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11/06/2010

Ch. 25 d - Apparitions (Beauraing)

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Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère en début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite)que j'ai créé dans le site (e-monsite ) qui permet de consulter des sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)que j'ai créé dans le site (e-monsite ) qui permet de consulter des sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)

Cliquer sur le dossier recherché, dans la liste des dossiers, pour l’obtenir immédiatement

 

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Ch. 25 d - Apparitions ?

 

{20} Pour être complet et objectif, il me reste cependant à ce stade-ci de mes confidences, le nécessaire devoir de livrer à mes contradicteurs les réflexions et considérations sur le surnaturel apparent et ses phénomènes inexplicables dans l’état actuel de la science, faisant suite à la relation du témoignage bouleversant autant qu’interpellant de mon oncle-curé sur les apparitions de Beauraing (du 29/11/1932 au 3/1/1933), transcrit dans un grand registre d’une écriture ferme et calligraphiée et que j’ai résumée avec le plus d’honnêteté possible aux pages 20 à 24 du chapitre 4 .

 

J’ai lu, étudié attentivement et réfléchi longuement à cet important manuscrit : ça m’a pris de nombreux jours ! Une quarantaine de pages, écrites par un homme sérieux, honnête, consciencieux, qui dans sa relation s’efforce d’être le plus objectif possible.

 

Le milieu chrétien dans lequel j’ai vécu et dans lequel je baigne toujours est très imprégné du culte de la Vierge renforcé par ses apparitions. En dehors de Beauraing, proche des berceaux de nos familles, nos églises et nos maisons étaient abondamment pourvues de reproductions ou statues des Vierges se manifestant dans la chrétienté belge ou limitrophe, tels outre Beauraing  :

 

Lourdes : dans les Pyrénées, voyante Bernadette Soubirous (née en 1844, décédée en 1879) - 18 apparitions à l’âge de 14 ans du 11/2/1858 au 16/7/1858.

Fatima : d’avril à octobre 1915 au Portugal : trois voyants ; François Marto 7 ans (né en 1908 décédé en 1919 de la grippe dite espagnole – déclaré Bienheureux par le pape Jean-Paul II en 2000) ; Jacinthe Marto, (5 ans (née en 1910, décédée en 1920, également de la grippe espagnole - déclarée Bienheureuse avec son frère par Jean-Paul II en 2000) ; Lucia Dos Santos, 8 ans, leur cousine (née en 1907, décédée au Carmel en 2005). L’Église détient la révélation d’un secret qui a été communiqué récemment précautionneusement entouré de commentaires.

Banneux : Du 15/1/1933 au 2/3/1933, (soit 12 jours après la dernière apparition de Beauraing) 8 apparitions à Banneux près de Verviers en Belgique à Mariette Béco, 12 ans, (née le 25/3/1921) qui vit toujours, retirée non loin de là. Sa vie ne fut pas plus que pour ceux de Beauraing marquée par une existence particulièrement remarquable du point de vue religieux. A ma connaissance, elle a tenu un débit de boisson et de vente de souvenirs pour les pèlerins près du lieu des apparitions avant sa retraite.

 

{21} J’ai relevé sur le site « spiritualité-chrétienne.com », de l’Église catholique romaine, les informations intéressantes suivantes :

 

Qu’est-ce qu’une apparition ? La réponse donnée se réfère d’abord à l’Ancien Testament - prophète Joël 3-1  : « Je répandrai mon esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. »

 

D’autre part, ce site de l’Église reprend de l’Encyclopédie catholique de M. Centini le passage suivant : « Étant donné que la vue et le toucher sont les deux sens qui rendent compte de la façon la plus directe de la réalité objective, il se produit, dans l’apparition ce que les théologiens appellent « le sentiment de la présence ». En fait, la personne témoin d’une apparition est convaincue d’être en contact immédiat avec l’objet qui est manifesté à elle, et non pas d’en subir une influence quelconque ou de se trouver face à une image, à une reproduction de cet objet »

 

Plus loin l’Église relate un avis autorisé de Benoit XV, pape de 1914 à 1922 : « Il faut savoir que l’approbation par l’Église à une révélation privée n’est pas autre chose que la permission accordée, après examen attentif, de faire connaître cette révélation pour instruction et le bien des fidèles. A de telles révélations, même approuvées par l’Église, on ne doit pas et on ne peut pas accorder un assentiment de foi ; il faut seulement, selon les lois de la prudence, leur donner l’assentiment de la croyance humaine, pour autant que de telles révélations soient probables et croyables pour la piété [….] ».

 

Ce qui veut bien dire que l’Église, elle-même, ne reconnaît pas les apparitions comme manifestation réelle de Jésus-Christ, de la Vierge ou des saints.

 

Toujours selon les mêmes sources (spiritualité-chrétienne.com), les experts de la 42ème semaine mariale à Saragosse en 1986 ont dénombré au moins 21.000 apparitions mariales depuis l’an 1000, mais l’Église n’en a authentifié officiellement qu’une quinzaine (dont Lourdes, Fatima, Beauraing et Banneux, reconnus par les Évêques des diocèses concernés)

 

Il est important aussi de signaler que la reconnaissance par l’Église d’une apparition comme digne de culte est de l’autorité de l’évêque du lieu en vertu de sa mission de chef de l’Église locale.

 

{22} En ce qui concerne les apparitions de Beauraing, j’ai cherché à trouver le maximum de réponses aux éléments qui m’ont interpellé lorsque j’ai pris connaissance des écrits de l’oncle de Vonêche. J’ai analysé particulièrement les premières pages de son livre, celles qui décrivent le début des « apparitions »

 

Le premier jour, la vision est aperçue au-dessus d’une grotte artificielle reproduisant celle de Lourdes que les sœurs ont fait construire dans le talus qui soutient une voie de communication qui en enjambe une autre pour permettre aux réseaux routiers et ferroviaires de se croiser sans passage à niveau, la voie de chemin de fer surplombant l’autre.

 

Les enseignantes de l’institut que fréquente une des voyantes, Gilberte Voisin, appartiennent à l’ordre des Sœurs de la Doctrine Chrétienne de Nancy,  fondée en 1716, par le chanoine Jean-Baptiste Vatelot pour scolariser les filles des campagnes. Ces religieuses ont une formation spécifique d’institutrice de village en vue d’éduquer les mères de famille du milieu agricole aux fonctions ménagères.

 

C’est le gar çon de 11 ans qui signale aux autres qu’il aperçoit la Vierge de la grotte qui bouge (il y a plusieurs versions, mais je retiens celle de l’oncle dont la source est Madame Degeimbre, ancienne paroissienne et mère de deux voyants) ; la sœur du gamin voit à son tour quelque chose, en sortant du pensionnat, et s’exclame : « Qu’est-ce que c’est çà là-bas ». D’autres versions selon l’oncle rapportent que la petite n’aurait rien dit alors.

 

Effrayés, les enfants se sauvent sans se retourner sauf, peut-être suivant certaines sources fiables, deux d’entre eux qui voient encore une forme lumineuse qui se déplace sur le pont et qui a l’apparence d’une dame.

 

Les enfants, c’est-à-dire, outre le garçon Albert Voisin (11 ans), ses sœurs Fernande (15 ans) et Gilberte (13 ans) ainsi que leurs amies Andrée Degeimbre (14 ans) et sa sœur Gilberte (9 ans) sont effrayés.

 

Il est probable que la forme humaine qu’ils ont cru voir alors, fut la transposition d’une source lumineuse allant et venant le long de la voie ferrée sur le pont du chemin de fer.

 

Peut-être un véhicule de service ou plutôt un ouvrier avec une « lanterne- tempête » comme on en utilisait alors à la recherche d’une anomalie urgente à contrôler…. ou réparer …?

 

De l’endroit où les enfants ont aperçu cette forme lumineuse, il se pourrait qu’au travers des branches, elle ait donné l’impression qu’il s’agissait d’une forme humaine qui dans le contexte de piété du moment (proximité du 8 décembre fête de l’Immaculée Conception et de la Noël) se soit transposée en Vierge de la grotte se déplaçant suivant les mouvements d’allées et venues de quelque chose sur le pont.

 

D’ailleurs, l’oncle mentionne plus loin dans son livre que la sœur portière lui avait rapporté que les enfants affirmaient avoir vu la Vierge de la grotte marcher sur le pont et qu’elle les avait traités de petits sots.

 

Plus loin dans son récit (noté à la date de juillet 1933), l’oncle signale qu’ayant interrogé les voyants à cette époque-là pour obtenir certaines précisions, il aurait reçu la réponse suivante : « Le premier jour, nous avons bien vu l’apparition, de forme humaine, mais pas les rayons, ni les reflets. C’est le jeudi, près du houx que nous l’avons vue avec des rayons et reflets bleus sur sa robe ».

 

Le lendemain à la même heure vers 18 heures trente, les enfants retournent « à la grotte », naïvement persuadés que c’est l’heure de prédilection de la vision ; ils sont effrayés et se cachent les yeux. Quand ils en reviennent, excités, ils racontent qu’une « dame » leur était apparue au même endroit que la veille : elle a les mains jointes et semble se promener dans l’espace au-dessus de la grotte. Les parents les grondent et ne veulent rien entendre de leurs « sottises ».

 

Il est probable que c’est pendant ces deux jours que le phénomène de transposition du réel au surnaturel s’est installé dans le cerveau et le subconscient des « voyants ». Ils vont se convaincre mutuellement d’avoir vu la Vierge, préparés mentalement par leurs enseignants qui ne vont pas manquer de leur parler de la fête de l’Immaculée Conception toute proche.

 

Les voyants vivent dans un environnement scolaire de piété, renforcé par l’approche de la Noël et de la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre. Ce dogme, décrété par Pie IX, le 8 décembre 1854, signifie que Marie, mère de Jésus-Christ, fut conçue exempte du péché originel. (Faute d’orgueil du premier homme dans le paradis terrestre qui, pour un chrétien, est effacée par le baptême).

 

Ce culte marial frappa les esprits de l’époque, rappelons que la vision de Lourdes se passa quatre ans après la proclamation de ce dogme, en 1858 et que Bernadette Soubirous, qualifia celle qui lui était apparue d’Immaculée Conception, appellation reprise également par Lucia Dos Santos la voyante de Fatima, ceux de Beauraing la simplifieront dans le vocable de « Vierge Immaculée » qui provient peut-être du vocabulaire utilisé par leurs enseignants.

 

Les visionnaires de Beauraing, se trouvaient vraisemblablement placés dans un contexte favorable au déclenchement du phénomène : les écoles catholiques et plus particulièrement celle que fréquente la petite Gilberte de 13 ans sont très préoccupées d’inculquer le culte marial à leurs élèves, concrétisé d’ailleurs par la représentation de la grotte de Lourdes dans leur propriété.

 

Le 1er décembre, troisième jour des apparitions, Madame Degeimbre et cinq personnes de son entourage accompagnent les enfants pour mettre les choses au clair. Madame Degeimbre s’est munie d’un bâton « à vache » pour casser la « gueule » au mauvais plaisant. La vision apparaît aux enfants partis en avant, non loin de la grille, alors que le groupe n’avait même pas atteint la grotte et l’aubépine qui la surmonte. La dame aurait frôlé le sol pas loin d’eux, souri, joint les mains et ouvert les bras avant de disparaître.

 

Ce jour-là, vers vingt heures, suivant le livre de l’oncle, madame Degeimbre décide de retourner « à la grotte » avec quelques amis et seulement trois des « voyants », les deux « Gilberte » ayant été trop impressionnées. Les adultes vont en avant et recommandent aux enfants de ne pas crier et de dire plutôt une prière qui les protégera.

 

Le groupe approchait de la grille quand soudain les enfants s’écrient « La voilà », ils tombent à genoux et récitent des «ave Maria » (courte prière à la Vierge). Madame Degeimbre se porte en avant pour fouiller les buissons avec sa lampe de poche et son bâton, quand Andrée s’écrie : « Arrête, Maman, tu es dessus ».

 

Les adultes inspectent encore les lieux sans rien trouver et décident d’aviser le Doyen qui les reçoit avec sagesse et bonhomie, mais sceptique, leur recommande de rester discret et que si c’est la Vierge, rien ne leur arrivera de fâcheux.

 

Dès le 2 décembre, les sœurs ferment les grilles de leur établissement le soir et lâchent deux chiens. Cependant les cinq enfants voient « l’apparition » au travers de la grille et tombent simultanément à genoux. Ce sera à partir de ce jour que les voyants se précipiteront ensemble sur les genoux et réciteront des « ave maria » pendant l’apparition.

 

Des témoins crédibles racontent que les enfants tombent simultanément au moment de l’événement, sans se blesser et sans connivence possible surtout quand ils sont séparés et contrôlés par des adultes ayant autorité sur eux. Á peu de choses près, ils semblent bénéficier d’une vision identique.

 

Ce phénomène de comportement collectif (même réduit à cinq personnes) est à rapprocher de celui que l’on constate chez les êtres vivants grégaires, comme les poissons en bancs, les criquets, les moutons… les étourneaux et autres lemmings…

 

Quant à la communication entre des êtres vivants quelle que soit la distance qui les sépare, on peut citer le phénomène du pigeon voyageur qui retrouve le colombier de son couple après avoir parcouru de très grandes distances (Il y a des lâchers de Barcelone à Bruxelles).

 

Les célèbres artistes de music hall, Myr et Myroska, Édouard et Sarah, ont-ils un truc ou n’est-ce tout simplement qu’un phénomène de transmission de pensée ou de vision ? (Ils parviennent à se communiquer des détails aussi difficiles à transmettre que des renseignements précis figurant sur des documents sortis d’un portefeuille…ou inconnus du comparse, mais révélés en pensée par le cerveau du propriétaire interrogé.)

 

Il y a également les « hallucinations collectives » qui se produisent chez les humains lors de manifestations politiques ou religieuses, lorsqu’ils sont placés dans un contexte d’exaltation des masses en « transes ». (manifestations politiques violentes de tous genres au mépris de la mort et des suites catastrophiques ; manifestations idolâtres pour des vedettes ; exaltations religieuses envers des symboles pieux ; débordements de ferveur dans des lieux sacrés comme La Mecque et Rome – j’en fus moi-même acteur et témoin - Voir chapitre sur Rome et Florence : canonisation de Nicolas de Flue.

 

Tout observateur attentif aux comportements de ces groupes doit constater que le cerveau de chaque individu est « télécommandé» extérieurement par les circonstances ou la proximité d’un danger. Ainsi j’ai pu constater à la vision d’un reportage sur le dressage de chien de troupeau que l’important groupe de moutons réagissait simultanément et unanimement aux menaces des chiens. Il semble donc qu’il y ait une inter-communicabilité extérieure qui se manifeste dans ces groupes les faisant agir comme une individualité, comme le ferait un banc de poissons.

 

Chez les humains interviendront aussi la parole et la pensée : ainsi pour Beauraing, ce sera la première fois, le troisième jour, que les enfants interrogeront l’apparition et qu’ils recevront des réponses, approximativement ceci : « Etes-vous la Vierge Immaculée », réponse par un signe de tête affirmatif « Que nous voulez-vous ? » réponse : « d’être bien sage »

 

Les questions ont été posées par le garçon et entendues par tous y compris les réponses fournies par la vision. Il est peut-être intéressant de noter que, dans le premier temps, c’est toujours le garçon qui prend les initiatives. (C’est lui qui est à l’origine de l’événement).

 

Un témoin suggère d’envoyer son garçon de onze ans qui n’a pas assisté aux apparitions en espérant qu’il verrait lui aussi. Ils y retournent tous et la vision réapparaît, mais pas au petit de onze ans. Il est évident qu’il n’avait pas la préparation psychologique des autres.

 

A ce stade-ci de nos constatations, on doit reconnaître qu’il se produit les phénomènes suivants qui posent question :

 

- Les enfants ont simultanément une vision identique de l’apparition et entendent dans presque tous les cas les mêmes paroles. Il y a donc interconnexion extérieure des cerveaux, un « cerveau-maître », au début celui du garçon conduisant les autres.

- L’apparition se déplace, agit en ouvrant les bras, lève les yeux et entretient avec les enfants une conversation logique dans le contexte du moment et de l’état d’esprit religieux des « voyants ».

- Le « cerveau-maître » inconsciemment transmet sa vision et son dialogue aux autres qui vraisemblablement construisent avec lui, intervenant pour apporter des particularités propres à leur personnalité.

 

Le samedi 3 décembre, les parents parvinrent à empêcher les voyants de se rendre « à la grotte », la petite Gilberte étant reconduite à son domicile par une religieuse (il y avait école le samedi à cette époque).

 

Le dimanche 4 décembre, vers 19 heures, les enfants reviennent à la grotte, emmenant avec eux un petit ami paralytique de 9 ans et un aveugle de 30 ans, oncle de Gilberte et Andrée. Albert, toujours lui, demande à la vision de les guérir. La dame sourit et ne répond pas ; Albert continue : « Quel jour faudra-t-il venir ? » réponse : « Le jour de L’Immaculée Conception ». Fernande alors demandera : « Faut-il vous construire une chapelle » à la suite de sa réponse affirmative, la vision disparaît.

 

L’oncle aveugle de Gilberte Voisin prétendra avoir « vu » quelque chose, la description qu’il donne rappelle Notre Dame de Lourdes.

 

Le 5 décembre, poussé par sa mère, Albert demande à la vision qu’elle fasse tous les miracles qu’elle peut en plein jour, pour prouver qui elle est : pas de réponse puis elle disparaît pour revenir plus tard… Je suppose que leur subconscient réaliste recule devant l’énormité de tel événement….

 

Voici la description de la vision rapportée entre guillemets par l’oncle, sans doute rédigée par un adulte sur instructions des enfants ; cette image s’est installée progressivement dans leur petit cerveau à partir du 5 décembre, jour où la vision s’est imposée dans leur subconscient pour se préciser sans doute davantage par la suite :

 

« La dame est blanche et brille comme le soleil, mais d’une lumière qui ne fait pas mal. Des rayons d’or, en nombre infini, entourent la tête d’une teinte indescriptible. Les yeux sont bleus et lumineux, les lèvres rouges, le teint rosé. Un voile blanc couvre le front, encadre le visage, cache le sommet des épaules et retombe derrière les coudes. La robe est droite avec de nombreux plis de haut en bas, et des reflets obliques bleus partent de l’épaule gauche. Les pieds et le bas de la robe sont enveloppés d’un nuage qui festonne le bas du vêtement et sur lequel la vision semble se tenir. Les mains sont jointes et reposent sur la poitrine. La dame est plutôt petite de la taille des enfants ; elle regarde tantôt le ciel, tantôt les enfants à qui parfois elle sourit. »

 

Il est surtout intéressant de rapprocher cette description de celle rapportée par l’oncle et qu’il a entendue avec l’abbé Pestiaux, curé du village voisin, qui l’avait accompagné (Je l'ai bien connu, il était mon confesseur car je ne tenais pas à raconter mes "méfaits" à l'oncle qui, à l'inverse de lui, était un homme jovial, au rire sonore violant les murs). En voici la relation in extenso :

 

« Mardi 6 décembre, je me suis rendu en voiture avec L’abbé Pestiaux, curé de Froidfontaine, nous avons rendu visite à Madame Degeimbre et j’ai eu l’avantage de voir et interroger Gilberte, sa fille cadette (9 ans), Andrée sa sœur aînée était chez son oncle pour faire diversion. Gilberte vient de rentrer de classe : elle est en petites bottes et bonnet de laine. Avec aisance et sans hésitation, Gilberte nous raconte les premières apparitions.

 

« Qu’as-tu vu dans la cour des religieuses ? » « La vierge Immaculée »

« Comment est-elle ? » (Je résume la réponse de l ‘enfant) « Elle est belle – jeune – plutôt petite ( 1m25 à 1m50). Elle est vêtue d’une robe blanche avec des reflets bleus qui obliquent de gauche à droite. La tête est entourée de rayons dorés. Les pieds et le bas de robe sont cachés par une sorte de nuage qui forme des festons. Elle a un voile sur la tête ; il descend derrière les épaules. Les mains sont jointes et s’ouvrent quand la Vierge disparaît »

« Gilberte unit le geste à la parole – « Est-il vrai que l’apparition a promis un miracle le jour de sa fête » « Oh ! la sainte Vierge n’a pas dit ça, nous avons demandé de guérir notre petit camarade Degourdenne et mon oncle (l’aveugle) » ; elle n’a pas répondu et elle a dit « Venez le jour de l’Immaculée Conception ».

 

« Nous avons aussi demandé « Faites tous les miracles que vous pourrez en plein jour (pour qu’on les voie bien) ajouta l’enfant » - elle n’a pas répondu. Puis nous avons dit quand alors, réponse : « Le soir ».

 

« La fillette nous raconte ensuite que les deux premiers jours, ils l’avaient vue au-dessus de la grotte ; le troisième jour du côté du nouveau bâtiment « On aurait dit qu’elle se promenait en nous attendant. »

 

Par la suite, mais bien plus tard, certains voyants ajouteront à la description deux éléments importants : un cœur d’or au milieu de la poitrine et un chapelet pendu au bras qui n’a semble-t-il pas de crucifix, à moins qu’il ne soit caché par les plis de la robe.

 

Si je me suis permis cette relation détaillée des premiers jours, c’est que je tenais à bien transcrire les éléments essentiels que j’ai tirés du récit de l’oncle, que je considère comme absolument véridiques et non tendancieux en raison d’une honnêteté intellectuelle que son entourage ne lui contestera jamais.

 

Comme dans les apparitions de Lourdes et Fatima, vénérées par les Belges chrétiens, la mystérieuse dame confie aux voyants un ou plusieurs secrets.

 

En ce qui concerne les révélations confidentielles faites à Beauraing, les avis divergent notamment dans leur évocation par le site de la ville elle-même et du clergé qui parle de trois voyants qui en auraient bénéficié, alors que l’oncle dans son manuscrit est convaincu qu’ils en sont tous détenteurs.

 

Lui qui a entendu les voyants après les révélations du dernier jour, relate dans son « cahier-registre » que son beau-frère (un autre oncle), Georges Hubert, instituteur de Mesnil-Église (village voisin), a posé quelques questions devant lui aux enfants au sujet de ces fameux secrets.

 

Voici la transcription fidèle du récit de cet interrogatoire rapporté par l’oncle curé :

 

L’instituteur pose alors quelques questions. A Albert : « Ton secret est-il triste ou gai » « Pas triste pour moi mais pour mes parents… ». A Gilberte Voisin, même question, réponse : « Ni triste, ni gai ». A Gilberte Degeimbre, même question, Gilberte reste muette, Monsieur Hubert dit alors à Gilberte Degeimbre : « Si ton secret était le même pour Albert et Gilberte Voisin, serais-tu contente ? » Gilberte sursaute et dit « Oh, oui très contente ». Le curé de Vonêche alors, gêné de cet interrogatoire inquisiteur, l’arrêta.

 

S’entretenant entre eux, les enfants se mirent chacun à compter les mots qui composaient leur secret et en révélèrent le nombre aux quelques personnes présentes, mais aucune ne se souviendra des chiffres et l’oncle qui les avait notés ne les retrouvera plus.

 

Á la lecture de ce qui précède, on constate que tous les enfants ont retenu quelque chose de particulier qui ne devait pas être bien long puisqu’ils en comptaient les mots de mémoire, mais qui les troublait cependant. Il se peut qu’avec l’âge, ils ont réalisé le caractère enfantin et naïf de leur contenu. On ne sait si Jean-Paul II qui a entendu en privé trois des voyants a eu révélation de ces fameux secrets.

 

L’oncle relate aussi que, ce soir-là, Madame Degeimbre aurait dit subitement à sa fille Gilberte : « Quand tu seras couchée, tu me diras ton secret ? » (Elle dormait avec sa mère). La petite se serait redressée et aurait répliqué : « Pas même au Pape »….

 

Questions qu’on peut se poser ? Pourquoi le privilège d’un secret confié à des enfants qui ne peut être révélé « même pas au Pape »… ?

 

Quant aux paroles essentielles de la Vierge de Beauraing, elles sont inspirées de celles que les enfants ont entendues dans leurs écoles pendant cette période intense de culte marial précédent le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception.

 

D’ailleurs, ce jour-là, suivant les témoins, les enfants tombent « en extase » un quart d’heure, la vision leur paraissant plus belle que jamais. Il y avait une foule immense, la nouvelle s’étend répandue qu’un miracle serait peut-être accompli.

 

A cette époque, le culte marial était très fervent et les religieuses n’ont certainement pas manqué de préparer leurs élèves à cette fête importante pour elles en insistant sur certaines phrases propres à cette dévotion.

 

Ces phrases vont se retrouver parmi celles que les enfants ont cru entendre :

Le 2 décembre : « être bien sage » ; le 17, elle demande une chapelle, comme dans les apparitions de Lourdes et Fatima ; le 21, à la question : « Dites-nous qui vous êtes », elle répond : « Je suis la Vierge Immaculée » sans doute «l’ Immaculée Conception » de Lourdes tronqué ; Les phrases des 30 décembre et trois janvier sont typiques de l’enseignement religieux et marial : « Priez beaucoup, priez toujours » ; « Je convertirai les pécheurs » ; « Je suis la Mère de Dieu, la Reine des cieux » ; « Aimez-vous mon fils, m’aimez-vous » ; « Sacrifiez-vous pour moi ».

 

Je reste convaincu que les enfants sont sincères : ils ont vu et entendu ensemble ce qu’ils rapportent, ils n’inventent rien : ils répètent ce que leur subconscient leur dicte. Dans un contexte d’époque, de lieux et de circonstances (des « ave Maria » dans des nuits glacées de décembre repris par une foule de plus en plus dense et fervente), ils se sont trouvés en état de transe avec simultanéité de mouvement, de pensée, de vision dans un bain progressif de foi collective apportée par des croyants fervents de plus en plus nombreux.

 

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08/12/2009

Ch. 4 - Les neveux du curé

 

 

RÉCIT DÉTAILLÉ D'UN LONG CHEMINEMENT

DE RECHERCHE D'UNE VÉRITÉ

SUR LA MOTIVATION D'EXISTER

ET LA VALEUR DE NOS CROYANCES.

 

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PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT

D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI

ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES

MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX ANNÉES

QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

ET LA VALEUR DES CROYANCES.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

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qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

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Chapitre 4.  LES NEVEUX DU CURÉ

TABLE DES REPÈRES DU CHAPITRE : {4.1} La guerre « 40 » dites des « dix jours » qu’elle dura pour la Belgique et la Hollande et un peu plus pour la France  -  Occupation, peur, bombardements, résistance, rationnement, la faim et le froid pendant quatre ans  - {4.2}  L’oncle Olivier, l’austère curé du village de Vonêche entre en scène pour recueillir ses neveux, pendant les vacances et les « doper » d’une nourriture plus riche qu’il s’efforçait de trouver chez les fermiers  -  Espiègleries « démoniaques » de ses neveux peu reconnaissants.  -  {4.3} Histoire de ce curé qui fut brancardier en 1914 et perdit son frère tué les derniers jours de la guerre -  {4.4} Curé de Vonêche, il connut deux des voyants des apparitions de la Vierge à Beauraing  -   Il m’a laissé une relation écrite des faits que j’analyse dans ce chapitre et dans le chapitre 25 « Richesse et pouvoir du milieu »

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)


{4.1} Le matin du 10 mai 1940 était radieux de printemps. Il faisait si beau : le ciel était bleu, du bleu des myosotis de mai, quand ils sont bien frappés de rosée.

 

La ville s’étirait de son sommeil candide, inconsciente de la gravité monocorde des voix de speakers qui s’élevaient par les fenêtres entrouvertes, annonçant sans interruption le début de la « drôle de guerre » : l’armée d’Hitler violait les frontières.

 

Atterrés, mes parents avaient l’oreille aux nouvelles que débitait sans arrêts, notre vieux poste de radio.

 

En 1939, mon père avait perdu son emploi de représentant : c’était la crise, avec les affres du chômage.

 

Heureusement, une amie de ma mère qui occupait une place importante au service du personnel de la firme Lever qui l’avait licencié, avait réussi à le faire réengager dans les bureaux de leur usine de Forest à Bruxelles ; ce qui nous contraignit à déménager une fois de plus – la huitième en onze ans.

 

Ce fut donc dans un modeste appartement de cinq pièces – dans la précipitation du transfert, mes parents n’avaient momentanément rien trouvé d’autre – situé dans la commune bruxelloise de Schaerbeek que nous apprîmes par la radio que le fléau de la guerre s’abattait, une fois de plus, sur le petit peuple belge qui avait déjà tant souffert en 1914.

 

Ce fut tellement brutal et inattendu que les parents de Jim, commerçants commençant leur journée plus tard dans la matinée, n’étaient au courant de rien et ce fut Jim, envoyé à l’école, qui revint en criant : « C’est la guerre, il n’y a pas classe ! »

 

La terreur et la crainte pesaient sur chacun. Tout le monde avait en mémoire les exactions et brutalités cruelles des soudards de 1914, aussi ce fut pour beaucoup la fuite devant l’envahisseur et l’exode vers la France.

 

Les routes de Belgique furent vite encombrées et saturées de colonnes pitoyables de réfugiés angoissés qui se traînaient lamentablement, hagards, à pied ou sur toutes sortes de véhicules : bicyclettes, brouettes, poussettes, chariots avec attelage, voitures, camions, etc.…

 

L’envahisseur avait été tellement rapide dans son action que les troupes belges, désemparées et en désordre, reculaient vers la France en vue d’un éventuel regroupement, saturant davantage le réseau routier. Pour corser l’affaire, des avions mitraillaient les soldats en fuite.

 

Aigle au ciel de malheur,

Triste agent de la peur

Qui boute feu et flammes

Aux maisons qui s’enflamment,

Livrant à l’abandon

Ceux qui n’ont plus de nom.

 

Jim, mon cousin, pas trop inquiet de l’aventure, vécut avec sa mère et sa sœur une épopée incroyable, son père, dans le but de les protéger, les ayant fait fuir vers la France, tandis qu’il tentait de sauver son magasin d’électroménager.

 

Quant à nous, nous prîmes le parti de ne pas bouger et de nous cacher. L’insignifiance de notre petit appartement au deuxième étage, les caves communes et les murs mitoyens des immeubles percés d’ouvertures devaient nous permettre d’échapper aux débordements éventuels d’une soldatesque débridée.

 

Contrairement à nos craintes, tout se passa finalement bien. Les premiers jours, nous nous terrions dans la cave. Bien organisés, nous avions tout ce qu’il fallait pour tenir un siège.

 

Seuls gosses du groupe de locataires installés dans les sous-sols, nous étions choyés, bien emmitouflés dans des couvertures. Les hommes allaient aux nouvelles, les femmes aux provisions, faciles à trouver car il ne restait plus grand monde dans Bruxelles.

 

En cachette, Rigolard se glissait sous mes couvertures et me racontait des histoires drôles. C’est ainsi que j’ai appris que Madoulet qui maniait aussi bien la « machine » que mon frère Pit, s’amusait à créer des vides sous les pieds de l’ennemi qui disparaissait dans le sol en jurant des « donner-wetter » teutoniques.

 

Pit et moi furent tentés de les rejoindre, ce que nous fîmes par « ubiquité» interposée. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans une sorte de cave voûtée.

 

Un gros « lanchturn », un pied coincé dans les mandibules de Belles des cloaques, gigotait, rubicond, les yeux exorbités, son casque-marmite enfoncé jusqu’aux oreilles.

 

Devant lui, goguenard et se tapant la cuisse, Madoulet le menaçait de sa rapière. Jim, de son côté, lui ayant bloqué l’autre jambe, le décortiquait de sa botte tandis que Gentille, la guêpe, lui préparait en se frottant les pattes une réjouissance plantaire de son cru.

 

« Bidié, bidié ». Le gros malin se tordait en ne pensant même pas à utiliser le pistolet qui se trémoussait sur son ventre. « Bidié, bidié, che sui jatouilleu ».

 

Toujours très polyglottes, nous avions tous bien compris ce qui le tourmentait, d’autant plus que Belle des cloaques, un orteil du malheureux coincé dans les mandibules, lui dansait sur le pied déchaussé une gigue à huit pattes.

 

Ce fut la douce et gentille « Affable » qui vint au secours du pauvre diable en se lançant dans une diatribe inhabituelle pour un si mignon et si candide feu follet mais digne des meilleures catilinaires.

 

Affable, l’angélique feu-follet, obtint la grâce du condamné en démontrant son innocence dans un conflit dont il ne tirait que des désagréments et aucun avantage.

 

Même le belliqueux Madoulet fut convaincu de l’irresponsabilité du gros bonhomme qui, de plus, n’avait vraiment pas l’allure d’un foudre de guerre.

 

Et c’est ainsi qu’il fut libéré et devint un de nos bons compagnons, un peu empoté, soufflant et suant, mais si brave, si brave… ! Affectueusement, Jim l’appelait : Gros bidon (le nom lui est resté).

 

Notre séjour en cave fut finalement de courte durée, le bruit se répandant rapidement que les envahisseurs, contrairement à leurs compatriotes de 1914, étaient très disciplinés et ne s’en prenaient nullement aux populations d’autant plus que Bruxelles fut déclarée « ville ouverte » (je ne sais trop d’ailleurs pour quelle raison) ce qui devait normalement la préserver des combats.

 

La « guerre » dura dix jours en Belgique et aux Pays-bas, un peu plus en France et puis ce fut la débandade des armées avec la suite que l’on connaît : la trahison de Pétain, le héros de 1914, le sauve-qui-peut vers l’Angleterre et la déclaration du général de Gaulle.

 

La vie devint alors très difficile pour les gens des villes occupées qui manquèrent rapidement de tout. Un marché de contrebande intérieure (appelé marché noir) se développa rapidement au seul bénéfice des bien nantis, mais rendant encore plus précaire l’existence des autres dont nous étions.

 

La faim commença à tenailler les gens des villes. L’occupant prélevait tout ce qu’il pouvait, laissant les occupés affamés.

 

Ce furent alors les tristes queues devant des magasins aux trois-quarts vides, les parents angoissés devant les assiettes blanches, les hivers rudes, à grelotter sans combustibles, le drame des juifs et autres marginalisés, les tortures dans les prisons, les exécutions sommaires.

 

Enfin, le perpétuel et poignant drame des populations innocentes payant un lourd tribut à la folie des conquérants.

 

Les yeux sont vides, comme des trous noirs,

Et les affres des ventres font mal d’eau.

Chardons et cactus pour un triste soir

Réveilleront leurs angoisses et leur peau.

Faim aux entrailles, … tripes de cafard

Ils mangent leur bile et serre les poings

Vers ceux qui hantent leurs vieux cauchemars

Les traînant à genoux, bien loin, bien loin.

 

{4.2} Tout ce préambule pour introduire le personnage principal de ce chapitre : l’oncle Olivier, brave mais austère curé d’un petit village aux confins des Ardennes.

 

C’était le frère aîné de ma mère qui était la plus jeune d’une famille de six enfants. Entre eux, il y avait un frère, officier tué les derniers jours de la guerre 14/18, et quatre sœurs dont ma mère et celle de Jim.

 

La sœur aînée avait épousé un instituteur qui luttait du mieux qu’il pouvait contre l’analphabétisme d’une vingtaine de gosses d’un petit village, campé à flanc de coteaux au-dessus de la Lesse, petit cours d’eau des Ardennes, à quelques lieues de celui de l’oncle curé.

 

Les deux petits villages étant trop loin et les contrôleurs à la solde des Allemands pour traquer le marché noir, trop nombreux et vigilants, le seul moyen qui restait au curé et à l’instituteur, d’aider leurs sœurs et belle-sœur, était d’accueillir et nourrir les « Bruxellois » pendant les grandes vacances scolaires de juillet-août.

 

La première année, le curé, grand cœur mais inconscient du poids de la tâche, avait pris en charge les deux familles et organisé le presbytère en conséquence.

 

L’expérience ne fut pas renouvelée, les deux sœurs restant près de leurs maris, tandis que l’oncle se chargeait des trois plus grands et l’instituteur de mon petit frère et de la sœur de Jim.

 

C’est ainsi que la fameuse bande de « Flique-Pitte-Jim » se mit à sévir, deux mois par an, au presbytère de Vonêche, au grand dam du malheureux oncle.

 

Et il en a vu, le pauvre ! Il faut dire qu’il était le vrai personnage qui nous manquait pour créer l’ennemi public numéro un : grand, austère dans sa soutane noire, n’accordant aucune attention aux enfants qu’il ne supportait guère, il était ce qu’il y avait de mieux pour donner le plus grand éclat à nos fredaines de garnements et créer avec nos espiègleries les situations les plus désopilantes.

 

Le presbytère était sur une place, face à l’église, comme il se doit ; à droite, un mur grillagé avec une porte qui donnait dans le parc d’un beau château qui appartenait au Baron d’Huart, comme beaucoup de biens de la région d’ailleurs.

 

Le château et son grand parc jouxtaient la partie droite de la cure. Le baron, généreux paroissien, avait fait construire sur le côté du presbytère, une salle paroissiale-bibliothèque qui restera éternellement imprégnée de la sueur des neveux du curé séchant sur les devoirs et punitions qui  désenchantaient  leurs vacances.

 

Complètement autonomes, les châtelains avaient dans leur propriété leur ferme, leur potager, leur verger, un étang avec nénuphars et beaux poissons, une orangerie avec arbres fruitiers et plantes exotiques et sur le côté de l’église, une chapelle donnant sur le chœur d’où ils pouvaient suivre les offices sans se mêler aux villageois.

 

Voici ainsi campé le principal décor des trois petits gredins qui hantaient la cure de Vonêche et faisaient gagner des indulgences à leur pauvre oncle curé.

 

Le potager du château, nous paraissait immense. Il était entouré d’un très haut et large mur en pierres du pays. Mitoyen du jardin situé derrière la cure, il fut un des hauts lieux de nos exploits ; les espaliers plantés tout au long, nous permettaient un accès facile et les dalles de faîte étaient pour nous un très confortable chemin de ronde, témoin de nos plus audacieuses escapades.

 

Le plus cocasse de l’affaire c’est que, désireux de nous doter d’un code secret inconnu des adultes, nous avions appelé cette voie incongrue : « la petite fille », (allez voir pourquoi !).

 

Nos conversations prenaient innocemment des tournures aussi équivoques que scabreuses puisque nous ne cessions d’évoquer à table nos exploits quand nous « montions » sur la « « petite fille ».

 

Les adultes présents, dont les deux sœurs du curé, perplexes, se regardaient plutôt embarrassés jusqu’à ce que l’oncle tonna, pourtant convaincu de notre candeur, d’une voix aussi sèche que pincée : «Taisez-vous avec vos bêtises !».

 

Notre premier séjour, donc, donna lieu au rassemblement des tribus sous la houlette de l’austère pasteur flanqué de ses deux sœurs. La mère de Jim avait emmené dans ses bagages, sa servante, accorte et jolie, primesautière à souhait pour s’entendre avec les trois gredins que nous étions.

 

Dorette (petite dorée, parce que blonde), la sœur de Jim et Luc alias Lulu, mon petit frère, très jeunes, soumis et toujours fourrés dans les jupes de leurs mères n’étaient vraiment pas de taille à se mesurer valablement à nos adversaires ni, de surcroît, n’en ayant vraiment pas la moindre envie.

 

On s’en méfiait beaucoup parce qu’ils ne manquaient pas, très collaborateurs de nos autorités, d’aller rapporter nos  entreprises interdites ou dangereuses.

 

Nous en fûmes débarrassés les deux années suivantes, le séjour à la campagne se limitant aux trois gredins, les aînés, que l’oncle curé s’efforçait de « requinquer » et les deux plus jeunes chez l’oncle instituteur de Mesnil-Église, les épouses restant près de leurs maris.

 

La jolie servante, se rangeant rapidement du côté des trois bandits, devint vite leur meilleure complice, participant activement à leurs exploits en leur procurant le matériel qui leur manquait ou en leur fournissant des prétextes valables.

 

Dès que son service le permettait, elle s’échappait pour nous retrouver et participer à nos histoires qui l’amusaient beaucoup. C’est ainsi qu’un jour, nos autorités nous permirent d’entreprendre avec elle une expédition à l’étang de « Tanton » situé en plein bois du même nom.

 

Nos imaginations en firent une aventure épique peuplée d’ennemis dangereux que nous écartions à coups de bâtons-machettes ou de sarments-révolvers. L’étang de Tanton, disons plutôt mare, était, en dehors du sentier qui y menait, abandonné à lui-même et entouré d’une brousse inextricable.

 

Nous fûmes donc forcés de le traverser à gué, ajoutant fort bien à notre aventure le piquant qui lui aurait manqué, d’autant plus qu’Yvonne (la jolie servante) nous précédait en relevant sans vergogne ses jupes jusqu’à la taille, dévoilant, à notre grand émoi de jeunes garçons, de bien jolies jambes et une petite culotte rose à festons de dentelle.

 

Aussi dès que ce fut possible, j’appelai mes amis des rêves qui n’attendaient que ça pour participer à une action aussi émoustillante.


Madoulet fut le premier sur place, sabre au vent, en proférant des « cré bon sang » à la cantonade. Belle des cloaques, comme Jésus, se mit à marcher sur l’eau verdâtre,

 

Rigolard, avançant de guingois, se tenait les élytres en faisant le clown, tandis que, Gentille la guêpe, survolait les lieux en vrombissant bruyamment.

 

Le résultat de tout cet appareil fut qu’Yvonne, affolée, se mit à pousser des cris de gorets qu’on assassine et j’eu bien du mal à lui faire comprendre que tout ça était du domaine de l’imaginaire.

 

- Venez voir, c’est dingue par ici, criait, du bout de l’étang, Gentille, la guêpe, les pattes antérieures en porte-voix.

- On arrive, répondait Madoulet en soutenant galamment Yvonne, pas très rassurée.

- Terteufel, toi te fa noyé, grommelait la bonne voix de Gros bidon que je n’avais pas vu derrière moi et qui me soutint vigoureusement alors que je commençais à m’enfoncer dangereusement.

- En avant clamait Jim, bondissant à grands "flac et fracas" dans la mare pour rejoindre notre toute « Gentille » éclaireuse.

 

Le spectacle était était d’un grandiose à faire rêver le plus exigeant des bédéphiles : notre petit bois s’était transformé en la plus gigantesque et la plus exubérante des forêts équatoriales.

 

Les bras m’en tombent et le stylo itou : comment décrire cet époustouflant décor !

 

Des arbres immenses, étirant des lianes échevelées, avec des fleurs aux grands yeux, des papillons à grandes fleurs, des oiseaux de paradis dans des orchidées surréalistes, des colibris chatoyants enivrés jusqu’à l’extase, le bec plongé en paille dans la plus céleste limonade, des mousses délicatement fleuries, des cacatoès rêveurs et, au pied des grands arbres, un chemin miraculeusement tracé pour ouvrir une voie royale à nos explorateurs ébahis.

 

- Que c’est chouette, s’extasiait Jim en s’y engageant.

- Venez, Princesse en ce lieu digne de vous, disait Madoulet, en s’inclinant, la main sur le cœur, la bouche en fin d’oviducte de gallinacés ou cul de poule si on préfère, devant Yvonne, ravie.

 

Un rien jaloux, je ne pus m’empêcher de juger opportun de freiner le cours de l’histoire et donner un tour de vis aux emportements entreprenants de notre flibustier, ce qui donna ce qui suit :

 

- Viens petit Flique, me susurra, avec un petit signe gracieux, la petite servante aux beaux yeux que j’avais bien télécommandée, et qui me tendit la main en me lançant une œillade d’une telle ardeur qu’elle fit pâlir de jalousie notre Madoulet. Celui-ci ne put s’interdire une réflexion profonde sur la frivolité féminine.

 

Rigolard, le carabe doré, en bon copain, très amusé de l’incident, ne pouvait s’empêcher de se marrer dans ses palpes-labials qu’il camouflait de ses pattes antérieures innocemment croisées devant ses mandibules.

 

Jim, réfugié prudemment sur sa cavale octopode, ouvrait la marche, suivi de Madoulet, sabre au clair, très vite consolé de son échec galant.

 

Tels de preux explorateurs, nous pénétrâmes prudemment dans cet inconnu affriolant où nous découvrîmes un spectacle à couper le souffle du plus endurant des marathoniens.

 

Le tunnel de végétation laissait transparaître des combinaisons multicolores où les rayons du soleil se miraient dans de savantes réalisations (le bleu clair avait des reflets de ciels pâles et le rouge feu des accents de couchers du soir).

 

Dans cet univers exquis, des paradisiers flottaient doucement, la queue étalée en gracieux éventail. De-ci, de-là, des papillons aux ocelles délicats reposaient ou glissaient lentement en feuilles mortes.

 

Nous avancions en silence dans un univers ouaté, n’osant pas respirer, les yeux écarquillés et le ventre en boule. Madoulet, bouche bée, en avait perdu sa faconde, Belle des cloaques en serrait les pattes, Rigolard ne rigolait plus et Gros Bidon tremblait comme feuille par vent d’orage.

 

Mais ce qui nous attendait au bout du chemin dépasse tout entendement. Le « tunnel » débouchait sur un espace immense tant en surface qu’en hauteur, entouré d’arbres gigantesques qui tendaient sur le dessus des bras tentaculaires se rejoignant en forme de voûte.

 

Des orchidées multicolores s’éparpillaient partout en superbe tapisserie. Au centre, juché sur un trône de fleurs d’or, se trouvait un ara superbe, ailes ouvertes tel un emblème héraldique, tandis que d’autres plus petits l’entouraient alignés en rangs serrés en une exubérante cour princière haute en couleur.

 

Le maître des lieux, de ses ailes ouvertes en bras vêtus de capes orangées, nous fit un geste d’accueil lent et cérémonieux en nous invitant à approcher.

 

Madoulet, vite remis de ses émotions, jamais désarçonné et ayant retrouvé toute sa faconde et son à propos, entreprit de son chapeau à plumes un ample salut, de quoi faire crever de jalousie le plus courtois des gentilshommes.

 

- Salut à vous grand et magnifique seigneur à plumes, prononça-t-il solennellement, en s’inclinant jusqu’au sol. Nous vous apportons le bonjour des ombres de l’ombre.

- M’avez-vous apporté ce que j’attends de vous ? Répondit, ex-abrupto, le seigneur-oiseau.

 

Assez interloqué, Madoulet se tourna vers nous, mais nous étions tous perplexes, pas plus éclairés que lui. Aussi, notre porte-parole reprit, risquant un faux-fuyant habile :

 

- Nous n’avons pas eu l’autorisation de l’emporter, le Grand Concepteur ne nous l’a pas permis.

 

Le Grand Concepteur que j’étais, se sentant dans l’obligation de sortir notre ami de ce mauvais pas, s’approchant, lui glissa dans l’oreille : « Il veut la goutte tombale, mais c’est une chose impossible parce qu’on sortirait de l’invraisemblable ».

 

Madoulet, jamais à court d’idées, crut s’en sortir d’une entourloupette :

 

- Ô  Grand Ara, le plus grand parmi tous les aras, je me reprosterne devant ton auguste perchoir et te signale que la goutte tombale n’est disponible qu’en compte-gouttes sacré intransportable.

 

Le « Grand Ara » après avoir interrogé ses conseillers, répondit :

 

- Je décide de vous garder tous en otage jusqu’à ce que l’un d’entre-vous, que vous enverrez dans votre monde, ait trouvé le moyen de me ravitailler de ce précieux breuvage.

 

Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvâmes tous dans une très grande et magnifique cage de lianes savamment et artistiquement entrelacées où de délicieuses choses nous furent servies par de superbes aras en livrée rouge et queue-de-pie noire.

 

Peu disposés à demeurer dans cette cage dorée, nous tînmes conseil pour envisager une savante sortie qui tromperait nos geôliers si majestueux soient-ils.

 

A court de trouvailles, je n’imaginai rien de mieux que d’interrompre l’histoire en replongeant les vivants dans la banale réalité quotidienne tout en renvoyant la jolie servante à ses casseroles.

 

Majesté des ombres de feu

En pénombre de faux vert sombre,

Et majesté en ombres bleues

Dans des feuillages si bleus d’ombre.

 

Mais des oiseaux en fleur

Perchés sur fleurs d’oiseaux

Fleurissaient la senteur

Des fiers eucalyptus,

Berçant dans le ciel d’eau

De très grands papyrus.

 

Une autre et mémorable aventure fut celle qui eut pour cadre le verger-prairie du château qui se trouvait dans la partie du parc se situant derrière l’église et était en partie bordé par le chemin qui permettait aux châtelains d’accéder à leur chapelle.

 

Ce chemin empierré et bien entretenu qui donnait accès à la grande allée centrale de la propriété, fut l’un des principaux lieux de nos exploits où nous sévîmes avec ardeur et malice au grand désaveu de notre oncle curé.

 

Les arbres fruitiers du verger du Baron situés derrière l’église furent les évidentes victimes de nos nombreux maraudages et de plus étaient devenus un haut lieu d’acrobatiques escalades, les plus historiques d’entre-elles étant dotées d’un nom de baptême suffisamment évocateur.

 

Un arbre majestueux, trônant en plein centre, élevait ses grands bras vers tous les ciels. Son feuillage luisant bruissait perpétuellement d’un doux chant feutré qui lui donnait une allure de bon vieux barde.

 

Il était difficile à escalader et nous avions manqué plus d’une fois de nous rompre le cou. Aussi, l’appelions-nous respectueusement : « Le Dangereux Manitou ».

 

Il y avait aussi un grand prunier qui fut baptisé : « La Fausse Alerte » et voici pourquoi :

Notre oncle, le plus redoutable de nos surveillants, était devenu notre ennemi public numéro un. Nous suivions, dès lors, avec attention ses déplacements et absences, profitant de cette provisoire et relative liberté pour entreprendre certaines actions jugées répréhensibles par les adultes.

 

Ce jour-là, notre brave curé avait enfourché sa petite moto pour rendre visite à son collègue du village voisin. Yvonne, l’ayant surpris à en avertir ses sœurs, n’avait pas manqué de nous le rapporter.

 

Dès que nous entendîmes les pétarades de la moto s’éloigner par le sentier de la chapelle (c’était son chemin de prédilection), sans demander nos restes, nous nous précipitâmes au verger du Baron pour tenter une bonne maraude aux prunes.

 

Assez vertes, elles nous promettaient d’agréables coliques, ce dont nous n’avions cure, tant la manière et l’exploit avaient pour nous plus d’importance que la dégustation aussi laxative soit-elle.

 

Le caractère exploratoire de nos expéditions nous imposait une tentative de conquête du sommet de l’arbre. L’escalade ne fut pas facile, les branches cassaient ou pliaient sous nos poids.

 

Tant bien que mal, nous finîmes par trouver des postes d’observation confortables. Pit, très léger, s’était perché au plus haut, tandis que Jim et moi nous étions avantageusement installés dans des fourches près du tronc que le prunier nous avait aménagées tout exprès.

 

Nous allions examiner la cueillette-butin qui gonflait nos poches, quand soudain, ô grandissime stupeur ! la pétarade revint au grand galop de ses chevaux-vapeurs, lointaine d’abord, de plus en plus proche ensuite.

 

Il n’était pas question de descendre comme nous étions montés quelle qu’en ait été difficile l’ascension, aussi la panique fut telle qu’ignorant tout danger, nous tombâmes comme des fruits murs en bas du prunier interloqué.

 

Si nous ne nous rompîmes pas le cou, c’est que, et c’est bien connu, il existe un Bon Dieu pour les maraudeurs.

 

La chute fut suivie d’une galopade effrénée à travers un terrain inculte, plein d’orties, attenant au verger.


C’est, assis derrière un arc-boutant de l’église, tout en frottant nos jambes cuisantes de piqûres, que nous entendîmes avec désappointement la moto poursuivre son chemin, ayant mal localisé la pétarade qui, au lieu d’atteindre le presbytère, s’éloigna allègrement par la route qui longeait l’édifice religieux….  Et c’est ainsi que l’arbre fut baptisé : « La Fausse Alerte ».

 

J’hésite avant de raconter ce qui va suivre tant avec le recul du temps je me rends compte de notre inconscience et des risques graves qu’une de nos escapades a pu comporter.

 

Une gare desservait Vonêche et ses alentours. C’était plutôt une halte facultative sans employés, située en plein bois, quasi abandonnée et entourée d’un terrain-vague qui nous révélait des trésors inestimables.

 

Nous y découvrîmes entre autres une lampe-tempête pliable que nous équipâmes de bougies dérobées à la sacristie de l’église. Il restait, bien sûr, à trouver un lieu digne de son utilisation.

 

Nous tînmes conseil autour de l’engin et ce fut l’incorrigible Madoulet qui me glissa dans le tuyau de l’oreille une suggestion vicieuse au grand scandale d’Affable, effondrée : « Le grenier de l’église » ou plus exactement les combles.

 

J’en fis part aux autres, qui trouvèrent l’idée sensationnelle mais d’autant plus risquée que l’accès n’en paraissait pas des plus aisé. Il fallait y accéder par le jubé où s’époumonaient les chantres et l’organiste pendant les grands-messes dominicales.

 

Lors d’une expédition préparatoire, nous constatâmes qu’une trappe existait au-dessus du jubé et qu’elle donnait certainement accès au lieu présumé de nos futurs exploits.

 

Encore fallait-il y arriver ! Sans échelle : impossible ! Mais nous savions que dans le verger du « Dangereux Manitou », il y en avait une, assez grande, qu’utilisait le jardinier lors de ses cueillettes.

 

Nous trouvâmes un jour, pour nous mémorable, où le presbytère était vide de tous ses occupants, absents pour plusieurs heures. Bien organisés, nous passâmes à l’action avec une efficacité qu’envierait un peloton de para-commando. L’échelle en place, Pit, le plus audacieux ou le plus inconscient, se glissa par la trappe, lampe-tempête à la main.

 

Le toit nous révéla enfin ses affriolants dessous : le jubé était couvert d’un plancher sur poutres, nous assurant une aire confortable. Quant au reste, c’était pour nous le plus merveilleux des champs exploratoires.

 

Il y avait d’abord, l’envers d’un plafond fait de lattes entrecroisées, sur lesquelles un plâtrage avait été confectionné par d’habiles artisans, de manière à créer au-dessus des fidèles une voûte en berceau, peinte de motifs religieux, et ensuite au-dessus du chœur, l’envers caché d’un dôme bleu-ciel avec des anges en prière, qui avait pour mission d’aider notre oncle à plonger ses paroissiens dans un profond recueillement.

 

Lampe-tempête en avant, décidés à explorer cette « caverne » accidentée, dans laquelle nous n’avions pied que sur les poutrelles soutenant l’ensemble, nous progressions lentement dans la poussière, les toiles d’araignée et… les chauves-souris endormies.

 

Mais notre excitation était à son comble et je me promettais de remettre ça avec mes amis des rêves. Tout se passa relativement bien jusqu’au chœur et sa voûte bleue du ciel.

 

La progression était devenue très difficile. Imaginez un dôme fait de torchis astucieusement soutenus par des poutrelles légères et trois garnements qui évoluent là-dedans et là-dessus, précédés d’une dangereuse lanterne allumée qui ne demande qu’à « foutre » le feu à tout le bazar.

 

Heureusement, ce ne fut pas ce qui arriva. Cependant, on n’en fut pas loin. Pit, notre valeureux éclaireur (à double titre), rata une poutrelle et transperça d’un pied enfoncé jusqu’à la garde ou la cuisse si vous voulez, l’œil d’un ange qui n’en est pas encore revenu. Si vous passez par-là, ne manquez surtout pas ce spectacle d’un ange qui a perdu la tête.

 

Si nous ne provoquâmes pas de catastrophe, c’est qu’il y a un Dieu pour des gredins de notre espèce ; car Pit, dans sa trouée céleste, avait lâché sa lanterne qui, sur le flanc, commençait à se noircir dangereusement.

 

Jim, heureusement, la rattrapa en dégringolant, au risque d’une seconde atteinte à la virginité du ciel bleu, tandis que j’harponnais le frérot pour l’empêcher de descendre comme le Saint-Esprit sur l’autel.

Quand, plus tard, très adultes et hors de danger, nous avons raconté la chose au Tonton, il nous a regardés, incrédule, et je pense bien qu’il ne nous a jamais crus.

 

Vous en voulez une autre de « gredinerie » ? En voici une qui, moins lourde de conséquence, n’en était pas moins « rosse », dans l’intention en tous cas, car j’ai des doutes maintenant sur la valeur des résultats de la « recette ».

 

Je ne sais où j’avais lu ou entendu que la cendre de bouchon brûlé mêlée à la nourriture provoquait d’incroyables coliques que seul un dégagement par la voie intestinale la plus courte pouvait soulager qu’il soit malodorant, bruyant ou non.

 

Avec la complicité d’Yvonne, d’innocents bouchons qui avaient pavoisé au goulot de célèbres bouteilles pour la gloire des tables de l’oncle, furent transformés en infâmes résidus carbonisés, tout prêts à convertir les intestins de leurs hôtes en boyaux convulsés.

 

Nos victimes étaient toutes bien rangées autour d’une grande table dans la salle à manger que l’oncle n’ouvrait qu’aux grandes occasions.

 

Excusez du choix, c’était un grand jour. L’oncle et ses sœurs recevaient Monsieur le Baron et Madame la Baronne accompagnés de leur fils aîné et de son épouse, aussi baron et baronne qu’eux, par la grâce de la filiation et du mariage.

 

Le tonton et ses sœurs, très en affaires, le petit doigt relevé, pinçant lèvres et français, s’efforçaient de donner à la réception tout l’éclat que méritaient à leurs yeux de tels convives.

 

Nous n’en n’eûmes cure, que du contraire, plus le statut des victimes était élevé et plus l’action serait mémorable et digne de figurer dans nos meilleures annales (le calembour n’étant pas voulu).

 

Nous ne pûmes profiter des retombées de l’affaire tant les convives furent discrets sur leurs comportements intestinaux, à moins que les cendres de bouchon n’eurent pas l’effet gazéifiant espéré.

 

Vicieux jusqu’au bout, nous ne nous n’en tînmes pas qu’à cela. La maman de Jim qui se targuait de talents culinaires hors du commun, avait préparé un consommé qui devait laisser dans la mémoire des commensaux de l’oncle un souvenir impérissable. Et, je crois que ce fut ce qui arriva, mais pas du tout dans le sens attendu par la pauvre tante.

 

Très en verve, sans nous préoccuper du boycott inconscient de la réception et même de la malveillance irréfléchie de nos actes, nous profitâmes de l’absence d’Yvonne en plein service, pour vider toute une salière dans un consommé qui en perdit tant le nom que la réputation.

 

Il faut dire que, par la suite, réalisant l’ampleur de nos méfaits et leurs conséquences, nous nous tînmes cois et afin d’écarter tous soupçons, nous nous réfugiâmes dans le plus candide jeu de société, auréolés d’innocence et de sainteté tels des personnages de pieuses icônes.

 

Ô, Gouleyant potage,

Grand pardon de l’outrage

Que les mains peu chastes,

Autant qu’iconoclastes

De fripons garnements

Ont versé doucement,

Trahissant le cuistot

Qui n’en a pas dit mot.

 

Notre oncle, soucieux de renvoyer à la ville affamée ses neveux bien gavés et engraissés telles des oies périgourdines, nous imposait une sieste qui nous semblait si longue, si longue et si ennuyeuse.

 

Par beau temps, cette récupération pondérale par valorisation des fonctions digestives avait lieu dans la prairie bordant le flanc droit de l’église, le châtelain l’ayant donnée à la paroisse lorsqu’il fit construire la bibliothèque transformable en salle de réunion.

 

Il va sans dire que ce flanc droit de l’église et son toit d’ardoises que nous contemplions pendant la sieste, les yeux mi-clos, faussement fermés pour mieux donner le change, faisaient l’objet d’obsessionnels projets aussi farfelus que saugrenus qui n’attendaient pour leur réalisation qu’une défaillance de nos si confiants surveillants.

 

Ce qui ne tarda guère, l’oncle était loin et les sœurs papotaient au village. Nous repérâmes pendant nos digestions l’échelle du jardinier qui se prélassait langoureusement dans le verger, toute tentante et concupiscente.

C’était de trop pour nos si fragiles vertus qui succombèrent bien vite à pareille tentation. Relevée prestement et traînée à pied d’œuvre, la pauvre subit la pleine charge de nos six petites guiboles pressées d’escalader le versant du toit d’ardoises lesquelles étaient retenues par des pointes de cuivre repliées. (Cette précision est importante pour la suite de l’histoire et un fond de pantalon).

 

La grimpette sur le versant du transept était très amusante bien que périlleuse, certaines ardoises, interdites et scandalisées de pareils outrages, se défilaient sous nos pieds au risque de nous entraîner dans une dangereuse glissade de quoi nous rompre le cou.

 

Une fois de plus, ce fut l’inénarrable pétarade qui interrompit les dommages que subissait la pauvre toiture, précipitant les trois gredins après une incroyable dégringolade dans les bas côtés, heureusement matelassés d’un foin de ronces et d’orties dont le jardinier se débarrassait régulièrement.

 

C’est assez piteux et tremblants que réfugiés dans une de nos caches, nous fîmes un inventaire post-opérationem.

 

Nos bras et nos jambes étaient griffés de ronces et brûlants d’orties, c’était douloureux, mais pas trop grave pour la confrontation familiale que nous allions subir au repas du soir.

 

Mais ce qui l’était davantage c’est que Pit, dans la dégringolade effectuée sur le derrière, s’était arraché le fond du pantalon jusqu’aux fesses qu’il tentait maintenant de camoufler pudiquement.

 

Il nous sembla que la seule chose qui nous restait à faire était de réparer tant bien que mal les dégâts, au moins pour sauver l’honneur du frérot et lui éviter une apparition aussi indécente que ridicule.

 

Prévoyants, nous avions dans les trésors de nos caches fil et aiguilles prêts à secourir des vêtements agressés ou molestés au cours des violences endurées au contact de troncs rugueux et autres supports que nos bras et nos jambes étreignaient fougueusement.

 

Scène inoubliable digne du meilleur Goya : Pit avait les deux mains et les deux pieds plaqués au sol, le postérieur en arc de cercle, tandis que Jim, l’aiguille en l’air au bout d’un long fil, tentait l’impossible pour réparer les dégâts.

De concentration, il s’en mordait la langue tandis que je maintenais et tendais les morceaux de culotte afin d’en faciliter la restauration.

 

Ce soir-là, à table, la confrontation avec nos autorités fut dure d’autant plus que notre oncle était au courant de tout : le jardinier qui nous avait vus lui avait tout rapporté.

 

La sanction fut à la mesure du méfait : outre la torture des blessures et piqûres rongeant bras et jambes qu’il nous fallait endurer sans y toucher, nous fûmes condamnés à une après-midi de devoirs dans la bibliothèque sous la surveillance du Tonton qui lisait son bréviaire.

 

Gredins polissons

Pourtant si grands cœurs

Et âmes en fleurs,

D’astucieux garçons,

 

Pour un oncle aux abois,

Vous courez champs et bois.

 

Vous volez dans la tourmente

Comme de petits oiseaux preux

Et vos jambes sont tremblantes,

Vous avez les pieds en feu.

Allez donc dans vos alpages

Etreindre vos grands nuages

 

Qui s’étalent toujours tout blanc

Dans la montagne, dans ses flancs.

 

Les âmes des poissons tristes

Qui hantent vos nuits d’enfant

Se trouvent en scène ou en piste

Pour troubler vos firmaments.

 

Allez, pinsons moqueurs,

Qui chantez bruyamment

Leurs transes, leurs tourments.

Allez calmer leurs peurs !

 

°°°°°

{4.3} Après le décès de l’oncle en 1973, °voir page (25)-26-° son presbytère à Vonêche fut maltraité par ses successeurs et héritiers qui pour récupérer les meubles vidèrent sans vergogne leur contenu sur le sol, ce qui nous scandalisa au plus haut point, nous qui avions la plus grande considération pour ses écrits, son bureau, sa bibliothèque et ses disques de belle musique.

 

A genoux sur le sol de son bureau, nous avons récupéré ce qui pouvait encore l’être. Les livres avaient disparu, ses fardes, ses cahiers gisaient épars, souillés par l’irrespect d’on ne sait quels inconscients.

 

Outre les nombreux écrits de mon oncle et ses souvenirs, on foulait aux pieds scandaleusement l’histoire et les souvenirs souvent plus que centenaires de notre famille.

 

Les « neveux du curé », vedettes de ce chapitre, irrévérencieux et peu tendre envers le censeur de leurs gamineries, voudront par la voix de leur unique survivant, rétablir une vérité quant à la grandeur d’un personnage hors du commun.

 

Maintenant que nous nous sommes souvent penchés sur ces « archives », mon épouse qui lui a toujours voué une admiration sans borne ainsi que moi-même, voulons lui donner la place de choix qu’il mérite dans ce livre afin de révéler à nos lecteurs ce qu’il fut au travers d’une époque tellement dure pour ceux qui ont enduré deux guerres atroces et les crises qui s’en- suivirent.

 

En feuilletant son premier album de photos, nous l’avons découvert, jeune prêtre, ordonné à Tours où il s’était réfugié avec sa famille dès 1914 pour fuir l’invasion allemande.

 

Après son ordination en 1916, il fut brancardier à la 11ème compagnie du 18ème régiment de Ligne, après avoir rejoint l’étroit front belge de l’Yser et ses héroïques combattants.

 

A l’armistice, le 11 novembre 1918, au lieu de se réjouir et de fêter avec sa famille la fin de cette horrible guerre qui coûta la vie à plus de 9 millions de personnes et fit plus de 23 millions de blessés, il pleurait avec les siens la mort de son frère Joseph abattu quarante et un jours plus tôt par des balles allemandes sur la route de Zarren à Werkem à quelques kilomètres de Dixmude. Cet officier valeureux, réformé parce que borgne, avait pourtant obtenu de la reine Élisabeth la dispense nécessaire pour rejoindre le front où il y trouva la mort.

 

Dès la fin de la guerre, notre oncle fut vicaire à Ciney de 1915 à 1929. Il se dévoua beaucoup à l’organisation d’une amicale de gymnastique d’une centaine d’athlètes qui se produisaient régulièrement dans la région. Mon père et son frère en firent partie et c’est ainsi que mon père connut la sœur du vicaire et que leur idylle, qui aboutira au mariage, commença.

 

De 1929 à 1972, il assuma la charge de curé de Vonêche, un petit village aux portes des Ardennes, célèbre dans le passé par sa cristallerie, créée sous Napoléon 1er et fermée à la chute de l’Empire. Ses directeurs Kemelin et Lelièvre iront alors créer les réputées cristalleries du Val-Saint-Lambert à Seraing et un autre dirigeant, D’Artigues, fondera celle de Baccarat en France.

 

Le 1er août 1971, le village tout entier, mené par le Baron d’Huart, bourgmestre, châtelain, propriétaire du château et de la plupart des terres de la région, lui rendit un vibrant hommage pour ses 42 ans de dévouement et d’action auprès de tous. Nous détenons un superbe livre-souvenir, relié cuir, retraçant les principaux faits de sa carrière, signé par tout le village avec les photos des principales maisons.

 

{4.4} Du 29 novembre 1932 au 3 janvier 1933, il fut un témoin privilégié des apparitions de la Vierge à Beauraing, petite ville voisine de son village.

 

Cet événement marqua profondément la vie religieuse de la Belgique et même de certains pays voisins. Il s’inscrivait dans un contexte particulier de foi mariale (culte de la vierge Marie) qui s’était développé en France et dans les pays latins.

 

Avec l’honnêteté qui le caractérise, il rédigea dans un grand registre, ayant pour titre : « Les apparitions de Beauraing – Journal d’un témoin », un manuscrit de 35 pages relatant les faits dont il fut un témoin privilégié ainsi que le témoignage de diverses personnalités de la région dignes de foi.

 

En première page d’introduction, il avertit bien modestement ceci : « Que valent ces pages ? Je l’ignore. Elles n’ont d’autre prétention que d’être le témoignage sincère et aussi objectif que possible d’un prêtre qui depuis les événements de Beauraing n’a rien négligé pour chercher la vérité ».

 

Vonêche, le village de notre oncle-curé, n’est qu’à quelques kilomètre de Beauraing, le lieu des apparitions. Deux des voyants furent ses paroissiennes avant qu’elles n’y déménagent, en mai 1932, à la suite du décès de leur père quelques mois avant les faits.

 

Notre oncle connaissait plus particulièrement la plus grande, Andrée Degeimbre, à qui, dès son affectation à Vônèche, il avait enseigné le catéchisme préparatoire à la communion solennelle et à la confirmation (passage des chrétiens dans le monde des adultes croyants). Il trouvait cette petite paroissienne très sage, attentive et modeste, incapable de mentir. Il était formel, cette adolescente de 15 ans au moment des faits n’avait rien inventé, elle avait vu ce qu’elle racontait.

 

Sa sœur Gilberte qui avait 9 ans à cette époque, fit sa communion privée -première manducation, vers 6/7 ans, de l’hostie consacrée considérée comme étant le corps du Christ - dans la paroisse de notre oncle. Ce fut elle que celui-ci interrogea la première quelques jours après les faits et qui fit sur lui la meilleure impression, à tel point qu’il fut convaincu de sa sincérité et ne put s’empêcher d’en faire part à son supérieur, le Doyen.

 

Madame Degeimbre, la maman des deux enfants, était une fermière bien équilibrée qui mit beaucoup de temps à ajouter foi aux histoires de ses enfants. Elle fut même très dure avec eux, redoutant le ridicule et les punissant rudement avec interdiction d’aller au lieu des apparitions.

 

Les trois autres de la famille Voisin, Fernande âgée de 15 ans au moment des « visions », terme souvent employé par notre oncle, Gilberte, 13 ans alors et Albert, un garçon âgé de 11 ans à cette époque, eurent l’avantage d’être très vite crus par leurs parents.

 

Le papa Voisin, employé aux chemins de fer, allait habituellement rechercher sa fille au pensionnat. De garde ce soir-là, le 29 novembre 1932, vers 18 heures, il envoya ses deux enfants, Fernande et Albert, rechercher leur sœur Gilberte. Chemin faisant,, ils rencontrèrent les deux enfants Degeimbre, anciens voisins qu’ils connaissaient bien.

 

La joyeuse bande ne manqua pas quelques gredineries telle celle de sonner aux portes avant d’atteindre le pensionnat des sœurs. Ce fut le garçon de 11 ans qui, après avoir actionné la sonnette de la porte d’entrée du pensionnat et se retournant, aperçut dans la nuit une forme lumineuse qui se déplaçait sur le pont du chemin de fer bordant l’établissement.

Les autres, incrédules d’abord, voient aussi ce qu’ils prennent pour la Vierge de Lourdes dont la statue se trouve dans une grotte artificielle située juste en dessous et qui se serait déplacée.

 

Ils le signalent à la sœur qui est venue leur ouvrir, mais qui n’en croit rien tout en allant chercher la petite Gilberte qui, bien qu’ignorante de ce qui vient de se passer, aperçoit aussi une forme en mouvement sur le pont. Effrayés, les enfants se sauvent.

 

Dès le jeudi 1er décembre, sur les conseils de Madame Voisin, les enfants récitent des « ave Maria » (courte prière invoquant la Sainte Vierge) pendant toute la durée des « apparitions ». La dame reviendra les trois jours suivants ; cependant, ce ne sera qu’à partir du quatrième, le 2 décembre, qu’elle leur parlera.

 

La dame se montra 33 fois de fin novembre de 1929 à janvier 1930 en leur révélant qu’elle était la mère de Dieu, la reine des cieux.

 

A sa dernière apparition, le 3 janvier, elle eut une parole et un secret pour chacun en particulier. Notre oncle et son beau-frère, l’instituteur de Mesnil-Eglise, attendaient leur retour du lieu des apparitions chez la famille Degeimbre.

 

Ils reçurent des précisions sur ce que la « Dame » leur avait confié, mais aucun ne voulut leur révéler quoi que ce soit de ce qu’il leur avait été dit sous la forme du secret.

 

Les seuls éléments que mes oncles purent rapporter de cet entretien furent pour Andrée Degeimbre, que la « Dame » lui avait précisé qu’elle était la mère de Dieu, la reine des cieux, ainsi que cette recommandation : « Priez toujours » ; pour Gilberte Degeimbre : « Il y a entre nous deux un secret que vous ne pouvez pas dire, adieu » ; pour Gilberte Voisin : « Je convertirai les pécheurs », tandis qu’Albert Voisin confia qu’en dehors du secret il y avait autre chose qu’il ne pensait pas pouvoir révéler.

 

Enfin, Fernande Voisin l’aînée, bénéficiera d’une solennité plus grande de sa vision qui sera accompagnée d’un coup de tonnerre et d’une boule de feu de laquelle la dame surgira. Celle-ci lui demandera alors : « Aimez-vous mon fils ? » à sa réponse affirmative, elle continuera : « M’aimez-vous aussi ? », « oui », à la suite de quoi la vision ajoutera : « Sacrifiez-vous pour moi, adieu ».

De la relation écrite de l’oncle, j’ai relevé les choses troublantes suivantes :

 

- Les enfants (ils sont cinq) ont une vue simultanée de la vision. Tous les témoins sont unanimes à dire qu’ils tombent brutalement, sans blessures apparentes aux genoux, dès que l’événement se produit. Cependant, sur la fin des apparitions, il y aura quelques cas de non-simultanéité de la part de l’un ou l’autre voyant.

- Après quelques apparitions, on a séparé les enfants par des adultes de manière à ce qu’ils ne puissent communiquer entre eux.

- Ils racontent la même chose avec les mêmes détails (à peu de choses près). Ils parlent tous de rayons partant de la tête, de reflets bleus sur une robe blanche, d’un voile qui couvre la tête jusqu’aux épaules et du bas de la vision dans une sorte de petit nuage. Ils semblent satisfaits de la statue qui la reproduit suivant leur description.

- Les enfants (si on peut dire, n’oublions pas qu’il y a une adolescente de 15 ans et une autre de 14 et demi ) ne semblent nullement troublés par ces événements et l’importance que le public et les médias leur ont donnée. Ils restent très simples et ne cherchent pas à s’en glorifier.

- Des médecins ont constaté que les enfants ne réagissaient pas à la brûlure d’une allumette allumée sous leurs mains, ni à de légers coups de canif dans le visage. L’éblouissement d’une lampe de poche allumée dans leurs yeux ne les fait pas ciller.

- La vision ne semble pas intérieure. Lors des premières apparitions, Madame Degeimbre voulant fouiller les buissons a eu ce reproche d’un des enfants  : « Maman, tu marches dessus ».

- Les parents furent très durs dans les premiers temps. Principalement, Madame Degeimbre qui agira sévèrement avec son aînée jusqu’à la punir physiquement en la laissant dans le froid pour lui faire renoncer à « ses histoires ».

- Avec le recul d’à peu près trois-quarts de siècle qui nous sépare des faits, nous connaissons le passé des voyants qui n’a cependant pas été marqué par une vie religieuse exceptionnelle. Ils ont tous fondé un foyer, exercé une profession modeste bien qu’honorable et n’ont tiré aucun avantage matériel de l’événement.

 

Ces événements eurent un retentissement énorme dans le pays, des foules considérables se pressèrent dans la petite bourgade, jusqu’à 25 à 30.000 le dernier jour. Le clergé belge, en la personne de Monseigneur Charue, Évêque de Namur, autorisera le culte le 2 février 1943 et reconnaîtra l’authenticité des faits le 2 juillet 1949. Deux guérisons ont été admises comme miraculeuses par des médecins, aucune explication scientifique n’ayant pu être avancée.

 

Je suis convaincu de l’honnêteté scrupuleuse de l’oncle de Vonêche, ce qui est écrit dans son grand registre est l’exacte relation de ce qu’il a vu et entendu. Il a pris avis des personnages les plus autorisés qu’il a pu fréquenter, qu’ils soient croyants ou agnostiques, qu’ils appartiennent au monde médical ou de la science.

 

Quant à moi, étant donné le très grand respect et l’admiration que j’ai pour sa foi, son existence exemplaire de prêtre et sa grande intelligence, je réserve mes commentaires sur cet événement pour les pages 16 et suivantes du chapitre 25 de mon livre intitulé : « Richesse et pouvoir du milieu ». J’y renvoie le lecteur intéressé par le problème.

 

Mais je tiens surtout à révéler avec la plus délicate discrétion possible la richesse du cœur et de l’esprit que nous avons découverte à la lecture des écrits littéraires et du livre d’heures de cet homme profond qui marqua notre vie.

 

C’est avec la plus grande considération que nous avons religieusement tourné les pages de son livre d’heures, celui que j’ai toujours vu sur son bureau ou sur sa table de chevet, qui contenait pour chaque jour de courtes oraisons et sujets de méditations.

 

Nous en avons relevé quelques passages, particulièrement mis en exergue par lui, révélateur de sa grande âme et de son noble cœur. En voici quelques-uns des plus édifiants :

 

- Savoir se taire, c’est savoir exister…

- Parfois, on est tellement préoccupé de développer dans les âmes la peur du mal qu’on oublie de développer le culte des merveilles de notre foi.

- Les prêtres sont des hommes entourés d’obstacles…

- Assurer la pureté du cœur, quel magnifique résultat…

- L’élévation surnaturelle n’est pas une doctrine en passant, un dogme à côté de plusieurs autres, c’est le point central autour duquel tout vient cristalliser…

- Il faut que la considération des vérités devienne l’occupation habituelle, et donc qu’une certaine pratique du recueillement soit passée en habitude…

- C’est une responsabilité formidable : des âmes sont accrochées à ma personne, à ma parole…

- Réfléchis à l’effroyable malheur d’une déchéance sacerdotale….

- C’est sur ce Maître du silence (Dieu) que ma parole doit s’appuyer… Être d’abord quelqu’un de silencieux pour être ensuite persuasif… convaincant…

- Gémir… inutile, Agir, et me changer, moi tout le premier…

- Pour faire du bien, avant tout ne pas faire du mal…

 

C’était aussi un authentique poète, nous gardons sous la main son carnet-recueil de poésie pour le consulter de temps à autre.

 

Le poème qui suit fut écrit le 17 juin 1941, après un an de guerre, de misères, d’angoisse et de doute quant à l’avenir de notre civilisation. Agrippé à sa foi, il écoute la cloche pleurer les morts et se tourne vers son Dieu qu’il appelle en réconfort de sa solitude.

 

A L’OMBRE DE MON CLOCHER.

 

Dans le ciel resplendit un beau soleil de juin

Qui dilate le cœur et égare la nature.

Sous la brise d’ouest frissonnent les ramures,

On entend les oiseaux qui ramagent sans fin.

 

Dans le parc du château, la machine faucheuse

Fait grincer sous l’herbe sa lame d’acier,

Bientôt dans un cadre rustique et printanier

On verra des faneurs la bande tapageuse.

 

Voici que tinte au loin la cloche au son d’argent,

Elle sonne le glas car sa voix est plaintive,

Pour l’office des morts, puisque l’heure est tardive :

Elle invite au silence et au recueillement,

 

Tandis que mon église en sa verte parure

Majestueusement émerge du coteau

Et semble par sa tour où nichent les oiseaux

Montrer d’un doigt géant l’Auteur de la nature.

Soyez béni, Seigneur, d’apporter à notre âme

Au milieu des ennuis et des cruels tourments

Suscités par la guerre et par les errements

Des hommes, vrais suppôts, d’un Lucifer infâme

 

Quelque joie profonde qu’on ne trouve qu’en vous

Et dans vos œuvres qui proclament aux humains

Et la splendeur et la puissance de vos mains

Comme aussi vos bontés, vos tendresses pour nous

 

Que notre âme quittant l’humaine servitude,

Où la retient le corps et l’entravent les sens,

S’élève vers son Dieu avec de purs accents :

Doux écho de la Foi et de la Solitude.

 

°°°°°

Bon vivant pourtant, il aimait les bons plats et les vins fins et se plaisait à composer des acrostiches qu’il récitait en fin de repas au grand amusement de ses convives.

 

REMERCIEMENTS AU BARON THIERRY d’HUART

Avril 1950

 

Béni soit l’adroit chasseur

Et très heureux fut le pasteur

Car, une fois en sa vie

A sa table fut servie

Sur un plat bien garni :

Sauce et six croûtons exquis,

Elle…., la dive bécasse.

 

 

Dans le livre-souvenir que la commune de Vonèche lui remit lors de la journée festive qui devait célébrer ses quarante-deux ans de curé de la paroisse, figurait en bonne place un très beau poème sur Botassart, coin des bois où il aimait se détendre et se recueillir, surplombant une petite vallée, surnommée « Le Tombeau du Géant ».

 

BOTASSART

 

Dans la brume du soir, la vallée s’endort.

Le tombeau du géant comme un grand champ de morts

Découvre à mes regards ses ombres vaporeuses

Qu’enlace la Semois d’ondes silencieuses.

 

Dans les fermes du Val, le bétail est rentré ;

Seul passe près de moi un vieux coq attardé.

Le vent ne souffle pas, la nature est muette

Le moindre passereau nulle part ne volette.

 

Je regarde, charmé, les bois au ton vermeil

Que baise, en se couchant, un rayon de soleil.

Du clocher du hameau en pieuses cadences

Le chant de l’angélus dans l’espace s’élance.

Dans ce calme si pur qu’il me fait presque mal,

Je sens vibrer en moi les accents du métal

Et du fond de mon cœur, je prie la madone

D’y graver pour toujours, cette image d’automne.

 

Vonêche, le 21 octobre 1950.

 

 

°°°°°°