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30/04/2016

OZ.22 POESIES/Soir d'eau

Soir d’eau

 

Je me souviens d’un soir,

D’un soir que frangeait doucement la lune.

 

L’eau plissait, calme

Et les feuilles berçaient

Des fragments de jour.

 

Tes yeux cherchaient l’infini

D’une nuit sans étoile,

Les miens suivaient les caprices

D’une mèche dans le vent.

 

Mon âme vivait ton bonheur

Mon cœur battait

Son solo d’amour.

 

Dans mon délire

J’étais tout :

J’étais la brise

Qui caressait tes cheveux,

La terre qui portait

Ton corps souple et chaud,

La vague qui baisait

Ton pied de marbre fin.

 

Je rêvais, oui ma mie,

Aux horizons sans fin.

Je rêvais que nos corps

Roulaient dans l’eau

Noire et profonde.

 

Que nous courions les abîmes

Sous les flots,

Comme du blé sous le vent.

Que, tourbillonnant dans les gouffres,

Nos corps, comme des pantins,

Bondissaient sur les pierres,

Polies, noires et chaudes.

 

Je rêvais que nous flottions

Comme des corps flous

Dans les branches,

Au gré d’une brise mouvante

Qui toujours berce et enlace,

Et qu’ensuite, courbés sur nos reins,

Nous glissions

Sur l’échine hurlante de l’eau

Qui s’écroule dans les vallées,

Et qu’enfin, couverts d’écume,

Nous n’étions plus rien

Que deux âmes

Étroitement unies.

 

Je rêvais de tout,

De douceur et de calme,

D’un paradis pour nous deux,

D’une oasis

Que chanterait son ruisseau,

Où de fleurs,

Je garnirais ton corsage,

Où je te suivrais dans l’herbe

Avec du soleil plein les cheveux,

Où j’aimerais

Ton chant aux oiseaux,

D’une oasis,

Qui d’azur au-dessus,

D’herbe tendre en dessous,

De rose tout autour

Écouterait battre follement

Nos deux vies.

 

L’eau brune suçait

Des rives pendantes.

La nuit pleurait doucement

Dans les arbres.

 

La sérénité des choses endormies

Remplissait tout de silence.

A part nos palpitantes vies,

Tout était simple et calme.

Pourtant, dans cette pâle nuit

Vint la peur !

 

 La peur qui fait frissonner,

La peur de la souffrance,

Celle des hommes.

La peur de leur longue misère

Qui gémit sa douleur,

Qui réclame son bonheur,

Qui guette notre amour,

Qui mendie notre union.

 

Cruel appel,

Plainte déchirante !

Je la serrais contre moi.

Non, ma mie,

Ne les écoute pas.

Entends plutôt chanter

Nos âmes.

N’écoute que le vent.

Laisse, au loin, grincer l’usine,

Laisse la charrue dans son champ.

 

Mon cœur était lourd,

Grondant de nuits d’orage.

Leur plainte était pressante,

Une haleine, froide et montante,

 Glaçait nos âmes.

 

C’était la souffrance et la misère,

C’était le cri du vieillard

Qui sent la tombe,

Le cri de la plaie qui saigne,

Le cri de la faim qui fouaille,

Le cri de la bête égorgée.

 

Non, ma mie, repose-toi.

Ne les écoute pas.

Le jour est loin encore.

Profitons des débris du silence,

Gardons des lambeaux de solitude.

 

Mais le jour vint,

Fort d’une nouvelle ardeur.

Et la nature sans pudeur

Releva son voile de nuit.

Nue et cruelle,

Elle blessait nos yeux,

Troublait nos âmes.

Un frisson de vie

Passa sans enthousiasme.

 

Nous nous sommes quittés,

A la croisée des chemins.

Chacun confia sa peine

A la sente joyeuse

Comme au raidillon caillouteux.

Le soleil brillait sans âme

Et la terre buvait la nuit.

 

 

J'avais 19 ans, je suivais des cours de sténo-dactylo pour trouver un emploi qu'un manque de formation, parce que malade, me mettait en difficulté de trouver. --- Dans ma petite mansarde, avec un coin de ciel que me révélait une "tabatière", petite ouverture vitrée dans un toit en pente, je rêvais d'une jolie personne qui se trouvait devant moi au cours de l'institut Meysmans qui formait des professionnels du clavier en deux mois.--- Elle me faisait souvent des yeux tendre mais je ne me faisais pas d'illusion, la gens masculine étant rare dans ce métier, que j'avais privilégié pour le peu de temps nécessaire à la formation. --- J'étais amoureux, mais je savais qu'elle ne serait pas pour moi parce que trop frivole et trop aguichante pour l'homme sérieux, que j'étais qui cherchait la compagne de sa vie et la mère de ses enfants. --- Ce soir-là j'ai confié ma peine au "raidillon caillouteux" et mon rêve à la "sente joyeuse" pendant que le "soleil brillait sans âme et que la terre buvait la nuit." ---

 

                                                                    -o-o-o-o-                     

 

01/04/2016

OZ. 21 Un amour éternel.

OZ.21 Un amour éternel

 

A la Noël de cette année, nous nos fêterons 60 ans de bonheur à deux. --- La tradition leur a donné l’appellation somptueuse de noce de diamant. ---

Le diamant est une pierre précieuse rare qui, comme l’amour fidèle, n’est pas atteint par l’usure du temps. Il brille de mille feux et se taille lentement tel que se construit la fidélité échangée. ---  

Au « soir de nos vies » nous chantons ce parcourt réalisé, tel que nous l’avions rêvé dans nos cœurs amoureux. --- Pour cet anniversaire, nos enfants nous ont donné le « Paradis sur terre » en nous permettant de devenir les heureux propriétaires d’un appartement luxueux dans un parc privé avec étang et arbres magnifiques, certains centenaires.

Le premier poème, écrit pendant nos fiançailles en 1956, exprimait ce « rêve » d’idéal de partage. ---

Ce poème qui va suivre fut écrit dans cette année merveilleuse de nos fiançailles que nous avions décidés de couronner par notre mariage le lendemain de Noël. ---

 

Au soir de nos vies.

 

Ô ma douce !

Tu es le jasmin

Qui s’endort,

Pendant que j’écoute

En mon sang

S’égrener mes accords,

Grelotter mes sarments

En clochettes de campanules.

 

J’écoute, ô ma douce !

Ô toi que j’idolâtre,

S’enfuir dans le temps,

Très haut, très près de l’âtre

Nos grands rêves éveillés

Et nos deux vies accolées

En deux cœurs frémissants,

Plus vrai que la folie

De nos corps languissants.

 

J’écoute, ô ma source !

Quand, au soir de nos vies,

Tous deux près d’un arbre saigné,

Aussi ridé que nos fronts,

Aussi noueux que nos doigts

Et tremblant comme sa cime,

J’écoute nos mercis échangés

Pour ce long, très long jour

De nos deux âmes enlacées,

Pour ce long, très long jour

De notre grand, si grand amour.

 

Ecoute, ô toi que j’aime

Tous nos mercis échangés

Pour le bonheur reçu,

Pour le bonheur donné,

Ecoute encore

Près du vieux chêne usé

Notre tout dernier serment

Et le murmure

De notre tout dernier amour.

 

Ecoute-les au crépuscule

Dans le silence de la nuit,

Dans le silence de l’infini.

 

 

 

Nous voilà arrivé au « soir de nos vies. --- Nous sommes heureux, plus amoureux que jamais. ---

Maintenant, nous pouvons nous retourner sur un passé de soixante ans et revivre en esprit les moments les plus heureux de notre existence. ---

Mais les plus important sont ceux que nous ont donné et nous donnent toujours nos enfants. --- Ils nous entourent d’une affection constante et profonde, concrétisés par un souci constant d’entretenir notre bonheur. ---

 

Au soir de nos vies

 

Entendre la mer rire sur ses plages,

Écouter le vent, un clapotis d’eau.

Il fait doux ce soir, le vent est si sage.

J’ai les pieds dans l’eau, ce soir il fait beau.

 

Mon cœur est heureux, car ma mie sommeille

Mes doigts de sable caressent son corps

La lune est blanche, le cormoran dort.

Je suis si heureux quand ma mie s’éveille,

Me regarde : elle est si adorable.

Son corps est tout chaud, chaud comme le sable.

 

La mer est belle, les nues sont basses.

Elle sourit tendre, ses yeux font des flammes,

Je cherche ses mains, câlin, je l’enlace,

Ses doigts caressent, ses doux yeux réclament

Mes lèvres folles, je cherche les siennes.

Toute joyeuse, elle surprend les miennes.

 

Le ciel est si beau, la mer est si belle

Que les mouettes dans le ciel se taisent,

Le ciel est ému, les vagues s’apaisent.

Je suis heureux et me blottis contre elle.

 

Nos vieux cœurs rêvent dans notre vieux lit

Si vieux qu’il craque pour mieux révéler

Un si beau rêve qui n’est pas fini,

Car le grand ciel va nous rappeler

Notre long parcours, notre belle histoire.

Et notre âme de très vieux amoureux

Chante maintenant car c’est la victoire

D’une longue vie dans un cœur heureux.


°°°°°

Nous avons la fierté, malgré un parcourt rocailleux et difficile, plein d’embuches, d’avoir réalisé notre ambition de réaliser une existence centrée sur le partage de notre amour avec nos enfants et ceux que l’existence plaçait sur notre chemin pour être aimé ou secouru. ---

Nous étions animés d’un idéal élevé et comme tous les idéalistes rêvions de réaliser de grandes choses. Nous sommes arrivés à en accomplir beaucoup dans la joie, le bonheur, la souffrance et l’abnégation, ---

 

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