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15/11/2015

7. AVC (Accident Vasculaire cérébral)

Dans l’étude précédente sur l’hémianopsie, je relatai les circonstances qui furent la cause de l’accident cérébral qui a bouleversé mon existence en faisant de moi un infirme visuel. … C’était très grave, car cette infirmité handicapante devait compliquer fondamentalement ma vie professionnel et culturelle. …

Les problèmes visuels s’étaient compliqués d’un AVC (accident vasculaire cérébral) qui m’atteignit dans diverses régions cognitives du cerveau et, de plus, me plaça dans un état d’inconscience du temps, tant passé que présent.

Heureusement un cerveau atteint se restaure avec beaucoup de volonté et de patience. … D’autres cellules du cerveau existent, en stand-by d’une fonction qu’il faut rééduquer pour la mettre à jour, … car le celui-ci (le cerveau) s’adapte aux nécessités de son évolution en ne développant que les cellules nécessaires à celle-ci (l’évolution). … Il en reste, alors, une quantité très importante en réserve de leur utilisation. …

C’est dans cette réserve que l’organisme puise pour restaurer les fonctions perdues. … C’est dire l’énorme effort de réadaptation que l’individu atteint doit réaliser pour les retrouver. … Le déficient cérébral n’arrivera à un résultat valable qu’avec un effort personnel dur et contraignant, aidé du personnel médical de rééducateurs formés et le soutien de son entourage. …

Après ces vingt kilomètres de Bruxelles fatidiques, ainsi que je le relatai par ailleurs, je me suis retrouvé hébété et hagard … J’étais conscient de la réalité des choses que je percevais visuellement, auditivement et tactilement, mais mon cerveau était « en panne » de certaines facultés dont jouit un homme normal. …

Je n’arrivais plus à me situer dans l’espace, aussi bien domestique qu’extérieur. … Je ne reconnaissais plus rien, plus aucun trajet. …

Les objets familiers étaient devenus étranges, sauf les plus usuels dont je pus retrouver l’usage dès les premières heures, … pour les autres, je devais faire un gros effort pour me rappeler leur emplacement, quant à leur utilisation par contre, elle, n’était ni malhabile ni maladroite. …

Je n’éprouvais aucun problème de mobilité, cependant, je gardai le lit les premiers jours, sur conseil du médecin. …

Après, je dus réapprendre à me localiser aussi bien dans notre maison de campagne dans laquelle nous nous étions réfugiés. … Mon héroïque épouse me protégeait, faisant le vide autour de moi. …Elle passa des journées à m’exercer à retrouver ce que j’avais perdu en informatique et en écritures comptables. … Elle m’aida et m’encouragea aussi à trouver des palliatifs à mon problème de lecture. … Par la suite, je développai et perfectionnai les connaissances en lecture rapide que j’avais apprises avec les cadres de ma société.

La lecture rapide est une technique qui est conseillée aux cadres ou chercheurs qui doivent consulter une abondante documentation. … Avec mes collègues, cadres de ma société, j’ai suivi une formation pour maîtriser cette technique. … Elle consiste à lire en diagonale ou par blog de textes avec les yeux sans utiliser la fonction auditive qui est instinctive. … J’avais choisi la saisie des textes en diagonales, parce qu’elle me paraissait parcourir un volume plus important de pages. …

Dès que je me suis remis à travailler, après la mésaventure médicale qui me rendait infirme, j’ai cherché à adapter la technique à mon infirmité. … Avec pas mal d’exercices et la pratique, je suis arrivé à mémoriser visuellement les passages important pour la compréhension, quitte à y revenir pour trouver une autre « piste » de lecture. … Quand je veux relever un texte important, j’utilise mes deux index, l’un pour « marquer » la fin de ligne, l’autre pour repérer le début de la suivante. … Devant l’écran, j’utilise la souris qui effectue le même trajet linéaire que ne le fait une vue normale, mais en effectuant un retour en suivant la ligne suivante pour atteindre son début. …

Revenons au récit de mes mésaventures : Le patron de Polytec, parvint à franchir la barrière de protection que mon épouse avait créée autour de moi. … Comme j’avais retrouvé un visage normal et un raisonnement suffisant, il se rassura … Il connaissait mes facultés de récupération pour les avoir connues lors de l’infarctus que j’avais subi antérieurement et duquel j’étais sorti avantageusement. … Il en fut de même avec Labofina, qui envoya mon assistant qui les rassura. …

Je parlais normalement et les mots me venaient facilement, je n’avais aucune conversation autre que les plus usuelles. … Je paraissais distant, perdu dans un espace vide comme inexistant. …

Je me souviens très bien des premiers jours de ce traumatisme, quand j’étais alité. … Je me vois encore, pendant des heures, avec dans les doigts une de ces petites fiches, que j’avis créées pour exercer ma mémoire, qui reprenaient les rois Louis 13 à 16 de France avec leurs dates de naissance et de décès. …Je les voyais, je les lisais, mais mon cerveau ne parvenait pas à les retenir ni à réaliser ce qu’ils étaient. … Cependant, un instinct surgi du passé me poussait à me souvenir de leur importance et même de les qualifier de rois. …

Si j’ai développé longuement et en détail les problèmes que j’ai éprouvés, c’est que je tiens à convaincre ceux qui subissent des traumatismes cérébraux de lutter fermement contre cette infirmité avec l’assistance indispensable de leur entourage. …

Le texte qui est sous les yeux, que j’écris dans un style correct est la preuve évidente du succès de mes efforts et de mon rétablissement. … Depuis une bonne dizaine d’année, comme je l’ai raconté par ailleurs, j’ai créé ce blog qui comporte actuellement plus de trois mille pages de sujets les plus divers concernant l’existence. …

Ce labeur qui me passionnait m’a demandé des heures d’études, complétées d’annotations et de recherches sur des sujets aussi divers que, un relai des efforts de l’ex professeur de Duve pour défendre sa solution à la surpopulation, ainsi que le fondamental de l’existence, des travaux sur les croyances et des réflexions sur la métaphysique et la vie

Et enfin, mon expérience professionnelle en tant que directeur administratif et chef du personnel (500 unités) du centre de recherches de Petrofina, qui était à l’époque, la plus importante société de Belgique. …

Je terminerai en signalant l’importance de ce chapitre sur ma vie, non pas pour me glorifier d’avoir surmonté toutes les épreuves physiques que j’ai endurées, mais surtout pour répondre au souhait de ma fille, infirmière psychique s’occupant de demandeurs d’emploi en souffrance, qui m’a suggéré de faire ce travail pour se servir, ainsi que ses collègues, du témoignage de quelqu’un qui a réussi une vie particulièrement éprouvée par la maladie, les accidents cardiaques et autres problèmes de santé, … et qui est particulièrement heureux, ce qui peut lui permettre de donner des conseils sur l’acquisitions du bonheur profond et permanent. …

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02/02/2010

Ch. 15 - Petrofina devenu Total

&quo

ET APPEL POUR UNE AIDE PERMANENTE AUX ONG

Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier)

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

Chapitre 15 : Petrofina

TABLE DES REPÈRES  : {15.1} J’ai vingt-trois ans et je serre précieusement le diplôme que je viens d’obtenir de la Chambre Belge des Comptables, mais je suis toujours refoulé, tout en ayant été sélectionné, à cause de mon état de santé révélé par le pneumothorax qui apparait aussi bien à la radio qu’à l’auscultation - Cependant, une chance incroyable chez un vieux médecin me font réussir cette épreuve insurmontable pour moi, ce qui me permet d’entrer à Petrofina, à l’époque de sa renaissance - {15.2} J’ai la charge importante des écritures diverses, celles qui demandent le plus de connaissances et je parvins à m’en sortir - Pourtant à l’époque, nous étions mal outillés, l’informatique n’existait pas et les machines à calcul étaient rudimentaires - C’est avec ces outils archaïques que nous avons dû réaliser des opérations aussi importantes que l’acquisition des filiales américaines et canadiennes par émission d’actions dans une souscription ouverte au public du monde entier – {15.3} Les primaires outils de calcul de l’époque -{15.4} Transposition dans l’imaginaire des leçons de Diaphane-prof qui me fait entrer dans l’univers de l’ordre « mathématique » et constater la fragilité de notre « connaissance ».


{15.1} J’avais vingt-trois ans et contre moi je serrais précieusement un grand parchemin que je venais de recevoir des mains du Président de la} Chambre Belge des Comptables.

 

Ce sera le seul document officiel d’étude que je n’aie jamais recueilli dans ma vie. Il était très difficile à décrocher (nous n’étions qu’une trentaine de récipiendaires sur plus de deux mille inscrits pour l’ensemble des années d’étude) et j’étais un des plus jeunes à le détenir.

 

Il m’ouvrait les portes d’une profession modeste, pas très recherchée par les jeunes qui lui préféraient l’éclat des titres universitaires.

 

Pourtant, tapis dans l’ombre de leur activité peu glorieuse, les comptables pouvaient mieux que quiconque palper le pouls des affaires, en connaître tous les rouages et les secrets, et augurer de leur réussite ou échec, si bien que cette profession, au titre méprisé, donnait accès à des positions très confidentielles qui pouvaient devenir pour les opportunistes un tremplin vers des situations intéressantes voire importantes.

 

La société lyonnaise qui m’employait avait disparu, le nylon ayant remplacé avantageusement la soie.

 

Mais je visais plus haut : une grosse société. Cette ambition répondra toujours au besoin sécuritaire de tout un chacun et je n’échapperai pas à la règle.

 

Fort de mon diplôme, je me présentai aux sociétés les plus réputées de ma région, mais je dus vite déchanter.

 

Une confrontation redoutable m’attendait qui me vouait à l’échec : l’examen médical.

 

C’est ainsi que je fus refoulé successivement de deux grandes sociétés auprès desquelles j’avais réussi les diverses épreuves de sélection. On m’avait même fait signer le contrat d’embauche, tellement il semblait que l’examen médical à passer ne serait qu’une formalité.

 

Malheureusement pour moi, ces sociétés disposaient de médecins équipés de tout ce qu’il fallait pour dépister la moindre déficience.


Echaudé par ces deux échecs, je me tournai vers des sociétés moins importantes en espérant éviter la redoutable confrontation avec la « Faculté ».

 

Entre-temps, une cousine qui venait d’être engagée comme secrétaire à la Petrofina, avait communiqué mon curriculum vitae au patron qui l’avait engagée.

 

Ce groupe pétrolier, durement touché par la guerre, n’était pas encore très important à l’époque.

 

Cependant, les informations collectées autour de moi quant à son organisation n’étaient pas de nature à me rassurer. L’épreuve redoutable qui m’excluait était évidement au menu des confrontations à subir.

 

Aussi l’aventure étonnante qui me permit de sauter tous les obstacles vaut la peine d’être narrée dans le détail, tellement parfois la chance peut sourire insolemment.

 

Nous étions une petite cinquantaine de candidats sélectionnés à devoir subir une épreuve écrite. Il y avait de tout : quelques comptables, mais surtout des ingénieurs et licenciés en économie et commerce ; l’examen et l’interview départageant les candidats, je ne me faisais pas beaucoup d’illusions devant parterre aussi talentueux.

 

Une « baraka» incroyable me fit survoler toutes les épreuves. Comme nous étions destinés au contrôle des filiales, la question essentielle de l’examen écrit portait sur une analyse de bilan ; la question clignotait devant mes yeux comme le « bingo » de la loterie : je venais tout juste de terminer un travail personnel sur le sujet, ce qui me valut de me distinguer.

 

Rescapé de ce premier tri, l’épreuve psychotechnique qui suivit dirait tout sur mes capacités intellectuelles, révélerait mes qualités professionnelles et sociales et dénoncerait les défauts qui pourraient leur nuire.

 

L’Union Minière, énorme société d’exploitation minière en Afrique, disposait d’un service spécial qui se chargeait de ce travail pour sélectionner ses candidats ainsi que ceux de quelques sociétés de la place.

 

Deuxième « coup de bol », un de mes oncles avait créé et dirigeait un centre d’orientation professionnelle à l’armée. Ainsi que je l’ai signalé, plus avant, Il me demandait souvent de lui servir de « cobaye », si bien que les « tests » n’eurent plus beaucoup de secrets pour moi et que ceux qui me furent imposés devinrent des formalités dont je sortis tout à mon avantage.

 

Soutenu par ces deux entrées en matière où la chance m’avait permis de briller et d’être classé en ordre utile, j’affrontai l’entretien avec un des grands, décontracté et sûr de moi.

 

Cette « fausse » désinvolture, teintée cependant de quelque candeur, ne pouvaient que convaincre mon futur patron, qui m’engagea, conquis par ma jeunesse et mes bonnes intentions.

 

Pourtant, comme on s’en doute, il y avait encore très loin de la coupe aux lèvres.

 

Dans l’ascenseur qui nous menait vers la sortie, le Directeur Administratif et Chef du personnel qui venait de mener l’interrogatoire, me dit en me prenant par l’épaule : « Il n’y a plus qu’une formalité pour vous, à voir votre bonne mine (j’étais rose d’excitation) : l’examen médical… »

 

Heureusement, il était derrière moi et ne put voir la panique qui aurait dû me trahir. Continuant sur sa lancée, il me confia : « Figurez-vous qu’il y a deux semaines, le candidat que nous venions de sélectionner était tuberculeux… ».

 

C’était le coup de tonnerre le plus terrible qui soit dans un ciel bleu. J’avais l’impression que mon cœur se baladait dans ma gorge et s’écrasait sur mes gencives.

 

Il avait dit ça au moment où nous sortions de l’ascenseur, ce qui me permit de rep rendre mes esprits et de me donner l’air ahuri de celui qui n’en croit pas ses oreilles. Je ne dis pas : « c’est pas vrai ! » avec stupéfaction, mais c’est quelque chose comme ça.

 

Quelques jours après, je reçus la lettre classique d’engagement avec le contrat à renvoyer signé. Bien entendu, la condition suspensive de l’examen médical favorable y était mentionnée.

 

Je m’y présentai, terrorisé, prêt à me faire éjecter, une fois de plus ; c’était un généraliste…

 

Avec lui, j’évitais bien sûr, l’implacable épreuve de la radioscopie, mais je savais qu’aussi bien à la résonance thoracique qu’au stéthoscope, il découvrirait le vide créé par mes deux pneumos.

 

L’incroyable se produisit… Après l’interrogatoire habituel concernant les antécédents familiaux et mon passé médical que je trahis avec l’aplomb du désespoir, il me fit asseoir sur sa table d’examen médical.

 

Je fermai les yeux comme le condamné qui ne veut pas voir le couperet tomber. Mon cœur s’affolait sous la membrane de l’infernal engin qui devait sans doute renvoyer dans les oreilles du praticien une chamade effrénée.

 

Il me regarda, effrayé : « Vous êtes souvent comme ça ? » ; je répondis d’une voix mal assurée une chose énorme pour quelqu’un qui subissait le médecin deux fois par semaine : « Je ne vais jamais chez le médecin ».

 

Il me ramena à son bureau et très paternel m’interrogea sur mon futur emploi. Je réalisai alors qu’il ne fallait absolument pas que nous retournions dans la pièce voisine où j’apercevais, par la porte entrebâillée, le redoutable instrument posé sur la table d’auscultation qui me narguait insolemment.

 

Aussi, comme le naufragé accroché à sa planche, je me débattis en sortant la tête de l’eau, tout en noyant, c’est le cas de le dire, le vieux praticien sous un flot d’explications sur l’importance de la comptabilité dans la vie des affaires.

 

Amusé et souriant, il m’écouta patiemment puis me prit le pouls qui, on s’en doute, s’était calmé et battait avec une régularité d’horloge.

 

J’étais sauvé. Il rédigea un document attestant de ma parfaite santé et d’un passé exempt de maladies contagieuses (sic).

 

Maintenant, devant mon clavier, je suis rêveur. Je pense à ce gentil toubib. Je revois sa bonne tête quasi chauve de vieil homme et surtout la petite flamme de bonté malicieuse dans ses yeux.

 

Avait-il compris mon désarroi et savait-il pourquoi… ? Le mal dont je souffrais, était trop courant à l’époque pour qu’un médecin aussi expérimenté que lui ne s’en fût pas aperçu. Peut-être a-t-il voulu me donner une chance, connaissant bien les avancées qui avaient quasiment éradiqué le fléau ?

 

C’était, peut-être ça, la petite flamme amusée et tendre dans ses yeux devant mes efforts maladroits pour le distraire.

 

Je leur dois beaucoup à ces hommes qui m’ont aidé à défier un destin qui voulait ma peau. Je les revois tous dans leur blouse blanche, si proches de moi dans la pleine lumière de mes souvenirs :

 

le grand diable qui m’avait sauvé d’une quarantaine pour une prétendue scarlatine qui était un empoisonnement du foie me condamnant à un régime sévère qui fragilisa le "petit gosse" que j'étais alors ...

 

le petit vieux trottinant et minable qui venait tous les jours me faire une intraveineuse de calcium pour réduire les « cavernes » avant mon admission en sanatorium pour soigner une tuberculose que les privations de la guerre avaient causées ...

 

L’accorte doctoresse, tellement humaine et maternelle, du « sana » belge qui me perfora la carcasse pour un premier pneumothorax destiné à réduire les mouvements pulmonaires empêchant la cicatrisation ...

 

le jovial carabin suisse de Montana, à ses heures sectionneur des brides qui contrariaient le pneumothorax et  la cicatrisation des « cavernes » ...

 

le merveilleux, émacié et longiligne spécialiste des maladies pulmonaires de Bruxelles, la main dans le creux de l’estomac pour comprimer la douleur d’un perpétuel ulcère, qui ne savait plus à quel saint se vouer pour maintenir la pression salvatrice de mes "pneumos" perturbée par mes imprudents exercices physiques ...

 

le remuant, éclectique et dynamique généraliste qui m’a soutenu, guidé et soigné pour retrouver une partie des facultés mentales endommagées par un infarctus cérébral qui m'a fait perdre la partie droite de la vision et la lecture difficile ...

 

les trois chirurgiens qui ont « bricolé » mon cœur de cinq pontages dont un par raccord à l’artère mammaire et les cardiologues de l’hôpital Saint-Jean qui ont eu, pendant des mois, bien du mal à me sortir des complications pulmonaires dues à mes antécédents médicaux  et cardiaques que cette opération avait causées ...

 

les médecins des secours d’urgence et ceux de Saint Luc qui m’ont sauvé la vie lors d’un deuxième infarctus en plein jogging ...

 

Le chirurgien et l’anesthésiste qui ont « trafiqué » ma prostate dangereusement sous la menace d’un accident cardiaque mortel qu’une médication suspendue pendant un mois pouvait provoquer ...

 

et enfin l’humble et discret, mais talentueux toubib de mon quartier, idéaliste et désintéressé qui a trouvé une solution à tous mes problèmes de santé et grâce auquel je peux jouir maintenant de la plus belle période de mon existence.

 

Je leur destine, ainsi qu’aux infirmières, leurs assistantes, l’hymne qui va suivre par lequel je voudrais exprimer avec ferveur ma reconnaissance et l’admiration que j’ai toujours éprouvée pour la grandeur de leur profession.

 

HYMNE AUX BLOUSES BLANCHES.

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Pourquoi de si grands yeux hagards

Ce chancre amer et des bras fous ?

Pourquoi tant de griffes au regard,

Pourquoi encor ce ventre mou ?

 

Mais pourquoi créer la souffrance ?

Pour quel crime et quelle offense

Ce châtiment de condamnés ?

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A leur chevet, les blouses blanches

Sur de tristes corps torturés

Posent leurs si douces mains d’ange.

 

Des perles de tendresse tombent de leurs yeux

Apportant le baume qui apaise les feux

Torturant les cœurs déchirés

De ces âmes tant tourmentées.

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Douces infirmières et bienveillants médecins

Vous êtes le tout dernier secours des humains,

De tous ceux qui sont en prières

Recroquevillés, à genoux

Pleurant la fin de leur calvaire

En geignant de longs râles fous.

 

Vos yeux si doux sont des coins de jour

Qui écartent des nuages lourds.

 

Vos mains sont blanches, belles, chaudes et immenses,

Posées sur ces corps las, calmant leur souffrance.

Vos doigts sont longs et très agiles

Comme ceux de la dentellière.

Pour enfermer le mal qui file,

Piégé dans sa souricière.

 

Votre regard apaise et réconforte

Dès que vous entrez et fermez la porte.

 

Vos lèvres rassurent et nous donnent

Le sourire de l’amitié ;

Vos bras sont forts mais s’abandonnent

Devant des corps qui font pitié.

 

Votre cœur est au bord de vos yeux,

Au bord de vos lèvres pour aller mieux,

Et dans la douceur de vos mains,

Si délicates à l’examen,

Et la chaleur de votre voix

Qui soutient notre désarroi,

Mais surtout dans la lumière

Que votre présence génère.

 

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{15.2} Le 10 octobre 1952, je commence une carrière qui durera près de quarante ans dans une société en devenir qui reconstruisait avec dynamisme son potentiel de travail, complètement anéanti, passé la démentielle déferlante hitlérienne.

 

Devant moi, de l’autre côté de la rue de la Loi, un bâtiment enserré dans les échafaudages de ses travaux d’agrandissement, livre à mon regard inquiet une entrée de pierre de taille, protégée par des planches de coffrage.

 

J’ai l’estomac noué. Il est sept heures trente. On m’a dit de venir à huit heures et de demander le directeur financier et chef du personnel qui me présentera à mon chef de service et à mes collègues.

 

C’est lui qui m’avait donné la trouille de ma vie, dans l’ascenseur, en me racontant que le candidat qui me précédait avait été refoulé, handicapé du mal que, moi, je lui avais camouflé.

 

Je fis d’abord antichambre à l’accueil, auprès d’une pétulante hôtesse, assise derrière une sorte de haut comptoir, dans le décor peu engageant d’un hall en chantier, encombré de caisses, outils et câbles électriques.

 

Un petit homme mince, aussi fébrile et inquiet que moi, tentait tant bien que mal de contrôler sa nervosité et ses tics. L’hôtesse, du bout du menton, me le désigna en disant :

 

- Monsieur qui attend commence aussi ce matin - puis lorgnant ses papiers - Ah ! Tiens…, Monsieur est au même service que vous !

 

Comme un diable qui surgit de sa boîte, le futur collègue se précipita vers moi, main tendue…

 

- Guy Van der Smissen, vous êtes également attendu par Monsieur Clément ; on commence à huit heures, je crois ?

 

Le « je crois » purement supplétif et inutile s’était intercalé machinalement dans l’énervement du moment.

 

Nous nous mîmes à bavarder d’une manière décousue et inattentive de tout et de rien, plus préoccupés à surveiller les sources possibles de convocation : le téléphone de la réceptionniste ou qui sait quelqu’un qui viendrait nous prendre, sortant de l’ascenseur ou débouchant des escaliers qu’on entrevoyait entre deux bâches bleues.

 

Ce décor « chantier » était très représentatif du renouveau dynamique que voulait se donner la société que j’allais servir et qui assurerait bien-être et confort à tous les miens.

 

Ce fut la chance de ma vie : je lui dois une carrière porteuse d’expériences enthousiasmantes et de contacts humains d’une richesse inouïe.

 

Le « petit comptable » timide que j’étais alors gravira, dans l’ombre de ses grands patrons, les plus hauts échelons de sa société, toujours dévoué à leur cause, au détriment de sa santé, de son confort et de sa disponibilité aux siens.

 

Bien rangées maintenant dans un grenier, des valises usées et fatiguées rêvent d’un passé lointain où, en se gonflant orgueilleusement les flancs, elles ramenaient des dossiers importants qui seraient compulsés et traités dans ce halo de lumière crue qui a troué tant de soirs et de nuits laborieuses.

 

L’imposant, impressionnant Chef du Personnel et Directeur Financier, Clément de son nom  (de bon augure quant à sa bienveillance) m’accueillit très cordialement.

 

Assez sûr de moi, je faisais tout pour crâner et me donner l’allure la plus désinvolte qui soit.

 

Après un entretien très agréable et détendu, il m’invita à le suivre pour la traditionnelle présentation aux collègues.

 

La première confrontation se passa dans le local voisin qu’on appelait alors, la « mécanographie ».

 

A cette époque où le matériel informatique n’était qu’expérimental, la comptabilité la plus évoluée se tenait sur d’importants appareils mécaniques, très bruyants ; il s’agissait d’énormes machines à écrire dotées de compteurs pour enregistrer les données chiffrées et les transmettre à d’autres qui avaient gardé les soldes préalablement introduits.

 

La technique, inspirée de la comptabilité dite à décalque, consistait à inscrire sur une fiche représentative de chaque poste du bilan les opérations le concernant.

 

Il s’agissait d’un travail fastidieux et peu valorisant consistant à recopier les données transmises par les comptables qui les rédigeaient à leur intention sur des « manifolds », documents pré-imprimés sur lesquels ceux-ci mentionnaient les opérations qu’ils enregistraient dans la journée.

 

Aussi les deux « mécanographes » complexés par ce rôle subalterne, ne manquaient-ils pas de le faire sentir aux « nouveaux jeunes blancs-becs » comme moi pour les mettre au pas.

 

Cette hostilité me glaça et me fit perdre mes moyens ; je me sentis tout petit et minable, très intimidé, rouge jusqu'à la racine des cheveux, à tel point que mon mentor qui me les présentait me ramena charitablement dans son bureau, afin de me permettre de reprendre mes esprits.

 

Je vis à ses deux yeux étonnés que ma réaction le laissait pantois, lui qui avait fondé certains espoirs sur mes possibilités futures de meneur d’homme.

 

« Vous ne voulez pas attendre un peu » me dit-il en m’invitant à m’asseoir. C’était pourtant dit avec beaucoup de bonhomie, mais pour moi c’était l’humiliation suprême et, avec la rage du désespoir, je refusai et me jetai dans la fournaise du grand bureau des comptables.

 

Jeunet fragile, je serrai la main de chacun, le patron assez goguenard derrière moi.

 

Maintenant encore, je ressens la blessure d’humiliation que représentait pour moi la petite lueur ironique et amusée que je lisais dans tous les yeux.

 

Le calvaire terminé, je pris place derrière le bureau qui m’était réservé. J’étais en nage et brûlais ma honte dans des joues rubicondes.

 

Condescendant et protecteur, un de mes nouveaux collègues vint me donner quelques documentations sur la société que j’allais servir.

 

Le grand bureau des comptables était une longue salle où se trouvaient alignés les uns derrière les autres six bureaux qu’occupaient un chef absent pour l’heure et cinq employés.

 

Les deux « mécanographes » causes de mon « entrée » ratée et deux secrétaires-dactylos logées dans d’autres locaux, complétaient le personnel d’un département qui s’arrogeait le titre ronflant de « Financier ».

 

Il convient en outre, parce qu’il était important à l’époque, de ne pas ignorer le caissier, petit personnage remuant, qui avait fort à faire à régner sur les décomptes et avoirs en devises que lui présentait un personnel qui s’égaillait à travers le monde en missi dominici de leur maison-mère.

 

Ce petit monde des « Finances » se partagea rapidement en deux clans. Les trois vieux, rescapés des avatars que la guerre avait fait subir à la société : un inénarrable et folklorique chef, le petit caissier ainsi qu’un vieil employé aux statistiques placide et complètement détaché des choses du monde turbulent de l’après-guerre.

 

Les autres, nous, n’étions que des « gamins » farceurs (entre vingt-trois et vingt-huit ans), toujours prêts à en découdre avec le « pion » que la société nous imposait.

 

Mon interlocuteur du hall d’entrée avait semble-t-il disparu – s’était-il empêtré ou égaré dans les bâches ou les couloirs ? - toujours est-il que je fus fort étonné de son absence et surpris quand il apparut beaucoup plus tard, pour être présenté par notre affable directeur toujours aussi impérial qu’obligeant.

 

Réussissant mieux son entrée, mon nouveau collègue, eut l’avantage de camoufler son probable désarroi par une pâleur qui lui seyait fort bien en la circonstance ; il prit place, après les présentations, au bureau qui se trouvait en face du vieil employé aux statistiques et analyses.

 

Il avait vingt-trois ans comme moi et les premiers temps nous avons copiné, devisant joyeusement lors de trajets qui nous ramenaient à nos domiciles proches, jusqu’à ce qu’il s’achetât, un peu plus de deux ans après, une belle voiture neuve ce qui était encore un luxe à l’époque.

 

Il n’en profitera que quelques semaines car la société qui devait envoyer un célibataire dans les déserts d’Egypte pour y organiser l’intendance des stocks de forage, le désigna sans se soucier de son avis.

 

Le pauvre dut bazarder sa bagnole, s’équiper et se documenter en une dizaine de jours.

 

Je l’échappai belle, car sans charges familiales, je me trouvais dans les mêmes conditions de disponibilité que lui et fus sauvé par une grippe qui m’avait momentanément cloué au lit.

 

Derrière mon bureau s’en trouvait un autre, plus imposant, le double de celui qui nous était attribué, devant lequel devait trôner le chef, un personnage absent que je n’avais pas encore vu.

 

Agé d’une cinquantaine d’années, il prendra une place importante dans ma vie, tant nos relations professionnelles furent chaotiques, tantôt tendues et incohérentes, tantôt amicales et chaleureuses.

 

Il commençait à souffrir de sclérose cérébrale, ce qui expliquait ses sautes d’humeur : ce fut d’ailleurs ce qui lui fit interrompre sa carrière professionnelle avant la retraite.

 

 

Cela dura dix années qui furent lourdes à porter, tellement j’étais fragile à ce genre de confrontation.

 

Quand j’y pense avec le recul du temps, elles me paraissent avoir duré aussi longtemps que le reste de mon existence ; mais elles eurent le grand mérite de me former à la patience et à la compréhension et d’améliorer une susceptibilité à fleur de peau.

 

Pour l’heure, il finit par prendre place, après que le plus ancien des employés me l’ait présenté.

 

J’eu la chance, pendant trois ans et demi, de bénéficier d’une expérience professionnelle inouïe, tant par l’importance des opérations réalisées que par l’impact qu’elles auront sur l’avenir du groupe Petrofina.

 

Ce fut, en effet, pendant cette courte période de temps que furent réalisés les plus importants investissements de la société dans le monde ; en tous cas ceux qui lui vaudront ses plus beaux fleurons.

 

Epoque enthousiasmante de renouveau économique et d’expansion, à mettre en parallèle sans exagérer la comparaison avec le phénomène actuel du regroupement et du gigantisme que provoque l’avènement de l’Europe unie et de sa monnaie.

 

Performance, pourtant, à mettre à l’actif de mes contemporains, sera la pauvreté des moyens de calcul et de mémorisation des données dont ils disposaient pour gérer cette effervescente expansion. L’informatique était balbutiante ou inconnue à cette époque.

 

{15.3} Les ingénieurs et techniciens travaillaient avec la règle à calcul, les dessinateurs utilisaient le papier calque et le pantographe et les comptables, des comptomètres, des multiplicateurs mécaniques et des machines comptables à compteur.

 

Je ne m’étendrai pas sur la règle à calcul qui est encore accessoirement utilisée actuellement et que tout le monde connaît, mais il est utile que je décrive les engins qu’utilisaient les comptables, employés de banque et autres ronds-de-cuir.

 

Le multiplicateur mécanique, invention suédoise, appelé aussi « moulin » était un petit appareil en fonte avec à sa droite une manivelle que l’on faisait tourner en avant ou en arrière selon que l’on voulait additionner ou soustraire, multiplier ou diviser.

 

Cela fonctionnait grâce à des rouages décimaux (en nombre suffisant pour représenter les plus grandes opérations) disposés sur un arbre-chariot qui était entraîné par les dentures de l’axe de la manivelle, cet arbre étant lui-même couplé à d’autres axes dont l’un comportait des roues chiffrées de zéro à neuf.

 

Quand on devait multiplier, on inscrivait le multiplicande et on tournait la manivelle autant de fois que représentait d’abord le chiffre des unités du multiplicateur ; on actionnait ensuite un levier mécanique qui faisait avancer le chariot pour effectuer la même opération au rang suivant des dizaines et ainsi de suite. Le résultat se lisait, à travers un regard vitré, sur le dessus chiffré des roues dentées numérotées de un à dix.

 

La division s’effectuait par soustraction successive en tournant la manivelle dans l’autre sens en partant du dividende et en notant le nombre de tours effectués avec le diviseur pour obtenir un reste.

 

L’appareil procédait donc comme dans une division écrite. On travaillait par additions successives pour la multiplication et par soustractions successives pour la division.

 

Quant au comptomètre, c’était un engin assez encombrant : une sorte de caisse métallique haute d’une dizaine de centimètres, large de trente centimètres et longue de quarante, d’où sortaient des touches légèrement incurvées pour le confort des doigts, marquées en gras des dix chiffres de la dizaine et en petit de leur complément arithmétique.

 

Ce gros « machin » était utilisé principalement par les comptables et employés de banque ; en fait c’était un perfectionnement mécanique du boulier des Chinois.

 

Avec un peu d’entraînement, on parvenait à gagner de la vitesse en n’utilisant que le bloc des lignes de chiffres de un à cinq, six devenant deux fois trois, sept trois et quatre, huit deux fois quatre et neuf quatre et cinq. Ce procédé permettait de grandes vitesses d’exécution, suite au mouvement des doigts sur une surface plus réduite sans déplacer la main.

 

Avant l’apparition des machines comptables mécaniques dotées de compteurs, les banques et les grosses affaires équipaient leurs services des comptes non seulement de pools dactylographiques pour la confection du courrier, mais également d’équipes de « comptométrices » qui se chargeaient d’effectuer les longues additions des employés aux comptes que des « garçons de bureau » leur transmettaient.

 

Il existait d’ailleurs des écoles pour les former au même titre que les dactylographes, sténographes et les sténotypistes.

 

Ces dames étaient d’une dextérité spectaculaire, additionnant des pages de journaux comptables aux nombreuses colonnes de chiffres avec une rapidité incroyable ; ce qui n’était pourtant rien à côté de leurs prouesses en soustraction et division où elles se servaient des compléments inscrits en petit sur les touches.

 

Pour la multiplication et la division, cela tenait de la manipulation acrobatique des prestidigitateurs. Il fallait, en premier lieu, inscrire le multiplicande ; ensuite avec une adresse « asiatique », en une fois poser autant de doigts que comportait le chiffre du multiplicateur et dans cette position difficile enfoncer les touches autant de fois que représentait chaque chiffre de ce multiplicateur, en veillant bien à garder la même position digitale. La division tenait de la prouesse surtout avec de grands nombres, puisqu’il s’agissait alors de procéder par soustractions successives avec les compléments inscrit en petit sur les touches dont en retient le nombre, ensuite en déplaçant les doigts continuer jusqu’à obtenir un reste inférieur au diviseur.

 

En dehors de ces engins archaïques, notre bureau disposait également d’une machine suédoise dernier cri dans le domaine, qui coûtait très cher (entre cinquante et soixante mille francs de l’époque - 1250 à 1500 euros - ce qui était le prix d’une voiture moyenne).

 

Il va sans dire qu’il n’y en avait que deux dans le bureau à la disposition de ceux qui devaient convertir le plus de monnaies ; je reste souvent rêveur quand je tiens dans ma main ces petites merveilles actuelles, actionnées par la lumière, qui ne coûtent rien et qui sont beaucoup plus performantes.

 

Cette « Madas » comme on l’appelait, du nom de son constructeur, ressemblait un peu à une machine à écrire avec clavier réduit pour opérations mathématiques et un chariot actionné par un moteur électrique ; ce dispositif permettait grâce à d’astucieux et savants engrenages mécaniques, couplés à des rouages chiffrés, de réaliser en une fois des opérations comportant trois sous-totaux différents.

 

J’espère ne pas avoir importuné ou lassé le lecteur en m’étendant aussi longuement sur les moyens mécaniques ou électromécaniques utilisés à ces époques pour traiter la masse des informations chiffrées que le développement des affaires générait.

 

J’eus le privilège d’être un témoin actif de ces époques, d’œuvrer avec les sans grades, les tâcherons des bureaux, les gratte-papier et autres ronds-de- cuir.

 

Pendant cinquante ans, je dus m’adapter à la plupart des systèmes depuis les plus primaires utilisés à l’époque jusqu’aux plus performants à notre disposition actuellement et évoluer avec eux ; aussi ne puis-je m’empêcher de m’enthousiasmer en contemplant ce matériel.

 

J’écris ce livre dans des conditions idéales avec un portable que j’ai amélioré en le dotant, grâce à la puissance de ses mémoires et de mini-lecteurs externes, de nombreux dictionnaires, encyclopédies et disques compacts (Littré, Hachette, Larousse, le grand et petit Robert, Britannica et de l’énorme encyclopédie Universalis) le tout représentant des centaines de milliers de pages de textes en petits caractères, plus reproductions en couleur et animations cinématographiques ou musicales.

 

Cette énorme documentation, je peux la consulter instantanément en passant de l’un à l’autre au moyen d’un « clic » sur son « icône » reprise sur l’écran. La plupart étant ouverts en permanence, je saute de l’un à l’autre selon les besoins. L’ensemble tient dans une petite valise que je peux utiliser n’importe où la fantaisie me prend de le faire.

 

Que dire aussi des moyens mis à la disposition des comptables, architectes, dessinateurs, ingénieurs, chercheurs et techniciens de toutes disciplines !

 

Mon épouse et moi le réalisons d’autant mieux que nous utilisons actuellement un programme super performant pour tenir la comptabilité de la société de notre fils.

 

Quel incroyable chemin parcouru depuis l’époque des cartes perforées, seul moyen de transfert des données et des énormes appareils contenus dans d’immenses salles climatisées !

 

Enthousiasme et lyrisme me prennent au souvenir de ces époques phénoménales couvrant plus d’un demi-siècle que j’ai eu la chance de connaître et dans lesquelles je me suis investi intensément.

 

Comme je bénis la destinée de m’avoir fait participer à tant d’expériences novatrices et tellement riches sur tous les plans qu’ils soient techniques, humains, et même, mais dans une moindre mesure, philosophiques et littéraires.

 

Par dédoublement interposé, j’ai retrouvé le personnage qui ne se définit jamais mais que je soupçonne appartenir à mon subconscient pour me complaire avec lui de l’ambiance ordonnée de ce monde d’harmonie et de méthode.

 

C’était un «faux  paradis » où tout semblait paix et calme, où tout était à sa place. Une ambiance feutrée dans une lumière douce, une ruche endormie où personne ne dérangeait personne jusqu’à ce que, de temps à autre, un bourdonnement scandaleux, vite réprimé, ne vienne importuner tout le monde.

 

C’était l’univers des chiffres et des signes, des équations et des théorèmes, des axiomes intransigeants, des infinis mathématiques, de l’harmonie exigeante des égalités : tout ce monde inquiétant en quête de l’inconnue et de la solution des systèmes.

 

Dans ce contexte très particulier où discipline et rigueur imposaient leurs lois, l’outil gestionnaire de la tenue des comptes quand il appartenait au monde de la finance ou à celui des affaires qui se suffisait de la seule et primaire opération mathématique de la somme des nombres, était au bas de l’échelle de cet univers mystérieux et envoûtant du chiffre. Aussi les employés comptables et teneurs de comptes se sentaient-ils complexés d’un rôle jugé par d’aucuns comme subalterne et intellectuellement primaire.

 

Beaucoup d’entre eux d’ailleurs élargiront leur compétence en y ajoutant des formations en études supérieures dans les domaines du droit social, fiscal et des affaires.

 

{15.4} Quant à moi, poète, j’aimais suivre la fascinante musicalité des chiffres et des comptes qui me semblaient inscrits sur la portée des journaux pour trouver l’harmonie des balances.

 

Combien de fois, après des heures de fatigues et d’inquiétude, j’ai découvert la petite note qui manquait à l’œuvre pour s’achever dans l’apothéose de centaines de comptes équilibrés dans la jungle complexe des écritures comptables ; avec cette satisfaction profonde de l’artisan qui voit son modeste travail accompli dans la perfection de son art !

 

Dans mes rêves conscients, l’univers mystérieux des mathématiques me fascinait et m’envoûtait. Mon subconscient avait pris les traits d’un émule d’Einstein qui se nourrissait d’équations et de chiffres, toujours rêveur, très peu sur terre, obsédé de formules et de démonstrations telles l’impossibilité de trouver la quadrature du cercle avec une règle et un compas alors qu’il pouvait le faire quand il s’agissait d’une parabole.

 

Je lui demandai où il situait le solitaire zéro qui seul n’est rien et accompagné d’autres chiffres le début ou l’accomplissement de tout.

 

Il me confia que seule notre intelligence conditionnée par l’espace-temps, éprouvait cette absolue nécessité de le concevoir.

 

Qu’il servait d’alibi de réponse à notre recherche de l’infini, mais serait toujours aussi inexistant et impossible que le néant.

 

Mon imaginaire avait retrouvé ce personnage venant de mon monde subconscient et que j’avais appelé Diaphane. Il avait pris l’apparence d’une sorte de professeur Tournesol, le front bombé, calvitie de l’occiput et couronne de cheveux à l’avenant.

 

Farfelu, il m’entraîna, un jour, par jeu, dans un monde de fantaisie, de mystère et de chiffres où neuf l’interpellait, en arbitre de son conflit avec deux :

 

- Je suis le plus important car après moi, dans le décimal, on saute de dizaines en dizaines et ainsi à l’infini. Et il se rengorgeait dans sa grosse tête de neuf : un ovoïde prolongé d’une queue, on aurait dit un spermatozoïde ahuri.

 

- Tu es dépassé, vieux sot, rétorquait deux, charnière du binaire. L’avenir est à moi dans le souffle affolé des processeurs avides de performances. Tu rejoindras dans l’histoire des humains papiers, stylos et crayons, machine à calculer et autres archaïques instruments pour la gloire du monde de la transmission vocale et cérébrale.

 

Sentencieux, Diaphane-prof releva son crâne dégarni et les toisant tous les deux, les fustigea de ses yeux perçants :

 

- Prétentieux signes graphiques, qu’êtes-vous pour vous ériger en censeur de vos propres créateurs ? Allez vous perdre dans les arcanes de vos combinaisons aussi débridées que des boules de loterie !

 

A l’écoute de tels propos, pensif, je m’égarai dans les mystères de la connaissance, des jeux de l’esprit et de la fragilité de la vérité.

 

En moi, revenaient, obsédantes, les éternelles interrogations quant au savoir universel, celui qui nous serait transcendant et dépasserait notre entendement.

 

J’étais de plus en plus perturbé par les problèmes relatifs à l’existence d’un « supérieur » omniscient et omnipotent.

 

Diaphane-prof, un jour, me vint bien en aide, en organisant son domaine, mon subconscient. Il se mit à voguer avec désinvolture dans mon cerveau, en y explorant les moindres recoins, tout en s’efforçant d’en ordonner méthodiquement ce qui s’y trouvait. Et pourtant quel foutoir !

 

Il y avait, dans un désordre scandaleux, des sentences emmagasinées ou ébauchées, des souvenirs d’instants magiques, des sarabandes de coups de cœur, des images folles, des strophes de rires en cascade, des oiseaux bleus ou roses ou mauves, des champs de fleurs et des chants de sirènes et tant de mots mélodieusement enlacés en vers enchanteurs gravés en lettres de ciel sur des parchemins d’or.

 

Il y avait aussi dans une prison noire, entassés derrière des barreaux noirs, enfermés par moi pour ne pas en sortir, toute la tristesse des mauvais jours, toute l’angoisse de la souffrance du monde, tout le désespoir des êtres abandonnés et puis notre impuissance devant leur misère et notre culpabilité de n’en jamais faire assez.

 

Enfin, quant à eux bien rangé par Diaphane-prof qui y avait son coin secret, dans un ordre de couvent, quelques livres de la connaissance, jaunis par l’âge et usés tellement ils avaient été compulsés, incomplets parce que la plupart des pages s’en étaient envolées ou ne s’y étaient jamais trouvées.

 

Nous les consultions inlassablement tous les deux, souvent dans nos nuits d’insomnies, à la recherche de l’inaccessible et toujours plus lointaine vérité.

 

Obscur et angoissant infini,

Poignant tourment du vide

Qui joue le jeu de l’espace

En se prolongeant toujours

Comme la droite éternelle.

 

Infini du temps,

Torture de l’inachevé.

Absurdité des mondes

Qui tournent sans s’arrêter.

 

Angoisse de l’impossible

Qui veut se réaliser,

Alors que la roue tourne

Mangeuse de rêves inassouvis.

 

L’âme des condamnés à la vie

Se promène sur des grèves d’espoir,

Chantant l’alléluia du sort

Dans leur cortège du soir.

 

Temps et espace sont réunis

Dans ce faux jeu du destin

Pour que nos corps soient soumis

A ce crapuleux festin.

 

 

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21/10/2009

Ch. 1 - Introduction

 

 

RÉCIT DÉTAILLÉ D'UN LONG CHEMINEMENT

DE RECHERCHE D'UNE VÉRITÉ

SUR LA MOTIVATION D'EXISTER

ET LA VALEUR DE NOS CROYANCES.

 

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PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN,

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES, MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX DERNIÈRES ANNÉES QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

 

___________

 

LES 850 PAGES DE L'OUVRAGE SERONT PUBLIÉS

PAR BLOG D'ENVIRON 25 PAGES,

DEUX FOIS PAR SEMAINE.

 

_____________


Tirage d’essai pour vérification avant parution imprimée.

Avec reconnaissance et remerciements à ceux qui voudront bien le lire

et faire part de leurs avis et critiques en « cliquant » sur « commentaires »,

en bas du texte, après  « Publié dans ».

 


 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion,  ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont  « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir,  en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et  difficile. D’autre part, cette « impudeur »  des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 


Nota Bene : Les mots figurant en italique, soulignés et en lettres grasses avec numéro-repère entre astérisques sont complétés d’un commentaire détaillé qui est repris à la fin du chapitre.

Une documentation photographique se référant à ces repères sera publiée par ailleurs dans un fascicule tiré à part.

 

Chap. 1 - INTRODUCTION.


En avant-propos, il est essentiel que j’expose les motivations d’une démarche qui peut paraître prétentieuse et ostentatoire : raconter sa vie !

Aussi me permettrai-je de défendre plusieurs raisons :

Un accident cérébral m’ayant troublé la mémoire et fait perdre la moitié de la vision, je me suis trouvé, il y a vingt-six ans, dans une situation désespérée :

Comme le paralysé moteur qui doit rééduquer ses mouvements, j’ai dû et dois toujours reconstruire certains réflexes intellectuels mémorisés et surtout m’adapter à une perception visuelle tronquée de sa partie droite.

Cette infirmité, appelée hémianopsie absolue droite*1*, est lourde à porter pour le lecteur occidental, parce que déchiffrant un texte de gauche à droite, il perd son positionnement automatique de fin de ligne lui permettant de retrouver la suivante : comme un enfant qui apprend à lire, il doit suivre un texte avec le doigt. Dans la conduite d’un véhicule, la surveillance de la priorité de droite pose également de gros problèmes, à tel point que j’ai dû renoncer à conduire.

Quant à la détérioration de certains réflexes intellectuels, je signalerai l’inversion de la droite et de la gauche et une importante altération de la mémoire immédiate. Ce sont des handicaps que je dois corriger constamment par toutes sortes de moyens astucieux.

La lecture devenue éprouvante pour moi, je me suis réfugié dans l’écriture qui estompait mon handicap. Mon portable s’est révélé le meilleur ami, un allié et mon confident. Avec lui et grâce à lui, je passe des heures merveilleuses où nous retrouvons ensemble mon passé, mes rêves et ma perception idéale de l’existence que j’ai traduite dans cet essai à connotation poétique.

Dans les moments les plus difficiles de ma vie, le rêve et la poésie m’ont toujours servi de refuge pour m’évader d’un avenir de misère auquel me livraient de graves ennuis de santé :  (tuberculose à quinze ans, à une époque où elle n’était que rarement guérie, problèmes cardiaques graves avec cinq pontages de secours, hémianopsie et altération de la mémoire )

Aussi c’est à ces « exutoires dans l’imaginaire » que je demanderai l’inspiration pour magnifier l’existence envers et contre tout, en me positionnant résolument à contre-courant d’un défaitisme désabusé de mode et d’une littérature qui recherche son inspiration dans le scandale, le sensationnel morbide ou sous la ceinture.

C’est ainsi que j’ai trouvé essentiel de glisser dans le texte des poèmes alertes et légers avec audaces littéraires de bon ou mauvais aloi, dans un genre parfois surréaliste.

Cela me permet de partager avec le lecteur certains états d’âme en l’invitant à se laisser impressionner autant par le chant des mots et des vers que par leur sens. Mes écrits poétiques *2* ont l’intention de faire vibrer dans le subconscient de celui qui y est sensible, des cordes intimes en faisant appel à ses sentiments esthétiques profonds, qu’ils soient d’ordre musical (le vers est un chant) ou suscités par le pouvoir évocateur de ses composants.

Que le lecteur attentif et averti en versification *2* ne réprouve pas les libertés que j’ai prises avec les règles classiques en cette matière, notamment quant au nombre de pieds, la richesse des rimes ou leur alternance masculine et féminine. Je versifie à l’oreille et parfois je mets beaucoup de temps à affiner la qualité musicale d’un vers et à trouver le mot coloré qui me permet d’atteindre l’effet recherché. Cependant, dans beaucoup de poèmes, j’ai tenu à respecter strictement les règles en usage.*2*

D’autre part, les aléas du destin m’ayant plongé au cœur de certains problèmes, autant comme témoin que comme acteur, j’éprouve le besoin, après quatre-vingt années d’une vie enrichie d’expériences diverses, d’apporter mon témoignage et mon sentiment sur l’existence de l’homme civilisé contemporain, ses attaches au passé et la charpente morale la mieux adaptée à son épanouissement futur.

Notre époque remet tout en question, ce qui est sain, à condition de ne pas tomber dans un négativisme outrancier. Aussi est-il important que des voix s’élèvent pour défendre la bonne foi et le courage de beaucoup de promoteurs d’idéaux religieux ou autres et leurs résultats positifs.< /p>

Ce sera la toile de fond de la première partie de mon propos : une nécessaire et vibrante défense d’un milieu si décrié aujourd’hui, celui d’un certain clergé catholique idéaliste *3* confronté aux exigences surhumaines d’un célibat irrévocable leur imposant une longue et dure discipline.

Viendra ensuite une partie délicate que j’aborderai, avec discrétion, sur la pointe des pieds : les chants d’amour et de bonheur d’un couple, le mien, avec son épanouissement dans les joies d’une grande famille enrichie de l’expérience de sa diversité : ils sont tous nés dans notre cœur, s’ils ne proviennent pas tous de notre sang … !

J’ajouterai enfin qu’ayant eu l’insigne privilège en tant que pionnier de « la première heure » de PétroFina*4*, devenu un des cadres supérieurs de son centre de recherches, d’avoir été un témoin actif de sa renaissance après la guerre et de son expansion.

Cette société deviendra la plus importante de Belgique avant d’être absorbée par l’entité TotalFinaElf *4* actuellement un des groupes pétroliers les plus importants au monde. (Devenu l’arrogant Total, absorbeur sans vergogne, faisant fi de la mémoire de ses glorieux « absorbés »).

Je tenterai d’apporter mon timide, mais chaleureux témoignage du dur, enthousiasmant et long chemin de victoire d’une société qui renaîtra des cendres qui lui étaient restées de la guerre 40-45. (Séquestre pour collaboration « économique » de certains de ses dirigeants, flotte coulée, raffineries détruites, toutes ses sources d’approvisionnement dans les pays de l’Est confisquées par les régimes communistes)

Il y aura aussi en appendice-conclusions de cet ouvrage, une réflexion à connotation pseudo-scientifique intitulée d’abord « Considérations fondamentales sur l’existence » puis devenue modestement « La symphonie de l’harmonieux – propos métaphysiques d’un poète apprenti-penseur sous forme de confidences à son carnet de notes. »

Il s’agit d’une somme de mes réflexions sur le sujet que j’ai rédigée tout au long de ma vie, en la modifiant, la corrigeant ou la transformant au fil de l’évolution de mes convictions personnelles. Il y sera souvent fait référence, surtout dans la seconde partie du livre.

Il y aura surtout, en filigrane du récit, la réponse dynamique aux épreuves tant morales que physiques, évoquée dans le titre que l'ouvrage a porté un certain temps, « Un genou à terre pour mieux se relever » comme le lutteur qui a la volonté de ne jamais se retrouver « les épaules au tapis », soutenu par l’apport indispensable et précieux du rire, du véritable et profond rire intérieur qui dynamise le cœur dans son appétit de bonheur, mais qui s’affiche avec la discrétion et la chaleur du sourire.

Cette démarche que je vais tenter avec une bonne volonté et une inexpérience de « scribouilleur » débutant, je la livre à la critique de mes proches ou de tout lecteur intéressé par cet essai. De toute manière, il m’aura permis de bien m’amuser, de faire le point, de mettre de l’ordre dans mes souvenirs et d’y voir plus clair, mais surtout de témoigner ma reconnaissance à certains, surtout George et Christian qui m’ont formé.

Voilà pour le fond. Pour la forme, j’aimerais apporter les commentaires suivants :

J’ai toujours été très interpellé par le succès de la bande dessinée.*5* Comme tous les petits belges de mon époque (j’avais onze ans en 40), j’ai vécu l’engouement pour celles qui étaient publiées dans des journaux pour gosses et adolescents : Spirou, le Petit Belge et plus tard Tintin.

Pendant la guerre, mon frère et moi attendions avec impatience la bédé journalière, publiée en feuilletons, narrant les aventures du héros de Hergé qu’un voisin complaisant nous découpait journellement dans le journal « Le Soir », paraissant sous le contrôle de l’occupant.

Les éducateurs, à l’époque, ne voyaient pas d’un très bon œil cet emballement des jeunes pour une lecture qu’ils estimaient futile et peu éducative, en les éloignant des ouvrages littéraires que de très bons et talentueux auteurs leur réservaient.

Dès la fin de la guerre cependant, la bande dessinée, ayant acquis ses lettres de noblesse, devint une discipline artistique appréciée et reconnue (le 9ème art) avec ses maîtres, ses styles, ses techniques, ses critiques, ses musées et ses collectionneurs.

Aussi, quand je me suis mis à écrire, je me suis demandé si je ne m’inspirerais pas des techniques de ce nouvel art pour construire mon récit. J’ai recherché un compromis dans lequel le style et l’écriture seraient ramassés tout en étant bien aérés, suggestifs, et concis comme le sont les quelques coups de crayon de certains auteurs de bédés.

Dans la première partie, celle de ma jeunesse, associant l’imaginaire au réel avec intermèdes inattendus, j’ai pris plaisir à imaginer des situations fantastiques ou humoristiques, dans des décors invraisemblables, peuplés de héros ou d’acteurs sortant tout droit du rêve et de la fantaisie. Ce sont là des atouts dont ne se prive certes pas le nouvel art.

Au risque de voir mon style taxé de redondant, j’ai pris le plus grand plaisir à m’enivrer avec délectation de la magie des mots, en usant et abusant pour mieux les contempler dans leur grandeur, les écoutant chanter, jouissant du confort des phrases dans lesquelles ils se prélassent, tout en admirant la beauté de l’agencement graphique de certains.

Pour mieux exprimer ma reconnaissance à la vie et à ceux qui m’ont aidé à la conserver et l’exalter, j’ai chanté en poèmes lyriques « des hymnes » auxquels je souhaiterais qu’on destine symboliquement une place de choix en leur honneur au cœur de cet ouvrage.

Enfin, je terminerai en soulignant le caractère fantaisiste et sans prétention d’un genre qui associe tout à la fois récit, conte, poésie et autobiographie avec l’intention d’exprime r le merveilleux de l’existence.

Ce merveilleux, c’est le petit coin de ciel bleu qui finira toujours par percer des nuages noirs. Ce merveilleux, c’est l’espoir de le voir poindre. Ce merveilleux, c’est le rêve qui permet de l’imaginer. Ce merveilleux, c’est aussi le courageux sourire du déshérité physique ou économique et le rire franc de sa bonne humeur. Mais, ce merveilleux, c’est surtout la beauté et la grandeur de l’existence qui estompent tout le reste aussi négatif soit-il.

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HYMNE A L’EXISTENCE

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Merci à l’existence d’avoir été.

Merci à la matière de nous avoir précédé.

Merci à la lagune qui a favorisé la vie.

Merci à la vie d’avoir évolué.

Merci à l’évolution

D’être parvenue jusqu’à nous.

 

Merci à nos ancêtres,

Les primates du Rift Valley*6*

D’avoir mangé de la charogne,

Au lieu des beaux fruits de leur palais,

Rougis du soleil qui cogne

Dans leur grande forêt natale,

Alanguie de touffeur équatoriale.


Merci d’avoir crié

Merci d’avoir parlé.

Merci d’avoir pensé.

Merci d’avoir évolué

Et d’avoir gravé

Et dessiné dans les cavernes.


Merci à ceux qui ont écrit.

Merci à ceux qui ont compté.

Merci aux écrivains et poètes

Et à ceux qui ont imaginé.

Merci à ceux qui ont composé

La musique et les chansons.

 

Merci aux peintres

Pour les bleus, les verts et les rouges.

Qu’ils ont mélangés

 

Merci aux sculpteurs

Pour le bois, la terre, la pierre

Qu’ils ont façonnés.

 

Merci au forgeron et au tailleur,

Au chasseur et au pêcheur,

Au maçon et au menuisier,

Au semeur et au berger.

 

Merci au couple

Qui m’a donné vie.

Merci aux maîtres

Qui m’ont formé.

Merci au destin

Qui m’a réalisé.

 

Merci à George et Christian*7*

Qui m’ont révélé.

Merci à ceux qui se sont dit

Mes amis

Mais le sont restés.

 

Merci surtout

Et avant tout

A celle que j’aime

Et qui m’aime

Depuis toujours.

 

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*1.1* Hémianopsie absolue droite

Trouble du champ visuel dans lequel le sujet ne perçoit qu’une moitié du champ visuel de chaque œil. Il s’agit donc de la perte totale de la vision droite. Si je regarde un texte, je ne vois que sa partie gauche. Au bout d’une ligne de lecture, je dois repérer celle-ci avec le doigt d’une main et trouver l’autre ligne avec un doigt de l’autre main, ce qui rend la lecture très éprouvante.

Il en existe d’autres : binasale, bitemporale, hétéronyme, homonyme, nasale ou temporale qui sont moins graves et dans certains cas peuvent se corriger. L’hémianopsie absolue dont je suis atteint est irréversible car elle est due à une altération cellulaire du cerveau tellement microscopique qu’elle est irréparable.

 

*1.2* Ecrits poétiques, versification, règles

La poésie moderne utilise beaucoup le vers libre, c’est-à-dire celui qui ne s’embarrasse ni des mètres, des rimes, des strophes ou des pieds.

Suivant Wikipédia, la première utilisation de l’appellation « vers libres » a été faite par Blaise de Vigenère (1523-1596), secrétaire de Henri III, traducteur et alchimiste. La Fontaine dans ses fables s’autorisait des libertés.

La versification s’est assouplie avec Victor Hugo, Mérimée, cependant le vers libre tel qu’on l’entend au sens moderne du terme prend racine avec Charles Baudelaire (1821-1867) et surtout avec son poème inachevé en vers libre qui ne paraitra pas. Mais ce fut surtout Rimbaud (1854-1891) qui fit de la prose poétique et deux poèmes en vers libre.

Se laissèrent aussi tenter par le vers libre : Gustave Kahn (1859-1936), Marie Krysinska (1864-1908) Francis Vielé-Griffin (1864-1937), Léon Bloy (1846-1917), Saint-John Perse (1887-1975), André Salm (1881-1969), Emile Verhaeren (1855-1916), Paul Claudel (1868-1955), Guillaume Apollinaire (1880-1918), Henri Michaux (1899-1984), Louis Aragon (1897-1982), René Char (1907-1988), Yves Bonnefoy (1923) et beaucoup d’autres.

 

*1.3* Clergé catholique idéaliste :

J’ai été élevé dans un environnement particulièrement croyant et pratiquant. Nous remplissions avec ferveur tous nos devoirs religieux aussi bien à l’extérieur que chez nous : Le chef de famille (mon père) récitait le « Bénédicité » avant chaque repas et la prière du soir (dont les litanies à la Vierge), à genoux sur le sol, les coudes sur une chaise. Je ne vous dis pas les fredaines que cette position, camouflée par le dossier, occasionnait. Le dimanche était lourd de devoirs religieux : messe basse et grand-messe le matin, vêpres et salut l’après-midi et la semaine office du matin avant l’école, prières avant chaque cours, confession obligatoire le samedi (terreur des adolescents qui n’aimaient pas raconter leurs pensées « osées »).

Il y avait un prêtre dans chaque famille : le curé du village de Vonêche, frère-aîné de ma mère et le père Paul, missionnaire spiritain, frère de mon père. Je manquerai de peu d’être moi-même missionnaire spiritain dans la congrégation de mon oncle où j’ai débuté mes études dans leur petit séminaire, si les aléas de la vie n’en avaient décidé autrement.

 

*1.4* PetroFina et Total :

J’ai eu la chance d’entrer dans la maison-mère de ce groupe, à l’âge de 23 ans, en 1952, au tout début de sa renaissance et en 1956, j’ai été transféré comme comptable de sa filiale Labofina, centre de recherches du groupe qui venait d’être créé.

Le 25 février 1920, un groupe d’investisseurs anversois fonde la Compagnie financière belge des pétroles – qui prend rapidement le nom de son adresse télégraphique, PetroFina : son activité : explorer, produire et raffiner en Roumanie via la société Concordia créée à cet effet. En mai 1920, PetroFina et la Pure Oil of Delaware fondent Purfina, chargée de la distribution en Belgique et en Hollande de leurs produits En 1923, Purfina devient filiale à 100% de PetroFina et achète une petite raffinerie à Ertvelde, près de Gand. La part la plus importante du marché de Purfina sera la distribution, à partir de charrettes-citernes tirées par un cheval, de pétrole lampant destiné aux lampes et réchauds à pétrole, qui était distribué dans les épiceries. Un bateau, le « Président Franqui », amarré au dépôt pour produits finis de Neder-Over-Hembeek, assurait les liaisons avec les sources d’approvisionnement.

Ce bateau sera coulé, pendant la guerre, le 29 décembre 1942 ainsi que toute la flotte de Petrofina qui sera détruite à l’exception du « Laurent Meeus » qui évita miraculeusement les mines et sous-marins allemands (l’histoire de ce navire est incroyable - voir texte de Gérard Locquet : users.skynet.be/saintmard/index.html ».

Principales dates de l’histoire de Petrofina :

Fondation, en 1920, de la société Concordia pour reprendre les activités de quatre compagnies pétrolières roumaines reprises aux allemands après la première guerre mondiale et commercialisation des produits par la société Purfina à Anvers qui les distribuera en Europe occidentale. En 1923, la B.U.P. (Banque de l’Union Parisienne) devient un gros actionnaire qui est intéressé pour une diversification de ses sources d’approvisionnement (USA) vers les pays de l’Est. La crise de 1930 n’affectera pas trop les activités du groupe, si ce ne sont les nouvelles dispositions belges de la loi de 1935,  obligeant les sociétés bancaires à transférer leurs activités industrielles dans des sociétés indépendantes de la finance. La seconde guerre mondiale fut catastrophique pour les avoirs de la société (confiscation des sources pétrolières et des points de vente de Hongrie et Bulgarie par les régimes communistes - raffineries, camions-citernes détruits et flotte anéantie en dehors du « Laurent Meeus - il ne restera comme valeur active que quelques points de vente).

Comble de malheur pour la société, ses principaux dirigeants furent accusés de « collaboration économique » avec l’ennemi. La direction qui tentait de sauver ce qu’elle pouvait dans la débâcle de cette « drôle de guerre » fut condamnée d’une manière excessive. L’un des fondateurs, Hector Carlier, se suicida pour éviter la honte d’un jugement et ses descendants se sont terrés dans leur propriété du Boterberg à Kalmthout. Les autres, son frère Fernand, Laurent Meeus et Albéric Maistriau furent condamnés à sept ans de prison (1). La « vindicte déraisonnable » des vainqueurs de l’époque a condamné des hommes de grandes valeurs qui n’avaient causé la mort de personne et avaient seulement tenté de sauver un patrimoine belge …

Laurent Wolters, chef d’un groupe de résistants et son trésorier, Maurice Clément, tous deux employés de la société pendant la guerre, purent exercer leur activité clandestine sous le couvert (probablement complice) de leurs patrons (2). Pour se dédouaner, le nouveau conseil d’administration choisira ces deux résistants pour conduire la société lorsqu’elle obtint la levée du séquestre vers 1950. Laurent Wolters en devint le président et Maurice Clément, le directeur financier.

Ce sont ces deux là qui m’ont engagé le 20 octobre 1952 pour occuper le poste de comptable en charge des écritures diverses. A l’époque, la comptabilité de Petrofina n’employait que cinq comptables. J’y ai exercé ce métier pendant quatre ans et ce fut pendant cette période que Petrofina acquerra ses plus beaux fleurons, tout en rajeunissant ses anciennes installations : réseau de distributions plus avenant, trois navires flambant neufs, restructuration des réseaux français, anglais, hollandais, congolais, modernisation de la raffinerie d’Anvers (une des plus grandes au monde), alliance aussi avec BP (British Pétroléun) avant la nationalisation, en 1979, de leurs avoirs en Iran par l’ayatollah Khomeiny.

Pendant cette période de quatre ans, je fus chargé de finaliser les acquisitions prestigieuses du groupe aux USA et au Canada (cette dernière par souscription à une augmentation de capital donnant droit à des titres « Petrocan »).

Je garderai « éternellement » le souvenir des nuits de cauchemar que cette difficile opération me fit endurer, tellement « l’imbroglio » des opérations dans toutes les devises du monde fut « inextricables » (Il ne faut pas oublier que l’informatique n’existait pas et que nos moyens étaient archaïques) et je n’en serais jamais sorti si mon collègue,  le génial Léon Jaumotte, avec son cerveau d’ordinateur, qui s’occupait des comptes de notre mission d’exploration pétrolière en Angola,  ne m’avait sauvé … Je lui en serai « éternellement » reconnaissant …

Par la suite, vinrent s’ajouter les réseaux de distribution en Allemagne, Italie, Suède, Norvège, Tunisie, Suisse. La fermeture du canal de Suez en 1956 provoqua la mise en chantier de supertankers et Petrofina fut à la pointe du mouvement en s’équipant prématurément.

Avant la guerre, Petrofina avait créé une filiale Palmafina qui commercialisait et fabriquait des margarines et des huiles comestibles ainsi que des savons qui furent les bienvenus pendant la guerre. Ensuite, cette activité fut développée pour répondre à une demande accrue par les besoins nouveaux des ménages de l’après guerre, ce qui incita le groupe à s’investir dans le domaine des acides gras et glycérines à l’usine d’Ertvelde.

En 1954, le groupe s’intéressa à la pétrochimie avec l’américain Philips Pétroléum pour devenir un des leaders mondiaux dans le domaine avec pipeline acheminant les produits des raffineries aux centres de production de produits finis, situés à l’intérieur du pays, à Feluy en Belgique. Aux USA, il en sera de même chez Cosden à Big Spring.

En 1969, associé à Philips Pétroléum, Petrofina découvre un gisement important en Mer du Nord (Ekofisk). Ses réserves de pétrole et de gaz naturel, grâce à la mise en place d’une récupération par injection d’eau permettra de prolonger la durée de l’exploitation à 2050, en portant la récupération du pétrole en place à 50% au lieu de 17%. Ce fut le départ d’une expansion mondiale gigantesque amenant la société à se placer parmi les grands d’Europe et la première société de Belgique. D’importantes mesures de rationalisation furent également entreprises dans tous les secteurs pour réduire le nombre de sites de fabrication et de raffinage.

En 1970, Laurent Wolters, atteint par la limite d’âge, se retire et cède la place à Jacques Meeus, le neveu de Laurent Meeus, qui sera lui-même remplacé, en 1975, par Adolphe Demeure de Lespaul, que j’ai très bien connus à ses débuts, car nous étions voisins de bureau, en 1953, quand il était stagiaire.

Un long pipeline sous-marin relia Ekofisk à une station d’épuration à Emden en Allemagne pour alimenter la France, la Hollande et la Belgique et la mise en place, en Belgique à partir de 1972, d’un vaste programme de rationalisation « verticale » pour amener les produits par pipeline depuis Anvers (Petrochim alimenté par la raffinerie SIBP) jusqu’à Feluy (Belgochim) pour la matière première et (Synfina) pour le produit fini. C’est à cette époque, que le groupe consolide les installations de peinture de Sygma Coatings qui contrôle 20 usines de peinture et fusionne Oléochim et Palmafina (huiles ménagères et savons).

En 1977, PetroFina et l’italien Montedison créent Montefina avec intégration de Belgochim et construction d’un laboratoire de recherches moderne sur le même site (Fina Research). Aux USA, Hercofina devient un très gros producteur de styrène et polystyrène.

En 1980, à Ekofisk, on injecte de l’eau pour accroître les réserves récupérables et en 1986, augmentation importante des réserves par l’acquisition des champs de Maureen au large de l’Écosse ainsi que de nombreux autre champs dans le monde. C’est en 1980 aussi, que Petrofina Canada est racheté par la Compagnie Pétrolière Nationale du Canada par décision canadienne de nationalisation.

En 1988, rachat des parts de BP (50%) de la raffinerie SIBP à Anvers qui devient une des plus performante au monde surtout en production d’essence sans plomb et de cracking et par la suite, avec les filiales d’Anvers du groupe, se place comme un des plus gros producteurs européens de polyéthylène haute densité et l’achat d’une usine de polypropylène au Texas, en 1984, lui permet de produire neuf pour cent de la production annuelle des USA.

La dernière décade du deuxième millénaire fut difficile suite à la chute des prix en produits chimiques et aux excédents de raffinage, mais compensée cependant par une meilleure rentabilité de ses champs pétroliers.

Adolphe Demeure de Lespaul décédera en 1985 des suites d’un cancer. Pour son personnel, il sera un exemple de courage et d’abnégation remarquable, se dévouant pour sa société jusqu’au dernier jour. Il fut remplacé par Jean-Pierre Amory pendant cinq ans, jusqu’à ce que le principal actionnaire de PetroFina, le Holding Bruxelles-Lambert mené par Albert Frère, porta celui-ci à la présidence du groupe en 1990. Les vice-présidents en seront Etienne Davignon, président de la Société Générale de Belgique, deuxième actionnaire et François Cornelis, en tant que « patron exécutif ».

A partir de 1990, la société connut une période de développement considérable, malgré les difficultés rencontrées dans le secteur  (problèmes avec le gouvernement norvégien - abandon de certains sites de production en raison de l’instabilité politique : Angola, Congo, Gabon, Burundi, Rwanda). Mais ce fut l’époque du développement d’énormes nouveaux champs : en Italie, en mer Caspienne, en Azerbaïdjan et en Alaska et en chimie : le contrôle complet de Montefina, devenu Fina Chemicals, partenariat avec BASF, accord avec Solvay dans le domaine des polyéthylènes hautes densités, fusion de Sigma avec Lafarge.

En 1997, PetroFina lance une vaste opération de rachat des actions Fina en bourse américaine, renforçant ainsi sa présence aux USA avec introduction au NYSE (New York Stock Exchange), devenant ainsi la première société belge à y figurer.

Enfin, fin de l’année 1998, tombe l’annonce de la reprise de PetroFina par le français Total, au nez et à la barbe du français Elf Aquitaine et de l’italien ENI. Peu de temps après Elf se fit également absorber par Total qui devint ainsi, dans un classement par chiffre d’affaires de 2008, le quatrième au monde après Exxon Mobil (USA), Royal Dutch Shell (Pays-Bas et Royaume-Uni, BP (Royaume-Uni) ; les suivants étant dans l’ordre Chevron (USA), Amoco Phillips (USA), Sinopec (Chine), China National Petroleum, corp (Chine), ENI (Italie), Valero Energy (USA)

Notes  :

(1) Voir à ce sujet l’article paru dans le Soir du 16/5/2008 signalant le décès de Marie-Antoinette Carlier, dernier enfant d’Hector Carlier, un des fondateurs de PetroFina. p;nbsp; Celui-ci s’était suicidé en 1986 et avait laissé son immense fortune à ses enfants restés depuis sans descendance.

Il est important de signaler que la fortune des héritiers d’Hector Carlier était devenue considérable parce qu’elle était constituée surtout des titres Petrofina que le fondateur de la société possédait depuis l’origine et que ses héritiers avaient respectueusement conservés.  Avec le temps et les opérations d’échange, de bonification et de rachat, ces actions avaient pris une valeur estimée à 0,5 % du capital de la société Total lorsqu’elle avait absorbé Petrofina.

Suivant l'article du Soir,  la dernière des héritières, décédée en octobre 2007, aurait légué ses biens, estimés, après paiement des droits de succession et affectation à des legs privés, à une trentaine de millions d’euros,  à la fondation Roi Baudouin avec mission de s’en servir pour développer des projets en Afrique dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l'éducation. En 1988, le « condottiere » Carlo de Benedetti aurait approché Madame Marie-Antoinette Carlier pour lui racheter ses actions pour un montant considérable. Elle refusa par fidélité à la mémoire de son père.

Je viens de découvrir avec étonnement des articles de la « Dernière Heure » qui relate une version surprenante de la fin d’Hector Carlier qui « serait mort deux fois », due à l’historien-journaliste Guy Van den Broek. Selon lui, les obsèques se seraient déroulées devant un cercueil vide lesté de pavés, avec la complicité d’un médecin et d’un fonctionnaire de l’état civil. Hector Carlier se serait réfugié au Brésil jusqu’à sa véritable mort, 10 ans après, à l’âge de 72 ans. Ce rebondissement s’il s’avère exact, n’enlève rien à l’estime que je porte à un homme dont l’existence antérieure aux faits était remarquable tant par la probité que par la noblesse des sentiments et la qualité de sa gestion.

D’autre part, une branche brésilienne des descendants du frère (réfugié au brésil après avoir purgé sa peine) se serait manifestée et aurait confié la défense de ses droits de succession à un avocat mais semble-t-il sans grandes chances s’il s’avère que la prescription est établie.

 

(2) J’ai eu le privilège de connaître deux témoins important de cette époque tumultueuse : Léon Wolters, le frère du grand patron qui avait son bureau à côté du mien quand nous nous occupions tous les deux de la filiale Plycol-Fina, qui fabriquait des colles et adhésifs.

Après sa journée, il lui arrivait souvent de venir bavarder avec moi. C’est ainsi qu’il m’a souvent parlé de son frère qu’il voyait toutes les semaines au château du Bisdom ; cependant, autant il était disert sur la plus grosse partie de son existence passée, autant il devenait rêveur et secret sur certaines époques, comme s’il partageait les regrets de son frère de n’avoir pu intervenir pour sauver de la honte ces personnages de grande valeur, victimes des aléas de l’histoire.

L’autre témoin de cette époque douloureuse, fut notre chef–comptable, Robert Cirquin, vieux serviteur de la société, qui par ses fonctions de comptable de la maison-mère, était bien placé pour en connaître tous les « dessous ». Il fut transféré avec moi, en 1956, pour gérer administrativement Labofina, centre de recherches qui venait d’être créé pour appuyer les nouvelles extensions du groupe. Nous nous sommes connus une dizaine d’années et il me parlait souvent de son passé. C’est ainsi qu’il me confia son sentiment sur le comportement de la direction de PetroFina pendant la guerre, convaincu que ceux qui furent condamnés pour collaboration financière, n’ignoraient pas les activités clandestines de deux de leurs employés-cadre : Laurent Wolters et Maurice Clément, et « fermaient les yeux », comme s’ils les approuvaient. Il me révéla avoir lui-même participé indirectement à certaines actions sans beaucoup se cacher.

Ce vieux bonhomme qui connaissait beaucoup de choses était particulièrement protégé par Maurice Clément, qui a toujours été son chef direct, sans doute reconnaissant des services passés et de sa discrétion.

Je tiens, quant à moi, puisque je reste un des derniers témoins d’une époque sombre et malheureuse, marquée par les excès vindicatifs de certains vainqueurs, à rendre justice à la mémoire de victimes qui furent sacrifiées à l’intérêt supérieur d’une grande société qui voulut occulter certaines périodes troubles de son passé.


*1.5* La Bande  dessinée :

La « BD » est maintenant admise comme le 9ème art et un concept de cet art. Elle fut longtemps considérée comme un simple outil de divertissement pour la jeunesse. Les auteurs belges publiés dans les journaux hebdomadaires pour jeunes, Spirou et Tintin, ne se prenant pas eux-mêmes au sérieux, contribuèrent beaucoup à la déconsidération de cette production par les intellectuels.

Ce sentiment a fort évolué de nos jours pour devenir un art à part entière avec ses critiques, sa littérature, son histoire et ses collectionneurs. Malgré des tentatives d’adaptation des techniques les plus avancées en utilisation de moyens pointus en matière de travail de l’image, cet art reste individuel au dessinateur qui garde la liberté d’y manifester toute sa fantaisie et sa créativité. Il reste maître de l’espace qui lui est réservé que ce soit par cadrage, originalité de la bulle, texte dessiné ou utilisation fantaisiste de l’espace. Cette liberté a ouvert un champ énorme de possibilités aux artistes qui ne manqueront pas d’y étaler leurs talents voire leur génie.

Cet art de la représentation graphique d’une histoire par dessins suggestifs date de la préhistoire quand l’homme des cavernes racontait ses exploits de chasseur en les gravant sur les parois des grottes. Il est vraisemblable que la raison de cette démarche était plus incantatoire que narrative. De tous temps, les hommes ont raconté leurs exploits sur divers supports : monuments, stèles, colonnes, murs, peaux de bêtes, parchemins, tissus et enfin sur parchemins, papier ou toile.

Les plus anciennes bandes dessinées qui racontent une histoire en plusieurs dessins, publiée en plusieurs exemplaires, pourraient dater de l’époque des images d’Épinal dans les Vosges, vers 1796, qui étaient tirées en plusieurs exemplaires au moyen de presse à bras qui comprimaient sur une feuille de papier une planche de bois gravée (Xylographie) qu’un coloriste complétait au moyen de pochoirs pour les différentes couleurs.

Avant la BD franco-belge, qui reste la plus féconde et la plus renommée dans le monde, on signalera surtout les « comics », principalement américains.

Quand j’étais gamin, avant la guerre, je me souviens qu’entre copains d’école nous nous passions ou nous nous échangions des babioles contre des « bandes dessinées » ou « comics », tels (entre parenthèses année de leur première parution)  : La famille Fenouillard (1890), Pim,Pam,Poum, (1897) ; Les Pieds Nickelés (1908) ; Winnie l’ourson (1926) ; Bécassine (1905) ; Popeye (1929) ; Tarzan (d’abord publiés sous forme de roman en 1929) ; Superman et Batman (1930) Dick Tracy (1934) ; et celles en provenance du cinéma : Mikey (1928), les trois petits cochon (1933), Donald Duck (1934), Blanche neige et les 7 nains (1937), Bambi (1942), Fantasia (1941) … ;

 

*1.6*Rift Valley

Cette vallée, surnommée aussi « berceau de l’humanité » tellement on y a découvert de fossiles de l’homme n’est plus considérée comme tel depuis que les scientifiques ont procédé à des fouilles plus profondes permettant de découvrir des restes humains plus anciens, en Tanzanie et dans des grottes d’Afrique du Sud ainsi que dans la partie humide et boisée du Tchad, à 2500 km du rift.

La théorie de L’East Side Story, popularisée par Yves Coppens, avançait que la formation du rift aurait conduit à une différenciation climatique et environnementale majeure entre la région de l’ouest, humide et boisée et celle de l’est, qui par accident climatique était devenue plus sèche et de ce fait envahie par les hautes herbes de la savane.

Les singes qui s’y sont trouvés, privés de leur alimentation d’arboricole, se seraient adaptés à la bipédie pour dominer les hautes herbes et à la nourriture carnée chapardée aux grands fauves et aux charognards en remplacement de leur alimentation de frugivore-insectivores.

La théorie de la bipédie qui aurait donné l’avantage à nos ancêtres de se libérer les mains et de se redresser pour repérer les prédateurs ou les sources d’aliments, ainsi que la théorie de l’associativité par petits groupes de 25 à 30 avec un meneur pour traquer des proies vivantes, prémice de l’instinct de collectivité, restent cependant celles que les anthropologues retiennent le plus souvent.