son organisation administrative : j’étais donc le collaborateur rêvé pour mon vieux chef, et, comme on dit maintenant, « cerise sur le gâteau », d’un naturel soumis et dévoué.

 

La nouvelle, encore à l’état de projet, était ultra confidentielle, aussi mon boss avait-il choisi curieusement cet endroit incongru pour me lâcher le morceau et me convaincre de le suivre.

 

Je n’avais pas fort le choix et puis je compris bien vite qu’on tenait à ce transfert pour introduire dans cette société bien jeunette et turbulente un « pion » chevronné qui ferait entendre raison aux plus dissipés de ses jeunes recrues et que lui n’irait pas sans moi.

 

C’est ainsi que par un froid matin de novembre 1956, je pris possession d’un beau bureau, situé dans une bâtisse aux allures de moderne et vaste pavillon doté d’un étage, situé le long d’une chaussée bordant un canal industriel, à deux pas du petit port pétrolier de Bruxelles.

 

Il y avait sur le devant, une vaste aire d’accueil agrémentée de parterres de fleurs, de buissons ornementaux et de beaux et fringants jeunes arbres aux essences de grande classe.

 

C’est avec le sentiment paisible d’un long voyage accompli que je me remémore maintenant ce premier jour, origine d’une carrière fertile en événements heureux, épiques ou douloureux, et que je me rappelle ce bâtiment dont j’ai tant parcouru les couloirs, grimpé quatre à quatre ou dégringolé le grand escalier de marbre blanc veiné de gris qui prolongeait si harmonieusement son spacieux hall d’entrée.

 

Une réceptionniste-téléphoniste avenante, confortablement installée dans son local vitré au guichet grand ouvert (pas la crainte des hold-up à l’époque), y accueillait les visiteurs qui avaient franchi son grand portail de verre épais en leur offrant son sourire et le confort de quelques fauteuils esthétiquement disposés.

 

Cette première année fut heureuse et très agréable. Je sortais d’un environnement contraignant et difficile, cœur battant d’une affaire en plein développement. Comme je l’ai déjà signalé, mes collègues de Petrofina et moi étions sans cesse sous pression, confrontés aux problèmes inhérents à la rapide expansion de la société.

 

Rien de tout cela dans mon nouvel emploi : aucune contrainte de délai, un entourage de jeunes universitaires ou techniciens de haut niveau, fraîchement sortis de leurs écoles, qui avaient pour mission de mettre en place un outil de recherche dans des domaines nouveaux à explorer dont le calendrier des résultats était difficilement programmable.

 

Dans ce milieu très « student » (étudiant) comme on dit en Belgique, régnait une ambiance bruyante de potaches débridés, joyeuse et débonnaire qui me convenait fort bien.

 

Cette période de répit fut malheureusement pour moi de très courte durée. Réglée comme du papier à musique, ma tâche avait ses « tempo », ses « allégro furioso » ou ses « cantabile » ; et moi, l’employé aux écritures de son centre de recherches, n’était que le tout petit flûtiste du grand orchestre comptable de Petrofina, attentif aux mouvements de la baguette de son grand chef, l’administrateur responsable des finances.

 

Tiraillé entre ces impératifs et les sautes d’humeur de mon  patron  qui cherchait à se dédouaner de ses complexes en contrariant la moindre de mes initiatives, je vécus une période intellectuellement très nébuleuse où je m’ingéniais à trouver le compromis idéal entre des exigences incohérentes et l’application de règles découlant du simple bon sens.

 

Qu’était-il arrivé à mon vieux chef ? Pourquoi nous compliquait-il ainsi la vie à tous les deux ?

 

{16.2} Lentement, un mal s’insinuait dans son cerveau, durcissant des cellules, en augmentant son agressivité. Quelques années plus tard, il fut victime d’une thrombose cérébrale et forcé d’arrêter.

 

Pendant sa convalescence, j’allais le voir, une à deux fois par semaine, et je garde le meilleur souvenir des conversations que nous eûmes alors ; nous nous étions entendus avec son épouse, joyeuse et exubérante personne, pour ne jamais parler de son travail : c’était à l’évidence ce qui le perturbait.

 

Je savais qu’il m’appréciait et pendant cette période ténébreuse, nous avions cependant de bons moments ensemble. Il me révélait sa jeunesse, sa vie difficile de comptable d’une usine allumettière et ses premières années dans la Petrofina d’avant-guerre.

 

Dès qu’on abordait la période des années de la guerre 40-45, il devenait pensif. Que s’était-il passé, alors ? (Voir à ce sujet l’introduction)

 

Il avait certainement été un bon serviteur, rendant de nombreux et précieux services dans des moments périlleux et difficiles. Aussi, apprécié par les grands patrons de la société, a-t-il toujours été protégé et ménagé.

 

Je réalisais bien cette situation de même que mes supérieurs de Labofina, à l’époque un directeur-général et un directeur.

 

Pourtant, que de difficultés avons-nous rencontrées pour concilier ses sautes d’humeur avec la poursuite normale de nos activités qu’il contrariait, semble-t-il, à plaisir !

 

Pour moi, ce fut une période de ma vie des plus pénibles, tellement j’étais vulnérable et susceptible. La moindre de ses « fantaisies » et son injustice me blessaient douloureusement.

 

Je m’efforçais de satisfaire tout le monde et surtout mes grands patrons. Pour ne pas indisposer mon fantasque chef et éviter les problèmes, ils me chargeaient de faire passer subrepticement des commandes qu’il lui prenait la fantaisie de ne pas autoriser.

 

Tant bien que mal, terrorisé à la pensée qu’il pourrait s’en apercevoir, j’imaginais toutes sortes de stratagèmes pour fournir sous cape des renseignements qu’il ne voulait pas donner ou faire suivre aux fournisseurs des commandes de matériel qu’il ne voulait pas approuver.

 

Nous devions aussi nous organiser pour que les factures ne tombassent pas entre ses mains. Comme j’étais chargé de la surveillance des budgets, je devais faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour camoufler et harmoniser tout ça. Aussi mes nuits étaient-elles lourdes d’angoisse et peuplées de cauchemars qui me réveillaient en sueur, livide et tremblant…

 

Je n’exagère pas : il faut comprendre l’état de dépendance psychologique dans lequel je me trouvais. Par éducation et par traditions propres à mon milieu, j’étais un être soumis à l’autorité en place et respectueux de l’ordre établi. De plus, inquiet et scrupuleux, je me sentais coupable de trahison et ce sentiment me torturait de remords.

 

Si je n’ai pas sombré, si j’ai pu résister à ce régime d’anxiété et à ces nuits de terreur qui ont menacé ma raison pendant une dizaine d’années, c’est que j’avais épousé un ange qui se tenait à mes côtés, me transmettant sa belle assurance, et m’ouvrait des coins d’éden où j’allais me réfugier avec elle en rêve et en réalité.

 

Avec délicatesse, et grande pudeur, je révélerai au chapitre suivant ce coin secret de ma vie que je ne peux passer sous silence tellement il en est la raison et l’aboutissement.

 

Le poème qui va suivre traduira mieux cet état d’angoisse et de cauchemar que je ne voulais cependant révéler à personne.

 

Hydre monstrueuse

Aux tentacules fiévreux,

Hantise de mes nuits d’angoisse,

Tu envahis mon âme

Pour y trancher la trame

De tes sept bras de feu.

 

Rongeuse de mes nuits acides,

Tu habites mes cauchemars

De relents de ragoût fétide

Abandonné dans ton départ.

 

Pauvres songes délaissés

Pour de cruels tourments,

Pauvre enfant de mes rêves lassés,

Perdus dans mes nuits désolantes

En quête d’inutiles firmaments.

 

{16.3} Quand nous nous arrêtons sur le chemin sinueux de notre existence, et que nous nous retournons pour en revoir le parcours, nous nous attardons avec bonheur sur les coins ensoleillés des moments heureux en laissant dans l’ombre ceux qui ont été marqués par la souffrance et le malheur. C’est là le côté merveilleux du souvenir : il estompe les coins sombres.

 

Ce retour en arrière, ne va pas sans l’évocation des compagnons de route qui l’ont animé ; cependant parmi ceux-ci, nous finissons par ignorer, tellement il est discret, le dévouement sincère et désintéressé de certains, souvent caché par les manifestations des autres qui se plaisent à en étaler l’importance.

 

ang="FR" lang="FR">Aussi je me dois de donner une place de choix à quelqu’un qui fut toujours à mes côtés, avec une telle humilité et une telle discrétion que je ne m’apercevais presque plus de sa présence et de l’utilité de ses services .

 

Pourtant, avec une constance et une efficacité remarquable, il assurera l’intendance de notre société en continuel développement  (économat, magasins, messagerie, surveillance). C’est seulement maintenant que je réalise combien il a discrètement résolu de problèmes sans jamais s’en prévaloir.

 

Transfuge comme moi de la comptabilité de Petrofina, il était un des deux employés à la mécanographie qui m’avaient mis si mal l’aise, lors des présentations du jour d’entrée.

 

Très autoritaire et de carrure imposante, il terrorisait inconsciemment ses employés qui redoutaient ses emportements et pourtant, il était aussi bon que la brioche chaude du matin.

 

Je soupçonne mes anciens collègues du département des Finances de Petrofina de me l’avoir envoyé pour se débarrasser d’un personnage rocailleux en constante maille à partir avec les comptables.

 

Je trouve intéressant, maintenant, de narrer une anecdote qui me permettra d’illustrer l’importance que peut avoir le subconscient quand on arrive à le décrypter.

 

{16.4} Pour les comptables, une période cruciale et inéluctable est celle qui précède l’assemblée générale des actionnaires. C’est alors que se clôturent les bilans que les commissaires vérifient en contrôlant les balances de comptes.

 

Dans les premiers temps de la comptabilité, les comptables passaient les écritures dans ce qui s’appelait un livre journal.

 

Cette opération consistait à porter un montant au débit d’un ou plusieurs comptes pour en mettre les soldes à jour tout en inscrivant leur contrepartie au crédit d’un ou plusieurs autres comptes, les totaux des éléments inscrits de part et d’autre devant être rigoureusement identiques.

 

Les « teneurs de comptes » reproduisaient ensuite le détail de chaque écriture dans le Grand Livre des comptes. Ces opérations permettaient de garder ces comptes à jour et d’en connaître le détail.

 

La hantise des comptables de l’époque était d’éviter les erreurs de transcription, naturellement fréquentes dans une multitude d’opérations journalières.

 

Pour avoir la certitude d’une reproduction rigoureuse des écritures et de l’exactitude de leurs totaux, il suffisait de vérifier que le total des montants inscrits au débit correspondît bien au total des montants inscrits au crédit : c’est ce qu’on a appelé la balance des mouvements.

 

Le total de cette balance des mouvements du Livre Journal doit être identique évidemment à celui de la balance des mouvements du « Grand Livre ».

 

C’est cette technique très simple qui a permis l’évolution du commerce, des affaires et des opérations bancaires.

 

L’astuce de la comptabilité à décalque qui fut imaginée par la suite, consistera à reproduire les éléments de l’écriture grâce au papier carbone glissé entre le « compte » et le livre journal et de réaliser ainsi en une fois les deux opérations. On s’économisait ainsi le cauchemar des mauvaises retranscriptions et par conséquent des erreurs de « mouvements ».

 

On inventa d’ingénieuses et pourtant simples « plaques » à décalque sur lesquelles se trouvait la feuille de journal qui, grâce à un curseur muni d’une pince, permettait d’aligner le compte du Grand Livre sur le tracé du journal, et ainsi d’effectuer les deux opérations en une seule « écriture », l’une étant le calque de l’autre.

 

L’importante firme américaine « National » qui avait mis au point les fameuses « caisses enregistreuses » qui se trouvaient, dans le passé, sur tous les comptoirs des grands magasins, eut l’idée de transformer son article vedette en machine comptable.

 

C’était une énorme machine à écrire avec des compteurs pour chaque colonne qui mettait à jour chaque opération.

 

Finies les fastidieuses et longues colonnes d’additions. Terminés les longs soirs et les lourdes nuits de « pointages » de chiffres pour en découvrir la mauvaise retranscription dans les milliers d’opérations d’une grosse société. La « machine comptable » infaillible se chargeait de tout, et pourtant…

 

Pourtant, voilà l’aventure qui nous arriva. Comme chaque année, nous n’avions plus que quelques jours pour clôturer les comptes avant le contrôle éventuel du commissaire.

 

Contrairement à toute attente, le total de la récapitulation des mouvements du débit ne correspondait pas à celui des crédits.

 

Le laboratoire se développant assez rapidement, nous avions reçu l’apport d’une secrétaire et d’un aide-mécanographe, libérant ainsi celui dont j’appréciais tant le dévouement discret.

 

L’employé qui maintenant opérait sur la machine comptable était également un transfuge que Petrofina nous avait imposé, environ une année auparavant.

 

La tâche de ce «mécanographe » consistait à recopier les opérations que le « comptable » lui avait transmis sur un « manifold » dont il gardait une copie. Son travail de « copiste » était donc très simple et consistait à recopier chaque écriture sur la fiche qu’il sortait d’un bac contenant tous les comptes du bilan. Périodiquement, la transcription des soldes de tous ces comptes et leur addition permettait la confection d’une situation bilantaire. (Voir au chapitre 26 « Les gros sous » un exposé très complet de la technique comptable)

 

Un jour, le malheureux s’arrachant les cheveux et ne sachant plus à quels saints se vouer devant l’inexactitude de sa balance des comptes, nous avait appelés pour l’aider à en sortir.

 

Pour nous, comme il s’agissait d’une erreur de mouvement et que ceux-ci ne pouvaient qu’être corrects puisque reproduits par décalque, nous n’étions pas trop inquiets et assez sur de nous, aussi nous négligeâmes l’affaire jusqu’à ce qu’elle devint urgente.

 

Mais alors, mystère, impossible de déceler l’erreur ! Et le réviseur qui s’annonçait pour le surlendemain !

 

On imagine notre angoisse pendant les heures qui suivirent…

 

Bernique pour nous : nos investigations les plus fouillées et les plus astucieuses n’aboutissaient à rien…

 

Il était deux heures du matin… Le contrôle était prévu pour dix heures…

 

Désespérés, nous redoutions la confrontation que nous allions avoir avec le réviseur qui est obligatoirement un indépendant légal avec devoir de contrôle des comptes…

 

Il devrait renoncer à sa mission et rentrer au Conseil d’Administration un rapport de carence, voire d’incompétence me concernant.

 

Découragés, hagards par manque de sommeil, nous rentrâmes chez nous comme des automates épuisés dont le ressort est à bout de course.

 

Ce qui se passa ensuite restera toujours pour moi une preuve évidente de l’existence du subconscient qu’il serait intéressant de pouvoir contrôler pour s’en servir : dans une décision, il est aussi utile de tenir compte du flair et de l’instinct que de s’en tenir à la seule rigueur de la raison.

 

Hébété, comme un zombie, je m’écroulai dans le lit, mon épouse qui se tenait au courant heure par heure, me serrant dans ses bras pour me réconforter.

 

Ai-je dormi ? Etait-ce un état second ? Je ne sais trop ! Mais voilà l’histoire étonnante qui m’est arrivée dans un cauchemar que je vais m’efforcer de reconstituer. Il m’a tellement interpellé qu’il est resté incrusté dans mes souvenirs avec les détails abracadabrantesques propres à tous rêves.

 

Je suis entré dans un monde vert-eau presque transparent… avec pénétration dans une matière enveloppante qui me réduisit à l’état d’un élément subtil, sorte d’ectoplasme qui se mit à voyager dans un univers de comptes couchés les uns sur les autres dans des grands creux.

 

Un courant léger, à peine perceptible, les faisait onduler comme pour leur donner vie. Mon « ectoplasme » s’étant glissé dans leur onde et se faufilant entre les comptes, finit par en choisir un, auquel il se confondit.

 

Et puis, ce fut le trou noir et comme un gargouillement d’égout qui se vide. Le monde noir se mua lentement en bleu-eau presque transparent…

 

Mon « ectoplasme » reprit sa lente « ondulade » pour encore retrouver ce compte sur lequel les nombres s’alignaient peureusement comme effrayés par le dernier qui sous une ligne se prétendait leur total.

 

Et puis, je retrouvai, angoissé, le même et obsédant trou noir avec ce borborygme typique d’un liquide qui se force un passage.

 

Le trou noir se mua lentement en rouge feu violent qui me dévorait les yeux tandis que le prétentieux total, celui qui plastronnait couché sous une ligne, ricanait sataniquement en me traitant d’imbécile.

 

Puis soudain, du trou noir sortit, comme un diable d’une boîte, Diaphane-prof qui m’invitait à le suivre. Nous ondulâmes tous deux à travers les comptes jusqu’à celui dont un des totaux m’avait insulté.

 

Les montants du compte étaient en pleine révolution, ils ne voulaient plus de l’arrogant total qui sous sa ligne ne cessait de les scandaliser de ses propos malveillants.

 

- C’est un intrus, criait Diaphane-prof, très excité.


- Dehors, hurlaient tous les autres.

 

Sentant que l’affaire allait mal tourner, je tentai de calmer le jeu.

 

- Mais pourquoi ne voulez-vous pas de lui, nous allons demander au compteur de vérifier s’il est bien votre total.


- Dehors, c’est un intrus, reprenaient en cœur tous les montants de la colonne.

 

Le compteur que j’avais consulté me confirma que le total soupçonné de faux correspondait bien à la somme de tous les chiffres. Ma plaidoirie en faveur du malheureux contesté ne servit à rien.

 

On ne m’écouta pas, pas plus que Diaphane-prof qui s’était rangé de mon côté ; aussi fûmes-nous rejetés du compte en pleine révolution. Nous sombrâmes tous deux dans un trou noir sans fond…

 

Je m’en suis bien sûr sorti en me réveillant, mon épouse, à mes côtés, effrayée de l’état d’excitation dans lequel je me trouvais.

 

- Il faut que j’aille au bureau, vérifier un compte qui m’a tourmenté toute la nuit.

 

Nous nous précipitâmes, en pleine nuit, réveiller le concierge qui nous ouvrit, assez ahuri.

 

Fébrilement, je sortis le compte et le reconnus aussitôt, comme s’il n’y avait plus que lui, alors qu’il n’était utilisé qu’occasionnellement.

 

Mais, atroce déception, tout était juste, de même la feuille de journal qui en était le duplicata par décalque de chaque ligne…

 

Je sentais peu à peu ma raison sombrer… Mais que s’était-il passé ? Et que me voulait mon subconscient qui semblait obsédé par ce compte ?

 

La tête entre les mains, mes yeux ne quittaient plus les documents qui flamboyaient devant moi, allant du compte au journal qui en était pourtant la copie rigoureusement exacte. Comment était-il possible que les mêmes chiffres ne donnassent finalement pas le même résultat ?

 

Et puis, je me sentis comme attiré par un montant qui semblait me narguer vicieusement, perdu dans la grande feuille de papier calque, bondée de chiffres noirs et gras, avec une arrogance de défi dans sa duplicité de chiffre truqué dans sa reproduction carbonée.

 

Je le comparai avec celui dont il devait être l’exacte reproduction : les deux montants étaient différents. Quelle adresse avait-il fallu à notre employé pour reproduire (mal, malheureusement pour lui et pour nous) par transparence sur le calque cette donnée ?


Comme Archimède, je criai « eurêka », j’ai trouvé… ! J’ai trouvé… !

 

Je m’interroge toujours sur cet événement que je n’arrive pas à expliquer, cette perception subtile qui dépasse notre entendement mais qui s’appelle aussi intuition. Toujours est-il que nous étions sauvés.

 

Comment cependant un tripotage pareil avait-il été possible ? Comment un honnête garçon, au demeurant pas très dégourdi, était-il parvenu à truquer d’une manière aussi habile, digne du meilleur faussaire, un système aussi performant ?

 

Un drame humain était à la base de tout ça et je m’en voudrai longtemps de n’avoir rien perçu.

 

Notre pauvre mécanographe, transfuge de Petrofina, nous avait été envoyé pour commencer une carrière comptable. Cependant, il se trompait facilement, ce qui agaçait son chef, mon dévoué collaborateur qui, peu patient et assez autoritaire, le terrorisait de ses colères.

 

Pour s’éviter des confrontations pénibles, il était passé maître en rectifications truquées, indécelables.

 

En avait-il dû passer des heures et peut-être des jours de patience pour mettre au point une technique destinée à recommencer des comptes erronés ou cochonnés sans qu’on ne s’aperçoive de la manœuvre !

 

C’était bien entendu sans conséquences tant que ses corrections étaient rigoureusement exactes et qu’aucune erreur n’avait altéré la reproduction des chiffres.

 

Malheureusement pour lui et pour nous, ce ne fut pas le cas cette fois-là et vous en connaissez la suite.

 

Pris de remords de n’avoir pas perçu ce drame humain, je parvins à convaincre mon irascible collègue d’indulgence.

 

Ce sera avec beaucoup de ménagement que nous en parlerons au pauvre diable, en lui faisant promettre, comme à un petit gosse, de ne plus recommencer.

 

 

 

------------------