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29/12/2009

Ch. 9 - George (sans s) et le petit frère (soixante ans d'amitié)Soixante ans d'amitié

&

 

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances.

 

---------

 

Propos d'un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

 

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } mentionnés en début de chapitre.

 


AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis  de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

Chap. 9 - GEORGE(sans s) et le PETIT FRERE.

 

REPÈRES DU CHAPITRE 9 {9.1et 9.3} Mes deux vrais amis - Plus malade que moi, ils me communiquent leur idéal et leur joie de vivre - Je leur resterai attaché jusqu’à leur dernier jour (ils atteindront tous les deux quatre-vingt cinq ans) - {9.2} Nos rêves de maison pour jeunes handicapés et nos réalisations de troupes scoutes dans une maison d’infirmes voisines dès que nous fûmes suffisamment valides - {3} Le « petit frère » un autre ami fidèle, convers spiritain, secrétaire de leur maison de Fribourg en Suisse, qui faisait partie de notre groupe avec lequel j’ai correspondu régulièrement pendant soixante ans - {9.4} George crée avec nous une troupe itinérante qui produit scénettes et jeux théâtraux que je prolonge dans l’imaginaire.

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier du blog.)

 

{9.1} Il est grand et mince, il a des yeux et des lèvres qui sourient, légèrement ironiques. Asthmatique, il a la respiration courte et marche lentement avec une majesté de prince.

 

Il parle vite par courtes phrases incisives, souvent teintées d’humour. Il est bavard, mais le sait et se corrige, abandonne la place à son interlocuteur en lui disant « raconte » ; il encourage, il console, il distribue l’amitié à cœur ouvert.

 

Son grand corps maigre est l’esclave de ses projets : sa vitalité se trouve en porte à faux de son physique.

 

Il dévore la vie, frôle la mort qu’il nargue à grands pieds de nez. Il bouillonne de projets qu’il réalise toujours. Meneur, il prend la tête.

 

Il écrit son prénom George sans s (il n’est pas du tout anglophile, mais à sa naissance il a été repris ainsi à l’état civil, à la suite d’un séjour de sa famille en Angleterre.)

 

Voilà mal dépeint celui que j’avais été accueillir, ce jour-là, au funiculaire. On m’avait demandé de remplacer le frère Eligius, occupé, qui se chargerait par la suite d’acheminer ses bagages.

 

Nous marchions lentement, il faisait beau et agréable et la nature sifflotait gentiment.

 

Il m’a tout de suite convenu, parce que j’avais besoin de mon Grand Meaulnes. Poète, il me disait de belles choses : j’avais dix-sept ans et l’âme du potache.

 

Un ciel bleu sec et dur se ciselait autour des crêtes. Des nuages de blanc battu en neige s’étiraient longuement sur les flancs de la montagne, comme le ferait une chatte étendue au soleil.

 

- Tu as vu, me glissa-t-il malicieusement, la montagne fait le gros dos au soleil.

- C’est un endroit merveilleux, ai-je continué, il faut s’en mettre plein les yeux.

- Voyeur, a-t-il rétorqué, en éclatant de rire.

 

Un peu surpris, je n’eus pas la répartie voulue. Timide à l’époque, je perdais facilement mes moyens, sachant que ma réaction viendrait à contre-temps.

 

J’appris qu’il habitait Bruxelles comme moi et qu’il faisait aussi du scoutisme en tant que dirigeant. Il me demanda :

 

- Est-ce qu’il y a des jeunes comme toi dans l’établissement, on pourrait créer une activité scoute ?

- Je suis le plus jeune mais je pense qu’on pourrait intéresser mes amis, Jean et Pol.

 

Ce projet fut concrétisé dès que George fut physiquement en état de le faire, ainsi que je le raconterai plus loin.

 

Le hasard faisant bien les choses, il se retrouva dans la même chambre de quatre que moi. Après la mort de Dolph, on nous avait, Pol et moi, très humainement changés de chambre.

 

George, cependant, n’y resta pas bien longtemps. Un matin, je le vis verdir, se lever et gagner en titubant un lavabo en faïence mis à notre disposition en face de nos lits.

 

Je me précipitai pour le soutenir : il vomissait du sang à grands flots. C’était ce qui s’appelait dans le milieu une hémoptysie (rupture d’une veine pulmonaire endommagée).

 

On le transféra de suite en chambre seule, au même étage, pas bien loin de moi ce qui nous permettait de nous retrouver tant qu’il nous plaisait.

 

Merci au bon mais toujours austère Père Cournol (que George qui n’en ratait pas une, transformait irrévérencieusement en « couille molle », sans aucune certitude quant à la vérité anatomique de la chose, bien entendu) qui ferma toujours les yeux sur mes nombreuses entorses aux règles de discipline de la maison.

 

C’est ainsi que débuta une amitié de plus d’un demi-siècle qui dure toujours. George, souvent entre la vie et la mort, vit avec des bouteilles d’oxygène, défie le destin, fait des projets et les réalise, aide avec son épouse des jeunes désemparés et les sauve.

 

Dans sa chambre de malade, nous créâmes un nouvel univers pour les hommes. Nous divaguions, … imaginions, échafaudions des projets généreux pour les jeunes.

 

Nous y refaisions le monde en l’idéalisant, en y mettant le merveilleux qui lui manquera toujours. Nous réalisâmes en projet et en rêve un château pour y accueillir ceux qui étaient en difficulté, des jeunes surtout.

 

C’est lui qui m’entrouvrit des jardins que je ne connaissais pas où la littérature, l’art et la poésie ont des rythmes qui enchantent et font rêver un jeune garçon de dix-sept ans.

 

Il me fit découvrir les classiques autrement et nous nous compromîmes avec les inquiétants Verlaine, Baudelaire et autres Rimbaud.

 

Cependant, marqués par notre éducation pudibonde et nos projets sacerdotaux, nous abordions les passages scabreux avec le frisson troublant de pénétrer dans des domaines envoûtants mais défendus.

 

Il me parlait de son ami Charles Moeller, poète-philosophe qui l’avait fait tomber sous le charme des poèmes de Luc Lialine, Maurice Carême, Jacques Soenens…et de tant d’autres qui se réunissaient à Bruxelles avec lui, peu après la guerre.

 

J’étais fou de poésie que George disait ou me lisait si bien. Je dévorais tous les livres qu’il me passait (sa mère lui en avait envoyé une petite malle ainsi que son agrandisseur de photos) et nous en parlions en rêvant longuement.

 

Un imposant père parisien, pensionnaire comme nous, me donnait des cours de français et de littérature.

 

< span xml:lang="FR" lang="FR">Il m’appelait « cornichon » en riant grassement, mais je n’étais pas fort intéressé par ses « morceaux choisis » peu affriolants. Je préférais la littérature audacieuse tant par la forme que par le fond que je découvrais avec George.

 

Nous passions des soirées et même des nuits merveilleuses à écouter chanter les mots, à dire de jolies choses.

 

Je m’installais sur sa chaise longue de terrasse, tandis que lui se calait dans des oreillers et nous avions devant nous le spectacle grandiose de la vallée. Mon âme de jeune potache planait dans les nuages.

 

George était surtout altruiste et très empreint d’idéal chrétien, d’oubli de soi et du souci du bonheur des autres. Il aurait aimé me faire partager son idéal, mais déjà confronté à des débats métaphysiques intérieurs, je le suivais difficilement mais ne voulais absolument pas lui en révéler la raison.

 

Il débordait de projets qu’il me faisait partager. J’étais emballé et prêt à le suivre dans les étoiles. C’est ainsi que nous passâmes des heures et des jours à créer notre « château » pour tous les malheureux de la terre. Nous l’avions baptisé « Moulinsart » (pardon, Hergé).

 

Dans le rêve, j’étais bien à mon affaire et, poussé par George, je modifiai ma technique : fini les êtres abracadabrants, les personnages bizarres, place aux copains-collaborateurs qui nous aideraient à réaliser les plus grandes choses.

 

Henri-Georges, par exemple, qui était étudiant en médecine et qu’on appelait « Doc » était le toubib tout trouvé pour nos nombreux malades et infirmes.

 

Jean et Pol, bien sûr, seraient de la partie et même l’indispensable et dévoué frère Eligius pour l’intendance. Quant au reste et suivant notre fantaisie et nos besoins, nous n’avions qu’à puiser autour de nous.

 

En dédoublement, ça donnait à peu près ceci :

 

« Moulinsart » était un vieux château pittoresque avec des couloirs de contes de fée et de belles salles gothiques dans lesquelles des vitraux jouaient avec le soleil partout et toujours.

 

Nous y avions établi notre salle d’état-major dans une grande rotonde qui dominait l’allée d’accès au château. George y trônait dans son vieux fauteuil de cuir repoussé et sa table de chêne, mobilier qui lui convenait si bien. (C’était celui que je retrouvais quand, revenu à Bruxelles, j’allais chez lui).

 

Voici l’aventure étonnante que j’avais imaginée dans ce cadre idyllique :

 

« Moulinsart » était complet et nous avions fort à faire. Le château bourdonnait comme une ruche et tout tournait idéalement. George était partout et je faisais de mon mieux pour le seconder.

 

Henri-Georges, le toubib, « Doc » pour faire plus court, cherchait à soulager et soigner tout ce misérable monde et parmi celui-ci, une petite fille sans âge, au joli nom de Badine, bossue et maigrichonne avec un pauvre visage terne et fané.

 

Ses jambes molles et flasques pendaient lamentablement dans sa chaise d’infirme. Quand nous la prenions dans nos bras pour lui manifester notre affection ou la promener, sa tête tombait comme cassée de sa colonne vertébrale et ses jambes flageolaient comme celles d’un pantin de coton.

 

Mais ses yeux, des yeux incroyablement malicieux, illuminaient son visage fade de poupée abîmée. Il y avait dans son regard les flammes pétillantes d’un feu de bois crépitant joyeusement.

 

Désolés de voir ce malheureux pantin désarticulé s’effondrer dans sa chaise d’infirme, nous avions demandé à la sœur Alphonse, bonne et dévouée sœur alsacienne de la villa, de lui confectionner des capitonnages de toile rembourrés de crin. Coincée dans tout ça, elle s’effondrait toujours. C’était vraiment lamentable et nous avions l’âme dans les chaussettes.

 

- J’ai connu un feu follet dans mon cimetière, ai-je affirmé à George. Laisse-moi l’appeler, il va sûrement l’aider.

- Qu’est-ce que tu me racontes là  ? s’étonna George.

- Tu es avec moi dans mon monde, tu ne dois plus t’étonner de rien, lui ai-je répondu.

 

Affable accourut tout de suite à mon premier appel, honoré d’être le seul personnage survivant dans le massacre de mon passé imaginaire. Il sautillait sur sa petite pointe bleue en lançant des reflets verts et rouges qui nous enveloppaient comme le ferait un gyrophare d’ambulance. George et Doc en étaient médusés, écarquillant les yeux.

 

- Je peux faire beaucoup pour elle, nous transmit-il en pensée. Vous avez bien fait de m’appeler, je vais tout arranger. J’ai le pouvoir d’embellir ce que je touche.

- Je te fais confiance, mon bon affable, ai-je acquiescé en utilisant la même technique de communication que lui.

 

Affable se glissa alors sur les mains maigres et difformes de la petite et, devant nos yeux émerveillés autant qu’effrayés, une étrange métamorphose se produisit, transformant ses atroces griffes craquelées et parcheminées en merveilleux doigts de madone.

 

Affable, vidé, en avait perdu son éclat et, pâlot, ne flamboyait plus.

 

- Ce genre d’intervention m’épuise énormément, nous révéla-t-il.

- Il faut continuer, disait George en pensant bien ses paroles pour qu’Affable les enregistre.

- Je vais essayer, lui fut-il répondu.

 

L’opération reprit longuement et lentement, mais la transformation ne fut plus aussi parfaite. Le vilain corps s’améliora pourtant et Badine devint une jeune fille un peu pâlotte et fluette, qui avait des doigts de rêve et des petits pieds en pointe comme Affable, et comme les ballerines.

 

Elle prit rapidement des forces et, joyeuse, sautilla sur ses pointes en chantant dans les jardins de « Moulinsart » comme l’aurait fait le gentil feu follet.

 

Ses jolis doigts, aussi souples que ceux des danseuses tonkinoises, découpaient dans la pénombre du soir ou dans l’ombre des grands arbres des déchirures de lumière qui se perdaient lentement en caressant les feuillages.

 

Le feu follet, quant à lui, totalement épuisé après sa généreuse intervention, il s’éteignit et je ne pus jamais ranimer sa flamme. Il s’était généreusement sacrifié pour transformer Badine.

 

Badine aux yeux de ciel,

Badine aux yeux de fleurs,

Tes atroces mains de sorcière

Ont révélé

Des doigts de fée.

 

Badine au regard d’ange

Pour des ciels de longues nuits,

Ecarte-moi ce cadavre

Dont je maudis la bosse.

Je veux les voir dans ta marre

Avec des restes de licorne.

 

Badine aux doigts de ciel,

Aux beaux yeux alanguis et doux,

Aux jambes et aux genoux,

Aux pieds en pures flammes,

Viens semer, petite femme

Dans nos beaux rêves,

Des vols d’oiseaux fous.

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Dans la malle que la mère de George lui avait envoyée se trouvait aussi un agrandisseur qu’il avait ingénieusement bricolé avec un appareil photo à soufflet. Il s’en sert encore maintenant pour réaliser des agrandissements magnifiques, l’optique étant exceptionnelle.

 

Ce fut donc pour moi l’occasion de m’initier à l’art de la belle image. C’était passionnant et nous nous ingéniions à découvrir ou trouver les meilleurs trucages pour réaliser d’étonnantes créations que nous prétendions « artistiques ».

 

George allait de mieux en mieux et commençait à se sentir fort à l’étroit dans l’espace étriqué de la « villa ». Aussi se mit-il à chercher à se rendre utile en dehors de notre petit univers.

 

C’est ainsi qu’il créa une petite troupe de scouts avec des gosses malades et handicapés soignés dans un établissement de sœurs voisin.

 

Il parvint même à convaincre la sœur supérieure de lui confier les plus valides pour un camp de deux à trois jours que nous établirions un peu plus haut dans la montagne.

 

Ce fut idyllique et les gosses étaient ravis. Imaginez ce cadre enchanteur d’un versant verdoyant parsemé de fleurs délicatement colorées et, dans le lointain, le tintement métallique et court, très particulier, des cloches accompagnant les troupeaux paissant paisiblement.

 

Il y avait aussi le murmure feutré de la vie dans l’herbe, le long frémissement des plantes sous la légère brise et la lointaine fraîcheur que chantaient en sourdine les rigoles d’arrosage serpentant dans les alpages.

 

Nos petits étaient heureux et nous tout autant qu’eux en privilégiant des moments de ciel que nous aurions voulu éternels.

 

Ils étaient orphelins et s’accrochaient à nous, avides d’un regard d’affection et d’un rien de tendresse.

 

Nous aurions tant aimé les leur donner, serrer dans nos bras et embrasser dans les cheveux ces petits frères, mais notre réponse avait la franchise et la rigueur de garçons prudents qui avaient connu de la part de certains éducateurs des débordements jugés douteux et puis surtout c’était de solides gaillards que nous devions faire de ces pauvres petits diables abandonnés.

 

Parmi eux, il y en avait un, qu’on appelait Jean-Jean. Son épaule déformée faisait bosse. Malingre, il tenait dans une petite charrette avec un bassin trop court et des jambes trop longues.

 

Son petit visage émacié portait des yeux tristes qui semblaient demander raison de son injuste sort. Il n’avait pas d’âge ou peut-être une douzaine d’années.

 

Il mendiait la tendresse que nous ne pouvions lui donner et nous sortait des choses profondes et dures.

 

- Cigogne (c’était mon totem), m’a-t-il dit un jour, alors qu’il m’aidait à préparer un repas, crois-tu que j’aurai le même corps quand je serai mort, si je vais au ciel ?

- Pourquoi me demandes-tu ça, lui ai-je répondu, assez interloqué et ne sachant que dire.

- Parce que je voudrais savoir. On me raconte tant de choses que je ne crois pas.

 

J’étais très perplexe, confronté moi-même à des problèmes d’ordre métaphysique. Cherchant l’échappatoire, je lui ai répondu :

 

- Je n’en sais rien, mais quand on aime quelqu’un, on veut qu’il soit heureux et puisque Dieu aime les hommes et toi en particulier, il fera en sorte que tu sois heureux et fera tout ce qu’il faut pour ça, après ta mort.

 

Je ne saurai jamais s’il fut satisfait de ma réponse, car il me sourit, me regarda de ses grands yeux mystérieux, mais je n’y trouvai pas la flamme que j’avais espéré allumer.

 

Il avait le cœur frêle

Du pauvre oiseau blessé

Qui a perdu ses ailes,

Que les pattes ont laissé.

 

Il avait les yeux tristes

De l’enfant si mal né

Qu’il était sur la liste

De ceux qu’on a trouvés.

 

Il était tout petit

Dans sa vieille charrette,

N’avait plus d’appétit,

Mais ramassait les miettes

Qu’on avait délaissées,

Pour la chose mal née.

 

Nous avions établi notre pseudo-campement, un peu plus haut dans la montagne, pas très loin de l’établissement des sœurs afin de parer à toute éventualité : il s’agissait d’enfants malades et fragiles.

 

Effectivement, nous eûmes quelques problèmes de dérangement gastrique. George et moi avons pensé que ça se situait plus dans la tête que dans le ventre.

 

Les problèmes de ce genre dans les camps proviennent de la nourriture, de la boisson ou du changement d’air. Or, rien de tout cela ici : nous nous trouvions à une quinzaine de minutes de leur établissement où tout était préparé.

 

Il suffisait d’aller chercher les marmites chaudes dans une petite charrette et nous n’avions plus qu’à servir dans les gamelles scoutes. Il n’y avait donc aucune raison de suspecter une nourriture à laquelle ils étaient habitués.

 

A cette occasion, je me suis souvenu d’un remède souverain, qu’on utilisait souvent dans ma famille : le bicarbonate de soude qui sert de ferment en pâtisserie et qui a en outre le pouvoir d’aider la digestion.

 

Je me suis mis à l’administrer bien délayé dans un verre d’eau pour en atténuer le goût : ce fut souverain et on en redemanda. Je suppose que l’effet fut plus psychologique que médical.

 

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{9.3} J’ai eu la chance et le grand privilège de bénéficier de la plus pure, de la plus désintéressée et de la plus fidèle amitié qui soit au monde. Avec le recul du temps et la rédaction de mon passé, je me sens coupable de ne pas en avoir apprécié toute la valeur.

 

Je l’ai découvert ce trésor

Que mes nuages avaient caché

Là, dans l’anfractuosité

Si noire d’un très vieux rocher.

 

Le beau diamant clair

De la pure amitié.

Celle de l’amitié fidèle

Qui toujours est donnée,

Et qu’on ne rendra pas assez.

 

Christian, ô mon ami !

Si gentil et toujours constant,

Ton émouvante fidélité

Que je n’ai jamais méritée

Fut un défi au temps.

 

Christian, celui que tout le monde appelait le « Petit Frère » nous tomba du ciel, un jour, sans qu’on ne l’ait remarqué.

 

Humble et effacé, il était partout où il pouvait aider. Toujours de bonne humeur, Parisien jovial et primesautier, il se rendait utile suivant ses possibilités.

 

Petit, léger et mince, il avait le gabarit idéal du jockey. Est-ce pour cela qu’il fit son service militaire à la cavalerie !

 

Attiré par l’idéal religieux des missionnaires d’Afrique, il entra comme frère convers chez les spiritains, l’ordre de mon oncle.

 

Très intelligent et cultivé, il aurait aimé poursuivre des études jusqu’à l’ordination, mais de violents maux de tête qui le prenaient lors de grands efforts cérébraux le forcèrent à abandonner les études de philosophie qui le préparaient à la prêtrise.

 

C’est la raison pour laquelle, il se contenta modestement du statut de frère convers. Cependant son ordre l’affecta à des tâches administratives et intellectuelles qui ne demandaient pas trop d’efforts de mémorisation.

 

Atteint du même mal que nous, il avait la santé fragile et comme George, il frôla la mort à de nombreuses reprises, mais, habité comme lui d’une énergie et une vitalité incroyable, il défiait son destin misérable de tuberculeux et de migraineux en rendant les plus grands services à sa communauté.

 

Comme George, il était indestructible et surmontait toujours avec courage et détermination tous ses handicaps, il s’est éteint cependant dans la nuit du 29 novembre 2005 en Suisse à Fribourg dans la section médicalisée d’une institution religieuse qui l’avait accueilli depuis quelques mois.

 

Il m’écrivait trois à quatre fois par an avec une constance et une fidélité extraordinaire qui dura plus de soixante ans et je me sens très coupable d’y avoir répondu si mal, plus par nonchalance épistolaire que par coupable indifférence.

 

Sa foi était convaincante et belle à voir. Sa dévotion à la Madone était attendrissante et chaque fois qu’i l m’écrivait, il me parlait avec amour et poésie d’un Dieu et d’une Vierge de rêve qui devraient exister.

 

D’où viens-tu si fier univers

Très, très haut dans ta tour d’argent ?

Donne à Christian, le petit frère

Ta réponse et ton boniment.

 

Garde-lui son cœur et sa foi

Qui lui ont imposé ses lois.

Garde-lui son Dieu et sa Vierge

Comme ses prières et ses cierges,

Sa dévotion et sa flamme,

Pour toujours combler sa belle âme.

 

 

 

{9.4} George, infatigable, se mit en tête de créer une troupe théâtrale qui devint vite itinérante. Son premier objectif fut de faire quelque chose pour Noël et il constitua son équipe.

 

J’en étais, bien sûr, ainsi que Popol, Jean et le petit frère. S’y ajoutèrent le père Loudot, un Breton supérieurement cultivé, Jimmig, un Parisien très dévoué et un jeune garçon talentueux que George avait déniché, je ne sais trop où.

 

Ce fut une réussite, au programme une « clownerie » que nous avions préparée, Popol et moi, à partir d’un scénario et texte qui avait eu du succès à Gentinnes et le « Noël sur la place » de Henri Ghéon que George avait un peu raccourci.

 

Le pitre que j’étais au collège se réveilla et notre numéro de clown eut un franc succès car j’étais à mon affaire dans ce genre d’exercice. Par la suite, dans nos démarches itinérantes, une bonne partie du programme était occupée par mes clowneries. (J’adorais ça, car rien n’est plus enivrant que le rire d’un public.)

 

Le frère Eligius nous avait arrangé un traîneau pour donner des petites représentations dans les établissements voisins où nous devions tout amener et aménager : la scène sur tréteaux, les décors, accessoires et costumes.

 

Quant au « Noël sur la place », il fut très apprécié. George était, bien sûr, le conteur qui convenait et Popol, bien grimé, faisait une Marie très émouvante.

 

Il avait réussi à poser sa voix, toute en douceur, pour une émouvante Madone. Jimmig était un Saint Joseph à la fière stature et à la belle et authentique barbe. Le reste de la troupe se partageait les autres rôles.

 

J’étais très excité par tout ça et ne pus m’empêcher de continuer en transposant l’action dans mes rêves.

 

Nous étions de beaux saltimbanques qui, de bourgades en bourgades, donnaient sur les places publiques des représentations qui avaient beaucoup de succès.

 

George était, bien entendu, le chef de la troupe : il était coiffé d’un beau turban et d’un long manteau de mage, rouge étoilé d’argent.

 

J’avais transformé Jean, Popol et le père Loudot en jolies et accortes comédiennes en m’inspirant des traits caractéristiques et de la physionomie des pensionnaires féminines de la « villa ». J’y avais introduit la plus jolie d’entre elles, au joli nom d’Henriette, pour laquelle j’éprouvais un petit béguin.

 

Je m’étais composé un profil de jeune premier dans l’intention de l’impressionner. (A ce propos, j’ai le souvenir d’une confusion ridicule éprouvée lorsque j’ai rougi jusqu’aux doigts de pied devant sa cour habituelle de jeunes gens : elle m’avait complimenté pour le rire que j’avais provoqué chez elle lors de ma prestation clownesque de Noël.)

 

Mais revenons à notre histoire. Nous avions, ce jour-là, établi nos roulottes sur la place d’un gros, mais étrange village où tout était endormi comme dans le château de la Belle au bois dormant.

 

Assez intrigués, nous avons poussé quelques portes pour y trouver des personnages endormis très étranges : des rouquins avec un gros nez rouge de clown, vêtus d’habits grotesques.

 

Pourquoi étaient-ils tous endormis et pourquoi ces accoutrements ridicules ?

 

Nous allions bientôt le savoir.

 

A midi, une horloge, aux chiffres de faïence, très hautaine là-haut dans son clocher, se mit à sonner les douze coups qui s’imposaient.

 

La nuit, sans doute distraite ce jour-là, assombrit subitement tout le village. Le soleil, estomaqué, tomba en pâmoison, en perdit son éclat et ne fut plus qu’un disque diaphane.

 

C’était, semblait-il, ce qu’attendaient les clowns roux qui se réveillèrent et commencèrent le plus grand tapage comme, c’est bien connu, ils en ont seuls le secret.

 

Un grand escogriffe s’est planté devant ma dulcinée en lui déclamant, en s’inclinant cérémonieusement, le nez presque par terre :

 

- Je te cote ma yoyote,

N’oublie pas tes papillotes.

 

Assez interloqué, je reconnus une sottise que mon cousin Jim se plaisait à chantonner.

 

Henriette se mit à rire, très amusée, tandis que le clown tentait de l’entraîner dans une folle sarabande, mais je m’interposai rapidement et, l’enlaçant, je partis avec elle en virevoltes frénétiques.

 

Excités, les clowns roux en serpentins multicolores nous accompagnaient en criant, chantant, agitant sonnettes et tambourins et en jonglant avec toutes sortes d’instruments.

 

C’était l’enivrement suprême et j’étais aux anges. J’exigeai de mon histoire la délocalisation qui s’imposait pour nous transposer sur une superbe et lumineuse piste aux étoiles sur laquelle, transformés en couple vedette, nous nous produisions accompagnés de danseurs déguisés en clowns.

 

Je vous aide à imaginer la scène :

 

C’était un plateau immense avec en fond de décor le dôme d’une nuit mouchetée d’étoiles clignotantes que traversaient des météorites brillants.

 

Dans le fond se profilaient en ombres chinoises de petites bourgades avec églises, châteaux et maisons de tous genres.

 

Nous évoluions comme des étoiles, bien moulés dans nos maillots blancs, en exécutant des figures de haute envolée artistique.

 

Les clowns nous suivaient, tapageurs, caracolant en sarabandes, abandonnant derrière eux une longue traînée multicolore.

 

Henriette se déplaçait avec grâce, son corps souple se prêtant aux plus audacieuses figures. La foule des spectateurs en extase applaudissait à tout rompre. Je passai des moments merveilleux que mon pouvoir permettait de prolonger et de varier à l’infini.

 

Ces moments d’éternité se prolongèrent dans un sommeil magique où tout s’affola, transformant en orgie amoureuse l’étreinte voluptueuse de deux jeunes corps subitement dénudés et qui se cherchaient avidement.

 

Je me réveillai, au petit matin, délicieusement épuisé avec en fond sonore lointain les bruits familiers des services matinaux qui s’affairaient dans les couloirs.

 

Ce dédoublement-rêve et tous les autres que je ne pouvais écarter me troublaient et me culpabilisaient profondément. Aussi les tiendrai-je longtemps enfouis au plus profond de moi-même.

 

Ce coin intime que je gardais honteusement secret, je n’osais le révéler à personne. J’étais prisonnier de l’engrenage qui s’était mis en place, dans un contexte d’époque.

 

Même avec George et Christian qui étaient mes confidents, jamais je n’ai osé effleurer ce domaine, tant je craignais de les scandaliser et de les perdre : j’avais tort, bien entendu !

 

Mon jardin était secret,

Caché dans tant de ronces

Et de croix et d’abnégation

Qu’il était plus lointain

Qu’une étoile

Qui fuit le temps.

 

Ce jardin que je voulais ignorer

Me creusait le ventre

Et m’obsédait les yeux.

C’était mon jardin de honte

Que je voulais enterrer.

 

J’ai vu dans mon jardin

Un petit papillon

Tout frileux, tout en soie,

Qui s’envolait soudain

Vers son bel horizon.

 

J’ai vu dans la nuit bleue

Mon papillon tout en feu

Qui perçait la toile

D’une nuit sans étoile.

 

Mon papillon tout de feu

Sautille dans mes étoiles

Tel un bel oiseau bleu

Abandonnant son voile.

 

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24/12/2009

Vézoron l'âne de Noël

CONTE DE NOËL

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VÉZORON, L'ÂNE DE NOËL.

 

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ÉCRIT PAR UN OCTOGÉNAIRE POUR SES

 

PETITS-ENFANTS.

 

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Il y avait sur les chemins de ce pays-là un fourmillement incomparable d’hommes, de femmes, d’enfants, de véhicules... A croire que tout ce qui vivait, roulait, se déplaçait, s’était rassemblé sur les petites pistes caillouteuses et étroites de la contrée : tout cela criait, pestait, se bousculait, s’invectivait ou se pressait.

 

Il parait que dans ce petit pays de mon histoire, l’empereur avait décidé de recenser ses sujets... Et chacun devait se rendre au lieu où il était né pour s’y faire recenser et enregistrer dans les grands livres de la nation.

 

Aussi les routes, les petits chemins, les moindres sentiers de ce petit pays se voyaient piétinés dans tous les sens par les habitants qui, abandonnant leurs demeures, retournaient au lieu de leur origine.

 

Le long de l’un de ces chemins, disons-le pour une histoire de Noël, bordés de fiers sapins verts et de houx parsemés de fruits rouges..., au bord donc d’un de ces chemins était une vieille masure de pauvres gens, si pauvres qu’ils en étaient devenus méchants.

 

Et dans cette vieille masure vivait aussi un malheureux petit âne ..., malheureux parce qu’il était vieux, tellement vieux que sa peau s’usait de partout, qu’elle se craquelait et que son cuir luisait sans presque plus de poil.

 

Malheureux aussi parce qu’il ne pouvait presque plus travailler tant il souffrait dans tous ses membres. Et ses maîtres constatant qu’ils avaient beau le battre, qu’il n’en avançait pas plus, avaient décidé de le tuer.

 

L’homme lui avait passé un licou et le traînait à travers la foule pour aller l’abattre sur son petit champ.

 

L’homme jurait et le vieil âne gémissait, se traînant derrière lui pour retarder sa dernière heure. Les gens, insensibles, le frappaient au passage parce qu’il s’accrochait à eux, implorant leur aide. Mais on les bousculait lui et son maître, on les injuriait parce qu’ils gênaient tout le monde. Le maître, énervé, frappait l’âne à tour de bras partout, sur le museau, sur les pattes, sur le ventre : la pauvre bête n’en pouvait plus.

 

Au milieu de cette foule indifférente au sort de ce pauvre âne, une voix de femme s’est élevée, très douce et pleine de bonté : « Pourquoi frappe-t-on cette bête qui semble si malade et si épuisée ? ». La femme qui avait parlé était très belle et son visage fatigué et aminci, sans doute par un long voyage, rayonnait d’une beauté merveilleuse et infinie. Elle s’appuyait lourdement sur le bras d’un homme grand et fort, au visage encadré d’une belle barbe soigneusement taillée. Deux lèvres fines et deux yeux francs et droits lui donnaient une majesté de prince.

 

Ils s’étaient approchés du groupe formé par l’âne et son maître. Celui-ci, intimidé, avait balbutié : « La bête est trop vieille pour travailler, alors je vais la tuer, je l’emmène dans mon champ qui n’est pas bien loin d’ici, comme ça je pourrai l’enterrer sur place tout de suite » La douce dame regardait le pauvre animal avec une grande tendresse et l’homme qui paraissait être son mari, avançant sa bourse, demanda : « Combien pour l’âne ? ».

 

Ceux qui s’étaient arrêtés se mirent à rire. N’avait-on jamais vu pareille chose : acheter un âne qui est sur le point de mourir ! Son propriétaire, tout heureux d’une pareille aubaine, fixa au hasard un prix, prêt déjà à marchander, tablant sur la commisération qu’il sentait à la base du marché. Mais l’homme à la barbe douce, très hautain, vida sa bourse dans la main du misérable sans même lui jeter un regard. Il prit le licou de l’âne et continua son chemin, sous les quolibets de la foule.

 

Vézoron, parce que c’est ainsi qu’on appelait l’âne, regardait ses nouveaux maîtres avec extase. Comme ils étaient beaux malgré la fatigue et la poussière ! La dame semblait bien fatiguée, alourdie par il ne savait trop quel précieux fardeau.

 

Souvent, malgré une évidente douleur qui semblait lui venir du ventre, elle lui souriait avec une telle douceur et une telle bonté que c’était comme un grand baume que l’on versait sur ses plaies et sur ses membres meurtris. L’homme bon à la barbe bouclée soutenait la belle dame du mieux qu’il pouvait, attentif à tous ses pas, semblant chercher les meilleurs endroits du chemin, évitant les grosses pierres.

 

Ils étaient fort chargés, aussi avançaient-ils tous trois très péniblement et les gens qui les dépassaient, voyant l’homme écrasé par sa charge, la femme si malade et l’âne à leur côté sans un seul fardeau, s’étonnaient et se moquaient d’eux. On n’avait jamais vu cela : un âne sans son bât.

 

Dans ce pays-là, les ânes ont leurs frêles pattes prêtes à craquer tant on accumule de poids sur leur dos et le maître n’hésite pas à s’y ajouter par-dessus.

 

Vézoron, dans sa cervelle d’âne ressentait lui aussi l’anormal de la situation, et avait pitié de la pauvre dame qui visiblement ne pouvait plus avancer. Aussi s’approcha-t-il d’eux, ploya les pattes et glissant le dos contre elle, fit en sorte qu’elle vint s’asseoir presque inconsciemment.

 

Rassemblant tout son courage, il se redressa. Seigneur, qu’elle était lourde et quelle intolérable souffrance lui prit les membres quand il se mit à marcher. Toute charge lui était pénible et le faisait souffrir. Les jointures de ses pattes étaient gonflées et malades et les fardeaux ne faisaient qu’accroître une douleur lancinante et insoutenable ; c’était pour cela qu’il refusait tout travail et préférait les coups de bâton qui lui semblaient plus supportables que cette atroce déchirure de ses pattes.

 

Aussi vous vous imaginez quel fut pour la pauvre bête, ce long calvaire jusqu’à la ville. Et là, quand il espérait qu’enfin on allait s’arrêter et qu’il aurait un peu de paille pour étendre ses membres tremblants, quel ne fut pas son abattement quand il vit tour à tour les portes se refermer devant la bourse vide de son nouveau maître.

 

Il comprit alors que c’était à cause de lui que ses maîtres ne trouvaient pas à se loger. Réalisant que c’était le prix versé à son ancien bourreau, que c’était le prix de sa vie qui les laissait dehors, fatigués et malades, par cette nuit froide et longue, Vézoron réunit ce qui lui restait d’énergie, avançant comme par miracle, sans gémir, stoïque, merveilleux, les paupières à demi fermées pour qu’on ne voit pas dans ses yeux l’immense détresse de sa souffrance.

 

Cependant, les portes se refermaient les unes après les autres et la douce dame de plus en plus malade s’alourdissait toujours davantage. Son compagnon, très fatigué, lui aussi, inclinait la tête, malheureux de son impuissance à leur donner l’abri dont ils avaient tant besoin.

 

Vézoron, dans sa cervelle d’âne, obscurcie pourtant par ses souffrances, cherchait un moyen de les aider. Il était venu quelquefois dans cette ville avec son maître pour y amener au marché les produits du maigre champ et il se rappela que son maître et lui trouvait parfois refuge dans une petite étable perdue dans la campagne.

 

Aussi rassemblant tout ce qui lui restait de vie, Vézoron se mit à trotter plus vivement, entraînant dans les champs ses nouveaux maîtres épuisés.

 

Le froid se faisait plus intense et la neige se mit à tomber. Le ciel pourtant restait pur, d’un beau bleu noir, piqueté d’étoiles. Il y en avait une, énorme, et Vézoron attiré par elle marchait, marchait, prêt à chaque pas de s’écrouler, tendu vers un seul but : trouver l’étable pour y déposer son précieux fardeau à l’abri du froid, de la bise et de la neige et lui pour y mourir, car il sentait que son cœur ne tiendrait plus longtemps.

 

Leur calvaire fut long, mais enfin ils atteignirent cette petite cabane, perdue au milieu des champs. Il y avait de la paille et un bon bœuf s’y était aussi réfugié dés que la neige s’était mise à tomber. Il les regarda entrer d’un air bienveillant, comme pour dire : « Venez, vous êtes chez vous, c’est pas grand mais on se serrera un peu. »

 

Vézoron s’écroula au côté du bœuf dont la chaleur lui fit du bien, mais il se sentait si mal qu’il pensa mourir. Ses yeux se refermèrent et il s’effondra.

 

Peu de temps après, il sentit descendre sur ses membres et sur son corps comme une douce fraîcheur, comme un baume qui effaçait toute douleur. Vézoron se crut au paradis des ânes et il ouvrit les yeux...

 

Dans l’étable une lumière douce, venant d’on ne sait où rendait tout irréel. La vieille étable était devenue un palais. Même les toiles d’araignée étaient comme un tissu de joyaux précieux, la paille comme le plus riche tapis, le bœuf, majestueux comme un majordome, redressait fièrement le col sur lequel un peu de rosée, en collier, lui mettait des perles.

 

Une mélodie douce comme un chant d’ange descendait venant du ciel. La belle dame, rayonnante et plus belle encore, reposée et souriante inclinait la tête vers la mangeoire richement garnie d’un peu de paille dorée et fraîche, plus somptueuse que le plus riche coussin brodé d’or des rois.

 

Dans cette mangeoire, et Vézoron ressentit à cette vision le plus intense bonheur, la plus profonde joie, reposait un petit enfant divinement beau. La grande lumière et la douce paix qui émanaient de lui transformait cette étable en temple accueillant et recueilli.

 

L’homme à la barbe douce, à genoux, semblait perdu en une profonde adoration et la belle dame en prière contemplait l’enfant, ses deux longues mains croisées sur son cœur.

 

Vézoron, incroyablement heureux, avança timidement son vieux museau pelé tout près de l’enfant et la petite menotte du bébé vint se poser sur son front ridé et sale. Fermant les yeux, Vézoron crut entendre l’enfant lui dire :

 

« Vézoron, tu es maintenant mon âne. Tu resteras dans cette étable avec des anges pour te soigner jusqu’au jour où je ferai mon entrée triomphale dans la grande ville en roi des hommes et des choses. Mes anges t’amèneront à moi et c’est sur ton dos que je veux traverser la multitude. Tu marcheras sur les manteaux qu’ils étendront sous tes pas. Ils chanteront leur joie en agitant des rameaux. Et toi, mon âne, tu seras de tous les animaux, celui à qui de tous les temps on aura fait le plus d’honneur. »

 

 

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22/12/2009

Ch. 8 - Le chant des cimes

 

 

 

PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT

D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI

ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES

MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX ANNÉES

QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

ET LA VALEUR DES CROYANCES.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } mentionnés en début de chapitre.

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AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

Chapitre 8 - LE CHANT DES CIMES.

 

Repère du chapitre 8. {8.1} Je découvre la poésie qui m’apporte réconfort et raison de vivre - {8.2} Je me pénètre de la beauté scripturale des mots, tout en les écoutant -

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier) du blog.)


{8.1} L’hiver suivant fut vite là. La neige tomba abondamment en tempête, nous isolant du reste du monde pour quelques jours.

 

Quelques répétitions de ce scénario climatique, le frère Eligius taillant la neige à coups de sa large pelle entre les accalmies et je retrouvai très vite le cadre hivernal uniforme qui m’avait tant excédé quelques mois plus tôt.

 

Les sapins tendaient des bras de franges blanches au-dessus de leurs édredons de neige tandis que les choucas et les freux voletaient en papillons noirs, poussant des croassements qui se perdaient de crêtes en crêtes.

 

Avec Jean, mon compagnon de randonnée, nous devînmes vite des assidus de grimpettes dans les environs de la Villa.

 

En meilleure forme et de santé améliorée, j’appréciais maintenant le décor immaculé, scintillant au soleil, qui s’étendait uniformément autour de nous. L’air était merveilleusement pur et semblait aussi bleu que le ciel qui le bordait en fond d’azur.

 

Cette ambiance feutrée, le crissement de la neige qui s’enfonce sous le pied, l’enivrement de l’air qui soûle, les bruits lointains des glaciers qui craquent, la nature qui se cherche au soleil de midi… : toute cette mélodie blanche, brillante de paillettes cristallines ensorcelait mon jeune cœur de dix-sept ans et de mon âme de potache naïf s’est alors élevé un chant intérieur qui me faisait atteindre des cimes célestes.

 

Les mots se révélèrent à moi dans toute leur diversité sonore, scripturale ou suggestive. Je découvris leur beauté, je les regardais longuement en les écoutant.

 

Je leur trouvais des frères ou des amis. Je leur accordais une âme et j’aimais leur fantaisie. Je les recherchais au hasard des pages. J’en aperçus certains au détour d’une phrase où, tout éclatant de couleur en plein paragraphe, ils m’appelaient, les bras tendus.

 

Je les cueillais alors comme des fleurs rares pour enchanter mes écrits et plus tard quand je rencontrai Magritte, je me sentis intéressé et attiré par la démarche des surréalistes.

 

J’aimerais transmettre à ceux qui me lisent toute l’innocence de ces premiers chants en leur demandant de retrouver la candeur de leurs jeunes années et de se laisser attendrir par la fraîcheur des mots et la mélodie qu’ils ont voulu communiquer.

 

L’enfant blanc

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La neige me regarde,

Ses yeux scintillent et sourient.

Dans son cœur blanc

Qui me fait mal

 

J’ai mes pas dans les tiens,

Ô  petit enfant pur

Et je pressens la candeur

De tes yeux de neige

 

Mais où me conduis-tu

De tes pieds de neige ?

Mais où me conduis-tu

Dans ton manteau de soie ?

 

J’ai mis mes pieds

Dans les tiens

Et dans ton froid de neige,

Et dans ton froid de ciel,

Ils m’ont fait mal

De ton froid de marbre

Et de ton blanc de pierre

 

Je te suivrai toujours

Avec des yeux de fièvre

Avec des yeux de marbre

Et des dents jaunes

De vieux qui se meurt

 

Tes pas s’effacent

Et meurt ma peine.

Je suis à genoux

Et mes bras se tendent,

Enfant où es-tu ?

 

Où es-tu

Petit enfant de marbre ?

Où es-tu

Petit enfant de neige ?

 

Est-ce toi qui as écrit :

« J’aime »

Dans le froid du marbre,

Dans le froid des glaces ?

 

Est-ce toi qui as lancé

Ce cri des êtres

Ce cri des âmes

Ce cri des hommes ?

 

Je le vois toujours, ce chemin de neige qui rejoignait le ciel bleu. Je la revis encore, cette première émotion, quand mes pieds s’enfonçaient dans des traces de ceux d’un enfant… ou d’une très jeune fille.

 

Assis dans la neige, j’ai imaginé et rêvé le message… Et j’ai griffonné mon premier poème…

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Quelques jours plus tard, au soir tombant, j’entendis un merle noir qui s’égosillait perché tout au haut d’un sapin immense dans un ciel bleu noir d’acier dur.

 

J’étais seul sur la terrasse qui nous était réservée et bien camouflé dans des couvertures, mon cœur s’est mis à « siffler » avec l’oiseau.

 

 

Salut, beau merle,

Salut, merle noir

Que vois-tu

Dans la fraîcheur du soir ?

 

Du haut de ton sapin noir

Que vois-tu

Bel oiseau du soir ?

 

Tu chantes à plein gosier

Le cristal clair des pentes

Qui coule en cascade

A la recherche des sentes.

 

Mon cœur a froid

Merle noir

Et se serre contre toi,

Contre ton duvet noir

Et ton bel habit de soie.

 

Mon âme a perdu son corps

Et frileuse se serre encor

Contre ton cœur d’oiseau noir

Qui dit bonsoir au soir.

 

Chante toujours,

Beau merle d’amour

Chante au ciel

Des rêves de miel

Des songes du soir

Partis en espoir.

 

Devant moi, à mes pieds, s’étendait la vallée, sous son voile de coton blanc.

Quelques nuages en gros flocons de laine s’accrochaient au flanc des pentes. Et sur tout ça régnait un silence molletonné que le merle entrecoupait de ses trilles sonores et passionnés.

 

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Je m’interrogeais souvent sur ces rêves éveillés que j’avais la faculté de susciter et que l’on pourrait assimiler aux transes incantatoires que les sorciers, mages, derviches tourneurs et autres marabouts utilisent pour conjurer le sort ou prévoir l’avenir.

 

Pour participer physiquement au déroulement de mes histoires, je devais susciter cet état de rêve par mouvements concentriques des doigts.

 

Enfant, je n’atteignais cet état qu’au prix d’un effort physique important, ce qui a toujours effrayé mes parents, surtout ma mère qui combattait ce penchant qu’à juste titre elle jugeait anormal.

Je pense que mon père l’avait aussi, mais à un stade très rudimentaire qu’il n’a jamais perfectionné. Un de mes fils provoquait cet état, couché dans son lit, en se tournant violemment de gauche à droite ; il m’a toujours dit qu’il vivait ainsi des histoires qu’il imaginait… . Je sais qu’une cousine le fait aussi, mais je ne lui en ai jamais parlé et n’en connais pas le résultat.

 

Quant à moi, je me réfugiais dans ces rêves-histoires pour trouver ce que l’existence ne m’apportait pas. Avant l’adolescence, c’était merveilleux de candeur.

 

Avec la puberté, le rêve s’est compliqué des contradictions en provenance du subconscient qui contrariaient un aboutissement que je voulais imposer.

 

A Montana, je me confiai à George et à Jean qui furent assez perplexes. Un prêtre psychologue donna un nom à cet état : dédoublement de la personnalité. Ce serait un exutoire pour grands imaginatifs qui matérialisent ainsi des rêves qui leur permettent de supporter le réel.

 

Le poème qui va suivre pourrait s’intituler précisément  « Dédoublement ». Je l’écrivis en essayant d’exprimer un rêve, peuplé de personnages éthérés que j’appellerai lutins.

 

Lutins roses

Sur pierres mauves,

Mon œil est seul

Loin dans la nuit.

 

Lutins mauves

Sur pierres roses

Et fond de ciel,

Sur calices d’or

Et fond de nacre.

 

Lutins de joues,

Lutins de soie,

Lutins de joie,

Lutins de rêve.

 

Où sont

Les enfants de fièvre ?

Où sont

Les enfants de mousse ?

Ils ont trouvé la pierre

Quand ils cherchaient la mer ;

Ils ont trouvé l’argile

Quand ils cherchaient de l’eau.

 

Que font

Les enfants de fièvre ?

Que font

Les enfants de mousse ?


Ils sont dans la rivière

Pour y trouver de l’eau ;

Ils sont sur la plage

Pour y trouver la mer.

 

Lutins roses et lutins mauves

Dans la danse des fleurs,

Et sarabande de couleurs,

De pieds agiles et joues rondes :

Vous êtes les petits pages

Qui se gorgent de ciels

 

Ces lutins mauves, ces lutins roses, je les imaginais lumineux, se détachant sur fond azur et je ne leur ai jamais trouvé de formes précises.

 

La forme n’avait aucune importance : seules les couleurs, seuls les tons étaient essentiels. C’étaient des êtres sans forme mais très pastel. Des fondus de teintes… Je ne sais pas si on peut imaginer ça !…

 

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Un jour d’ennui et de cafard, je griffonnai ce qui me passait par la tête. C’était un jour sombre, sans soleil. Un de ces jours de misère qui pèse sur le dos et les genoux.

 

Je pensais appeler mon poème « Ennui ». Mais je m’enivrai de mots et de leur sonorité toute colorée et je fus surpris que mon cœur se soit mis à chanter, profondément heureux.

 

J’ai vu le ciel

S’ouvrir en deux,

Un Dieu sévère

Faire de grands yeux.

 

J’ai vu des nuages bas,

Lourds de gris,

Des sapins noirs,

Sans branches

Et des oiseaux tristes au nid

 

Mais j’ai vu l’eau

Belle et claire

Qui chantait

De pierre en pierre.

 

Mais j’ai vu aussi

L’oiseau tout près du nid

Avec au bec

Un ver pour ses petits

 

Mais j’ai vu encore

L’écureuil de feuille en feuille,

S’évanouir dans les branches,

En éclair roux,

Dans la brume blanche.

 

J’ai vu toujours

Des sourires de gentianes

Et des rêves de lis rouge

Traverser des ciels sans nuage

Bordés de diaphanes plages.

 

J’ai vu enfin

Le ciel fermer les yeux

Et Dieu sévère

S’adoucir un peu.

 

Je ressens encore, en relisant ces vers qui se voulaient cafardeux, ce « spleen heureux » qui me faisait les yeux brillants. Quelque chose me gonflait la poitrine qui était calme et serein, à la frontière du bonheur profond.

Si je pouvais faire partager pareil sentiment, dans des situations similaires, à un seul de ceux pour qui j’écris, j’en ressentirais la plus intense satisfaction. Ce peut être un excellent exutoire en période de « cafard » : se réfugier dans une diversion imaginaire exaltante ou apaisante.

 

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Le 1 avril 1947 était un mardi de la semaine sainte, appelé par les chrétiens : Mardi Saint. A Montana, les séminaristes se devaient de réserver à cette semaine toutes leurs pieuses attentions. Cette ambiance particulière m’inspira des vers de circonstance.

 

Les mains des hommes

Forgent les clous,

Le fer grince et l’âme gémit.

Ils vont clouer Dieu.

 

Le vent siffle sa bourrasque.

La croix se dresse,

La plaine frémit.

 

Est-il possible

Que Dieu soit mort !

Est-il possible

Que dans le temple

Se soit écoulé l’or !

 

Les douze ont peur :

Le maître s’en va.

Le roi ne dort plus

Sur son lit de corail.

 

La foule court,

Le pavé sonne encore.

Les ongles sont longs :

Ils griffent la mort.

 

Un Dieu s’en va

Et prend pitié.

Un Dieu est mort :

Il a dit

Qu’il va ressusciter.

Dans ce climat de semaine religieuse, j’ai trouvé des accents de ferveur que je ne ressentais plus beaucoup. Et pourtant, très serviable ou n’osant refuser, je servais tous les matins la messe à plusieurs officiants qui se succédaient aux autels de la chapelle ; il y avait une vingtaine de prêtres et seulement quelques séminaristes pour les assister.

 

Je remplissais cet office comme une corvée, surtout pressé d’en finir. Je n’étais pas le seul : certains célébrants expédiaient leur messe à une allure et avec une telle désinvolture qu’il était permis de douter de leurs réelles convictions.

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En avril 1947, le printemps s’installa en force à coup de chaud soleil, de nature éclatante de vie nouvelle. L’eau des neiges chantait dans les rigoles ou dévalait routes et chemins.

 

Mon âme de potache poète s’en donnait à cœur joie, en accents délirants qui s’élevaient à l’unisson d’une ambiance propice au lyrisme exalté.

 

L’herbette pousse joliette

De dessus la neige jaunie.

Le soleil réchauffe

Ses doigts engourdis

Et la sève se gonfle

De l’eau des ruisseaux.

 

L’âme des fleurs

S’éveille

Et pense au parfum

Qui sommeille

Dans leurs ventres alourdis.

 

Les oiseaux rient

En sourdine

Et lutinent

Leurs compagnes

En pâmoison d’amour.

 

Le chamois se mire

Dans l’eau du ruisseau

Le lézard au soleil

Rêve de roches chaudes

Et les abeilles

Chantent le miel en fleur.

 

Le cœur des hommes

Est tendre :

Leurs yeux sont doux.

Des mains chaudes

Se tiennent

Et des baisers s’échangent.

C’est l’amour

Et le chant des anges.

 

J’allais avoir dix-huit ans et j’avais le cœur en fleur, c’était le printemps dans un merveilleux décor de nature en fraîcheur. Les bourgeons gonflaient, repus de sève, d’où naissaient de délicates émeraudes qui deviendraient de tendres feuilles. Les crocus et les perce-neige se dispersaient de pente en pente et les prés verts se réchauffaient au pied des sentes.

 

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Je vis aussi celui que j’appelai le « Roi de la Rose ». C’était un perce-oreille au nom entomologique rébarbatif de Forficule auriculaire.

 

Il n’est pas beau du tout et même effrayant à cause de ses deux pinces caudales qui semblent prêtes à percer le plus dur des épidermes... ou le lobe d’une oreille.

 

Pourtant, je le vis, un matin frais de rosée, dans un parterre de roses que le frère Eligius entretenait amoureusement. Il s’était blotti entre deux pétales et me regardait en clignant des yeux complices.

 

Gentil perce-oreille roux,

Entre deux gouttes de ciel,

Tu es devenu tout chose

Sous la caresse du soleil.

 

J’aimerais te taquiner

En te grattant le nez.

J’aimerais avec toi

Me coucher dans ton antre

Pour te caresser le ventre.

Tes petits yeux sont tendres

Tout humides de rosée.

J’ai mis mon cœur

Sur ta main.

 

Mais tu n’en as pas voulu :

Tu préfères les jeux

De la lune

Qui, la nuit, te fait

Les yeux doux.

 

Petit roi de la rose

Je viendrai ce soir

Pour te dire bonsoir

Et te border

De pétales roses.

 

C’est tout gentil, et je le lirai le soir à mes petits-enfants qui rêveront du perce-oreille qui joue avec les rayons de la lune.

 

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L’orage et la viole se sont rencontrés et en fond sonore le Concerto brandebourgeois de J.S. Bach. Ce mélange incongru me torturait, je m’enivrais d’ozone et de tonnerre et l’âme à plat, j’enviais le silence des tombes et l’opacité des nuits infinies sans étoiles.

 

Lancinante plainte

Et pleure ma viole ;

Eprouvante geinte,

Est triste ma piaule.

 

Tonnerre dans les yeux,

Eclairs dans le ventre

Je rêve d’instants doux,

M’abîme dans les pentes.

 

Je bouffe mon âme

Et chante l’épouvante.

Bach est maudit,

Je veux sa peau.

 

La viole me viole

De son son long.

Ma peau démange,

Criblée de cancer.

 

J’ai bu les éclairs

Reins déployés,

Bras écartés,

Genoux en terre.

 

J’ai vu un cyclope

Qui fixait ma viole

De son œil vide et mou

De pauvre oiseau mort.

 

Ma barque est en mer

Bousculée par la vague

Mais je bois les éclairs

que je crache en feu.

 

Le ciel m’en veut,

Je n’ai plus d’horizon,

L’araignée me rejette

Vidé de mon sang blond.

 

C’est sinistre et cafardeux !!! Bach m’écrasait … et me faisait peur. Je n’ai jamais été fort attiré par la musique. Mozart, peut-être !…

 

J’ai besoin d’un chant intérieur que la sonorité des vers est seule capable de m’apporter. En moi s’élèvent des mélodies de mots qui se placent sur la portée des phrases pour le plus enivrant des concerts.

 

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Les écrits poétiques ont-ils encore droit de cité de nos jours ? Ils s’étiolent et leurs accents lyriques se perdent ou sont ridiculisés.

 

Notre époque est cruelle, dure et complexée de son passé romantique et pudibond  : dédain des envolées, pudeur de la naïveté et de la candeur des sentiments, réflexe du rire à n’importe quel prix, abrutissement et obsession de l’humour facile sous la ceinture…

 

N’est-il pas temps que plus de voix se fassent entendre pour renforcer, dans notre société, des accents qui élèvent et répondent peut-être mieux à son besoin d’équilibre, sans pour autant s’en prendre au présent qui a le mérite de son ouverture d’esprit et de sa disponibilité d’accès à la culture  ?

 

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15/12/2009

Ch. 6 - La libération par les Alliés

 

 

RÉCIT DÉTAILLÉ D'UN LONG CHEMINEMENT

DE RECHERCHE D'UNE VÉRITÉ

SUR LA MOTIVATION D'EXISTER

ET LA VALEUR DE NOS CROYANCES.

 

°°°°°

 

PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT

D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI

ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES

MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX ANNÉES

QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

ET LA VALEUR DES CROYANCES.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.


Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } mentionnés en début de chapitre.


 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

REPÉRES DU CHAPITRE 6. {6.1} Fin 1944, suite au débarquement des alliés, nous sommes renvoyés chez nous, jusqu’à la libération, en juin - Bruxelles est laissé aux débordements des lâches (les autres sont encore au combat) qui cherchent à se dédouaner en traquant les soi-disant « collaborateurs » (qui eux se sont enfuis) avec des armes « de grenier » - Mes voisines feront partie de leurs victimes - {6.2} Rapprochement de situation avec mes condisciples de Kongolo laissé aussi aux débordements des lâches - {6.3} Le scoutisme intégral {6.4} Épopée valeureuse du seul survivant de Kongolo, mon ancien chef scout, à travers la brousse et qui retournera, seul missionnaire chez les bourreaux de ses camarades. {6.5} La vie au collège (anecdotes)

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier) du blog.

 

{6.1} Le 6 juin 1944, est un jour comme les autres, encore légèrement couvert, qui fleure cependant l’été et la joie de vivre.

 

Eisenhower, commandant en chef des forces alliées, qui a guetté une amélioration du temps, lance sur les côtes de Normandie une opération incroyable de débarquement avec des moyens techniques et logistiques qui resteront peut-être uniques dans l’histoire de l’humanité.

 

Des barges de débarquement spécialement conçues déversent sur les plages des troupes bien entraînées, supérieurement équipées et bien soutenues par l’environnement matériel le plus sophistiqué et le plus gigantesque qui soit.

 

Malgré une résistance allemande acharnée, les Alliés consolident leur tête de pont en Normandie, débarquent le 15 août dans le midi de la France et conjointement, les deux armées libèrent Paris le 25 et Bruxelles quelques jours après, le 5 septembre.

 

Le vide laissé par la débâcle des Allemands qui redoutaient l’encerclement que provoquerait la jonction de l’armée de l’Anglais Wilson et du Français de Lattre de Tassigny, qui avait pris pied en Provence avec celle des débarqués de la Manche ne fut pas tout de suite comblé par les alliés plus préoccupés de reprendre Anvers et ses installations portuaires.

 

Si bien que Bruxelles se trouva, très peu de temps, dans un vide de pouvoir que mirent à profit les traditionnels « pilleurs d’épave » et « rats » toujours si nombreux en pareille circonstance.

 

C’était le début de septembre et il faisait beau et chaud, la nature s’était gorgée de soleil et d’été. Plantureusement, la ville s’étalait dans une douce tiédeur repue. Les sorbiers des rues et les arbres du parc proche se coloraient déjà.

 

Nous entendions au loin un bruit sourd de canon et des hurlements d’avions en piqué.

 

Le vieux poste de radio, notre bon compagnon de guerre, complice de nos écoutes interdites des émissions londoniennes, nous tenait heure par heure au courant de notre libération imminente et nous rassurait en nous informant du recul de l’armée allemande prise en tenaille, vers des positions de repli.

On vivait sur le seuil des portes, en quête de nouvelles. Une rumeur sauta de maison en maison : des Allemands en débandade se traînent lamentablement sur la chaussée de Louvain toute proche. Je m’éclipsai dangereusement pour aller voir ça.

 

C’était pitoyable et angoissant tout à la fois. De pauvres diables, morts de peur, hirsutes et mal rasés, se traînaient, certains sans armes.

 

On les regardait de très loin, caché dans l’ombre des portes cochères. A quelques mètres de moi, un homme qui aurait pu être mon père, traînait de gros godillots et une couverture qui sortait de son sac.

 

Je me demandai pourquoi ces malheureux ne se rendaient pas : ils ne rejoindraient jamais les autres qu’on venait d’entendre passer dans des camions et toutes sortes d’engins motorisés. Sans doute que, pour un soldat, la peur de l’ennemi et l’humiliation de la défaite sont prépondérantes.

 

La ville se replongea dans sa torpeur d’été, à peine entendait-on un roulement lointain difficilement définissable : canons, tanks ou orage ?

 

C’est alors que sortirent les lâches, les profiteurs, les faux résistants, les pilleurs…la basse lie qu’on n’imagine pas sommeiller dans la masse de « braves gens » qui, habituellement, nous entourent.

 

Ils entrèrent dans notre rue en matamores, guidés par la haine ridicule de petits imbéciles qui leur désignaient les « collaborateurs ».

 

Ils brandissaient un vieux fusil ou un revolver de grenier et portaient un brassard blanc sur lequel ils avaient inscrit grossièrement « F.I. », « Force de l’intérieur », s’inspirant des « FFI » français dont on parlait beaucoup.

 

Pour certains d’ailleurs, c’était une manière de se dédouaner d’actions illicites « collaboratrices ». D’autres « rats », plus intéressés, poussaient précipitamment de pleines charrettes de « butins».

 

Les faux résistants eurent tôt fait d’entrer dans certaines maisons «désignées» comme abritant des traîtres à la patrie et d’en sortir les prétendus collaborateurs. Les vrais coupables, ceux qui avaient vraiment trahi et aidé l’ennemi, s’étaient bien sûr enfuis et cachés.

 

Faut-il encore rappeler que, pendant toutes ces périodes troublées, la rue était devenue, surtout par temps chaud, un lieu de réunion et de palabres.

 

Le père de notre voisine Micheline, dans ces forums de quartier, fort pessimiste, donnait aux alliés, surtout au début de la guerre, peu de chance de triompher d’Hitler. En fait, il disait tout haut ce que beaucoup pensaient.

 

Désigné « collaborateur » par on ne sait trop qui lui voulait du mal, il fut emmené avec ses filles dans la tristement célèbre caserne Dailly où ils se retrouvèrent avec d’autres pauvres diables plus ou moins coupables de propos favorables aux Allemands.

 

Je garderai toujours enfui au fond de moi le souvenir écœurant d’une populace vociférante et vicieuse qui traînait des pères et des filles injustement accusés de collaboration.

 

Je verrai toujours les crânes grossièrement rasés et bleuâtres des femmes, la terreur dans leurs yeux, les bousculades honteuses, l’angoisse, la peur et les larmes qu’elles n’osaient pas pleurer.

 

Mais d’où sort-elle donc cette honteuse lie humaine qui bouillonne toujours en masse quand elle est laissée à elle-même ?

 

Des mains de griffes se tendent

Avides et cruelles.

Elles sont jeunes, elles sont belles

Et eux sont sales,

Les yeux vides et fous.

 

"FR">Elles sont nues, au pilori,

Les cheveux fauchés en blé

Comme moisson, à leurs pieds.

Ils sont sales, ils sont fous,

Hurlant leur turpitude.

 

Elles sont belles, elles sont pâles,

Aux tempes des galops de chevaux fous.

On hurle, on crie, breugueulant

La bière qui coule en bave.

 

On relâcha mes deux voisines que je n’ai plus jamais revues, elles furent sans doute recueillies par leur famille.

 

Quant au père, il ne résista pas et mourut quelques semaines plus tard, terrassé par une crise cardiaque. Pendant les jours d’ignominies, on avait tracé au goudron, sur sa devanture, un cercueil avec une croix gammée.

 

{6.2} Ces événements m’ont toujours amené à les mettre en parallèle avec d’autres situations : ainsi, je n’ai pas manqué d’établir un rapport de causalité en ce qui concerne le sort de mes deux voisines et celui de mes anciens compagnons de collège exécutés à Kongolo.

 

J’entendais la même clameur monter des même foules avec la toujours même avilissante cruauté. Je n’ai pu m’empêcher d’associer ces deux souillures : celle des hommes blancs abandonnés par leur civilisation et celle des hommes noirs, eux aussi laissés aux primaires instincts de leurs congénères.

 

Leurs mains de griffes se tendent

Avides et si cruelles.

Eux si bons, eux si doux,

Les regardent tristement.

 

Ils sont sales,

Les yeux vides et fous,

Eux sont nus au pilori,

Dépouillés, fauchés en blé

En moisson qui ne peut plus lever.

 

Ils sont sales, ivres et fous

Hurlant leur turpitude.

Eux sont beaux, eux sont pâles,

Aux tempes des galops de chevaux fous.

On hurle, on crie, breugueulant

La bière qui coule en bave.

 

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{6.3} Le scoutisme intégral instauré dans le collège me plaisait beaucoup, mais ce n’était pas l’avis de tout le monde. Les congés du dimanche et du jeudi après-midi (trois heures) ainsi que les autres périodes de détente étaient principalement consacrés à des activités de patrouille qu’on le veuille ou non.

 

Cette contrainte devint finalement beaucoup trop lourde, difficile à supporter et sans doute contraire au développement de nos personnalités. Cette expérience de scoutisme intégral fut d’ailleurs abandonnée après quelques années.

 

Nous avions chaque dimanche un « grand jeu » pour lequel nos chefs s’ingéniaient à nous créer des situations, décors et atmosphères dignes des plus romanesques épopées.

 

Cette activité extérieure hebdomadaire nous libérait de notre « prison » et des jeux d’équipe bien combinés par un chef de troupe astucieux devaient combler nos natures imaginatives.

 

La première année, j’eus la chance d’avoir un chef de patrouille très large d’esprit. Il s’appelait Jules (totem Poulain). Très ouvert et jovial, il nous accordait beaucoup de liberté, sous sa responsabilité, en nous laissant le champ libre, ce qui me permettait de donner libre cours à mes besoins d’évasion dans des lieux interdits comme les bords de l’étang.

 

{6.4} Nous, ses petits scouts, étions loin de nous imaginer que ce CP (chef de patrouille) au grand cœur, serait plus tard le seul survivant du massacre de Kongolo, le premier janvier 1962.

 

Vingt missionnaires y seront tués par une soldatesque ivre. Unique rescapé, il sera sauvé de justesse par un soldat et rapatrié en Belgique par un officier de l’ONU.

 

Le plus surprenant et le plus admirable fut que cet homme, étonnant de courage et de témérité, retourna quelques mois plus tard, en mai 1962, seul survivant de la mission saccagée, pour sauver ce qui pouvait l’être encore et tout refaire avec l’aide des autochtones auprès desquels il jouira de la plus grande considération, en le respectant comme un sorcier.

 

Héros d’une épopée remarquable sous le ciel embrasé du Congo en pleine folie anarchique, il se dépensera, au péril de sa vie, pendant près de deux ans, revenant inlassablement reconstruire des lieux que des Mulélistes, Simbas et autres Maï-Maï ne cessaient de saccager, massacrant tout sur leur passage.

Dans mes cogitations métaphysiques, je pense souvent à lui, à sa destinée, à son idéal de candidat martyr, à ses motivations…

 

Pendant quarante ans, asthmatique, il se surpassera physiquement, infatigable, indomptable, merveilleux d’idéal…

 

Quand il revenait en Europe, comment surmontait-il le découragement provoqué par la vision de son Eglise malade à mourir ?

 

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{6.5} Dès mon entrée au collège, j’eus comme voisin de banc un garçon qui deviendra un vrai copain et qui s’appelait Guy.

 

Il était plus sérieux et plus calme que moi qui dissipais tout le monde à coup de pitreries, aussi mon oncle encourageait-il cette camaraderie en espérant que son influence contribuerait à mettre un peu de plomb dans ma cervelle.

 

Ce fut vrai, Guy me convenait bien. Un rien cartésien, il aimait inconsciemment l’ordre et la méthode tout en raffolant cependant de se laisser emporter par la fantaisie et c’était là son originalité.

 

Il ordonnait mes idées farfelues, ce que j’appréciais beaucoup. Je ne lui parlai jamais de ma faculté de dédoublement car je la cachais à tout le monde par crainte du ridicule.

 

Mais notre camaraderie se concrétisera surtout lorsque nos dirigeants scouts, dans le but de l’encourager, nous confièrent la responsabilité d’une patrouille dont Guy devint le chef et moi le second.

 

Nous fîmes, je crois, du bon travail et notre équipe fonctionnait bien. Cette responsabilité me convenait et ce fut le départ de l’attrait que j’ai depuis ressenti pour les responsabilités et la culture de l’esprit.

 

Enfant des villes, je découvris les bois et la campagne et me penchai sur les plantes et les insectes qu’ensuite, je ramassais et collectionnais.

 

Nos livres scouts étaient de précieux conseillers pour herbiers et expériences entomologiques qui ne tardèrent pas à me passionner.

 

Guy et moi fûmes loin d’être des modèles de conduite et voici pour preuve, l’histoire d’un maraudage épique dans les fruitiers du collège, situés dans les greniers et pratiquement inaccessibles aux élèves.

 

De l’extérieur, nous avio ns localisé l’endroit où devait se trouver entre autres un aréopage de doctes poi res williams dodues, délicieusement parfumées, mûrissant lentement, se blottissant douillettement dans leur lit de paille dorée. Rien qu’à y penser, en les évoquant, l’eau m’en remplit encore la bouche.

 

Supposant que le grand escalier d’honneur devant la grande entrée qui menait à l’étage des chambres de nos cerbères devait donner accès, quelque part, à des greniers lorgnant les fruitiers ou du moins en percevant les délicates sente urs, nous profitâmes de quelques périodes d’un relâchement de surveillance pour tenter une reconnaissance du terrain.

 

Après le grand escalier d’honneur venait un grand palier de réception donnant sur le bureau du supérieur avec, à sa gauche, une grande niche mystérieuse, entièrement tapissée de toile peinte de motifs stylisés, et dans laquelle trônait une crédence liturgique.

 

Nous avions cependant observé qu’une sorte de découpe peu apparente, bien camouflée dans les dessins, devait servir de porte. Le trou, vraisemblablement prévu pour introduire une clef, se laissa tripoter avec le fer recourbé que nous avions bricolé et la serrure, fort vieille et consentante, ne résista pas.

 

Un escalier aux marches raides grimpait tout droit sous les combles. Très excités et un cœur palpitant d’oiseau fou, nous nous y précipitâmes pour trouver l’invraisemblable capharnaüm propre à tout grenier respectable.

 

Enjambant valises, vieux accessoires religieux, cartons, tableaux fendus ou troués d’iconographies pieuses et désuètes, ainsi que des choses incroyables et indéfinissables ramenées par l’un ou l’autre des nombreux missionnaires de passage, nous finîmes par aboutir à un mur que nos sens olfactifs, affinés par le désir, désignait comme mitoyen du fameux local où se prélassaient les objets de nos rêves gourmands.

 

Nous comprîmes vite que ce mur présentait des faiblesses d’inviolabilité dans sa partie supérieure, là où la brique suit mal la toiture et où la main passe facilement pour la déchausser d’un mortier de chaux que le temps a rendu friable.

 

Nous eûmes tôt fait de nous y ménager un passage suffisant pour nous emparer de ces succulentes et pansues merveilles que nous dégustâmes religieusement, confortablement installés, le dos au mur et les pieds écartés écrasant scandaleusement un tas de bondieuseries.

 

Après avoir soigneusement replacé les briques, pour nous réserver d’autres incursions, nous regagnâmes la cour de récréation où il nous sembla que personne ne s’était aperçu de notre absence.

 

Malheureusement, ce fut notre seule occasion de maraudage en grenier, le passage camouflé et sa fameuse serrure ne se laissant plus jamais violenter. Nous supposâmes que la mécanique que nous trompâmes facilement à l’aller, et qui ne prétendit plus fonctionner au retour, fut remplacée par un dispositif solide que nous ne pouvions plus forcer.

 

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Comme tout bon potache qui se respecte, nous cherchions à tromper le côté barbant des cours par toutes sortes d’intermèdes rigolos au détriment de nos braves et si dévoués mentors.

 

Début mars de cette année-là, le long et rude hiver aidant, nous étions survoltés et les petites chaudières de nos crânes prêtes à exploser. Il nous fallait à tout prix une victime suffisamment pataude pour que sa réaction fut facilement contrôlable.

 

Elle fut toute trouvée en la personne d’un bon vieux gros Père, notre professeur de néerlandais, cours qui, en Belgique francophone, est injustement négligé et traditionnellement chahuté.

 

Légèrement dur d’oreille et alourdi par son embonpoint, il avait la réaction lente bien que dure et ferme.

 

Le chahut projeté n’était donc pas sans présenter un certain risque, mais nous n’en avions cure et l’action fut soigneusement préparée.

 

Je ne sais quelle mouche m’a piqué, ni quelle audace irréfléchie m’a poussé à me cacher sous le bureau faisant corps avec l’estrade.

Mais, voici la relation historique de l’événement :

 

Heure 0 : le Père entre dans l’arène en dodelinant de la tête ; se hisse sur l’estrade, en s’appuyant sur un genou et écrase le siège de tout son poids. Il comprend très vite que j’ai changé de place et me suis fourré dans l’ouverture destinée à ses jambes et, peu contrariant, s’en accommode en me coinçant entre ses grosses bottines. Il s’installe confortablement tout en enfonçant ses énormes guibolles dans ma cache. Cette position « privilégiée » me permet d’apprécier le parfum hautement suave d’une vieille soutane exhalant des relents de graillon.

 

Heure +12 : déclenchement de la 1ère opération – la carte de Belgique, au mur, se met à voler comme si un vent de courant d’air cherchait à l’emporter. Le Père, intrigué, la regarde et semble ne pas comprendre. Nous nous tenons tous bien cois, le nez dans nos cahiers ; y compris le manipulateur dont la main, commandant un fin et invisible fil de pêche, s’est mise en position innocente.

 

Heure +20 : un profond et long gémissement se fait entendre qui semble s’élever du fond de la classe. C’était un occupant des derniers bancs qui actionnait, au moyen d’un bâton glissé sous son siège, la pédale de l’harmonium qui se trouvait derrière nous et dont nous avions bloqué quelques touches au moyen d’un livre glissé sous son couvercle. Ces instruments de musique d’église, nécessaires au clergé des pays de mission, étaient à la disposition des maîtres et élèves, au fond de chaque classe.

 

Le Père s’interrompt, perplexe et donne l’impression de rechercher un bruit venant du dehors. Sans se départir de son calme, il continue sa leçon mais la durcit en nous imposant des exercices difficiles et une matière rébarbative.

 

Heure +25 : le préposé aux gémissements de l’harmonium réitère sa manœuvre, mais sans plus de succès. On dirait que le Prof est sourd.

 

Heure +27 : déclenchement de la phase 2 de l’opération « fil de pêche ». La carte suspendue à droite du professeur est prise de tremblements hystériques, à tel point qu’elle s’étale sur l’estrade (rires étouffés).

 

Le professeur, imperturbable, demande à un élève de la réinstaller, ce que celui-ci fait difficilement, le fil de pêche s’étant bloqué dans le banc du manipulateur ; pris de panique, il tire, casse le fil et s’étale en embrassant le tableau (rire général et rappel à l’ordre glacé).

 

Heure +30 : le bâton se bloque sous la pédale de l’harmonium et sous le banc de l’opérateur qui abandonne fort peu glorieusement.

 

Nous sommes de plus en plus désappointés de la tournure que prennent les événements et sentons que le moment de la reddition va bientôt sonner.

 

Dans mon « alcôve » insalubre et malodorante, je sue sang et eau, mais n’ose pas me manifester.

 

Le Père se lève pour écrire au tableau une liste de mots particulièrement difficiles à étudier, réservés à d’éventuelles tortures cérébrales disciplinaires.

 

J’essaye de me dégager pour aspirer un air plus sain, mais ne réussis qu’à recevoir, en plein estomac, les pieds de la chaise du professeur qui, s’y arc-boutant de son large postérieur, me plaque tout au fond de ma cache.

 

Heure +32 : un franc-tireur de dernière minute, courageusement mais inutilement, tente de déclencher la phase 3 de l’opération « fil de pêche » qui consistait à faire tressauter l’encrier du Prof grâce à un mécanisme habilement conçu au moyen de trombones et d’élastiques. Dès la première tentative, le Père bloque le système en posant dessus, très innocemment, son gros dictionnaire.

 

Heure +33 à fin de cours : les belligérants, matés, le nez plongé dans cahiers et bouquins, tentent d’endiguer l’avalanche de travaux inhabituels et particulièrement difficiles qui les attendent par une reddition peu honorable avec au creux de l’estomac une profonde angoisse sur fond de sanctions disciplinaires à venir et la perspective d’un bulletin catastrophique à justifier auprès de leurs géniteurs respectifs.

 

Quelques minutes avant la fin du cours, le Père s’arrête de parler et nous regarde tous sans colère.

 

Il passe les pouces dans la double corde qui sert de ceinture aux spiritains. Avec un sourire dans ses petits yeux, beaucoup de tendresse et semble-t-il une certaine nostalgie, il prononce d’une voix lente et douce :

 

- Vous êtes aujourd’hui dispensés de tous travaux et sanctions. Veuillez, s’il vous plaît, sortir de classe en bon ordre et sans manifestation.

 

Le plafond se serait ouvert dans un ciel tout bleu de paradis que nous n’aurions pas été plus surpris et ravis, mais avec au fond de nous-mêmes le remords et un sentiment de coupable et profonde injustice envers celui qu’irrévérencieusement et méchamment nous appelions « gros crevé ».

 

Quant à moi, aussi penaud et repentant qu’eux, je sortis, peu flambard, de ma cache, le profil aux genoux et les reins brisés.

 

 

HYMNE AUX VIEUX PROFS DESABUSES

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Vous avez des yeux de cœur

Qui toujours regardent dedans ;

Vous avez souvent l’âme triste

De ceux qui ont perdu le temps.

 

Vous cherchez loin devant

Un rêve qui n’est plus ;

Vous avez une âme d’enfant

Qui pleure son paradis perdu.

 

Vous battez un cœur de fièvre

Et des yeux de paradis fou ;

Vous aimez les enfants des autres

Pour leur donner toujours plus

En perdant souvent votre âme

Qui s’abîme au fond d’un trou

Que vous bourrez de restes d’amour,

Pour en éteindre la flamme.

 

Vous pleurez votre vieux cœur

Qui se meurt sans passion,

Et qui souffre toujours

Car il n’a plus raison.

 

 

Tous les enfants des autres

Sont avec les vôtres

Les enfants du rêve

Que vous avez perdu.

 

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11/12/2009

Ch. 5 - Le petit séminaire, les grenouilles et l'étang

 

 

 

RÉCIT DÉTAILLÉ D'UN LONG CHEMINEMENT

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AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

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Chapitre 5 - Gentinnes, les grenouilles et l'étang.

TABLE DES REPÈRES DU CHAPITRE : {5.1} Une aventure ridicule avec une voisine me pousse, par timidité, à prétendre que je me destine au sacerdoce - Rapportée par mon frère, cette annonce me place à l’avant-scène de mon milieu très chrétien (il y a un frère prêtre de chaque côté) et me voila embarqué au petit séminaire de l’autre oncle, religieux de la congrégation des Spiritains, qui en était le supérieur - {5.2} Les premiers jours en internat furent difficile pour un petit garçon, très pudibond , ne connaissant rien de la vie et du sexe qui pour lui n’était que la source des fautes graves du sixième et neuvième commandement. - {5.3} Horaire difficile dans un établissement qui préparait à leur avenir de futurs missionnaires d’Afrique - {5.4} Évocation du drame de Kongolo où furent assassinés, le 1 janvier 1962, la plupart de mes anciens condisciples qui s’y sont retrouvés - {5.5} Histoire d’un enfant, d’une grenouille et de l’eau - {5.6} Le petit juif qui se cache parmi nous - {7} Les « résistants » et les « clandestins ».

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{5.1} Petites causes, grands effets, a-t-on coutume de dire. Un événement insignifiant en soi se produisit un jour qui donnera à mon existence une orientation douloureuse et difficile.

 

Une voisine de quinze ans, Micheline, sans s’en rendre compte, par coquetterie et pour taquiner les garçons se divertit à mes dépens ; les autres, ma timidité et le contexte religieux de l’époque firent le reste.

 

La guerre, l’occupation allemande et l’absence de véhicules avaient transformé les rues de Bruxelles en grandes surfaces de jeux et de réunions.

 

Mes parents, contraints par l’exiguïté de l’appartement, avaient toléré que mon frère et moi allions jouer dans la rue avec certains jeunes du voisinage qu’ils estimaient fréquentables.

 

Aux grandes vacances de 1943, j’avais encore treize ans et me trouvais, un soir de canicule, en grand bavardage avec des jeunes plus âgés.

 

Micheline, voisine très jolie et fort entourée, faisait des coquetteries et les garçons étaient bien excités.

 

Nous avions sorti des chaises et formé un cercle. Mon frère et moi, trop jeunes, ne nous sentions pas très concernés par ce badinage.

 

En panne d’initiatives aguichantes, Micheline vint se placer derrière moi et m’enlaçant de ses jolis bras, me cala contre le dossier de la chaise sur laquelle je me trouvais campé, posa sur mon visage brûlant de confusion sa joue fraîche et parfumée pour sortir d’une voix vibrante un « mon amour » faussement passionné.

 

Les autres, pour s’amuser, embrayèrent, à ma grande confusion : j’étais écarlate et prêt à exploser. En pleine panique, la seule échappatoire qui me vint à l’esprit fut de crier : «  Je ne veux pas de ça, je veux me faire curé ! ». Il est même probable que j’ai dit « prêtre », curé étant plutôt un terme générique péjoratif utilisé par les non-croyants.

 

Voilà comment, un jour, je m’empêtrai dans un truc qu’il me fallut près d’une dizaine d’années pour en sortir et qui fut le premier jalon de ma prétendue « vocation ».

Mon frère Pierre, rapporta l’incident à la maison. Devant l’intérêt que je lisais dans les yeux de mon entourage, je ne niai pas, ne voulant surtout pas révéler la raison réelle de ma déclaration.

 

Il est important maintenant que je décrive le climat particulier dans lequel vivaient les familles croyantes de l’entre-deux-guerres afin de faire mieux comprendre l’état d’esprit dans lequel je me trouvais.

 

Dans les pays chrétiens, comme la France et la Belgique, le clergé était puissant, sans être opprimant comme par le passé.

 

Depuis l’encyclique « Rerum novarum » et le suffrage universel, les milieux chrétiens s’étaient démocratisés et le clergé, ayant compris d’où venait le vent et où se situaient les champs de recrutement, s’intéressa davantage aux économiquement faibles, aux classes laborieuses et aux petits bourgeois des professions libérales.

 

Il faut aussi rappeler qu’à cette époque, trois courants sociaux et politiques se partageaient le pays : les catholiques, les libéraux et les « rouges », socialistes et communistes.

 

Les libéraux prônaient la libre pensée et se trouvaient donc opposés aux catholiques soumis aux impératifs philosophiques de l’église romaine.

 

Les socialistes et les communistes, quant à eux, influencés par les athées Marx, Engels et Lénine voués à la lutte des classes, défendaient la liberté des populations dites laborieuses abusivement exploitées par ceux qu’on appelait alors les capitalistes.

 

En Belgique, dans la première moitié du siècle passé, le socialisme et le communisme s’étaient surtout implantés dans les régions industrielles et minières du Borinage et du Bassin liégeois.

 

Le milieu rural belge était majoritairement catholique et soumis aux impératifs cléricaux.

 

Les libéraux, minoritaires, étaient jugés infréquentables par ces groupes sociaux qui les jugeaient ennemis de l’église.

 

L’enseignement était confié par la majorité communale catholique aux maîtres issus des écoles normales chrétiennes, lesquelles, bien entendu, respectaient les diktats du clergé.

 

Ma famille, originaire des Ardennes et du Namurois, était fondamentalement catholique et cléricale.

 

Il y avait un prêtre de chaque côté : l’oncle, vedette du chapitre précédent, et un frère de mon père, avant-dernier du clan qui s’était laissé attirer, jeune gosse de douze ans, par le côté aventureux et glorieux du missionnaire d’Afrique mais aussi par le cadre romanesque de l’ancien château de Gentinnes transformé en petit séminaire, avec son bel étang.

 

Les circonstances, la guerre, ainsi que plus tard une infirmité visuelle, ont voulu que ce cher oncle ne posât jamais un seul pied dans cette Afrique de ses rêves.

 

Il fut, dés la fin de ses études, affecté à l’enseignement, dans ce qu’on appelait alors un petit séminaire. C’était là qu’on embrigadait les jeunes qu’un père propagandiste, sillonnant la Belgique, recrutait en faisant miroiter lors de conférences et projections cinématographiques, tout l’idéalisme et le merveilleux de l’aventure exotique des prêtres en missions africaines.

 

Le film, projeté en noir et blanc et muet, était habilement monté de manière à susciter dans le cœur de jeunes garçons d’une douzaine d’années, idéalistes et épris d’aventures, des vocations religieuses.

 

Il me fut donné l’occasion, à la fin de leur vie, d’avoir avec mes deux oncles des conversations qui m’ont fait conclure, sans trop me tromper, que ces deux hommes placés dans un autre contexte d’époque (l’actuelle, par exemple) auraient choisi une autre orientation.

 

Si l’oncle de Vonêche ne fut pas attiré par l’aventure de l’Afrique, il fut sans doute tenté, comme beaucoup de jeunes des milieux catholiques ruraux de son époque, par la grande considération dont ils étaient l’obj et quand ils s’engage aient dans cette voie.

 

Aussi, je tiens à manifester dans ces pages toute l’admiration, la chaleureuse estime et l’affection que je ressens pour ces deux hommes. Ils furent des modèles de courage et d’abnégation, de renoncement et de droiture.

Ils assumèrent avec dignité et respect de l’engagement un choix de jeunesse qui par la règle sacerdotale est irrévocable et qui n’aurait peut-être pas été le leur à une autre époque.

 

Tout ce qui précède me permet aussi de faire mieux comprendre le climat particulier dans lequel je baignais.

 

Mon entourage familial, issu de la très chrétienne ville de Ciney dans le Condroz namurois, accueillit avec une évidente satisfaction bien que teintée de prudence, mes intentions de vie sacerdotale.

 

Mes oncles furent consultés et m’interrogèrent. Ils me parurent assez embarrassés et beaucoup moins emballés que les autres. Je suppose qu’ils avaient perçu l’ambiguité et la fragilité de mes intentions.

 

L’oncle Paul, préfet de discipline de Gentinnes, crut bon de présenter une solution qui lui semblait la meilleure : entrer dans son collège où il pourrait m’orienter, me suivre et me conseiller.

 

Cet établissement comme je le signalai plus avant, était destiné à former des futurs missionnaires. A la demande de mon oncle, ses confrères tolérèrent trois exceptions : Jacques, un cousin, fils de la sœur aînée de mon père et deux de ses copains de Winterslag, bourgade minière de Campine d’où ils provenaient.

 

Voilà comment, un beau jour de septembre 1943, en pleine guerre, je me retrouvai avec Jacques, mon cousin, et ses deux copains à la salle d’accueil du collège où étaient reçus les « nouveaux ».

 

Une atmosphère fébrile et inquiète y régnait, faite de l’angoisse camouflée des mamans et de leurs rejetons affolés.

 

C’était la première fois, pour la plupart, qu’ils quittaient le tiède giron familial pour une parenthèse monastique d’au moins trois mois, avec toutes les contraintes physiques et morales qu’elles comportaient et qui n’étaient interrompues qu’aux vacances de Noël, Pâques et fin d’année scolaire.

 

Les pensionnaires du collège étaient logés dans de grands dortoirs : il y en avait un pour les « petits » (c’est-à-dire nous), un autre pour les « moyens » (quatrième et troisième latines) et les « grands »(secondes et rhétoriques).

 

Comme nous nous trouvions dans un couvent de religieux, il y avait ce qui est appelé « la clôture », c’est à dire des locaux interdits aux « laïcs » qui n’avaient accès qu’à la salle de réception, la salle des fêtes, le réfectoire, la chapelle et par exception, le jour de l’entrée des « petits », leur dortoir.

 

Sans crainte de frôler le ridicule et comme quoi les petites causes peuvent avoir de grands effets, je dois raconter ici que ma plus grande appréhension fut de penser que j’allais devoir me déculotter en public dans le grand dortoir des petits, pour enfiler un pyjama.

 

J’étais d’une pudeur excessive à cause du type d’éducation que j’avais reçu faisant tabou du sexe et de tout ce qui y avait trait.

 

Depuis plusieurs jours, je faisais des cauchemars et me retrouvais la nuit, en rêve, en courte chemise et sans culotte, coupable et terrorisé d’une peur physique pleine d’angoisse.

 

Avec le recul du temps, on réalise l’incroyable fossé qui sépare nos générations confrontées à deux systèmes aussi excessifs l’un que l’autre.

 

De nos jours, la libération de la pensée a donné à l’individu une grande liberté de conscience, même chez les croyants. Cette libération des esprits s’est étendue comme une tache d’huile, provoquant un emballement grave, avec comme résultante un relâchement dangereux des mœurs.

 

Par contre dans un passé qui fut celui des seniors d’aujourd’hui, régnait un rigorisme ridicule qui jetait opprobre et exclusion sur tout ce qui touchait le sexe.

 

On osait à peine en parler, les parties inférieures du corps étaient l’objet d’une pudibonderie ridicule. (De là, l’angoisse qui m’habitait à l’idée de montrer, en me dévêtant, ne fut-ce qu’un rien de bas-ventre.)

 

L’initiation sexuelle mettait éducateurs et parents dans un embarras profond et il me fut rapporté que certaines jeunes femmes de ma famille s’étaient trouvées, la veille de leur nuit de noces, absolument inconscientes de ce qui allait leur arriver.

 

En ce qui me concerne, il faut que je détaille les avatars de ma propre initiation.

 

Comme tout adolescent bien constitué, je me posais des questions sur la procréation et les rapports physiques qui devaient exister entre deux êtres de sexe opposé.

 

Mes parents dans la crainte de gaffer, me renvoyèrent à mon confesseur, le tout gentil et timide Père Joseph qui me demanda si j’avais déjà observé certains comportements des animaux de sexe opposé.

 

Je répondis avoir vu dans l’étang des grenouilles qui s’étreignaient. Le bon et si touchant Père, n’ayant vraiment aucune connaissance en zoologie, soulagé me dit : « Eh bien, c’est comme ça que ça se fait ».

 

Il ignorait vraisemblablement que chez les batraciens, comme chez les poissons « ça se fait » autrement que chez les mammifères, c’est-à-dire par projection extérieure du liquide fécondant sur les oeufs pondus par la femelle.

 

{5.2} Revenons maintenant à ce fameux premier jour de mon entrée au collège : c’est hanté d’appréhensions ridicules quant aux atteintes à ma pudeur que je découvris avec mes parents le redouté dortoir au premier étage du bâtiment principal.

 

De grandes fenêtres l’éclairaient abondamment et les lits étaient rangés de part et d’autre d’une allée centrale. Au mur, un austère crucifix et un Saint-Esprit sous forme de colombe, l’ordre s’étant voué à celui-ci.

 

Maman s’empressa de ranger mes affaires dans l’armoire étroite qui m’était attribuée parmi toutes celles qui se trouvaient alignées le long du mur.

 

Une pièce contiguë était réservée au débarbouillage matinal. On y trouvait des rangées d’armoires basses destinées à contenir nos effets de toilette et, pendant la guerre, on y tolérait quelques provisions de bouche mais pas de friandises.

 

Sur ces armoires, des cuvettes émaillées blanches qu’il fallait remplir d’eau, le soir, pour gagner du temps le matin. En hiver, par temps de gel, on devait casser la glace qui s’y était formée (on ne chauffait que les locaux scolaires, le réfectoire et les bureaux-chambres des professeurs.)

 

Aussi angoissé que les autres mais trop fier pour le montrer, je cranais pour soutenir les miens.

 

Le moment du départ fut un déchirement pour ces bambins (certains de septième avaient à peine dix ans) et c’est le cœur gros que nous nous sommes trouvés en cour de récréation avec les « anciens» qui fanfaronnaient.

 

Nous avons l’âme en mal

Du bâtiment trop grand

Un lourd cœur animal

Qui pleure et perd le sang.

 

Pauvres petits garçons

Qui sanglotent au giron

De mamans éperdues

Et tendrement émues.

 

Envoyez aux nuages

Tant de soupirs secrets,

Tout petits gars si sages

Qui ne furent pas prêts

A entrer au couvent

Pour y pleurer souvent


Voilà comment je me suis retrouvé avec une douzaine de petits diables comme moi en classe de sixième pour y apprendre principalement le latin, les maths et le français.

 

Je n’étais pas bon élève, trop dissipé, distrait et peu attentif. Les résultats s’en firent rapidement ressentir.

 

L’oncle Paul était notre professeur de français et assumait la tâche combien ingrate de préfet de discipline.

 

C’était donc lui qui morigénait ses neveux, mon cousin Jacques n’étant pas plus brillant que moi. Intègre et juste, il nous a toujours traités avec une rigueur et une fermeté scrupuleusement identiques à celles qu’il appliquait aux autres élèves.

 

Notre oncle en qualité de préfet de discipline avait eu l’idée (peut-être discutable) d’introduire le scoutisme intégral dans son établissement - tous les élèves étaient inscrits à la Fédération des Scouts Catholiques - Il poursuivait ainsi un double but : occuper les loisirs des jeunes qui lui étaient confiés et les former physiquement et d’autre part développer en eux l’idéal du service aux autres et du dévouement.

 

{5.3} Nous menions une vie quasi monastique : lever à 5 heures, gymnastique, torse nu, dehors par tous les temps – ensuite toilette dans notre bassin émaillé blanc (avec glace garantie, par temps de gel) –

 

A 6 heures, messe, prières et méditation dans la chapelle.

 

Suivait, à 7 heures, le petit-déjeuner en silence avec lecture d’une œuvre littéraire facile qu’un « lecteur » (il était juché sur un haut siège et chacun avait son tour) « chantait » consciencieusement sur le ton lancinant et barbant du recto-tono, usage courant dans les couvents.

 

De temps à autre, le Père supérieur reprenait des erreurs que des jeunes potaches évitaient difficilement.

 

Sur une petite estrade, démocratiquement, les Pères partageaient nos repas et notre discipline.

 

Pendant la guerre, menu invariable : un bol de petit lait, légèrement sucré, épaissi à la farine de seigle dans lequel nous trempions une tranche du pain bis fabriqué par les frères convers avec la mauvaise farine grise (légèrement tamisée pour en enlever mal certains déchets suris qui lui donnaient mauvais goût) à laquelle l’établissement avait droit en échange de nos timbres de ravitaillement. (timbres de rationnement distribués mensuellement par les autorités à chaque citoyen belge)

 

Après le déjeuner, à 7 heures 30, une heure de travail scolaire dans la grande salle d’étude, sous l’œil sévère d’un surveillant.

 

Nous étions ensuite astreints à une heure et demie de corvées ménagères diverses : enlever les yeux que la machine à éplucher les pommes de terre avait laissés, nettoyage des légumes, entretien des locaux, aide au jardin et corvées diverses.

 

Astucieux et courageux, les « Pères » comme on les appelait dans la région, parvenaient à fonctionner pratiquement en autarcie, assurant en quantité et qualité les besoins en nourriture d’une collectivité d’une centaine de personnes, à une époque de famine.

 

Pour atteindre cet objectif, celui qui était appelé le Père-économe avait converti une partie des dépendances du collège en locaux adéquats à ces activités complémentaires (potager, verger, porcherie, poulailler, boucherie, boulangerie, etc.) ce qui entraînait un accroissement des besoins en main- d’œuvre que les frères déjà surchargés ne pouvaient plus assurer sans cette corvée qui nous était imposée le matin.

 

Nous subissions, ensuite, deux cours d’une petite heure, ce qui nous amenait à l’arrêt de midi avec la première levée de la règle du silence pour un repas chaud que le cuisinier s’ingéniait à nous préparer avec ce que le Père-économe, débrouillard, lui fournissait. S’ensuivait alors, la première période de récréation de la journée.

 

Les cours (trois heures) et la loi du silence reprenaient à 14 heures - A 17 heures, collation frugale (une tranche de pain-maison sur laquelle on étendait une marmelade noire, appelée sirop, confectionnée avec des déchets de sucrerie).

 

Une demi-heure plus tard retour à la salle d’étude, jusque 19 heures, pour les devoirs et leçons de la journée.

 

Venait ensuite le repas du soir, en silence, avec lecture d’un ouvrage pieux comme « L’imitation de Jésus-Christ » suivi d’une période de temps libre (avec nouvelle levée de la règle du silence).

 

Nous nous retrouvions à la chapelle à 20 heures pour l’office du soir et la prière qui étaient suivis d’une rapide toilette du soir, vers 20 heures 45, devant le bassin émaillé, avec extinction des feux à 21 heures, un père-surveillant arpentant les couloirs entre les lits en disant son chapelet.

 

Ce régime sévère valait pour les jours de la semaine (du lundi au samedi compris) sauf le congé obligatoire du jeudi après-midi où une activité scoute, généralement en patrouille, remplaçait les trois heures de cours.

 

Le samedi soir, c’était le rituel hygiénique de la grande toilette hebdomadaire sous la douche qui se passait dans un local non chauffé.

Nous disposions d’une dizaine de cabines sans commandes individuelles, un préposé-surveillant se chargeant de régler la température de l’eau, son débit et sa durée d’utilisation à sa guise avec le souci de faire de nous des hommes aguerris en nous envoyant une eau presque froide.

 

Les dimanches et jours fériés étaient comme partout jour de congé et de dévotions pour lesquels nous nous devions d’être particulièrement performants, étant donné notre statut de futur prêtre.

 

Les corvées et les cours étaient remplacés par les nombreux offices religieux.

 

Ca se passait de la manière suivante : après toilette matinale et gymnastique, de 6 heures à 8 heures, messe et méditation suivi d’un retour en salle d’étude pour lectures de préférence pieuses ou édifiantes.

 

10 heures : grand-messe chantée,

11 heures : temps libre en salle de récréation ou salle d’étude pour les pensums ou travaux de rattrapage ;

12 heures : repas et à partir de 13 heures, activités scoutes (grands jeux à l’extérieur) ;

17 heures 30 : « vêpres » (cérémonie religieuse chantée) suivies d’un temps libre ;

19 heures : repas du soir suivi d’une heure de temps libre pour activités scoutes en patrouille (aux grandes occasions « feu de camp », c’est-à-dire chants et sketchs autour d’un grand feu) ;

20 heures : « salut » (cérémonie religieuse dominicale dédiée à la Vierge) suivi de la toilette habituelle du soir et du coucher à 21 heures.

 

Nos professeurs étaient très bons et très dévoués, mais nous le leur rendions très mal. Notre vie quasi monastique était trop austère et sévère pour des adolescents. Nous tentions de chasser le « cafard » qui nous accablait souvent en espiègleries pas bien méchantes cependant répréhensibles.

 

Mes pitreries avaient beaucoup de succès et j'étais souvent entouré d'une "cour" de deux ou trois copains que j'amusais beaucoup au grand dam du cher oncle qui voyait ça d'un très mauvais oeil

 

Il me réprimandait souvent et mes bulletins s'en ressentaient.  Mai c'était plus fort que moi, j'avais ça dans le sang, mes oncles paternels étaient tous des rigolos, y compris l'oncle de Gentinnes.

 

Ce fut d'ailleurs une grande déception pour moi de réaliser que le "comique" qui faisait rire tout le monde en réunion de famille, prenait l'attitude grave et sévère que lui imposait sa fonction de préfet de discipline.


Certains professeurs, bien souvent les plus gentils, devenaient vraiment nos têtes de turc. L’ascendant ou l’autorité sur les autres, on l’a ou on ne l’a pas : c’est inné.

 

C’est un don que l’oncle préfet avait reçu incontestablement, mais par contre un jeune Père, notre professeur de latin, en était totalement dépourvu.

 

Il voulait nous intéresser et s’intégrer en jouant au Prof-copain et à la longue n’y parvenant pas se mit à sévir durement. Mais rien n’y fit, il n’avait incontestablement pas la manière. C’était le Prof-martyr comme il y en a tant de nos jours.

 

Nous étions quand même bons bougres et pris de remords prenions la résolution de ménager notre victime.

 

Ca n’a jamais tenu plus d’une demi-heure ; insensiblement, comme malgré nous, le chahut sourdait presque imperceptible d’abord et puis de plus en plus fort.

 

Des qualités d’autorité naturelle et d’ascendant sur les autres, devraient être un critère impératif de sélection des enseignants, dans l’intérêt évident des deux parties : le maître et l’élève.

 

A ce propos, je me dois de raconter un incident majeur dans le contexte du lieu, de l’époque et du milieu dans lequel il s’est produit.

 

C’était l’hiver de 1943-1944, particulièrement dur et long. Une sorte d’apathie générale semblait s’installer. Le « cafard » grignotait les troupes.

 

Tous les élèves se trouvaient réunis dans la grande salle de travail pour l’étude du soir. Le Père surveillant était à son pupitre devant. Les élèves étaient installés, chacun à son banc, par ordre de classes : les petits à l’avant, les secondes et rhétos derrière.

 

On ne sait trop pour quelles raisons, soudain, les « grands » à l’arrière se mirent à faire claquer en cadence les couvercles des pupitres de leur banc. Le surveillant, interdit, cria : « Du calme, Messieurs, du calme ».

 

Rien n’y fit, bien au contraire, le vacarme gagna du terrain pour atteindre le milieu de la salle. Le surveillant, affolé, se précipita vers les chahuteurs pour tenter de les calmer.

 

Mais dès qu’il s’approchait d’une zone perturbée, les tapageurs concernés se tenaient innocemment cois, tandis que les autres tapaient de plus belle.

 

Nous, les petits, d’abord effrayés, nous y allâmes aussi, timidement d’abord et avec joie et entrain ensuite. Le pauvre Père courait d’avant en arrière, n’arrivant pas à pincer un coupable : il n’avait à sa portée que des petits anges, les deux mains le long du corps, apparemment totalement innocents.

 

Le surveillant abandonna la partie et nous nous retrouvâmes, très excités, chantant l’internationale à tue-tête.

 

Il convient de réaliser la scène dans un contexte de lieu et d’époque : une bonne soixantaine de futurs curés, hurlant à pleins poumons, en 1944, le chant des « rouges » dans un chahut épouvantable et prêts à en découdre avec qui oserait les toucher.

 

Mon oncle, préfet de discipline, se devait d’intervenir mais il était introuvable. Un autre Père tenta timidement de calmer les esprits mais en vain, il fut refoulé sous les huées, sifflets et petits projectiles divers.

 

Je n’ai jamais connu les causes de cette « révolution », s’il y en avait une. C’était peut-être une blague qui a dégénéré et ceux qui en étaient l’origine, devaient être terrorisés de la tournure que prenaient les événements déclenchés, d’autant plus que, laissés à nous-mêmes, le chambard s’enflait incroyablement et que rien ne semblait devoir l’arrêter.

 

Je me suis souvent dit que c’était comme ça que naissaient les révolutions, dans une ivresse collective plugins/blogspirit/langs/fr.js?20090525"> // // --> // --> //]]> et communicative et sans se soucier des lendemains répressifs.

 

La nôtre d’insurrection dura le temps relativement long qu’il fallut pour enfin dénicher l’oncle qu’on a trouvé en visite chez un voisin.

 

Mis au courant des événements, il a agi avec son habituelle détermination et l’assurance de son pouvoir.

 

Je réalisai alors combien l’autorité et la faculté de diriger les hommes sont l’apanage de certains et de mon cher oncle, en particulier. span> //]]>

 

En effet, pénétrant dans la salle d’étude en ébullition, comme Daniel dans la fosse aux lions, il s’avança lentement, très droit et calme.

 

Aussitôt, comme des cartes à jouer qui s’effondrent les unes sur les autres, les couvercles des pupitres des bancs se turent, abandonnant la place à un silence sinistre et angoissé.

 

Mon oncle, olympien, très maître de lui, remonta toute la salle et se plaçant sur l’estrade devant les « révolutionnaires », d’abord les toisa avec insistance mais sans colère, sûr de lui et de son autorité.

 

Nous n’avons pas pu à ce moment faire autrement que l’admirer et l’estimer. Sans se départir de son calme, il nous envoya dans les dortoirs en nous conviant à une réunion-débat, au lever du lendemain, sur le sens à donner à notre acte, la responsabilité de chacun et les sanctions qui s’imposaient.

 

Nous en reparlâmes souvent après, l’incident nous ayant bien sûr fortement marqués. Mais nous étions unanimes à mettre en exergue ses qualités de meneur d’hommes, sa droiture, sa bonté et son dévouement.

 

Il deviendra supérieur de l’établissement, transformera le petit séminaire en collège ouvert à tous, l’agrandira de nouveaux bâtiments modernes, parviendra à obtenir l’agrégation du Ministère pour l’homologation des diplômes, et après le drame de l’exécution des missionnaires de Kongolo au Congo, remuera ciel et terre, les autorités et les fidèles pour faire ériger, dans l’enceinte du collège, un mémorial-chapelle national à la mémoire des missionnaires ayant laissé leur vie, lors des événements qui, après l’indépendance, ont ensanglanté ce pauvre pays.

 

{5.4} Pour rappel, à Kongolo se trouvait une mission d’une douzaine de spiritains, confrères de ceux de Gentinnes, qui furent assassinés par une soldatesque ivre et inconsciente, le 1 janvier 1962.

 

Parmi eux, des anciens camarades du collège et surtout un copain de classe, René Tournai et un chef scout, Pierre Gilles (totemisé Ourson).

 

Il y eut cependant un survivant, échappé par miracle qui fut mon chef de patrouille duquel je parlerai plus loin.

 

Écoutez le chant des tam-tams

Au cœur d’un ciel rouge de flammes ?

Entendez-vous le chant du cher copain René,

Si courageux sous les balles des forcenés ?

Entendez-vous, aussi, le chant du chef Ourson

Bénissant ses bourreaux,

Pris de boisson, qui ne savent plus ce qu’ils font ?

 

Le ciel fauve d’Afrique en pleurs s’est tu,

Les gazelles fuyaient les hommes en rage,

Les oiseaux se cachaient dans le feuillage,

Et les mères pleuraient ceux qu’elles n’ont plus.

 

Des griffes de sang noir

Feront au ciel d’un soir

Des zébrures de rage,

Réveillant les tourments

De ces hommes déments

Revenant d’un autre âge.

 

Quoi de plus merveilleux pour un jeune garçon que de disposer le long de sa cour de récréation d’un bel et grand étang, aux nombreux coins secrets, bordé de grands arbres avec en son centre une île sur laquelle pleure un saule ?

 

Comme je l’avais signalé plus avant, les Pères ne manquaient pas de faire valoir cet avantage lorsqu’ils recrutaient. C’était, en ce qui me concerne, ce qui tempéra mes appréhensions.

Aussi, le premier jour, je ne manquai pas avec les autres nouveaux, d’y pêcher des têtards et autres alevins ainsi que d’y faire quelques tours en barque.

 

Plus tard, quand je fus bien intégré et adapté au règlement, je m’arrangeai pour tromper la vigilance des surveillants en me glissant sous le treillage qui fermait l’aire de récréation.

 

J’avais repéré un endroit de passage où la clôture était un peu relâchée et sous laquelle je parvenais à me glisser, au prix de contorsions difficiles. Il va de soi que cette action était totalement interdite et sanctionnée durement, l’étang n’étant accessible que sous surveillance.

 

{5.5} Ces incursions dangereuses et brèves me permirent cependant de découvrir une belle grenouille brunâtre, aux grands yeux tendres et doux de bovidé, qui pataugeait à grands coups de ses longues cuisses luisantes dans une sorte de petite crique discrètement camouflée.

 

Le soir, je la retrouvais et elle m’accueillait en gonflant ses bajoues. J’en avais fait une amie que j’avais introduite dans mes dédoublements dont j’avais fortement amélioré la technique, les rendant de plus en plus discrets et réels.

 

Cette faculté de rêve-éveillé me permettait de supporter une vie qui ne me convenait pas du tout. Dès que je le pouvais, à l’étude, comme au lit, je m’évadais dans mon monde avec mes amis imaginaires.

 

Une nuit d’hiver, glaciale, abyssale et longue, en plein désarroi et triste à mourir, j’appelai ma grenouille qui accourut aussitôt.

 

- Que veux-tu, descendant des hommes ?

- Connaître ton nom.

- Je suis Rana 1ère, mère de la génération de la lune rousse dans les roseaux de l’érable noir et mon époux s’appelle Rana 1er, père de la génération de la lune rousse dans les roseaux de l’érable noir.

- C’est trop compliqué, s’exclama Madoulet qui nous avait rejoints avec les autres.

- Nous nous appelons toutes Rana 1ère, et les mâles, Rana 1er , c’est une règle chez nous.

- Marrant, ç’truc-là, grommela Jim.

 

La grenouille était très gentille et nous raconta beaucoup d’histoires d’eau, bien entendu, avec tritons, épinoches, et autres habitants des étangs.

 

C’est ainsi qu’elle nous invita à vivre l’aventure impossible des « Globuleux », êtres invisibles qui vivaient dans des perles d’eau.

 

- Suivez-moi, dit-elle, en sautant dans l’eau.

- Elle est dingue, dit Pit, qu’est-ce qu’on fait ?

- On la suit, s’exclament en chœur, Madoulet et Jim, tout en se précipitant dans l’étang.

- On va se mouiller et l’eau est dégueulasse, remarquait Gros Bidon, pas du tout intéressé et qui s’assit sous un arbre, les bras autour des genoux.

 

Sans nous occuper de lui, nous suivîmes Rana 1ère dans une sorte de soupe verdâtre. Elle nous précédait, nageant élégamment tandis que, derrière elle, notre curieuse troupe barbotait maladroitement.

 

Imaginez la scène :

 

Belle des Cloaques, l’araignée, à la manière d’un poulpe, se propulsait à coups de ses huit pattes, Jim toujours opportuniste, accroché à son dos ; la guêpe et le carabe, allergiques à l’eau, ne prétendant pas se mouiller, nous suivaient à la surface, en glissant sur leurs pattes comme des hydrophiles.

 

Quant à Madoulet, le sabre entre les dents, il s’empêtrait dans ses hauts-de-chausses en nageant entre deux eaux, alors que Pit et moi, nous nous efforcions tant bien que mal, maladroits dans la vase, de ne pas nous laisser distancer.

 

Gros Bidon, sur le bord, se lamentait, en prétendant que nous allions nous noyer. Le feu follet, mystérieusement, avait disparu comme dissous dans l’eau.

 

Rana 1ère nous attendait au plus profond de l’étang, là où jaillissait une source qui bouillonnait légèrement avec beaucoup de belles bulles s’élevant à la surface comme l’encens au-dessus d’un autel.

 

L’endroit était sublime de limpidité et de transparence et les bulles s’irisaient en s’enivrant des rais du soleil.

 

Confondus d’émerveillement, nous écarquillâmes les yeux dans l’attente de la suite que Rana 1ère semblait nous réserver.

 

Sans hésiter, elle plongea dans une bulle pour s’y installer confortablement. Envoûtés et ensorcelés, nous fîmes de même.

 

Bien installés dans nos « aquanefs », nous descendîmes dans la source en traversant un monde de rêve et de cristal. Les bulles s’élevaient autour de nous en jetant des feux de diamants.

 

La descente nous conduisit dans un monde sphérique où tout, y compris nous-mêmes, n’était que bulles.

 

Pas très loin de moi, Rigolard, mon carabe marrant, qui en avait récupéré une quand il glissait à la surface, s’amusait à y faire des cumulets en se faisant glisser sur ses parois bombées.

 

Dans cet univers féerique vivaient des êtres étranges, enfermés comme nous dans leur bulle, et qui nous faisaient de grands signes de bienvenue.

 

Leur tête était une sorte de bille transparente et miroitante qui semblait toujours nous regarder, nous sourire ou nous parler.

 

Huit bras filiformes, aussi souples que des ficelles, s’agitaient en tous sens en prenant appui, tout en glissant, sur les parois de leur bulle.

 

Non loin de moi, il y en avait une qui me souriait depuis un moment. Je lui fis signe : un dialogue s’ensuivit par le truchement de je ne sais trop quel sortilège.

 

- Tu viens sans doute du dessus des eaux ? Commença-t-elle.

- Je suis un terrestre qui n’aime pas beaucoup cet élément, j’en ai assez peur.

- Tu ne dois pas avoir peur ; l’eau, c’est la vie et l’eau des sources, c’est l’âme de la vie, parce qu’elle est plus pure que le ciel bleu sans nuage.

- Mais qui êtes-vous ?

- Nous sommes des gouttes de la mémoire de l’eau.

- Des gouttes de mémoire ? Mais qu’est-ce que c’est que ça ?

- L’eau est la mère de la vie. Nous sommes les gardiens des mystères de la vie. Nos ancêtres dans la lagune-utérus ont imploré le soleil pour qu’il donne la vie et la vie est entrée dans l’eau et l’eau a nourri la vie et la vie a peuplé l’eau et l’air et la terre toute entière.

- C’est une belle histoire ! As-tu un nom ?

- Nous n’avons pas de nom. Nous sommes toutes identiques, nous parlons et pensons toutes ensemble : nous sommes l’âme de l’eau.

 

La goutte s’est mise à sourire : un sourire infini, un sourire de ciel tout bleu, celui qu’il a quand le soleil se couche voluptueusement dans ses bras refermés.

 

Nous étions abasourdis : chacun de nous avait reçu le même message aussi bizarre que mystérieux. Madoulet, dans sa bulle, en était le derrière par terre. Il fut le premier à réagir :

 

- Sacrebleu ! mordieu, si je m’attendais à un truc pareil ! Qu’est-ce que c’est que ce charabia ?

- Ce sont des confrères en imaginaire, expliqua le feu follet que nous entendîmes soudain sans le voir. Nous sommes l’âme de la vie qui s’élève au-dessus des morts reposant dans les cimetières et nous dansons toutes les lunes vertes au sabbat des poètes et des conteurs d’histoires.

 

Hymne de l’eau

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Ô, toi, ma mère l’eau

Tu murmures et tu chantes

Comme le bel oiseau,

Qui coule dans les pentes

En élevant aux cieux

Un chant pour ces lieux.

 

Ô ! ma source, ô ! mon eau

De lents canards te saignent

En fendant tes ruisseaux.

Ton bleu miroir se baigne

Dans ton ciel le plus beau

Pour les petits moineaux

Qui s’y mirent et s’y penchent

Depuis les basses branches.

Tes océans miroitent tes ciels sans nuages

Tes mers accourent, toutes folles d’horizon.

De beaux galets s’enroulent, le long de tes plages

Où le sable s’écoule en un grand flot très blond.

 

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L’état de « temps de guerre » mettait souvent le collège en situation particulière et exceptionnelle. Ainsi, l’établissement de Lière, pendant flamand du nôtre, pour des raisons que j’ignore, ferma momentanément ses portes et nous envoya ses recrues.

 

On nous demanda donc de serrer les rangs et de faire place aux nouveaux venus. Notre classe, surpeuplée, devint plus bourdonnante qu’une ruche en mal d’essaimage.

 

Nos condisciples flamands étaient plutôt sympas et, très en symbiose, baragouinèrent d’abord un français approximatif pour ensuite se débrouiller très honorablement avec la si difficile « langue de Voltaire ».

 

J’ai toujours eu la plus grande considération et la plus grande admiration pour ceux qui ont cette faculté merveilleuse, moi qui me suis battu toute ma vie pour apprendre les langues, sans grands succès.

 

{5.6} Un jour, en plein trimestre, on nous demanda d’accueillir un « nouveau ». Il était secret et triste de ses grands yeux gris, des yeux d’enfant qui ne l’est plus.

 

Il parlait peu d’un langage prudent et mesuré. Il se tenait souvent seul, sans jouer, affaissé, comme écrasé par quelque chose qu’il ne pouvait révéler.

 

Je le questionnais souvent : il ne répondait pas, mais ses yeux voulaient dire ce que sa bouche taisait. Les autres se préoccupaient peu de lui : il n’intéressait personne et ne semblait pas normal.

 

Il était souvent absent des cours, on ne savait trop pourquoi. Les Pères le ménageaient et lui parlaient avec beaucoup de gentillesse comme s’il était anormal.

 

Nous n’avons jamais rien soupçonné du drame qui hantait ses nuits de cauchemars : plus tard, j’ai appris que c’était un petit juif que les pères cachaient et qui avait assisté à la mort de ses parents torturés devant lui.

 

Ô petit copain triste,

Aux yeux si bleu pervenche

Tu cherches, très au lointain

Dans la gadoue, dans la fange

Les yeux dorés de ton père,

Les yeux de ciel de ta mère

En gémissant ta plainte

D’orphelin triste.

 

Ta plainte d’orphelin triste

Qui pleure sa mère déchirée

Qui gémit son père torturé

Qui a les yeux pleins de sang

Qui a du sang plein les larmes

Qui a mal de la haine des hommes

Qui est pauvre de solitude

Qui a un cœur qui ne peut plus aimer

Qui cherche, qui cherche

L’amour qu’il craint

De ne plus trouver.

 

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{5.7} A la fin des vacances de Pâques, fin avril 1944, les autorités du collège nous font savoir qu’en raison de l’imminence d’événements graves, les cours seront suspendus jusqu’à nouvel ordre et les élèves renvoyés chez eux.

 

En effet, les alliés gagnent du terrain en Italie et la défaite allemande se précise de jour en jour. On s’attend à une opération militaire de grande envergure avec débarquement sur les côtes de la Manche.

 

Nos professeurs furent chargés d’organiser des travaux scolaires par correspondance en vue de préparer un éventuel examen de passage quand les événements le permettraient.

 

Quand les cours reprirent après la libération, en octobre, le seul d’entre nous qui, dans tout le collège, parvint à réussir l’examen de passage imposé pour accéder à l’année supérieure, fut un surdoué, venu tout droit de sa Campine avec mon cousin Jacques.

 

Les autres, dont j’étais, bien entendu, ne s’appliquèrent qu’insuffisamment, la désorganisation générale aidant, pour préparer cette épreuve, si bien que nous avons tous doublé, sauf un.

 

Il faut dire aussi qu’un arrêt scolaire de cinq mois (mai à septembre) dans des conditions exceptionnelles n’était pas de nature à nous préparer valablement.

 

Nous avons profité somptueusement de ces vacances forcées, certes moins appréciées par nos parents obligés de subir notre désœuvrement.

 

Je m’étais installé une petite table devant la fenêtre de rue de notre appartement du deuxième étage pour y bâiller sur mes ennuyeux travaux scolaires, aussi barbants que les devoirs de vacances souvent imposés aux mauvais potaches de mon espèce.

 

Aussi, crayon mordillé et rongé en bouche, j’étais davantage attentif aux mouvements de ma rue qu’aux versions latines et autres théorèmes casse-pieds.

 

Juste devant moi, à moitié camouflée par un des sorbiers qui bordaient notre rue, je pouvais observer par la fenêtre la petite échoppe du marchand de bois coupé. Spectacle assurément peu passionnant ! Et pourtant !

 

C’était auparavant un petit abri à charrette de colporteur qu’un homme d’apparence distinguée avait transformé en boutique à bois coupé pour le feu.

 

Les ménagères venaient chez lui s’approvisionner d’un peu de petits bois secs destinés à provoquer une flambée dans un combustible hétéroclite, rare et récalcitrant qu’elles avaient trouvé difficilement, aussi l’utilisait-on parcimonieusement.

 

Dans les  cabas, le petit bois pour allumer le feu avoisinait les maigres trouvailles alimentaires du jour méritées par de patientes « queues » ou « files » (on allait faire la file, comme on disait alors) chez les commerçants.

Le marchand de bois était assis dans un petit fauteuil d’osier dont il avait raccourci les pieds.

 

Des deux jambes, il encerclait un gros billot qu’il maintenait contre lui et fendait de grosses bûches en tranches fines et régulières qu’il rassemblait ensuite d’une main preste pour faire tomber sous sa serpette une pluie de bâtonnets blancs. (Plus ils étaient fins, plus l’opération était rentable pour le consommateur qui en utilisait moins)

 

La moisson blanche montait le long de ses jambes et l’envahissait jusqu’à ce que, débordé, il se relevât en s’ébrouant et en se dégageant pour former un grand tas à coup de fourche habilement maniée.

 

Moisson si blanche qui s’écoule

Comme un fleuve d’écume blanche

Que des mandarins gris contemplent,

Yeux fermés et mains dans les manches.

 

Le billot sonne et le bois chante

De longs cantiques de voix blanches

En de grands flots échevelés.

 

J’étais fasciné par cet homme étrange. Il portait souvent une sorte de gabardine dont il relevait le col. Il se coiffait d’un feutre comme un personnage de roman policier.

 

Des hommes jeunes venaient bavarder avec lui en conversations animées et mystérieuses mais sans rester longtemps.

 

Je voulais en faire un héros de la résistance et mon imagination lui attribua les plus grands mérites en l’embarquant dans les aventures les plus romanesques.

 

Je n’avais pas tort car j’appris, à la libération, qu’il était un relais de l’armée secrète que son petit commerce camouflait.

 

Nous n’étions pas loin de la caserne Dailly et de son sinistre lieu d’exécution (devenu depuis la fin de la guerre, l’enclos des fusillés).

 

Un jour, un copain de collège m’invita à passer une après-midi chez lui. Il occupait avec ses parents un appartement pas très grand.

 

Son père était un ancien aviateur de la guerre 14-18 qui revint un peu avant le repas du soir accompagné d’un homme à belle moustache, très british, qui parlait peu une langue que je ne comprenais pas et semblait inquiet.

Je ne m’en souciais que peu : nous achevions une passionnante partie de dames.

 

Quand nous passâmes à table, je le regardai plus attentivement. Ses yeux croisèrent les miens, longuement. Il y avait dans son regard tant de lassitude et de détresse que j’en frémis.

 

Il ne parlait pas, il n’a rien dit pendant tout le repas. Il avait de belles mains dont l’une tripotait nerveusement le couvert rangé le long de son assiette.

 

Son regard croisait souvent le mien : je pensai que je lui rappelais quelqu’un.

 

Son repas fut interrompu par l’arrivée de deux hommes qui repartirent précipitamment avec lui.

 

Mon camarade me confia que c’était un aviateur anglais que son père et son réseau rapatriaient en Angleterre.

 

Quand je racontai ça chez moi, mes parents me recommandèrent de n’en parler à personne.

 

L’audace de cette famille, leur courage simple frisant l’inconscience me bouleversera toujours. Je réalise aussi en frémissant au danger qu’inconsciemment j’aurais pu présenter en manquant de discrétion.

 

Maintenant quand je pense à lui, je ne peux m’empêcher de ressentir ce long désarroi de l’animal traqué qui sent la mort ou la souffrance au bout de son chemin.

 

 

Triste est ton regard affolé,

Triste est ta si longue lassitude

D’animal traqué.

 

Tu m’agresses en plein ventre

Tes yeux rongent mon âme

Du vide obsédant

Qui sépare nos existences.

 

Ton regard bleu tremble

Comme tremblent les feuilles

En mal d’orage.

 

Tes yeux murmurent la plainte

De ta chair froide et lasse

Qui appelle le silence infiniment.

 

Les « Pères » comme beaucoup de Belges de tous milieux, offraient l’asile à de nombreux clandestins que la « gestapo » traquait et recherchait.

 

C’était certes très dangereux surtout dans un environnement scolaire composé de jeunes au langage souvent imprudent, la moindre fuite compromettait le collège tout entier et exposait ses responsables aux pires sanctions ; aussi ces actions dangereuses étaient-elles soigneusement camouflées.

 

Cependant, Guy et moi, toujours fureteurs, avions trouvé étranges certaines allées et venues constatées du côté des bâtiments réservés aux activités fermières des frères.

 

Cette suspicion méritait une expédition exploratoire, ce que nous tentâmes illico en profitant de la période de corvée matinale.

 

Nous étions, à l’époque, chargés d’aider le frère-jardinier à entretenir la serre où grandissaient de mignonnes petites pousses, fragiles comme un cheveu, appelées à se fortifier pour devenir d’accortes salades ou autres choux-cabus et poireaux grassouillets.

 

Le frère, trop confiant, nous laissait souvent seuls, latitude qui nous a permis de tenter des actions de reconnaissance. Nous avons vite compris que dans les fenils se cachaient des clandestins que des « passeurs » devaient acheminer en lieux sûrs.

 

Très excités et très imprudents, nous avons tenu dans la confidence certains privilégiés auxquels nous demandions cependant le secret absolu. Quant à nous, nous nous étions ménagé un observatoire par le biais du grenier d’une remise à outils attenante d’où nous pouvions à loisir contempler nos héros.

 

 

Beau grand soldat de l’ombre

Dans le foin de ta cache

Tu gémis ton ciel sombre

Qui fait comme une tache.

 

Tache au front des soudards

Qui traquent dans les bois,

L’animal aux abois,

Qui les fuit sans retard.

 

Les dés de la bataille

Ne sont encor joués.

Dans le foin, dans la paille,

Bientôt seront jetés

En pâture au destin

Pour un cruel festin


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08/12/2009

Ch. 4 - Les neveux du curé

 

 

RÉCIT DÉTAILLÉ D'UN LONG CHEMINEMENT

DE RECHERCHE D'UNE VÉRITÉ

SUR LA MOTIVATION D'EXISTER

ET LA VALEUR DE NOS CROYANCES.

 

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PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT

D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI

ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES

MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX ANNÉES

QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

ET LA VALEUR DES CROYANCES.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

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Chapitre 4.  LES NEVEUX DU CURÉ

TABLE DES REPÈRES DU CHAPITRE : {4.1} La guerre « 40 » dites des « dix jours » qu’elle dura pour la Belgique et la Hollande et un peu plus pour la France  -  Occupation, peur, bombardements, résistance, rationnement, la faim et le froid pendant quatre ans  - {4.2}  L’oncle Olivier, l’austère curé du village de Vonêche entre en scène pour recueillir ses neveux, pendant les vacances et les « doper » d’une nourriture plus riche qu’il s’efforçait de trouver chez les fermiers  -  Espiègleries « démoniaques » de ses neveux peu reconnaissants.  -  {4.3} Histoire de ce curé qui fut brancardier en 1914 et perdit son frère tué les derniers jours de la guerre -  {4.4} Curé de Vonêche, il connut deux des voyants des apparitions de la Vierge à Beauraing  -   Il m’a laissé une relation écrite des faits que j’analyse dans ce chapitre et dans le chapitre 25 « Richesse et pouvoir du milieu »

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)


{4.1} Le matin du 10 mai 1940 était radieux de printemps. Il faisait si beau : le ciel était bleu, du bleu des myosotis de mai, quand ils sont bien frappés de rosée.

 

La ville s’étirait de son sommeil candide, inconsciente de la gravité monocorde des voix de speakers qui s’élevaient par les fenêtres entrouvertes, annonçant sans interruption le début de la « drôle de guerre » : l’armée d’Hitler violait les frontières.

 

Atterrés, mes parents avaient l’oreille aux nouvelles que débitait sans arrêts, notre vieux poste de radio.

 

En 1939, mon père avait perdu son emploi de représentant : c’était la crise, avec les affres du chômage.

 

Heureusement, une amie de ma mère qui occupait une place importante au service du personnel de la firme Lever qui l’avait licencié, avait réussi à le faire réengager dans les bureaux de leur usine de Forest à Bruxelles ; ce qui nous contraignit à déménager une fois de plus – la huitième en onze ans.

 

Ce fut donc dans un modeste appartement de cinq pièces – dans la précipitation du transfert, mes parents n’avaient momentanément rien trouvé d’autre – situé dans la commune bruxelloise de Schaerbeek que nous apprîmes par la radio que le fléau de la guerre s’abattait, une fois de plus, sur le petit peuple belge qui avait déjà tant souffert en 1914.

 

Ce fut tellement brutal et inattendu que les parents de Jim, commerçants commençant leur journée plus tard dans la matinée, n’étaient au courant de rien et ce fut Jim, envoyé à l’école, qui revint en criant : « C’est la guerre, il n’y a pas classe ! »

 

La terreur et la crainte pesaient sur chacun. Tout le monde avait en mémoire les exactions et brutalités cruelles des soudards de 1914, aussi ce fut pour beaucoup la fuite devant l’envahisseur et l’exode vers la France.

 

Les routes de Belgique furent vite encombrées et saturées de colonnes pitoyables de réfugiés angoissés qui se traînaient lamentablement, hagards, à pied ou sur toutes sortes de véhicules : bicyclettes, brouettes, poussettes, chariots avec attelage, voitures, camions, etc.…

 

L’envahisseur avait été tellement rapide dans son action que les troupes belges, désemparées et en désordre, reculaient vers la France en vue d’un éventuel regroupement, saturant davantage le réseau routier. Pour corser l’affaire, des avions mitraillaient les soldats en fuite.

 

Aigle au ciel de malheur,

Triste agent de la peur

Qui boute feu et flammes

Aux maisons qui s’enflamment,

Livrant à l’abandon

Ceux qui n’ont plus de nom.

 

Jim, mon cousin, pas trop inquiet de l’aventure, vécut avec sa mère et sa sœur une épopée incroyable, son père, dans le but de les protéger, les ayant fait fuir vers la France, tandis qu’il tentait de sauver son magasin d’électroménager.

 

Quant à nous, nous prîmes le parti de ne pas bouger et de nous cacher. L’insignifiance de notre petit appartement au deuxième étage, les caves communes et les murs mitoyens des immeubles percés d’ouvertures devaient nous permettre d’échapper aux débordements éventuels d’une soldatesque débridée.

 

Contrairement à nos craintes, tout se passa finalement bien. Les premiers jours, nous nous terrions dans la cave. Bien organisés, nous avions tout ce qu’il fallait pour tenir un siège.

 

Seuls gosses du groupe de locataires installés dans les sous-sols, nous étions choyés, bien emmitouflés dans des couvertures. Les hommes allaient aux nouvelles, les femmes aux provisions, faciles à trouver car il ne restait plus grand monde dans Bruxelles.

 

En cachette, Rigolard se glissait sous mes couvertures et me racontait des histoires drôles. C’est ainsi que j’ai appris que Madoulet qui maniait aussi bien la « machine » que mon frère Pit, s’amusait à créer des vides sous les pieds de l’ennemi qui disparaissait dans le sol en jurant des « donner-wetter » teutoniques.

 

Pit et moi furent tentés de les rejoindre, ce que nous fîmes par « ubiquité» interposée. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans une sorte de cave voûtée.

 

Un gros « lanchturn », un pied coincé dans les mandibules de Belles des cloaques, gigotait, rubicond, les yeux exorbités, son casque-marmite enfoncé jusqu’aux oreilles.

 

Devant lui, goguenard et se tapant la cuisse, Madoulet le menaçait de sa rapière. Jim, de son côté, lui ayant bloqué l’autre jambe, le décortiquait de sa botte tandis que Gentille, la guêpe, lui préparait en se frottant les pattes une réjouissance plantaire de son cru.

 

« Bidié, bidié ». Le gros malin se tordait en ne pensant même pas à utiliser le pistolet qui se trémoussait sur son ventre. « Bidié, bidié, che sui jatouilleu ».

 

Toujours très polyglottes, nous avions tous bien compris ce qui le tourmentait, d’autant plus que Belle des cloaques, un orteil du malheureux coincé dans les mandibules, lui dansait sur le pied déchaussé une gigue à huit pattes.

 

Ce fut la douce et gentille « Affable » qui vint au secours du pauvre diable en se lançant dans une diatribe inhabituelle pour un si mignon et si candide feu follet mais digne des meilleures catilinaires.

 

Affable, l’angélique feu-follet, obtint la grâce du condamné en démontrant son innocence dans un conflit dont il ne tirait que des désagréments et aucun avantage.

 

Même le belliqueux Madoulet fut convaincu de l’irresponsabilité du gros bonhomme qui, de plus, n’avait vraiment pas l’allure d’un foudre de guerre.

 

Et c’est ainsi qu’il fut libéré et devint un de nos bons compagnons, un peu empoté, soufflant et suant, mais si brave, si brave… ! Affectueusement, Jim l’appelait : Gros bidon (le nom lui est resté).

 

Notre séjour en cave fut finalement de courte durée, le bruit se répandant rapidement que les envahisseurs, contrairement à leurs compatriotes de 1914, étaient très disciplinés et ne s’en prenaient nullement aux populations d’autant plus que Bruxelles fut déclarée « ville ouverte » (je ne sais trop d’ailleurs pour quelle raison) ce qui devait normalement la préserver des combats.

 

La « guerre » dura dix jours en Belgique et aux Pays-bas, un peu plus en France et puis ce fut la débandade des armées avec la suite que l’on connaît : la trahison de Pétain, le héros de 1914, le sauve-qui-peut vers l’Angleterre et la déclaration du général de Gaulle.

 

La vie devint alors très difficile pour les gens des villes occupées qui manquèrent rapidement de tout. Un marché de contrebande intérieure (appelé marché noir) se développa rapidement au seul bénéfice des bien nantis, mais rendant encore plus précaire l’existence des autres dont nous étions.

 

La faim commença à tenailler les gens des villes. L’occupant prélevait tout ce qu’il pouvait, laissant les occupés affamés.

 

Ce furent alors les tristes queues devant des magasins aux trois-quarts vides, les parents angoissés devant les assiettes blanches, les hivers rudes, à grelotter sans combustibles, le drame des juifs et autres marginalisés, les tortures dans les prisons, les exécutions sommaires.

 

Enfin, le perpétuel et poignant drame des populations innocentes payant un lourd tribut à la folie des conquérants.

 

Les yeux sont vides, comme des trous noirs,

Et les affres des ventres font mal d’eau.

Chardons et cactus pour un triste soir

Réveilleront leurs angoisses et leur peau.

Faim aux entrailles, … tripes de cafard

Ils mangent leur bile et serre les poings

Vers ceux qui hantent leurs vieux cauchemars

Les traînant à genoux, bien loin, bien loin.

 

{4.2} Tout ce préambule pour introduire le personnage principal de ce chapitre : l’oncle Olivier, brave mais austère curé d’un petit village aux confins des Ardennes.

 

C’était le frère aîné de ma mère qui était la plus jeune d’une famille de six enfants. Entre eux, il y avait un frère, officier tué les derniers jours de la guerre 14/18, et quatre sœurs dont ma mère et celle de Jim.

 

La sœur aînée avait épousé un instituteur qui luttait du mieux qu’il pouvait contre l’analphabétisme d’une vingtaine de gosses d’un petit village, campé à flanc de coteaux au-dessus de la Lesse, petit cours d’eau des Ardennes, à quelques lieues de celui de l’oncle curé.

 

Les deux petits villages étant trop loin et les contrôleurs à la solde des Allemands pour traquer le marché noir, trop nombreux et vigilants, le seul moyen qui restait au curé et à l’instituteur, d’aider leurs sœurs et belle-sœur, était d’accueillir et nourrir les « Bruxellois » pendant les grandes vacances scolaires de juillet-août.

 

La première année, le curé, grand cœur mais inconscient du poids de la tâche, avait pris en charge les deux familles et organisé le presbytère en conséquence.

 

L’expérience ne fut pas renouvelée, les deux sœurs restant près de leurs maris, tandis que l’oncle se chargeait des trois plus grands et l’instituteur de mon petit frère et de la sœur de Jim.

 

C’est ainsi que la fameuse bande de « Flique-Pitte-Jim » se mit à sévir, deux mois par an, au presbytère de Vonêche, au grand dam du malheureux oncle.

 

Et il en a vu, le pauvre ! Il faut dire qu’il était le vrai personnage qui nous manquait pour créer l’ennemi public numéro un : grand, austère dans sa soutane noire, n’accordant aucune attention aux enfants qu’il ne supportait guère, il était ce qu’il y avait de mieux pour donner le plus grand éclat à nos fredaines de garnements et créer avec nos espiègleries les situations les plus désopilantes.

 

Le presbytère était sur une place, face à l’église, comme il se doit ; à droite, un mur grillagé avec une porte qui donnait dans le parc d’un beau château qui appartenait au Baron d’Huart, comme beaucoup de biens de la région d’ailleurs.

 

Le château et son grand parc jouxtaient la partie droite de la cure. Le baron, généreux paroissien, avait fait construire sur le côté du presbytère, une salle paroissiale-bibliothèque qui restera éternellement imprégnée de la sueur des neveux du curé séchant sur les devoirs et punitions qui  désenchantaient  leurs vacances.

 

Complètement autonomes, les châtelains avaient dans leur propriété leur ferme, leur potager, leur verger, un étang avec nénuphars et beaux poissons, une orangerie avec arbres fruitiers et plantes exotiques et sur le côté de l’église, une chapelle donnant sur le chœur d’où ils pouvaient suivre les offices sans se mêler aux villageois.

 

Voici ainsi campé le principal décor des trois petits gredins qui hantaient la cure de Vonêche et faisaient gagner des indulgences à leur pauvre oncle curé.

 

Le potager du château, nous paraissait immense. Il était entouré d’un très haut et large mur en pierres du pays. Mitoyen du jardin situé derrière la cure, il fut un des hauts lieux de nos exploits ; les espaliers plantés tout au long, nous permettaient un accès facile et les dalles de faîte étaient pour nous un très confortable chemin de ronde, témoin de nos plus audacieuses escapades.

 

Le plus cocasse de l’affaire c’est que, désireux de nous doter d’un code secret inconnu des adultes, nous avions appelé cette voie incongrue : « la petite fille », (allez voir pourquoi !).

 

Nos conversations prenaient innocemment des tournures aussi équivoques que scabreuses puisque nous ne cessions d’évoquer à table nos exploits quand nous « montions » sur la « « petite fille ».

 

Les adultes présents, dont les deux sœurs du curé, perplexes, se regardaient plutôt embarrassés jusqu’à ce que l’oncle tonna, pourtant convaincu de notre candeur, d’une voix aussi sèche que pincée : «Taisez-vous avec vos bêtises !».

 

Notre premier séjour, donc, donna lieu au rassemblement des tribus sous la houlette de l’austère pasteur flanqué de ses deux sœurs. La mère de Jim avait emmené dans ses bagages, sa servante, accorte et jolie, primesautière à souhait pour s’entendre avec les trois gredins que nous étions.

 

Dorette (petite dorée, parce que blonde), la sœur de Jim et Luc alias Lulu, mon petit frère, très jeunes, soumis et toujours fourrés dans les jupes de leurs mères n’étaient vraiment pas de taille à se mesurer valablement à nos adversaires ni, de surcroît, n’en ayant vraiment pas la moindre envie.

 

On s’en méfiait beaucoup parce qu’ils ne manquaient pas, très collaborateurs de nos autorités, d’aller rapporter nos  entreprises interdites ou dangereuses.

 

Nous en fûmes débarrassés les deux années suivantes, le séjour à la campagne se limitant aux trois gredins, les aînés, que l’oncle curé s’efforçait de « requinquer » et les deux plus jeunes chez l’oncle instituteur de Mesnil-Église, les épouses restant près de leurs maris.

 

La jolie servante, se rangeant rapidement du côté des trois bandits, devint vite leur meilleure complice, participant activement à leurs exploits en leur procurant le matériel qui leur manquait ou en leur fournissant des prétextes valables.

 

Dès que son service le permettait, elle s’échappait pour nous retrouver et participer à nos histoires qui l’amusaient beaucoup. C’est ainsi qu’un jour, nos autorités nous permirent d’entreprendre avec elle une expédition à l’étang de « Tanton » situé en plein bois du même nom.

 

Nos imaginations en firent une aventure épique peuplée d’ennemis dangereux que nous écartions à coups de bâtons-machettes ou de sarments-révolvers. L’étang de Tanton, disons plutôt mare, était, en dehors du sentier qui y menait, abandonné à lui-même et entouré d’une brousse inextricable.

 

Nous fûmes donc forcés de le traverser à gué, ajoutant fort bien à notre aventure le piquant qui lui aurait manqué, d’autant plus qu’Yvonne (la jolie servante) nous précédait en relevant sans vergogne ses jupes jusqu’à la taille, dévoilant, à notre grand émoi de jeunes garçons, de bien jolies jambes et une petite culotte rose à festons de dentelle.

 

Aussi dès que ce fut possible, j’appelai mes amis des rêves qui n’attendaient que ça pour participer à une action aussi émoustillante.


Madoulet fut le premier sur place, sabre au vent, en proférant des « cré bon sang » à la cantonade. Belle des cloaques, comme Jésus, se mit à marcher sur l’eau verdâtre,

 

Rigolard, avançant de guingois, se tenait les élytres en faisant le clown, tandis que, Gentille la guêpe, survolait les lieux en vrombissant bruyamment.

 

Le résultat de tout cet appareil fut qu’Yvonne, affolée, se mit à pousser des cris de gorets qu’on assassine et j’eu bien du mal à lui faire comprendre que tout ça était du domaine de l’imaginaire.

 

- Venez voir, c’est dingue par ici, criait, du bout de l’étang, Gentille, la guêpe, les pattes antérieures en porte-voix.

- On arrive, répondait Madoulet en soutenant galamment Yvonne, pas très rassurée.

- Terteufel, toi te fa noyé, grommelait la bonne voix de Gros bidon que je n’avais pas vu derrière moi et qui me soutint vigoureusement alors que je commençais à m’enfoncer dangereusement.

- En avant clamait Jim, bondissant à grands "flac et fracas" dans la mare pour rejoindre notre toute « Gentille » éclaireuse.

 

Le spectacle était était d’un grandiose à faire rêver le plus exigeant des bédéphiles : notre petit bois s’était transformé en la plus gigantesque et la plus exubérante des forêts équatoriales.

 

Les bras m’en tombent et le stylo itou : comment décrire cet époustouflant décor !

 

Des arbres immenses, étirant des lianes échevelées, avec des fleurs aux grands yeux, des papillons à grandes fleurs, des oiseaux de paradis dans des orchidées surréalistes, des colibris chatoyants enivrés jusqu’à l’extase, le bec plongé en paille dans la plus céleste limonade, des mousses délicatement fleuries, des cacatoès rêveurs et, au pied des grands arbres, un chemin miraculeusement tracé pour ouvrir une voie royale à nos explorateurs ébahis.

 

- Que c’est chouette, s’extasiait Jim en s’y engageant.

- Venez, Princesse en ce lieu digne de vous, disait Madoulet, en s’inclinant, la main sur le cœur, la bouche en fin d’oviducte de gallinacés ou cul de poule si on préfère, devant Yvonne, ravie.

 

Un rien jaloux, je ne pus m’empêcher de juger opportun de freiner le cours de l’histoire et donner un tour de vis aux emportements entreprenants de notre flibustier, ce qui donna ce qui suit :

 

- Viens petit Flique, me susurra, avec un petit signe gracieux, la petite servante aux beaux yeux que j’avais bien télécommandée, et qui me tendit la main en me lançant une œillade d’une telle ardeur qu’elle fit pâlir de jalousie notre Madoulet. Celui-ci ne put s’interdire une réflexion profonde sur la frivolité féminine.

 

Rigolard, le carabe doré, en bon copain, très amusé de l’incident, ne pouvait s’empêcher de se marrer dans ses palpes-labials qu’il camouflait de ses pattes antérieures innocemment croisées devant ses mandibules.

 

Jim, réfugié prudemment sur sa cavale octopode, ouvrait la marche, suivi de Madoulet, sabre au clair, très vite consolé de son échec galant.

 

Tels de preux explorateurs, nous pénétrâmes prudemment dans cet inconnu affriolant où nous découvrîmes un spectacle à couper le souffle du plus endurant des marathoniens.

 

Le tunnel de végétation laissait transparaître des combinaisons multicolores où les rayons du soleil se miraient dans de savantes réalisations (le bleu clair avait des reflets de ciels pâles et le rouge feu des accents de couchers du soir).

 

Dans cet univers exquis, des paradisiers flottaient doucement, la queue étalée en gracieux éventail. De-ci, de-là, des papillons aux ocelles délicats reposaient ou glissaient lentement en feuilles mortes.

 

Nous avancions en silence dans un univers ouaté, n’osant pas respirer, les yeux écarquillés et le ventre en boule. Madoulet, bouche bée, en avait perdu sa faconde, Belle des cloaques en serrait les pattes, Rigolard ne rigolait plus et Gros Bidon tremblait comme feuille par vent d’orage.

 

Mais ce qui nous attendait au bout du chemin dépasse tout entendement. Le « tunnel » débouchait sur un espace immense tant en surface qu’en hauteur, entouré d’arbres gigantesques qui tendaient sur le dessus des bras tentaculaires se rejoignant en forme de voûte.

 

Des orchidées multicolores s’éparpillaient partout en superbe tapisserie. Au centre, juché sur un trône de fleurs d’or, se trouvait un ara superbe, ailes ouvertes tel un emblème héraldique, tandis que d’autres plus petits l’entouraient alignés en rangs serrés en une exubérante cour princière haute en couleur.

 

Le maître des lieux, de ses ailes ouvertes en bras vêtus de capes orangées, nous fit un geste d’accueil lent et cérémonieux en nous invitant à approcher.

 

Madoulet, vite remis de ses émotions, jamais désarçonné et ayant retrouvé toute sa faconde et son à propos, entreprit de son chapeau à plumes un ample salut, de quoi faire crever de jalousie le plus courtois des gentilshommes.

 

- Salut à vous grand et magnifique seigneur à plumes, prononça-t-il solennellement, en s’inclinant jusqu’au sol. Nous vous apportons le bonjour des ombres de l’ombre.

- M’avez-vous apporté ce que j’attends de vous ? Répondit, ex-abrupto, le seigneur-oiseau.

 

Assez interloqué, Madoulet se tourna vers nous, mais nous étions tous perplexes, pas plus éclairés que lui. Aussi, notre porte-parole reprit, risquant un faux-fuyant habile :

 

- Nous n’avons pas eu l’autorisation de l’emporter, le Grand Concepteur ne nous l’a pas permis.

 

Le Grand Concepteur que j’étais, se sentant dans l’obligation de sortir notre ami de ce mauvais pas, s’approchant, lui glissa dans l’oreille : « Il veut la goutte tombale, mais c’est une chose impossible parce qu’on sortirait de l’invraisemblable ».

 

Madoulet, jamais à court d’idées, crut s’en sortir d’une entourloupette :

 

- Ô  Grand Ara, le plus grand parmi tous les aras, je me reprosterne devant ton auguste perchoir et te signale que la goutte tombale n’est disponible qu’en compte-gouttes sacré intransportable.

 

Le « Grand Ara » après avoir interrogé ses conseillers, répondit :

 

- Je décide de vous garder tous en otage jusqu’à ce que l’un d’entre-vous, que vous enverrez dans votre monde, ait trouvé le moyen de me ravitailler de ce précieux breuvage.

 

Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvâmes tous dans une très grande et magnifique cage de lianes savamment et artistiquement entrelacées où de délicieuses choses nous furent servies par de superbes aras en livrée rouge et queue-de-pie noire.

 

Peu disposés à demeurer dans cette cage dorée, nous tînmes conseil pour envisager une savante sortie qui tromperait nos geôliers si majestueux soient-ils.

 

A court de trouvailles, je n’imaginai rien de mieux que d’interrompre l’histoire en replongeant les vivants dans la banale réalité quotidienne tout en renvoyant la jolie servante à ses casseroles.

 

Majesté des ombres de feu

En pénombre de faux vert sombre,

Et majesté en ombres bleues

Dans des feuillages si bleus d’ombre.

 

Mais des oiseaux en fleur

Perchés sur fleurs d’oiseaux

Fleurissaient la senteur

Des fiers eucalyptus,

Berçant dans le ciel d’eau

De très grands papyrus.

 

Une autre et mémorable aventure fut celle qui eut pour cadre le verger-prairie du château qui se trouvait dans la partie du parc se situant derrière l’église et était en partie bordé par le chemin qui permettait aux châtelains d’accéder à leur chapelle.

 

Ce chemin empierré et bien entretenu qui donnait accès à la grande allée centrale de la propriété, fut l’un des principaux lieux de nos exploits où nous sévîmes avec ardeur et malice au grand désaveu de notre oncle curé.

 

Les arbres fruitiers du verger du Baron situés derrière l’église furent les évidentes victimes de nos nombreux maraudages et de plus étaient devenus un haut lieu d’acrobatiques escalades, les plus historiques d’entre-elles étant dotées d’un nom de baptême suffisamment évocateur.

 

Un arbre majestueux, trônant en plein centre, élevait ses grands bras vers tous les ciels. Son feuillage luisant bruissait perpétuellement d’un doux chant feutré qui lui donnait une allure de bon vieux barde.

 

Il était difficile à escalader et nous avions manqué plus d’une fois de nous rompre le cou. Aussi, l’appelions-nous respectueusement : « Le Dangereux Manitou ».

 

Il y avait aussi un grand prunier qui fut baptisé : « La Fausse Alerte » et voici pourquoi :

Notre oncle, le plus redoutable de nos surveillants, était devenu notre ennemi public numéro un. Nous suivions, dès lors, avec attention ses déplacements et absences, profitant de cette provisoire et relative liberté pour entreprendre certaines actions jugées répréhensibles par les adultes.

 

Ce jour-là, notre brave curé avait enfourché sa petite moto pour rendre visite à son collègue du village voisin. Yvonne, l’ayant surpris à en avertir ses sœurs, n’avait pas manqué de nous le rapporter.

 

Dès que nous entendîmes les pétarades de la moto s’éloigner par le sentier de la chapelle (c’était son chemin de prédilection), sans demander nos restes, nous nous précipitâmes au verger du Baron pour tenter une bonne maraude aux prunes.

 

Assez vertes, elles nous promettaient d’agréables coliques, ce dont nous n’avions cure, tant la manière et l’exploit avaient pour nous plus d’importance que la dégustation aussi laxative soit-elle.

 

Le caractère exploratoire de nos expéditions nous imposait une tentative de conquête du sommet de l’arbre. L’escalade ne fut pas facile, les branches cassaient ou pliaient sous nos poids.

 

Tant bien que mal, nous finîmes par trouver des postes d’observation confortables. Pit, très léger, s’était perché au plus haut, tandis que Jim et moi nous étions avantageusement installés dans des fourches près du tronc que le prunier nous avait aménagées tout exprès.

 

Nous allions examiner la cueillette-butin qui gonflait nos poches, quand soudain, ô grandissime stupeur ! la pétarade revint au grand galop de ses chevaux-vapeurs, lointaine d’abord, de plus en plus proche ensuite.

 

Il n’était pas question de descendre comme nous étions montés quelle qu’en ait été difficile l’ascension, aussi la panique fut telle qu’ignorant tout danger, nous tombâmes comme des fruits murs en bas du prunier interloqué.

 

Si nous ne nous rompîmes pas le cou, c’est que, et c’est bien connu, il existe un Bon Dieu pour les maraudeurs.

 

La chute fut suivie d’une galopade effrénée à travers un terrain inculte, plein d’orties, attenant au verger.


C’est, assis derrière un arc-boutant de l’église, tout en frottant nos jambes cuisantes de piqûres, que nous entendîmes avec désappointement la moto poursuivre son chemin, ayant mal localisé la pétarade qui, au lieu d’atteindre le presbytère, s’éloigna allègrement par la route qui longeait l’édifice religieux….  Et c’est ainsi que l’arbre fut baptisé : « La Fausse Alerte ».

 

J’hésite avant de raconter ce qui va suivre tant avec le recul du temps je me rends compte de notre inconscience et des risques graves qu’une de nos escapades a pu comporter.

 

Une gare desservait Vonêche et ses alentours. C’était plutôt une halte facultative sans employés, située en plein bois, quasi abandonnée et entourée d’un terrain-vague qui nous révélait des trésors inestimables.

 

Nous y découvrîmes entre autres une lampe-tempête pliable que nous équipâmes de bougies dérobées à la sacristie de l’église. Il restait, bien sûr, à trouver un lieu digne de son utilisation.

 

Nous tînmes conseil autour de l’engin et ce fut l’incorrigible Madoulet qui me glissa dans le tuyau de l’oreille une suggestion vicieuse au grand scandale d’Affable, effondrée : « Le grenier de l’église » ou plus exactement les combles.

 

J’en fis part aux autres, qui trouvèrent l’idée sensationnelle mais d’autant plus risquée que l’accès n’en paraissait pas des plus aisé. Il fallait y accéder par le jubé où s’époumonaient les chantres et l’organiste pendant les grands-messes dominicales.

 

Lors d’une expédition préparatoire, nous constatâmes qu’une trappe existait au-dessus du jubé et qu’elle donnait certainement accès au lieu présumé de nos futurs exploits.

 

Encore fallait-il y arriver ! Sans échelle : impossible ! Mais nous savions que dans le verger du « Dangereux Manitou », il y en avait une, assez grande, qu’utilisait le jardinier lors de ses cueillettes.

 

Nous trouvâmes un jour, pour nous mémorable, où le presbytère était vide de tous ses occupants, absents pour plusieurs heures. Bien organisés, nous passâmes à l’action avec une efficacité qu’envierait un peloton de para-commando. L’échelle en place, Pit, le plus audacieux ou le plus inconscient, se glissa par la trappe, lampe-tempête à la main.

 

Le toit nous révéla enfin ses affriolants dessous : le jubé était couvert d’un plancher sur poutres, nous assurant une aire confortable. Quant au reste, c’était pour nous le plus merveilleux des champs exploratoires.

 

Il y avait d’abord, l’envers d’un plafond fait de lattes entrecroisées, sur lesquelles un plâtrage avait été confectionné par d’habiles artisans, de manière à créer au-dessus des fidèles une voûte en berceau, peinte de motifs religieux, et ensuite au-dessus du chœur, l’envers caché d’un dôme bleu-ciel avec des anges en prière, qui avait pour mission d’aider notre oncle à plonger ses paroissiens dans un profond recueillement.

 

Lampe-tempête en avant, décidés à explorer cette « caverne » accidentée, dans laquelle nous n’avions pied que sur les poutrelles soutenant l’ensemble, nous progressions lentement dans la poussière, les toiles d’araignée et… les chauves-souris endormies.

 

Mais notre excitation était à son comble et je me promettais de remettre ça avec mes amis des rêves. Tout se passa relativement bien jusqu’au chœur et sa voûte bleue du ciel.

 

La progression était devenue très difficile. Imaginez un dôme fait de torchis astucieusement soutenus par des poutrelles légères et trois garnements qui évoluent là-dedans et là-dessus, précédés d’une dangereuse lanterne allumée qui ne demande qu’à « foutre » le feu à tout le bazar.

 

Heureusement, ce ne fut pas ce qui arriva. Cependant, on n’en fut pas loin. Pit, notre valeureux éclaireur (à double titre), rata une poutrelle et transperça d’un pied enfoncé jusqu’à la garde ou la cuisse si vous voulez, l’œil d’un ange qui n’en est pas encore revenu. Si vous passez par-là, ne manquez surtout pas ce spectacle d’un ange qui a perdu la tête.

 

Si nous ne provoquâmes pas de catastrophe, c’est qu’il y a un Dieu pour des gredins de notre espèce ; car Pit, dans sa trouée céleste, avait lâché sa lanterne qui, sur le flanc, commençait à se noircir dangereusement.

 

Jim, heureusement, la rattrapa en dégringolant, au risque d’une seconde atteinte à la virginité du ciel bleu, tandis que j’harponnais le frérot pour l’empêcher de descendre comme le Saint-Esprit sur l’autel.

Quand, plus tard, très adultes et hors de danger, nous avons raconté la chose au Tonton, il nous a regardés, incrédule, et je pense bien qu’il ne nous a jamais crus.

 

Vous en voulez une autre de « gredinerie » ? En voici une qui, moins lourde de conséquence, n’en était pas moins « rosse », dans l’intention en tous cas, car j’ai des doutes maintenant sur la valeur des résultats de la « recette ».

 

Je ne sais où j’avais lu ou entendu que la cendre de bouchon brûlé mêlée à la nourriture provoquait d’incroyables coliques que seul un dégagement par la voie intestinale la plus courte pouvait soulager qu’il soit malodorant, bruyant ou non.

 

Avec la complicité d’Yvonne, d’innocents bouchons qui avaient pavoisé au goulot de célèbres bouteilles pour la gloire des tables de l’oncle, furent transformés en infâmes résidus carbonisés, tout prêts à convertir les intestins de leurs hôtes en boyaux convulsés.

 

Nos victimes étaient toutes bien rangées autour d’une grande table dans la salle à manger que l’oncle n’ouvrait qu’aux grandes occasions.

 

Excusez du choix, c’était un grand jour. L’oncle et ses sœurs recevaient Monsieur le Baron et Madame la Baronne accompagnés de leur fils aîné et de son épouse, aussi baron et baronne qu’eux, par la grâce de la filiation et du mariage.

 

Le tonton et ses sœurs, très en affaires, le petit doigt relevé, pinçant lèvres et français, s’efforçaient de donner à la réception tout l’éclat que méritaient à leurs yeux de tels convives.

 

Nous n’en n’eûmes cure, que du contraire, plus le statut des victimes était élevé et plus l’action serait mémorable et digne de figurer dans nos meilleures annales (le calembour n’étant pas voulu).

 

Nous ne pûmes profiter des retombées de l’affaire tant les convives furent discrets sur leurs comportements intestinaux, à moins que les cendres de bouchon n’eurent pas l’effet gazéifiant espéré.

 

Vicieux jusqu’au bout, nous ne nous n’en tînmes pas qu’à cela. La maman de Jim qui se targuait de talents culinaires hors du commun, avait préparé un consommé qui devait laisser dans la mémoire des commensaux de l’oncle un souvenir impérissable. Et, je crois que ce fut ce qui arriva, mais pas du tout dans le sens attendu par la pauvre tante.

 

Très en verve, sans nous préoccuper du boycott inconscient de la réception et même de la malveillance irréfléchie de nos actes, nous profitâmes de l’absence d’Yvonne en plein service, pour vider toute une salière dans un consommé qui en perdit tant le nom que la réputation.

 

Il faut dire que, par la suite, réalisant l’ampleur de nos méfaits et leurs conséquences, nous nous tînmes cois et afin d’écarter tous soupçons, nous nous réfugiâmes dans le plus candide jeu de société, auréolés d’innocence et de sainteté tels des personnages de pieuses icônes.

 

Ô, Gouleyant potage,

Grand pardon de l’outrage

Que les mains peu chastes,

Autant qu’iconoclastes

De fripons garnements

Ont versé doucement,

Trahissant le cuistot

Qui n’en a pas dit mot.

 

Notre oncle, soucieux de renvoyer à la ville affamée ses neveux bien gavés et engraissés telles des oies périgourdines, nous imposait une sieste qui nous semblait si longue, si longue et si ennuyeuse.

 

Par beau temps, cette récupération pondérale par valorisation des fonctions digestives avait lieu dans la prairie bordant le flanc droit de l’église, le châtelain l’ayant donnée à la paroisse lorsqu’il fit construire la bibliothèque transformable en salle de réunion.

 

Il va sans dire que ce flanc droit de l’église et son toit d’ardoises que nous contemplions pendant la sieste, les yeux mi-clos, faussement fermés pour mieux donner le change, faisaient l’objet d’obsessionnels projets aussi farfelus que saugrenus qui n’attendaient pour leur réalisation qu’une défaillance de nos si confiants surveillants.

 

Ce qui ne tarda guère, l’oncle était loin et les sœurs papotaient au village. Nous repérâmes pendant nos digestions l’échelle du jardinier qui se prélassait langoureusement dans le verger, toute tentante et concupiscente.

C’était de trop pour nos si fragiles vertus qui succombèrent bien vite à pareille tentation. Relevée prestement et traînée à pied d’œuvre, la pauvre subit la pleine charge de nos six petites guiboles pressées d’escalader le versant du toit d’ardoises lesquelles étaient retenues par des pointes de cuivre repliées. (Cette précision est importante pour la suite de l’histoire et un fond de pantalon).

 

La grimpette sur le versant du transept était très amusante bien que périlleuse, certaines ardoises, interdites et scandalisées de pareils outrages, se défilaient sous nos pieds au risque de nous entraîner dans une dangereuse glissade de quoi nous rompre le cou.

 

Une fois de plus, ce fut l’inénarrable pétarade qui interrompit les dommages que subissait la pauvre toiture, précipitant les trois gredins après une incroyable dégringolade dans les bas côtés, heureusement matelassés d’un foin de ronces et d’orties dont le jardinier se débarrassait régulièrement.

 

C’est assez piteux et tremblants que réfugiés dans une de nos caches, nous fîmes un inventaire post-opérationem.

 

Nos bras et nos jambes étaient griffés de ronces et brûlants d’orties, c’était douloureux, mais pas trop grave pour la confrontation familiale que nous allions subir au repas du soir.

 

Mais ce qui l’était davantage c’est que Pit, dans la dégringolade effectuée sur le derrière, s’était arraché le fond du pantalon jusqu’aux fesses qu’il tentait maintenant de camoufler pudiquement.

 

Il nous sembla que la seule chose qui nous restait à faire était de réparer tant bien que mal les dégâts, au moins pour sauver l’honneur du frérot et lui éviter une apparition aussi indécente que ridicule.

 

Prévoyants, nous avions dans les trésors de nos caches fil et aiguilles prêts à secourir des vêtements agressés ou molestés au cours des violences endurées au contact de troncs rugueux et autres supports que nos bras et nos jambes étreignaient fougueusement.

 

Scène inoubliable digne du meilleur Goya : Pit avait les deux mains et les deux pieds plaqués au sol, le postérieur en arc de cercle, tandis que Jim, l’aiguille en l’air au bout d’un long fil, tentait l’impossible pour réparer les dégâts.

De concentration, il s’en mordait la langue tandis que je maintenais et tendais les morceaux de culotte afin d’en faciliter la restauration.

 

Ce soir-là, à table, la confrontation avec nos autorités fut dure d’autant plus que notre oncle était au courant de tout : le jardinier qui nous avait vus lui avait tout rapporté.

 

La sanction fut à la mesure du méfait : outre la torture des blessures et piqûres rongeant bras et jambes qu’il nous fallait endurer sans y toucher, nous fûmes condamnés à une après-midi de devoirs dans la bibliothèque sous la surveillance du Tonton qui lisait son bréviaire.

 

Gredins polissons

Pourtant si grands cœurs

Et âmes en fleurs,

D’astucieux garçons,

 

Pour un oncle aux abois,

Vous courez champs et bois.

 

Vous volez dans la tourmente

Comme de petits oiseaux preux

Et vos jambes sont tremblantes,

Vous avez les pieds en feu.

Allez donc dans vos alpages

Etreindre vos grands nuages

 

Qui s’étalent toujours tout blanc

Dans la montagne, dans ses flancs.

 

Les âmes des poissons tristes

Qui hantent vos nuits d’enfant

Se trouvent en scène ou en piste

Pour troubler vos firmaments.

 

Allez, pinsons moqueurs,

Qui chantez bruyamment

Leurs transes, leurs tourments.

Allez calmer leurs peurs !

 

°°°°°

{4.3} Après le décès de l’oncle en 1973, °voir page (25)-26-° son presbytère à Vonêche fut maltraité par ses successeurs et héritiers qui pour récupérer les meubles vidèrent sans vergogne leur contenu sur le sol, ce qui nous scandalisa au plus haut point, nous qui avions la plus grande considération pour ses écrits, son bureau, sa bibliothèque et ses disques de belle musique.

 

A genoux sur le sol de son bureau, nous avons récupéré ce qui pouvait encore l’être. Les livres avaient disparu, ses fardes, ses cahiers gisaient épars, souillés par l’irrespect d’on ne sait quels inconscients.

 

Outre les nombreux écrits de mon oncle et ses souvenirs, on foulait aux pieds scandaleusement l’histoire et les souvenirs souvent plus que centenaires de notre famille.

 

Les « neveux du curé », vedettes de ce chapitre, irrévérencieux et peu tendre envers le censeur de leurs gamineries, voudront par la voix de leur unique survivant, rétablir une vérité quant à la grandeur d’un personnage hors du commun.

 

Maintenant que nous nous sommes souvent penchés sur ces « archives », mon épouse qui lui a toujours voué une admiration sans borne ainsi que moi-même, voulons lui donner la place de choix qu’il mérite dans ce livre afin de révéler à nos lecteurs ce qu’il fut au travers d’une époque tellement dure pour ceux qui ont enduré deux guerres atroces et les crises qui s’en- suivirent.

 

En feuilletant son premier album de photos, nous l’avons découvert, jeune prêtre, ordonné à Tours où il s’était réfugié avec sa famille dès 1914 pour fuir l’invasion allemande.

 

Après son ordination en 1916, il fut brancardier à la 11ème compagnie du 18ème régiment de Ligne, après avoir rejoint l’étroit front belge de l’Yser et ses héroïques combattants.

 

A l’armistice, le 11 novembre 1918, au lieu de se réjouir et de fêter avec sa famille la fin de cette horrible guerre qui coûta la vie à plus de 9 millions de personnes et fit plus de 23 millions de blessés, il pleurait avec les siens la mort de son frère Joseph abattu quarante et un jours plus tôt par des balles allemandes sur la route de Zarren à Werkem à quelques kilomètres de Dixmude. Cet officier valeureux, réformé parce que borgne, avait pourtant obtenu de la reine Élisabeth la dispense nécessaire pour rejoindre le front où il y trouva la mort.

 

Dès la fin de la guerre, notre oncle fut vicaire à Ciney de 1915 à 1929. Il se dévoua beaucoup à l’organisation d’une amicale de gymnastique d’une centaine d’athlètes qui se produisaient régulièrement dans la région. Mon père et son frère en firent partie et c’est ainsi que mon père connut la sœur du vicaire et que leur idylle, qui aboutira au mariage, commença.

 

De 1929 à 1972, il assuma la charge de curé de Vonêche, un petit village aux portes des Ardennes, célèbre dans le passé par sa cristallerie, créée sous Napoléon 1er et fermée à la chute de l’Empire. Ses directeurs Kemelin et Lelièvre iront alors créer les réputées cristalleries du Val-Saint-Lambert à Seraing et un autre dirigeant, D’Artigues, fondera celle de Baccarat en France.

 

Le 1er août 1971, le village tout entier, mené par le Baron d’Huart, bourgmestre, châtelain, propriétaire du château et de la plupart des terres de la région, lui rendit un vibrant hommage pour ses 42 ans de dévouement et d’action auprès de tous. Nous détenons un superbe livre-souvenir, relié cuir, retraçant les principaux faits de sa carrière, signé par tout le village avec les photos des principales maisons.

 

{4.4} Du 29 novembre 1932 au 3 janvier 1933, il fut un témoin privilégié des apparitions de la Vierge à Beauraing, petite ville voisine de son village.

 

Cet événement marqua profondément la vie religieuse de la Belgique et même de certains pays voisins. Il s’inscrivait dans un contexte particulier de foi mariale (culte de la vierge Marie) qui s’était développé en France et dans les pays latins.

 

Avec l’honnêteté qui le caractérise, il rédigea dans un grand registre, ayant pour titre : « Les apparitions de Beauraing – Journal d’un témoin », un manuscrit de 35 pages relatant les faits dont il fut un témoin privilégié ainsi que le témoignage de diverses personnalités de la région dignes de foi.

 

En première page d’introduction, il avertit bien modestement ceci : « Que valent ces pages ? Je l’ignore. Elles n’ont d’autre prétention que d’être le témoignage sincère et aussi objectif que possible d’un prêtre qui depuis les événements de Beauraing n’a rien négligé pour chercher la vérité ».

 

Vonêche, le village de notre oncle-curé, n’est qu’à quelques kilomètre de Beauraing, le lieu des apparitions. Deux des voyants furent ses paroissiennes avant qu’elles n’y déménagent, en mai 1932, à la suite du décès de leur père quelques mois avant les faits.

 

Notre oncle connaissait plus particulièrement la plus grande, Andrée Degeimbre, à qui, dès son affectation à Vônèche, il avait enseigné le catéchisme préparatoire à la communion solennelle et à la confirmation (passage des chrétiens dans le monde des adultes croyants). Il trouvait cette petite paroissienne très sage, attentive et modeste, incapable de mentir. Il était formel, cette adolescente de 15 ans au moment des faits n’avait rien inventé, elle avait vu ce qu’elle racontait.

 

Sa sœur Gilberte qui avait 9 ans à cette époque, fit sa communion privée -première manducation, vers 6/7 ans, de l’hostie consacrée considérée comme étant le corps du Christ - dans la paroisse de notre oncle. Ce fut elle que celui-ci interrogea la première quelques jours après les faits et qui fit sur lui la meilleure impression, à tel point qu’il fut convaincu de sa sincérité et ne put s’empêcher d’en faire part à son supérieur, le Doyen.

 

Madame Degeimbre, la maman des deux enfants, était une fermière bien équilibrée qui mit beaucoup de temps à ajouter foi aux histoires de ses enfants. Elle fut même très dure avec eux, redoutant le ridicule et les punissant rudement avec interdiction d’aller au lieu des apparitions.

 

Les trois autres de la famille Voisin, Fernande âgée de 15 ans au moment des « visions », terme souvent employé par notre oncle, Gilberte, 13 ans alors et Albert, un garçon âgé de 11 ans à cette époque, eurent l’avantage d’être très vite crus par leurs parents.

 

Le papa Voisin, employé aux chemins de fer, allait habituellement rechercher sa fille au pensionnat. De garde ce soir-là, le 29 novembre 1932, vers 18 heures, il envoya ses deux enfants, Fernande et Albert, rechercher leur sœur Gilberte. Chemin faisant,, ils rencontrèrent les deux enfants Degeimbre, anciens voisins qu’ils connaissaient bien.

 

La joyeuse bande ne manqua pas quelques gredineries telle celle de sonner aux portes avant d’atteindre le pensionnat des sœurs. Ce fut le garçon de 11 ans qui, après avoir actionné la sonnette de la porte d’entrée du pensionnat et se retournant, aperçut dans la nuit une forme lumineuse qui se déplaçait sur le pont du chemin de fer bordant l’établissement.

Les autres, incrédules d’abord, voient aussi ce qu’ils prennent pour la Vierge de Lourdes dont la statue se trouve dans une grotte artificielle située juste en dessous et qui se serait déplacée.

 

Ils le signalent à la sœur qui est venue leur ouvrir, mais qui n’en croit rien tout en allant chercher la petite Gilberte qui, bien qu’ignorante de ce qui vient de se passer, aperçoit aussi une forme en mouvement sur le pont. Effrayés, les enfants se sauvent.

 

Dès le jeudi 1er décembre, sur les conseils de Madame Voisin, les enfants récitent des « ave Maria » (courte prière invoquant la Sainte Vierge) pendant toute la durée des « apparitions ». La dame reviendra les trois jours suivants ; cependant, ce ne sera qu’à partir du quatrième, le 2 décembre, qu’elle leur parlera.

 

La dame se montra 33 fois de fin novembre de 1929 à janvier 1930 en leur révélant qu’elle était la mère de Dieu, la reine des cieux.

 

A sa dernière apparition, le 3 janvier, elle eut une parole et un secret pour chacun en particulier. Notre oncle et son beau-frère, l’instituteur de Mesnil-Eglise, attendaient leur retour du lieu des apparitions chez la famille Degeimbre.

 

Ils reçurent des précisions sur ce que la « Dame » leur avait confié, mais aucun ne voulut leur révéler quoi que ce soit de ce qu’il leur avait été dit sous la forme du secret.

 

Les seuls éléments que mes oncles purent rapporter de cet entretien furent pour Andrée Degeimbre, que la « Dame » lui avait précisé qu’elle était la mère de Dieu, la reine des cieux, ainsi que cette recommandation : « Priez toujours » ; pour Gilberte Degeimbre : « Il y a entre nous deux un secret que vous ne pouvez pas dire, adieu » ; pour Gilberte Voisin : « Je convertirai les pécheurs », tandis qu’Albert Voisin confia qu’en dehors du secret il y avait autre chose qu’il ne pensait pas pouvoir révéler.

 

Enfin, Fernande Voisin l’aînée, bénéficiera d’une solennité plus grande de sa vision qui sera accompagnée d’un coup de tonnerre et d’une boule de feu de laquelle la dame surgira. Celle-ci lui demandera alors : « Aimez-vous mon fils ? » à sa réponse affirmative, elle continuera : « M’aimez-vous aussi ? », « oui », à la suite de quoi la vision ajoutera : « Sacrifiez-vous pour moi, adieu ».

De la relation écrite de l’oncle, j’ai relevé les choses troublantes suivantes :

 

- Les enfants (ils sont cinq) ont une vue simultanée de la vision. Tous les témoins sont unanimes à dire qu’ils tombent brutalement, sans blessures apparentes aux genoux, dès que l’événement se produit. Cependant, sur la fin des apparitions, il y aura quelques cas de non-simultanéité de la part de l’un ou l’autre voyant.

- Après quelques apparitions, on a séparé les enfants par des adultes de manière à ce qu’ils ne puissent communiquer entre eux.

- Ils racontent la même chose avec les mêmes détails (à peu de choses près). Ils parlent tous de rayons partant de la tête, de reflets bleus sur une robe blanche, d’un voile qui couvre la tête jusqu’aux épaules et du bas de la vision dans une sorte de petit nuage. Ils semblent satisfaits de la statue qui la reproduit suivant leur description.

- Les enfants (si on peut dire, n’oublions pas qu’il y a une adolescente de 15 ans et une autre de 14 et demi ) ne semblent nullement troublés par ces événements et l’importance que le public et les médias leur ont donnée. Ils restent très simples et ne cherchent pas à s’en glorifier.

- Des médecins ont constaté que les enfants ne réagissaient pas à la brûlure d’une allumette allumée sous leurs mains, ni à de légers coups de canif dans le visage. L’éblouissement d’une lampe de poche allumée dans leurs yeux ne les fait pas ciller.

- La vision ne semble pas intérieure. Lors des premières apparitions, Madame Degeimbre voulant fouiller les buissons a eu ce reproche d’un des enfants  : « Maman, tu marches dessus ».

- Les parents furent très durs dans les premiers temps. Principalement, Madame Degeimbre qui agira sévèrement avec son aînée jusqu’à la punir physiquement en la laissant dans le froid pour lui faire renoncer à « ses histoires ».

- Avec le recul d’à peu près trois-quarts de siècle qui nous sépare des faits, nous connaissons le passé des voyants qui n’a cependant pas été marqué par une vie religieuse exceptionnelle. Ils ont tous fondé un foyer, exercé une profession modeste bien qu’honorable et n’ont tiré aucun avantage matériel de l’événement.

 

Ces événements eurent un retentissement énorme dans le pays, des foules considérables se pressèrent dans la petite bourgade, jusqu’à 25 à 30.000 le dernier jour. Le clergé belge, en la personne de Monseigneur Charue, Évêque de Namur, autorisera le culte le 2 février 1943 et reconnaîtra l’authenticité des faits le 2 juillet 1949. Deux guérisons ont été admises comme miraculeuses par des médecins, aucune explication scientifique n’ayant pu être avancée.

 

Je suis convaincu de l’honnêteté scrupuleuse de l’oncle de Vonêche, ce qui est écrit dans son grand registre est l’exacte relation de ce qu’il a vu et entendu. Il a pris avis des personnages les plus autorisés qu’il a pu fréquenter, qu’ils soient croyants ou agnostiques, qu’ils appartiennent au monde médical ou de la science.

 

Quant à moi, étant donné le très grand respect et l’admiration que j’ai pour sa foi, son existence exemplaire de prêtre et sa grande intelligence, je réserve mes commentaires sur cet événement pour les pages 16 et suivantes du chapitre 25 de mon livre intitulé : « Richesse et pouvoir du milieu ». J’y renvoie le lecteur intéressé par le problème.

 

Mais je tiens surtout à révéler avec la plus délicate discrétion possible la richesse du cœur et de l’esprit que nous avons découverte à la lecture des écrits littéraires et du livre d’heures de cet homme profond qui marqua notre vie.

 

C’est avec la plus grande considération que nous avons religieusement tourné les pages de son livre d’heures, celui que j’ai toujours vu sur son bureau ou sur sa table de chevet, qui contenait pour chaque jour de courtes oraisons et sujets de méditations.

 

Nous en avons relevé quelques passages, particulièrement mis en exergue par lui, révélateur de sa grande âme et de son noble cœur. En voici quelques-uns des plus édifiants :

 

- Savoir se taire, c’est savoir exister…

- Parfois, on est tellement préoccupé de développer dans les âmes la peur du mal qu’on oublie de développer le culte des merveilles de notre foi.

- Les prêtres sont des hommes entourés d’obstacles…

- Assurer la pureté du cœur, quel magnifique résultat…

- L’élévation surnaturelle n’est pas une doctrine en passant, un dogme à côté de plusieurs autres, c’est le point central autour duquel tout vient cristalliser…

- Il faut que la considération des vérités devienne l’occupation habituelle, et donc qu’une certaine pratique du recueillement soit passée en habitude…

- C’est une responsabilité formidable : des âmes sont accrochées à ma personne, à ma parole…

- Réfléchis à l’effroyable malheur d’une déchéance sacerdotale….

- C’est sur ce Maître du silence (Dieu) que ma parole doit s’appuyer… Être d’abord quelqu’un de silencieux pour être ensuite persuasif… convaincant…

- Gémir… inutile, Agir, et me changer, moi tout le premier…

- Pour faire du bien, avant tout ne pas faire du mal…

 

C’était aussi un authentique poète, nous gardons sous la main son carnet-recueil de poésie pour le consulter de temps à autre.

 

Le poème qui suit fut écrit le 17 juin 1941, après un an de guerre, de misères, d’angoisse et de doute quant à l’avenir de notre civilisation. Agrippé à sa foi, il écoute la cloche pleurer les morts et se tourne vers son Dieu qu’il appelle en réconfort de sa solitude.

 

A L’OMBRE DE MON CLOCHER.

 

Dans le ciel resplendit un beau soleil de juin

Qui dilate le cœur et égare la nature.

Sous la brise d’ouest frissonnent les ramures,

On entend les oiseaux qui ramagent sans fin.

 

Dans le parc du château, la machine faucheuse

Fait grincer sous l’herbe sa lame d’acier,

Bientôt dans un cadre rustique et printanier

On verra des faneurs la bande tapageuse.

 

Voici que tinte au loin la cloche au son d’argent,

Elle sonne le glas car sa voix est plaintive,

Pour l’office des morts, puisque l’heure est tardive :

Elle invite au silence et au recueillement,

 

Tandis que mon église en sa verte parure

Majestueusement émerge du coteau

Et semble par sa tour où nichent les oiseaux

Montrer d’un doigt géant l’Auteur de la nature.

Soyez béni, Seigneur, d’apporter à notre âme

Au milieu des ennuis et des cruels tourments

Suscités par la guerre et par les errements

Des hommes, vrais suppôts, d’un Lucifer infâme

 

Quelque joie profonde qu’on ne trouve qu’en vous

Et dans vos œuvres qui proclament aux humains

Et la splendeur et la puissance de vos mains

Comme aussi vos bontés, vos tendresses pour nous

 

Que notre âme quittant l’humaine servitude,

Où la retient le corps et l’entravent les sens,

S’élève vers son Dieu avec de purs accents :

Doux écho de la Foi et de la Solitude.

 

°°°°°

Bon vivant pourtant, il aimait les bons plats et les vins fins et se plaisait à composer des acrostiches qu’il récitait en fin de repas au grand amusement de ses convives.

 

REMERCIEMENTS AU BARON THIERRY d’HUART

Avril 1950

 

Béni soit l’adroit chasseur

Et très heureux fut le pasteur

Car, une fois en sa vie

A sa table fut servie

Sur un plat bien garni :

Sauce et six croûtons exquis,

Elle…., la dive bécasse.

 

 

Dans le livre-souvenir que la commune de Vonèche lui remit lors de la journée festive qui devait célébrer ses quarante-deux ans de curé de la paroisse, figurait en bonne place un très beau poème sur Botassart, coin des bois où il aimait se détendre et se recueillir, surplombant une petite vallée, surnommée « Le Tombeau du Géant ».

 

BOTASSART

 

Dans la brume du soir, la vallée s’endort.

Le tombeau du géant comme un grand champ de morts

Découvre à mes regards ses ombres vaporeuses

Qu’enlace la Semois d’ondes silencieuses.

 

Dans les fermes du Val, le bétail est rentré ;

Seul passe près de moi un vieux coq attardé.

Le vent ne souffle pas, la nature est muette

Le moindre passereau nulle part ne volette.

 

Je regarde, charmé, les bois au ton vermeil

Que baise, en se couchant, un rayon de soleil.

Du clocher du hameau en pieuses cadences

Le chant de l’angélus dans l’espace s’élance.

Dans ce calme si pur qu’il me fait presque mal,

Je sens vibrer en moi les accents du métal

Et du fond de mon cœur, je prie la madone

D’y graver pour toujours, cette image d’automne.

 

Vonêche, le 21 octobre 1950.

 

 

°°°°°°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

04/12/2009

Ch. 3 - La rue non dénomée

&

 

 

PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT

D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI

ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES,

MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX ANNÉES

QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

ET LA VALEUR DES CROYANCES.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

 

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AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

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Chapitre 3 -  LA RUE NON DENOMMEE.

Repères { } du chapitre 3 :  {3.1 et 3.3} De cinq à dix ans, l’école primaire à l’époque de l’ostracisme philosophique et social qui opposait l’enseignement « confessionnel » et l’officiel - {3.2} Les Six Cents Franchimontois - {3.4} Découverte de la cruauté indifférente des adultes - {3.5} Mon cousin Jim, compagnon des fredaines - {3.6} Les aventures épiques dans un tas de sable - {7} Je deviens l’enfant souffrant du foie mis à un régime sévère.

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

{3.1} Notre rue n’avait pas de nom : une fantaisie urbanistique sans doute ! Nous habitions dans une entité nouvelle qui s’appelait : Nouvelle percée Xhovémont. Un peu futuriste, notre adresse était : rue Non dénommée – Nouvelle percée Xhovémont - Liège (sic).

 

Mon père avait perdu son emploi avec la crise de 1934 et en avait retrouvé un autre, grâce à une amie de ma mère, comme représentant en savons et produits de lessive.

 

Après avoir vanté les mérites des carburants Shell, il s’efforçait de convaincre les détaillants de tous genres de la qualité incomparable des produits de la firme « Lever frères », mondialement connue.

 

La maison qu’il avait dénichée pour nous loger tous, était située sur une hauteur qui dominait la ville.

 

{3.2} Je m’imaginais dans mon petit crâne de dix ans que c’était de là que les six cents Franchimontois étaient descendus pour étriller les Français de Louis XI et les Bourguignons de Charles le Téméraire, en 1468, mais qui malheureusement, par la suite, s’étaient fait tailler en pièces et massacrer avec femmes et enfants par les armées du Duc et du Roi. (La ville de Liège et le pays de Franchimont furent à trois reprises, brûlés et détruits en représailles, seules les églises étaient préservées.)

 

Cette histoire que notre instituteur, Monsieur Bebronne, nous avait lue, tirée des mémoires de Philippe de Comines, m’avait bouleversé tellement la dureté des deux princes me scandalisait.

 

Voilà, en substance, ce qu’en disait le chroniqueur : « Avant que le duc ne quittât la cité, il fit noyer un grand nombre de pauvres prisonniers qui avaient été trouvés dans les maisons au moment où la cité avait été prise. En outre, il décida de faire brûler cette cité qui avait été de tout temps fort peuplée. Il ordonna qu’on la brûlerait à trois reprises, et commit, pour exécuter cette sentence ainsi que pour protéger les églises, trois à quatre mille hommes de pied de Limbourg, qui étaient voisins des Liégeois et qui avaient mêmes vêtements et même langage ».

 

Je fus surtout outré d’apprendre que ce furent des voisins, les Limbourgeois qui effectuèrent cette sale besogne. (Etait-ce déjà prémonitoire, des dissensions entre Fouronnais, partisans du rattachement à Liège opposés aux Limbourgeois qui les « occupent » ?).

 

Universelle aragne

Et toi Téméraire :

 

Bon peuple égorgé,

Soudards assoiffés

De fer et de bière,

De guerre aux notables.

 

Vous plierez le cou

Dans mon sable

Pour un pardon à genou.

 

Ce récit m’amena à introduire dans mon monde un nouveau personnage, cité dans les mémoires : Madoulet, un des chefs franchimontois qui fut torturé et exécuté.

 

Monsieur Bebronne prononçait son nom, sourdement, avec une pause de la voix sur : dou-ou-let, en ouvrant de grands yeux évocateurs et en avançant la bouche en « ou-ou-ou … ».

 

Nous étions pendus aux lèvres de notre instituteur qui racontait si bien les histoires et qui se plut, à cette occasion, de lui imaginer un haut fait d’armes qu’il décrivit avec forces gestes et éclats de voix.

Dans mon imaginaire à moi, Madoulet était tout autre, très drôle, dégingandé, un rien Don Quichotte. Mes histoires se devaient d’être amusantes et de faire rire : désopilantes, elles me protégeaient de la peur, car j’étais très peureux et craintif.

 

Fragile et timide, je me faisais facilement battre à l’école par les durs de la classe : on est cruel et lâche à dix ans. Terrorisé, je me faisais petit dans la cour de récréation pour échapper aux bandes d’agresseurs.

 

Je n’échappai pourtant pas à ces tortionnaires d’enfants timides, un jour, que je rentrais de classe en prenant un raccourci qui me faisait passer par une rue sans issue. (Rue Fond Pirettes – rue du fond des petites pierres).

 

Le bout de cette rue mourait devant une grande colline dans laquelle des habitants du quartier s’étaient taillé des étroits potagers et construits grossièrement des cabanes à outils et clapiers à lapins.

 

Un sentier serpentait et grimpait dans tout ça, permettant un accès rapide au quartier Xhovémont, situé au-dessus.

 

{3} La rue Fond Pirette était pour nous, élèves fréquentant l’école catholique, mal famée par une bande de gamin de l’école communale. (Les enfants « bien » fréquentaient de préférence l’enseignement catholique et les autres, l’enseignement communal.)

 

A l’époque, une guerre impitoyable sévissait entre les deux écoles. Pour éviter les problèmes de confrontation dans les rues, les pouvoirs organisateurs de nos enseignements s’arrangèrent pour que les sorties de classes se fassent à des heures différentes.

 

Un jour, cependant, je ne pus éviter la bande du quartier qui me repéra tout de suite tellement Maman m’habillait avec distinction.

 

Ce fut ma fête : jeté à terre, je fus souillé, déchiré, mon cartable détérioré, mes livres et cahiers expédiés aux quatre coins de la rue et je ne parlerai pas des coups que je pris un peu partout.

 

Dans mon désarroi, j’appelai mes amis des rêves et surtout Madoulet, le héros de Monsieur Bebronne, qui me semblait le mieux convenir à la situation. Bien entendu, il ne put se dégager de son monde pour venir à la rescousse.

 

J’échappai quand même à mes agresseurs et m’enfuis par le petit sentier grimpant où je pleurai de douleur et d’abandon derrière une cabane disjointe perdue dans des plantations jardinières disparates.

 

Madoulet fut le premier à mes côtés, bientôt suivi par les autres : Rigolard le carabe, Gentille la guêpe, Men ipt src="http://www.blogs.lalibre.be/admin/javascript/tinymce/themes/advanced/langs/fr.js?20090525" type="text/javascript"> tor alias Belle des Cloaques, Affable le feu follet et d’autres que j’avais créés depuis mes cinq ans.

 

Tout ce monde s’ingénia à me réconforter et à proférer les plus redoutables menaces à l’adresse de mes agresseurs :

 

- Je les pourfendrai et les estoquerai vociférait Madoulet.

- Je les empalerai, criait Gentille, la guêpe, de sa voix aigrelette.

- Je les liquéfierai, susurrait Mentor, l’araignée, en bavant de plaisir.

- Je les convertirai, concluait sentencieusement Affable, le feu follet, qui ne perdait jamais une occasion de relever le débat.

 

Les autres, tous ensemble, manifestaient soutien et approbation en faisant le plus grand tapage.

 

Ce fut donc entouré de ce bruyant et pittoresque cortège que je regagnai mon logis, réconforté mais blessé tant au corps qu’à l’âme.

 

Maman, très en affaire, me soigna, me pansa, me cajola tout en s’enquérant des détails de l’aventure. Outrés, mon père et elle, se promirent d’en parler à l’école et que : « les choses n’en resteraient pas là. »

 

Je commençai alors à prendre conscience de mon importance et de la place que j’allais occuper dans la guerre des écoles.

 

Réconforté, je retrouvai un privilège de mes jeunes années en me faisant border et embrasser dans mon lit. Mon corps était brûlant de coups et blessures et je contemplais en pleurnichant une mascarade à la teinture d’iode que révélaient sur mes bras et mes jambes, les rayons de la lune se glissant au travers du rideau.

 

Dès que je fus seul, mes amis s’empressèrent de me rejoindre pour établir un plan de représailles. Madoulet avait repéré le chef de la bande et nous proposa une expédition punitive, ce qui fut accepté à l’unanimité, moins un : Affable, bien sûr.

 

Nos talents ubiquitaires nous permirent de réaliser nos projets vindicatifs et notre curieuse troupe se retrouva en un clin d’œil au chevet du prétendu chef de bande.

 

Il était roux avec un nez en trompette et des dents pointues : une vraie tête de garnement. Il dormait comme un ange, peu préoccupé de ses méfaits, bien étalé, les bras derrière la nuque et un pied hors du lit.

 

- Par où on commence, demanda Madoulet, devenu chef du groupe ?

- Par le nez, glissa la guêpe qui se réjouissait déjà à l’idée d’un raid aérien bourdonnant autour d’un appendice aux orifices béants.

- Je me réserve le pied, dit notre Belle des cloaques, en se proposant un petit jogging à huit pattes avec freinage en catastrophe sur les crochets des mandibules en pleine plante d’un pied chatouilleux.

- Quant à moi, surenchérit Madoulet, je vais peupler ses rêves de cauchemars avec quartiers incendiés, soldatesque enragée et gibets menaçants.

 

Affable, feu follet condescendant, les regardait en haussant les épaules à l’écoute de propos aussi horribles que méchants.

 

La terrible bande se mit à l’ouvrage et notre rouquin passa une nuit cauchemardesque avec guêpes, frelons et autres abeilles lui bourdonnant autour du nez, araignées de tous genres lui courant sur et sous les pieds et enfin, pour échapper à tout ça, une fuite effrénée dans une ville en feu poursuivi par des soudards beuglants dans un décor dantesque de gibets sanguinolents.

 

Le lendemain, je me sentis vengé et apaisé. Une journée de congé me fut accordée pour panser mes plaies et me remettre de l’aventure.

 

Et c’est en héros de la guerre des écoles que je fus accueilli, le surlendemain, à Saint Remi (patron de mon école).

 

Dès mon entrée dans la cour de récréation, je devins la vedette et tous les regards se tournèrent vers moi. J’étais évidemment spectaculaire à souhait : œil au beurre noir, pansements autour de la tête, bras et jambes emballés, claudiquant un peu, un bras en écharpe (Maman en avait rajouté un peu pour mieux dramatiser l’affaire !).

 

Le scandale se lisait dans tous les yeux des mères venues conduire leur rejeton. En héros du jour, très à mon affaire, je traversai tout ça en victime à confier à la vindicte paroissiale.

 

Insigne honneur, le directeur de l’école me reçut pour m’entendre conter l’aventure. Il hochait la tête d’un air très réprobateur et m’emmena ensuite dans toutes les classes où, tout à mon avantage sur l’estrade, je racontais mon histoire avec force détails imaginés ou non.

 

Monsieur Bebronne me réservait l’apothéose : roulant les yeux et les « rrr », il me fit détailler ma « terrrrrible » aventure. De plus en plus sûr de moi, mon imagination débordante en rajouta, en rajouta, avec détails pitoyables, à faire pâlir de jalousie la Comtesse de Ségur, elle-même.

 

Cette gloire fut éphémère : quelques jours. Je rentrai bien vite dans l’anonymat réservé au petit garçon insignifiant et timide que j’étais alors et retrouvai mes personnages qui me consolèrent de l’indifférence humaine en me choisissant une place bien en vue dans leurs aventures pour m’y confier le rôle le plus important.

 

Ces histoires merveilleuses eurent pour cocon la maison douillette de la cité qui nous abritait, bien rangée comme les autres dans une rue à peine pavée (tout semblait provisoire dans la rue non dénommée).

 

Il y avait du sable partout : un beau sable pâle de paveur qui glissait entre les doigts. Ce sable enchanta nos dix ans.

 

Le cocon se prolongeait d’un petit jardin avec, dans un carré d’herbes rases, une balançoire accrochée à un tube d’acier qui s’appuyait d’un côté sur le seul arbre qui s’y trouvait et de l’autre sur un support en croix de saint- André.

 

Comme par miracle pour nous, les quelques mètres du fond étaient de sable gras d’un jaune profond qui, mélangé avec celui des paveurs, permettait des compositions des plus colorées.

 

Cette surface magique connut nos plus belles épopées. Avec mon frère Pierre et plus tard, le cousin Jean-Marie, nous creusions des galeries et bâtissions des châteaux que nous peuplions de personnages fantastiques.

 

Feu de genets d’or,

Sable, sable encor,

Soleil et nuages

Dans de fausses plages

Et des pieds tout blanc

Tout blanc de preux pages

De preux pages sages

Aux rois du printemps.

 

{4} Nous connûmes, un jour, mon frère Pierre et moi, la terrible et parfois inconsciente cruauté des hommes.

 

C’était bientôt Pâques et notre mère nous avait chargés de ramener un lapin qui devait figurer au menu du jour. A cette époque le lapin était un luxe qu’on servait aux grandes fêtes.

 

Elle l’avait acheté à un vieil homme qui cultivait son petit lopin de terre sur le raidillon qui séparait la rue Fonds Pirette de notre quartier. L’homme élevait aussi quelques lapins qu’il vendait volontiers aux habitants du coin.

 

Quand nous nous présentâmes, mon frère et moi, pour prendre livraison de l’animal, il n’était toujours pas tué : effarés, nous assistâmes au sacrifice. Le malheureux, n’ayant à portée de main aucun outil valable, utilisa un petit morceau de bûche coupé, un de ceux dont on se sert pour allumer le feu .

 

Il dut s’y reprendre à plusieurs reprises pour abattre l’animal qui criait et se débattait ; il finit par l’écarteler en étirant la nuque par les oreilles.

 

Ce fut la première fois que je réalisai la mort et la souffrance des suppliciés et l’insolente, impitoyable et inconsciente cruauté des hommes.

 

Des gibets partout,

Ils pendent tête en bas,

Les yeux grands ouverts

C’est l’infini du néant

Qui demande raison.

 

Ils frôlent leur ombre

Pour entrer dedans.

Ils sont tristes, et si tristes

De leurs yeux grands ouverts.

 

 

Dans ma vie d’adulte, j’ai aussi tué des animaux que j’élevais pour les consommer et j’ai aussi abattu des bêtes blessées pour leur épargner la souffrance de l’agonie.

 

Je n’aimais pas ça du tout, mais je ne voulais laisser cette nécessité à personne tellement j’avais la plus grande considération pour la souffrance des êtres vivants et que je gardais le souvenir de la maladresse et de la cruauté du vieux bonhomme.

 

Quand il m’arrivait de le faire, je me concentrais pour que l’acte fût bref et fatal. J’ai finalement supprimé beaucoup d’animaux à sang chaud dans mon existence : du plus petit comme l’oisillon blessé jusqu’aux porcs et moutons élevés par mon voisin de campagne : je voulais leur éviter la torture qui fut infligée au pauvre lapin de Pâques de mon enfance.

 

{5} Je dois introduire, maintenant, un personnage qui a compté beaucoup pour moi : un cousin espiègle et grand cœur qui fit partie de quasiment toutes mes aventures d’enfant et d’adolescent.

 

Il entra dans ma vie quand j’avais une dizaine d’années. Ses parents qui avaient liquidé leur commerce et loué leur maison de Namur, étaient venus tenter leur chance à Bruxelles.

 

Ma mère avait proposé à sa sœur de s’installer chez nous, à Liège, pendant environ un trimestre, le temps de déménager et relancer un nouveau commerce, l’autre n’étant plus rentable.

 

Mon cousin se prénommait  Jean-Marie ( Jammy pour sa mère, Jim pour mon frère et moi). Très primesautier, imaginatif, il adorait nous entraîner dans des expéditions folles que nous entreprenions avec un cœur vaillant de conquistador.

 

L’arme sur l’épaule, déhanché, la marche conquérante, nous avancions en file indienne, Jim en tête, moi ensuite et le petit Pierre (surnommé Pit) derrière. Quelle allure ! Et quel chant de guerre !

 

Flique – Pitte – Jimme

Flique – Pitte – Jimme, etc.…, etc.…

 

En martelant bien le « que » de Flique, le « te » de Pitte et le « me » de Jimme.

 

{6} Notre joyeuse bande créait dans notre trou à sable les plus imprenables forteresses, les plus incroyables défilés dans les plus hautes montagnes avec cols et chemins escarpés ou encore des souterrains mystérieux avec salles pour réunions obscures.


Pas belliqueux du tout, aucun des trois n’imaginait de combats. Nous nous contentions d’organiser la vie des occupants de nos constructions, notre souci majeur étant de créer ou d’aménager des espaces qu’exploitaient nos personnages selon notre bon vouloir.

 

Cri de guerre, cri de paix.

Cri de flamme et cri du chant,

Rengaine des remparts.

 

Des yeux d’infini et de soie,

Sourcils dorés et nez en rousseur,

 

Nez de soie et yeux dorés,

Rire en cascade

D’eau de source en joie.

 

Un jour, je me réveillai couvert de taches rouges des pieds à la tête, déguisé en sioux bon teint.

 

Ma mère, assez inquiète, appela un spécialiste des maladies d’enfants qui affola tout le monde en déclarant péremptoirement que j’avais la scarlatine et que je devais être mis en quarantaine.

 

Quelle histoire ce fut ! Grand branle-bas de combat : les deux sœurs (ma mère et ma tante) réorganisant la maisonnée pour protéger les autres de la contagion.

 

Je fus isolé dans une chambrette, très dépité de l’aventure mais me promettant d’appeler à la rescousse mes alliés habituels, imaginaires ou en chair et en os.

 

Jim, le premier parvint à sauter le cordon sanitaire et le cou dans l’entrebâillement de la porte, m’assura de son soutien et me promit pour la nuit une escapade nocturne dans les sous-sols.

 

J’appris par la suite que le pauvre s’était fait pincer et paya durement son acte de solidarité, condamné qu’il fut à copier quelques pages de conjugaisons.

 

Finalement, il s’avéra que le médecin (pédiatre, pourtant) s’était grossièrement trompé, si bien que la prétendue scarlatine, cause de l’ostracisme dont j’étais victime, devint un empoisonnement du foie provoqué par l’administration quelques jours plus tôt d’un vermifuge. (De marque « lune » afin qu’on ne se méprit pas sur l’endroit où sévissaient les ignobles petites bêtes que le médicament était censé exterminer). C’était du moins ce que prétendait notre généraliste, appelé en renfort.

 

Par prudence et ne sachant plus à quel médecin se « vouer », les deux sœurs décidèrent de continuer la quarantaine, si bien que je fus abandonné quelques jours à mon triste sort, le temps que la disparition des rougeurs, ne donne finalement raison à notre médecin de  famille.

 

Cette retraite forcée me permit de donner libre cours à une imagination qui n’avait pas besoin de ça pour se débrider. J’appelai mes personnages qui s’empressèrent de me rejoindre dès le premier appel.

 

Entrèrent en scène également, Pit et Jim, mes compagnons de jeu qui piaffaient d’impatience pour m’épauler dans mes folles entreprises.

 

Jim et l’incomparable Mentor, Belle des cloaques, furent vite inséparables, mon aventureux cousin la chevauchant en s’agrippant à son dos velu. Le frérot copinait avec la guêpe quant à moi, je préférais les facéties de Rigolard, le carabe doré.

 

Madoulet se tenait les côtes de rire en contemplant l’étonnant équipage que constituaient Jim et Mentor, l’un à califourchon sur l’autre tel Don Quichotte sur Rossinante.

 

Il faut que je raconte ici l’incroyable aventure qui arriva à notre bande que j’avais conduite au sommet des remparts de notre château de sable.

 

Madoulet en avant précédait le reste de la troupe, la rapière pendante et le chapeau de guingois sur l’oreille.

 

Le chemin de ronde était tortueux à souhait et la terrible bande avait fort à faire pour ne pas dégringoler dans le ravin qui séparait la fortification d’un plateau qui était censé servir de base d’attaque à d’éventuels assaillants.

 

Soudain, un cri étrange s’éleva du fond du ravin :

 

- Gabougnia, gabounia, kwack, kwack kekseksa jétrobouffé jivacrevé…(Gabougnia, gabougnia, kwack, kwack, qu’est-ce que c’est que ça, j’ai trop bouffé, je vais crever..)

 

Jim, n’écoutant que son courage, dégringola avec sa monture à huit pattes pour répondre à l’angoissant cri de détresse.

 

Bien mal lui en prit car il disparut avec sa Belle des cloaques dans un souterrain qui s’était ouvert sous ses pieds. Les autres en haut, pas inquiets pour autant – n’oublions pas que dans une histoire dirigée rien de fâcheux ne peut arriver à personne – tenaient conseil de guerre pour porter secours aux deux infortunés.

 

- Rassurez-vous, il n’est pas en danger, affirmai-je, connaissant bien la suite que j’allais donner à l’histoire.

- Si nous creusions une galerie souterraine pour les secourir, suggéra Gentille en bourdonnant.

- On y va tout de suite, lança Madoulet en se précipitant dans le vide.

 

Il faut rappeler que nous avions la faculté ubiquitaire de nous déplacer instantanément selon notre bon vouloir si bien qu’en peu de temps nous nous trouvâmes à pied d’œuvre.

 

C’est alors que, venant du sol, nous entendîmes Jim échanger des propos bizarres avec un interlocuteur de plus en plus étrange.

 

- Jétrobouffé, jivacrever gémissait une voix métallique qui sourdait du sol. (J’ai trop bouffé, je vais crever,)

- Quektabouffé ? (Qu’est-ce que t’as bouffé ?) répondait Jim soudain polyglotte.

- Ducimenmortié, jivacrevé, (Du mortier de ciment, je vais crever) implorait la voix dans un bruit de ferraille.

- Tivapacrevé, jivasoigné, ouvtonfour, (Tu ne vas pas crever, je vais te soigner, ouvre ton four) reprit Jim.

 

On entendit alors un gargouillis innommable s’élever sous nos pieds. Nous étions de plus en plus ébahis mais avions réalisé que, comme les apôtres à la Pentecôte, nous comprenions toutes les langues, en tous cas, celle baragouinée par la « machine ».

 

- Tutsenmieu ? (Tu te sens mieux) continuait mon cousin, improvisé infirmier.

- Bleuf – blouf - Popssst – Reu eu eu psss – Bloufpss – çadessan – çavamieu – çapass – (Bleuf–blouf-popssst- reu eu eu psss-bloufpss-ça descend-ça va mieux- ça passe) rassurait la voix.

 

Madoulet, les mains en porte-voix, hurlait, penché vers le sol :

 

- Mais, sacrebleu ! Où êtes-vous ? Qu’est-ce que vous m’foutez ?

 

Jim, qui nous avait entendus, criait :

 

Dégagez sous vos pieds, j’arrive.

 

Fébrilement, nous creusâmes le sable, découvrant une gigantesque boîte de conserve éventrée par l’orifice de laquelle notre courageux cousin, toujours à califourchon sur sa monture octopode, plastronnait, soutenant des deux bras une curieuse machine.

 

Très excités, nous fîmes en sorte que l’engin soit dégagé et ramené à la surface avec son découvreur convaincu de son importance.

 

Il déposa la « machine » à ses pieds – elle était pitoyable à voir :

Assez rouillée, avec des trous un peu partout, elle semblait très vieille et devait avoir séjourné longtemps dans le sable humide.

 

Elle roulait deux gros yeux effrayés qui brinquebalaient au bout de deux vieux ressorts étirés.

 

Un tuyau lui faisait un long nez et, par une sorte d’entonnoir qui lui servait de bouche, sortait des sons gargouillés de carter qui se vide. L’objet avait dû servir de pièce de moteur du temps de sa splendeur.

 

Jim, se rengorgeant, assura, péremptoire, que sa trouvaille nous serait d’une très grande utilité, affirmant que l’objet de ses attentions était capable de creuser des galeries ou des salles souterraines en absorbant tout ce qui se trouvait sur son passage.

 

Le sachant expert en imaginaire, nous ne doutâmes pas un seul instant du sérieux de ses affirmations.

 

- Comment y s’appelle ton truc ? lui demanda Madoulet, nonchalamment appuyé sur sa rapière.

- Dégueuloir à roulette ironisa Rigolard.

- Faudrait qu’il en ait des roulettes, précisa Gentille.

- Jeséouhihan-na (Je sais où y en a) dit la « machine », assez intéressée.

- Dinou-ouhihan-na ? (Dis-nous où y en a) insista Rigolard

- Danltroudouonvihin (Dans le trou d’où on vient) répondit la machine

 

Retournés dans le « trou » et après avoir creusé, nous ramenâmes au jour pas mal d’objets hétéroclites dont quatre poulies que nous montâmes sous la « machine » en les accouplant avec des essieux de fortune, improvisés à partir de bouts de bois.

 

Complètement transformée et rajeunie par un bon bichonnage, et de plus douée de mobilité, notre nouvelle collaboratrice, ragaillardie et volubile ne cessait de jacasser :

 

- Jemsenpréatoubouffé, jélestomadanlaipouliii

j’veutoubouffé, donnaimoiaboufféparpitiééé

j’boufflater, j’boufflefer, j’boufflapierr, j’boufftou,

j’suilbouftou, j’suilbouftou… (Je me sens prêt à tout

bouffer, j’ai l’estomac dans les poulies, je veux tout

bouffer, donnez-moi à bouffer par pitié, je bouffe la terre

Je bouffe le fer, je bouffe la pierre, je bouffe tout, je suis

Le bouffe tout, je suis le bouffe tout)

 

Ne voulant pas décevoir pareille fringale, nous poussâmes la « machine », illico, devant un mur de sable et de cailloux qu’elle s’empressa d’avaler sans respirer, en y creusant un trou profond.

 

Médusés par une telle démonstration, nous fûmes forcés de tenir un conseil pour discuter de ses opportunités d’utilisation.

 

- C’est un engin dangereux, il désintègre tout ce qu’il veut, disait assez réticent, Affable, le feu follet.

- Quelle arme ! Jubilait Madoulet, en bon soudard.

- Faudrait pouvoir le transporter quand on devient invisible faisait remarquer avec à propos mon frère Pit.

 

Je répondis à cela, usant, abusant même de mon pouvoir d’auteur de l’histoire que l’ « ubiquité » s’étendait aux objets utilisés dans leurs déplacements par les voyageurs de l’ « invisible » et convînmes que ce serait Pit qui serait affecté au poste de « chargé de la machine ». Mon frère en fut ravi car il adorait la mécanique et les moteurs.

 

Impatiente de tester tout ça, la bande au grand complet se lança dans l’« invisible » avec armes et bagages, prête à affronter les monstres les plus horribles.

 

Et ce fut bien ce qui arriva :

Nos amis, très flambards s’avançaient : Pit en avant avec la « machine » flanqué de Jim sur sa monture horrible et Madoulet, rapière au poing  ; les autres, prudents, faisaient bloc derrière.

 

Un dragon crachant le feu se présenta : Pit avec la « machine » le goba ; un autre le suivait, à faire frémir, il vomissait de la lave fumante et rougeoyante : la « machine » l’engloutit avec un gros « beurfpff » de digestion.

 

Mais, ce n’était pas tout : derrière ce beau monde une chose horrible, innommable, visqueuse, glaciale et putréfiée à souhait s’avançait vers nous, immense, déferlante, engloutissant tout devant elle.

 

La « machine », dégoûtée, ne voulant pas de ce truc dégueulasse, notre courageuse troupe dut battre en retraite. La seule solution devint alors un retour en catastrophe par la grâce de notre fameuse faculté « ubiquitaire », action d’ailleurs qui tomba à pic, l’heure du repas du soir venant de sonner.

 

Je n’osais raconter mes aventures de « dédoublement » à personne, tellement la plupart des autres sont absents des rêves merveilleux et des histoires fantastiques ; mais ce n’était heureusement pas le cas de mes deux compagnons de jeux qui, eux, ne demandaient qu’à partager et développer mon univers de l’imaginaire.

 

Ce soir-là, à table, nous tînmes de grands et longs conciliabules pendant lesquels nous établîmes des projets d’utilisation invraisemblable de la « machine »   sous l’œil souvent inquiet et interrogateur de nos mamans qui fronçaient un sourcil alarmé lorsque des bribes et morceaux leur parvenaient aux oreilles.

 

C’est d’ailleurs, à cette occasion que nous introduisîmes « kiki » dans notre histoire, convaincus qu’il nous serait d’un grand secours dans nos combats contre les dragons.

 

Kiki était le chien bâtard de notre oncle Louis. Il accompagnait tous les jours son maître, gendarme retraité, qui passait nous saluer lors de sa promenade vespérale.

 

Nous aimions beaucoup cette visite qui était un moment fort de la journée : notre oncle, menuisier amateur, nous bricolait des jouets de bois très ingénieux, nous apprenait toutes sortes de tours et trucs et nous laissait jouer avec son chien.

 

Un jour, Jim projetant d’utiliser celui-ci contre les dragons et autres monstres, voulut tester ses qualités combatives. Armé d’une petite règle, il excita l’animal à un point tel qu’il fut mordu, mais pas très gravement.

 

Ah ! Quelle affaire ! Ire générale des adultes présents : le pauvre Jim, n’en fut quitte qu’avec quelques pages de conjugaisons à copier sur-le-champ dans sa chambre.

 

{7} La fausse scarlatine, devenue empoisonnement du foie, ébranla ma santé de jeune garçon. J’étais souvent nauséeux de crises hépatiques. C’est alors que mon père me fut d’un grand secours et que j’appréciai sa tendresse et son affection.

 

Malgré la fatigue de ses journées harassantes, il passait de nombreuses nuits, assis à mes côtés, sa main chaude me massant doucement le foie, tandis qu’il me rassurait d’une voix tendrement affectueuse.

 

Mon statut d’enfant malade me valut cependant d’autres privilèges comme celui (Oh ! combien envié par mes frères et cousins) de bénéficier d’orangeade (c’était un luxe à l’époque) au repas pour compenser les désagréments du régime sévère imposé par mon état (Pas de sauce et tout cuit à l’eau.)

 

Heureusement, quand j’avais trop mal je retrouvais mes personnages que j’entraînais en de si belles aventures dans des décors fantastiques et j’étais heureux, si heureux…

 

Ô, folles chevauchées !

Blancs nuages tout blancs,

Prés verts d’herbes fauchées,

Etoiles au bout du vent.

 

Je suis encor tout frêle gt;

Tel un bouquet de prèle

Avec le cœur qui flâne

Chez mes trop lointains mânes

 

J’ai des prés verts dans l’âme,

Des myosotis bleus

Et des roses de feu,

Qu’ensemble nous semâmes

Dans mes si longs prés chauves,

Brûlés de soleil mauve.

 

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Ch. 2 - Le jardin des tombes

 

 

 

 

PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT

D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI

ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES,

MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX ANNÉES

QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

ET LA VALEUR DES CROYANCES.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

 

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AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

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Ch. 2   LE JARDIN DES TOMBES.

Repères { } du chapitre 2 : {2.1} Enfance en face d’un cimetière plein de soleil et d’insectes - {2.2} La maman des fleurs - {2.3} Les insectes et ma première souffrance - {2.4} L’imaginaire et les rêves d’un enfant qui cherche l’amitié des insectes, des guêpes et des araignées.

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

{2.1}  En voulant ranimer mes origines, j’y ai découvert un songe d’enfant, un vrai rêve éveillé, celui qu’on garde dans sa mémoire et qu’on retrouve toujours quand on veut rechercher  ses lointaines racines en quête de son premier souvenir.

 

Dans ce songe, je n’ai pas retrouvé la chaleur et la douce lumière diffuse dans un ventre gravide.

 

Je n’ai pas retrouvé les tétées de lait chaud,  tendrement  chaud, ni la  tiédeur veloutée d’un sein de mère.

 

Je n’ai pas retrouvé mon premier sourire, ni mon premier rire, suscités par des beaux yeux et des dents de perle.

 

Je n’ai pas retrouvé l’enivrement de mes premiers pas, ni le roulis dans des bras fermés.

 

J’aurais aimé retrouver dans ma mémoire la première image révélée par le premier mot.

 

J’aurais aimé retrouver la  première caresse dans les cheveux, la première chaleur d’une bouche qui embrasse, le confort des bras qui enlacent, les premiers chants d’oiseaux, la découverte du premier printemps, la tiédeur d’un premier été, les couleurs du premier automne, la blancheur des premières neiges et la  première sensation du confort douillet d’une famille blottie autour du feu de bois.

 

Ce que j’ai retrouvé dans mon rêve éveillé, c’est un cimetière….

Oh ! mais pas n’importe quel cimetière, le mien était très beau,  tout blanc, très gai avec beaucoup de jaune et de rouge : des renoncules et des coquelicots dans le soleil.

 

Mon cimetière n’était pas bien entretenu, mais on y entendait bourdonner les insectes et psalmodier les pinsons.

 

Il y faisait toujours chaud comme en été et l’air tremblait au-dessus des tombes :  il y faisait si bon vivre !

 

Joyeuses sont tes pierres blanches

Qui se penchent en souriant,

Joyeux sont tes rires,

Coquelicots et fleurs d’or.

 

Tu as des rives de mirage

Dans tes palettes de soleil,

Palpitant est ton air

De petit oiseau fou.

 

Tu as fermé ta grille

Sur tes yeux de cimetière.

Dors dans ta lumière,

Pataude dans tes cailloux.

 

Tu frémis et tu trembles

Dans ton ciel toujours bleu

Et tes mosaïques blanches

De soleil sont toutes chaudes

Dans ta longue fièvre d’été.

 

 

Une grande maison blanche, haute et étroite, avec un toit très pointu, toute seule, se trouvait devant, séparée de la grille par une large route de pierraille.

 

Mon père l’avait louée dans la petite bourgade de Florennes pour y loger sa famille quand il avait été affecté à la représentation des produits de sa firme dans la région des Ardennes.

 

Il nous quittait tous les jours dans une grande et sinistre voiture noire de représentant qui  s’éloignait sur la route dans une auréole de poussière tandis qu’il restait en nous une angoisse d’abandon.

 

Je revois cet engin, triste comme un corbillard, de la marque belge Impéria qu’il fallait faire chauffer et qui ne voulait pas toujours « se mettre en route ». Alors ma mère, au volant, actionnait l’accélérateur pendant que mon père tournait la grande manivelle qu’il avait enfoncée profondément dans « le gosier de l’animal » qui alors gémissait et hoquetait pour démarrer en nous enfumant tous.


Capricieux, il lui arrivait de n'en rien vouloir, alors ma mère poussait le véhicule avec mon père aux commandes.  Elle en perdit le bébé qu'elle attendait.  Elle a toujours prétendu que c'était la fille qu'elle espérait après ses deux garçons.

 

Quand son courageux conjoint revenait le soir, fatigué, avec une odeur d’essence et de tabac mêlé, il disait souvent, les épaules écrasées : « je n’ai pas encore fait mon chiffre ! ». Ce fameux chiffre qu’il n’atteignait pas, nous a toujours laissé un sentiment, inexplicable pour nous, d’insécurité.

 

{2.2} Ma mère s’occupait du jardin et y mettait beaucoup de fleurs, surtout des cosmos de toutes couleurs qu’elle semait à la volée.  C’était la magicienne des fleurs qui embrassait le soleil en l’étreignant de ses bras dorés et qui faisait se redresser les roses quand elle les caressait de ses longs doigts effilés en les dégageant des broussailles stupides.

 

Quand elle passait dans les sentiers, les fleurs la frôlaient en un long murmure reconnaissant de feuillage.

 

Il y avait des poules et un coq derrière les fleurs.  Mon petit frère et moi leur donnions à manger derrière la clôture en treillis.  Nous avions très peur du coq qui était méchant, mais les poules nous connaissaient bien quand nous leur donnions des graines à travers le treillage.

 

L’air était bruissant d’insectes qui chantaient le soleil et les fleurs : une mélodie douce et lancinante  rejoignait  le ciel.  J’aimais beaucoup les insectes qui  m’ont toujours fasciné.

 

{2.3} C’est pourtant une abeille qui m’initia à la première souffrance de l’humain.  Je ne me souviens pas des autres, elles se sont sans doute perdues dans les brumes lointaines de la mémoire inconsciente.

 

La piqûre de l’insecte me fit cruellement souffrir. Je me souviens d’une intolérable douleur que je ressens encore à travers le temps : une brûlure au fer rouge qui s’enfonce dans le doigt et qui fait les yeux écarquillés, bouche grande ouverte.

 

Je ne leur en voulus pas aux insectes et même, plus tard, je leur fus reconnaissant de cette initiation  à la souffrance physique des vivants.

 

Maman me soigna et, assis à la fenêtre, je regardais les tombes à travers la grille.  Je me sentis bien : la douleur au doigt était bienfaisante.  J’étais dans un état second et ce fut la première fois que je me dédoublai.

 

{2.4} Cette faculté était dans mes gènes comme elle l’était dans celles de mon père ou de mon fils (Faut croire qu’elle est transmissible).  Je provoque cet état de transe en fixant mon regard sur mes doigts qui s’agitent concentriquement en signes cabalistiques.

 

Cet état second m’ouvrit le monde des insectes pour la première fois, ce qui me permit d’être un des leurs.

Je vécus beaucoup d’aventures avec mes personnages en entrant dans un univers dont je devenais le maître absolu.  Je dictais leur destin selon mon bon vouloir et ils se soumettaient à mon histoire.  J’étais en quelque sorte devenu leur dieu avec droit total sur leur existence.

 

Les insectes du cimetière m’y guettaient et je pris plaisir à les entraîner dans des aventures les plus abracadabrantes.  Je leur créais des univers nouveaux et fantastiques.

 

Cette faculté, rudimentaire au départ, s’est perfectionnée pour devenir très développée avec l’âge.  La transposition se produit maintenant avec une telle rigueur de détail et une telle véracité que je participe de plus en plus à l’histoire soit en tant qu’acteur, soit en tant que témoin.

 

Ce phénomène n’est pas facile à expliquer : c’est un rêve éveillé qui me permet de voyager dans l’imaginaire, de me substituer à tous mes personnages, de vivre leur action et d’y participer.

 

Je crée le décor et m’y intègre : c’est un univers dans lequel je peux évoluer en le modifiant à ma guise.  Je joue avec le temps, revenant en arrière pour en modifier le cours et les événements. C’est devenu un jeu passionnant et même parfois utile car il m’arrive de m’en servir pour résoudre certains problèmes pratiques.

 

Je peux en analyser les diverses solutions en les expérimentant en tant qu’acteur ou réalisateur et en utilisant le subconscient qui, avec l’âge, se manifeste avec acuité.

 

Cependant, quand j’interroge ma mémoire pour restaurer des séquences du passé, je les trouve transposées dans un langage plus mature et plus évolué que celui de l’enfant de cinq ans que je devais être alors. L’action elle-même a évolué avec le temps et s’est alignée.

 

Reprenons mon histoire :

 

Ma mère m’avait soigné et assis à la fenêtre, je regardais les tombes à travers la grille.  Je me sentais bien : la douleur au doigt était bienfaisante.   Dans un état second, je me dédoublai pour la première fois : Entré dans leur monde, j’étais l’un des leurs.

 

Où êtes-vous mes personnages,

Piteux de manteaux raglan ?

 

Où êtes-vous fières images,

Bigarrées, insoutenablement ?

 

J’aime vos ciels et vos nuages,

Vos fleurs, vos longues plages

Qui hantez mes nuits fébrilement

Toujours en dehors du temps.

 

Aussi, je ne fus nullement surpris quand l’ombre d’un carabe doré s’approcha de moi et me dit, en rangeant ses élytres :

 

- Tu veux que je te présente aux OMC (ombres majeures des carabes). Ce sont ceux qui travaillent dans les mousses autour des tombes.

 

Je répondis que je voulais bien et que je le suivrais au bout du monde.

 

Les OMC (ombres majeures des carabes) étaient de joyeux drilles qui  m’accueillirent avec jovialité.  L’un d’entre eux que je surnommai Rigolard, me nargua : «On dirait que tu as pris un coup de lune dans les mandibules ».  J’étais sans doute trop pâle à son goût.

 

Il me plut tout de suite et je sentis que j’en ferais un ami.  Je lui tapai sur l’épaule en lui disant :

 

- Comment t’appelles-tu ?

- GB-OMC (Grand blagueur de la tribu des ombres majeures des carabes)  et toi ?

 

Un peu surpris, je lui répondis :

 

- Flic (c’est un diminutif de mon prénom Philippe).  Que faites-vous dans les mousses ?

- Nous recherchons la goutte tombale

- La goutte tombale, c’est quoi ça ?

- C’est celle qui rend invisible comme l’ombre de l’ombre.

 

Il m’avait dit ça avec sérieux et un brin de crainte dans les yeux. Je repris, très intéressé :

 

- J’aimerais aussi devenir invisible comme l’ombre de l’ombre. Ca doit être amusant !

- Nous n’avons pas encore trouvé la formule.  Toi peut-être : tu es un petit d’homme qui a des pouvoirs.

- Que dois-je faire pour cela ?

- Te concentrer et le vouloir, comme tu as fait pour nous rejoindre.

 

Je réalisai alors tout l’intérêt d’une faculté dont je commençais à apprécier les avantages. Je me concentrai avec la volonté de disparaître.  Aussitôt, GB-OMC s’écria :

 

- Ca y est : tu as réussi, je ne te vois plus.  Tu es devenu ombre de l’ombre !

- Viens me rejoindre, je le veux !

 

lui  répondis-je, certain de l’étendue de mon pouvoir.

 

Rigolard pas plus étonné que ça, fut à mes côtés.  Il était devenu en quelque sorte le fantôme de GB-OMC  (Grand blagueur de la tribu des ombres majeures des carabes).

 

Très excités tous les deux, nous expérimentâmes mon pouvoir : je pouvais à souhait me déplacer instantanément où je le décidais et apparaître ou disparaître à ma seule fantaisie.  De plus en plus énervés, nous nous mîmes à explorer mon petit univers de cinq ans ; fort réduit, il se limitait à mon environnement immédiat.

 

Il y avait la chambre mystérieuse des parents avec une odeur très particulière de savon de toilette et de benzine.  Il y avait aussi la chambre de mon petit frère que je n’aimais pas beaucoup parce qu’il m’avait fait perdre par sa naissance des privilèges d’enfant unique auxquels je tenais beaucoup.

 

Il y avait aussi la chambre aux pommes qui pouvait servir de dortoir supplémentaire et dans laquelle notre mère venait religieusement choisir des fruits qu’elle faisait briller en les frottant doucement.

 

C’était un rite : les pommes étaient à l’époque avec les poires, les seuls fruits consommés en hiver.  Quand elle descendait, les bras chargés, en chantant, c’était comme si elle les avait cueillies au ciel.

 

« Pomme de reinette

Et pomme d’api,

Pomme d’api douce. »

 

Chante, chante, jolie maman

Pomme jaune dans tes mains,

Soleil du matin.

lt;/p>

Il y avait aussi le grenier, très pointu, mystérieux, sombre, craquant et gémissant.  Il me semblait que de grandes araignées y régnaient, velues et poilues, mangeuses d’enfants et que des essaims de guêpes n’attendaient que l’ouverture de la trappe pour se précipiter sur nous.

 

Mais il y avait surtout la cave, froide et humide comme toutes les caves de cette époque.  Les cris d’agonie des animaux pris aux pièges à souris me tordaient le ventre et bouleversaient mes nuits de cauchemars.

 

Mon père, courageux, y descendait tous les jours pour y remplir le seau à charbon.  La porte criait comme dans les châteaux hantés.

 

Gémissements et catacombes

Noires de cafards.

Peuple des tombes,

Chevaux naseaux hagards.

 

Gargouilles désenchantées.

Tripes au soleil

En misère éventrée.

 

C’est alors que je décidai d’utiliser mon pouvoir pour tout changer.  Je voulais avec Rigolard affronter tous les dangers.

 

Nous allions explorer en les transposant des mondes imaginaires : celui surchauffé et  bourdonnant du grenier et le froid vase clos grinçant de la cave.

 

Notre première aventure eut pour décor le grenier.  Je me dédoublai et nous nous trouvâmes devant la grande entrée du nid de guêpes.

 

Il faisait très chaud et tout le monde somnolait.  Une guêpe de garde nous  regarda, assez intriguée :

 

- D’où venez-vous et que voulez-vous ?

- C’est votre maison ?

- Si vous voulez.  Nous, nous appelons ça un nid.

- Peut-on entrer ?

 

La guêpe-gardienne très affable et accueillante se fit remplacer et nous fit visiter le nid.  Il y avait des guêpes partout, ça grouillait et nous eûmes beaucoup de peine à nous déplacer.

 

Les guêpes rouspétaient beaucoup, mais se rendormaient aussitôt. Notre nouvelle amie  s’appelait gdges/omg (gardienne des guêpes en sieste de la tribu des ombres mineures des guêpes)  Rigolard qui était lui Ombre Majeure ne pouvait s’empêcher de la regarder de haut.

 

Comme j’aimais faire simple et que ma langue se prenait les pieds en épelant les lettres de son nom, je surnommai  notre nouvelle amie :  Gentille.

 

Ca lui allait comme un coup de poing dans la figure, mais ça amusait Rigolard qui susurrait « Gentille » du bout des mandibules en oviducte. (Traduction pour les humains : bouche en cul de poule)

 

Après la visite, Gentille nous trouva au fond du nid une chambrette abandonnée où nous nous  installâmes pour dormir comme les autres.

 

Arrivé à ce stade de mon dédoublement, je décidai de changer de décor et d’aller voir ailleurs : la cave me tentait.

 

J’entamai le processus habituel de transformation et d’invisibilité et me retrouvai avec Rigolard devant le tas de charbon que mon père taquinait chaque jour du bout de son seau à charbon.

 

Devant nous, une montagne noire et brillante ; le spectacle était grandiose (nous étions à l’échelle de Rigolard qui debout ne mesurait pas plus de trois centimètres).

Le soupirail par ses ouvertures que l’on apercevait au loin dessinait sur la mer noire de gaillettes de gigantesques arabesques de soleil.  Nous étions confondus devant un tel spectacle et retenions notre souffle.

 

La montagne commençait à nos pieds.  Les gros morceaux de charbon nous paraissaient énormes. Irisé, celui qui se trouvait devant nous, offrait un spectacle de kaléidoscope.

 

- Il est beau celui-là, mais il y en a beaucoup comme ça dans le tas !

 

Celui ou plutôt celle qui venait de parler, était une grosse araignée velue et poilue à faire peur avec une tête aux yeux fixes et perçants et des chélicères et pédipalpes en lippes pendantes.

 

Malgré tout, nous la trouvâmes sympathique et fîmes rapidement connaissance.  Elle nous signala qu’elle habitait les lieux depuis peu et qu’elle était venue par les égouts.  Elle était de passage, comme elle disait.

 

Notre abominable compagne, très bavarde, nous montra les lieux avec moult explications.  Nous apprîmes que les hommes n’aimaient pas les souris et qu’ils les faisaient mourir dans des pièges à torture.

 

Elle nous montra aussi ce qu’elle appelait la vallée des cloaques en nous signalant que c’était par là qu’elle était venue et que c’était sa porte ouverte sur le monde.  Il s’agissait d’une partie d’égout découverte par où s’écoulaient les eaux usées.

 

J’avais surnommé notre guide Mentor à cause de sa manière précieuse et doctorale de présenter les choses (je n’ai jamais pu retenir son nom véritable, tellement il est long et compliqué.  Du genre : Belle des cloaques, ombre des ombres du cinquième collecteur, lui-même descendant du deuxième grand collecteur provenant du sixième dans lequel s’écoulait le troisième provenant lui-même du douzième… etc.… etc.…)

 

Mentor donc nous ramena à la montagne de charbon où elle nous fit entrer dans son abri provisoire. (Une cache dans l’anfractuosité d’une énorme gaillette).

 

Là, elle voulut absolument nous faire goûter sa spécialité : du ragoût d’estomac de mouche à la bave de cancrelat.  Ce fut bien sûr du bout des lèvres que j’ingurgitai l’infâme préparation ; Rigolard, lui, s’en régalait.

Nauséeux, je pris congé de notre hôte qui, de plus en plus loquace, voulait étaler ses connaissances culinaires et nous  décrire ses plus ragoûtantes recettes.

 

Malade, j’abandonnai Rigolard et m’empressai de revenir sur terre.  Maman nous appelait justement pour le repas du soir où vaseux, je me fis gronder, soupçonné  d’abus de friandises.

 

Cette nuit-là, je fus malheureux.  J’appelai Rigolard qui me consola tout de suite en me proposant d’aller au cimetière faire la connaissance des feux follets.

 

Il faisait une nuit d’épouvante, noire d’encre dans un ciel d’écharpes brûlantes avec des appels nocturnes d’animaux en détresse couverts par le crissement incessant des sauterelles et le coassement des grenouilles et autres crapauds.

 

Très peu flambards, nous nous  trouvâmes  en plein cimetière, plongés dans un monde surréaliste de phosphorescence et de couleurs éthérées.

 

Et c’est ainsi que Rigolard m’introduisit dans le monde merveilleux de l’irréel et du fantastique, monde subtil de l’immatériel où la fantaisie et le rêve avoisinent.

 

Des feux follets nous entouraient en nous regardant avec sympathie. Ils étaient tous pareils :  la forme d’une flamme bleue avec des petits yeux rouges et une bouche rouge. Ils se déplaçaient en sautillant sur la  base en pointe.

 

Rigolard s’approcha de l’un d’eux qu’il semblait connaître :

 

- Je te présente un petit d’homme qui habite la maison blanche.

 

Le feu follet vint vers moi. Ses petits yeux en forme de bouton de bottine étaient incroyablement intelligents et profonds.

 

Impressionné et très intimidé, je n’osais presque pas le regarder ni lui parler.  Rigolard vint à mon secours :

 

- Il s’appelle : concept de la page vingt-huit du tome sept

du livre des connaissances.

J’appris par la suite que ce concept était celui de l’affabilité et je l’appelai, bien sûr, Affable.

 

Les boutons de bottine d’Affable me regardaient avec gentillesse et un curieux dialogue s’installa entre nous, tous les échanges se faisant en pensée. Ce qui donna à peu près ceci :

 

- Je vais te conduire dans les prairies bleues des algotes là où les fleurs sont des étoiles et où les chevaux sont des nuages blancs.

 

J’acceptai avec enthousiasme et me retrouvai à mi-corps dans un beau cumulus blanc neige qui avançait somptueusement dans un ciel bleu nuit piqueté d’étoiles.

 

Nous nous  approchâmes de l’une d’elles qui  me dit à peu près ceci :

 

- Mon nom est candeur du firmament, énième étoile du

même nom.  Tu as cinq ans, tu es des nôtres, viens jouer

aux étoiles filantes.

 

Je la suivis avec bonheur et nous nous enivrâmes d’espace azuré, en dérangeant de gigantesques flocons d’ouate éthérée.

 

Mon rêve fut beau et paisible.  J’avais retrouvé le bonheur chaud de mon petit lit et j’entendais le balancier de l’horloge qui scandait lentement sa lancinante mélopée dans le majestueux silence de la nuit.

.

------------

 

Je n’avais que cinq ans,

De petits yeux qui brillent,

Un besoin de maman,

Et des doigts qui frétillent.

 

Je n’avais que cinq ans,

Et des songes de peurs,

Mais des yeux souriants

Aux abeilles et aux fleurs.


Je n’avais que cinq ans,

Une âme de poète,

Des rêves de printemps

Et un cœur à la fête.

 

-o-o-o-o-

 

 

21/10/2009

Ch. 1 - Introduction

 

 

RÉCIT DÉTAILLÉ D'UN LONG CHEMINEMENT

DE RECHERCHE D'UNE VÉRITÉ

SUR LA MOTIVATION D'EXISTER

ET LA VALEUR DE NOS CROYANCES.

 

------

 

PROPOS D'UN OCTOGÉNAIRE PROVENANT D'UN MILIEU FONCIÈREMENT CHRÉTIEN,

ÉLEVÉ DANS CETTE FOI ET EN AYANT BÉNÉFICIÉ DE

TOUS LES AVANTAGES, MAIS SUBI LES CONTRAINTES,

ET QUI A CONSACRÉ LES DIX DERNIÈRES ANNÉES QUI VIENNENT DE S'ÉCOULER Á

S'INTERROGER SUR LES MOTIVATIONS D'EXISTER.

 

___________

 

LES 850 PAGES DE L'OUVRAGE SERONT PUBLIÉS

PAR BLOG D'ENVIRON 25 PAGES,

DEUX FOIS PAR SEMAINE.

 

_____________


Tirage d’essai pour vérification avant parution imprimée.

Avec reconnaissance et remerciements à ceux qui voudront bien le lire

et faire part de leurs avis et critiques en « cliquant » sur « commentaires »,

en bas du texte, après  « Publié dans ».

 


 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion,  ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont  « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir,  en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve qui a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et  difficile. D’autre part, cette « impudeur »  des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 


Nota Bene : Les mots figurant en italique, soulignés et en lettres grasses avec numéro-repère entre astérisques sont complétés d’un commentaire détaillé qui est repris à la fin du chapitre.

Une documentation photographique se référant à ces repères sera publiée par ailleurs dans un fascicule tiré à part.

 

Chap. 1 - INTRODUCTION.


En avant-propos, il est essentiel que j’expose les motivations d’une démarche qui peut paraître prétentieuse et ostentatoire : raconter sa vie !

Aussi me permettrai-je de défendre plusieurs raisons :

Un accident cérébral m’ayant troublé la mémoire et fait perdre la moitié de la vision, je me suis trouvé, il y a vingt-six ans, dans une situation désespérée :

Comme le paralysé moteur qui doit rééduquer ses mouvements, j’ai dû et dois toujours reconstruire certains réflexes intellectuels mémorisés et surtout m’adapter à une perception visuelle tronquée de sa partie droite.

Cette infirmité, appelée hémianopsie absolue droite*1*, est lourde à porter pour le lecteur occidental, parce que déchiffrant un texte de gauche à droite, il perd son positionnement automatique de fin de ligne lui permettant de retrouver la suivante : comme un enfant qui apprend à lire, il doit suivre un texte avec le doigt. Dans la conduite d’un véhicule, la surveillance de la priorité de droite pose également de gros problèmes, à tel point que j’ai dû renoncer à conduire.

Quant à la détérioration de certains réflexes intellectuels, je signalerai l’inversion de la droite et de la gauche et une importante altération de la mémoire immédiate. Ce sont des handicaps que je dois corriger constamment par toutes sortes de moyens astucieux.

La lecture devenue éprouvante pour moi, je me suis réfugié dans l’écriture qui estompait mon handicap. Mon portable s’est révélé le meilleur ami, un allié et mon confident. Avec lui et grâce à lui, je passe des heures merveilleuses où nous retrouvons ensemble mon passé, mes rêves et ma perception idéale de l’existence que j’ai traduite dans cet essai à connotation poétique.

Dans les moments les plus difficiles de ma vie, le rêve et la poésie m’ont toujours servi de refuge pour m’évader d’un avenir de misère auquel me livraient de graves ennuis de santé :  (tuberculose à quinze ans, à une époque où elle n’était que rarement guérie, problèmes cardiaques graves avec cinq pontages de secours, hémianopsie et altération de la mémoire )

Aussi c’est à ces « exutoires dans l’imaginaire » que je demanderai l’inspiration pour magnifier l’existence envers et contre tout, en me positionnant résolument à contre-courant d’un défaitisme désabusé de mode et d’une littérature qui recherche son inspiration dans le scandale, le sensationnel morbide ou sous la ceinture.

C’est ainsi que j’ai trouvé essentiel de glisser dans le texte des poèmes alertes et légers avec audaces littéraires de bon ou mauvais aloi, dans un genre parfois surréaliste.

Cela me permet de partager avec le lecteur certains états d’âme en l’invitant à se laisser impressionner autant par le chant des mots et des vers que par leur sens. Mes écrits poétiques *2* ont l’intention de faire vibrer dans le subconscient de celui qui y est sensible, des cordes intimes en faisant appel à ses sentiments esthétiques profonds, qu’ils soient d’ordre musical (le vers est un chant) ou suscités par le pouvoir évocateur de ses composants.

Que le lecteur attentif et averti en versification *2* ne réprouve pas les libertés que j’ai prises avec les règles classiques en cette matière, notamment quant au nombre de pieds, la richesse des rimes ou leur alternance masculine et féminine. Je versifie à l’oreille et parfois je mets beaucoup de temps à affiner la qualité musicale d’un vers et à trouver le mot coloré qui me permet d’atteindre l’effet recherché. Cependant, dans beaucoup de poèmes, j’ai tenu à respecter strictement les règles en usage.*2*

D’autre part, les aléas du destin m’ayant plongé au cœur de certains problèmes, autant comme témoin que comme acteur, j’éprouve le besoin, après quatre-vingt années d’une vie enrichie d’expériences diverses, d’apporter mon témoignage et mon sentiment sur l’existence de l’homme civilisé contemporain, ses attaches au passé et la charpente morale la mieux adaptée à son épanouissement futur.

Notre époque remet tout en question, ce qui est sain, à condition de ne pas tomber dans un négativisme outrancier. Aussi est-il important que des voix s’élèvent pour défendre la bonne foi et le courage de beaucoup de promoteurs d’idéaux religieux ou autres et leurs résultats positifs.< /p>

Ce sera la toile de fond de la première partie de mon propos : une nécessaire et vibrante défense d’un milieu si décrié aujourd’hui, celui d’un certain clergé catholique idéaliste *3* confronté aux exigences surhumaines d’un célibat irrévocable leur imposant une longue et dure discipline.

Viendra ensuite une partie délicate que j’aborderai, avec discrétion, sur la pointe des pieds : les chants d’amour et de bonheur d’un couple, le mien, avec son épanouissement dans les joies d’une grande famille enrichie de l’expérience de sa diversité : ils sont tous nés dans notre cœur, s’ils ne proviennent pas tous de notre sang … !

J’ajouterai enfin qu’ayant eu l’insigne privilège en tant que pionnier de « la première heure » de PétroFina*4*, devenu un des cadres supérieurs de son centre de recherches, d’avoir été un témoin actif de sa renaissance après la guerre et de son expansion.

Cette société deviendra la plus importante de Belgique avant d’être absorbée par l’entité TotalFinaElf *4* actuellement un des groupes pétroliers les plus importants au monde. (Devenu l’arrogant Total, absorbeur sans vergogne, faisant fi de la mémoire de ses glorieux « absorbés »).

Je tenterai d’apporter mon timide, mais chaleureux témoignage du dur, enthousiasmant et long chemin de victoire d’une société qui renaîtra des cendres qui lui étaient restées de la guerre 40-45. (Séquestre pour collaboration « économique » de certains de ses dirigeants, flotte coulée, raffineries détruites, toutes ses sources d’approvisionnement dans les pays de l’Est confisquées par les régimes communistes)

Il y aura aussi en appendice-conclusions de cet ouvrage, une réflexion à connotation pseudo-scientifique intitulée d’abord « Considérations fondamentales sur l’existence » puis devenue modestement « La symphonie de l’harmonieux – propos métaphysiques d’un poète apprenti-penseur sous forme de confidences à son carnet de notes. »

Il s’agit d’une somme de mes réflexions sur le sujet que j’ai rédigée tout au long de ma vie, en la modifiant, la corrigeant ou la transformant au fil de l’évolution de mes convictions personnelles. Il y sera souvent fait référence, surtout dans la seconde partie du livre.

Il y aura surtout, en filigrane du récit, la réponse dynamique aux épreuves tant morales que physiques, évoquée dans le titre que l'ouvrage a porté un certain temps, « Un genou à terre pour mieux se relever » comme le lutteur qui a la volonté de ne jamais se retrouver « les épaules au tapis », soutenu par l’apport indispensable et précieux du rire, du véritable et profond rire intérieur qui dynamise le cœur dans son appétit de bonheur, mais qui s’affiche avec la discrétion et la chaleur du sourire.

Cette démarche que je vais tenter avec une bonne volonté et une inexpérience de « scribouilleur » débutant, je la livre à la critique de mes proches ou de tout lecteur intéressé par cet essai. De toute manière, il m’aura permis de bien m’amuser, de faire le point, de mettre de l’ordre dans mes souvenirs et d’y voir plus clair, mais surtout de témoigner ma reconnaissance à certains, surtout George et Christian qui m’ont formé.

Voilà pour le fond. Pour la forme, j’aimerais apporter les commentaires suivants :

J’ai toujours été très interpellé par le succès de la bande dessinée.*5* Comme tous les petits belges de mon époque (j’avais onze ans en 40), j’ai vécu l’engouement pour celles qui étaient publiées dans des journaux pour gosses et adolescents : Spirou, le Petit Belge et plus tard Tintin.

Pendant la guerre, mon frère et moi attendions avec impatience la bédé journalière, publiée en feuilletons, narrant les aventures du héros de Hergé qu’un voisin complaisant nous découpait journellement dans le journal « Le Soir », paraissant sous le contrôle de l’occupant.

Les éducateurs, à l’époque, ne voyaient pas d’un très bon œil cet emballement des jeunes pour une lecture qu’ils estimaient futile et peu éducative, en les éloignant des ouvrages littéraires que de très bons et talentueux auteurs leur réservaient.

Dès la fin de la guerre cependant, la bande dessinée, ayant acquis ses lettres de noblesse, devint une discipline artistique appréciée et reconnue (le 9ème art) avec ses maîtres, ses styles, ses techniques, ses critiques, ses musées et ses collectionneurs.

Aussi, quand je me suis mis à écrire, je me suis demandé si je ne m’inspirerais pas des techniques de ce nouvel art pour construire mon récit. J’ai recherché un compromis dans lequel le style et l’écriture seraient ramassés tout en étant bien aérés, suggestifs, et concis comme le sont les quelques coups de crayon de certains auteurs de bédés.

Dans la première partie, celle de ma jeunesse, associant l’imaginaire au réel avec intermèdes inattendus, j’ai pris plaisir à imaginer des situations fantastiques ou humoristiques, dans des décors invraisemblables, peuplés de héros ou d’acteurs sortant tout droit du rêve et de la fantaisie. Ce sont là des atouts dont ne se prive certes pas le nouvel art.

Au risque de voir mon style taxé de redondant, j’ai pris le plus grand plaisir à m’enivrer avec délectation de la magie des mots, en usant et abusant pour mieux les contempler dans leur grandeur, les écoutant chanter, jouissant du confort des phrases dans lesquelles ils se prélassent, tout en admirant la beauté de l’agencement graphique de certains.

Pour mieux exprimer ma reconnaissance à la vie et à ceux qui m’ont aidé à la conserver et l’exalter, j’ai chanté en poèmes lyriques « des hymnes » auxquels je souhaiterais qu’on destine symboliquement une place de choix en leur honneur au cœur de cet ouvrage.

Enfin, je terminerai en soulignant le caractère fantaisiste et sans prétention d’un genre qui associe tout à la fois récit, conte, poésie et autobiographie avec l’intention d’exprime r le merveilleux de l’existence.

Ce merveilleux, c’est le petit coin de ciel bleu qui finira toujours par percer des nuages noirs. Ce merveilleux, c’est l’espoir de le voir poindre. Ce merveilleux, c’est le rêve qui permet de l’imaginer. Ce merveilleux, c’est aussi le courageux sourire du déshérité physique ou économique et le rire franc de sa bonne humeur. Mais, ce merveilleux, c’est surtout la beauté et la grandeur de l’existence qui estompent tout le reste aussi négatif soit-il.

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HYMNE A L’EXISTENCE

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Merci à l’existence d’avoir été.

Merci à la matière de nous avoir précédé.

Merci à la lagune qui a favorisé la vie.

Merci à la vie d’avoir évolué.

Merci à l’évolution

D’être parvenue jusqu’à nous.

 

Merci à nos ancêtres,

Les primates du Rift Valley*6*

D’avoir mangé de la charogne,

Au lieu des beaux fruits de leur palais,

Rougis du soleil qui cogne

Dans leur grande forêt natale,

Alanguie de touffeur équatoriale.


Merci d’avoir crié

Merci d’avoir parlé.

Merci d’avoir pensé.

Merci d’avoir évolué

Et d’avoir gravé

Et dessiné dans les cavernes.


Merci à ceux qui ont écrit.

Merci à ceux qui ont compté.

Merci aux écrivains et poètes

Et à ceux qui ont imaginé.

Merci à ceux qui ont composé

La musique et les chansons.

 

Merci aux peintres

Pour les bleus, les verts et les rouges.

Qu’ils ont mélangés

 

Merci aux sculpteurs

Pour le bois, la terre, la pierre

Qu’ils ont façonnés.

 

Merci au forgeron et au tailleur,

Au chasseur et au pêcheur,

Au maçon et au menuisier,

Au semeur et au berger.

 

Merci au couple

Qui m’a donné vie.

Merci aux maîtres

Qui m’ont formé.

Merci au destin

Qui m’a réalisé.

 

Merci à George et Christian*7*

Qui m’ont révélé.

Merci à ceux qui se sont dit

Mes amis

Mais le sont restés.

 

Merci surtout

Et avant tout

A celle que j’aime

Et qui m’aime

Depuis toujours.

 

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*1.1* Hémianopsie absolue droite

Trouble du champ visuel dans lequel le sujet ne perçoit qu’une moitié du champ visuel de chaque œil. Il s’agit donc de la perte totale de la vision droite. Si je regarde un texte, je ne vois que sa partie gauche. Au bout d’une ligne de lecture, je dois repérer celle-ci avec le doigt d’une main et trouver l’autre ligne avec un doigt de l’autre main, ce qui rend la lecture très éprouvante.

Il en existe d’autres : binasale, bitemporale, hétéronyme, homonyme, nasale ou temporale qui sont moins graves et dans certains cas peuvent se corriger. L’hémianopsie absolue dont je suis atteint est irréversible car elle est due à une altération cellulaire du cerveau tellement microscopique qu’elle est irréparable.

 

*1.2* Ecrits poétiques, versification, règles

La poésie moderne utilise beaucoup le vers libre, c’est-à-dire celui qui ne s’embarrasse ni des mètres, des rimes, des strophes ou des pieds.

Suivant Wikipédia, la première utilisation de l’appellation « vers libres » a été faite par Blaise de Vigenère (1523-1596), secrétaire de Henri III, traducteur et alchimiste. La Fontaine dans ses fables s’autorisait des libertés.

La versification s’est assouplie avec Victor Hugo, Mérimée, cependant le vers libre tel qu’on l’entend au sens moderne du terme prend racine avec Charles Baudelaire (1821-1867) et surtout avec son poème inachevé en vers libre qui ne paraitra pas. Mais ce fut surtout Rimbaud (1854-1891) qui fit de la prose poétique et deux poèmes en vers libre.

Se laissèrent aussi tenter par le vers libre : Gustave Kahn (1859-1936), Marie Krysinska (1864-1908) Francis Vielé-Griffin (1864-1937), Léon Bloy (1846-1917), Saint-John Perse (1887-1975), André Salm (1881-1969), Emile Verhaeren (1855-1916), Paul Claudel (1868-1955), Guillaume Apollinaire (1880-1918), Henri Michaux (1899-1984), Louis Aragon (1897-1982), René Char (1907-1988), Yves Bonnefoy (1923) et beaucoup d’autres.

 

*1.3* Clergé catholique idéaliste :

J’ai été élevé dans un environnement particulièrement croyant et pratiquant. Nous remplissions avec ferveur tous nos devoirs religieux aussi bien à l’extérieur que chez nous : Le chef de famille (mon père) récitait le « Bénédicité » avant chaque repas et la prière du soir (dont les litanies à la Vierge), à genoux sur le sol, les coudes sur une chaise. Je ne vous dis pas les fredaines que cette position, camouflée par le dossier, occasionnait. Le dimanche était lourd de devoirs religieux : messe basse et grand-messe le matin, vêpres et salut l’après-midi et la semaine office du matin avant l’école, prières avant chaque cours, confession obligatoire le samedi (terreur des adolescents qui n’aimaient pas raconter leurs pensées « osées »).

Il y avait un prêtre dans chaque famille : le curé du village de Vonêche, frère-aîné de ma mère et le père Paul, missionnaire spiritain, frère de mon père. Je manquerai de peu d’être moi-même missionnaire spiritain dans la congrégation de mon oncle où j’ai débuté mes études dans leur petit séminaire, si les aléas de la vie n’en avaient décidé autrement.

 

*1.4* PetroFina et Total :

J’ai eu la chance d’entrer dans la maison-mère de ce groupe, à l’âge de 23 ans, en 1952, au tout début de sa renaissance et en 1956, j’ai été transféré comme comptable de sa filiale Labofina, centre de recherches du groupe qui venait d’être créé.

Le 25 février 1920, un groupe d’investisseurs anversois fonde la Compagnie financière belge des pétroles – qui prend rapidement le nom de son adresse télégraphique, PetroFina : son activité : explorer, produire et raffiner en Roumanie via la société Concordia créée à cet effet. En mai 1920, PetroFina et la Pure Oil of Delaware fondent Purfina, chargée de la distribution en Belgique et en Hollande de leurs produits En 1923, Purfina devient filiale à 100% de PetroFina et achète une petite raffinerie à Ertvelde, près de Gand. La part la plus importante du marché de Purfina sera la distribution, à partir de charrettes-citernes tirées par un cheval, de pétrole lampant destiné aux lampes et réchauds à pétrole, qui était distribué dans les épiceries. Un bateau, le « Président Franqui », amarré au dépôt pour produits finis de Neder-Over-Hembeek, assurait les liaisons avec les sources d’approvisionnement.

Ce bateau sera coulé, pendant la guerre, le 29 décembre 1942 ainsi que toute la flotte de Petrofina qui sera détruite à l’exception du « Laurent Meeus » qui évita miraculeusement les mines et sous-marins allemands (l’histoire de ce navire est incroyable - voir texte de Gérard Locquet : users.skynet.be/saintmard/index.html ».

Principales dates de l’histoire de Petrofina :

Fondation, en 1920, de la société Concordia pour reprendre les activités de quatre compagnies pétrolières roumaines reprises aux allemands après la première guerre mondiale et commercialisation des produits par la société Purfina à Anvers qui les distribuera en Europe occidentale. En 1923, la B.U.P. (Banque de l’Union Parisienne) devient un gros actionnaire qui est intéressé pour une diversification de ses sources d’approvisionnement (USA) vers les pays de l’Est. La crise de 1930 n’affectera pas trop les activités du groupe, si ce ne sont les nouvelles dispositions belges de la loi de 1935,  obligeant les sociétés bancaires à transférer leurs activités industrielles dans des sociétés indépendantes de la finance. La seconde guerre mondiale fut catastrophique pour les avoirs de la société (confiscation des sources pétrolières et des points de vente de Hongrie et Bulgarie par les régimes communistes - raffineries, camions-citernes détruits et flotte anéantie en dehors du « Laurent Meeus - il ne restera comme valeur active que quelques points de vente).

Comble de malheur pour la société, ses principaux dirigeants furent accusés de « collaboration économique » avec l’ennemi. La direction qui tentait de sauver ce qu’elle pouvait dans la débâcle de cette « drôle de guerre » fut condamnée d’une manière excessive. L’un des fondateurs, Hector Carlier, se suicida pour éviter la honte d’un jugement et ses descendants se sont terrés dans leur propriété du Boterberg à Kalmthout. Les autres, son frère Fernand, Laurent Meeus et Albéric Maistriau furent condamnés à sept ans de prison (1). La « vindicte déraisonnable » des vainqueurs de l’époque a condamné des hommes de grandes valeurs qui n’avaient causé la mort de personne et avaient seulement tenté de sauver un patrimoine belge …

Laurent Wolters, chef d’un groupe de résistants et son trésorier, Maurice Clément, tous deux employés de la société pendant la guerre, purent exercer leur activité clandestine sous le couvert (probablement complice) de leurs patrons (2). Pour se dédouaner, le nouveau conseil d’administration choisira ces deux résistants pour conduire la société lorsqu’elle obtint la levée du séquestre vers 1950. Laurent Wolters en devint le président et Maurice Clément, le directeur financier.

Ce sont ces deux là qui m’ont engagé le 20 octobre 1952 pour occuper le poste de comptable en charge des écritures diverses. A l’époque, la comptabilité de Petrofina n’employait que cinq comptables. J’y ai exercé ce métier pendant quatre ans et ce fut pendant cette période que Petrofina acquerra ses plus beaux fleurons, tout en rajeunissant ses anciennes installations : réseau de distributions plus avenant, trois navires flambant neufs, restructuration des réseaux français, anglais, hollandais, congolais, modernisation de la raffinerie d’Anvers (une des plus grandes au monde), alliance aussi avec BP (British Pétroléun) avant la nationalisation, en 1979, de leurs avoirs en Iran par l’ayatollah Khomeiny.

Pendant cette période de quatre ans, je fus chargé de finaliser les acquisitions prestigieuses du groupe aux USA et au Canada (cette dernière par souscription à une augmentation de capital donnant droit à des titres « Petrocan »).

Je garderai « éternellement » le souvenir des nuits de cauchemar que cette difficile opération me fit endurer, tellement « l’imbroglio » des opérations dans toutes les devises du monde fut « inextricables » (Il ne faut pas oublier que l’informatique n’existait pas et que nos moyens étaient archaïques) et je n’en serais jamais sorti si mon collègue,  le génial Léon Jaumotte, avec son cerveau d’ordinateur, qui s’occupait des comptes de notre mission d’exploration pétrolière en Angola,  ne m’avait sauvé … Je lui en serai « éternellement » reconnaissant …

Par la suite, vinrent s’ajouter les réseaux de distribution en Allemagne, Italie, Suède, Norvège, Tunisie, Suisse. La fermeture du canal de Suez en 1956 provoqua la mise en chantier de supertankers et Petrofina fut à la pointe du mouvement en s’équipant prématurément.

Avant la guerre, Petrofina avait créé une filiale Palmafina qui commercialisait et fabriquait des margarines et des huiles comestibles ainsi que des savons qui furent les bienvenus pendant la guerre. Ensuite, cette activité fut développée pour répondre à une demande accrue par les besoins nouveaux des ménages de l’après guerre, ce qui incita le groupe à s’investir dans le domaine des acides gras et glycérines à l’usine d’Ertvelde.

En 1954, le groupe s’intéressa à la pétrochimie avec l’américain Philips Pétroléum pour devenir un des leaders mondiaux dans le domaine avec pipeline acheminant les produits des raffineries aux centres de production de produits finis, situés à l’intérieur du pays, à Feluy en Belgique. Aux USA, il en sera de même chez Cosden à Big Spring.

En 1969, associé à Philips Pétroléum, Petrofina découvre un gisement important en Mer du Nord (Ekofisk). Ses réserves de pétrole et de gaz naturel, grâce à la mise en place d’une récupération par injection d’eau permettra de prolonger la durée de l’exploitation à 2050, en portant la récupération du pétrole en place à 50% au lieu de 17%. Ce fut le départ d’une expansion mondiale gigantesque amenant la société à se placer parmi les grands d’Europe et la première société de Belgique. D’importantes mesures de rationalisation furent également entreprises dans tous les secteurs pour réduire le nombre de sites de fabrication et de raffinage.

En 1970, Laurent Wolters, atteint par la limite d’âge, se retire et cède la place à Jacques Meeus, le neveu de Laurent Meeus, qui sera lui-même remplacé, en 1975, par Adolphe Demeure de Lespaul, que j’ai très bien connus à ses débuts, car nous étions voisins de bureau, en 1953, quand il était stagiaire.

Un long pipeline sous-marin relia Ekofisk à une station d’épuration à Emden en Allemagne pour alimenter la France, la Hollande et la Belgique et la mise en place, en Belgique à partir de 1972, d’un vaste programme de rationalisation « verticale » pour amener les produits par pipeline depuis Anvers (Petrochim alimenté par la raffinerie SIBP) jusqu’à Feluy (Belgochim) pour la matière première et (Synfina) pour le produit fini. C’est à cette époque, que le groupe consolide les installations de peinture de Sygma Coatings qui contrôle 20 usines de peinture et fusionne Oléochim et Palmafina (huiles ménagères et savons).

En 1977, PetroFina et l’italien Montedison créent Montefina avec intégration de Belgochim et construction d’un laboratoire de recherches moderne sur le même site (Fina Research). Aux USA, Hercofina devient un très gros producteur de styrène et polystyrène.

En 1980, à Ekofisk, on injecte de l’eau pour accroître les réserves récupérables et en 1986, augmentation importante des réserves par l’acquisition des champs de Maureen au large de l’Écosse ainsi que de nombreux autre champs dans le monde. C’est en 1980 aussi, que Petrofina Canada est racheté par la Compagnie Pétrolière Nationale du Canada par décision canadienne de nationalisation.

En 1988, rachat des parts de BP (50%) de la raffinerie SIBP à Anvers qui devient une des plus performante au monde surtout en production d’essence sans plomb et de cracking et par la suite, avec les filiales d’Anvers du groupe, se place comme un des plus gros producteurs européens de polyéthylène haute densité et l’achat d’une usine de polypropylène au Texas, en 1984, lui permet de produire neuf pour cent de la production annuelle des USA.

La dernière décade du deuxième millénaire fut difficile suite à la chute des prix en produits chimiques et aux excédents de raffinage, mais compensée cependant par une meilleure rentabilité de ses champs pétroliers.

Adolphe Demeure de Lespaul décédera en 1985 des suites d’un cancer. Pour son personnel, il sera un exemple de courage et d’abnégation remarquable, se dévouant pour sa société jusqu’au dernier jour. Il fut remplacé par Jean-Pierre Amory pendant cinq ans, jusqu’à ce que le principal actionnaire de PetroFina, le Holding Bruxelles-Lambert mené par Albert Frère, porta celui-ci à la présidence du groupe en 1990. Les vice-présidents en seront Etienne Davignon, président de la Société Générale de Belgique, deuxième actionnaire et François Cornelis, en tant que « patron exécutif ».

A partir de 1990, la société connut une période de développement considérable, malgré les difficultés rencontrées dans le secteur  (problèmes avec le gouvernement norvégien - abandon de certains sites de production en raison de l’instabilité politique : Angola, Congo, Gabon, Burundi, Rwanda). Mais ce fut l’époque du développement d’énormes nouveaux champs : en Italie, en mer Caspienne, en Azerbaïdjan et en Alaska et en chimie : le contrôle complet de Montefina, devenu Fina Chemicals, partenariat avec BASF, accord avec Solvay dans le domaine des polyéthylènes hautes densités, fusion de Sigma avec Lafarge.

En 1997, PetroFina lance une vaste opération de rachat des actions Fina en bourse américaine, renforçant ainsi sa présence aux USA avec introduction au NYSE (New York Stock Exchange), devenant ainsi la première société belge à y figurer.

Enfin, fin de l’année 1998, tombe l’annonce de la reprise de PetroFina par le français Total, au nez et à la barbe du français Elf Aquitaine et de l’italien ENI. Peu de temps après Elf se fit également absorber par Total qui devint ainsi, dans un classement par chiffre d’affaires de 2008, le quatrième au monde après Exxon Mobil (USA), Royal Dutch Shell (Pays-Bas et Royaume-Uni, BP (Royaume-Uni) ; les suivants étant dans l’ordre Chevron (USA), Amoco Phillips (USA), Sinopec (Chine), China National Petroleum, corp (Chine), ENI (Italie), Valero Energy (USA)

Notes  :

(1) Voir à ce sujet l’article paru dans le Soir du 16/5/2008 signalant le décès de Marie-Antoinette Carlier, dernier enfant d’Hector Carlier, un des fondateurs de PetroFina. p;nbsp; Celui-ci s’était suicidé en 1986 et avait laissé son immense fortune à ses enfants restés depuis sans descendance.

Il est important de signaler que la fortune des héritiers d’Hector Carlier était devenue considérable parce qu’elle était constituée surtout des titres Petrofina que le fondateur de la société possédait depuis l’origine et que ses héritiers avaient respectueusement conservés.  Avec le temps et les opérations d’échange, de bonification et de rachat, ces actions avaient pris une valeur estimée à 0,5 % du capital de la société Total lorsqu’elle avait absorbé Petrofina.

Suivant l'article du Soir,  la dernière des héritières, décédée en octobre 2007, aurait légué ses biens, estimés, après paiement des droits de succession et affectation à des legs privés, à une trentaine de millions d’euros,  à la fondation Roi Baudouin avec mission de s’en servir pour développer des projets en Afrique dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l'éducation. En 1988, le « condottiere » Carlo de Benedetti aurait approché Madame Marie-Antoinette Carlier pour lui racheter ses actions pour un montant considérable. Elle refusa par fidélité à la mémoire de son père.

Je viens de découvrir avec étonnement des articles de la « Dernière Heure » qui relate une version surprenante de la fin d’Hector Carlier qui « serait mort deux fois », due à l’historien-journaliste Guy Van den Broek. Selon lui, les obsèques se seraient déroulées devant un cercueil vide lesté de pavés, avec la complicité d’un médecin et d’un fonctionnaire de l’état civil. Hector Carlier se serait réfugié au Brésil jusqu’à sa véritable mort, 10 ans après, à l’âge de 72 ans. Ce rebondissement s’il s’avère exact, n’enlève rien à l’estime que je porte à un homme dont l’existence antérieure aux faits était remarquable tant par la probité que par la noblesse des sentiments et la qualité de sa gestion.

D’autre part, une branche brésilienne des descendants du frère (réfugié au brésil après avoir purgé sa peine) se serait manifestée et aurait confié la défense de ses droits de succession à un avocat mais semble-t-il sans grandes chances s’il s’avère que la prescription est établie.

 

(2) J’ai eu le privilège de connaître deux témoins important de cette époque tumultueuse : Léon Wolters, le frère du grand patron qui avait son bureau à côté du mien quand nous nous occupions tous les deux de la filiale Plycol-Fina, qui fabriquait des colles et adhésifs.

Après sa journée, il lui arrivait souvent de venir bavarder avec moi. C’est ainsi qu’il m’a souvent parlé de son frère qu’il voyait toutes les semaines au château du Bisdom ; cependant, autant il était disert sur la plus grosse partie de son existence passée, autant il devenait rêveur et secret sur certaines époques, comme s’il partageait les regrets de son frère de n’avoir pu intervenir pour sauver de la honte ces personnages de grande valeur, victimes des aléas de l’histoire.

L’autre témoin de cette époque douloureuse, fut notre chef–comptable, Robert Cirquin, vieux serviteur de la société, qui par ses fonctions de comptable de la maison-mère, était bien placé pour en connaître tous les « dessous ». Il fut transféré avec moi, en 1956, pour gérer administrativement Labofina, centre de recherches qui venait d’être créé pour appuyer les nouvelles extensions du groupe. Nous nous sommes connus une dizaine d’années et il me parlait souvent de son passé. C’est ainsi qu’il me confia son sentiment sur le comportement de la direction de PetroFina pendant la guerre, convaincu que ceux qui furent condamnés pour collaboration financière, n’ignoraient pas les activités clandestines de deux de leurs employés-cadre : Laurent Wolters et Maurice Clément, et « fermaient les yeux », comme s’ils les approuvaient. Il me révéla avoir lui-même participé indirectement à certaines actions sans beaucoup se cacher.

Ce vieux bonhomme qui connaissait beaucoup de choses était particulièrement protégé par Maurice Clément, qui a toujours été son chef direct, sans doute reconnaissant des services passés et de sa discrétion.

Je tiens, quant à moi, puisque je reste un des derniers témoins d’une époque sombre et malheureuse, marquée par les excès vindicatifs de certains vainqueurs, à rendre justice à la mémoire de victimes qui furent sacrifiées à l’intérêt supérieur d’une grande société qui voulut occulter certaines périodes troubles de son passé.


*1.5* La Bande  dessinée :

La « BD » est maintenant admise comme le 9ème art et un concept de cet art. Elle fut longtemps considérée comme un simple outil de divertissement pour la jeunesse. Les auteurs belges publiés dans les journaux hebdomadaires pour jeunes, Spirou et Tintin, ne se prenant pas eux-mêmes au sérieux, contribuèrent beaucoup à la déconsidération de cette production par les intellectuels.

Ce sentiment a fort évolué de nos jours pour devenir un art à part entière avec ses critiques, sa littérature, son histoire et ses collectionneurs. Malgré des tentatives d’adaptation des techniques les plus avancées en utilisation de moyens pointus en matière de travail de l’image, cet art reste individuel au dessinateur qui garde la liberté d’y manifester toute sa fantaisie et sa créativité. Il reste maître de l’espace qui lui est réservé que ce soit par cadrage, originalité de la bulle, texte dessiné ou utilisation fantaisiste de l’espace. Cette liberté a ouvert un champ énorme de possibilités aux artistes qui ne manqueront pas d’y étaler leurs talents voire leur génie.

Cet art de la représentation graphique d’une histoire par dessins suggestifs date de la préhistoire quand l’homme des cavernes racontait ses exploits de chasseur en les gravant sur les parois des grottes. Il est vraisemblable que la raison de cette démarche était plus incantatoire que narrative. De tous temps, les hommes ont raconté leurs exploits sur divers supports : monuments, stèles, colonnes, murs, peaux de bêtes, parchemins, tissus et enfin sur parchemins, papier ou toile.

Les plus anciennes bandes dessinées qui racontent une histoire en plusieurs dessins, publiée en plusieurs exemplaires, pourraient dater de l’époque des images d’Épinal dans les Vosges, vers 1796, qui étaient tirées en plusieurs exemplaires au moyen de presse à bras qui comprimaient sur une feuille de papier une planche de bois gravée (Xylographie) qu’un coloriste complétait au moyen de pochoirs pour les différentes couleurs.

Avant la BD franco-belge, qui reste la plus féconde et la plus renommée dans le monde, on signalera surtout les « comics », principalement américains.

Quand j’étais gamin, avant la guerre, je me souviens qu’entre copains d’école nous nous passions ou nous nous échangions des babioles contre des « bandes dessinées » ou « comics », tels (entre parenthèses année de leur première parution)  : La famille Fenouillard (1890), Pim,Pam,Poum, (1897) ; Les Pieds Nickelés (1908) ; Winnie l’ourson (1926) ; Bécassine (1905) ; Popeye (1929) ; Tarzan (d’abord publiés sous forme de roman en 1929) ; Superman et Batman (1930) Dick Tracy (1934) ; et celles en provenance du cinéma : Mikey (1928), les trois petits cochon (1933), Donald Duck (1934), Blanche neige et les 7 nains (1937), Bambi (1942), Fantasia (1941) … ;

 

*1.6*Rift Valley

Cette vallée, surnommée aussi « berceau de l’humanité » tellement on y a découvert de fossiles de l’homme n’est plus considérée comme tel depuis que les scientifiques ont procédé à des fouilles plus profondes permettant de découvrir des restes humains plus anciens, en Tanzanie et dans des grottes d’Afrique du Sud ainsi que dans la partie humide et boisée du Tchad, à 2500 km du rift.

La théorie de L’East Side Story, popularisée par Yves Coppens, avançait que la formation du rift aurait conduit à une différenciation climatique et environnementale majeure entre la région de l’ouest, humide et boisée et celle de l’est, qui par accident climatique était devenue plus sèche et de ce fait envahie par les hautes herbes de la savane.

Les singes qui s’y sont trouvés, privés de leur alimentation d’arboricole, se seraient adaptés à la bipédie pour dominer les hautes herbes et à la nourriture carnée chapardée aux grands fauves et aux charognards en remplacement de leur alimentation de frugivore-insectivores.

La théorie de la bipédie qui aurait donné l’avantage à nos ancêtres de se libérer les mains et de se redresser pour repérer les prédateurs ou les sources d’aliments, ainsi que la théorie de l’associativité par petits groupes de 25 à 30 avec un meneur pour traquer des proies vivantes, prémice de l’instinct de collectivité, restent cependant celles que les anthropologues retiennent le plus souvent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08/05/2009

Propos métaphysiques de Modeste Tout-le-monde

SYMPHONIE DE L’HARMONIEUX  -  MÉLODIE DE L’EXISTENCE.

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Propos métaphysiques  de Modeste Tout-le-monde

Poète apprenti-penseur

sous la forme de confidences à son carnet de notes.

(Réflexions fondamentales d’un octogénaire en fin de parcours)

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Confident manuscrit de mes réflexions sur l’essentiel et le fondamental de tout ce qui est, je t’ai confié mes divagations métaphysiques et mes interrogations sur le pourquoi et le comment de mon existence de modeste descendant de l’homo sapiens, perdu dans la multitude de ses contemporains.

 

Cette démarche m’a  passionné et m’a fait découvrir des évidences que je me suis aventuré à développer, qui m’ont paru essentielles et qui m’ont amené à concevoir des hypothèses que j’ai pris grand plaisir à développer en prolongement de ma réflexion.

 

Recueil-intime de mes pensées, je t’autorise à t’ouvrir à d’autres qui te liront avec indulgence et, peut-être, m’apporteront aide et contradiction constructive pour mieux structurer et exprimer mes propos.

 

Cette démarche m’a conduit à me situer et m’a entraîné à me poser des questions essentielles quant à l’espace, au temps et aux forces dont le génial Einstein a si bien condensé la formule (la simplifiant en E=mc²) pour la mettre à la portée de « Tout le monde ».

 

Je me suis trouvé confronté alors aux terribles et inconcevables concepts pour ma petite intelligence humaine de l’espace et de l’infini ainsi que du temps et de l’éternité par rapport à une logique incontestable quand je la place dans l’absolu de la raison fondamentale.

 

Inconcevable pour mon entendement humain, mais nécessaire et indispensable dans l’absolu de ma pensée.

 

Ces interrogations profondes se sont imposées à moi depuis toujours en mélodies lancinantes qui hantent en sourdine le fond de mon âme.

 

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TABLE DES MATIÈRES ET DES REPÈRES

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les 130 pages du texte peuvent utiliser  le curseur qui fera défiler les repères entre petites accolades  {xxx} situés au début de certains paragraphes et ainsi  trouver rapidemeni un passage recherché.

 

Si on désire prendre connaissance d’une bonne synthèse du travail, il sera intéressant de consulter {112} Conclusions générales et de bon sens.

PARTIE 1 :  E=mc²  {Repères 2 à 8}

{2}Analyse de la formule -  Au-delà de 300.000 km. seconde, la matière redevient énergie  -  {3}Hubble et Lemaître – âge de l’Univers = 13,7 milliards d’années  depuis la mesure établies par WMAP  - Taille de l’Univers en terme de mesure métrique  - {4}  Hiroshima et Nagasaki  -  {4}Michael Faraday  - {5} Antoine Lavoisier  -  Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme  -  Loi de la conservation de la masse  - {(5} Émilie de Breteuil (Madame du Chatelet)  - {6} James Clerck Maxwell  - {7}  Structure interne de notre planète  - {8}Univers-bourgeon  -  LHC  -  Boson de Higgs  -

 

PARTIE 2 :  D’où vient la vie ?   {Repères 9 à 14}

{10}La vie est-elle un accident unique dans l’Univers ? – {11} L’algue bleue a dissocié l’oxygène de l’eau et la vie uni- et multicellulaire a démarré -  Confinement et mutation – Les lagons tièdes furent-ils les girons de la vie ? – {12} L’importance de l’oxygène –  L’ozone  - La photosynthèse – Le processus chlorophyllien  - {13} Les glucides  -  Les protides  - Les lipides  -  Les sels minéraux  - {14} Le cycle du carbone  est prépondérant dans le système - Le cycle du carbone n’est peut-être pas le seul support d’un processus évolutif aboutissant à l’intelligence ? -  

 

PARTIE 3 :  Infini et Éternité .   {Repères 15 à  20}  

{15}Quand le «moi» est face à son anthropocentrisme de l’infini  (l’homme est-il le centre et le dieu de l’univers ?) – {17} Existence de Dieu  - Jeux de l’esprit pour mieux cerner les concepts de situation dans l’espace  -   Les calculs des scientifiques n’ont de valeur que par rapport à nous  - {18}  Einstein et le concept d’Espace-temps  -  {19} L’espace et le temps n’ont de valeur que par rapport à un observateur situé dans cet “espace-temps” - Seul existe l’univers-total en perpétuel mouvement depuis toujours.

 

PARTIE 4 :  L’Univers.  {Repères 20 à  22}

{21}Origine de l’Univers 13,7 milliards d’années (WMAP) -  Le temps et l’espace n’ont de sens que par rapport à un observateur situé dans cet espace-temps – {22} L’intelligence est-elle de nature fondamentale ou une faculté dominante des humains ?

 

PARTIE 5 : Les Grands Initiés  {Repères 22 à 26}  

{23}L’Univers est-il référentiel ? – Les grands « Initiés » - l’Être Supérieur est-Il l’infini dans lequel nous devrions trouver une place « évolutive ou non » après notre existence terrestre ? – {24} Travers de l’anthropocentrisme – {25} Élucubrations cérébrales « gymniques » sur des mécanismes théoriques figurés par la boucle comme en informatique.

 

PARTIE 6 : Le Fondamental   ({Repères 26 à 31}

{26} Énoncé du cybernéticien Heinz Von Foerster quant au mécanisme de notre perception  - {27}Tout n’est qu’illusion  -  Espace-Temps  - {28} Rien ou le néant absolu n’existe pas, si ce n’est dans notre vocabulaire  -  Comment justifier que Dieu a besoin des hommes   -   Notre monde serait-il né d’une aberration physique ?   -  {29} Super-cordes  -  Branes  -  Cordes  -  Les sept dimensions recroquevillées qui s’ajoutent aux quatre connues  - {30} Notre univers serait-il un bourgeon de l’Univers-Total ?  -  La vie n’est possible que dans un univers à trois dimensions  -

 

PARTIE 7 :  illusion et Intelligence  {Repères 31 à 40}

Illusion :   - {30}Rappel de l’énoncé de Heinz von Foerster  -  Qu’est-ce qu’une illusion ?  -  {32} Nanomètres  -  Les couleurs et la dizaine de millions de nuances  -  {33}Les découvreurs  -  La roche et nous  -  Tout n’est-il qu’illusion ? -  Ne sommes-nous que pensée « agissante » dans un mécanisme cellulaire perçu par nos sens dans le but de servir un « Dieu » qui a « besoin » de nous ? -  Réflexion sur les démarches philosophico-spirituelles des croyances et religions –

Intelligence : {33} Qu’est-ce que l’homme et ses septante kilos de matières bien agencées pour agir et penser à l’aide d’un cerveau de mille cinq cents grammes de matières ? – La « pensée » est-elle en puissance ou contenue dans chaque particule de l’univers ? – {34} Référence à Teilhard de Chardin  et Christian de Duve – {35} Il est important de souligner que notre intelligence est uniquement référentielle – Notre évolution est basée sur un mécanisme de sélection par élimination des inadaptés et auto-sélection des autres – {35} Le besoin crée l’organe et le milieu modifie le patrimoine génétique (Lamarck) -  {37}Je pense, donc je suis disait Descartes –  Réflexions sur le « Grand Si » et référence à Gordon Kane et au professeur de Duve concernant le cataclysme qui a fait disparaître les grands sauriens – {39} Deux dimensions (l’immuable et l’évolutive)  -  L’infini n’existe pas dans l’absolu   {40}Proposition d’un plan d’étude du matériel en notre possession pour analyser la faculté de l’intelligence qui nous permet de dominer et gérer notre planète   -

 

PARTIE 8 :  La pensée  {Repères 42 à 45}

{42}Recherche d’une définition  -  L’origine de la pensée  -  l’intelligence  -  Prédominance de la tribu d’une trentaine d’individus  - Prédominance des races intellectuelles  -{43}  Rift Valley  -  Théorie « buissonnante » de Y. Coppens et P. Picq   -  Calvaire des nouveaux primates  - {44} Position debout  -  La traque des proies faibles  - {45} Pensée concrète et pensée abstraite  -  Pensée religieuse  - 

 

PARTIE 9 :  Nous ou la matière intelligente   {Repères 46 à 50}

{46}La mémoire génétique des « animaux »  - {47} L’australopithèque d’Afars  -  P. Picq et Y. Coppens (évolution buissonnante)  -  J. Monod et Y. Prigogine  (Hasard et nécessité)  -  Notre force est venue de notre faiblesse  -  Notre capacité de changer notre biotope  - {48} Mégalopoles artificielles  -  L’écologie est un luxe d’occidental  - {49} Notre adaptation progressive à un monde artificiel  -   L’émigration vers d’autres habitats non terrestres est-il réalisable ?

 

PARTIE 10 :  Darwin   {Repères 50 à 54}

{50}Référence à Darwin et à sa théorie  - {51} Exemples d’indices morphologiques de parenté entre les espèces  - {52} Exemple d’évolution à l’échelle du temps humain du lézard Podarcis  -  L’élevage par les humains et le comportement des animaux de compagnie  - {53}  Jacques  Monod  -  Teilhard de Chardin  -  Embarras des scientifiques chrétiens  -  Les découvreurs n’agissent plus seuls  - {54}  Le Boshiman est un chasseur-ceuilleur resté au stade des premiers humanoïdes  - 

 

 PARTIE 11   Cohérence et Déduction  {Repères 55 à 59}

{55}La cohérence est le rapport logique entre des idées – Apparition du langage et de l’écriture pour traduire la pensée – {56}Le raisonnement cohérent et la déduction – Quid du phénomène chez les « animaux » - Les sauvages et les domestiques – {57} Étude du phénomène depuis ses origines jusqu’à l’homme évolué  -{58} L’associativité  – Importance des mains et du cerveau : « la fonction crée l’organe et le milieu transforme le patrimoine héréditaire » (Lamarck) – {59} Toumaï  -  Émergence de l’intelligence raisonnée  -

 

PARTIE 12  :  Évolution exponentielle.   {Repères  60 à 70)

{60} Tableau des Hominidés  - {61} Référence à Pascal Picq :  « Les singes ont évolué en même temps que nous »  et « l’évolution du genre humain et l’homme moderne »  - {62} Principales caractéristiques des Hominidés  -  Quelques dates importantes de la préhistoire  - {63}  Classification classique de l’Homo habilis  -  Extraits du livre de Pascal Picq « Au commencement était l’homme » :  des origines perdues entre des fossiles, des outils, des gènes et des langues  - {64} Émergence des rites funéraires  -  Les Néandertaliens n’étaient pas des hommes très archaïques  -  Quid de la disparition de l’homme de Néandertal ? -  Le site de Caours   - {66} Modification de notre biotope  - {67} Variations climatiques pendant notre ère  -  Problèmes du refroidissement du climat et d’environnement  -  Espoir dans les performances des scientifiques et des techniciens  -  Primauté des valeurs morales d’altruisme  - {68} Sens familial élargi  -  Le clan  -  Mondialisation des esprits  - {69}L’écologie ne se conçoit que dans une entente universelle de restriction  et de promotion des valeurs altruistes pour une solidarité universelle.   Conclusions de l’octogénaire sur la primauté des valeurs altruistes.

 

PARTIE 13:  Le Sublime et le bonheur   {Repères 70 à 88}

{71} A la recherche d’une définition du sublime  -  L’intelligence a permis à l’être humain de s’imposer dans son biotope terrien  - L’homme a dépassé la fonction mécanique du cerveau  -  {72}Les découvreurs  -  Origine de l’abstraction  -  Hasard et nécessité ?  -  Primauté des occidentaux  - {73} 1ère réflexion sur la qualité cérébrale du raisonnement  -  2ème réflexion :  les conditions de survie provoquent un « accident » de mutation  -  L’être humain est capable de gérer et contrôler lui-même les mutations – {74}Le bonheur et ses sources – {75} Les vedettes et les meneurs -  Les motivations de l’individu -  Les idéalistes – {76} La place prépondérante des mères  - Vers une élite asexuée intellectuellement et physiquement   - {77} Conclusions.

Digressions littéraires et poétiques sur le sublime.  (Repères 77 à 88)

{77} Débordements dithyrambiques pour magnifier le « sublime » qui fait atteindre à l’homme les sommets du lyrisme. – {77} L’eau est le principal composant de notre corps  - {78} L’air est un fluide gazeux constituant l’atmosphère que respirent les êtres vivants  - {80} Le feu est un dégagement d’énergie calorifique et de lumière accompagnant la combustion vive (Grand Robert)  - {82}  Le soleil est l’astre qui donne la lumière et la chaleur à la terre et rythme la vie à sa surface (ibidem)  - {83} La terre est la surface sur laquelle les êtres vivants se tiennent et c’est aussi la matière qui forme la couche superficielle de la croûte terrestre  - {85} La vie est le fait de vivre, propriété essentielle des êtres organisés qui évoluent de la naissance à la mort en remplissant des fonctions qui leur sont communes. (Grand Robert)  - {87} L’insatisfaction, le sentiment d’inachevé, le lointain impossible, le rêve inaccessible, l’éden perdu, c’est la condition des humains …

 

PARTIE 14 :  Les trous noirs   (Repères 88 à 92)

{88} Le Trou noir  ou  mort d’une étoile  - Qu’est-ce qu’une étoile ?  -  Le preuve de l’existence d’un trou noir  -    -    Les trous noirs constituent la masse/densité absolue – {89}Il n’existe actuellement aucune preuve physique de leur existence – Effondrement d’une étoile en effet d’entonnoir pour retrouver peut-être le monde des forces -  {89} Quel est le sort de notre soleil ? – Le trou noir est « trahi » par le comportement de son environnement  - {90}Trous noirs gloutons  -  Disque d’accrétion  - – {91} Le trou noir « supermassif » ou « galactique » qui existerait au centre de notre galaxie (Sagittarius) – La singularité – {92} La matière noire (conclusions de B.Greene) –  L’expérience DAMA.

 

PARTIE 15 : Cordes, Branes, Théorie M.  {Repères 93 à 106)  

{93}Notes reprises d’un remarquable ouvrage « La magie du cosmos » de Brian Greene (auteur déjà cité) – {94}La vitesse de la lumière est constante, il est impossible de la rattraper – {95} Expériences de J.Kafele et R.Kating en 1971 (écart de temps entre les horloges au sol et celles à bord de vols commerciaux) – Expérience du faisceau laser qui traverse deux fentes pratiquées sur un morceau de pellicule surexposée prouve que la lumière est une onde – Le temps ne s’écoule pas – {96}Le dilemme qui contraria toujours Einstein est celui de la difficulté qu’il rencontrait à combiner électromagnétisme et relativité générale en une seule théorie (ce qui se vérifiait aux échelles de l’infiniment petit ne l’était plus aux échelles de l’espace) - Conflit entre la mécanique quantique et la relativité générale – {97} La théorie des cordes – La théorie M – {98} les p-branes – Les trois-branes et autres – {99} B.Greene (avec d’autres scientifiques) a sondé la matière jusqu’à un milliardième de milliardième de mètre (10-18 ) sans trouver le moindre indice de dimensions supplémentaires – {100} Le cosmos répond-il à un phénomène fondamental de renouvellement cyclique ? (collisions cycliques entre les « branes » à l’image d’un « big crunch » à l’échelle de notre monde cosmique – Le temps tel que nous le connaissons  ne parcourrait que l’un des nombreux cycles de l’Univers, chaque big-bang serait suivi par un autre, puis par un autre – {101} Énumération par B.Greene des découvertes en gestation qui font bien augurer de l’avenir – Autres notes et références utiles  -

 

PARTIE 16   :  La Relativité.  {Repères 106 à 112)

{106}La relativité et le dilemme d’Einstein  -  Relativité restreinte et généralisée (Einstein) – {107}La vitesse de la lumière – Le temps et l’espace ont la même origine – Origine historique de l’Univers – Le satellite explorateur WMAP a permis d’affirmer que l’univers est « fini » - {108}Le « mur de Planck » - La découverte de Hubble en 1929 – {109}La théorie des Super-cordes (minuscules filaments d’énergie) – Expérience du seau d’eau suspendu à une corde tordue qui tourne et comportement étonnant de la surface de l’eau qu’il contient – {110}Référence à Ernst Mach – {111}Quid de la téléportation (reproduire un être à l’identique en le télécopiant ailleurs dans l’espace) ? – Quid aussi des voyages dans le temps ?

 

PARTIE 17 :  Conclusions générales et de bon sens  {Repères 112 à 124}

{113}L’Univers ne peut être qu’organisé, ce qui exclut anarchie et désordre -  Le hasard n’existe pas dans l’absolu – L’Univers est ce qu’il est ou il n’est pas et le néant est impossible –  Suivant notre logique cartésienne, si il y a un big bang, il y a un big crunch avant un autre big bang – {114} Des découvertes récentes démontrent le contraire – {115} Une explication serait que notre univers perceptible n’est qu’un épiphénomène-bourgeon – {116} Quid de l’antimatière ? – Quid de la théorie de l’accident à la loi de l’annihilation de la matière par l’antimatière qui aurait provoqué l’Univers ?  -   Plus on descend dans l’infiniment petit, plus on perd trace de sa matière qui prend l’apparence de « forces » - {116}Le LHC du Cern à Genève  et le FERMILAB de Chicago  -  {117}Matières : épiphénomène de notre Univers ?  - {118}  Référence à Theilhard de Chardin  - {119}  Conclusions personnelles et synthèse de bon sens.

 

 

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Modeste Tout-le-monde  cherche à comprendre.

Partie 1 : E = mc²   

            MELODIE DE LA RELATIVITE

 

  Ambiguë déraison

Quand le temps est dans l’espace,

Ô, Subtile liaison

De toutes forces en place.

 

 Trois dimensions s’effacent

Et perturbe la logique,

Quand le temps s’y prélasse

Dans les lois cosmologiques.

 

Gigantesque éclatement

D’un spasme d’astres en folies,

Histoire du firmament

Avec astres qui sourient.

 

Aubade de feux d’étoiles

En gerbe d’explosion,

Silence du temps sous voile

Avant son extension.

 

 

{2} Formule que  « Tout le monde » connaît bien depuis que les médias s’en sont emparés pour donner plus de piquant intellectuel à leur littérature.

 

Cette formule « magique » est toute simple : une équation avec un produit dont un des éléments est élevé au carré.  Cependant elle définit l’essentiel de tout … 

 

Einstein, ce fantaisiste qui nous passe la langue, a eu un jour un « éclair de génie » en découvrant une formule essentielle qui nous révèle ce que notre entendement de terrien ne voudra jamais admettre.

 

E    L’énergie  (donc quelque chose que nos sens ne peuvent saisir, mais qui fait que tout est en mouvement, que rien n’est statique, c’est-à-dire immobile)

 

=  m   c’est de la matière  (rappelons qu’elle peut être de trois sortes :  solide, liquide, gazeuse) … accélérée par c qui est la vitesse de la lumière (c étant la première lettre du mot latin céléritas qui veut dire vitesse),

 

Ce c étant lui-même accéléré par une valeur identique à lui (en mathématique algébrique on dit élevé au carré que l’on écrit c2)

                               

Donc, l’énergie qui est l’essentiel (le moteur) de l’Univers depuis qu’Einstein l’a compris, c’est de la matière (m) que nos sens peuvent percevoir par le toucher et la vue (sauf dans certains cas pour la matière gazeuse) qui est accélérée (du latin accelerare, venant lui-même de celer = rapide, donc rendu plus rapide) par le fameux facteur (c) qui se multiplie par lui-même (élévation au carré).

 

Il s’agit d’une loi spatiale qui n’a rien à voir avec nos lois terrestres.  Ce phénomène d’expansion atteint une vitesse limite de 300.000 kilomètres par seconde, c’est-à-dire celle des particules (les photons) qui composent la lumière depuis le Big Bang ou l’explosion initiale.

 

Au-delà de cette vitesse limite (300.000 km.sec.) la matière redevient énergie.

 

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{3} En principe, les photons de l’explosion initiale nous accompagnent depuis le « Big Bang » à la vitesse de la lumière, c’est ce qui a permis, en 1929 à Edwin Powell Hubble  (1889-1953) d’évaluer l’âge de l’univers à 14,7 milliards d’année (13,7 milliards d’années depuis la mesure établie par le satellite WMAP) par rapport à nous  (suivant la constante de Hubble : les galaxies s’éloignent les unes des autres à une vitesse approximative proportionnelle à leur distance). Le chanoine belge Georges Henri Lemaître (1894-1966) aurait déjà fait cette découverte deux ans avant lui.

 

Cependant les dernières avancées de la science ont permis de préciser que ces théories et ces chiffres ne seraient valables que pour les petites échelles de mesures que permettaient les moyens de l’époque.

 

A grande échelle, l’expansion de l’univers, correspondrait à un « gonflement » de l’espace avec un écartement mutuel des galaxies s’éloignant les unes des autres d’une manière égale, mais avec la particularité que la taille des composants de cet univers ne serait pas modifiée.

 

 Ce n’est  donc pas comme si on étirait une toile élastique sur laquelle on aurait dessiné des étoiles qui grossiraient avec l’étirement, mais ce serait plutôt comme si, au lieu de les dessiner, on avait collé des pièces de monnaie sur cette toile élastique et que la toile s’étendrait et non pas les pièces.

 

Ces composants (les planètes) auraient une vie propre et « s’effondreraient » sur elles-mêmes après un certain temps pour retourner dans la matière noire qui n’est pas observable mais constituerait avec l’énergie sombre l’essentiel de l’univers (matière noire 23 % ; matière ordinaire 4 % ; le reste 73 % d’énergie sombre).

 

Cependant, il est aussi important de souligner que le seul élément que l’on puisse calculer c’est le temps mis par la lumière du rayonnement fossile pour nous accompagner, soit entre 13 et 15 milliards d’année,  ce qui n’a rien à voir avec la taille de l’univers en terme de mesure métrique qui pourrait être de l’ordre de 40 à 50 milliards d’années multipliés par 300.000 km. par seconde. (Soit en kilomètres : 60 secondes x 60 minutes x 24 heures x 365 jours x 300.000 km = 9.460 milliards 800 millions de km  x 50 milliards soit 473.040 trillions ou environ 5 suivi de 23 zéros, comme il s’agit du rayon, le diamètre de l’univers devrait être du double de cette valeur.)

 

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{4} Réalisant l’énergie inouïe que l’on dégagerait en « cassant » sa formule dans un engin de destruction, Einstein, ce génial chercheur, en avertira le président Roosevelt (nous étions en 1939),  supposant modestement que s’il l’avait découvert, d’autres chercheurs (ennemis) le feraient également, (heureusement, il se trompait), aussi en secret les alliés s’empressèrent-ils  de créer une bombe à « fission nucléaire » dont la puissance de destruction serait inouïe.  On connaît la suite atroce déterminant la fin des hostilités.

 

Comment le génial Einstein en est-il venu à proclamer cette loi fondamentale de E = mc2, tellement aberrante pour l’entendement des physiciens de l’époque ?

 

Pénétrons-nous du climat scientifique qui entourait les chercheurs des années du conflit mondial  qui embrasa le monde jusqu’à son paroxysme monstrueux de la destruction d’Hiroshima (6/8/1945 – 100.000 victimes) et Nagasaki (9/8/1945 - 80.000 victimes).

 

Einstein et les chercheurs de l’époque disposaient des avancées prodigieuses de la science, cependant toujours influencées par les grandes lois proclamées par les maîtres du passé : Kepler, Galilée, Copernic et autres Newton.

 

Aussi sera-t-il intéressant de se pencher sur l’histoire de la formule :  E = mc2 

 

E,  c’est l’énergie dans l’espace et le premier qui découvrit cette notion d’énergie dans l’espace fut un modeste employé-chimiste, Michael Faraday (1791-1867) qui constata en 1812 que l’aiguille d’une boussole « perdait le nord » et se tournait dans la direction d’un câble électrique sous tension dès qu’on s’en approchait. 

 

L’aiguille aimantée était donc attirée par l’influx électrique circulant dans le câble, or à cette époque, on estimait que l’électricité ne pouvait s’échapper de son câble et y circulait comme l’eau dans un tuyau. Dès lors on se mit à concevoir que l’énergie occupait une place dans l’espace, pour plus tard admettre qu’elle occuperait tout l’espace.

 

Cette découverte amena Faraday à inventer, dès les années 1831, l’électro-aimant qui fait tourner les moteurs électriques ouvrant ainsi la voie aux applications tels les dynamos, les générateurs et les transformateurs.  Il se distingua dans tous les domaines de la chimie et de l’électricité donnant son nom à de nombreux  concepts  ou techniques (le Farad, la constante de Faraday, l’instabilité de Faraday, la cage de Faraday) et introduira les termes d’anode, de cathode, d’anion, de cation et d’ions.  Il fut le premier à affirmer que la lumière est une énergie.

  

{5} Modeste, il refusa les honneurs de l’anoblissement, la Présidence de la Royal Society et d’être enterré dans l’Abbaye de Westminster.

 

Déjà avant lui, une autre loi avait été énoncée et expérimentée par Antoine Lavoisier   (1743-1794) c’est la conservation de la matière : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » bien que cette phrase lui soit injustement attribuée, (elle daterait pour d’autres raisons d’avant Jésus-Christ et aurait été énoncée par Anaxagore de Clazomènes qui parlait de l’énergie et pas de la matière), elle résume cependant bien le principe tel que l’a déterminé Lavoisier de la façon suivante en parlant de la fermentation : « … Il faut bien connaître l’analyse et la nature du corps susceptible de fermenter, et les produits de la fermentation ; car rien ne se crée, ni dans les opérations de l’art, ni dans celles de la nature, et l’on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l’opération ; que la qualité et quantité des principes est la même, et qu’il n’y a que des changements, des modifications » .

 

Antoine Lavoisier était un avocat, bourgeois aisé, attiré par  les sciences et la chimie.  A 25 ans, il obtient la charge de « Fermier général » c’est-à-dire celle de percevoir les impôts, ce qui lui vaudra d’être guillotiné sous la « Terreur » avec les 28 fermiers généraux le 8 mai 1794.

 

Lavoisier, mathématicien par son métier de financier, cherche à donner à la science des outils mathématiques en recherchant l’équilibre, comme les comptables le font dans leur balance, entre ce qui sort et ce qui entre dans l’espace où se situe  l’expérience, ce qui le poussera à  mettre au point des outils donnant des pesées précises. Toujours obsédé par ce qu’on a appelé  « la loi de la conservation de la masse », grâce à ses gros moyens financiers,  il mit au point des appareils de pesée extrêmement précis fabriqués par les plus grands artisans, ce qui lui permit de prouver cette théorie. (Rien ne se perd, tout se transforme)

 

Autre personnage surprenant pour l’époque, tant par son esprit, son génie que la liberté de ses mœurs fut Emilie de Breteuil (1706-1749), devenue marquise du Châtelet par mariage en 1725.

 

{6} Elle eut de nombreux amants, comme le mathématicien Maupertuis, le petit neveu du cardinal de Richelieu, et le marquis de Guébiant. Elle s’initiera aux travaux d’Isaac Newton (1642-1727)  et de Leibniz  (1646-1716) ce qui l’amènera à une expérience étonnante faite avec une bille de plomb tombant sur de l’argile à des hauteurs différentes qui lui fit constater que l’écrasement provoqué correspondait au carré de la masse et non à son addition.  Cette expérience lui permit déjà d’augurer de  la fameuse formule d’Einstein (E = mc2).

 

Madame du Châtelet ne fut pas seulement la maîtresse de Voltaire pendant quinze ans mais elle fut aussi sa collaboratrice (ils traduiront ensemble « les Principia » de Newton) .  Elle mourut en couches, en 1749, à la naissance d’un enfant (qui n’a pas survécu) qu’elle eut d’un autre amant (le beau chevalier de Saint-Lambert, poète).

 

On ne peut pas non plus passer sous silence d’autres chercheurs, Pierre Curie 1859-1906) et sa femme Marie (1867-1934)  qui feront faire un pas important à la science en découvrant le radium et la radioactivité ainsi que Antoine  Henri Becquerel   (1852-1908)  et Ernest  Rutherford  (1871-1937)

 

Mais celui qui fit faire l’avancée la plus significative dans les domaines que l’on dénommera ultérieurement « relativité restreinte » et « mécanique quantique », ce fut James Clerk Maxwell  (1831-1879) :  ses contributions à la science sont considérées par certains comme aussi importantes que celle de Newton ou Einstein.

 

En 1864, il écrit : « L’accord des résultats semble montrer que la lumière et le magnétisme sont deux phénomènes de même nature et que la lumière est une perturbation électromagnétique se propageant dans l’espace suivant les lois de l’électromagnétisme. » 

 

Maxwell supposera que la propagation de la lumière nécessite un milieu (l’éther) pour support des ondes.  Einstein, plus tard, en formulant ses théories de la « relativité» démontrera que l’existence de l’éther n’était pas nécessaire.

 

Maxwell calculera avec les moyens limités de l’époque la vitesse de la lumière à 310.740.000 mètres par seconde (des mesures plus précises l’évalueront à 299.792.458 kilomètres à la seconde ou environ 300 millions de kilomètres)

 

{7} Au delà de cette vitesse cosmique, l’énergie se transforme en masse, révélant ainsi le mécanisme de l’univers qui n’a rien à voir avec celui que nous expérimentons tous les jours sur notre planète qui subit les lois de son environnement.

 

Maxwell fréquenta Lavoisier en fin de vie (il était 40 ans plus âgé que lui) avec beaucoup de considération pour le vieux savant dont l’esprit n’était plus aussi alerte.  Ont-ils dans leurs entretiens évoqué cette éventualité de libérer dans la matière une force capable de détruire une ville ou de produire une énergie gigantesque ?

 

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Conclusions :   E = mc2   

 

Cette formule révèle le mécanisme de notre univers

 

1.        Notre univers c’est de l’énergie.

2.        Notre univers c’est aussi de la matière en expansion continue (le facteur c au carré)

3.        Notre planète « terre » est un « excédent partiellement  éteint » détaché d’une étoile (soleil)

4.        La terre est constituée de roches et de sédiments résultant de l’évolution de la vie, d’une épaisseur de 35 kilomètres sous les continents, 5 à 7 km. et sous les océans et 60 km. sous certaines chaînes de montagne (cordillère des Andes), autour  d’une masse dont une partie mobile ou  en fusion de 6344 kilomètres (centre de la terre = 40.000 kilomètres divisé par 3,14 divisé par 2 = le rayon d’environ 6379 kilomètres – 35 kilomètres   = 6344  kilomètres) 

 

C’est sur cette « pelure » de 35 kilomètres que la vie s’est manifestée pour aboutir après bien des avatars à « l’homme intelligent » que nous sommes.

 

Suivant des théories avancées actuellement, notre univers ne serait qu’un univers-bourgeon qui se serait développé accidentellement et en excédent dans un univers-total dont nous ignorerions et les lois et le mécanisme.

 

Fondé en 1952 par 12 états européens, le Cern (Centre européen pour la recherche nucléaire) établi près de Genève, a construit à 100 mètres sous terre, depuis 1996, le plus grand collisionneur de Hadrons  (LHC) existant  au monde (un anneau de 27 kilomètres refroidi pendant deux ans pour obtenir  {8} -271,3° (presque le zéro absolu) qui créerait les conditions qui prévalaient dans les millièmes de secondes qui ont suivis le Big Bang  (un millier de physiciens et ingénieurs y sont employés - coût total 6,5 milliards € dont 3,76 pour la machine)

 

0n y traque le Boson de Higgs  Rappelons que les chercheurs,  l’anglais Higgs et les belges Englert et Brout, avancent une théorie suivant laquelle la découverte de cette particule permettrait de connaître la taille de notre univers et de mieux le comprendre.  Elle est tellement cachée qu’il faut un instrument de la taille de celui que l’on a construit à Genève pour la traquer (certains de ces éléments ont  la taille d’une cathédrale enfouie à 100 mètres sous terre). Cet expérience aurait dû donner des résultats en 2009 si un problème de fonctionnement n’avait pas provoqué un retard d’un an. 

 

Notre univers serait-il un univers-bourgeon, survenu accidentellement sur un univers-total beaucoup plus complexe dont nous n’imaginerions même pas les loi ?.  Cette thèse apporterait une solution au dilemme d’Einstein concernant la mise en concordance de ses théories sur la relativité restreinte et relativité générale, puisqu’il existerait d’autres lois que nous ne pouvons pas appréhender.

 

Tout cela démontre notre insignifiance.

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Ceux qui voudraient approfondir ou vérifier « ce condensé » écrit par un modeste profane « Monsieur Tout-le-monde » pourront consulter la documentation suivante :

 

-          Les différents sites de Wikipédia sur Internet

-          Le site Internet de vulgarisation sur la mission Planck (planck.fr) qui doit mesurer avec grande précision un certain rayonnement présent dans l’univers, appelé le rayonnement fossile.

-          Le site Internet Techno.Science.net

-          L’émission E = mc2  produite par ARTE (adaptation française)

-          Les articles sur le Grand Collisionneur de Guy Duplat dans la Libre Belgique

-          Le livre de Brian Greene, La Magie du cosmos  (Robert Laffont)

 

 

{9} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre 

 

Partie 2 « D’où vient  la vie ? »

 

HARMONIE DE LA VIE.

 

Tendre lagune bleue d’acier,

Amante alanguie de soleil,

Chatte étirée sous les baisers

De la vie qui soudain s’éveille.

 

Tiède de rayons engourdis,

Ton ventre chaud s’est alourdi,

D’atomes, cellules et mers,

Pour enivrer la terre entière.

 

Une algue bleue des océans,

Avide de ciel,  folle d’îles

Préparait un très grand moment :

L’alchimie des chlorophylles.

 

La vie a voulu la douceur,

La vie a voulu les couleurs,

La vie a voulu la chaleur,

La vie a voulu le bonheur.

 

Le soleil lui a tout donné :

 

Le vert de ses prés et ses bois

Le rouge des couchers du soir

Le jaune de ses moissons d’or

Le bleu de son beau ciel d’été

Le blanc de ses neiges éternelles

Et le noir de ses nuits profondes.

 

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{10} La vie et l’intelligence sont  des phénomènes aléatoires peut-être uniques dans l’Univers ou très rares.  Leurs conditions d’existence sont tellement fortuites qu’elles résultent ou du hasard ou de l’intervention d’un pouvoir supérieur.

 

Les infinitésimales cellules, qui sont les constituants de notre corps et de tout les êtres vivants, évoluent instant après instant dans le temps au cours de leur existence, en obéissant à un phénomène de croissance suivi d’un retour à l’inanimé,  imposé par une loi fondamentale d’échange continu. (rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme disait déjà Antoine Lavoisier fin du 18 ème siècle).

 

Il est indéniable que la vie a créé un « individu » qui a une existence propre, primaire chez les micro-organisme, ensuite évolué chez les hommes. Le Grand Robert définit individu  (sens biologique) comme suit : Corps organisé vivant d’une existence propre et qui ne saurait être divisé sans être détruit.

 

Aussi l’individu prend place dans son environnement pour y avoir une existence propre pendant une durée de temps limitée.  Devenu matière organique par sa mort, il s’ajoute à la « masse  inerte » qui s’est constituée depuis les premiers unicellulaires, pour devenir lui-même le  « terreau fertile »  des existences futures.  Au cours de son existence, il ne cessera de se « nourrir » des autres êtres vivants pour subsister en rejetant les déchets qui en résultent et qui s’ajoutent à ce « terreau » qui est un mélange de matières organiques et inorganiques.

 

La vie est un « accident » peut-être unique (ou très rare) dans l’univers.  Un mécanisme évolutif s’est mis en place par « accident » sur un morceau de « soleil éteint », notre planète terre  (une planète, du grec planetes = errant) orbitant autour de sa «modeste étoile » si insignifiante parmi les milliards d’autres.

 

Nos scientifiques disent que la vie a surgi parce que se sont trouvés rassemblés par le plus grand des hasards, ou par intervention supérieure, les éléments qui lui étaient nécessaires pour démarrer, qu’elle a commencé dans l’eau avec les micro-organismes et une algue (ou un végétal primitif) qui se passaient d'oxygène et cela il y a quelques milliards d'années.

 

{11} L’évolution a poussé ce végétal a dissocier l'oxygène que contenait l'eau.  L'aventure de la vie multicellulaire était lancée pour atteindre le degré de complexité que nous lui connaissons aujourd'hui.

 

Cette algue ou ce végétal a entamé ce processus de dissociation de l’oxygène de l’eau parce qu’il obéissait à une loi de poussée évolutive de la matière (rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme)  depuis le départ théorique de l’espace-temps dans « notre » univers qu’on a appelé le Big-bang ou l’explosion initiale.

  

Depuis qu’Einstein l’a exprimé dans sa formule E = mc², on sait que la matière, c’est de l’énergie en devenir et vice versa, rien n’est statique, tout évolue, tout est en mouvement dans l’univers.  Dès l’explosion initiale, il y a création d’un mouvement avec échange de matière et de force vers un autre « devenir ».

 

Sur notre planète « terre », cette poussée évolutive atteindra le paroxysme de son adaptation quand toutes les possibilités de croissance auront été atteintes dans un espace limité, probablement à la suite de grands mouvements géologiques locaux ou planétaires. Ainsi, après les unicellulaires, quand des végétaux du milieu marin se trouvèrent confinés sans possibilités de développement, ou bien ils périrent pour trouver les stades de la matière inerte ou bien ils s’adaptèrent en se transformant, voire en mutant. 

 

Ces phénomènes ont vraisemblablement été provoqués par saturation du milieu dans lequel ils se trouvaient, restreint par des événements géologiques, ce qui a provoqué les nouveaux règnes :   dans le milieu marin, les poissons transformateurs de plancton et de micro-organisme et les poissons piscivores transformateurs de leurs propres congénères et sur la terre les herbivores, transformateurs de végétaux et les carnivores, transformateurs d’herbivores.  

 

Quant aux origines de la vie, selon des scientifiques sérieux, elle serait apparue sur terre dans des sortes de petits lagons tièdes laissés par des mers calmes, il y a environ 3,8 milliards d’années.  C’est dans ces creusets qu’une incroyable alchimie se serait produite : « Il se fait que, sur la terre, un événement d’une très haute improbabilité a eu lieu »  J.Monod dans « Hasard et nécessité » ou pour les croyants, intervention supérieure avec prolongement de « l’individu » dans une autre existence.

 

Cette « prévie » dans des endroits privilégiés se serait retrouvée dans les mers par accident géologique ou par le mouvement des océans.  Les mers chaudes devinrent vraisemblablement le giron des tout premiers unicellulaires.  On connaît la suite : aux unicellulaires ont succédé les pluricellulaires dont un végétal  qui contribua à la mise en place du processus chlorophyllien.

 

{12} Si je consulte mes encyclopédies, elles m’apprennent les choses suivantes :

  

-          L’oxygène est contenu dans l’eau (deux atomes d’hydrogène et un d’oxygène). L’air (sec) que nous respirons est formé de molécules composées de 78% d’azote, de 21% d’oxygène et d’1% de gaz rares (argon, néon, hélium, krypton, xénon).

 

-          L’évolution biologique a provoqué des processus chimiques de création de molécules telles, outre celles de l’oxygène contenu dans l’air, celles de l’ozone qui lui est complémentaire. 

 

-          L’ozone (trois atomes d’oxygène ou O3) est produit par intervention cosmique : une molécule d’oxygène (O2) se dissocie en ses deux composants, qui s’associent chacun à une autre molécule d’oxygène pour former une molécule d’ozone (O3) . L’ozone, présent dans la stratosphère (entre 10 et 50 kilomètres d’altitude), est un filtre qui nous protège des rayons ultra-violet qui tuent la vie aérienne. Cette molécule est apparue il y a 900 millions d’années avec le développement de la vie végétale marine. Personne n’ignore que l’activité humaine peut être responsable de la raréfaction de l’ozone stratosphérique et que les autorités de la planète y sont attentives.

 

-          Autre processus chimique :  la photosynthèse qui permet aux végétaux d’assimiler grâce à la lumière le gaz carbonique et de produire des glucides tout en libérant de l’oxygène.  Ce gaz carbonique ou dioxyde de carbone est rejeté en l’absence de lumière, notamment la nuit.

 

-          Ces différents phénomènes sont liés à la vie et ont contribué à son explosion en créant la cornue d’éléments divers dans laquelle s’est développé le processus chlorophyllien.  La chlorophylle (du grec chloros : vert et phyllon : feuille) est  un pigment situé dans certaines matières  (chloroplastes) des cellules végétales, pour intercepter l’énergie lumineuse et la convertir en énergie  chimique.  Son spectre  d’absorption du rayonnement lumineux (Ce sont les raies ou plages lumineuses de la lumière visibles dans l’arc-en-ciel) est le vert et c’est dans cette couleur dont la longueur d’onde est moins absorbée que la chlorophylle nous apparaît. 

 

{13} Que disent encore nos documentations ?

 

-          Les êtres vivants, végétaux ou animaux et nous par conséquent sommes composés de divers éléments que nous trouvons dans notre environnement et que nous assimilons  :

 

l’eau :  est le principal composant de notre corps (65 % pour un adulte moyen) et est essentielle à l’existence de la plupart des êtres vivants.   Les végétaux en sont les plus importants consommateurs en l’absorbant par les racines en grande quantité et en la rejetant par évapotranspiration.

 

les glucides (sucres), : que l’on trouve dans :  pommes de terre, pain, blé, avoine, maïs, riz, haricots secs, fèves, lentilles, bananes, châtaignes, sucre de canne et de betterave, miel, glucose, confiture, sirops industriels 

 

les protéides : d’origine animale = viandes,  poissons, œufs, lait, fromage et d’origine végétale (en  moindre concentration) = légumes secs : haricots secs, lentilles, pois chiches, fèves, graines germées, et les céréales : orge, avoine, blé, riz, pâtes.

 

les lipides : dont la fonction principale consiste à emmagasiner une quantité d’énergie plus de deux fois supérieure à celle d’un gramme de glucide :  en sont riches les huiles (arachide, olive, tournesol, maïs, soya, colza, noix,) le beurre, la crème fraîche, les margarines et les fruits  gras  (amandes, noix, noisettes, arachides etc.)

 

les sels minéraux. : ce sont des matières composites inertes formées d'éléments chimiques de base (inorganiques) que l'on retrouve abondamment dans la couche superficielle et sédimentaire de notre globe. Ils représentent 4 % de notre poids.  En dehors des oligo-éléments dont les besoins sont moindres (en grec oligo = peu), ceux dont les besoins sont grands sont : le calcium (dans le lait et les produits laitiers, le jaune d’œuf, les légumes secs) le phosphore (lait et produits laitiers, le jaune d’œuf, le pain et les légumes secs) le sodium  (sel de cuisine, charcuteries, lait, œufs, poissons, viandes, conserves, eaux minérales) le potassium  (fruits (notamment la banane), légumes secs, viandes, poissons, chocolat) le magnésium  (fruits et légumes secs, fruits de mer, chocolat) le fer  (abats surtout le foie, viandes, jaune d’œuf, fruits et légumes secs, chocolat, vin ).

 

{14} Enfin, il est aussi important de signaler que le carbone est présent partout dans la matière vivante ou ses substrats d'où l'appellation de "cycle du carbone"  et d’en conclure que la composante élémentaire de la vie sur notre planète dépend  essentiellement du carbone et que la pensée intelligente qui en résulte ne se réalise et ne peut s'exprimer autrement que par cette matière qui en est le support et le moyen d'expression.

 

Si on étudie en profondeur ce cycle du carbone, on est frappé par le caractère très hasardeux  d'une réussite dont nous sommes l'aboutissement.

 

On peut supposer que d'autres supports existent dans « notre » univers ou dans « l’univers-total » (voir étude précédente : E = mc²) pour exprimer cette pensée intelligente et que nous n’en serions dès lors pas les seuls et uniques dépositaires comme l'affirment de bonne foi et de manière anthropomorphique la plupart des hommes.

 

Ces autres supports sont-ils possibles ?  Pourquoi pas, rien ne nous permet de prétendre le contraire.

 

D’autres systèmes que le nôtre, évolutifs également, vivant et se multipliant, occupant un ou des espaces, consommant et développant de l’énergie, sont possibles sinon probables. 

 

Pourrons-nous entrer en communication avec ces « extra terrestres » ?  Difficilement sans doute, puisque nous n’avons pas les mêmes possibilités de communication et l’handicap de la distance. 

 

Ont-ils quelque chose qui ressemble à nos sens ?  Probablement que non.  Si il y a quelque chose qui ressemble à la vie, qui évolue, qui occupe des espaces, qui se multiplie et qui connaît l’incroyable et miraculeuse aventure de la pensée humaine, ce « quelque chose » n’a probablement aucune possibilité de communiquer avec nous, à supposer que ses moyens le lui permettent et qu’il soit à notre portée.

 

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Ceux qui voudraient approfondir ou vérifier ce « condensé » écrit par un modeste profane « Monsieur Tout-le-monde » pourront consulter la documentation suivante que j’ai utilisée :

 

-          Les différents sites de Wikipédia sur Internet.

-          Les sels minéraux dans  www .pratique.fr

-          Les algues dans http://aquagazel.free.fr

-          Dictionnaire encyclopédique Hachette

-          Universalis

-          L’eau dans le corps humain : http://ac-versailles.fr

 

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{15} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre

 

Partie 3 :  Infini et éternité.

 

Parties précédentes :  (1) E = mc³   et  (2) D’où vient la vie ?  (voir notes précédentes :  cliquer sur notes récentes)

Modeste Tout-le-monde est un « penseur toujours en formation »  maintenant  qu’il dispose comme chacun de tant de moyens informatiques pour comprendre ou satisfaire sa curiosité … réfléchir … et compléter son étude et son propos.

 

 E = mc² , on sort cette formule par boutade, en jouant à  « l’intello ». Modeste Tout-le-monde, a voulu comprendre ce que ça voulait dire au juste … : ce fut le sujet de son premier chapitre et ça l’a mené loin … jusqu’au … « Boson de Higgs » … qu’on espère découvrir grâce au « grand collisionneur » de Genève (LHC) inauguré le 21 octobre 2008 pour lequel on a dépensé 6,5 milliards € et qui  apporterait un peu plus de clarté sur  la grande énigme de l’univers (si on arrive à isoler ce Boson).

 

La seconde intervention allait de soi : après la matière, fille de l’énergie, la vie fille de la matière,  elle-même notre raison d’être puisqu’elle a produit la vie.

 

La vie a fait de nous un être intelligent et le développement de cette faculté nous amène à nous situer et à nous poser des questions essentielles quant à l’espace et au temps qui conditionnent notre existence.

 

{16} Nous nous trouvons alors confronté à ces terribles et inconcevables concepts pour notre petite intelligence humaine :  l’infini et l’éternité.

 

Inconcevable pour notre logique humaine, mais nécessaire et indispensable dans l’absolu de notre pensée.

 

Cette interrogation profonde s’est imposée à nous depuis toujours en mélodies lancinantes qui hantent en sourdine le fond de notre âme.

 

 

 SYMPHONIE DE L’INFINI.

 

Et après, et ensuite,

En obsédant toujours

Du tourment de la  fuite

Du temps en fin des jours.

 

 

Frisson des lointains fous,

Angoisse d’éternel

En faim d’originel

Dans l’absolu du tout.

 

La droite qui s’emballe

En quête de sa fin

Recherche le matin

De ses surfaces astrales.

 

              Les volumes s’étendent              

En grand bang glorieux

Pour la plus grande offrande

A la gloire des dieux.

 

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Mon regard de « petit homme » se porte au loin, bien au loin, là où il n’y a plus rien, en cherchant à prolonger ce qu’on appelle, faute de mieux, l’infini.  Mes tempes font mal de l’effort de mes yeux qui s’ouvrent démesurément.  Je cherche vainement le bout, la fin du vide qui s’est creusé devant moi… mais

 

{17} Je sais que j’hurlerai toujours « et après… ! »  sans fin, sans trêve,…infiniment…

 

Ce concept de l’infini me trouble, m’inquiète et me laisse rêveur.  La langue  française a exprimé ainsi ce qui est sans limite, ce que mon entendement ne peut accepter.

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Mon intelligence de « petit homme » admet difficilement et ne comprend pas que l’espace et le temps soient sans limite.  Ma logique, tributaire du contexte de l’espace et du temps, est déboussolée. En fait, je suis confronté à deux logiques qui s’opposent :  l’une découlant de l’espace et du temps, l’autre dictée par ma raison.

 

Dans mon contexte d’espace et de temps, je refuse l’illimité parce que mon intelligence ne peut pas le concevoir :  l’illimité semble impossible.

 

Ma raison quant à elle ne peut qu’accepter des évidences : l’infini est illimité dans tous les sens et l’espace et le temps ne sont possibles que dans une logique évolutive avec une origine, mais qu’y avait-il avant  ? … 

 

La seule réponse logique c’est qu’il n’y avait sans doute pas d’origine et donc pas « d’avant ». 

 

La plupart des hommes et Descartes en particulier, voient dans ces concepts  créés  par l’intelligence humaine, une preuve de l’existence de Dieu ou d’un « Autre » supérieur et omnipotent qui lui serait l’origine de la création et n’aurait pas d’avant.

 

L’infini est un mot mystérieux qui interpelle le poète-rêveur.  La combinaison des signes, les hasards de l'étymologie, du graphisme et de sa construction sonore lui sont apparus comme magiques, profonds, lents et majestueux. 

 

Il le prononce les yeux au lointain, avec respect.  Il le dit sans bruit parce qu'il est prédestiné, dirait-on, construit très court, compact, simple, fondamental...

 

Harmonieux, il est composé de six lettres en nombre décroissant :

Trois « I »                                             )   3   (

                Deux « N »                      )   2   (      6 lettres      IN  FI  NI

                                Un « F »                 )   1   (

Il commence et se termine par un "I" qui est lui-même précédé ou suivi de la même consonne "N"

 

{18} Enfin, l’ensemble est relié en son centre par "FI», la très belle consonne grecque dont le tracé permet de figurer une symbolique significative de la contradiction qui existe entre le fini et l’infini.  En effet,  quand on écrit « fi » en grec, on trace d’abord une boucle « finie » que l’on abandonne dès qu’on a atteint l’intersection du tracé,  pour la traverser ensuite, en la faisant repartir en droite qui pourrait être infinie.

 

Je ne pouvais être mieux servi par le hasard pour introduire la démonstration d'un premier principe qui régit notre réel planétaire, en contradiction avec l'authentique réel.

 

Ce premier principe simple pour illustrer ma matérialisation de l’infini va m’amener à pousser plus loin ma démonstration.

 

Assis à ma table, songeur, j’ai posé son crayon sur sa pointe et sur une feuille de papier et j’ai obtenu un point. De ce point, je projette, en pensée, de part et d'autre, un ensemble d'autres points juxtaposés, ayant ainsi formé une droite qui est définie en géométrie comme étant infinie de part et d'autre de ce point.

 

C'est ce que je pourrais appeler l'infini linéaire projeté dans l'espace.

 

J’imagine ensuite que cette droite qui fuit de part et d'autre du point imaginaire laissé par le crayon s'enfonce dans l'infini de part et d'autre de ce point à une vitesse infinie (non limitée, toujours progressive, exprimée en mathématique par l’élévation au carré).  J’ai ainsi apporté une donnée supplémentaire à la démonstration de ce qui est, semble-il,  fondamental :  le temps dépend de l’espace et l’espace dépend du temps et les deux sont infinis. Dans l’absolu du raisonnement, il n’est pas possible de le concevoir autrement : il n’y a pas d’autres alternatives.

 

Cependant ce fait est en totale contradiction avec notre logique cérébrale qui est confrontée aux impératifs de notre environnement soumis à une règle de commencement et de fin.

 

Cette contradiction entre deux évidences ont amené Einstein, les scientifiques et les penseurs à définir une donnée nouvelle : l’espace-temps.

 

Comme un jeu, je poursuis ma réflexion plus loin en imaginant à partir de la pointe de mon crayon une juxtaposition sur le même plan de droites accolées les unes aux autres sans espace entre elles pour obtenir une surface circulaire  infinie partie de ce point, progressant à une vitesse que j’imagine s’éloigner de moi à une vitesse progressivement infinie (en progression géométrique, comme disent les mathématiciens). 

 

{19} Si, maintenant, je déplace mon plan circulaire infini dans l'espace d'une manière volumétrique, c'est-à-dire que  j’imagine un ensemble d'autres plans étroitement juxtaposés au premier de manière telle que l'ensemble produise, de part et d’autre du point,  une explosion volumétrique imaginaire infinie dans l'espace-temps, la pointe du crayon sera devenue le centre d’un univers-personnel que je viens de créer et que mon cerveau vient de concevoir suite à ma réflexion.

 

Cette explosion volumétrique imaginaire existe parce que j’ai posé mon crayon sur sa pointe, déterminant ainsi une origine à un moment précis dans le temps.

 

C’est ici qu’on rencontre toute la complexité d’un système que notre entendement comprend difficilement pour la simple raison qu’elle contrarie  une logique que nous vérifions à chaque instant de notre quotidien : il y a un début et une fin à tout.

 

Mais dans l’absolu, il faut accepter une évidence : l’univers-total, en admettant la théorie que nous sommes un univers-bourgeon  ou l’univers tout court est soumis à la loi dite de l’espace-temps qui unifie l’espace et le temps.

 

En résumé, comme l’affirme Einstein qui a créé ce concept unifié d'espace-temps, celui-ci n'existe que relativement à l'observateur qui s'y trouve situé.  La matière ne serait, et nous par conséquent, que le résultat d’un mécanisme général que nous essayons de comprendre.  (voir  partie 1 :  E = mc²)

 

Laissons aux théoriciens le soin de débattre des contradictions et même des aberrations ou « paradoxes » que leurs calculs théoriques provoquent ( illustré entre autres par l’exemple célèbre des jumeaux de Langevin , l’un voyageant dans l’espace à une vitesse proche de celle de la lumière retrouvant son frère, resté sur terre, plus vieux que lui ou celui du train  dans un tunnel de même longueur avec des observateurs dans le train ou en dehors de celui-ci et qui ont des visions différentes de la fin du train  … etc.) pour accepter deux évidences : Tout ce qui est, évolue et obéit à la loi des échanges d’énergie (E = mc²) et le néant n’existe pas puisqu’il est sans devenir.  Seul existe l’univers-total en perpétuel mouvement depuis toujours.

 

Quant à nous, les hommes, dès que l’intelligence s’est affinée, nous avons recherché une explication qui évoluera avec nos découvertes.  Quand nous étions des primitifs, nous l’avons recherchée dans les mystères de la nature et du cosmos  (feu, tonnerre, eau, ciel, soleil….)

 

Avec les bandes des savanes, nous avons trouvés des meneurs qui devinrent des chefs quand se constituèrent les tribus,  regroupées ensuite en peuples et nations, dirigés par des « Grands » tout puissants.

 

Les religions ont alimenté les penseurs qui ont inspiré des prêtres pour enseigner les autres en leur donnant l’espoir d’une vie meilleure en leur fournissant leur version de l’inexplicable.

 

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{20} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre.

 

Partie 4 : L’Univers

 

 

 

MELODIE DE L’UNIVERS.

 

Tu fus infiniment petit,

Si petit qu’on cherche ton origine !

Si petit mais si dense

Que tu es temps et espace.

 

L’écho de ton bang

Est l’inverse de ton feu.

L’infini de ton temps

Est l’extrême de ton jour.

 

Tu es le cœur d’un monde

Qui palpite dans l’immensité.

L’immensité d’un vide

Qui sera toujours éternité.

 

Tu es le chant des êtres,

L’adversaire du néant.

Tu les as regardés naître

Sortant de ton ventre géant.

 

°°°°°°°°°°

 

{21} Quand nous consultons nos encyclopédies,  nous apprenons  que l'origine de l'univers se situe à 13,7 milliards d’années suivant la mesure établie par le satellite WMAP.

 

En prolongeant mon raisonnement à partir de mon crayon posé sur sa pointe,  je me dis que cela ne vaut que par rapport à moi et à mes frères qui se trouvent sur leur minuscule planète "terre" évoluant dans leur tout petit système solaire.

 

Où sommes-nous donc dans cet univers, nous qui sommes situés à 14/15 milliards d’années de son origine : le fameux grand bang ?  La fameuse grande explosion initiale ?

 

On nous dit  que l’univers est en expansion comme un ballon qui gonfle et dont les différents points s’écartent les uns des autres d’une distance progressivement  égale, avec la particularité que seul l’espace gonfle et pas les points (voir partie 1)

 

C’est cette « dilatation » à l’heure actuelle qui a duré 13,7 milliards d’années par rapport à nous et nous accompagne toujours.

.

Depuis Einstein, nous savons que si nous nous déplaçons dans l’espace, nous nous déplaçons également dans le temps et que le temps et l’espace n’ont de sens que par rapport à un observateur situé dans cet espace-temps

 

Nous ne pouvons déduire qu’à partir des données vérifiées que nous connaissons ou expérimentons, le reste n’est que vérités révélées, non prouvées. 

 

La science évolue et prospecte, des concepts s’établissent.  Les vérités d’hier sont souvent des erreurs aujourd’hui.  La connaissance humaine progresse lentement, par à-coups.  Les moyens techniques actuels sont fantastiques et le seront toujours davantage. 

 

{22} L’ignorance recule devant la connaissance.  L’intelligence de l’humanité devrait lui permettre, sauf accident, de réaliser des bonds prodigieux dans le savoir.  Cependant, l’intelligence humaine sera-t-elle  capable de tout expliquer ?

 

La grande question reste de savoir si cette intelligence est de nature fondamentale,  l’apanage d’un Dieu doué de la connaissance suprême qui en disposerait selon ses desseins, qui serait hors et indépendante de notre phénomène évolutif, hors cycle du carbone.

 

Ou bien sommes-nous tout simplement une faculté dominante sélectivement développée par les humains ?

 

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Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre

 

 Partie 5 : Les Grands Initiés.

 

Monsieur Toulemonde « penseur en formation » poursuit son étude en abordant  le sujet bien délicat et tant controversé d’un élément  « fondamental » à la motivation d’exister : Avons-nous une raison supérieure d’exister ?  Faut-il trouver un sens à notre existence ?

 

Sommes-nous autre chose qu’une cellule évoluée ?

 

Il est indispensable dans le contexte du milieu occidental chrétien dans lequel nous évoluons d’écouter en premier lieu :

 

 

 

LA VOIX DES GRANDS INITIES

 

Ils étaient grands, ils étaient forts,

Les femelles offraient leur corps.

Ils étaient les maîtres du feu,

Ils éloignaient le fauve hargneux.

 

Ils étaient chefs, ils étaient beaux,

Les femelles autour en flambeaux

Les autres à leurs pieds les craignaient,

Et couchés,  ces autres attendaient.

 

Ils étaient guides, ils étaient science

Les autres en foule les suivaient

Ils apportaient la connaissance

Les autres en masse les vénéraient.

 

Ils leur ont donné Dieu

Pour supporter leurs souffrances

Ils leur ont donné Dieu

Pour  combler leurs espérances

 

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{23} Notre univers est-il référentiel, c’est-à-dire que c’est par rapport à des données connues et révélées, « des références », que nous construisons notre réel ?  Par éducation religieuse,  je me pose souvent cette question,… et je cherche la réponse…

 

Ce serait par rapport à des références qui nous sont, ou nous ont été édictées et transmises que nous concevons et structurons l’espace dans lequel nous évoluons

 

Toutes nos connaissances seraient relatives à ces références qui seraient une manière d’appréhender l’ensemble des connaissances universelles à peine effleurées par nous, les humains. 

 

Ces connaissances seraient transmises par des « initiés » qui seraient doués de capacités de perception particulières : ce sont ceux qu’on nommera grands initiés, c’est-à-dire : Bouddha, Jésus, Mahomet, Confucius, Lao-Tseu, Moïse,  etc. … 

 

Cette théorie ferait la part belle aux créations artistiques, littéraires et musicales, ainsi qu’aux écrits révélés qu’ils soient bibliques, coraniques, bouddhiques ou autres qui feraient partie du savoir suprême que des « Initiés » pourraient transmettre.

 

{24} Dans cette hypothèse, nous devrions admettre avec beaucoup d’humilité que notre monde intelligent n’est qu’une infime partie de ce tout de la connaissance, essentiellement structurée statique, éternelle et infinie.

 

L’être supérieur existerait en tant que tel, soit en tant que celui qu’on a appelé Dieu, au-dessus de tout, maître de tout.  Il existerait en tant qu’infini dans lequel nous trouvons une place évolutive et en ce qui nous concerne dépendant de l’espace-temps,… à moins qu’un autre espace ne nous soit réservé après notre mort physique, dans lequel nous serait accordé le bonheur suprême que nous recherchons…

 

Cet autre espace n’aurait ni passé, ni présent, ni futur.  Il serait hors du temps.  Il n’aurait pas d’espace non plus : nous l’occuperions totalement. Nous rejoindrions Dieu dans la « béatitude de son éternité « statique ».

 

Dans ma tentative de recherche fondamentale de ma raison d’exister, je me pose la question de savoir le pourquoi de ce qui est.  « Etre ou ne pas être, là est la question » disait Hamlet, un crâne dans les mains.  Nous pourrions compléter et préciser :  être un être intelligent inspiré ou non, là est la question !

 

C’est la pensée, le raisonnement, étayés par la connaissance qui donnent un sens à notre monde, mais jusqu’à preuve du contraire à notre monde terrestre seul. Nos religions nous poussent à croire que nous sommes le centre de l’univers et qu’il n’existe que pour nous : c’est ce qu’on appelle de l’anthropocentrisme.

 

Dans ce cul-de-sac de mes pensées, je me suis retranché derrière la seule théorie que ma logique voulait bien admettre : L’univers (ou l’univers-total) obéit à une seule loi qui est d’ailleurs celle de tous ses composants bien définie par Einstein  (E=mc²).   L’univers c’est avant tout de l’énergie en perpétuel mouvement.

 

Quand je place mon crayon sur sa pointe, je pose un acte de début – donc de création de temps – mais en même temps, c’est un acte de début d’espace – du point partent des droites infinies développées dans des plan géométriques et volumétriques dont je suis le centre.   Ces actes posés supposent une origine et une volonté de créer cette origine (en l’occurrence, c’est moi qui ai décidé de placer mon crayon sur sa pointe). 

 

{25} Pour les religions, c’est l’être supérieur qui est à l’origine de l’espace-temps.  Dans la genèse des croyants « du livre » Dieu ou Allah n’a pas de début ni de fin, il est « éternel » : il existe dans son temps éternel et occupe tout l’espace. (Dieu est partout disait-on dans mon enfance.)

 

On peut aussi avancer l’hypothèse d’un Grand Concepteur qui tournerait en boucle.  (comme en informatique)

 

Notre système évolutif résulterait de l’action d’un Grands Concepteur qui en  quelque sorte tournerait en boucle éternellement, canevas des événements possibles.

 

Notre système proviendrait d’une sortie de boucle décidée par Le Grand Concepteur.

 

En cybernétique, la boucle est une suite de relations de cause à effet telle que le dernier effet réagisse sur la première cause et en informatique, la boucle peut être infinie,  la sortie de boucle créant l’événement (celui que le programme provoque).  

 

Si j’ai choisi cet exemple, c’est que, bien qu’imparfait, il est une bonne représentation de ce que je veux expliquer :  la boucle, dans mon exemple, est une droite qui ne fuit pas infiniment de part et d’autre d’un point donné, mais qui est infinie dans son recommencement puisqu’elle tourne en cercle. 

 

De plus, chaque boucle, aussi petite soit-elle, étant formée de points (en informatique de bits) qui peuvent avoir valeur d’origine, de chacun d’eux peuvent partir des droites et des volumes infinis (en informatique déclenchent, lorsqu’on le sollicite en interrompant la boucle, un programme qui permet d’atteindre le résultat recherché).  Comme en informatique la sortie de boucle créerait l’événement de l’espace-temps avec l’accident très aléatoire et momentané de la vie et de l’intelligence sur un déchet refroidi (notre terre) provenant d’une petite étoile : le soleil.

 

La boucle est infinie dans son recommencement dans l’attente d’un événement, peut être accidentel.

 

Cet événement est-il voulu par un Grand Concepteur ?

 

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Ma prospection m’a mené loin dans l’aventure, mais me pousse au cœur du problème à la lumière des connaissances actuelles tellement nombreuses et éparses qu’il est difficile de les rassembler dans un tri qui se veut rationnel et que je me suis efforcé de réunir pour tenter de cerner le « fondamental »

 

 

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{26} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre

 

Partie 6 : Le Fondamental

 

 

MELODIE DU FONDAMENTAL.

 

Équation des matières

Dans la donne du temps.

Équilibre des forces

Dans l’harmonie des souffles.

 

Confidence de l’espace

Dans des chants d’infini.

Les dieux sont au secret

Dans l’alcôve du néant.

 

L’inéquation du réel absolu

Est la vérité de notre monde

L’inéquation des forces

Est la vérité du temps.

 

Aberration de l’univers,

Inconfort de l’impuissance :

Tout semble illusion

Que sommes-nous vraiment ?

 

°°°°°°°°

 

{27} En complément de la fin du vers, il est  intéressant de donner ici l’énoncé du cybernéticien  Heinz von Foerster (1911-2002) quant au mécanisme de notre perception : En réalité ce que l’on croit être là, n’est véritablement pas là °Tiré de J.Guitton, I&G.Bogdanov – Dieu et la science – p.179/180° :

 

« Notre faculté de voir dépend de la rétine qui absorbe la lumière du monde extérieur, puis transmet des signaux au cerveau.  Ce même schéma s’applique d’ailleurs à toutes nos perceptions sensorielles. La rétine ne perçoit pas la couleur, elle est  aveugle à la qualité de la stimulation et n’est sensible qu’à sa quantité. Cela ne devrait  pas constituer une surprise, ajoute Von Foerster, car en fait il n’y a ni lumière ni couleur en soi : il y a seulement des ondes électromagnétiques.  De  même, il n’y a ni sons ni musique : seulement des variations momentanées de la pression de l’air sur nos tympans.  Il n’y a pas de chaud, pas de froid : seulement des molécules en mouvement avec plus ou moins d’énergie cinétique, et ainsi de suite. »

 

On peut vraiment dire : « illusion, tout n’est qu’illusion,  dans le sens que son apparence n’est pas sa réalité physique.

 

C’est ce qui me pousse, à ce stade de mon cheminement dans l’inexplicable, à vouloir dépasser cet entendement.  Je voudrais  transcender la matière qui m’a organisé et qui m’a fait en me munissant d’un cerveau qui raisonne, qui pense, qui déduit, qui cherche, qui veut comprendre….  J’aimerais croire à cette « pensée », et la trouver hors de cette matière faite d’énergie qui a fabriqué mon intelligence. .. j’aimerais m’échapper de cette prison de "l’espace-temps" pour trouver « l’Esprit » s’il existe et entrer en relation avec lui.  Mais je sais que c’est impossible même si les grands croyants prétendent le faire : ils restent prisonnier de leur condition humaine et d’un cerveau qui fonctionne avec les seules références qui proviennent des croyances de leur milieu.  

 

Si je me mets à raisonner, à penser, il m’est difficile de le faire d'une manière autre que dans un contexte de durée... Si je construis un raisonnement, il devra débuter et ensuite se poursuivre dans un contexte de temps. De même les hypothèses ne pourront être bâties que dans un contexte de situation dans l’espace.  Si nous définissons  le temps, nous ne pouvons le construire que dans l'espace.

 

Et on ne peut que les associer en «espace-temps » avec un début.  Aussi petit soit-il, l'espace a débuté et avec lui le temps. Si l’espace a débuté, il a créé un mouvement de durée, c’est-à-dire de temps.  L’espace et le temps sont progressifs : ils débutent et en principe finissent.

 

{28} Mais alors, éternelle question : qu’y avait-il avant ?  La seule réponse  valable : rien !  Notre entendement humain devra se rendre à l’évidence.   Rien ou le néant absolu n’existe pas, si ce n’est dans notre vocabulaire….

 

Nous devrons dès lors admettre que quelque chose d’inexprimable existe qui occupe tout l’espace et tout le temps, que nous devons accepter sans comprendre parce qu’il ne répond à aucune de nos lois.  C’est vraisemblablement par anthropomorphisme que nous en avons fait un Dieu ou des dieux, soumis à certaines de nos lois spatio-temporelles. 

 

Bien qu’une hypothèse soit permise : celle d’un univers total de connaissance totale, absolument statique. Ce serait, en quelque sorte, le Dieu de la genèse. Mais alors le temps n’existerait pas et ne pourrait exister sauf si Dieu le créait. Mais si Dieu crée quelque chose, il « invente » le temps. Pourquoi le ferait-il s’il est l’univers total de la connaissance totale et infinie ?

 

D’autre part,  si Dieu est la plénitude totale, que vient faire l’homme dans cet état ? Comment justifier que « Dieu a besoin des hommes » ?  Théoriquement la situation de Dieu ne nécessite rien, pas plus l’homme et son intelligence, puisque Dieu est total et surtout qu’ « Il » n’a pas à être accompli : c’est un raisonnement de « créature » qui suppose que le « créateur » a besoin de lui.

 

Pourquoi  « inventer » l’homme dans le temps et sa misérable intelligence ?   Pourquoi lui imposer un parcours qui dépend de sa « chance » et si peu de son mérite et de ses responsabilités ?  Pour de toute façon se retrouver dans cet espace total, cet absolu de tout que seul notre cerveau de mammifère intelligent a imaginé avec son mécanisme de pensée.

 

La plupart des scientifiques nous affirment que notre monde est né d’une aberration physique :  il y a autant de matière que d’antimatière,  l’une annihilant l’autre ; le « Big Bang » serait la résultante d’un déséquilibre inexplicable :

 

il ne serait resté qu’un peu de matière (ne fût-ce qu’une particule d’énergie) pour lancer « notre » univers et « notre » espace-temps…. 

 

{29} Ceux qui croient à une intervention « divine » pourraient la situer alors.  Comment comprendre cependant cette soudaine « exception divine » de l’utilisation de l’espace et du temps ?  « Les desseins de Dieu sont impénétrables » seule réponse insatisfaisante des croyants !

 

Quelles qu’en soient les raisons, qu’était-elle cette fameuse microseconde ou parcelle de temps, ou cet accident de l’équilibre des forces ?  Cette théorie a-t-elle encore des défenseurs avec les nouvelles avancées dans le domaine ?  (Voir à ce sujet, la conclusion de la partie 1 – E = mc²)

 

Une autre hypothèse : l’univers total serait en perpétuel mouvement.  Il serait donc logique qu’après le Big bang, il y ait le Big crunch (c’est-à-dire l’effondrement total et l’annihilation, l’accident de la particule inexplicablement subsistante se reproduisant immanquablement dans un temps infini).  Dans l’infini, ce qui se produit se renouvellerait indéfiniment…  Le temps ne serait-il qu’un rouage d’un mécanisme universel ?

 

Cette théorie du « Big Crunch » est maintenant mise à mal  par la plupart des scientifiques qui lui préfèrent celle des «super- cordes »  qui présenterait le grand avantage de rendre compatible la théorie de la relativité d’Einstein valable aux grandes dimensions et celle des lois de la mécanique quantique pour les petites dimensions. °d’après Guy Duplat – La Libre 2/12/2005 qui conseille aussi de se référer au livre de Brian Greene (voir références dans les notes de la partie 1)°

 

L’espace serait constitué d’innombrables « branes » qui peupleraient l’univers.   Le nôtre d’univers, aussi immense soit-il, serait collé sur un de ces « branes ».  Le big-bang viendrait d’une collision entre deux « branes » provoquant une explosion d’une ampleur inouïe créant notre univers en un temps infiniment court. (A titre d’exemple si l’univers avait eu la taille de notre ADN au départ, il aurait atteint celle de la voie lactée en un milliardième de milliardième de seconde)  °ibidem°

 

Les cordes (10-33 cm.) se sont étirées d’un bout à l’autre de l’espace de notre univers pour l’occuper tout entier.  °ibidem°

 

Les particules élémentaires seraient nées des vibrations de cordes microscopiques. On parle aussi de sept dimensions (recroquevillées, invisibles) qui s’ajouteraient aux quatre connues (longueur, largeur, hauteur, temps). °ibidem°

 

{30} Avec les satellites, libérés de la stratosphère qui les rendent moins performants, on possède maintenant des données précises sur les premiers instants de l’univers en analysant la lumière que l’espace envoie aux instruments (des outils utilisant des radio-éléments venant en complément des appareils optiques).  Il semblerait que 95 % de la masse de notre univers nous soit caché dans de mystérieuses matières et énergies noires dont le vide quantique.  °ibidem°

 

Le Big-Bang n’est plus le début de tout, mais se serait produit en « bourgeon » d’un univers-total ;  ce n’est plus qu’un phénomène accidentel qui s’est produit dans le mécanisme général.  (ce qui ne fait qu’augmenter notre insignifiance).  Il nous faudrait utiliser un autre œil que le nôtre (ou un autre organe) par le truchement d’un instrument à inventer, pour « voir » ce qui s’y passe.  °ibidem°

 

Quant à la vie, comme elle n’est possible que dans un univers à trois dimensions d’espace permettant d’engendrer une physique et une chimie stables, un autre univers que le nôtre ne pourrait la porter.  °ibidem°

 

 

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Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre 

 

Partie 7  : Illusion et Intelligence.

 

A propos de l’illusion, rappelons l’énoncé du  cybernéticien Heinz von Foerster  (1911-2002) cité dans la partie 4 de mon exposé :

 

« Notre faculté de voir dépend de la rétine qui absorbe la lumière du monde extérieur, puis transmet des signaux au cerveau.  Ce même schéma s’applique d’ailleurs à toutes nos perceptions sensorielles. La rétine ne perçoit pas la couleur, elle est  aveugle à la qualité de la stimulation et n’est sensible qu’à sa quantité. Cela ne devrait  pas constituer une surprise, ajoute Von Foerster, car en fait il n’y a ni lumière ni couleur en soi : il y a seulement des ondes électromagnétiques.  De  même, il n’y a ni sons ni musique : seulement des variations momentanées de la pression de l’air sur nos tympans.  Il n’y a pas de chaud, pas de froid : seulement des molécules en mouvement avec plus ou moins d’énergie cinétique, et ainsi de suite. »

 

{31}  En réalité ce que l’on croit être là, n’est véritablement pas là

°Tiré de J.Guitton, I&G.Bogdanov – Dieu et la science – p.179/180° 

 

 

MELODIE DE L’ILLUSION.

 

Le réel est en conflit

Dans son duel de l’espace

Avec celui de son lit

Qui lui cédera sa place.

 

Le réel épris de temps

S’est bercé d’émotion

A la faveur du printemps

Qui portait son action.

 

Le réel n’est pas fidèle,

C’est l’amant aux fleurs fanées

Recueilli devant la stèle

Des passions délaissées.

 

Le réel se joue de nous,

Car il nous promet le ciel

Quand nous sommes à genoux,

Attendant son arc-en-ciel.

 

Le réel c’est l’illusion

Qui nous trompe depuis toujours

Quand on fait miroiter l’amour,

En fruit de nos évasions.

 

Le réel c’est l’illusion

Des âmes tronquées d’espoir

Qui épient dans un miroir

Leur ferveur en éclosion.

 

°°°°°°°°

 

{32} Qu'est-ce qu'une illusion ?

 

L'interprétation erronée d'une donnée sensorielle. (Larousse) ; erreur qui semble se jouer de nos sens, les tromper. (Littré) ; erreur de perception causée par une fausse apparence (Robert) ; perception erronée due à une apparence trompeuse (Hachette).

 

Nos sens nous permettent de percevoir toutes les données de notre environnement.

 

Le crayon que je tiens dans ma main et que j’ai posé sur sa pointe existe parce que mes doigts par le toucher en perçoive la forme et le volume et que mes yeux transmettent à mon cerveau son image et en décodant la longueur d’onde exprimée en nanomètres (milliardième partie du mètres) véhiculant l’énergie particulière d’une couleur, me permet de distinguer la nuance voulue par son fabricant .

 

En effet, c’est depuis 1920 qu’on sait que la lumière est une particule qu’on a appelée photon et que la différence entre les couleurs provient de la quantité d’énergie que celui-ci véhicule.

 

Cette énergie s’exprime par une onde dont la longueur peut se mesurer en nanomètres (la milliardième partie du mètre).  Ainsi, au haut de l’échelle, le rouge mesure 700 nanomètres et le bleu au bas de l’échelle 480.

 

Nos yeux, par l’apprentissage qui augmente les fonctions cérébrales surtout pendant les vingt à vingt-cinq premières années de la vie, sont capables de distinguer  une dizaine de millions de nuances…( sic !)

 

Cette faculté est un des avantages de l’homme civilisé qui a développé au maximum les nuances grâce à ses progrès dans la chimie des couleurs et dans le domaine des spectrographes - appareil servant à étudier la décomposition (spectre) d’un rayonnement.

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Mais revenons-en à mon crayon, sa fonction consiste à servir d'intermédiaire par le tracé de l’écriture entre ma pensée et un support papier qui va la recevoir.

 

{33} L'écriture est conventionnellement formée de signes imaginés par l'être humain pour traduire son langage et garder ou capter sa pensée.

 

Mon entité indépendante va créer des «textes» qui seront éventuellement transmis et qui peut-être persisteront dans le temps.

 

L’essai que j’écris, quant à lui, fait appel à des concepts immatériels de pensée qui sont purement cérébraux puisqu’ils proviennent de supputations personnelles, elle-même inspirées de notes ou connaissances antérieures.

 

Cependant sa pérennité est subordonnée à la durée d’une part de son support matériel (le papier) ou peut-être d’une volonté de divulgation plus large par reproduction (journal, revues, livres, supports magnétiques, la toile d’Internet etc.)

 

Si je me suis permis cette analyse d’un acte de création de « pensées » individuelles, c’est pour mieux remonter aux sources d’une évolution qui a amené « l’homo sapiens » à créer un savoir écrit et transmis ou conservés dans les archives, les bibliothèques et maintenant sur « la toile ».

 

Ces références éparses, mais de plus en plus accessibles permettent  d’alimenter les « nouveaux découvreurs », surtout maintenant que l’accès, le stockage et le triage en sont facilités par des outils performant à la portée des spécialistes et même d’à peu prés tout le monde.

 

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Maintenant, avec réalisme, considérons ce que nous sommes et nos moyens d’exprimer l’intelligence.

 

Nous sommes un produit du cycle du carbone et rien d’autre. Nous sommes le résultat d’un processus commencé il  y a quelques millions d’années.

 

Une roche de 70 kilos a exactement le même nombre de particules qu’un homme du même poids, leur différence provient uniquement de la manière dont leurs particules sont agencées.

 

La roche est le résultat d’une évolution primaire, alors que nous sommes l’aboutissement d’un long processus biologique aux branches multiples.

 

{34} Nos 70 kilos de particules bien agencées font de nous un être bénéficiant d’une certaine indépendance, capable seul ou collectivement de créer, d’inventer, de découvrir mais surtout de maîtriser son environnement planétaire actuellement, mais peut-être de plus en plus spatial dans le futur.

 

Ces  70 kilos de particules réalisent ces performances grâce à une intelligence contenue dans environ 1500 grammes de matière cérébrale avec l’assistance essentielle de moyens visuels, auditifs, sensitifs, tactiles, moteurs, énergétiques et autres dont est dotée l’entité humaine.

 

On pourrait supposer que cette intelligence résultant de l’aventure humaine se trouve en puissance dans chaque particule de l’univers, rejoignant en cela Teilhard de Chardin.

 

Des manifestations intelligentes peuvent donc se produire partout dans l’univers.

 

Cependant, elles ne sont sans doute pas structurées comme nous, d’où l’impossibilité de communiquer.  La complexité des combinaisons qui font ce que nous sommes, laisse peu de place à l’hypothèse d’une répétition de cet « accident ».

 

Avec beaucoup d’humilité, je m’alignerai aussi sur les conclusions du prix Nobel de médecine Christian de Duve quand il pense que nous ne sommes qu’une des innombrables possibilités de manifestations intelligentes qui existent dans l’univers (mais qui ne se réalisent qu’exceptionnellement), ces manifestations intelligentes étant toujours l’aboutissement d’un processus évolutif étroit qui mène à la vie et peut-être à l’intelligence. 

 

Peut-on concevoir une présence intelligente en dehors de l’espace-temps ?  Cette présence intelligente, forcément statique, a-t-elle sa raison d’être ?  Nos connaissances et les questions que nous nous posons, résultent de processus de réflexion inconcevables en dehors du temps et même de l’espace.

 

Si on admet l’existence d’un Dieu suprême, on le situe à l’origine de tout, voire la raison de tout : l’intelligence supérieure.  Il a la connaissance suprême. 

 

La connaissance suprême de quoi ?  La connaissance de ce que nous ignorons en dehors de l’espace-temps, à condition de découvrir tout ce qui s’y trouve.

 

{35} Les philosophes religieux prétendront qu’il s’agit d’un état subtil qui apporte à l’être « pensée » la plénitude de la connaissance et que cet état « privilégié» nous reviendrait après notre existence temporelle,  nous replaçant dans l’espace-temps puisque ce bonheur éternel devrait être personnel, individuel, débutant depuis notre naissance et se perpétuant après notre existence terrestre. 

 

L’univers est comme un cœur qui bat avec ses flux et reflux.  Acceptons l’insignifiance de notre petite centaine d’années de vie en regard des milliards d’années que dure l’univers que nous connaissons et qui est lui-même insignifiant, par rapport à l’infini.  C’est en méditant cette évidence que nous nous mettons à douter de sa vraisemblance !  Est-ce aussi un réflexe anthropocentrique ?

 

Notre intelligence n’est que référentielle, c’est important de le souligner! 

 

Notre type d’existence est basé sur un mécanisme de sélection par élimination des moins adaptés et des plus faibles. L’espace (terrestre) étant limité, toute prolifération doit être soit  contenue par un prédateur local, soit exporté dans les limites terrestres ou éventuellement, pourquoi pas, extra terrestres pour les  humains.  

 

Comment et quand survient ce prédateur, par quelle mutation ? 

 

Ainsi que nous l’avons évoqué plus avant, par prolifération, une espèce sature à un moment donné un espace limité, d’où élimination des plus faibles, les plus forts résistent, s’adaptent et continuent à se multiplier jusqu’à nouvelle saturation. 

 

Une mutation lente et progressive se produit : l’herbivore digère d’abord la charogne en temps de sécheresse pour devenir ensuite carnassier.  Par mutation et  avec la patience du temps, il deviendra un carnivore performant.

 

La fonction crée l’organe, disait Lamarck et le milieu modifie le patrimoine génétique.  Ces mutations peuvent prendre des centaines de milliers d’années, voire des millions d’années. Il faut dire, également, que les mutations importantes sont le résultat « d’accidents » rares mais aux conséquences fondamentales (la plante mutant vers l’herbivore et celui-ci vers le carnivore par passage obligé ou non dans le milieu marin).

 

{36} Ces mutations longues, impitoyables et cruelles aboutissent à des nouveaux êtres vivants adaptés aux problèmes spécifiques de surpopulation. Il est à remarquer que ces phénomènes d’adaptation sont d’abord locaux, en vase clos, puis se répandent, à la faveur d’événements climatiques, sismiques, océaniques ou autres. 

 

C’est ainsi qu’aux transformateurs de sels minéraux, de photons et d’énergie qu’étaient les premiers unicellulaires, ont succédé les transformateurs de ceux-ci jusqu’à une algue ou un végétal marin qui a dissocié l’oxygène de l’eau et ensuite ceux qui lui ont succédé jusqu’aux transformateurs de planctons et de végétaux que sont les poissons non piscivores suivis de leurs propres prédateurs et enfin les herbivores terrestres, eux-mêmes consommés et assimilés en bout de chaîne par les carnivores.

 

 

Cantate de l’illusoire

(Notre part de rêves)

 

Illusion,… illusion

Tout n’est-il qu’illusion ?

Temps et espace

Quelle est votre place ?

 

Les dieux du hasard

Ont jetés les dés,

Les dés des avatars

D’un monde organisé.

 

Cogito ergo sum

Je pense, donc je suis.

Mais aussi :

Je pense parce que je suis.

Et puis

Être ou ne pas être,

Là est la question.

 

Obsédantes mélopées

Aux frontières du réel ;

Primauté de l’être

Dans l’infini de l’existant.

 

Angoisse de l’esprit

Qui se sait seul,

Qui cherche des dieux,

Qu’il ne voit plus

Qui cherche des raisons,

De se trouver là,

Qui cherche son âme

Et qui ne trouve que fiel

Alors qu’il cherche le ciel.

 

°°°°°°°

 

{37} Au lecteur qui me suit encore, je vais me hasarder maintenant à lui livrer mes cogitations (mot un tantinet péjoratif qui me rappelle cependant le « cogito ergo sum » de Descartes)  :

 

Le mot réel désigne ce qui existe vraiment par rapport à l'irréel qui lui serait illusoire parce qu’il appartient à l’inexplicable, provenant de l’illusion qui découle de l’amalgame de deux mondes incompatibles.

 

Notre réel est constitué des événements qui nous font prendre conscience de notre existence.  Poser un crayon sur sa pointe est un acte humain qui a deux sens :  celui qui résulte de l’acte physique et l’autre, intentionnel, qui déclenche une réflexion, en me situant dans l’espace et dans le temps.

 

Cette démarche fait démarrer un processus de pensée raisonnée provoqué par une recherche intellectuelle sur le sens de l’existence de l’être intelligent que nous sommes devenus. 

 

Serait-ce une péripétie des êtres vivants comme le fut celle des dinosaures ?  La pérennité de notre espèce est certes aussi fragile et aléatoire. 

 

A ce propos, il est intéressant de parler ici de ce que j’appelle les « GRANDS  SI » :

 

Tiré de Gordon Kane - Super-symétrie – Les lois ultimes de la nature dévoilées – page 232.  

 

Ce scientifique prudent et sérieux ne manque pas de faire état de ce qu’il appelle les arguments anthropiques minimaux dans son dernier chapitre intitulé « Pouvons-nous vraiment comprendre l’origine de l’univers et les lois qui le régissent ? ».  Les arguments non minimaux sont avancés par ceux qui prétendent que l’univers a été conçu par un créateur pour l’émergence de l’homme penseur  intelligent.

 

{38} Il me semble utile de reproduire « in extenso » ce qu’il écrit à ce sujet :

 

« Les dinosaures nous donnent une bonne raison de ne pas prendre au sérieux les arguments anthropiques non minimaux qui impliquent que tout dans la nature fut conçu pour la vie humaine. La Terre était un endroit idéal pour eux ; leur espèce fut dominante pendant près de cent cinquante millions d’années, soit presque trois fois plus longtemps que les mammifères et cent fois plus que l’espèce humaine.  Sans le hasard d’un astéroïde tombé voilà soixante millions d’années, peut-être leur espèce régnerait-elle encore sur la surface de la Terre.  Tout argument censé débrouiller les mystères de l’univers devrait s’appliquer aussi bien à l’univers d’il y a cent millions d’années qu’à celui d’aujourd’hui.  Si l’univers a été conçu exclusivement pour l’Homme, c’est que quelqu’un a dû se tromper.  En effet, pourquoi ne pas imaginer que l’espèce humaine soit anéantie du jour au lendemain par une collision avec un astéroïde ou même par l’expulsion de la Terre hors du système solaire, du fait de l’attraction gravitationnelle d’une étoile ou d’une planète de passage. ».

 

D’autre part, je reprendrai dans son intégralité les commentaires tellement autorisés et exhaustifs du Professeur de Duve, prix Nobel, tirés de son livre « A l’écoute du vivant » (page 215) :

                               

«  On sait depuis longtemps par les restes fossiles qu’une catastrophe planétaire a dû se produire il y a environ 65 millions d’années, provoquant l’extinction des dinosaures et de nombreuses autres espèces vivantes.  En 1978, deux physiciens américains, Luis Alvarez et son fils Walter, trouvèrent des indices dont ils déduisirent que la chute d’un gros astéroïde était le phénomène responsable de ce cataclysme.  Cette hypothèse a depuis été amplement confirmée et le point d’impact a même été localisé, en un endroit dénommé aujourd’hui Chicxulub dans la péninsule de Yucatan, au Mexique.  Ce cas est fréquemment cité comme exemplaire de la portée considérable des effets que des circonstances environnementales fortuites peuvent exercer sur l’évolution biologique.  N’était un énorme boulet tombé du ciel, les dinosaures en seraient peut-être toujours à parcourir la terre, les mammifères mèneraient une existence précaire à l’ombre des grands reptiles et nous ne serions pas là pour le constater. »

 

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{39} Qu’est-ce que notre réel ?   Il n’a de sens que parce qu’il est situé dans l’espace et dans le temps.  Hors de ce contexte-là, il n’existe pas.  Nous devons en tenir compte dans une réflexion plus poussée dans laquelle nous ignorerions le réel :  il n’existerait pas hors de l’espace-temps. On pourrait en déduire logiquement que le réel est alors illusoire dans ce contexte général.

 

Partant de ce postulat, nous pourrions avancer que notre évolution dans le contexte espace-temps a deux dimensions :  une dimension fixe et immuable qui serait  fondamentale et réelle (exister) et une dimension évolutive qui serait du domaine de « l’illusoire » dans l’absolu parce que nous appartiendrions à un mécanisme de « forces » qui régit tout l’univers (ou un univers-bourgeon dans l’hypothèse d’un univers-total – voir in fine partie 1 ).

 

Cette théorie donne à l'espace-temps une dimension différente de celle que notre intelligence conçoit et perçoit parce que cette dimension est située dans un contexte d’espace qui n’a rien à voir avec le nôtre.

 

Il est donc souhaitable qu'on fasse l'effort intellectuel de s’en débarrasser, et de tenter la restructuration des données que l'on va traiter non plus dans leur contexte habituel mais dans un contexte ex-anthropique et hors espace-temps.

 

L'hypothèse la plus valable est que l'infini n'existe pas dans l’absolu.  Si nous supposons qu'il existe, c'est parce que nous nous trouvons dans ce contexte de limite et d'origine, ce qui nous amène à penser qu'en dehors de lui, on ne peut trouver que l'infini soumis lui aussi à l’espace et au temps, alors que c’est impossible. Einstein l’avait bien compris lui qui inventa le concept d’espace-temps.

 

Probablement qu'il s'agit là d’anthropomorphisme, d’une erreur de l’homme confiné dans son univers étroit.  Nous devons donc nous écarter de ces notions d'infini pour nous en tenir aux éléments de notre environnement que nous allons tenter d’approfondir.

 

Si nous cherchons le sens de l’existence, nous ne pourrons le faire qu’en utilisant l’outil de base qu’est la pensée, elle-même étant l'expression des phénomènes suscités par ce que nous appelons l'intelligence.

 

{40} Ceci étant dit, nous sommes forcés de nous interroger sur cette faculté qui nous singularise des autres êtres vivants : le développement de l’intelligence suscitant la pensée, laquelle se prolonge dans la cohérence et la déduction pour s’épanouir dans les  créations cérébrales de l’invention et de l’imagination.

 

Afin d’en arriver à une conclusion, je crois nécessaire de procéder à une étude systématique du matériel dont nous disposons et de son fonctionnement, tout en laissant au lecteur le soin de disserter sur  la logique de son développement.

 

Je vais m’efforcer d’évoquer ce matériel en mélodies qui se succéderont dans une structure progressive en abordant les sujets suivants :

 

1. La pensée est l’aboutissement du travail cérébral de l’animal intelligent qu’est devenu l’être humain.

 

2. La cohérence (rapport logique entre des idées) est la charpente d’une réflexion intelligemment élaborée par cet être humain et la déduction en découle et lui est concomitante.

 

3. La création cérébrale  en est le produit. 

 

Elle-même exaltée par 4. le sublime qui résulte de l’élévation de la pensée construite en dehors du matériel.

 

L’ensemble de ces démarches provoquant 5. l'évolution exponentielle, résultant des actions posées dans l’infini futur de l’évolution exponentielle.

 

En guise de 6. conclusion, je me permettrai de disserter sur le sens de la pensée humaine : est-elle un mécanisme dû au développement cérébral ou est-elle le support d’un message à décrypter ?

 

 

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{41} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre.


Partie 8 : La Pensée.

 

 

MELODIE DE LA PENSEE.

 

Rogue est le cri des mâles

Dans les herbes des savanes,

Long est leur chant de traque

Leur appel au gibier.

 

Un  grognement glauque

 de ventres repus

Se mêle aux voix rauques

Des chants de grâce

Aux dieux de la chasse 

 

La parole leur est venue

Pour moduler les sons.

La parole leur est venue

En si belle chanson.

 

Le mot s’est aligné

Dans son besoin de superbe

Le mot s’est aligné

Pour  la grande gloire du verbe.

 

 Du ciel, la pensée est venue

Donner au cœur ses vagues azurs.

Le rêve s’est envolé aux  nues

Pour murmurer à l’âme

Ses secrets de mélodie pure.

 

°°°°°°°°°

 

{42} Définir la pensée n’est pas chose facile… !

 

Jusqu’à preuve du contraire, nous pouvons tout au plus affirmer qu’il s’agit d’une faculté propre à l’être humain, les autres êtres vivants n’en étant  pas ou à peine pourvus.  Cette faculté n’est pour eux qu’accessoire alors que chez l’homme elle est essentielle et indispensable.

 

Si nous remontons à l’australopithèque, nous retrouverons vraisemblablement l’origine d’un processus  qui a amené l’espèce humaine à développer une qualité qui lui a permis de survivre. 

 

Rappelons encore cette implacable sélection qui l’a placée devant des choix de survie successifs.  Les forêts tropicales étaient son milieu naturel.  Des bouleversements climatiques, en Afrique vraisemblablement (fracture du Rift Valley, entre autres) a placé ses descendants devant des choix de survie qui par adaptation et mutation les ont transformés en bipèdes d’abord et omnivores ensuite (principalement carnassiers-charognards).

 

Dans un processus de  sélection, la tribu d’une trentaine d’individus a réussi, là où le solitaire ou le grand troupeau ont échoué.  Contrairement aux herbivores, nos ancêtres étaient de piètres coureurs, comme les gazelles et autres antilopes et n’étaient pas protégés par un cuir de pachyderme.

 

L’extrême vulnérabilité de cet être frêle et sans défense l’a forcé à développer une faculté en puissance chez tout être vivant : l’intelligence.   Acculé, ce qui fut sa faiblesse devint sa force.  L’intelligence se développa dans le plus misérable et le plus inadapté des quadrupèdes et le sauva ; mais combien a-t-il fallu de déviations stériles pour aboutir à ce que nous sommes ?

 

Quand nous considérons n’importe quel survivant actuel de cette « implacable sélection », nous constatons que l’homme est celui qui s’est le mieux adapté en améliorant son intelligence naissante.  Les autres survivants ont développé d’autres qualités spécifiques suffisantes pour survivre mais pas pour régner en maître, dominant ou éliminant les autres espèces, contrôlant et modifiant la planète.

 

Cette « implacable sélection » au bénéfice des facultés intelligentes, jouera aussi entre les humains par prédominance des races intellectuelles au détriment des autres qui seront asservies et dépendantes (les sous-développés de nos jours).

 

{43} Pour mieux sensibiliser celui qui me suit, je reviens avec beaucoup d’émotion sur cette passionnante aventure des humanoïdes :

 

A la lumière des connaissances actuelles sur nos origines, nous savons que les descendants ou cousins de l’australopithèque se sont trouvés atrocement démunis et terriblement vulnérables lors du grand chambardement climatique de refroidissement qui s’est produit dont, entre autres, celui résultant de l’effondrement géologique du Rift Valley africain, il y a, parait-il,  sept millions d’années. 

 

Le biotope général s’est profondément modifié.  Aux forêts luxuriantes dans lesquelles se prélassaient nos ancêtres arboricoles, ont succédé des savanes aux herbes hautes avec quelques arbres qui ont péniblement résisté à ce brutal changement.

 

Notre ancêtre commun remonterait même à neuf millions d’années suivant le Professeur Yves Coppens, théorie qu’il vient de revoir avec le paléoanthropologue Pascal Picq pour celle, dite buissonnante :  de nombreuses branches d’ancêtres parties dans tous les sens, évoluant indépendamment les unes des autres, la plus connue de ces branches stériles étant celle de l’homme de Neandertal.  Il serait donc vain de rechercher un chemin dans ce labyrinthe.

 

Quoi qu’il en soit, la dure loi de la sélection et la chance des survivants se sont employées à imposer un tri implacable à ce fouillis, éliminant tous ceux qui ne s’adaptaient pas, tout en favorisant les autres. 

 

Les singes et autres frugivores et herbivores étaient une proie facile pour les carnivores qui se sont multipliés pour ensuite disparaître, faute de cette nourriture facile.  Seuls ont résisté les « grands singes » cousins du chimpanzé qui se sont adaptés à de nouveaux biotopes.

 

Déjà quand ils vivaient dans les immenses forêts telles qu’il en existe encore dans les régions tropicales ou équatoriales, ils se servaient de leurs mains plus adroites pour attraper leur nourriture et pour tenir la branche à laquelle ils se pendaient. Mains et bras se sont allongés et leur queue a disparu.

 

Dans la savane « les nouveaux primates » vécurent un long calvaire d’adaptation : leur nourriture se modifia ; de frugivores-insectivores, ils devinrent charognards.  On peut supposer que c’est ce qui les força à adopter La position debout qui leur permettait de garder dans les bras, en s’enfuyant, les morceaux qu’ils chapardaient aux grands carnassiers qu’ils surveillaient en tendant le cou au-dessus des hautes herbes des savanes.

 

{44} Que ce soit pour cette raison ou pour une autre, cette modification de la position qui fut certainement longue et difficile et la nourriture carnée apportant l’avantage d’une digestion plus rapide et une plus grande activité, fut un grand pas vers l’intelligence. 

 

La sélection favorisa ceux qui en se groupant privilégièrent la chasse par traque des proies jeunes, faibles ou malades qui procurait une alimentation moins dépendante  et plus sûre (Il ne fallait pas la disputer aux autres prédateurs).

 

Les « grands singes » n’étaient pas adaptés à la chasse : pas de crocs acérés, pas de griffes, pas de vitesse à la course…  Cet handicap fut compensé par la ruse et la solidarité, d’où émergence de l’intelligence et de l’associativité. 

 

Celui que l’on a appelé l’homo sapiens-sapiens est finalement sorti de toutes ces tentatives d’adaptation et de survie qui est la caractéristique de l’évolution des espèces. 

 

L’homo a perfectionné le seul outil que sa condition misérable lui avait laissé : l’intelligence 

 

Grâce à elle, non seulement il a conquis sa place parmi les espèces survivantes, mais les a progressivement dominées, domestiquées et transformées, contrôlées et même exterminées.  Maître de la nature, avec laquelle il joue dangereusement, il s’en prend maintenant à la matière qu’il manipule audacieusement avec tous les risques d’endommager son propre biotope.

 

L’intelligence est le support de la pensée.  L’intelligence est une faculté propre à l’être humain.  Larousse la définit ainsi : Ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle.  Quant au Petit Robert : faculté de connaître, de comprendre. La pensée est le fruit ou la production de l’intelligence.

 

On peut prétendre qu’il y a deux types de pensée : la pensée concrète et la pensée abstraite.

 

{45} La pensée concrète serait celle qui permet de réaliser, de mettre au point, de créer des choses concrètes qui donneront aux hommes  la possibilité d’augmenter leur pouvoir sur la vie et la matière. 

 

La pensée abstraite serait l’apanage des écrivains littéraires, des penseurs et  philosophes, des  poètes, artistes.  Elle fait appel à l’imagination,  aux jeux de l’esprit sans résultat matériel concret immédiat.

 

L’homme s’est découvert cette faculté dans les cavernes quand il s’est mis à graver ou tracer le récit de ses chasses sans doute dans un but incantatoire d’appel à des forces surnaturelles pour lui.  Il a ainsi pris conscience d’événements inexplicables pour son entendement et de l’existence possible de puissances occultes qu’il a placées dans un « au-delà ».  Il a divinisé ces forces et leur a attribué des pouvoirs : c’est ainsi qu’est née la pensée religieuse.

 

Dés qu’un individu émet une pensée abstraite, produit de ses fonctions mentales, il crée un concept nouveau qui portera en lui des possibilités de développement infinies.

 

La grande question est de savoir si cette création intelligente sert à autre chose qu’éventuellement demeurer dans la mémoire des hommes. 

 

Cette pensée produit d’une intelligence développée n’est-elle que l’aboutissement des performances d’un cerveau développé ou est-elle de nature « divine », l’intelligence étant l’apanage d’un être supérieur ce qui donne un sens religieux à  l’existence :  l’être supérieur étant l’auteur et le maître de l’existence et de la connaissance. 

 

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{46} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre

 

Partie 9 : Nous ou la matière intelligente

 

 

SYMPHONIE DE LA MATIÈRE INTELLIGENTE.

 

 

La forge des dieux brûle des soleils,

L’univers n’est plus qu’éclatants brasiers,

Vulcain s’éveille de son long sommeil

Il entend les braises chanter l’acier.

 

Les feux du ciel sont allumés,

Pour les astres qui sont en transe

Dans un sabbat de condamnés

Qu’ils attirent en folle danse.

 

Les étoiles accouchent des mondes

Qui tournent autour en sarabande

En se couvrant de mers et d’onde,

Venant du ciel pour une offrande.

 

L’âme des eaux s’est engrossée

De chaleur, de vie et de ciel,

La lagune fut entourée

De mers, de terre pour un autel.

 

 

°°°°°°°

 

L'acte que j’ai posé en plaçant mon crayon sur sa pointe et en écrivant les quelques lignes qui précèdent est la résultante de toute une évolution complexe que nous, les hommes, connaissons de mieux en mieux et qui démontre que l'intelligence qui nous permet de penser, de raisonner, de déduire, de créer, d’imaginer, est un privilège découlant de l'évolution de notre espèce.

 

Ce niveau d’intelligence n’est atteint par aucune autre espèce connue.   Celles-ci évoluent collectivement grâce à une mémoire génétique incroyablement développée chez certains et que nous avons quant à nous apparemment perdue parce qu’inutile.

 

{47} Il y a peu, les scientifiques faisaient remonter notre lignée à environ 500.000 ans, à l'australopithèque d’Afars en Ethiopie.  Avant ce groupe, il y avait un vide de plusieurs centaines de milliers d'années sans chaînons valables pour retrouver, aux dires de ces spécialistes, peut-être un cousin du lémurien.

 

Des découvertes récentes permettent de combler ce vide, grâce à la théorie de l’évolution « buissonnante » chère aux chercheurs Pascal Picq et Yves Coppens.  De nombreuses branches se seraient développées et auraient évolué dans tous les sens, d’une manière anarchique, apportant ainsi beaucoup d’eau au moulin des partisans des théories de Jacques Monod et Ilya Prigogine sur le hasard et la nécessité avec la différence que pour l’un (J.Monod) le choix est aléatoire et pour l’autre (I.Prigogine) restreint, c’est-à-dire réduit à un choix entre diverses possibilités (sources : encyclopédia universalis).

 

Ce qui est certain, c'est que notre force est venue de notre faiblesse :  c'est l'être le plus fragile, le plus vulnérable, le moins adapté qui a évolué pour devenir le maître de la planète, en attendant, peut-être, son émigration dans l'espace, vers d'autres lieux que son génie pourrait rendre vivables.  Cette éventualité semble pourtant peu probable, la fragilité de son organisme le rendant dépendant d’un appareillage compliqué difficile à maintenir d’une manière permanente dans un milieu autre que terrestre.       

 

Il est incontestable que notre espèce humaine découvre de plus en plus le mécanisme de son monde et devient capable d'adapter la matière, de la soumettre, de la modeler en fonction des besoins de son évolution.  Ce mouvement est exponentiel parce que chaque pas en avant permet l’explosion en cascades de découvertes nouvelles.

 

Avec des moyens techniques de plus en plus perfectionnés, nous cherchons à dominer notre pire ennemi, le hasard, en limitant les accidents qui furent les périlleux avatars du passé.  Notre ingéniosité nous apporte le progrès matériel en nous affranchissant et nous libérant en grande partie des contraintes du hasard, tout en payant le prix d’un mode de vie plus solidaire et plus collectif.

 

Notre type de biotope est en pleine mutation suite à l’industrialisation : pollution, épuisement des matières premières, amincissement de la couche d’ozone, cultures intensives, mutations génétiques etc.

 

{48} Nous devrons donc tôt ou tard nous adapter aux circonstances, comme l'ont fait avant nous tant d'espèces vivantes.

 

On peut supposer, entre autres hypothèses, que nous aurons les moyens et l'ingéniosité de créer des sortes de  mégalopoles  artificielles, les hommes y vivant en autarcie totale, fabriquant air, eau, nourriture, matériaux, énergie, s'ingéniant à rendre la vie dans ces nouveaux biotopes très confortable et sécurisante, tout y étant conçu pour l'épanouissement physique, moral et intellectuel de ses habitants. 

 

D'aucuns regretteront la poésie de la nature et ses attraits bucoliques, mais exigeront un minimum de confort.  N’oublions cependant pas que ce luxe de l’espace vital dans la nature, en bénéficiant du confort et de la sécurité, est réservé à certains privilégiés de notre monde dit civilisé, les autres étant déjà confinés dans des sortes de « mégalopoles » créées, elles, anarchiquement.

 

L’écologie est un luxe qui correspond à un rêve d’occidental repu, cependant nécessaire pour freiner la destruction de notre biotope et nous adapter progressivement aux conséquences de l’emballement de la démographie qui va nous contraindre à  une  vie de plus en plus collective et de plus en plus solidaire pour aborder les défis du futur qu’il est difficile d’imaginer autrement que dans un environnement de plus en plus artificiel, notre planète atteignant son point de saturation humaine.

 

Mieux même, ces habitants des mégalopoles futures ne concevront pas que nous ayons pu vivre autrement dans ce passé qui est notre présent, comme nous ne  voudrions pas connaître l'inconfort de nos grands-parents (pas de TV, pas de voiture, pas de vacances, une nourriture frugale peu variée, des vêtements et du mobilier inconfortables, pas de chauffage central, etc.) et nous ne voudrions certainement pas de  la vie de ceux qui nous ont précédés tout au long des temps jusqu'à nos plus lointaines origines.

 

Il est donc préférable de ne porter aucun jugement sur une vie future qui sera de toute manière totalement différente de la nôtre.  Pas plus que nos ancêtres n'ont pu imaginer ce que nous sommes devenus.

 

Nous ne pouvons donc penser ce futur qu'en fonction des problèmes probables qui vont se poser à notre descendance.

 

{49} Nous devons donc bien admettre que l'homme de plus en plus maître des techniques sera admirablement outillé pour se créer un monde artificiel où il sera tout aussi heureux ou tout aussi malheureux que nous et pas plus que nous, ne regrettant aucunement une vie antérieure qu'il trouvera inconfortable, comme nous trouvons difficile, voire impossible, l’existence de nos prédécesseurs.

 

Cette première hypothèse posée nous amène à une autre qui en découle nécessairement.  L'homme habitué à vivre dans sa mégalopole indépendante après s'être libéré de l'asservissement à sa biosphère terrienne et de sa dépendance solaire sera «tenté» d'émigrer vers d'autres planètes pour les rendre  habitables, si c’est possible.  On peut peut-être imaginer que dans un futur lointain on pourra créer des mégalopoles artificielles se déplaçant dans l’espace, mais là on entre dans le domaine fantaisiste de la pure fiction.

 

Poussé par la nécessité d’améliorer ses conditions de vie ou de fuir des milieux hostiles et avec l’aide du temps, nos ancêtres se sont déplacés avec des moyens primitifs. Les émigrants du futur, avec la persévérance du temps, ne réaliseront-ils pas un voyage plus inimaginable si l’on admet les hypothèses de certains anthropologues, que ceux qui quittant l'Afrique ont de génération en génération avec de faibles moyens, accompli cette longue transhumance qui a probablement duré des dizaines de milliers d’années pour les amener en Amérique du sud, là où s’est développée la civilisation inca, après avoir remonté toute l'Asie par la Chine de l'Est presque jusqu'au pôle ou par l’Europe jusqu’au Groenland pour redescendre ensuite au travers du continent américain jusqu’à son sud austral.

 

°°°°°°°

 

Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre

 

 Partie 10  : Darwin. 

 

Dans la partie précédente, nous avons abordé ce « long  calvaire des êtres vivants » pour en arriver à ces quelques descendants de « l’homo sapiens »  bénéficiant des avantages des «privilégiés» de civilisations avancées que nous sommes.

 

{50} Nous avons disserté sur « la pensée ».  Comment s’est-elle laborieusement développée chez l’homme pour aboutir aux prouesses intellectuelles des grands penseurs, découvreurs et autres génies du genre humain ?

 

.Une fois de plus, nous nous sommes interrogés sur l’origine de ce processus de construction intellectuelle :  est-elle d’origine divine , « l’Être Supérieur » que révèle toutes les religions ou tout simplement une faculté dominante développée par l’être humain ?

 

Nous avons célébré le 12 février 2009 la date anniversaire de la naissance, il y a deux cents ans, du génial Darwin.  A cette occasion, le monde intellectuel s’interrogera sur la portée de ses découvertes qui ont apporté une réponse scientifique indiscutable quant aux origines de la vie sur notre planète.

 

Darwin vécut dans un environnement scientifique privilégié :  père médecin intelligent et grand père naturaliste.  D’abord croyant, bien que d’un milieu en majorité non conformiste (père, grand-père et frère libre-penseur) il ne doutait pas de la vérité littérale de la Bible et commencera la théologie anglicane à Cambridge.

 

Cependant, ce furent les observations retirées de son célèbre voyage de cinq ans sur le « Beagle », parti pour cartographier la côte d’Amérique du sud, qui révolutionnèrent ses conceptions philosophiques.

 

Ce voyage lui permit d’étudier les fossiles et la faune de ces régions, notamment ceux des grands tatous (diminution de la taille de l’espèce, première hypothèse évolutionniste).  Ensuite en 1835, aux îles Galapagos, il constatera que plusieurs espèces présentaient des différences importantes suivant leur lieu d’habitat comme la forme du bec des pinsons adaptée à la nourriture suivant le type de graine trouvé, plus tendre ou plus dure.

 

Revenu au pays en 1836, Darwin devint une célébrité scientifique grâce surtout à son père qui rassembla les fonds lui permettant de devenir un homme de science indépendant.  Pendant cette période précédant la publication de son célèbre ouvrage « Origine des espèces », il rassembla une abondante documentation et des arguments scientifiquement probants étayant sa thèse, bouleversant celles des créationnistes majoritaires à l’époque.

 

{51}  Les milieux religieux s’élevant avec vigueur contre ses théories, il subira avec courage leurs sarcasmes et les caricatures de la presse qui le présentaient sous la forme d’un singe. Il était cependant soutenu par les milieux scientifiques.  Tolérant, il laissera à sa propre épouse, anglicane très croyante,  la liberté de ses choix philosophiques. 

 

Darwin exposera dans l’introduction de son fameux livre « Origine des espèces », publié le 22 novembre 1859 une longue argumentation défendant sa théorie de l’évolution.  Prudent, étant donné le « tollé » que sa théorie suscitait dans les milieux croyants,  il évita d’utiliser le mot « évolution » dans son texte de présentation qu’il rédigea habilement comme suit :

 

« Comme il naît beaucoup plus d'individus de chaque espèce qu'il n'en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s'ensuit que tout être, s'il varie, même légèrement, d'une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d'une façon naturelle. En raison du principe dominant de l'hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée. »

 

A titre documentaire, voici quelques exemples d’indices morphologiques de parenté entre les espèces (extrait de Wikipédia - évolution) :

 

- Les baleines, animaux adaptés à la vie aquatique gardent une trace de leurs ancêtres quadrupèdes par la présence d'os vestigials correspondant au bassin(ceinture pelvienne) ;

- Il y a des vestiges de pattes chez certains serpents (boas);

- En observant l'aile d'un oiseau ou d'une chauve-souris, on retrouve aisément la structure osseuse du membre antérieur de tout tétrapode ;

- les défenses à croissance continue des éléphants sont en fait homologues des incisives des autres mammifères, dont l'homme ;

- les appendices masticateurs des arthropodes sont à l'origine des appendices locomoteurs réduits (il en va de même apparemment pour les Onychophores) ;

-  les membres des tétrapodes proviennent des nageoires de poissons ;

- dans le monde végétal, la présence d'une double membrane autour des plastes et la présence d'un ADN circulaire à l'intérieur de ceux ci trahissent une origine endosymbiotique procaryote.

 

{52} Il est intéressant aussi de reproduire un exemple d’évolution à l’échelle du temps humain que des scientifiques ont permis de réaliser : le lézard Podarcis sicula. (extrait de Wikipédia - évolution)

 

Introduit en 1971 par l'équipe du professeur Eviatar Nevo sur l'île dalmate de Prod Mrcaru en mer  Adriatique, le lézard Podarcis sicula connu en France sous le nom de « lézard des ruines », y a été abandonné à lui-même durant près de quatre décennies, l'accès à l'île ayant été interdit par les autorités yougoslaves, puis par les conflits liés à l'éclatement de ce pays. En 2004, une équipe scientifique dirigée par Duncan Irschick et Anthony Herrel put revenir sur l'île et découvrit que Podarcis sicula avait évolué en 36 ans, soit environ trente générations, de façon très significative. Le lézard a grandi, sa mâchoire est devenue plus puissante, et surtout il a changé de régime alimentaire : d'insectivore il est devenu herbivore, et des valves sécales sont apparues au niveau des intestins, ce qui lui permet de digérer les herbes... Cette découverte confirme, s'il en était encore besoin, que l'évolution n'est pas une théorie parmi d'autres, mais un phénomène biologique concrètement observable, et pas seulement chez les virus, les bactéries ou les espèces domestiquées.

 

Voir aussi sur la toile : TPE : la théorie de l’évolution, synthèse intelligemment construite par des élèves d’un établissement de Bordeaux, donnant une vue radiographique, spectaculaire et convaincante, de la ressemblance d’un membre antérieur de mammifères aussi différents que ne le sont l’humain, le chat, la baleine (membre inutilisé) ou la chauve-souris.

 

D’autre part, ces mêmes auteurs signalent que Darwin a choisi d’invoquer la sélection artificielle pour illustrer la puissance de la sélection en tant que force évolutive, c’est-à-dire l’élevage par les Humains. Au fil des générations, les Humains ont modifié certaines espèces en sélectionnant des géniteurs ayant  les caractères souhaités. Les plantes et les animaux dont nous nous servons pour nous nourrir n’ont que très peu de ressemblances avec leurs ancêtres sauvages. Les animaux de compagnie montrent particulièrement bien les effets de la sélection naturelle, en effet ceux-ci ayant été élevés pour des raisons plus proches de la fantaisie que de l’utilité. (Darwin lui-même consacra la première partie d’un grand livre – deux volumes publiés – non terminé, cette première partie étant consacrée à « La variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication »)

 

{53} S’avançant plus loin dans ses conclusions, il développa des idées selon lesquelles chez l’homme l’esprit et les cultures ont été élaborés  par la sélection naturelle et sexuelle

 

Aujourd’hui, le darwinisme est admis par toute la communauté scientifique, même si certains détails de la sélection naturelle font encore l’objet de débats. Depuis Darwin, les découvertes en biologie moléculaire ou embryologie ont totalement corroboré les intuitions géniales de Darwin. °Guy Duplat – Libre Belgique du 27/28 décembre 2008°

 

Il y a trente ans, Jacques Monod, en écrivant  « Le hasard et la nécessité » expliquait par les dernières découvertes de la biologie moléculaire l’évolution des espèces et le rôle du hasard dans leurs transformations. °ibidem°

 

Suivant le mot de Laplace, la science n’avait pas besoin de l’hypothèse de Dieu pour expliquer la variété du vivant, y compris l’homme.  °ibidem°

 

Presque chaque jour, on peut voir une des preuves du darwinisme dans la manière avec laquelle les virus et les microbes mutant au hasard, s’adaptent pour mieux résister aux antibiotiques. °ibidem° (surtout dans les hôpitaux).

 

Teilhard de Chardin dont on ne peut douter de la foi chrétienne profonde disait à propos de la théorie de l’évolution qu’elle n’est pas un système  ou une hypothèse mais elle est  « bien plus que cela, une condition générale à la quelle doivent se plier et satisfaire désormais, pour être pensables et vrais, toutes les théories, toutes les hypothèses, tous les systèmes » (rapporté par Guy Duplat de La Libre Belgique tiré d’un entretien avec Jacques Reisse professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles et membre de l’Académie Royale de Belgique).

 

On ne peut s’empêcher de noter l’embarras des scientifiques chrétiens et notamment de Bernard Feltz, biologiste, docteur en philosophie et doyen de la faculté de philosophie à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve qui lors d’un entretien avec Guy Duplat de la Libre Belgique plaidait  que

 « l’athéisme méthodologique de la démarche scientifique est parfaitement compatible avec une position théiste éventuelle sur le plan des significations. On peut être scientifique et croyant pour peu qu’on respecte la frontière entre le registre du savoir et celui des significations. »

 

Pour le « Modeste Tout-le-monde » que je suis, qui ne s’embarrasse pas de ces subtilités « jésuitiques », les évidences multiples dont je n’ai fait qu’évoquer certains aspects, me suffisent pour affirmer  un athéisme de conviction, tout en acceptant et défendant une position relatives aux significations prônée par la morale chrétienne.

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{54} Nous avons vu que « l’être humain », péniblement de génération en génération, a amélioré son intelligence jusqu’à atteindre les performances de ses cerveaux les plus brillants.

 

L’intelligence a franchi des étapes longues et ardues avant de se développer et de parvenir à des niveaux insoupçonnés surtout depuis que les découvreurs n’agissent plus seuls et sont en permanence en contact les uns avec les autres par tous les moyens de transmission dont Internet et la toile.

 

Il est vraisemblable qu’un phénomène de mutation (vraisemblablement accidentel par la voie du hasard) a eu lieu, il y a peut-être plusieurs centaines de milliers d’années, apportant à l’homme en puissance la possibilité de développer son cerveau.

 

Cet accident aussi aléatoire que ne le fut la vie a donné à l’être humain existant actuellement sur notre planète, le potentiel cérébral nécessaire pour atteindre, en tous cas dans sa descendances, les plus hautes performances cérébrales.

 

Le Boshiman est un chasseur-ceuilleur qui est quasiment resté au stade primitif des premiers humanoïdes.  Transféré dans un milieu jouissant de la culture d’une civilisation avancée, il développera tôt ou tard par nécessité le potentiel d’intelligence, non utilisé dans son environnement antérieur.

 

Cette faculté semble tellement inhérente à notre entité humaine, que nous en oublions le « lent et accidentel processus d’évolution » qui a amené certains humains à développer l’outil précieux de l’intelligence dont les limites sont incommensurables.

 

Dans la partie qui suit, j’ai tenu à marquer un  temps d’arrêt pour mieux souligner cette importante faculté de cohérence et de déduction que tout homme cultivé utilise instinctivement d’une manière performante dès qu’il se trouve face à un problème quelconque, sans réaliser la prouesse cérébrale qu’il accomplit.

 

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{55} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre.

 

Partie 11 : Cohérence et déduction.

 

HARMONIE DE LA COHERENCE ET DE LA DEDUCTION.

 

Des brumes lourdes noyant ta pensée

Surgissent les timides lucioles

De tes premiers chants et de tes paroles

Que tu lançais le soir, à la veillée.

 

A la gloire des dieux que tu implores,

Tu créeras des tracés bénéfiques

Pour te garder du prédit maléfique

Qui annonçait ton destin et ta mort.

 

Tes refrains se sont alanguis au cœur

Des poètes pour bien chanter l’amour.

Ta raison, chaleureuse douce sœur

Des âmes tristes, s’est bercée de jour.

 

Du grand livre des mondes infinis

Une page de temps s’est échappée

En gémissant sa triste mélopée

D’invocations pour cœurs démunis.

 

Lancinant murmure de la logique,

Lente incantation mathématique,

Ballet des formes et projections,

Refrain de signes et des relations.

 

°°°°°°°°°

 

La cohérence est par définition le rapport logique entre des idées.  Il ne suffit donc pas que l’intelligence émette des idées, crée des concepts,  il faut encore que ceux-ci provoquent un développement logique. D’où l’importance de la cohérence dans une construction qui se veut progressive.

 

{56} Pour être cohérente, une pensée doit être le résultat d’un processus résultant de la connaissance.  Cette connaissance comporte un apprentissage antérieur aboutissant au langage, transmis ensuite par l’écriture. 

 

De rudimentaire, celui-ci devient très élaboré afin d’exprimer des nuances qui permettront de pousser au plus loin une faculté qui s’est particulièrement développée chez l’être intellectuel : le raisonnement.

 

Le raisonnement doit être bien structuré pour être cohérent.  Il s’agit d’un mécanisme mis en place par l’éducation, l’instruction et l’expérience.  L’être humain a généralement besoin d’une petite vingtaine d’années pour maîtriser valablement cette faculté.

 

La déduction est une fonction de l’intelligence.  La déduction déclenche le raisonnement et le raisonnement déclenche la déduction.  Le raisonnement est un processus complexe de l’intelligence qui cherche à construire par la pensée la solution à un problème posé.

 

Comment la déduction et le raisonnement se sont-ils développés dans le cerveau humain ?  On peut affirmer que les plantes ne raisonnent pas et  les animaux non plus. Ils posent cependant des actes et se comportent comme des êtres intelligents.

 

On pourrait dire qu’ils déduisent mécaniquement comme un ordinateur programmé : ils n’inventent pas individuellement comme l’homme. S’ils le font, c’est par accident fortuit qui peut s’inscrire dans leur mémoire génétique et celle de leurs descendants et avec la patience du temps être à la base d’une modification de comportement ou préparer une mutation.

 

Certains animaux placés dans des contextes particuliers ont des comportements intelligents.  Les animaux domestiques, surtout ceux qui vivent en symbiose avec l’être humain, comme le cheval, le chien et le chat ont des comportements dit intelligents : ils arrivent à déduire, à prendre des options « intelligentes » ou « embryonnairement  intelligentes ».  Tout observateur attentif du comportement des animaux domestiques a pu vérifier par lui-même ce phénomène.

 

{57} Que penser de tout cela ?  Nous nous permettrons de développer une théorie en portant notre réflexion sur le long processus de développement du cerveau humain vers l’intelligence qui nous amènera à conclure que l’intelligence est un aboutissement logique du phénomène évolutif de l’ « homo sapiens » placé dans son contexte environnemental. 

 

Elle est en puissance dans la matière comme la cellule, l’atome, les quarks et l’énergie, comme est présente également la vie.  Mais ce n’est pas parce qu’elle est en puissance qu’immanquablement elle se manifestera car l’éclosion de l’intelligence est soumise à  des conditions aussi ténues que celles qui ont présidé à l’éclosion de la vie. 

 

Comment l’être humain est-il devenu intelligent ?  Essayons de remonter aux sources de ce long processus.  Cela a dû commencer quand le premier primate (ou son ancêtre) s’est servi de ses pattes avant pour cueillir un fruit au lieu de le ramasser ou de l’attraper avec la gueule. 

 

Ses descendants ont perfectionné le système en développant leurs doigts pour en faire des outils préhensiles, et puis de mutation en mutation sont devenus d’agiles escaladeurs  de grands arbres.  Ils ont développé de grands et longs bras, des mains et des doigts puissants et habiles :  ils se préparaient  à devenir les ancêtres des humains. 

 

Rappelons nos propos précédents : les grands changements climatiques dus à la fracture du Rift Valley, la désertification des forêts sahariennes et autres misères dont furent gratifiés nos ancêtres arboricoles ont complètement modifié leur biotope :  les arbres sont devenus rares et la savane s’est développée,  les laissant à la merci des grands fauves. (Voir plus loin théorie contestée)

 

Modification aussi des habitudes alimentaires : de frugivores ils deviennent  carnivores, disons plutôt charognards car ils furent d’abord incapables de chasser et de tuer.  Les malheureux  se contentaient des restes abandonnés par les fauves, du moins dans un premier temps ;   par la suite, les plus évolués se sont groupés en bandes d’un certain nombre d’individus, pas plus de vingt à trente pour être efficace.  Ces groupes ont commencé à chasser les animaux blessés ou les jeunes d’abord  et puis ceux qu’ils attrapaient par ruse et par traque. 

 

{58} C’est donc ce groupe de misérables qui s’est trouvé séparé de son milieu  normal qui deviendra  l’ancêtre probable du  maître absolu de sa planète parce que les circonstances l’ont poussé à l’adaptation pour survivre. 

 

L’ancêtre de l’homme a probablement adopté la position debout parce qu’il avait besoin de ses membres avant pour transporter les morceaux qu’il dérobait aux charognards, mieux outillés  (crocs ou becs et serres) que lui pour arracher les morceaux aux nombreux concurrents qui lui disputaient les restes.

 

La position debout et l’utilisation des bras fut pour l’être humain le début de son évolution vers l’intelligence.  L’étape suivante fut l’association des individus pour traquer les animaux blessés. Certains auteurs pensent aussi que la position debout met davantage le corps à l’abri des rayons du soleil.

 

Les bras, les mains et les doigts devinrent des auxiliaires précieux que les hommes perfectionnèrent de génération en génération.  Le développement de l’intelligence allait de pair avec l’habileté manuelle.

 

L’être humain était tellement fragile que ce fut vraiment par miracle qu’il put résister à un environnement aussi hostile. Il n’en fallut sans doute que quelques-uns qui se cachèrent et vécurent misérablement, adaptant leur digestion et leur organisme aux nourritures les plus diverses et les plus difficiles.  Ce long calvaire fut la meilleure école de l’homme qui n’avait que sa ruse naissante comme seule arme.

 

Les solitaires, même les plus forts, disparurent vraisemblablement.  Seules les bandes qui s’organisèrent furent mieux armées pour affronter les aléas d’un milieu particulièrement inadapté à leur condition. Difficilement, ces bandes affrontèrent les innombrables dangers qui les environnaient et les guettaient.  Plus que jamais, l’homme utilisait ses deux bras qui devenaient les outils indispensables à sa survie.

 

La première manifestation intelligente de l’homme fut sans doute l’utilisation d’un auxiliaire matériel : d’abord un bout de bois pour prolonger le bras.  Comme dans toutes les évolutions de la vie, tout se passa avec lenteur, patiemment, difficilement.  Le geste fut d’abord accidentel, puis se répandit de groupe en groupe, de génération en génération. 

 

Ces premiers balbutiements de l’intelligence furent sans doute suivis d’autres qui apportèrent à l’homme les moyens de compenser sa vulnérabilité.  Cet animal au corps fragile, sans aucune défense, sans armes ni protections naturelles, vécut un pénible et long parcours, se cachant le jour, dérobant quelques piètres nourritures la nuit.

 

{59} Si je me suis étendu si longuement au risque de lasser,  c’est dans le but intentionnel de marquer et d’insister sur la longue, l’impitoyable et indomptable persévérance du temps grâce à laquelle nous sommes là. 

 

D’autre part, il est important de signaler que la théorie que je viens de développer a été remise en question par la découverte en 2002 de Toumaï à 2500 km. à l’ouest du Rift, dans le désert du Djourab au Tchad.  Cependant, le modèle que je me suis plu à décrire en m’inspirant de la théorie défendue par Yves Coppens jusqu’à la découverte de Toumaî, reste valable quant aux effets de l’isolement de petits groupes et l’apparition de la bipédie.

 

Que mon patient lecteur m’excuse de ces détours et redites,  mais je tenais à souligner l’événement important que fut, pour nous, cette mutation du quadrupède frugivore arboricole au bipède omnivore intelligent que nous sommes devenus.

 

Les survivants de ce long calvaire ne durent leur salut qu’au développement d’une adresse manuelle que leur intelligence naissante rendait toujours plus efficace. 

 

C’est ici qu’il faut introduire l’événement le plus important qui s’est produit sur notre planète après la vie, il y a probablement plusieurs centaines de milliers d’années : l’émergence de l’intelligence raisonnée.

 

Cette faculté fut d’abord cérébrale, pensée en image.  Elle fut ensuite traduite en parole grâce à la précision d’un vocabulaire qui se créa dans les groupes pour transmettre des informations, mais aussi des concepts, primaires d’abord, de plus en plus évolués ensuite.   Ces « trouvailles » transmises entre individus favoriseront le dialogue et la contestation, facteurs du progrès.

 

Il est important aussi de souligner que l’homme est avant tout solidaire.  Si la déduction fut d’abord le fait d’un penseur qui agira seul d’une manière  raisonnée, il transmettra ensuite son savoir à des disciples, des écoles, voire maintenant à l’humanité entière par la voie des publications, les chaires des universités et même vulgarisée par transmission hertzienne ou câblée (radio-télévision-internet) .

 

 

{60} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre 

 

Partie 12  :  Évolution exponentielle

 

Arrivé à ce stade de mon cheminement dans la pensée humaine, je vais m’arrêter quelque peu à la plus performante de nos facultés mais aussi la plus dangereuse pour l’équilibre de notre planète : l’intelligence créatrice.

 

Elle a permis aux humains de mettre en place surtout depuis peu de temps (un petit siècle tout au plus) des avancées technologiques dont les résultats  bouleversent par leur gigantisme exponentiel, un équilibre naturel si péniblement construit sur notre terre pendant des millions d’années.

 

Avant d’aborder ce sujet de la progression dangereuse de notre espèce qui va inévitablement saturer son habitat,  j’aimerais rappeler les étapes d’une évolution due au mécanisme fondamental de la sélection naturelle, nous amenant à subir ce futur périlleux, cependant confortable pour nos descendants (bien que cela reste à voir) .

 

Les paléoanthropologues se perdent en conjectures tellement l’évolution de l’homo est mosaïque, plurielle et buissonnante comme le prétend Pascal Picq sur la couverture de son livre « Au commencement était l’homme ».

 

Aussi, il m’a semblé utile de compléter mon étude par quelques données sur l’histoire de nos lointains ancêtres. °liste résumée d’un tableau des hominidés  tirée de Wikipédia°

 

LISTE DES HOMINIDÉS  se subdivisant en :

 

a)       Représentants du genre Pongo  (pongo pygmaeus)

b)       Représentants du genre Gorilla  (Gorille)

c)       Premiers hominins  dont Toumaï (-7 millions d’années à -4,4 millions d’années )

d)       Panina  (Pan troglodytes et paniscus)

e)       Hominina (4,4 millions à nos jours)

{61} Groupe se subdivisant lui même en :

1. Kenyantropus platyops (-3,5 à -3,8 millions d’années)

2. Australopiphèques graciles dont « Lucy » et « Abel » (-4,2 à –2,6 million d’années) ;

3. Australopithèques robustes  (-2,7 à 1,5 millions d’années)

 

4. La mosaïque de tous les représentants du genre Homo :  (en millions d’années)

Rudolfensis (-2,4 à –1,8) Habilis (-2,4 à –1,6) Géorgicus – premier hors Afrique (-1,8 à –1,2) Ergaster (1,9 à 1) Antecessor (–1,2 à –à  0,700) Erectus, premier debout  (-1 à 0,300) Heidelbergensis (-0,600 à –0,200)  Néanderthalensis (-0,250 à –0,028) Sapiens idaltu (-0,195 à -154) Rhodesiensis (-0,300 à – 0,125) Floresiensis (-0,095 à - -0,012) Soloensis (-0,095 à –0,012) et Homo sapiens (-0,200 à nos jours)

 

A propos des origines communes à l'homme et au singe, Pascal Picq a dit lors d’un entretien à la Radio Française en 2002.

L'homme ne descend pas du singe. On sait que l'évolution n'a pas procédé par grades successifs. Les singes ont évolué en même temps que nous. Ils ne sont pas plus, pas moins évolués que nous. Les chimpanzés et les bonobos sont plus proches de nous que les gorilles. En terme de famille, cela veut dire que ce sont nos frères et que les gorilles sont nos cousins. Nous, les chimpanzés, les bonobos et les hommes, avons un dernier ancêtre commun à partir duquel nous nous sommes séparés en Afrique vers 6 ou 7 millions d'années. Si on fait le bilan de ce que l'on a observé depuis 30 ans chez les chimpanzés, on s'aperçoit que tout ce que l'on avait cru voir se manifester en termes d'adaptation uniquement chez les hommes c'est à dire la bipédie, l'outil, la chasse, le partage de la nourriture, la sexualité, les systèmes sociaux, le rire, la conscience, l'empathie, la sympathie, les chimpanzés le font aussi. Donc, soit ils ont tout acquis indépendamment, soit cela vient du dernier ancêtre commun, ce qui est plus plausible. Cela veut dire que déjà dans le monde des forêts, il y a 6 à 7 millions d'années, toutes ces caractéristiques que l'on a cru propres à l'homme existaient et font partie d'un bagage ancestral commun.  

Tiré du livre de Pascal Picq « Au commencement était l’homme », ed. Odile Jacob – page 232,  au dernier chapitre : L’évolution du genre humain et l’homme moderne

Entre  Homo ergaster et les hommes plus récents, la taille relative du cerveau passe de 900 cm³ à 1200 cm³.  On se dispute pour déterminer si cette tendance est graduelle ou connaît des sauts évolutifs.  Le peu de fossiles entre 1,5 et 0,5 millions d’années ne permet pas de valider l’une ou l’autre de ces hypothèses. … On note aussi l’acquisition de cerveaux relativement plus grands à partir de 500.000 ans, quelles que soit la population humaine. …  C’est vers cette époque que les hommes maîtrisent l’usage du feu.  Or la cuisson des aliments, surtout des végétaux, les rend plus facilement digestes.  L’énergie et les nutriments requis par le cerveau deviennent plus aisément disponibles et favorisent son développement.

 

{62} L’homo sapiens est le « petit dernier » de l’histoire évolutive des « vivants ».  Il est bien moins corpulent et encéphalisé que ses ancêtres Cro-Magnon  A l’état adulte nous ressemblons à des adolescents tardifs de Cro-Magnon. °ibidem p.233°

 

Principales caractéristiques des Hominidae  °Wikipédia – hominidae° 

Le poids des adultes hominidés est généralement compris entre 50 et 250 kg. Ils sont caractérisés par une marche bipède (parfois imparfaite), une musculature robuste, un gros cerveau et une face prognathe. Tous sont d'excellents grimpeurs, à l'exception du gorille adulte, surtout les gros mâles dits « à dos argentés » dont le poids interdit d'escalader les arbres, ainsi que de l'humain. Les enfants gorilles escaladent parfaitement les branches des arbres.

Le régime alimentaire des hominidés est omnivore, principalement frugivore, mais la viande n'est pas absente.

La principale de leurs caractéristiques est leur comportement social très complexe avec des interactions très importantes entre individus du même groupe et une grande expressivité faciale permettant de manifester leurs émotions. Tous sont capables de communiquer de façon efficace et tous sont capables avec une éducation appropriée d'apprendre un langage rudimentaire et de manipuler des concepts abstraits. Les hominidés font également partie des rares animaux à avoir conscience d'eux-mêmes (ils se reconnaissent dans un miroir, contrairement au chat par exemple).

 

Quelques dates importantes de la préhistoire  °Wikipédia – préhistoire°

Paléolithique

Il y a 5 Ma2 : apparition des Australopithèques

Il y a 3 Ma : apparition d’Homo rudolfensis souvent considéré comme le premier représentant du genre humain 7

Il y a 400 000 ans : domestication du feu à Menez-Dregan et Vértesszőlős

Il y a 100 000 ans : premières sépultures au Proche-Orient

Il y a 30 000 ans : en Europe, Homo sapiens est la seule espèce humaine restante après la disparition de l’Homme de Néandertal

Il y a 20 000 ans : peintures de Lascaux.

Néolithique

Vers -10 000 : premiers villages (Çatal Hüyük en Turquie)

Vers -4 500 / -2 000 : mégalithisme (dolmens et menhirs)

Vers 3 300 av. J.-C. : invention de l’écriture en Égypte et Mésopotamie, fin de la Préhistoire.

 

{63} Classification classique de l’Homo habilis  (Wikipédia)

Règne : Animalia ;  Embranchement :  Chordata ;  Sous-embranchement : Vertebrata ;  Classe : Mammalia ;  Ordre : Primates ;  Famille : Hominidae ; Sous-famille : Homininae ; Genre : Homo

 

Extrait du livre de Pascal Picq « Au commencement était l’homme » page 200/201 (édition Odile Jacob) – Des origines perdues entre des fossiles, des outils, des gènes et des langues.

Faire une synthèse entre la paléoanthropologie, la préhistoire, la génétique et la linguistique comparée ne  relève pas de la simplicité.  Les données des différentes disciplines convoquées autour des origines de l’homme soulignent l’importance de l’Afrique.  Pour autant, cela ne signifie pas que des populations et, surtout, que c’est l’espèce Homo sapiens qui s’installe au faîte des espèces en raison d’une quelconque supériorité.  Trop d’anthropologues se laissent égarer par des corrélations fallacieuses qui associent une population d’Homo sapiens avec de nouveaux modes de communication, l’invention d’un véritable langage symbolique, une organisation sociale plus efficace, de nouvelles technologies et l ‘émergence de l’art, autant d’affirmations qui ne sont pas vérifiables ou, quand on dispose de données assez précises, sont réfutées.  C’est le mythe du peuple élu revisité par d’autres mythes modernes comme le mirage du village  mondial porté par l’illusion technologique.  La terre des hommes a toujours été  marquée par la diversité des populations et des cultures.  Ce n’est pas une population d’une espèce qui supplante toutes les autres, mais des populations africaines qui contribuent plus que les autres au génome de notre espèce actuelle.  Il y  a eu remplacement dans certaines parties du monde et mélanges dans d’autres parties. Mais, quelle que soit la population actuelle, aucun ne s’enracine sur une lignée isolée, fiction parfois terrifiante d’une pureté originelle.  Enfin, il est complètement erroné d’affirmer que les populations migrantes sont plus modernes que celles évoluant plus localement.  L’origine de notre espèce remonte à plus de 160.000 ans et son évolution s’inscrit depuis dans une dynamique des populations humaines dont on entrevoit à peine la complexité.

 

{64} Émergence des rites funéraires  

°Données tirées de ibidem pages 156 à 161°

Les plus anciennes tombes connues sont celles des Proto-Cro-Magnon de Qafzeh et de Skhul, datée de 100.000 ans. 

° suivent une énumération de sépultures découvertes  sur différents sites°  Ces cimetières attestent du choix de lieux privilégiés pour enterrer les morts, mais qui pour autant sont aussi des lieux d’habitat.  Ces grottes sont occupées : successivement sur de longues périodes et on ne sait s’il s’agit de nécropoles ou de sanctuaires. Les sépultures individuelles sont également nombreuse. °ibidem°

 

… Les hommes du moustériens enterrent tous leur défunts quel que soit leur âge ou leur sexe.  Les corps sont couchés sur le côté (décubitus latéral) avec les jambes repliées … ° viennent ensuite différentes caractéristiques propres à certaines découvertes :  femme enterrée avec un enfant, ou enfant avec un fœtus … fosses rectangulaires avec éventuellement une litière … massacre d’animaux … présence d’outils, fleurs, humérus d’ours, mandibule de sanglier … °ibidem°

 

  On ne cesse de dire que les Néandertaliens seraient des hommes très archaïques.  On conteste leur aptitude au langage comme on met en doute qu’ils aient eu des sépultures et une symbolique, ou encore de chasser les grands animaux.  °Pascal Picq conteste tout cela en précisant que si on connaît si bien les Néandertaliens c’est parce qu’ils enterraient leurs morts°  … En effet, la plus ancienne sépulture connue  est celle de Qafzeh.  Elle renferme un proto-Cro-Magnon …  D’autre part, si les Néandertaliens ont adopté ce type de comportement, il faut admettre un mode de communication capable de diffuser une part  de sa signification et cela ne peu se faire sans le langage … °ibidem°

 

  Cette attitude culturelle, qui ouvre la voie vers une pensée abstraite et spirituelle, est plus ancienne.  Ses prémices se retrouvent dans la concentration  de squelettes de pré-Néandertaliens de La Sima de Los Huesos d’Atapuerca en Espagne datée de plus de 200.000 ans.  La concentration de plus d’une trentaine d’individus en cet endroit exige une intervention volontaire. Dans l’état actuel de nos connaissances, aucun élément ne permet d’instituer une différence culturelle fondamentale entre les Néerdantaliens et les proto-Cro-Magnon au cours du moustérien. °ibidem°

 

En ce qui concerne la disparition de l’homme du Neandertal, Stéphanie Thiebaut, directeur de recherche au CNRS (La science au présent 2007 -  page 105) précise : « Ainsi parmi les hypothèses concernant la disparition de l’homme du Neandertal et son remplacement par l’homme moderne, celle du changement  climatique est considéré comme plausible.  Ce changement s’effectue, il y a environ 30.000 ans, au moment où l’Europe subit un très fort refroidissement».

 

{65} Il est intéressant aussi de signaler la découverte du site Néandertalien de Caours dans les tufs de la Somme qui met fin au débat entre les tenants d’une thèse qui prétendait que les Néandertaliens étaient inadaptés au climat tempéré océanique et à sa végétation pendant la période interglaciaire de 130.000 à 115.000 avant notre ère, période pendant laquelle on avait perdu sa trace.  A Caours, les tufs dépôts sédimentaires qui se forment pendant les interglaciaires, ont préservé de tels vestiges, sous la forme de cinq niveaux successifs d’occupation, qui fournissent des données uniques sur le comportement de subsistance de l’homme de Neandertal dans un environnement tempéré. (Découvertes d’outils tranchants en silex, ossements de grands herbivores d’un milieu de forêt tempérée où persistent des prairies – os fracturés pour récupéré la moelle – peut-être un site de boucherie ? ) °Tiré de : Le site Néandertalien de Caours (Somme) -  Jean-Luc Locht – La science au Présent 2007 – page 39°

 

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CANTATE DE L’EVOLUTION EXPONENTIELLE.

 

Des yeux avides d’horizons,

Des yeux affamés de ciels,

Des yeux écarquillés de désir,

Du désir de devenir.

 

C’est la rage des hommes,

La rage du savoir,

La rage de l’avoir,

La rage de la plénitude.

 

Et puis l’angoisse des incertitudes,

Celle du passé qui s’enfonce,

Celle de l’avenir qui s’effleure,

Celle du présent qui se meurt.

 

Dans des accords de violoncelle,

Un oiseau de neige s’est envolé

Porteur de  trêve et d’olivier

De vague à l’âme, de fleurs et de ciel.

 

Sur des mains pâles

Un cœur s’est refermé

Avec la vie, avec l’espoir

Avec le chant du bel été.

 

Ce sera l’azur des grandes orgues,

Ce sera la grandeur des passions,

Ce sera la ferveur de l’unisson,

Quand le rêve ne sera plus fiction !

 

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{66} A ce stade de mes considérations, je trouve nécessaire de marquer un temps d’arrêt et de réflexion afin de me pencher sur les conditions actuelles d’existence de l’être humain privilégié qui a la chance de se « trouver du bon côté de la barrière ». 

 

Nous avons atteint un degré incroyable de confort, de sécurité et de jouissance des choses matérielles.  Rien, si ce n’est un cataclysme, ne devrait arrêter cette marche du progrès dans le domaine du confort.

 

Cependant, notre biotope changera nécessairement, se modifiant considérablement, et nul n’est capable d’en prévoir valablement le processus, ni ses conséquences. 

 

Qu’en est-il des variations climatiques pendant notre ère ?

Au cours du premier millénaire de notre ère, s’il apparaît que les IVème et Vème siècle connaissent des périodes de relative stabilité des paysage, il semble que, de la fin du Vème  au VIIème, de nouveaux déréglements biologiques soient responsables de la méconnaissance que nous avons de cette époque

(période d’inondations dévastatrices, précédée par celle la plus chaude des deux millénaires aux environs de 500) – l’Europe connut l’optimum climatique médiéval entre 1000 et 1400 avec de généreuses récoltes (La vigne poussait en Angleterre, en Normandie et en Picardie), mais qui fut suivi du « petit âge glaciaire » qui a duré  jusqu’en 1850. °tiré de «Vers quel réchauffement climatique ?» -  Stéphanie Thibaut – La Science au présent 2007 -  page 106 °

 

{67} En ce qui concerne l’avenir, le même auteur dans le même article écrit : « Si les hypothèses les plus récentes suggèrent que le réchauffement de la planète pourrait avoir pour conséquence paradoxale un refroidissement rapide du climat dans l’hémisphère Nord autour de l’océan Atlantique, à cause de la perturbation des grands courants océaniques et la disparition du Gulf Stream et si les simulations numériques montrent qu’une transition brusque est possible, la date et les conditions de cet événement sont toujours inconnues. »

               

De plus, nous serons confrontés à des problèmes d’environnement difficiles et dangereux tels que ceux que nous connaissons actuellement (couche d’ozone, pollution marine, sida ou autres infections virales, vaches folles, fièvre aphteuse, peste aviaire etc.…) ; d’autres nous attendent sans doute et attendent nos descendants.

 

Cependant, les performances des scientifiques et des techniciens permettent  les plus grands espoirs quant à cet avenir qui est loin d’être compromis, tant l’explosion des découvertes humaines, dont « l’exponentialité » ne fait plus de doute,  se constate de jour en jour.

 

A l’appui de cette affirmation, il n’est pas inutile de rappeler quelques avancées scientifiques ou technologiques spectaculaires récentes  : décodage du génome humain, clonage des cellules vivantes, téléphonie et Internet, reconnaissance vocale et, en informatique, l’augmentation de la rapidité de réponse et de la capacité de mémoire tout en diminuant le volume du matériel utilisé,  etc. … etc.…

 

A ce stade de ma réflexion, je me suis posé la question de savoir quelle attitude l’homme conscient de ses responsabilités devrait prendre pour réussir un futur pourtant aléatoire.

 

Il semble évident que, dans notre contexte de culture occidentale d’origine et d’inspiration chrétienne,  nous devrons encourager toute action élévatrice des valeurs morales d’altruisme.

 

Cependant prôner ce type de philosophie n’est pas facile, tant les avantages immédiats sont difficiles à démontrer, car nous sommes ainsi faits que nous privilégions surtout les actions qui nous apportent un résultat égoïste immédiat et concret.

 

{68} Aussi à ce stade de ma « dissection morale », à la recherche d’une attitude suffisamment alléchante pour être adoptée, je vais m’efforcer d’apporter des arguments suffisamment  réalistes pour celui dont l’idéal n’est pas « monnayé » par la promesse d’un avenir bienheureux dans l’au-delà.

 

Tout homme normalement équilibré, va s’efforcer d’assurer à sa descendance ou à celle de ses proches un futur valable et suffisant.  Cette démarche au bénéfice de l’avenir de son entourage immédiat,  aura pour objet essentiel la constitution d’un environnement confortable et sécurisé (maison, biens meubles, fortune).

 

Cette «courte vue », naturellement égoïste, n’est pas facile à combattre.  Comment, en effet, convaincre quiconque de l’intérêt « supérieur » de chacun, si ce n’est en lui faisant valoir le «devoir intellectuel » de tout être humain vis à vis de sa descendance.

 

Ce «devoir intellectuel » de l’homme est à prôner et encourager de toutes les manières possibles, la meilleure restant le développement de ce que j’appellerai le « sens familial élargi ».

 

Pourquoi « sens familial élargi » ?  Parce qu’il ne doit pas aboutir à la formation du « clan familial » qui est la plus néfaste des dérives de l’individualisme et du grégarisme.  Le clan est la première expression animale du regroupement.  Il  a permis à certaines espèces de survivre et de se développer en formant des meutes, hardes, colonies, troupeaux.

 

Le clan a permis à nos ancêtres des savanes de survivre avec le développement dont nous bénéficions actuellement. Cet instinct grégaire a suscité l’éclosion de groupes organisés en tribus d’abord, états et nations ensuite, avec à leur tête des chefs, guides et leaders.

 

A notre époque de regroupement des états en entités plus continentales (Usa, marché commun européen avec parlement et monnaie et les tentatives de regroupement africain et asiatique…),  il est nécessaire d’adopter une philosophie de progrès allant dans le sens de la mondialisation des esprits.

 

Cette attitude doit prendre le pas sur tout «esprit de clocher » qui ne peut plus être de mise à ce tournant de l’histoire de l’humanité.  C’est donc un devoir de l’être humain actuel d’opter pour toute démarche répondant de la solidarité universelle.

 

{69} Il est donc important de souligner ici ce que nous entendons quand nous parlons de «sens familial élargi »,… élargi à toute l’humanité… si ce n’est peut-être qu’un rêve !

 

Nous entendons par  « sens familial élargi »  toute attitude ou action en faveur du bien-être de l’être humain quel qu’il soit.  Dans la mesure de ses moyens et de sa disponibilité, il est souhaitable que tout homme conscient de ses responsabilités, pose des actes allant dans ce sens.

 

Heureusement, l’époque actuelle voit ses leaders mondiaux œuvrer dans cette optique, depuis la dernière guerre mondiale ;  mais il faut rester vigilant, les vieux démons de l’isolationnisme sont loin d’être morts et gagnent du terrain devant la concurrence de la main-d’œuvre des pays pauvres qui suscite les outrances de l’extrême droite xénophobe.

 

En toutes choses, il faut raison garder, il n’est donc pas sain de tomber dans un militantisme outrancier, prôné par certains « souleveurs » de montagnes , idéalistes fort sympathiques au demeurant, mais très peu réalistes. 

 

La sagesse fera privilégier, dans la vie de tous les jours, les actions individuelles de bon sens et de solidarité,  grandies par une maîtrise de soi communicative et chaleureuse profitable à tout un chacun.

 

Une mise en garde est sans doute nécessaire aussi contre la déviance égocentrique de certains écologistes qui sous prétexte de défendre l’environnement prônent une idéologie « capitaliste » de repli sur soi sans égards pour les moins bien nantis du globe. 

 

L’écologie ne se conçoit  que dans une entente universelle de restriction des moyens développés pour augmenter notre confort, si ceux-ci mettent en péril l’avenir de notre environnement.  Cependant comment faire comprendre aux pays en développement et à nous-même que le confort et le plaisir de la consommation ne seraient plus permis ou devraient être réduits  ? (Un milliard trois cents millions de Chinois et plus d’un milliard d’Indiens se convertissent progressivement et sans restriction à notre système économique et vont mettre en péril la plupart des formules écologiques. )

 

La conclusion de l’octogénaire que je suis qui a vécu son existence dans la période la plus diversifiée et la plus riche de l’histoire quant à ses bouleversements scientifiques et économiques et subi en 40-45, la plus grande catastrophe guerrière de tous les temps, sera de transmettre à ses proches plus jeunes, ses enfants surtout, un message axé sur la tolérance et l’ouverture d’esprit dont la teneur sera la promotion des valeurs fondamentales d’idéal chrétien de fraternité (l’amour des autres) de nos civilisations occidentales qui me semblent le mieux convenir au progrès et à l’avenir heureux de l’humanité.  Ces valeurs altruistes devront impérativement s’aligner sur les conséquences de l’accroissement démentiel des populations sur la surface limitée de notre globe, au détriment d’une qualité de vie matérielle qui devrait régresser, mais qui s’enrichirait de la paix du cœur et des armes dans la solidarité universelle.

 

 

°°°°°°°°°°

 

 

{70} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre 

 

Partie 13.  Le Sublime

 

MELODIE DU SUBLIME.

 

Ô mes âmes,

Elévation de mes entendements.

Ô mes sens affinés,

Projection du tout révélé.

 

Ils sont mes sommets

Et mes neiges éternelles 

 Ils sont mes rêves purs

D’oiseaux bleus de ciel.

 

Ils ont la pâleur

 Des statues de cire.

Ils ont l’éclat écarlate

Des braises de feux de rage.

 

Ils sont le parfum lourd

Des nuits de longs amours.

Ils font les grands ciels

Des amants éternels

 

Ô mes âmes

Penchées sur mes étangs

Ô mes sens affinés,

Que révèlent toujours mes sangs.

 

°°°°°°°°

 

{71} Quelle appellation donner à ce produit de la pensée intelligente qui nous a poussé à cultiver nos instincts primaires pour les élever, en nous donnant les moyens de les exprimer par le discours et de les « éterniser »  par la littérature ?

 

A ce stade enthousiasmant de mes confidences à mon vieux carnet de notes, j’ai cherché quel nom je donnerais à cette mélodie du plus merveilleux, du plus motivant sentiment dont le mécanisme cérébral a doté l’être intelligent supérieur.  

 

En consultant ma panoplie de substantifs dithyrambiques, j’ai trouvé que sublime était celui qui convenait le mieux.  En effet c’est ce qu’il y a de plus grand dans l’échelle des valeurs morales (Hachette) ou ce qu’il y a de grand, d’excellent dans les sentiments, les actions (Littré) ou dont les sentiments ou la conduite atteignent une grande élévation (Larousse)

 

L’intelligence, la faculté de raisonner, de créer, est la fonction performante de l’être humain.  Le cerveau est l’organe qu’il a vraiment développé.  C’est quasiment le seul soutenu par l’habileté manuelle, mais c’est celui qui lui a permis de s’imposer dans son biotope terrien.

 

Le cerveau, organe d’environ un kilogramme et demi chez l’homme, est constitué d’un ensemble de neurones reliés entre eux par une sorte de filament qui sert de connexion avec le tronc cérébral et la moelle épinière.  Cet organe, du rudimentaire au plus évolué, est présent chez tous les êtres vivants pluricellulaires. 

 

La fonction du cerveau est de servir de distributeur ou de collecteur de messages qui sont transmis ou reçus par les divers organes d’un être vivant. Par mutations successives, l’homme a dépassé cette fonction mécanique, comme nous l’avons exposé plus haut, d’abord en perfectionnant ses moyens de communication, (gestes et cris) ensuite en développant le langage usuel qui aboutira lui à la pensée.

 

{72} La pensée permit aux découvreurs de créer et produire un  matériel utilitaire de plus en plus performant, jusqu’à l’explosion exponentielle de ses trouvailles annonciatrices d’un avenir aussi prometteur que dangereux. 

 

Ce véritable phénomène de mutation, déclenché surtout depuis le 20ème siècle, modifie le biotope des êtres vivants et est aussi fondamental que celui qui a contribué à l’anéantissement des grands sauriens ou à la mutation du Rift Valley.

 

Il est essentiel de signaler le développement parallèle de la pensée religieuse dont l’origine remonte aux incantations primitives de nos ancêtres en vue d’apaiser ou de conjurer des forces jugées surnaturelles. Cette première démarche de l’humanoïde fut sans doute à  l’origine de l’abstraction, phénomène intellectuel qui contribua à la mise en place du raisonnement structuré et développé.

 

La philosophie, les mathématiques, la littérature,  la musique, la danse, les arts  sont d’ailleurs autant de manifestations du développement intellectuel de l’homme dans ce processus d’abstraction.

 

Soulignons et mettons en exergue cette fonction de créativité cérébrale qui est devenue le principal moteur de la motivation de l’existence chez les humains évolués. 

 

Notre machine à penser est productrice d’une foule de manifestations neuronales qui se heurtent, s’entrecroisent, se construisent pour aboutir ou échouer dans leur démarche.

 

La grande question restera toujours de savoir si ces manifestations ne sont que l’effet du hasard et de la nécessité (ce qui me semble le plus vraisemblable) ou destinées à servir un intérêt supérieur.

 

Il est difficilement contestable que nous sommes, nous les occidentaux évolués et leurs disciples éparpillés dans le reste du monde (parmi lesquels les occidentalisés des autres continents), les actuels transmetteurs et propagateurs du savoir scientifique des humains, responsables du progrès de ses connaissances et de l’amélioration de son biotope.

 

A ce stade de mes conclusions, je reste bien sûr perplexe, confronté que je suis aux supputations suscitées par mes allégations :  si nous sommes les résultats du hasard et de la nécessité, quelles sont les motivations de l’individu face à l’avenir court et difficile d’une existence humaine dont les bénéfices futurs sont très aléatoires ?

 

{73} La démarche consistant à prôner l’élévation de l’esprit et la défense des valeurs intellectuelles et morales est, de toute évidence, ardue et apparemment  peu motivante et plus du domaine d’un idéal de vertus que d’un raisonnement égoïste à courte vue.

 

Elle devrait cependant assurer à l’individu humain de nos civilisations imprégnées de traditions judéo-chrétiennes les plus grandes satisfactions, les meilleures joies et le plus important réconfort, lui assurant dynamisme, équilibre et profond bonheur.  Il est vrai cependant que le chemin qui y conduit, à cause de l’effort auquel il est subordonné, peut être rebutant.

 

Ces éléments méritent d’être médités, voire approfondis, car ils sont les fondements de l’intelligence, mais avant je me suis autorisé deux réflexions :

 

Première réflexion, dictée par les besoins d’évoquer les différents stades de la capacité de raisonner.  L’espèce humaine, de nos jours, offre un éventail très vaste de ses nombreuses manifestations cérébrales, allant de celles, rudimentaires des Bochimans à celles, super performantes des penseurs des grandes universités. 

 

Aucune commune mesure entre ces deux stades : Le Bochiman est un cueilleur qui vit de fruits et de produits de la forêt.  Il est pourtant, plus évolué que le plus évolué et le plus performant des singes parce qu’il est le descendant d’un mutant humanoïde et peut procréer avec lui. 

 

Le produit de son seul croisement avec un grand penseur peut donner une lignée dans laquelle on peut retrouver d’autres grands penseurs.

 

Deuxième réflexion : Les êtres vivants sont toujours perfectibles par adaptation et mutation.  Rappelons Lamarck :  « La fonction crée l’organe et le milieu transforme le patrimoine héréditaire ».  

 

C’est la nécessité qui provoque la mutation et sauve les plus performants et le hasard qui oriente le changement par tentatives multiples dont la plupart d’ailleurs sont vouées à l’échec. 

 

Il faut donc que l’être vivant se trouve placé dans des conditions de survie pour provoquer un « accident » de mutation.  L’abeille n’a plus muté depuis 50 millions d’années, le cœlacanthe est resté à peu près au stade qui a précédé celui des reptiles. Il en va de même, bien sûr, en ce qui concerne certains uni ou pluricellulaires qui n’ont pas évolué depuis l’époque où ils étaient prémices de la vie. 

 

{74} Ce phénomène d’adaptation par mutation et acclimatation progressive, vaut évidemment pour cet outil éminemment performant et essentiellement perfectible qu’est le cerveau humain.  Il est donc lui aussi tributaire de cette loi de la nature et pourrait être placé, dans un avenir lointain de surpopulation, dans certaines conditions de survie qui le feraient muter.

 

Il faut ajouter que, par la dure loi de la sélection, l’être humain est devenu maître de son biotope qu’il domestique, soumet et transforme jusqu’à en gérer et contrôler lui-même les mutations, y compris les siennes.

 

Quelles orientations prendrons-nous et quelle sera l’influence de notre milieu civilisé à dominante solidaire quoiqu’on en dise ?  Grande question … !

 

Revenons cependant à nos réflexions sur l’évolution intellectuelle, morale et de comportement à encourager dans un contexte d’environnement  occidental.

 

C’est un lieu commun d’affirmer que les hommes sont à la recherche du bonheur.

 

Bonheur = état de bien-être, de félicité. (Littré)

Bien-être = état agréable du corps et de l’esprit. (id)

Félicité = état où l’on jouit de ce qui contente. (id)

 

Cobaye privilégié, j’ai recherché au tréfonds de moi-même quelles sont les sources de mon bonheur, ensuite j’ai tenté d’en analyser le cours et enfin j’ai étayé cette introspection personnelle par une analyse aussi exhaustive que possible des divers éléments extérieurs qui ont pu la renforcer.

 

La première source du bonheur est animale et fonctionnelle.  Elle découle du bien-être physique procuré par la réponse aux besoins du corps.  Toute la gamme des plaisirs  résultant de la satisfaction de ces divers appétits est à la disposition de nous tous qui avons le choix d’en user et abuser et ce n’est pas faire œuvre de moraliste que de rappeler le résultat négatif des excès.

 

L’autre source du bonheur est beaucoup plus subtile et particulièrement difficile à maîtriser et cerner.  Elle provient de la mise en valeur de nos facultés de créativité, de recherche et d’analyse, surtout développées par des cerveaux exercés et instruits.

 

{75} Elle est de deux ordres : l’une à laquelle je donnerai l’appellation de « vedettes », c’est celle des artistes, musiciens, écrivains, philosophes, penseurs et détenteurs de message religieux qui se font remarquer par leurs œuvres ou leur enseignement, l’autre qu’il convient d’appeler « meneurs » sont les dirigeants habituels de  nos groupes et de notre société. 

 

Quant à la masse des autres, à leur niveau, ils tenteront de se distinguer : dans le couple, dans la famille, dans l’entourage, dans la profession et, pour certains, amuseurs ou beaux parleurs en démonstration de leur talent en société.

 

L’inventaire des motivations profondes de l’individu n’est pas facile à établir. La plupart des hommes qui jouissent de la liberté sociale et intellectuelle ont besoin de se singulariser, de se mettre en valeur, de se faire remarquer, d’être admiré, considéré quel que soit son sexe.  Être le meilleur, le plus beau, le plus fort, le plus intelligent ou le maître de son milieu est recherché par chacun.

 

Ces démarches rendent-elles les hommes heureux ?  Ce n’est pas absolument certain.  Le succès est certes enthousiasmant, valorisant, facteur de considération sociale ou morale et souvent générateur d’accroissement des biens.

 

Cependant, il n’est pas nécessairement durable et l’effort pour le conserver peut être préjudiciable à la santé tant morale que psychique ou physique. 

 

En dehors de ceux-là, de tout temps, il y eut des idéalistes, esprits supérieurs, d’un naturel jugé naïf par les autres,  prônant altruisme et idéalisme, cependant ils resteront l’exception.

 

Tous les hommes recherchent le bonheur, mais peu le trouvent.  L’insatisfaction est le lot de tous, mais c’est l’aiguillon du progrès.

 

C’est un lieu commun que de conclure que le bonheur est fugace, difficile à trouver et que personne ne peut se targuer d’en détenir la formule passe-partout.

 

{76} Le bonheur total, complet est-il possible ?  Les sages eux-mêmes ne l’ont jamais affirmé et ne l’affirmeront sans doute jamais. 

 

Il n’y a certes  aucune recette du bonheur et chacun doit trouver sa formule.  Depuis que les hommes enseignent et écrivent, ils transmettent leurs formules et leurs solutions.

 

Modestement, mon propos ne sera donc pas de donner des leçons ou conseils, de recommander telle ou telle formule, mais bien de transmettre à mes proches (plus jeunes) par le biais de ce carnet, un discret message de sagesse, de tolérance et de ferveur qui est le résultat d’une quête permanente de la formule la plus adéquate pour trouver le bonheur malgré les vicissitudes d’une vie de plus de trois quart de siècle qui fut perturbée par un âpre combat professionnel, la maladie et la souffrance aussi bien physique que morale.

 

Autre considération, réservée à la place prépondérante des mères dans le tissu social actuel en tenant compte d’une évolution probable de nos sociétés : 

 

Avec le développement des prédateurs, la sélection a privilégié la descendance des mères qui protégeaient et entouraient leur petit. Cet instinct, appelé à juste titre instinct maternel, créa chez les mères un réflexe de sollicitude et de dévouement envers leurs jeunes. La sélection favorisa la descendance la mieux protégée.

 

Quant aux mâles, les plus forts et les mieux organisés qui défendront leur clan des agressions extérieures, ils s’imposèrent, déterminant une hiérarchie machiste toujours d’actualité chez la plupart des animaux supérieurs.

 

Cela va-t-il changer dans nos sociétés nouvelles avec l’égalité professionnelle des sexes ?  Très probablement !  N’allons-nous pas, avec le temps, voir se développer une élite asexuée intellectuellement et physiquement, chacun conservant forcément la fonction sexuelle qui lui a été dévolue à la naissance et un physique plus rectiligne(caractéristique de la force) chez l’un et plus en rondeur (caractéristique du confort et de la douceur) chez l’autre, contribuant à favoriser une attirance réciproque.

 

Que constatons-nous d’ailleurs de nos jours ?  Les intellectuels consacrent de moins en moins de temps aux activités physiques développant la masse musculaire.  Ils privilégient celles qui apportent détente et souplesse, là où justement leur partenaire féminin fait jeu égal avec eux.  Les travaux lourds sont effectués par des machines, commandées ou programmées par des techniciens.

 

{77} Nous devons donc nous préparer à évoluer dans ce probable nouveau contexte ? Nous avons intérêt à développer notre subtilité intellectuelle, l’étendue de notre mémoire, de nos connaissances et entretenir notre souplesse physique.

 

Nous trouverons dans ces démarches que j’expérimente moi-même, une énorme satisfaction, un grand équilibre général, une faculté de détente surprenante et une sociabilité propre à favoriser tous les rapports humains.

 

°°°°°°°°°°°°

 

Le poète qui domine toujours en moi, va profiter de ce chapitre pour donner libre cours à des débordements  dithyrambiques qu’il espère de bon aloi pour magnifier cette précieuse faculté du sublime, que l’être humain a développée en affinant sa pensée pour lui faire atteindre les sommets du lyrisme.

 

Trois éléments ont engendré la vie et sont très rares ou absents dans l’univers : l’eau, l’air et le feu qui est, quant à lui, un phénomène physique  de combustion semblable à celui du soleil.  Notre planète terre, grâce aux  fantaisies du hasard, s’est créé un mécanisme d’évolution avec des étapes dangereuses et aléatoires qui a produit la vie, jusqu’à l’homme et son intelligence créatrice.

 

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L’EAU est notre milieu originel, le principal composant de notre corps  (65%) … la vie s’en abreuve … nos ancêtres marins en proviennent … l’eau c’est la mer, les ruisseaux, la fontaine …

 

C’est le frétillement des sources et la colère des torrents … la rosée sur la fleur et la perle sur la feuille …   la pluie au visage et le chant sur les vitres … les nuages qui se traînent et ceux qui bourgeonnent  … les brumes ouatées et les embruns fantômes… les papillons de neige et les flocons de soie …  les glaciers en couteaux et les sommets azurés … la mer bordée d’horizon et l’océan écumeux 

 

{78} C’est elle aussi qui purifie, qui rafraîchit, qui coule, qui cascade, qui sauve, qui grossit, qui bénit, qui dort, qui stagne, qui goutte, qui inonde, qui tourbillonne, qui arrose, qui abreuve, qui lave, qui asperge, qui baptise, qui dilue, qui trempe, qui immerge, qui baigne, qui guérit, qui soigne, qui barbotte, qui jaillit, qui suinte, qui affleure, qui ondule …

 

La chant de l’eau.

 

Pureté de l’eau

 Glissant au bout des doigts

  En larmes cristallines,

 Perles d’argent des sources,

 

Eau de douceur,

Eau de fraîcheur

Caressant nos corps lourds,

Fatigués du jour,

 

Eau qui paresse,

Eau qui languit

Et  marmonne

Dans les ruisseaux,

 

Eau de grandeur,

Eau de majesté,

Mangeuse de rivages,

Qui s’effondre en torrents

Et s’enroule en lourdes vagues

De mers et d’océans,

 

Tu es notre âme,

 la source de nos vies,

la fraîcheur de nos sens,

le satin de la nuit

Et le jour qui se mire.

 

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L’AIR  est un fluide gazeux constituant l’atmosphère et que respirent les êtres vivants ou encore : c’est un mélange gazeux de composition constante à l’état pur (en volume et à la surface terrestre, 21 % d’oxygène, 78 % d’azote et gaz rares en très petite quantité : 1 % d’argon, hélium, krypton, néon, xénon), souvent chargé d’impureté (acide carbonique, vapeur d’eau, traces d’hydrogène et d’ozone), et dont la masse forme l’atmosphère. (Grand Robert).

 

{79} C’est le composant dans lequel nous « baignons » bien qu’il nous soit invisible et ne soit perceptible que lorsqu’il est en mouvement - il est alors : vent, souffle, brise, tempête, ouragan, typhon, cyclone, bourrasque, rafale, tourmente, bise, bouffée …

 

Il s’élève dans les vallées ;  il fraîchit le jour brûlant ;  il murmure dans les sources ;  il siffle et mugit depuis les sommets ;  il souffle, fait rage et s’engouffre dans les vallées ;  il hurle dans les torrents ; il bruit, chuchote, murmure, frissonne et frémit dans les branches ;  il fouette, caresse le visage ; il gonfle les voiles ;  il fait tourner les girouettes ; …  il est frais, froid, doux, chaud, tiède, léger, fort, violent, impétueux, furieux …

 

Il a pour noms :  Aquilon, Zéphyr, Tramontane, Fœhn, Mistral, Sirocco, Alizés, Mousson … et bien d’autres encore …

 

 

La chant de l’air.

 

Ô toi, subtil ami

Qui en nos corps a mit

La vie de notre sang

Palpitant en nos flancs.

 

Ô toi, caresse du soir,

Baiser des matins clairs

Qui affleure la mer

Luisante en son miroir.

 

Ô toi, chanson d’Éole

Courbant les moissons folles,

Tu t’égares dans les monts

Les crêtes et les vallons.

 

Ô toi, souffle des voiles,

Au jour et aux étoiles,

Tu pousses les vaisseaux

Suivis de grands oiseaux.

 

Ô toi, fils des gros vents,

Tempête en océan,

Tu calmes en vain tes pères,

Rugissant, en colère.

 

Ô toi, parfum des cimes,

Dans le bleu de nos ciels,

Tu es notre arc-en-ciel.

Aux dieux que nous servîmes.

 

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{80} LE FEU  est un dégagement d’énergie calorifique et de lumière accompagnant la combustion vive. (Grand Robert).

 

Les anciens, admirant le feu, ont cru que c’était un trésor céleste que l’homme avait dérobé aux dieux   (Fénelon – Traité de l’existence de Dieu)

 

L’homme a dominé le monde quand il a maîtrisé le feu qui éloignait les fauves, éclairait les grottes, trouait la nuit, rendait les aliments digeste (par cuisson), protégeait du froid … c’était une puissance céleste qui, lors des orages, enflammait arbres et forêts …

 

Les anciens considéraient le feu comme une manifestation de la divinité – Une colonne de feu conduisait Moïse et lui apparut dans un buisson (le buisson ardent) … L’Esprit Saint apparut aux apôtres sous la forme de langue de feu …  L’ange exterminateur brandissait une épée de feu …

 

Il était classifié comme la quatrième force, les trois autres étant celles de distance (de gravitation, magnétiques, électromagnétiques, électrostatique(s) celles de contact (frottement), et celles de cohésion ou liaison (atomes, molécules, ions).  Depuis Lavoisier, on considère le feu comme un pur phénomène physique.

 

Le feu provoque la combustion qui est une réaction d’oxydoréduction produisant de la chaleur  – Il exige un comburant qui fait brûler et un combustible qui brûle – certains corps donnent une flamme d’explosion lors d’un choc, d’un changement de pression ou d’une surchauffe locale (déflagration, explosion, détonation) (Hachette).

 

{81} Le feu calcine les corps par ignition …  Le feu brûle quand il consume, calcine, embrase, enflamme … Il est ardent, incandescent … sous le choc produit sur certains corps , il jaillit en étincelle (silex qui enflamme l’amadou) … Par le frottement de deux corps inflammables comme le bois il s’échauffe et rougit et peut produire une flamme par ventilation (procédé primitif)  

 

La chant du feu.

 

Tel l’envoyé ardent,

Il s’en vint sur la terre

 Ravager les arpents,

Aux forets, faire la guerre.

 

L’homme en fit un dieu

S’inclina devant lui,

L’adora en ses lieux,

Surtout quand vint la nuit.

 

L’homme en fit un frère

Qui éloignait les fauves,

Consolait ses misères

Par sa chaleur qui sauve.

 

L’homme s’en fit l’ami,

A son ventre soumis,

Transformant ses repas

Digérés sans trépas.

 

L’homme s’est allié

A ce fils de l’enfer

Pour fabriquer l’acier

Plus dur que n’est le fer.

 

Grand sorcier d’un autre âge,

Cher ami de nos soirs

Près de l’âtre volage

Nos rêves sont espoir.

 

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{82} LE SOLEIL est l’astre qui donne la lumière et la chaleur à la terre, et rythme la vie à  sa surface (Grand Robert)

 

Il est producteur d’énergie, étoile moyenne du type jaune (rayon valant environ 100 fois celui de la terre, masse valant 330.000 fois celle de la terre), masse gazeuse à peu près sphérique, autour de laquelle gravitent, sur des orbites elliptiques, plusieurs planètes parmi les quelles se trouve la terre. Température de radiation (5870 ° C), densité moyenne (1,4).  Il comprend la chromosphère, la couronne, la photosphère (épaisseur 300 km) … (Grand Robert)

 

Il est éclatant :  « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement » (La Rochefoucauld)  

 

Il est pâle, ardent, brûlant, radieux, de plomb, lourd, luisant, clair …Il darde ses rayons, il dore et empourpre les choses, il brille dans le ciel, il étincelle et s’irise le matin … il éblouit quand on veut le regarder … Il grille, rôtit, dessèche … Il mûrit les fruits … Il calcine, consume, dévore, dessèche … il frappe … il noircit … il bronze … il se couche et s’endort … Il éclaire

 

Il est dieu : Amon Râ, Apollon ou  Phébus et le père de Phaéton …

 

 

Le chant du soleil.

 

Ô, bel astre du jour

Hautain en son séjour 

Écoute les prières

Des vivants de la terre.

 

Ecoute-les le soir

Quand meurt l’horizon

Pleurer  de ne plus voir

L’éclat de tes rayons.

 

Écoute le matin

La coq qui te salue,

La commère aux potins,

Les enfants dans les rues.

 

Écoute les prières

Des hommes de la terre

Qui t’implorent à genoux

De laisser ton courroux.

 

Écoute la chanson

De vulcain à la forge,

Des blés murs en moisson,

Et du vin qui dégorge.

 

Ecoute encore toujours,

Ces longs refrains d’amour,

Ce chant des amoureux

Que tu rends si heureux

 

Écoute aussi le soir,

Quand alors tu t’endors

La  nuit en voile noir

Te border, tendre alors.

 

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{83} LA TERRE est la surface sur laquelle l’homme, les animaux se tiennent et marchent,  qu’il s’agisse de la surface terrestre, à l’état naturel ou aménagé, du sol d’une construction, d’une habitation, d’un véhicule et  c’est aussi la matière qui forme la couche superficielle de la croûte terrestre, considérée dans sa surface (Grand Robert).

 

 

La planète terre  est constituée d’une croûte de 35 km. (sous les continents), 5 à 7 km. (sous les océans) à 60 km.(cordillères des Andes).  En dessous de cette croûte se trouve une lithosphère de 100 Km (partie solide en plaque) qui glisse et peut plonger jusqu’à 700 Km. dans un manteau de consistance plastique, l’asthénosphère  (du grec asthenos, sans résistance).

 

Ce concept apparaît à la fin des années 1960 avec la révolution de la tectonique des plaques en même temps que le concept de mésosphère1. {84} L'asthénosphère est comprise entre la lithosphère et la mésosphère. La profondeur de l'asthénosphère dépend donc directement de l'épaisseur de la lithosphère. Elle varie entre environ 100 km sous les océans (quelques km au niveau des rifts océaniques) et environ 170 km sous les continents. (Wikipédia)

 

Viennent ensuite le noyau externe (2270  km. d’épaisseur) et le noyau interne ou graine (1216 km. d’épaisseur) pour trouver le centre de la terre.

 

La terre est la surface et le milieu de la vie qui est née dans l’eau et s’est développée dans l’eau pour se répandre hors de l’eau …  La vie s’est créée «elle-même » en cycles (appelé aussi cycles du carbone) pour retourner à l’inerte organique et le développer en transformant matière et énergie,  selon la loi fondamentale de l’équilibre des forces qui régit l’Univers. (E=mc²)

 

La terre … nous la possédons …  nous la travaillons … nous la regardons transpirer dans le soleil … nous y enfonçons nos doigts pour la fouiller amoureusement … nous pénétrons sa glaise pour la façonner   Elle est meuble, légère, grasse, lourde, maigre, vierge, arable, humide,

 

Son argile est un cadeau des dieux : elle est en nos maisons, elle est en nos chaumières …  elle est au feu comme au four …  elle est sur notre table en habit de porcelaine, elle est dans nos temples en vases antiques … elle est de céramique sur nos murs …

 

Elle se laboure pour les semailles …  elle se cultive, elle se moissonne, elle se défriche, elle se fume, elle se pâture, elle s’enclave, elle se boise

 

Le chant de la terre.

 

Ô toi, bout d’étoile, que Phébus nous donna

Pour faire naître la vie dans la mer en veillée,

Dormant dans un lagon, creuset qui façonna

Le départ du vivant en mer ensoleillée.

 

Ô doux et chaud limon, précieux nid de la  vie

Accorde en tes sillons la faveur des moissons

Qui montent vers le ciel, prières en unisson

Du pain de mes enfants et la joie de ma mie.

 

 

O toi, douce amante, qui nous endort le soir,

Chaude des feux du ciel et toute tiède encore,

Sois notre lit d’amour, notre couche d’espoir

Dans la nuit d’étoiles au ciel que tu décores.

 

Ô toi, sœur de la mer, qui guette les bateaux

Avec tous les enfants et l épouse en manteau,

Celle qui tend les bras et celle qui s’empresse

De retrouver l’absent qui attend ses caresses.

 

Ô toi, planète bleue, orgueil de l’univers,

Qui étale au soleil sa vie exubérante

Ses beaux jardins de fleurs, ses moissons abondantes

Donne-nous le printemps, éloigne les hivers.

 

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{85} LA VIE est le fait de vivre, propriété essentielle des êtres organisés qui évoluent de la naissance à la mort en remplissant des fonctions qui leur sont communes (Grand Robert).

 

La physique, la chimie (…) se touchent, parce que les mêmes lois président à leurs phénomènes.  Mais un immense intervalle les sépare de la science des corps organisés, parce qu’une énorme différence existe entre leurs lois et celles de la vie. (Bichat, Recherche physiologique vie et mort, VII, in G. Canguilhem, la connaissance de la vie, page 117)

 

Les êtres vivants sont extrêmement abondants ; à plus de 350.000 espèces végétales s’ajoutent plus d’un million d’espèces animales  (Andrée Tétry – Encycl. Universalis).

 

Jusqu’aux expériences de Pasteur (1860-1866), la génération spontanée était acceptée comme origine de la vie (tiré de ibidem).

 

La majorité des scientifiques contemporains semble d’accord pour trouver l’origine de la vie dans un phénomène « prébiotique » qui se serait produit dans une « soupe primitive », lors des grands bouleversements tectoniques des premiers âges de notre planète.  (Voir aussi partie 2 : La Vie).

 

{86} Tant que nous sommes en vie ou que nous restons en vie, même si nous ne sommes plus qu’un souffle de vie, nous ne sommes pas mort … la vie nous fait exister, être, respirer, palpiter, subsister, croître, grandir … nous profitons de la vie en coulant d’heureux jours et menant joyeuse vie … nous donnons vie et l’enlevons ou l’ôtons  … nous pouvons avoir la vie dure et survivre à nos malheurs …

 

 

Chant de la vie.

 

J’ai vu courir l’insecte

Que la rosée humecte,

 

J’ai vu l’oiseau agile

Sous l’arbrisseau fragile,

 

J’ai vu le lapereau

Blottir son doux museau,

 

J’ai vu le tendre agneau

Taquinant les moineaux,

 

J’ai vu la fière abeille

Sur la fleur qui s’éveille,

 

J’ai vu le papillon

Au chaud dans le sillon,

 

J’ai vu le tendre faon

Dormir près d’un enfant,

 

J’ai vu le roi des cimes

Survoler les abîmes,

 

J’ai vu l’eau du ruisseau

Courir sous l’arbrisseau

 

J’ai vu le ciel s’ouvrir

Pour la rose fleurir

 

J’ai vu le cerf altier

S’enfuir dans les sentiers

 

J’ai vu l’aigle élégant,

L’épervier arrogant.

 

J’ai vu enfin la fleur

Nous offrant ses couleurs.

 

J’ai vu la vie partout

Dans les prés et les champs,

Dans le ciel et dans l’eau,

Au doux soleil couchant

Et quand il est fardeau,

 

J’ai vu la vie partout

Sous la pluie qui caresse,

Sous le vent qui ne cesse,

Sous l’orage rageur,

Et l’ouragan vengeur.

 

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{87} Le poète se penche encore un peu sur la nappe d’argent qui brille en son cœur.  Il y voit tant de choses inexprimables que son âme ne peut porter tellement elles sont subtiles, tellement elles sont évanescentes … 

 

Il voudrait tant atteindre ce sublime qu’il ressent dans son esprit mais qui reste en lui, qui lui démange l’âme … qu’il n’exprimera jamais faute de mots ou de phrases  … ou de cœur …

 

C’est l’insatisfaction dans le sentiment de l’inachevé … du lointain impossible … d’un rêve inaccessible … d’un éden perdu …

 

C’est la condition des « humains » …

 

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{88} Modeste Tout-le-monde cherche à comprendre : 

 

Partie 14 :  Les trous noirs .

 

 

LA CHANSON DES TROUS NOIRS

 

Ô toi, si grand mystère,

Destin de notre terre,

Énigme de raison.

 

Le  néant en prison,

Est-il de l’autre monde

De nos lois vagabondes ?

 

Toi, mystérieux « noir » total,

Condensé du tout passager,

Que seront tes photons fatals ?

 

As-tu des messagers ?

As-tu des « anges noirs » 

Toujours porteurs d’espoir ?

 

Ô toi, voile ténu

Du système absolu

 Méprisant nos équations,

Tu ris des aberrations.

 

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Les trous noirs constituent  la masse absolue  -  celle de la densité absolue  -  son mouvement est pareil à celui d’un cône à la poursuite de son sommet avec augmentation de sa densité.  Serait-ce aussi un hiatus entre deux logiques  :  celle de la théorie et de l’expérimentation des laboratoires et celle d’un mécanisme fondamental qui n’a rien à voir avec nos lois  ? A l’heure actuelle il n’existe aucune preuve physique de leur existence si ce n’est que certaines observations astronomiques  plaident en leur faveur (voir plus loin).

 

{89} L’appellation « trou noir » fut trouvée par Wheeler en 1967, collaborateur de Niels Bohr, le plus légendaire parmi les fondateurs de la mécanique quantique. °d’après I et G. Bogdanov – Avant le Big bang – Grasset  page 95°

 

Notre soleil a un rayon de 700.000 km.  S’il se contractait jusqu’à ne plus mesurer que 3 km, notre astre se transformerait en trou noir.  °ibidem page 96°

 

J’ai cru comprendre que le « trou noir » est l’appellation qu’on a donnée au  phénomène de « l’extinction » d’une étoile.  Il semblerait que lorsque ce « soleil » aurait transformé l’intégralité de sa matière, il « s’éteindrait », n’émettant forcément plus de photons (particules de lumière).  Ce serait donc le noir absolu (absence de lumière).  Son volume sphérique s’effondrerait en une sorte de cône dans laquelle toute sa matière se condenserait, atteignant une densité de plus en plus forte et un volume de plus en plus petit jusqu’à retrouver peut-être un autre monde. Serait-ce celui des « forces » ?.  En ce qui concerne notre « astre du jour », ce serait donc au moment ou il atteindrait un rayon de 3 km qu’il se transformerait en « trou noir », avec absence totale d’émission de photons.

 

On a appelé ce phénomène « mort des étoiles ».  L’observation de l’univers cosmique a amené les astrophysiciens à constater trois « cas » de transformation stellaire : (1°) une masse initiale inférieure à huit fois la masse de notre soleil (on dit huit masses solaires), caractéristique de la naine blanche (2°) une masse supérieure à huit masse solaires et inférieure à vingt-cinq, comme l’étoile à neutron  (3°) supérieure à vingt-cinq masses, soit vraisemblablement le « trou noir ». °tiré de : Qu’est-ce qu’un trou noir ? -  Pascal Bordé - éditions  Le Pommier page 25°

 

« Les étoiles sont des boules de gaz chauds, ce qui en fait des objets lumineux.  Leur source de chaleur est la fusion thermonucléaire : au sein des étoiles, la température est telle que des éléments légers, tels que l’hydrogène ou l’hélium, fusionnent en des éléments plus lourds, tels que le carbone ou l’oxygène.  Ces réactions libèrent de grandes quantités d’énergie qui chauffent les étoiles.  Sous l’effet de la chaleur, celles-ci tendent à se dilater et exploseraient si, dans le même temps, la gravitation qui s’exerce entre leurs différentes parties ne les comprimait pas.  Une étoile est donc un objet en équilibre dans lequel la pression du gaz est contrebalancée par la gravitation. »  °ibidem page.26°

 

{90} « Pour une étoile comme le soleil, les réactions de fusion s’arrêtent lorsque tout l’hélium a été consommé parce que le cœur n’est pas assez massif pour qu’une nouvelle contraction permette la fusion du carbone.  Le cœur est alors à la fois très chaud et très compact : il enferme la moitié de la masse du soleil dans un volume comparable à celui de la terre, c’est-à-dire environ une tonne par centimètre cube ! » °ibidem page 27°

 

Dans des étoiles plus importantes que notre soleil dont la réaction de fusion thermonucléaire s’arrête au carbone, la transformation se poursuit en fusionnant le carbone en oxygène, celui-ci en néon, le néon en magnésium, le magnésium en silicium et finalement le silicium en fer. °tiré de ibidem page 28°

 

On peut prouver l’existence d’un trou noir pourvu qu’il ne soit pas complètement isolé, car il peut être trahi par son environnement proche.  Il s’agit donc d’une mise en évidence indirecte. °tiré de ibidem page 32°

 

Un trou noir isolé (pas de compagnon qui le "nourrit", ni disque d'accrétion => pas d'interaction directe avec son milieu) est effectivement très difficile à détecter, mais cela reste possible. En effet, de par l'énorme champ gravitationnel qui l'entoure, le trou noir peut générer un effet de "lentille gravitationnelle" en déformant la trajectoire des rayons lumineux émis par des corps célestes se trouvant "derrière lui" (par rapport à nous, qui de la Terre l'observerions). Ainsi, un trou noir peut être repéré indirectement du fait de la déformation (arcs lumineux, dédoublement de l'image d'une étoile ou d'une galaxie lointaine, etc.) de l'image du fond visible derrière lui /
autour de lui. (communiqué par Soltan Griss)

 

Si de la matière se trouve à proximité du trou noir, elle subit son attraction gravitationnelle et peut fort bien finir sa course à l’intérieur du trou, ce qui a pour effet d’augmenter la masse totale du trou et de renforcer son attraction gravitationnelle (trous noirs gloutons). °tiré de Pascal Bordé – op.cit -  page 33°

 

Lorsqu’un trou noir « avale » de la matière, celle-ci tombe vers l’intérieur du trou en spirale.  Si la matière est en quantité importante, il se forme autour du trou une galette de matière appelée disque d’accrétion (émission de lumière sous forme de rayons x), souvent accompagnée de deux jets de matière de part et d’autre du trou noir, perpendiculairement au disque °tiré de ibidem page 34°

 

{91}  Il semblerait qu’il existerait au centre des galaxies des trous noirs qualifiés de « supermassifs » ou « galactiques » qui atteindraient un million de masses solaires et que notre galaxie réputée calme abriterait un tel « monstre ».  On aurait observé un mouvement d’étoiles autour du centre de notre galaxie, décrivant des ellipses autour d’un objet invisible, baptisé « Sagittarius A » dont la masse est évaluée à 3,7 millions de masses solaires et dont la taille n’excèderait pas dix fois la distance Terre-Soleil, soit 1500 millions de kilomètres, mais qui resterait un « petit objet » puisque la taille de son « horizon d’événement » serait de l’ordre d’un cinquantième de la distance Terre-Soleil (3 millions de Km.) °tiré de ibidem page 39/40°

 

Quant à l’appétit de ces « trous noirs gloutons » et du danger qui pourrait nous concerner, l’auteur Pascal Bordé nous rassure, les distances des trous noirs menaçants sont telles qu’il n’y a pas lieu de craindre la disparition de notre planète dans la gueule d’un de ces monstres dans un avenir proche °tiré de ibidem page 41°

 

Le centre d’un trou noir abrite ce que l’on appelle la « singularité » (ne correspondant pas à la logique de notre raisonnement). D’après la relativité générale, c’est un objet enfermant toute la masse du trou noir dans un volume nul.  Sa densité est donc en principe infinie, ce qui n’a physiquement aucun sens.  Cet infini cache donc en fait une faiblesse de la relativité générale, ou si on préfère, l’étude de la singularité avec la relativité générale consiste à appliquer une théorie en dehors de son cadre de validité. ° ibidem page 47°

 

Pour élucider le mystère de la singularité, les physiciens cherchent activement à réaliser la fusion entre mécanique quantique et relativité générale, couramment appelée gravitation quantique.  Il y a tout lieu de croire que s’ils y parviennent nous disposerons de l’ultime théorie physique, celle qui permettra de faire une description complète de l’Univers à toutes les échelles.  La théorie des supercordes, qui vise à l’unification des interactions fondamentales (la gravitation, la force électromagnétique et les forces nucléaires), pourrait bien être cette théorie, mais il reste encore beaucoup à faire avant d’être certain. °ibidem page 48°  (Voir à ce sujet le chapitre suivant.)

 

Qu’en est-il maintenant de la « matière noire », dont parle B.Greene, dans son livre La magie du cosmos, page 515 :

 

« …Le fait que l’on n’ait encore jamais détecté de particule de matière noire impose des contraintes strictes à toutes les propositions que l’on avance.  La raison en est que la matière noire n’est pas seulement à trouver dans les profondeurs de l’espace ; elle est disséminée partout dans l’Univers et donc aussi à côté de nous, ici-bas, sur Terre.  Si on en croit bon nombre de propositions qui ont été faites, chaque seconde, des milliards de particules de matière noire traverseraient notre corps, aussi les seuls candidats viables sont-ils ceux capables de traverser de gros blocs de matière sans laisser de traces observables….»  B.Greene précise que les neutrinos ont cette faculté, mais ajoute que trop légers ils ne sont pas de bons candidats à une matière noire qui laisserait des traces décelables.

 

{92} Après avoir fait l’inventaire des tentatives prometteuses de succès dans cette recherche, B.Greene conclut : « A ce jour, nous n’avons aucun événement confirmant la détection d’une particule de matière noire. » et il termine : « La confirmation définitive de l’existence de la matière noire et la détermination directe de sa composition représenteraient des progrès majeurs.  Pour la première fois dans l’histoire de la physique, nous découvririons un aspect à la fois parfaitement élémentaire de étonnamment insaisissable : la composition de la grande majorité de la matière de l’Univers. °ibidem page 517°

 

B.Greene, en note 10 de ce chapitre 14, signale qu’un groupe de recherche sino-italien (DAMA) aurait annoncé avoir réussi à mettre en évidence pour la première fois une particule de matière noire, mais qui semblerait avoir été réfuté par les travaux d’un autre groupe de recherche (CDMS).  B.Greene donne, à la suite de cette note, les coordonnées d’un site sur Internet qui tient les chercheurs au courant  de toutes  les expériences en cours dans le domaine.

 

 

°°°°°°°

 

{93} PARTIE 15 :  Cordes,Branes, Théorie M  

 

 

MÉLODIE DES FRONTIÈRES DU RÉEL

(Les limites physiques)

 

Le ciel jette en prière

Des photons radieux

Qui fécondent la terre

En  semences des dieux.

 

Ces fils de lumière

Implorent tous les cieux

Évitant pour un mieux

L’ire souricière

D’un temps de long trépas

« Qui ne s’écoule pas ».

 

Longueur et temps de Plank.

Au chaudron de l’espace,

Il n’y a pas de place

Au  vide qui se planque.

 

 Certitude quantique

Déformant le cosmos :

C’est un nouveau cantique

Pour célébrer la noce

Des  plaintes monocordes

 De la danse des cordes.

 

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J’ai écrit ce chapitre en guise de « fourre-tout » des notes diverses relevées ci et là au cours d’investigations dans de nombreux domaines.  Le lecteur intéressé y trouvera matière à réflexion pour compléter certaines données à peine ébauchées ou in-complètement développées.

 

Il reprend d’abord et essentiellement les notes que j’ai prises à la lecture d’un livre remarquable de clarté et d’accessibilité pour tout lecteur curieux qui cherche à s’informer des nouvelles avancées scientifiques dans le domaine des « cordes, super-cordes, branes et théorie M (pour maîtresse) ».

 

{94} Ces découvertes, pour autant qu’elles soient suffisamment vérifiées, sembleraient  résoudre un conflit de plus de quatre-vingts années, qui obséda Einstein, entre la théorie de la relativité générale et celle de la mécanique quantique.  Ces nouvelles avancées apporteraient une solution au problème mais rendraient le « tissu mécanique » de l’univers cosmique beaucoup plus étrange et complexe que ce que d’aucuns n’auraient pu l’imaginer.

 

Ce livre, « La magie du cosmos » est écrit par Brian Greene, auteur déjà cité, qui est actuellement, au dire de nombreux critiques, le meilleur vulgarisateur de sciences abstraites au monde.  Ce quadragénaire brillant, qui était un prodige dès son enfance, enseigne la physique et les mathématiques à l’université Columbia, à New York, depuis 1996. 

 

Certains commentateurs scientifiques, s’ils sont d’accord avec les trois premiers quarts du livre, sont beaucoup plus circonspects en ce qui concerne la dernière partie quand B.Greene aborde la théorie des cordes, supercordes, branes et autres hypothèses d’un monde qui contiendrait notre univers. Je renvoie le lecteur qui aimerait se documenter davantage sur cette avancée audacieuse, de consulter, sur Wikipédia, les études qui ont l’avantage d’être continuellement mises à jour.

 

Je livre ci-après les notes que j’ai prises dans ce livre (entre guillemets : texte original ou traduit ; entre accolades : précisions ou commentaires).

 

- « En 1887, lorsque Albert Michelson et Edward Morley mesurèrent la vitesse de la lumière, ils obtinrent maintes et maintes fois {le} résultat {de} 1080 millions de kilomètres à l’heure et ce quel que fut leur mouvement ou celui de la source lumineuse. °B.Greene – La magie du cosmos – p.63° » Plus tard, Einstein déclarera : « La vitesse de la lumière vaut 1080 millions de kilomètres par rapport à tout et à rien  °ibidem p.65° » Cette constatation de neutralité de la vitesse d’un rayon lumineux avait déjà été évoquée, avec son interféromètre, par Michelson (Nobel 1907)  en 1881 et améliorée par Morley en 1887.  Cet appareil avait permis de constater que la lumière n’est pas affectée par la vitesse de son support °source Encycopédia Universalis – animation théorie de la relativité°  

 

-   La vitesse de la lumière est constante, on n’arrivera jamais à la rattraper, elle s’éloignera toujours de nous à cette vitesse.  Donc si la lumière « est une constante, on en déduit que l’espace et le temps dépendent du regard de l’observateur.  Chacun de  nous a sa propre horloge, sa propre manière de voir passer le temps.  Chaque horloge est tout aussi précise qu’une autre, et pourtant, lorsque deux observateurs se déplacent l’un par rapport à l’autre, leurs horloges ne sont pas en accord   °B.Greene - ibidem p.67° »

 

{95} -  « En 1971, Joseph Hafele et Richard Keating ont embarqué des horloges atomiques au césium de la plus haute précision à bord de vols commerciaux de la compagnie aérienne Pan Am.  Lorsqu’ils ont comparé les horloges ayant fait le tour du monde en avion avec leurs analogues restées au sol, ils ont vérifié qu’il s’était écoulé moins de temps sur les horloges en mouvement.  La différence était certes minuscule (quelques centaines de milliardièmes de secondes), mais elle était néanmoins en accord avec les découvertes d’Einstein…    °ibidem p.71° ».

 

-  Il faut reconnaître avec B.Greene  : « que les effets de la relativité sont si ténus qu’ils passent complètement inaperçus.  Notre expérience quotidienne ne parvient pas à nous révéler les véritables rouages de la nature.  °ibidem p.102° ».

 

-  « Le faisceau  laser qui traverse deux fentes pratiquées sur un morceau de pellicule surexposée donne sur l’écran une figure d’interférence {alternance de bandes sombres et brillantes} prouvant que la lumière est une onde.  °ibidem - p.111° ».

 

-   A la question posée dans l’en-tête du sous-chapitre de son livre, « le temps s’écoule-t-il ? » B.Greene répond une chose énorme :  « Du point de vue de toute créature sensible, la réponse serait évidente.  En écrivant ces lignes, je sens le temps passer.  Chaque lettre tapée sur mon clavier ouvre la voie à la suivante[…..] Et, pourtant, les physiciens eurent beau s’y évertuer, aucun n’a jamais trouvé de preuve convaincante, parmi les lois de la physique, pour sous-tendre cette sensation intuitive du temps qui passe. En fait, la reformulation de certaines des idées d’Einstein issues de la relativité restreinte montre que le temps ne s’écoule pas °ibidem p.162° ».

 

-  Je ne peux m’empêcher de m’arrêter ici, tellement cette affirmation est aberrante, et contraire à notre expérience de chaque instant.  Pourtant, elle permet d’expliquer tant de choses.  Le temps et l’espace n’existeraient que dans notre « illusion » ; ils ne seraient en réalité qu’ « épiphénomènes » organisés selon des lois générales d’harmonie de l’univers que nous subissons qui ne nécessitent aucun  « architecte » puisque, fondamentalement, elles font partie du « mécanisme » du système .

 

{96} -  Cependant, ne nous méprenons pas, « des horloges qui se déplacent avec les galaxies (dont le mouvement, en moyenne, ne provient que de l’expansion de l’espace) donnent des mesures de temps cosmique universelles.  Même si elles s’éloignent les unes des autres, elles restent synchronisées car elles se déplacent avec l’espace et non pas dans l’espace.  °B.Greene – ibidem p.284 ° »

 

-  Pendant plus de trente ans, Albert Einstein s’évertua à combiner électromagnétisme et relativité générale en une seule théorie (ce qui se vérifiait aux échelles de l’infiniment petit ne l’était plus aux échelles de l’espace) afin de décrire les quatre forces fondamentales (champ électromagnétique, champs des forces nucléaires faibles et fortes et champ gravitationnel) grâce à une même théorie quantique. °tiré de ibidem - p.393°

                               

-  La notion d’espace vide absolu est à revoir : « Il ne fait plus aucun  doute maintenant que la notion intuitive de l’espace vide comme une scène statique, calme et déserte est complètement à côté de la plaque. Du fait de  l’incertitude quantique,  le vide regorge d’activité °ibidem  p.397° ».

 

-   A des échelles inférieures à la « longueur de Plank , soit 10-33 centimètres, (un millionième de milliardième de milliardième de milliardième de centimètres) l’espace devient un chaudron bouillonnant de fluctuations effrénées. °ibidem p.398° »  C’est la longueur en deçà de laquelle le conflit entre la mécanique quantique et la relativité générale se manifeste ; en deçà, la notion conventionnelle d’espace n’a plus de sens. Quant au « temps de Plank, 10-43 secondes, c’est le temps nécessaire à la lumière pour parcourir  la longueur de Plank  °ibidem p.399° ».

 

-  En deçà de la longueur et du temps de Planck, les notions conventionnelles du temps et de l’espace n’ont plus de sens. :  « La conséquence est qu’en deçà de la longueur et du temps de Plank, l’incertitude quantique tord et déforme l’étoffe du cosmos à tel point que les concepts usuels d’espace et de temps ne sont plus valables. °ibidem p.399° ».

 

-   Je déduis de tout ce qui précède que notre « pesanteur » vient du mécanisme de gravitation universel, c’est-à-dire que si nous arrivions à nous déplacer dans l’univers à la même vitesse que celle du  mouvement  général provenant de l’explosion initiale, nous n’aurions plus de poids, nous ne pèserions plus rien.

 

{97} -  Pour la théorie conventionnelle, les constituants élémentaires de la matière sont les électrons et les quarks.  La théorie des cordes propose que chaque particule soit en fait une corde vibrante. °B.Greene – ibidem - figure p.413°

 

-   La théorie des cordes  «défie la vision conventionnelle en proposant que les électrons et les quarks ne soient pas des particules ponctuelles.  Si l’on en croit la théorie des cordes, le modèle conventionnel qui assimile les particules à des points est une approximation d’une description plus précise dans laquelle chaque particule est un petit filament d’énergie vibrante appelé « corde », […..]  Ces brins d’énergie en vibration sont considérés comme n’ayant aucune épaisseur, seulement une longueur, et les cordes sont donc des entités unidimensionnelles.  Toutefois, les cordes étant si petites (10-33 centimètres) elles ressemblent à des points lorsqu’on les observe même grâce aux plus perfectionnés de nos accélérateurs.  °ibidem p.412° »    

 

-  La taille des cordes vibrantes est  de  10-33 centimètres (La longueur de Plank), mais pourrait être plus grande suivant des travaux récents, ce qui mettrait l’expérimentation de la théorie à notre portée °tiré de B.Greene op.cit note 12 chap 12° »

 

-  « L’équation d’Einstein E=mc² , fonctionne dans le sens inverse (celui dans lequel c’est l’énergie qui produit la masse ) et c’est dans ce sens que la théorie des cordes utilise l’équation d’Einstein.  La masse d’une particule n’est autre, en théorie des cordes, que l’énergie de sa corde en vibration.  Par exemple, pour expliquer le fait qu’une particule soit plus massive qu’une autre, la théorie des cordes propose  que la corde constitutive de la particule la plus massive vibre plus vite et plus frénétiquement que celle constituant la particule la moins massive.  Des vibrations plus rapides et plus virulentes signifient plus d’énergie, et une énergie plus élevée se traduit, via l’équation d’Einstein, en une masse plus élevée. °B.Greene op.cit p.423/424 °        

 

-   Une seule théorie originale fait le lien entre cinq formulations de la théorie des cordes (il y aurait semble-t-il « cinq descriptions différentes d’une théorie unique °ibidem p.455° »).  « On a baptisé « théorie M » cette théorie unificatrice, le M étant un prête-nom quelque peu frustrant dont la signification  - maîtresse ? majestueuse ? mère ? magique ? mystère ? matrice ? – ne sera révélée que par l’issue de l’effort de recherche international aujourd’hui mis en œuvre pour compléter la nouvelle vision des choses instillée par le génie de Witten {mathématicien et physicien américain  né en 1951, enseignant et membre de Princeton, découvreur important dans la théorie des supercordes vers une compréhension de l’interaction gravitationnelle au niveau quantique.} °ibidem p.452° »

 

{98} -   Une des plus importantes idées qui ressortent des nouveaux outils pour analyser la théorie des cordes est, selon B.Greene, la suivante : « Les travaux de Witten ont révélé que les équations approchées de la théorie des cordes, utilisées dans les années 1970 et 1980 pour conclure que l’univers devait comporter neuf dimensions d’espace, loupaient le bon résultat d’une unité.  La réponse exacte proposée par Witten est que l’Univers, selon la théorie M, a dix dimensions d’espace, c’est-à-dire onze dimensions d’espace-temps {si on y ajoute celle du temps}.  Comme Kaluza,{mathématicien allemand} qui avait trouvé {en 1919} qu’un univers à cinq dimensions d’espace-temps permettait d’unifier l’électromagnétisme et la gravitation, comme les théoriciens des cordes, qui avaient montré que l’on pouvait unifier la relativité générale et la mécanique quantique dans un univers à dix dimensions d’espace-temps, Witten a montré qu’il était possible d’unifier toutes les théories des cordes, pourvu que l’univers ait onze dimensions d’espace-temps. °ibidem p.456/457°

 

-   Un second choc-découverte qui suivit celui de la théorie des cordes fut celui qui amena les chercheurs à trouver des objets pluridimensionnels (de 2 à 10) qu’ils baptisèrent p-branes (p pour le nombre de branes)….les p-branes seraient vraisemblablement plus lourdes ou plus massives que les cordes.  °Tiré de ibidem p.460° 

 

-  « Une corde très énergétique n’est pas forcément minuscule [….] En fait, lorsqu’on insuffle de plus en plus d’énergie à une corde, elle commence tout d’abord à vibrer plus frénétiquement.  Mais, au delà d’un certain point, l’énergie ajoutée n’a plus le même effet : elle fera s’allonger la corde, et il n’y aura alors aucune limite à la longueur qu’elle peut atteindre[….] Il est possible que de longues cordes aient été produites juste après le big-bang.  °ibidem p.462° » 

 

-  « Une trois-brane possède trois dimensions, et, à supposer qu’elle soit grande – voire infinie -, elle occuperait donc la totalité des trois dimensions spatiales étendues[…..] une trois-brane occuperait tout l’espace que nous connaissons […]  Serait-il possible que nous vivions en fait au sein d’une trois-brane ?[...]  pour  adopter le langage relativiste, serait-il possible que l’espace-temps quadridimentionnel qu’on décrit Minkowski et Einstein soit en fait le sillage laissé par l’évolution d’une trois-brane au fil du temps ?  En résumé, l’univers tel que nous le connaissons pourrait-il être une brane ?  °ibidem p.463° »

 

{99} -  « En fait, nous pourrions même habiter une brane de plus haute dimension (une quatre-brane, une cinq-brane, etc.) dont trois des dimensions rempliraient l’espace ordinaire, et les autres celui des petites dimensions enroulées  requises par la théorie. °ibidem – notes 4.  p.644° »

 

- « Si nous vivons au sein d’une trois-brane – si notre espace-temps quadridimentionnel n’est autre que le sillage d’une trois-brane dans le temps -alors la grande question de savoir pourquoi l’espace-temps est un «quelque chose » prend une autre tournure.  L’espace-temps qui nous est familier proviendrait d’une entité physique réelle de la théorie des cordes/théorie M (une trois-brane) plutôt que d’une idée abstraite.  Sous cet angle, notre espace-temps quadridimentionnel serait aussi réel qu’un électron ou un quark ° ibidem p.467° » 

 

-  « Autre point d’égale importance, les extrémités des cordes ouvertes ne pouvant quitter la brane, elles ne peuvent pas se déplacer dans les autres dimensions. [….] notre trois-brane collante ne permettrait aux photons de ne se déplacer que dans trois dimensions spatiales.  Or les photons étant les particules messagères de la force électromagnétique, cela impliquerait que cette interaction, et donc la lumière, serait piégée au sein de nos trois dimensions […]. C’est une découverte fabuleuse, riche de conséquences importantes.  °ibidem p.468/469° »

 

-   J’ai trouvé utile aussi de signaler ce que Brian Greene déclare être une des découvertes les plus impressionnantes de ces dix dernières années qui lui ont permis avec d’autres scientifiques de sonder la matière jusqu’à un milliardième de milliardième de mètres (10-18 mètres) grâce aux trois forces non gravitationnelle, sans que, ajoute B.Greene, personne ne trouve le moindre indice de l’existence de dimensions supplémentaires, alors qu’auparavant on n’avait atteint que le dixième de millimètre.  D’autres chercheurs avaient espéré trouver des dimensions supplémentaires, en investiguant jusqu’à la longueur de Plank.  ° tiré de ibidem p.477° 

 

-  Autre hypothèse : « La gravitation pourrait être une force relativement puissante qui nous apparaîtrait  faible uniquement parce que les dimensions supplémentaires relativement grandes, comme des tuyaux plus gros, diluent son intensité intrinsèque.  En suivant ce raisonnement, si la gravitation se révèle plus intense que ce que l’on croyait, les cordes pourraient être beaucoup plus longues qu’on ne le pensait. °ibidem p.479° ». 

 

{100} -  B.Greene fait remarquer que « l’éventualité que nous vivions sur une vaste trois-brane n’est évidement rien de plus qu’une éventualité.  Et, dans ce scénario, la possibilité que les dimensions supplémentaires puissent être beaucoup plus grandes que ce que l’on imaginait auparavant – et la possibilité que les cordes puissent elles aussi être beaucoup plus longues que ce que l’on croyait -  n’est guère plus qu’une possibilité.   Mais, {ajoute B.Greene} elle est extraordinairement séduisante[…] ce qui amèneraient les cordes presque à portée des technologies actuelles[….]  {Cependant, l’auteur n’y croit pas fort… par intuition  de chercheur expérimenté.}  °ibidem p.479/480° »

 

-  Autre question : le cosmos répond-il à un phénomène fondamental de renouvellement cyclique ?  Il semblerait que cette théorie n’a plus de sens depuis les constatations d’un univers en expansion continue sans « big crunch ».  B.Greene signale les propositions d’un mécanisme d’évolution cosmique inédit (Théories de Steinhardt et Turok de l’Université de Cambridge, inspiré des résultats de leur collaboration avec Ovrut, Seiberg et Khoury).  « Nous vivrions dans un trois-brane qui, avec une périodicité de quelques millions de milliards d’années, entrerait en collision avec une autre trois-branes avoisinante, parallèle à la nôtre.  Et c’est le « bang » dû à cette collision qui initierait chaque nouveau cycle cosmologique. °ibidem p.485° »

 

-  « Dans le modèles des deux chercheurs {Steinhardt et Turok}, « les deux trois-brane s’attirent l’une l’autre […] et cela implique que chacune  régit l’évolution cosmologique de l’autre : les branes seraient engagés dans un cycle sans fin de collision, rebond, collision, qui régénère continuellement leur monde tridimensionnel en expansion.  °ibidem p.486° »

 

- En titrant : Nouvelles visions de l’espace-temps, B.Greene conclut :  « Le scénario du monde branaire et  le modèle de cosmologie cyclique qui en découle sont tous deux très spéculatifs »  {s’il les a présentés ce n’est pas parce qu’il a la conviction qu’ils sont corrects, mais parce qu’ils nous inspirent une nouvelle manière de penser l’espace que nous habitons et son évolution} « Et, si l’évolution cosmologique de notre trois-brane procédait de collisions répétées avec une autre brane voisine, alors le temps tel que nous le connaissons ne parcourrait que l’un des nombreux cycles de l’Univers, chaque big-bang étant suivi par un autre, puis par un autre…°ibidem p.491° »

 

{101 -  Commentaires de B.Greene : « A mon sens, c’est un point de vue passionnant, qui m’inspire toutefois une grande humilité.  L’espace et le temps pourraient représenter beaucoup plus que nous imaginions ; et, si c’est le cas, ce que nous pensions être « tout » pourrait n’être qu’un petit élément d’une réalité beaucoup plus riche. °ibidem p.491° »

 

-  En conclusions de son ouvrage B.Greene énumère les découvertes « d’idées inattendues » qui font bien augurer de l’avenir :

 

1.«La matière et l’énergie noires qui semblent, de très loin, les principaux constituants de l’Univers. »

 

2.« Les ondes gravitationnelles – ces petites vaguelettes sur l’étoffe de l’espace-temps – prédites par la relativité générale d’Einstein, qui pourraient un jour nous permettre de voir dans des temps plus reculés que tout ce que nous avons pu faire jusqu’à présent. »

 

3.« L’océan de Higgs, qui imprègne tout l’espace et qui, si son existence se voit confirmée, nous aidera à comprendre comment les particules acquièrent leur masse. » °voir page (29)80°

 

4.« L’expansion inflationnaire, qui pourrait expliquer la forme du cosmos, résout le mystère de son étonnante uniformité à grande échelle, et donne une direction à la flèche du temps. »

 

5.« La théorie des cordes, qui remplace les particules ponctuelles par des brins et des boucles d’énergie, laisse présager une version encore plus hardie du rêve d’Einstein, dans lequel toutes les particules et toutes les forces se combineraient en une seule théorie. »

 

 6.«  Les dimensions spatiales supplémentaires, émanant des mathématiques de la théorie des cordes, que l’on pourrait détecter dans nos accélérateurs au cours des dix années à venir. » 

« Un monde branaire, dans lequel nos trois dimensions d’espace pourraient ne correspondre qu’à un univers parmi tant d’autres, flottant dans un espace-temps de plus haute dimension. »

 

7.« Et peut-être même un espace-temps dans lequel l’étoffe même de l’espace et du temps serait composée d’entités plus fondamentales, dénuées d’espace et de temps. »   °ibidem p.587 et 588°

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{102} AUTRES NOTES :              

 

Boson de Higgs   :  Mystérieuse particule imaginée par Higgs et les belges Englert et Brout qui expliquerait l’origine de la masse de nos particules.  C’est le chaînon manquant du modèle standard recherché par tous les physiciens. °G.Duplat LB 4/8/2006°

 

Le LHC (Large Hadron Collider ou Grand Collisionneur Hadronique) doit être mis en fonctionnement en septembre 2008 au CERN en Suisse et sera le plus grand du monde.  Cinq expériences seront installées sur cet accélérateur : Atlas (déjà logé dans le fond de sa caverne, grande comme une cathédrale) CMS (50mètres de long et 25 de haut, 12.500 tonnes, devra détecter le Boson de Higgs  - sera installé fin 2007) Totem (sert à mesurer la section efficace totale du LHC) LHCb (étudiera la violation de la symétrie CP) et Alice (étudiera la physique nucléaire) °Wikipédia°

 

Les physiciens espèrent répondre à plusieurs questions à l’aide de ces détecteurs :

  • Quelle est l’origine de la masse des particules ?
  • Pourquoi les différentes particules élémentaires ont-elles des masses différentes ? (C’est-à-dire, est-ce que les particules interagissent avec le Higgs ?)
  • A combien de décimales peut-on mesurer l'énergie et la masse des particules et notamment celle des quarks top et bottom ?
  • Nous savons qu'une énorme partie de l'énergie (masse) contenue dans l'univers n'est pas constituée de la matière telle que nous la connaissons. Qu'est-ce donc ? (de la matière noire, de l’énergie noire, de l'antimatière ?)
  • Est-il possible de produire des singularités?
  • Est-ce que la supersymétrie (ou plus précisément, les superpartenaires) existe(nt) ? Et si oui quel est le modèle supersymétrique qui décrit la Nature ? (aujourd'hui plusieurs modèles s'affrontent).
  • Existe-t-il d’autres dimensions cachées, comme le prédisent de nombreux modèles inspirés de la théorie des cordes, et si oui, peut-on les « voir » ?

La mise en opération du LHC est considérée comme la plus imposante expérience scientifique de tous les temps[1].

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{103} Le neutralino :  particule hypothétique née de la théorie « supersymétrique », qui expliquerait bien des zones d’ombre de notre univers.  Le « neutralino » produit d’une cascade de particules supersymétriques, serait massif, stable et nous traverserait par milliards chaque seconde.  Son existence expliquerait la mystérieuse matière noire dont l’univers est rempli, toute la matière connue (y compris les galaxies) ne formant que 5 pc de la masse de l’univers. °G.Duplat LB 4/8/2006°

 

Le neutralino est une combinaison de trois superparticules : Le photino  (partenaire du photon) le zino  (partenaire du boson Z0) et du higgsino  partenaire du boson de Higgs).  Le neutralino est, en théorie, stable donc très abondant au point de représenter l’essentiel de la matière de l’Univers.  Il fait à ce titre l’objet de nombreuses recherches.   La détection de neutralinos peut être directe, par interaction dans le détecteur, ou , indirecte, via la recherche des produits d’annihilation. °Wikipédia°

 

Pourquoi l’univers n’a pas d’antimatière ? :  Pourquoi quelques instants à peine après le Big Bang, où matière et antimatière furent créées en quantités égales, il y eut un infime surplus de matière sur l’antimatière (une particule seulement sur un milliard !), dont est issu notre univers…

Et  aussi  :  Les particules sont-elles des supercordes ? - Notre univers a-t-il dix dimensions d’espace et pas trois ? – Qu’est-ce qui est à l’origine de la mystérieuse accélération de l’expansion de l’univers qu’on enregistre pour l’instant ? – Comment inclure la gravitation dans le modèle standard ?-  °G.Duplat LB 4/8/2006°

 

Commentaires de G.Duplat (LB) en préalable à la conférence que Stephen Hawking a donnée à Bruxelles le 20 mai 2007 :

Suivant Marc Hanneaux, professeur de physique à l’Université Libre de Bruxelles, Stephen Hawking est un très grand physicien qui a sans cesse travaillé à réconcilier les deux grandes théories scientifiques du vingtième siècle, la gravitation et la mécanique quantique pour arriver à une théorie du tout.  Dans ce cadre-là, ses théorèmes sur la singularité ont amené la communauté scientifique à étudier sérieusement la question des trous noirs

 

 

{104} D’AUTRES NOTES :

 

-  Le monde quantique est un monde de probabilités.  Et cette probabilité ne semble pas être une conséquence de notre imprécision ou de notre ignorance, mais semble bien être une propriété intrinsèque de la nature.  °Alexandre Depire – La théorie des cordes – http://depire.free.fr - p.27°

 De là le principe « d’incertitude » qui est à la base de la mécanique quantique.

 

-  Tous les jours, nous constatons sans nous étonner un tas de phénomènes qui sont contraire à une logique newtonienne (si je ne me fous pas le doigt dans l’œil).  Ainsi, si je suis à l’arrêt sur un tapis roulant rapide et que je laisse tomber un objet à ma droite, celui-ci devrait en fonction de l’attraction terrestre tomber à mes pieds, or ce ne sera pas ce qui se produira.  L’objet se retrouvera à ma gauche si la vitesse du tapis est suffisante.  En voiture, si nous accélérons, nous nous écrasons sur notre siège, si nous freinons, nous irons vers l’avant à tel point qu’on a inventé des air-bag et des ceintures de sécurité pour nous protéger des arrêts brutaux.

 

-   Les satellites en orbite autour de la terre, en fait « tombent » par attraction, mais ratent la terre parce que leur force d’attraction est insuffisante. Les frères Bogdanov signalent °.p56° qu’un ordinateur (le plus puissant du monde) pourra traiter le nombre vertigineux de 34.000 milliards d’opérations à la seconde (soit la performance d’une standardiste traitant simultanément 470 millions de conversations).  Connecté à 10.000 antennes radio en Allemagne et au Pays-Bas, il analysera le rayonnement fossile et nous apportera, peut-être, une confirmation du fait que, à l’échelle de Planck, le temps réel se transforme en tem