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28/02/2016

07.18. Poésie/mes débuts

J’avais 17ans en 1946, c’est l’âge où l'on est en poésie ... C’est ainsi qu’on  qualifie cette année dans l’avant-dernière  des humanités. ... C’est celle du chant intérieur, des illusions (dit-on), de l’idéal et du rêve …J’avais 17 ans et le cœur en fête, malgré une existence dans cet espace retiré du monde qu'était un sanatorium ... mais dans un décor de rêve ...

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Vol de papillons

(Dans les pentes de Montana-Vermala)

Dans le vent fleurissaient des ombres,

Papillonnant de fleurs en fleurs,

Aussi le vent fuira dans l’ombre

Laissant les voiliers coureurs.

 

Le machaon volète en soie

Comme la feuille morte au vent.

Cicindèle toute aux abois

S’encourt folle, tête en avant,

Alors que le malin grillon

S’enfonce dans les gravillons.

 

Hommage à toi, grand apollon,

Ô, roi-papillon des montagnes

Qui se chauffe aux rayons oblongs

Toujours en quête de compagne.

 

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J’avais 17 ans … Dans mon monde particulier de côtoiement de la misère, du désespoir, du sublime et de l‘abject, la maturité de l’épreuve m’entraînait dans des considérations existentielles sans réponses que j’ai voulu traduire dans un ressenti physique …

Dialogue du vide.

                       Chant de l’inexistant,

Chant du vide et du tourment

Et affres du hasard.

A toi, mon âme et mon art.

                                                                                      

Des horloges, au printemps,

Ont scandé l’air du temps.

 

L’univers, en folie,

Boit la coupe à la lie

Et s’éternise éternellement.

 

Mes yeux trouent le néant

Et mon regard se vide.

Je chercherai toujours

Le bout, le fond du vide

Comme un moulin

Qui tourne sans vent.

 

J’ai la nausée

De l’infini des nuits.

J’ai la nausée

Des fleuves sans fin.

Je frémis du vide

Et je vomis ma peur

Du bord de mes lèvres.

 

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Au « sana » de Belgique où j’avais été soigné avant la Suisse, j’eus le réconfort de rencontrer un jeune jociste ( JOC -Jeunesse ouvrière chrétienne) de 22 ans qui me prit en amitié et me protégea des « malveillants » qui se moquaient de ma candeur … Venant d’un petit séminaire, je ne connaissais rien de la vie sexuelle … Je fus « affranchi » par un jeune voisin de lit vicieux …

Je trouvai un ami protecteur qui s’appelait Dolf (diminutif d’Adolphe, prénom exécré d’Hitler qu'on préférait ne pas prononcer) … Il était très malade, son seul poumon était en lambeau, l’autre lui avait été enlevé précédemment …

Il espérait qu’un séjour en Suisse améliorerait son état et il me demanda d’intervenir auprès de la direction de mon sanatorium suisse pour lui trouver une place, ce qui était devenu très rare, la guerre avait ramené beaucoup de tuberculeux des camps de concentration …

Le directeur, un père spiritain, que j’avais supplié, attendri par ma candeur et ma détermination, lui trouva une place. Mieux, il s’arrangea pour organiser un transfert de chambres pour libérer trois places, pour nous y réunir avec un autre condisciple de mon collège, très gravement atteint  …

Pauvre Dolf, il n’y vécut que huit jours … Il étouffa et les médecins ne purent rien faire … Nous avons vu partir son lit, couvert d’un drap, les médecins, émus, l’accompagnant …

Il fut enterré dans le petit cimetière du village voisin … Nous étions en pleine tempête de neige qui durait plusieurs jours en montagne ... Je fus autorisé à l’accompagner … Un ami m’accompagna derrière un corbillard de campagne, tiré par un cheval … La neige était tellement drue qu'on se voyait à peine ... C'était irréel ... Je garderai toujours gravé dans mon cœur le bruit du cercueil tombant dans le trou rempli de neige comme s'il méritait ce linceul immaculé …

A mon ami « Dolf »

(Décédé à 22 ans de tuberculose)

Tes si doux grands yeux verts

Aux paillettes vieil or

Ont des refrains de mer

Sans souci de la mort.

 

Tes si doux grands yeux pâles

Ont des accents de fleurs,

De fleurs et d’oiseaux mâles

Qui chantent la couleur

Des prés verts au printemps,

Toujours au fil du temps.

 

Tes si doux grands yeux clairs

Sont perdus dans la nuit,

Dans la nuit des éclairs

Et des songes qui fuient.

 

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En avril 1947, le printemps s’installa en force à coup de chaud soleil et de nature éclatante de vie nouvelle. L’eau des neiges chantait dans les rigoles ou dévalait routes et chemins.

 Mon âme de potache poète s’en donnait à cœur joie, en accents délirants qui s’élevaient à l’unisson d’une ambiance propice au lyrisme exalté.

 J’allais avoir dix-huit ans et j’avais le cœur en fleur, c’était le printemps dans un merveilleux décor de nature en fraîcheur. Les bourgeons gonflaient, repus de sève, d’où naissaient de délicates émeraudes qui deviendraient de tendres feuilles.   Les crocus et les perce-neige se dispersaient de pente en pente et les prés verts se réchauffaient au pied des sentes.

 

Printemps.

(Montana-Vermala)

 

L’herbette pousse joliette

De dessus la neige jaunie.

Le soleil réchauffe

Ses doigts engourdis

Et la sève se gonfle

De l’eau des ruisseaux.

 

L’âme des fleurs

S’éveille

Et pense au parfum

Qui sommeille

Dans leurs ventres alourdis.

 

Les oiseaux rient

En sourdine

Et lutinent

Leurs compagnes,

En pâmoison d’amour.

 

Le chamois se mire

Dans l’eau du ruisseau,

Le lézard au soleil

Rêve de roches chaudes,

Et les abeilles

Chantent le miel en fleur.

 

Le cœur des hommes

Est tendre :

Leurs yeux sont doux.

Des mains chaudes

Se tiennent

Et des baisers s’échangent.

C’est l’amour

Et le chant des anges.

 

 

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A la deuxième année de mon séjour, j’allai beaucoup mieux et je pu quitter le sana pour me promener et aller jusqu’à la station de ski de Cran sur Sierre et faire de longues promenades dans la montagne pour cueillir des edelweiss et traquer les grillons …

J’avais un compagnon d’escapade, Jean, avec lequel nous pûmes assister à la montée des troupeaux aux alpages pour y passer toute la saison, accompagnées du tintinnabulement de leurs cloches… Les montagnards en faisaient de grandes roues de fromages bruts qu’ils redescendaient de la montagne, en fin de saison, sur le dos de leurs ânes …Ils les mangeaient en "raclettes" sur des quignons de pain ou les confiaient aux fromagers pour en faire du fromage ...

Je connus l’amitié désintéressée d’un petit frère convers de l’ordre des Spiritains qui fut pour moi un ami fidèle et désintéressé ... Il m’écrivit assidument jusqu’à sa mort en me racontant tant de belles choses et tant d’envolées sublimes qu’elles me gonflaient le cœur et me faisaient atteindre des espaces irréels … George et lui m’ont appris à m’élever au-dessus de tout ce qui avili et de tout ce qui abaisse …

Sa foi était si pure, si élevée sans bigoteries que c’était comme le vent pur des sommets … Devenu incroyant, je le suivais dans les envolées de sa pensée, lui vers son Dieu et moi vers la beauté et la grandeur des éléments …

L’amitié.

Je l’ai découvert ce trésor

Que mes nuages avaient caché

Là, dans l’anfractuosité

Si noire d’un très vieux rocher.

 

Le beau diamant clair

De la pure amitié.

Celle de l’amitié fidèle 

Qui toujours est donnée,

Et qu’on ne rendra pas assez.

 

Christian, ô mon ami !

Si gentil et toujours constant,

Ton émouvante fidélité

Que je n’ai jamais méritée

Fut un défi au temps.

 

D’où viens-tu si fier univers

Très, très haut dans ta tour d’argent ?

Donne à Christian, le petit frère

Ta réponse et ton boniment.

 

Garde-lui son cœur et sa foi

Qui lui ont imposé ses lois.

Garde-lui son Dieu et sa Vierge

Comme ses prières et ses cierges,

Sa dévotion et sa flamme,

Pour toujours combler sa belle âme.

 

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Avec George et Christian, nous avons créé une petite unité scoute de cinq jeunes d’une vingtaine d’années que George, chef d’unité scoute avant sa maladie, avait créé chez les « lone scoute » scouts isolés de la fédération des scouts catholiques de Belgique…

Nous nous dépenserons beaucoup avec la complicité de la direction et de nos médecins pour nous occuper d’une unité scoute d’orphelins handicapés par la tuberculose des os que George avait créé avec les jeunes pensionnaires d’un établissement de sœurs voisin …

Nous y avons organisé de nombreuses activités : réunions, jeux, scénettes où je mettais à profit mes facultés clownesques ... Nous avons même osé un camp dans la montagne pas loin de l’établissement de sœurs … On n’imaginera jamais le bonheur qui illuminait les yeux de ces petits exclus …

Le poème qui va suivre est dédié à Jean-jean, un jeune adolescent de la troupe qui nous impressionnait par la profondeur de son regard et la pertinence de ses interrogations. … Il était tordu, dans une petite charrette qu'un plus valide poussait ...  Un jour que je bricolais avec lui, il me demanda : « Quand je serai au ciel, est-ce que j’aurai toujours le corps que j’ai » Je lui répondit qu’il serait heureux et que c'était ça qui compte ... J’ai bien vu que ma réponse ne lui convenait pas …

L’orphelin infirme.

Il avait le cœur frêle

Du pauvre oiseau blessé

Qui a perdu ses ailes,

Que les pattes ont laissé.

 

Il avait les yeux tristes

De l’enfant si mal né 

Qu’il était sur la liste

De ceux qu’on a trouvés.

 

Il était tout petit

Dans sa vieille charrette,

N’avait plus d’appétit,

Mais ramassait les miettes

Qu’on avait délaissées,

Pour la chose mal née.

 

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J’ai voulu, dans mes « rêves éveillés », réaliser le « miracle » de transposer Jean-jean dans mon monde imaginaire en l’imaginant tel qu’il le mériterait s’il se trouvait dans l’au-delà comme il l'espérait… J’ai imaginé son image, dans ce qu’il y avait de plus beau dans mon cœur romantique de jeune homme idéaliste … C’était la représentation éthérée d'une jeune fille pure et diaphane que j’ai appelée Badine

Badine.

Badine aux yeux de ciel,

Badine aux yeux de fleurs,

Tes atroces mains de sorcière

Ont révélé

Des doigts de fée.

 

Badine au regard d’ange

Pour des ciels de longues nuits,

Écarte moi ce cadavre

Dont je maudis la bosse.

Je veux les voir dans ta marre

Avec des restes de licorne.

 

Badine aux doigts de ciel,

Aux beaux yeux alanguis et doux,

Aux jambes et aux genoux,

Aux pieds en pures flammes,

Viens semer, petite femme

Dans nos beaux rêves,

Des vols d’oiseaux fous.

 

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La Condition humaine est sujette aux faiblesses ... Nous sommes des constructions complexes qui ont leur origine dans la matière avant d’évoluer jusqu’à nous … Celle-ci s’est enrichie de la faculté de l’intelligence créative … Ce qui nous a conduit à créer à partir de la croute terrestre, matière morte faite d’éléments éteints que nous avons transformés en matières évoluées, les humains, qui maintenant saturent leur habitat …

Cette condition d’origine de matière évoluée est une force et une faiblesse, car elle est soumise aux lois de l’évolution qui annulent les faibles aux profits des forts ...

Le poème qui va suivre, après les envolées dithyrambiques, veut apporter une note plus réaliste, car son appartenance à un système imposé par la loi fondamentale de la matière le conduit à évoluer par l’élimination du plus faible par le plus fort …

Cette loi apporte une réponse au questionnement de l’humain intelligent face à son environnement, son origine et son histoire … Son intelligence l'a conduit a inventer le bonheur qu'il ne trouvera pas sans contrarier les lois de l’évolution …

Questionnement

Tu as regardé les étoiles,

Tu as admiré le feu et le soleil

Et tu as dit pourquoi ?

 

Tu as vu mourir ton petit

Tu as vu souffrir ton frère

Tu as connu le froid, la misère

Tu as encore dit pourquoi ?

 

Tu as connu la joie des cris,

Du ventre plein et de l’amour,

Tu as toujours dit pourquoi ?

 

Tu as connu la faiblesse de l’âge,

Les tourments de la blessure,

Les affres de la faim

Pourquoi, encore pourquoi ?

 

Tu as appelé tes dieux

Ceux du soleil, ceux du ciel, ceux du feu

Et tu les as implorés de t’épargner.

 

Tu as travaillé, peiné, créé

Pour te défendre et subsister.

Tu as secouru les tiens,

Les as soumis et protégés.

Tu as dominé la matière

Pour la transformer.

Tu as cherché le bonheur

Et ne l’as pas trouvé.

 

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