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12/11/2016

Le petit séminaire

 

 

 L'austère petit séminaire de Gentinnes en 1943

 

 Vue avant

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 Vue arrière

 

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 L'étang

 

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Nous avons l’âme en mal

Du bâtiment trop grand.

Un lourd cœur animal

Qui pleure et perd le sang.

 

Pauvres petits garçons

Qui sanglotent au giron

De mamans éperdues

Qui s’élèvent aux nues.

 

Elles envoient aux nuages

Tant de soupirs secrets,

De petits gars très sages

Qui ne furent pas prêts

A entrer au couvent

Pour y pleurer souvent.

 

La vie était très difficile dans un internat qui formait des "aspirants" missionnaires d'Afrique. --- Confinement trop long d'abord: nous ne rentrions chez nous qu'à Noël, Pâques et aux grandes vacances. --- Prestations trop dures, beaucoup de temps de prière et services religieux, silence à table avec lectures édifiantes, une heure journalière de corvées ménagères et d'entretien des locaux. Quant aux courtes périodes de "détente", elles étaient occupées par des activités scoutes obligatoires qui ne plaisaient pas à tout le monde.

Je garde douloureusement en moi la marque de cette période de régime de couvent, qui nous imposait une vie "spartiate", avec horaires difficiles, mêlant prières, silence même aux repas, lever aux petites heures, journées longues, contraintes physiques dures (gymnastique torse nu au dehors, corvées ménagères etc...). --- Nos loisirs "imposés" étaient la pratique du scoutisme, en "patrouille" en semaine, et, le dimanche, lors d'un "grand jeu", à l'extérieur, de toute l'unité. ---

 

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Les potaches

 J'étais très mauvais élève. --- Distrait, je perdais vite le suivi du cours : imaginatif, je me complaisais à créer mon "univers". --- Mes bulletins déplorables, désolaient mon oncle et mes parents. --- Mes heures de prière, longues  et inconfortables, à genoux sur un banc d'église, se passaient dans mon monde imaginaire. ---

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Dans la propriété de notre collège, il y avait un étang jouxtant la cour de détente dans lequel des grenouilles y coassaient la nuit. --- Dans mon monde imaginaire, je croyais qu'elles m'appelaient. --- Aussi, pendant les temps de pose entre les cours, je parvins à me glisser sous la clôture pour les appeler. ---  J'en distinguai une : c'était une belle grenouille brunâtre, aux grands yeux tendres et doux de bovidé, qui pataugeait à grands coups de ses longues cuisses luisantes dans une sorte de petite crique discrètement camouflée.--- Je l'ai appelée gros bidon, et J'imaginai entreprendre de grands voyages avec elle. ---

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Le soir, je la retrouvais et elle m’accueillait en gonflant ses bajoues. --- J’en avais fait une amie que j’avais introduite dans mes dédoublements, dont j’avais fortement amélioré la technique les rendant de plus en plus discrets et réels.

Une nuit d’hiver, glaciale, abyssale et longue, en plein désarroi et triste à mourir, j’appelai ma grenouille qui accourut aussitôt. --- Elle me confia qu'elle s'appelait Rana 1ère, mère de la génération de la première lune rousse, et que toutes les suivantes, dont elle, s'étaient appelées ainsi. ---

Elle nous invitât à faire un voyage dans la soupe verdâtre de son coin d'eau. --- Au plus profond de l'étang, elle nous entraina dans un endroit sublime de limpidité; la suivant, nous entrâmes dans des bulles-aéronefs. --- Elles étaient individuelles, s’irisant des rais du soleil et chacun voguait à sa guise. --- Tout était sphérique, y compris nous-même. --- Nous descendîmes dans un monde de rêve et de cristal dans lequel les bulles jetaient des feux de diamants. ---

Dans cet univers féerique vivaient des êtres étranges, enfermés comme nous dans leur bulle, et qui nous faisaient de grands signes de bienvenue. Huit bras filiformes, aussi souples que des ficelles, s’agitaient en tous sens en prenant appui, tout en glissant, sur les parois de leur bulle. --- Leur tête était une sorte de bille transparente et miroitante qui semblait toujours nous regarder, nous sourire ou nous parler. --- Huit bras filiformes, aussi souples que des ficelles, s’agitaient en tous sens en prenant appui, tout en glissant, sur les parois de leur bulle.

Elles nous expliquèrent qu'elles étaient la mémoire de l'eau et que celle-ci est la mère de la vie. --- Les esprits ont imploré le ciel pour qu'il donne la vie et la vie est entrée dans l'eau et l'eau a nourri la vie et la vie a peuplé l'eau et l'air et la terre toute entière. --- Et les hommes, reconnaissants, se sont mis à chanter l'hymne de l'eau. ---

 

Ô, toi, ma mère l’eau

Tu murmures et tu chantes

Comme le bel oiseau,

Qui coule dans les pentes

En élevant aux cieux

Un chant pour ces lieux.

 

Ô ! ma source, ô ! mon eau

De lents canards te saignent

En fendant tes ruisseaux.

Ton bleu miroir se baigne

Dans ton ciel le plus beau

Pour les petits moineaux

Qui s’y mirent et s’y penchent

Depuis les basses branches.

Tes océans miroitent tes ciels sans nuages

Tes mers accourent, toutes folles d’horizon.

De beaux galets s’enroulent, le long de tes plages

Où le sable s’écoule en un grand flot très blond.

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Ci-après, les œuvres du mémorial kongolo qui ont été peintes par Raf Mailleux, le plus jeune frère de mon père.

Le plus jeune frère de mon père, sculpteur renommé et vivant de son art, était très proche de l'oncle de Gentinnes, il était devenu un ami des confrères de celui-ci. ---

 

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Le missionnaire face à ses bourreaux

 

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la vierge et l'enfant, l'ombre suggère une vierge médiévale

 

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 Le christ en croix

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Les missionnaires, massacrés à Kongolo, qui ont été mes condisciples, pendant la guerre quarante, au petit séminaire de Gentinnes

 

Le Révérend Père Pierre Gilles

C'était l'assistant de notre chef d'unité scoute qui nous avait été envoyé de Bruxelles, lorsque mon oncle décida d'introduire le scoutisme au collège. --- La "vocation" de devenir missionnaire lui vint en fréquentant le milieu des spiritains de Gentinnes; ---

Né à Etterbeek (Bruxelles), 6/06/1924

Pour ses frères et sœurs et pour tous les membres de la famille, il fut toujours très affectueux, participant à chaque occasion à leurs peines comme à leurs joies et resserrant entre tous le lien de l'esprit familial.
Pour ses confrères et ses nombreux amis ensuite, ce grand missionnaire, à la figure douée et souriante, attentif à semer partout la paix, était un homme simple, humain, bon et compréhensif.
Là où se trouvait Pierre, là régnait la joie. Pour ses élèves noirs enfin : grand sportif à la carrure athlétique, il faisait leur admiration et leur fierté. Ses cours, soigneusement préparés, révélaient un esprit clair et méthodique.
Missionnaire décidé et généreux, c'est dans une foi profonde en Dieu, dans une confiance filiale en Notre-Dame, qu'il puisait le courage de faire face à son devoir, en souriant, et de réaliser ce qui fut toujours son idéal : SERVIR.

Louveteau et Scout de la Paroisse Saint-Antoine à Etterbeek, Routier au Clan de l'Aigle, Pierre entra en 1940 au service de la troupe du Collège de Gentinnes. C'est là qu'il entendit clairement l'appel de Dieu au Grand Service. Trois de ses anciens scouts tomberont avec lui à Kongolo.
En 1950, Pierre partait pour le Congo belge.

C'est en 1941 que, venu du clan de l'Aigle (Etterbeek), Girafe souriante devint le premier chef de Troupe de la 22e Namur et Pierre Gilles son second. C'est lors d'un camp (à Nafraiture) que Ourson (le futur Pères Gilles), ayant terminé ses humanités, manifesta à l'aumônier de l'Unité, son intention d'entrer chez les Pères du Saint-Esprit.

Le Père Pierre Gilles partit au Congo en 1950. Après avoir enseigné à l'école moyenne de Kindu, il rentra en Belgique pour faire sa régence scientifique à Saint-Thomas. A son retour en Afrique, d'abord professeur à l'école normale de Lubunda, il poursuivit sa carrière à l'école des assistants agricoles de Kaseya.
Sportif accompli, professeur d'éducation physique, grand amateur de football, il faisait la fierté de ses élèves quand il arrivait à 'empiler' à l'équipe adverse une série impressionnante de buts.
Peu loquace, Pierre était un homme d'action qui puisait dans une foi profonde le secret de sa constante jovialité.

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LE RÉVÉREND PÈRE PIERRE GODEFROID

En cinquième, nous avions la charge de parrainer un petit nouveau de sixième. --- Je fus désigné pour me charger de lui.---

Né à Ixelles (Bruxelles), le 25/10/1931

Il état le troisième enfant d'une famille qui en compta six. Très jeune, il s'engagea dans le scoutisme, il y apprit la débrouillardise, l'endurance, la serviabilité et la joie chantante. Le 17 octobre 1960 fut le jour de son départ missionnaire pour le Congo.

Partir au Congo en ce moment était un véritable acte d'héroïsme. Ce pays avait accédé à l'indépendance le 1er juillet de la même année et se trouvait depuis lors en proie à des secousses terribles.

Le Père Jean-Marie ne se faisait aucunement illusion sur ce qui l'attendait. A demi-mot, il fit comprendre la chose à son père qui consigna ses paroles prophétiques dans le gros cahier de famille, sans oser y croire.

 

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LE RÉVÉREND PÈRE FONS LENSELAER 

Pour moi, c'était un "grand très protecteur" dont nous admirions le savoir et la compétence. ---

(extrait du texte écrit par son frère le Père Alfons Lenselaer).

II est né à Nossegem (Diocèse Mechelen/Brussel),le 30/10/1923 et il arriva à Kongolo en octobre ou novembre 1951. Il me suivait de deux ans : il avait été retardé dans ses études et ne les avait commencées qu'après moi.

Il occupa de nombreux postes au Congo avant d'être nommé pour la nouvelle Ecole Agricole de Kaseya, à une bonne trentaine de km de Kongolo. Il devait y enseigner le français et le dessin. L'enseignement ne l'enchanta jamais, mais en bon spiritain "paratus ad omnia" il se soumit. L'Ecole Agricole de Kaseya formait des assistants agricoles, des élèves d'un certain âge. Il n'écrivit jamais sur les élèves ni s'ils étaient dociles. Les professeurs qu'il rencontra à Kaseya furent les Pères Bodard, autrefois supérieur à Budi, Pierre Gilles et Albert Forgeur, et aussi le Père André Remy, la plupart prof à Gentinnes.

A Kongolo, Jan enseigna au Petit Séminaire et reçut la charge d'une petite communauté chrétienne au-delà du fleuve Lualaba du nom de Keba, à deux ou trois kilomètres du Séminaire. Je reçus encore quelques lettres de mon frère que malheureusement je n'ai pas gardées, à part quelques-unes. De son séjour à Elisabeth/ville;  il dit son peu d'optimisme quant à sa santé. Il recevait des injections et d'autres médicaments, mais sans grande conviction. Il avait le foie détraqué. Il continua à être traité à Kongolo, sans résultat. Il se plaignait de son ventre gonflé, conséquence sans doute de son foie malade. La maladie de maman et sa mort l'ont beaucoup tracassé, et il se plaignait d'être sans nouvelles à son sujet. Le jour de la mort de maman il lui écrivait encore. Ironie du sort, cette lettre arriva bien à destination, mais après l'enterrement.

Pour compléter mes souvenirs, je voudrais ajouter quelques notes qui aideront à tracer un portrait plus complet de Jan.

Pendant ses humanités il lui fallu beaucoup de courage pour continuer ses études. On lui proposa même d'abandonner la prêtrise, mais il n'accepta pas de devenir frère comme on le lui proposait. Malgré les rebuffades qu'il dut essuyer de ses professeurs, il tint bon. Il devint renfrogné et abattu pour ces raisons. Nous nous promenions souvent à deux le long de l'étang à Gentinnes après les scènes subies en classe. Il avait fort heureusement les nerfs solides: cela lui épargna la dépression.

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 LE RÉVÉREND PÈRE RENÉ TOURNAI

Pas de photos

René Tournai, fut mon compagnon de banc. ---  De mon âge à quinze jours près, nous nous entendions très bien et nous eûmes de nombreuses confidences sur notre foi, lui d'une certitude absolue qu'il voulait en vain  me faire partager.---

Il est né à Mellery (Brabant wallon) le 15/09/1929

Par un clair dimanche d'octobre 1940, sur la route alors bien mauvaise qui relie Mellery à Gentinnes, un petit garçon de onze ans roulait en vélo, point minuscule et mouvant, au milieu de la campagne brabançonne. Tout seul, comme un grand, il s'en allait au Collège de Gentinnes, demander son admission en septième préparatoire. Quelques jours auparavant, son père l'avait présenté à un professeur du Collège de passage au garage : « Et celui-là, Père, vous le prendriez déjà à Gentinnes ? » Le Père avait dit oui ; la maman avait dit oui. Et maintenant, René allait se faire inscrire. Il parvint à la grille du collège, ne vit personne, fit le tour de la propriété et, déçu, s'en retourna pour servir les vêpres à Mellery. Mais, après la cérémonie, cette fois accompagné de son papa, il pénétra plus avant à l'intérieur du Collège et fut admis.

Le 29 juin 1949, la famille Tournay était rassemblée auprès du fils déjà grand maintenant, en la chapelle de Gentinnes, pour sa prise d'habit religieuse. C'est chaque fois un moment d'émotion intense lorsque, sortant de la sacristie, les futurs novices apparaissent pour la première fois revêtus de la soutane. La maman de René ne l'oubliera jamais. Dieu seul savait les prières et les sacrifices de cette mère admirable pour la vocation de son fils.
En 1952, alors que déjà pour elle la mort est proche et que René est accouru à son chevet, elle répond sans hésiter à cette question qu'il pose anxieux : « Maman, crois-tu que je doive revenir, pour aider Papa ? » « Non, René, je veux que tu continues. Le jour où tu seras prêtre, ce sera si bon pour tous et je te verrai du ciel. »
Le jour où René devint prêtre, ce fut le 28 octobre 1955. Il reçut le sacerdoce des mains de Mgr Marie-Paul Ro, vicaire apostolique de Séoul. Et le dimanche 6 novembre il put enfin monter à l'autel de son église paroissiale.

 

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Commentaires

Tu m'as fait sourire avec les grenouilles. Quels destins tragiques pour tes compagnons d'alors ! Es-tu sur la photo des "potaches" ?
Merci pour les photos des statues de Raf, que j'ai toujours trouvées d'une superbe sérénité. Bon dimanche !

Écrit par : Tania | 13/11/2016

Merci de ton commentaire sur mon blog. --- Je n'ai malheureusement aucune photo des potaches. --- Ceux-ci n'ont pas la célébrité de mes infortunés copains, martyrs de Kongolo. --- Je pense souvent à eux et à la bonne fortune de ne pas avoir subi le même sort. ---

Écrit par : doulidelle | 15/11/2016

Bonjour,

Deux de mes frères sont allés à l'école à Gentinnes, au début des années 70. Ils n'ont pas pu y finir leurs humanités, car l'école a fermé. Mes parents comptaient retirer mes frères de l'école à 14 ans, mais un des pères est venu à la maison (je pense que c'est Alphonse, mais pas celui que vous décrivez - un peu plus enveloppé aussi... :-) )et a insisté pour qu'ils puissent continuer leurs études. Mes parents ont accepté, et du coup, moi, la seule fille de la fratrie, ai pu faire des études aussi! Ah, Gentinnes, Mellery,... toute mon enfance qui revient!

Bonne journée!

lulu

Écrit par : lulu | 30/11/2016

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