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28/05/2010

Ch. 24 d - La rage de revenir

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Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère en début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)

Cliquer sur le dossier recherché, dans la liste des dossiers, pour l’obtenir immédiatement

 

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Ch. 24 d - La rage de revenir

 

 

Je me suis assez étendu sur l’infirmité qui a diminué mon champs visuel et perturbé la locomotion, les mouvements et la lecture pour m’attarder davantage sur un phénomène d’adaptation qui nous permet à nous, les victimes d’altérations cérébrales, de reconstruire certaines fonctions à partir de cellules inemployées. C’est à cela que s’emploient les kinésithérapeutes quand ils rééduquent les paralysés moteurs.

 

L’ensemble des cellules qui se chargent de régir la mémoire immédiate ou la mémoire qui préside aux besoins de la vie courante, comporte une zone importante où sont mémorisées les données destinées à alimenter nos réflexes.

 

C’est dans cette zone que se trouvent « stockés » l’adresse, le numéro de téléphone, date de naissance, les prénoms et noms des personnes de notre entourage, les places de chaque chose utile ainsi que des tas de renseignements réflexes qui nous servent dans la vie courante. C’est notre outil de fonctionnement, un peu comme la mémoire vive en informatique.

 

Après avoir subi ce que les médecins ont aussi appelé un «ictus cérébral », quand on me demandait mon adresse, je donnais celle (très lointaine) de notre bonbonnière près de la forêt de Soignes : les autres avaient totalement disparu. Il en allait de même pour toutes les données provenant des deux, trois années précédentes.

 

Avec la patience et l’aide obstinée d’une persévérante épouse, pendant les trois mois qui précédèrent ma reprise du travail qui se situaient heureusement pendant la période des « grandes vacances scolaires » et du ralentissement saisonnier de l’activité des sociétés, je dus donc reconstruire dans une nouvelle zone vierge de mon cerveau la plus grosse partie des données que j’avais perdues.

 

Cependant, problème de taille dans cette reconstruction mentale, les cellules nouvelles utilisées n’avaient pas la rapidité de routine des anciennes, d’où conflits et incertitudes dans mon choix de réponse qui se traduisaient par une lenteur de réaction qui irritait mes interlocuteurs.

 

Maintenant encore, je dois m’efforcer d’occulter la première réponse qui s’impose à moi pour privilégier la seconde qui a été mise à jour, mais qui, je le rappelle, reste peu performante, voire même hésitante.

 

Si je dois faire appel à des souvenirs ou données récentes, la réponse n’est pas spontanée : elle me semble apparaître lentement comme provenant d’un gouffre nébuleux d’où elle finit par se détacher et s’imposer lentement avec clarté.

 

Dans la vie quotidienne, j’ai perdu une partie des réflexes de localisation des objets utilisés dans la vie courante. Je dois faire un effort constant d’attention pour retrouver tout, que ce soit dans le bureau ou le ménage.

 

Quand je dois saisir un objet familier dans mon environnement habituel, je me dirige comme le distrait vers un endroit opposé à son emplacement normal. Pendant quelques instants, mon cerveau est dans le noir… Le réflexe de localisation qui me permet de trouver la place de l’objet monte ensuite lentement, comme s’il provenait d’un fond lointain. Je n’ai une vie normale qu’au prix d’une concentration cérébrale constante.

 

Un autre écueil sera celui que constitue le conflit entre l’ancienne et la nouvelle mémoire dans des domaines plus intellectuels tels le vocabulaire, le cheminement d’un raisonnement, le cours d’une conversation. J’ai facilement des trous que je peux maintenant attribuer à l’âge.

 

Il y a aussi le problème de la mise à jour des données anciennes qui ont la fâcheuse tendance, lorsqu’elles sont sollicitées, de supplanter les nouvelles.

 

Mon épouse dit toujours que je dois utiliser un mécanisme qui semble se mettre en place, privilégiant la donnée réflexe en ignorant celle qui veut imposer la qualité puissante de son antériorité de près d’un demi-siècle, c’est vrai, mais ça demande une gymnastique cérébrale que je ne parviens pas à acquérir.

 

Pour pallier tous ces handicaps, j’ai pris l’habitude de préparer avec soin toutes mes interventions en m’aidant de tableaux et condensés ingénieux qui me permettent de me raccrocher à une logique qui s’est avérée souvent très utile à confondre mes détracteurs.

 

Je m’équipais (et je le fais toujours) d’un agenda et de fiches qui bourrent mes poches. Je les appelle mes mémoires « de papier ». Mon agenda devint célèbre, je l’avais choisi journalier, long et étroit, ce qui permettait d’y noter une quantité incroyable de renseignements.

 

Je m’étais entraîné à miniaturiser mes notes que je griffonnais avec les moyens d’écriture les plus fins existant sur le marché. Je devins tellement performant dans cette technique que je servais souvent d’aide-mémoire à mes patrons qui m’y faisaient noter beaucoup de choses. Nous l'appelions "la mémoire de papier".  Quel renversement de situation pour moi et quelle victoire sur le sort !

 

Cette époque de ma vie restera pourtant trop dure et trop difficile. Nuit et jour, je restais inquiet, malheureux, fragilisé par des infirmités qui m’amoindrissaient, blessé de propos que j’imaginais, complexé à l’extrême…

 

J’ai l’âme écorchée :

Une pantelante friperie

Et d’inquiétants mannequins

S’agitent en pantins

Autour de ma solitude.

 

Quelle est-elle

Ma crainte des jours ?

Quelle est-elle

Ma soif des autres ?

 

Quel est-il

Ce poids des rires ?

Quel est-il

Ce coin des regards  ?

 

Des histrions sonnent le glas,

Des mages se mettent à plat

Les rois n’ont plus de couronne :

C’est la foule qui bourdonne.

 

Le ciel se couvre de mers,

La mer se couvre de plages,

Sans calmer mon âme en rage,

Torturée d’anges amers.

 

Je n’en peux plus

De jours d’enfer,

Je n’en peux plus

De ma misère.

 

{7} Ainsi que je l’évoquai plus haut, la lutte syndicale prit des allures de batailles épiques avec confrontations solennelles en réunions « extraordinaires » avec un conciliateur social dépêché par l’inspection du travail.

 

Avec le recul du temps et l’analyse à froid de cette période brûlante, il faut reconnaître que nous fûmes tous gagnés, y compris l’inspecteur social, par un lyrisme de haute qualité que développait un des principaux acteurs.

 

C’était un technicien-chimiste, passionné de langue française (que faisait-il dans un laboratoire ?). Grand, le front large, la voix chaude, il avait tout du tribun.

 

Quand il dressait sa haute stature… quand il toisait son auditoire, un silence de considération le respectait. Venait alors, non pas la diatribe habituelle des délégués syndicaux, mais une majestueuse démonstration de l’exposé clair, enrichi d’une dialectique raffinée.

 

C’était un régal ! Les débats, grâce à lui, atteignirent un niveau de qualité qui gagna les participants, tous pris d’un délire intellectuel semblable à celui du potache qui découvre les catilinaires de Cicéron.

 

Tout était fait pour nous plonger dans un romantisme de combat social cher à Zola : réunions dans des arrière-salles obscures de café où nous nous retrouvions, à l’insu de tous, en conspirateurs-manipulateurs à la recherche d’un terrain d’entente acceptable par toutes les parties.

 

Je risquais gros, mes patrons n’auraient pas apprécié cette « quasi-trahison ». C’était arrivé pourtant en toute bonne foi et presque inévitablement.

 

Après les réunions, nous avions pris l’habitude téléphonique, mon « tribun » et moi, de partager nos impressions en toute franchise et conviction.

 

Devant la tournure inextricable que prenaient certains problèmes sensibles, du fait des positions tranchées qu’adoptaient des antagonistes rocailleux, nous en arrivions à trouver un terrain d’entente de bon sens qui contenterait tout le monde.

 

En avons-nous passé des heures de communications téléphoniques pendant lesquelles nous analysions, compulsions des textes et recherchions la formule miracle !

 

Encore fallait-il la faire partager ! C’est ainsi qu’insensiblement, de chaque côté de la barrière, nous nous employâmes à arrondir les angles et finalement, nous réunir « clandestinement » pour préparer nos compromis.

 

De mon côté, je profitais de la bonne audience que j’avais auprès du grand patron de Feluy pour lui faire accepter des solutions que je savais déjà acquises d’avance.

 

Il m’en fut reconnaissant et je devinais dans ses petits yeux malins qu’il n’était pas dupe de mes tractations clandestines qui l’arrangeaient fort bien.

 

On sauvait la face et les réunions épiques qui suivirent pour entériner ce qui avait été acquis sous cape, tenait plus de la commedia dell’arte que du combat social, avec des acteurs pris à leur propre jeu, cependant peu conscients qu’ils écrivaient une des pages les plus désopilantes de la société.

 

Aussi mon fier « tribun » fut-il vite écœuré de cette duplicité qui ne convenait guère à son naturel loyal et se retirant, il jouera les seconds rôles.

 

Il fut remplacé par un bonhomme décidé qui se sentit grandir, lui le sans grade, qui affrontait d’un regard dur ces potentats de la fonction qu’étaient les chefs de Feluy, avec, tout au fond des yeux, cette imperceptible flamme tremblante d’une panique qu’il n’arrivait pas à camoufler.

 

Je le vois encore, fier de son arrogance, un jour en plein conseil, provoquant le « potentat » d’un regard qu’il voulait dur.

 

Devant lui, de l’autre côté de la table, à la gauche du grand patron, j’étais idéalement placé pour apprécier ces yeux en fond de panique qui se forçaient à défier un chef dur avec le risque de détruire à jamais sa carrière parce qu’il avait osé se mesurer à l’autorité en place.

 

J’ai admiré et respecté le courage de ces « humbles combattants » sortis de la masse lâche des autres, eux qui pourtant ne s’étaient pas retrouvés là dans un climat de lutte des classes qui n’avait pas existé jusqu’alors dans notre société bon enfant, mais poussés par quelques collègues moins courageux qui préféraient agir et les exciter dans l’anonymat de l’ombre, parfois pour assouvir des rancunes personnelles.

 

Le peuple les avait élus,

Quand il voulait l’égalité.

Ils étaient petits, sans fierté,

Pas de grande gloire non plus.

 

Les grands loups des ciels durs et rouges

Attiraient au fond de leur bouge

Des gazelles candides et tendres,

Inattentives à se faire prendre.

 

Le chevalier des mots

Débita sa tirade,

Réveillant les échos

De sa sublime aubade.

 

Les loups repus se sont calmés

Et les échos ont proclamé

La grande gloire du tribun

Et la paix au cœur de chacun.

 

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{8} L’histoire qui va suivre traîne au fond de ma conscience avec un relent de lâcheté qui me poursuivra toujours.

 

On se souviendra de mon voisin de table, père de cet enfant aveugle-né, victime de la « polio » contractée par sa mère pendant sa grossesse.

 

Il était le responsable d’un service important qui mettait au point des graisses industrielles ou en développait de nouvelles applications.

 

Le malheureux, sans doute soucieux de constituer un capital important qui aiderait son fils infirme, se laissa gagner par un concurrent qui avait connaissance d’un procédé que mon commensal avait personnellement mis au point, et qui n’avait intéressé personne jusqu’alors.

 

Une de nos sociétés fut mise au courant de la tractation et l’affaire prit les proportions qu’exigeaient, à titre d’exemple, les responsables de cette société-sœur.

 

Situation cornélienne pour moi, mon patron et le directeur responsable de mon pauvre commensal et ami me chargèrent de son « exécution » : c’était mon boulot et je ne pouvais m’y soustraire.

 

La sanction sera dure. Il traînera toujours au fond de ma conscience un puissant relent de lâcheté, avec peut-être la piètre excuse que je pensais ne plus avoir auprès des patrons de l’époque une audience suffisante pour le défendre.

 

Je fus chargé de « l’exécuter »,… de pousser sur le bouton de sa « chaise électrique » : le renvoi sur l’heure et sans préavis… avec la perte prévue par le contrat d’emploi de tous les capitaux extra-légaux constitués pour lui en vue de sa retraite, ce qui représentait un montant considérable en raison de l’importance de son salaire de cadre et de son ancienneté.

 

Je retrouvai le pauvre homme chez moi où je l’avais convié dans notre petit bureau étroit aménagé pour tenir des comptabilités.

 

Je n’oublierai jamais ses traits durs de torturé de l’existence, les mâchoires serrées, le front sec, sillonné des rides de la révolte, les yeux amers… j’entendrai toujours cette voix sourde, lasse de la fatigue des nuits de cauchemars ou des veilles sans trêves…

 

Assis devant moi, dans l’espace étroit que nous laissait notre table de travail et les rayonnages de dossiers, à la place qu’occupait habituellement mon épouse, il me disait son histoire,… il me racontait ce que je considérais comme un plaidoyer mais que ce flamand rugueux relatait sèchement et sans vaines complaisances, ni défense des faits qui lui étaient reprochés.

 

C’était un révolté contre l’injustice du sort mais qui comprenait la dimension immorale de son geste ;… il était le joueur qui avait perdu et qui n’avançait pas l’excuse de sa détresse…

 

Paradoxalement, je ne pouvais m’empêcher d’avoir du respect pour lui, je ne pouvais me départir d’un sentiment de grande considération pour sa dignité et sa misère… et d’une grande compréhension de son acte.

 

Quant à nous, à l’analyse, pouvions-nous faire autrement ! Juridiquement, la propriété industrielle des découvertes scientifiques des chercheurs appartient à la société qui les emploie, même s’il les a faites seul, avec ses propres moyens, de sa propre initiative, peut-être même en dehors de son contrat d’emploi.

 

En le licenciant pour faute grave, c’est-à-dire sans préavis, nous lui évitions cependant la poursuite pénale que nous étions en droit d’entamer. Bien entendu, notre département juridique s’était chargé de restaurer les droits de propriété mis en péril par l’action débutée par mon pauvre voisin de table.

 

L’affaire a-t-elle pris des proportions qu’elle ne méritait pas ? Je me le demanderai toujours. Peut-être avons-nous manqué d’humanité et nous sommes-nous tous laissé gagner par une coupable indifférence au sort d’un homme et d’une famille et au drame que, pour ma part, je pressentais mieux que quiconque et que je n’ai pas assez souligné avec véhémence !

 

Toi qui regardes ton ciel

Père malheureux,

Ton ciel qui fut si bleu.

 

Toi qui pleures des yeux morts,

Des yeux de soir noir,

Des yeux de vide.

 

Ô ami,

Coupable du destin,

Ton cœur est amer,

Tes yeux sont durs.

 

Vomis-la ta révolte !

Crache-la ta souffrance

A ce monde qui te rejette.

 

Hurle-la ta colère

A l'indifférence

Des marchands du temple,

A l’indifférence

Du col blanc des affaires,

A l’indifférence

Des durs bourreaux

Toujours goinfrés de lois !

 

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{9} Ce long chapitre sur « la conscience » de l’homo sapiens me conduit à une réflexion plus profonde sur ce phénomène étonnant qui ne cesse de perturber l’être humain, que l’intelligence a produit lentement et qui deviendra le censeur de ses actions.

 

C’est ainsi que je me sentis forcé de porter ma réflexion plus en profondeur pour en étudier valablement tous les tenants et aboutissants. Ce travail me prit beaucoup de temps et me confronta à d’insurmontables difficultés.

 

Je ne m’en sortis que difficilement, aussi je demanderai à mon patient lecteur beaucoup d’indulgence pour une modeste approche d’un problème fondamental qui hantera plus que jamais tout homme préoccupé de sa destinée terrestre, prolongée dans un éventuel « au-delà » et davantage encore depuis que la connaissance s’est ouverte plus en profondeur sur les sciences et la cosmologie.

 

Aussi trouvai-je important d’y consacrer le prochain chapitre tout entier pour lui apporter l’honneur et le soin qu’il mérite en prélude aux chapitres sur le milieu, le bonheur et la sérénité qui seront l’avant-propos d’une conclusion enthousiaste sur la valeur de l’existence de l’être humain qui s’efforce d’élever ses fonctions intellectuelles au sublime de l’idéal.

 

 

 

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25/05/2010

Ch. 24 c - Mes alliés

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère en début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.


Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)

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Ch. 24 c - Mes alliés.

 

A cette époque, le groupe explosait et Labofina (la filiale de recherches de Petrofina) aussi. Comme je le signalai plus avant, la première centaine de chercheurs progressa pour approcher le millier et s’étendit sur deux sites, celui de Neder-Over-Hembeek, le long du port de Bruxelles et celui du Zoning industriel de Feluy, luxueusement construit dans un style d’avant-garde avec ses abords et son entrée de prestige qui se prolongeait d’un pont audacieux enjambant le canal, dit du Centre.

 

Sans doute pour augmenter l’impact d’un « fer de lance » que Petrofina voulait se constituer dans le monde des sociétés techniquement performantes, notre société-mère avait rebaptisé Labofina d’une appellation plus universelle quant à son activité et plus ronflante, à la consonance anglo-saxonne de « Fina Research ».

 

A le suite de cet « enterrement de première classe » de notre enseigne qui trônait encore en grandes lettres bleues au-dessus de l’entrée, nostalgique, un facétieux mais spirituel collègue avait remplacé la lettre A de Labofina par le I de Labo Fini

 

Deux « patrons » menaient cet important monde de chercheurs talentueux qui s’efforçaient d’améliorer les performances des produits du groupe pour parfaire leur compétitivité face à la gigantesque concurrence des grandes puissances pétrolières qui sévissent dans le monde.

 

Ces deux hommes étaient aussi différents et opposés que possible. Autant l’un, le truculent Breton de Rennes dont je viens de parler, remarquable en société, à l’humour imagé, était désopilant et brillant, autant l’autre, Flamand supérieurement doué, d’une grande intelligence rationnelle, que le groupe avait arraché aux meilleures universités des Etats-Unis, très concis et peu bavard, contrastait par sa discrétion et la brièveté de ses propos.

 

Interlocuteur avantagé par sa fonction, je vais me permettre de les évoquer en profondeur, autant par souci historique que celui d’être complet dans l’histoire de ma vie.

 

Dès les premiers jours de mon arrivée à Labofina - transfuge, on s’en rappelle, de notre maison-mère - je devins complice de ce patron français que le mien contrariait à plaisir.

 

Cette relation privilégiée ne fit que grandir et ne prit fin qu’avec l’arrêt de ma carrière. En avons-nous passé de bons moments ensemble et comme je l’ai évoqué plus avant, avec notre administrateur-délégué de l’époque, Thierry de Menten de Hornes, passionné chercheur, pince-sans-rire affable et distingué, toujours plongé dans ses bouquins scientifiques !

 

{5}Mon joyeux et dynamique « boss » avait grand cœur et était sensible à la souffrance de ceux qui le servaient, leur venant en aide avec discrétion et gentillesse. Ce fut ainsi qu’il s’investit avec son épouse dans le cas le plus dramatique que notre société connut de toute son histoire.

 

Nous avions engagé une gentille secrétaire, talentueuse quadrilingue. Lors de son engagement, je l’avais plainte d’un orgelet important qui enflammait un de ses yeux. C’était le début d’un inimaginable calvaire.

 

Pendant près de dix ans, elle livra un douloureux et lent combat contre un mal que les oculistes ne purent jamais contrôler. Un virus inconnu s’installait insidieusement dans les délicates et bien particulières cellules de son mécanisme visuel et rien ni les plus grands spécialistes ne purent jamais enrayer une cécité totale.

 

Inlassablement, avec discrétion et investissement personnel, mon patron s’en occupa avec son attentionnée épouse jusqu’à la prendre en vacances dans leur propriété du Midi de la France, malheureuse orpheline que sa famille lassée de la charge abandonnait. Tout fut imaginé, chez nous, pour lui garder un emploi : dispositifs de grossissement avec miroirs et lentilles spéciales ou tentative de reconversion dans l’interprétariat.

 

L’inexorable destin de l’aveugle dans sa nuit éternelle attendait cette belle et intelligente jeune femme qui nous était apparue un beau jour de soleil dans toute la grâce de sa jeunesse.

 

Si je tiens à bien raconter cette histoire, c’est que d’abord, ses acteurs en méritent la relation chaleureuse et passionnée, mais aussi parce qu’elle fera mieux comprendre l’ambiguïté d’une attitude que ce patron me réserva quand je repris le travail, sans doute convaincu qu’il était de mon intérêt d’arrêter.

 

Pourtant, elle n’était pas trompeuse, cette légère étincelle d’ironie (que je comprends) livrée par un regard qui croisait le mien. Quel effondrement pour moi qui m’étais glorifié de la grande estime dans laquelle il me plaçait ! Ce fut cette attitude qui me galvanisa : je tenais à reconquérir sa considération au risque de me perdre.

 

Je ne sais si j’y suis arrivé. Ces lignes et mon histoire lui parviendront un jour. Peut-être réalisera-t-il alors l’ampleur d’un dévouement qui je lui ai toujours voué !

 

Je dus subir l’humiliation du pauvre type qu’on n’appelait plus, qui était confiné dans son bureau, qui ne voyait presque plus personne… et qui recevait quelques minables instructions de subordonnés qui avaient pris sa place.

 

J’avais groupé autour de moi un « état-major » de cadres (chefs de service et fondés de pouvoirs) qui couvraient les différentes activités de mon département. Ce sont eux qui furent appelés dans l’espoir de les voir me remplacer.

 

Les pauvres qui s’étaient gonflés d’importance et d’arrogance se voyaient déjà occuper mon « trône », et ne s’en cachaient pas. Ils devront très vite déchanter.

 

Je dois cependant reconnaître qu’au royaume des aveugles, le borgne est roi : j’avais l’avantage d’une longue carrière de près de trente ans dans la même fonction, avec le privilège d’avoir pu tout organiser à ma manière, sans avoir à m’occuper de l’avis de personne puisque j’étais seul cadre administratif.

 

Mais surtout, il y avait Feluy et ses patrons qui, eux, me furent tous acquis, ne fût-ce que pour asticoter mon joyeux Breton et lui faire perdre un peu de la suffisance que sa grande antériorité de fondateur du labo pouvait lui permettre. Ils furent trois à s’y employer… :

 

Mon ami Pierre, ingénieur-chimiste que la direction avait sorti des laboratoires pour lui confier la tâche technico-administrative importante de la sécurité et d’une activité nouvelle : l’hygiène et l’embellissement des lieux du travail. Il avait de plus la haute main sur tous les travaux de transformation et de construction des bâtiments.

 

Il venait à peine d’entrer dans ses nouvelles fonctions que je fus terrassé par cet accident cardiaque dont je sortis, on s’en souvient, ragaillardi et en pleine forme. Il me fit de fréquentes visites et ainsi s’établit entre nous une grande camaraderie de collègues, voisine de l’amitié profonde.

 

Si ces sentiments d’une grande richesse, se sont enfermés dans les brumes de mon passé, c’est que, ainsi que pour les autres qui m’ont fait l’honneur de m’en gratifier, une inconstance alimentée par les aléas et les problèmes d’une vie « d’infirme » me les ont fait estomper, bien que restés précieusement vivaces dans mes souvenirs.

 

Je crois que je resterai toujours le solitaire (comme lui d’ailleurs) qui fuit inconsciemment les autres en se réfugiant dans un monde de rêve et d’idéal où je me plais à les placer et où ils ne me décevront pas.

 

Les nombreux merveilleux amis que la vie tant de fois plaça sur mon chemin ont tous été victimes de cette apparente mais décevante infidélité qui n’a pas d’autres raisons que de cultiver dans mon souvenir des sentiments qui ne cessent de les idéaliser et de les grandir. Je suis tellement déçu quand je les retrouve si humains dans leur réalité déconcertante. C’est le lot de tous les « rêveurs » !

 

Nous étions tous les deux des passionnés de maisons de campagne, de piscines, de bricolage et de matériel divers les concernant. Aussi nos sujets de conversation étaient-ils centrés sur nos trouvailles en gadgets, trucs et ficelles de « petits débrouillards ».

 

Après mon jogging dramatiquement raté, il vint me voir toutes les semaines, dans ma tanière de bête blessée, à la campagne où je gisais, hagard, léchant des plaies qui guérissaient lentement. Il gardait foi en mes facultés de récupération et la faisait partager à ceux de Feluy.

 

Au jeune patron du site d’abord, qui m’estimait beaucoup et tenait fort à moi. Quand il apprit qu’il était nommé à l’importante fonction d’administrateur de  l’entité de Feluy, il vint me trouver et me confia son inquiétude devant l’énorme charge et la responsabilité qui lui tombait soudainement sur les épaules.

 

En toute simplicité, il me demanda de le conseiller et de l’aider à assumer cette tâche, confiant en l’expérience acquise par celui qu’il considérait comme l’un des premiers artisans de la société.

 

Il m’honorera toujours de la même considération, malgré ma déchéance et la fera partager à son entourage. Quel baume merveilleux versé sur un amour-propre écorché à vif et quel contraste avec l’ambiance de Neder-Over-Hembeek  ! Sans eux, je n’aurais peut-être jamais tenu !

 

J’ai toujours éprouvé la plus grande admiration pour la qualité de son intelligence : méthodique, rationnelle, efficace. Pas de long discours, un verbe concis, clair… il exigeait des autres la même approche des problèmes, ce qui était pour beaucoup très difficile.

 

Si on exposait mal son affaire en se perdant dans des périphrases oiseuses, il avait la délicatesse de ne pas le faire remarquer mais d’arrêter son interlocuteur en disant : «Je ne comprends pas ». Quand ça arrivait, je savais que le littéraire que je restais devait rapidement se convertir en comptable rationnel, en reprenant et schématisant mon propos.

 

Quand j’arrêtai pour défaillances cardiaques, il patienta près d’un an avant de me remplacer. Mon ami Pierre, toujours lui, venait aux nouvelles et me transmettait son désir de me voir reprendre à mi-temps. Si je ne le fis pas, c’est que le cœur était foutu, ce qui nécessita l’intervention chirurgicale qui a failli mal tourner. (voir chapitre précédent).

 

Le Directeur-Général de Feluy, troisième de ce trio de mes alliés, était un personnage très contrasté, rocailleux… Insuffisamment compris, il était d’une très grande noblesse de cœur et d’esprit.

 

Véritable gentilhomme de vieille souche, il en avait la grandeur et le dévouement, mais aussi l’intransigeance et la dureté. Je pense qu’il n’appréciait pas beaucoup ma position de compromission, louvoyant dans les principes, m’en accommodant ou les bousculant.

 

Grand chrétien par devoir et conviction, il avait le mérite de sacrifier une bonne partie de ses vacances pour accompagner, en tant que principal responsable, des malades qui recherchaient réconfort ou ultime espoir dans un pèlerinage à La Vierge de Lourdes.

 

A Feluy, nous nous sommes davantage connus car sa fonction comportait parfois une part administrative, ce qui nous permit de travailler ensemble.

 

C’est ainsi que nous eûmes l’énorme et fastidieuse tâche de la refonte du règlement de travail qui devait se faire en accord avec les conseils d’entreprise des deux sites.

 

Un travail de « Bénédictins » quand on considère qu’il doit obtenir l’accord des quatre parties (deux à Neder-Over-Hembeek et deux à Feluy). En fallut-il d’heures de patientes recherches de la phrase ou des termes qui contenteraient tout le monde !

 

J’étais passé maître en montages de textes pour créer des tableaux synoptiques qui facilitaient leur comparaison et simplifiaient leur correction.

 

Puisque nous y voilà, parlons-en de ces conseils d’entreprise ou de ces comités de sécurité, d’hygiène et d’embellissement des lieux de travail.

 

Ces organes de la vie des sociétés sont apparus progressivement au sortir de la guerre. Ce fut un des plus importants acquis de la longue lutte syndicale de l’époque.

 

Le responsable du personnel y joue un rôle prépondérant. C’est lui qui veille à l’application des lois sociales en coopération avec les délégués syndicaux.

 

Les membres des deux conseils sont élus au suffrage universel tous les quatre ans. Ils élisent un secrétaire et établissent l’ordre du jour en collaboration avec celui que l’on prit coutume d’appeler le chef du personnel et qui sert d’intermédiaire entre les deux parties.

 

C’est dire, puisque j’exerçais cette fonction, que ma tâche devint lourde (quatre réunions par mois) et délicate (à Feluy couvaient d’importantes tensions sociales), mon ami Pierre s’efforçant de me soulager au maximum.

 

Je passerai sous silence, tellement elle fut peu officielle et symbolique, la réunion des représentants des cadres à laquelle je participais également, que je devais assumer et préparer.

 

Si j’ai à cœur de m’attarder particulièrement sur cette période de ma vie, c’est qu’elle fut tellement riche des contacts que j’eu le privilège d’établir avec « les petits, les obscurs, les sans grades » qui représentaient le personnel dit barémique.

 

Il s’agissait du personnel non universitaire dont le salaire était réglementé par les lois sociales, selon un barème défendu par les instances syndicales de chaque secteur d’activité.

 

Une subtilité étonnante résultant de la spécificité complexe de notre centre de recherche était que nous étions classés par l’inspection du travail - dont c’est une des prérogatives - dans le secteur des « divers », alors que nous appliquions les barèmes du « Pétrole » en vigueur dans les sociétés pétrolières.

 

Ce fut un des premiers litiges qui nous opposa aux représentants du personnel. Nous voulions défendre notre position qui consistait à éviter un classement qui nous forcerait à nous soumettre à certaines contraintes administratives plus paperassières qu’autre chose.

 

Appliquant la politique sociale du groupe, régie par son appartenance pétrolière, aucun danger n’existait donc d’un quelconque préjudice à l’encontre du personnel de Labofina.

 

Aussi, je défendis cette position, bec et ongles, convaincu de servir ma société en la débarrassant de complications administratives sans intérêt puisque l’essentiel quant au fond était sauvegardé.

 

Cette première « bagarre » fut particulièrement difficile pour moi. L’accident cérébral m’avait fait perdre la subtilité de répartie qui me caractérisait précédemment.

 

Je devais donc longuement préparer mes interventions que je synthétisais en résumés synoptiques qui me permettaient de conserver le fil de mon raisonnement ou de m’y raccrocher.

 

Pour mieux faire comprendre la complexité du mécanisme cérébral que j’ai mis en place pour maîtriser et coordonner ma pensée et redevenir un intellectuel valable, il est important que je m’étende quelque peu sur les « bricolages » et astuces que j’ai utilisés. Ils m’ont aidé à palier les ravages subis par certaines de mes fonctions cérébrales qui devinrent tributaires de deux mémoires :

- celle constituée d’acquis anciens qui n’avaient pas été atteints,

- et une nouvelle (beaucoup moins performante) que mon cerveau avait dû construire pour les événements récents ou immédiats à partir de cellules inemployées disponibles chez les êtres supérieurs et en tout cas chez les humains.

 

Les médecins de Saint Pierre m’avaient, vraisemblablement par erreur, mis en état d’hibernation artificielle en m’exposant à des risques d’altérations cellulaires cérébrales irréversibles : c’est ce qui s’est produit, malheureusement pour moi, dans les zones de la vision (hémianopsie) et de la mémoire immédiate.

 

Dans ma prochaine intervention, j'expliquerai comment j'ai pu m'organiser pour arriver à défendre une position aussi délicate et essentielle de celui qu'on appelle maintenant le responsable des relations humaines : servir d'intermédiaire doué de l'art du compromis, en vue d'aboutir à un accord valable, en respectant les exigences légales.

 

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21/05/2010

Ch. 24 b - Cerveau perturbé

 

 

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère au début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)  Cliquer sur le dossier recherché pour l’obtenir immédiatement

 

 

Ch. 24 b - Cerveau perturbé

 

{3} Comme si ce n’était pas suffisant, l’accident cérébral avait atteint une autre région importante du cerveau d’un homme normalement cultivé : celle qui mémorise les événements immédiats ou récents. C’est en quelque sorte la mémoire vive de notre ordinateur-cerveau.

 

C’est terrible et affolant. Heureusement, avec la volonté et l’exercice, ces zones de mémoire se reconstituent assez rapidement, bien qu’imparfaitement. Cependant, devenues complémentaires, elles restent lentes et peu performantes, comme celles du paralysé moteur qui récupère difficilement sa mobilité.

 

Je me trouvai ainsi, au lendemain de cet accident qui a bouleversé ma vie, complètement désemparé, conscient de moi-même, mais isolé comme dans un immense hall de gare à la Delvaux, à l’écho douloureusement sonore.

 

Je regardais les gens, les reconnaissais dans un lointain vague, les écoutais parler un langage que j’entendais mais déchiffrais à peine : juste pour dire oui ou non, ou pour demander à boire ou manger.

 

J’entrai dans un monde absurde, incohérent…, avec des personnages glacés, impersonnels…, toujours Delvaux,… comme ses femmes froides et nues… immobiles…

 

Ces creux dans les tempes

Ces échos dans les yeux

La douleur des sons.


La douleur sous les cils,

Le mal dans les yeux.


Longueur infinie des halls,

Les êtres n’ont plus de chair,

La vie est immobile.


Le bruit énorme

Qu’on n’entend pas

Fait trop mal.


Le vide reste le vide,

L’angoisse craint le vide,

Le ventre aspire le vide,

La gorge rejette le vide,

Le vide appelle

Le vide.

 

Mon cerveau enregistrait mais ne décodait pas. J’essayais de lire,… je voyais les mots, les reconnaissais comme familiers, comme connus, mais ne leur trouvais plus de sens…. Cet hébétement dura quelques jours, je crois… mais sans doute quelques semaines, d’après mon entourage… je ne sais plus… Le temps aussi avait perdu sa valeur…

 

Pourtant je restais conscient de ce que j’étais, de mon identité, de mon passé… Orgueilleux, je refusais la déchéance intellectuelle que mes proches pourtant constataient avec douleur…

 

Ce fut un long calvaire pendant lequel je réalisai l’étendue des dégâts qu’aggravait l’hémianopsie qui perturbait la lecture à un point tel que je n’arrivais plus à déchiffrer le moindre texte.

 

Mon médecin, qui ne savait plus à quel saint se vouer, m’envoya une logopédiste (spécialiste du traitement des difficultés de lecture ou de langage surtout chez les enfants) qui s’efforça de m’aider avec des exercices et des moyens primaires qui m’excédaient et m’humiliaient.

 

Elle abandonna honnêtement, constatant que j’avais trouvé par moi-même des trucs et procédés de fortune pour m’en sortir, ce qui contrariait son intervention.

 

Ô mes amis perdus :

Les livres qui ne parlent plus,

Les pages que je ne vois plus,

Les mots que je n’entends plus,

Les lettres qui font peur.


Le long cortège des lignes,

Ces lignes à bout d’angoisse.

Le long cortège des sons,

Ces sons qui n’ont plus de sens.


Ô mes amis perdus :

Mes livres étrangers,

Aux pages abîmées,

Aux mots engloutis,

Aux lettres délavées.


Un long tunnel noir

A creusé sa galerie

Dans la nuit de ma mémoire

Pour mes mots orphelins

Qui ont perdu leur père.

 

Lentement, patiemment, je reconstruisis mes mécanismes immédiats de perception des choses et de la reconnaissance des signes graphiques qui constituent les éléments d’un texte.

 

Le plus étonnant, c’est que l’écriture ne posa jamais de problèmes, comme si elle s’était dissociée de la lecture. J’écrivais les mots à la dictée correctement, mais sans comprendre leur sens. Il faut croire que la conjugaison des différentes infirmités créa dans mon mécanisme cérébral des phénomènes anarchiques difficilement explicables.

 

Seule donc pouvait me sauver une lente détermination à tout réorganiser, avec lenteur d’abord, sans rien précipiter, découragé parfois mais jamais longtemps, obstiné, rageur,… humilié par le regard des autres … des amis… des miens, … de mes enfants surtout…

 

L’infirmité visuelle me rendait maladroit : je cognais, bousculais tout et tout le monde. Je m’excusais, me confondais en humiliantes explications… Je me fracassais sur des portes à moitié ouvertes que je ne voyais pas… j’en restais quasi assommé, le front saignant, les lunettes tordues…

 

Pour m’aider à mieux explorer cette moitié droite que je ne voyais plus qu’à coups de brusques éclairs d’un furtif mouvement de l’œil dans son orbite, je complétais l’exploration de ce monde extérieur devenu hostile, en m’aidant de la main droite qui se baladait partout, parfois malencontreusement aux risques de réprobations scandalisées.

 

Bien qu’imparfaitement, je domine beaucoup mieux tout ça maintenant. J’ai acquis une grande habileté de manœuvre et j’ai retrouvé une vie normale.

 

Avec l’aide de ma sublime épouse, compagne discrète, héroïque et tenace, je reconstruisis lentement mon univers professionnel. Elle tenait des comptabilités dont j’assurais les bilans et déclarations fiscales.

 

 

Dans notre maison de campagne où nous nous étions réfugiés (et cachés) pendant les grandes vacances de juillet-août, (c’était arrivé en juin) patiemment, elle me soutint, vérifiant mes travaux, les corrigeant sans cesse. Au début, ils se limitaient aux longues et fastidieuses additions. A l’époque, l’informatique comptable n’était pas encore venue les éliminer.

 

C’était infernal, moi qui avais toujours été performant dans cet exercice, je n’arrivais plus à aligner une série de chiffres correctement. Maintenant encore, je suis obligé de me vérifier : seule une grande concentration me permet de reproduire correctement un chiffre. Je ne sais quelle aberration mentale me fait encore lire un chiffre et en inscrire un autre…

 

Instinctivement, je me forçai à ce que j’appelai « le double contrôle » qui consiste d’abord à lire et inscrire le nombre et ensuite de le vérifier dans une seconde lecture-contrôle.

 

L’avènement des programmes informatiques comptables qui apparurent sur le marché peu de temps après, en supprimant les additions, ces abrutissantes et fastidieuses corvées de notre métier, tomba bien à pic pour moi. Tout le monde sait que c’est un des nombreux avantages que cette nouvelle technique apporta comme je le soulignai plus avant.

 

Cet intermède dramatique de rééducation dura trois mois. J’avais retrouvé une partie de mes moyens et avec grande appréhension me lançai, fragile et amoindri, dans la bagarre de la reconquête de mon milieu professionnel.

 

{4} Ce fut cauchemardesque au début. D’abord, je dus dominer ma terreur de conduire un véhicule. La demi-vision me donnait un sentiment angoissant d’insécurité. Cette moitié droite que je n’explorais qu’à coup d’éclairs d’images furtives m’obsédait de l’éventuelle apparition de véhicules prioritaires surgissant impérieusement à ma droite.

 

J’avais pris la sage précaution d’avertir mon assureur qui, assez inconscient d’une infirmité peu courante (si ce n’est chez des individus séniles qui ne conduisent plus), m’autorisa la conduite d’une voiture sous condition suspensive de revoir sa position en cas d’accident à mes torts.

 

Moi qui n’avais connu que de rares accrochages, je me rattrapai mais toujours en plein droit de priorité de droite. Le « topo » était toujours le même : la « queue de poisson » que des effrontés n’hésitaient pas à risquer, habitués à ce que les conducteurs s’inclinassent devant leur arrogance.

 

Je freinais souvent à la dernière minute en évitant l’accrochage. Un jour un collègue facétieux, peu conscient de mon handicap ou ne l’ayant pas compris, se permit par blague gamine, de me couper, alors que nous roulions à très vive allure en pleine autoroute.

 

Comment en sortîmes-nous vivants, tous les trois, car il avait un passager. Allah (pour ne pas toujours se référer au même) seul le sait ! Son passager me rapporta après qu’ils en sont restés tous les deux malades et pâlots toute la journée.

 

Comme je l’appréhendais, les premiers mois pendant lesquels je m’efforçai de réintégrer mon milieu professionnel furent atroces. Aucune pitié, ni considération : j’étais l’imbécile qui avait fait le « con ».

 

Malgré ma demi-vue, j’avais suffisamment de subtilité visuelle pour saisir les sourires moqueurs et les gestes peu amènes qu’ils faisaient en aparté ou dans mon dos.

 

Dans ma nuit de misère,

J’ai entendu ricaner les chacals,

L’appel long des hyènes


J’ai vu voler les vampires,

J’ai connu le froid des regards

J’ai perçu la lueur de l’ironie,

Si lointaine, perdue

Au fond de petits yeux mous.


J’ai connu la blessure

Que torture la bête cruelle.

J’ai vu l’âme sale

Des anges noirs,

Les longs ricanements

Des anges fourbes.

 

Mon patron lui-même, le joyeux Français de Rennes, que j’avais servi avec dévouement et tant de fidélité, fut dans un premier temps impitoyable, convaincu que le meilleur service qu’il pouvait me rendre était de me décourager et me renvoyer chez moi avec un statut favorable qu’il était prêt à défendre auprès des maîtres de notre groupe.

 

C’était sans compter avec le tempérament que la vie m’avait donné en me poussant à toujours me relever quand j’avais un « genou à terre », même si, ce qui fut le cas, je devais m’y reprendre avec une obstination de brute.

 

Le prochain "billet" sera consacré aux difficultés que j'ai rencontrées pour reconquérir mon milieu social et professionnel, dans un  dur combat inégal dans un entourage méprisant (j'étais l'imbécile qui avait fait "le con"), soutenu cependant par certains alliés (amitié, foi en mes facultés de récupération ou opportunité)

 

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18/05/2010

Ch. 24 a - La conscience de l'homo sapiens

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère au début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le dernier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)  Cliquer sur le dossier recherché pour l’obtenir immédiatement

 

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Ch. 24a - La conscience de l'homo sapiens


Avant toute chose, il est important de bien définir un concept qui caractérise l’homo sapiens, qui est né et s’est vraisemblablement développé avec l’intelligence et qui s’appelle : la conscience.

 

Dans le développement de ce préambule, je m’en tiendrai au sens premier étymologique et philosophique du terme donné par les dictionnaires, réservant pour la fin du chapitre certaines considérations sur son sens occidental religieux hérité de l’humanisme chrétien.

 

Selon Hachette, il s’agit de l’intuition plus ou moins claire qu’à l’esprit de lui-même, des objets qui s’offrent à lui ou de ses propres opérations.

 

Littré énoncera que c’est le sentiment de soi-même ou un mode de sensibilité générale qui nous permet de juger de notre existence : c’est ce que les métaphysiciens nomment la conscience du moi.

 

Pour Larousse, ce sera la connaissance intuitive ou réflexive immédiate que chacun a de son existence et de celle du monde extérieur.

 

Et le Grand Robert énoncera en priorité que c’est la faculté qu’à l’homme de connaître sa propre réalité et de la juger.

 

Dans une synthèse claire de ces quatre définitions, je formulerai que la conscience est la connaissance intuitive ou réflexive immédiate que nous avons de nous-même et de l’environnement extérieur qui nous permet de juger de notre existence et d’affirmer notre individualité.

 

Je pense donc je suis disait Descartes, manifestant ainsi de manière lapidaire la perception intelligente de son « ego » - « To be or not to be » dit Hamlet, en contemplant un crâne.

 

Affirmer son identité, découvrir sa personnalité sont des manifestations intelligentes que nous mettrons quelque temps à percevoir et prétendre. Le petit enfant parlera de lui à la troisième personne comme d’un autre.

 

Le « moi » deviendra obsessionnel et exclusif quand l’entourage des autres et le familial en particulier, lui aura fait découvrir les avantages de l’égocentrisme.

 

Cette identification, qui sera d’abord physique, en appelle une autre qui est l’apanage de l’homme performant du vingt et unième siècle, à savoir : l’affirmation de sa pensée, siège du raisonnement et de l’imagination soutenus par la mémoire.

 

{2} Si je me suis permis ce long préambule, c’est qu’à ce stade de mon propos, je tiens à bien mettre en place tous les tenants et aboutissants d’un événement que je veux analyser en profondeur et qui a perturbé ma personnalité en bouleversant ma mémoire qui perdra la notion du passé récent et celle de son individualité.

 

La « pensée acquise » est le résultat d’un brassage d’idées, de sentiments exprimés, de concepts reçus et de toutes sortes de manifestations qu’elle a enregistrées, qu’elles soient intérieures ou extérieures. Elle s’est construite à partir « d’acquis personnels » mis en place en fonction du milieu éducatif qui lui est propre.

 

Cette délicate pyramide qui fait toute la grandeur de notre personnalité fut ébranlée et mise à mal par un événement malheureux que la destinée me réservait et qui fut marqué par la plus incroyable malchance qui ne peut que révolter celui qui en est victime.


Je laisse à mon compatissant lecteur qui va prendre connaissance des pages qui suivent, le soin d’en juger par lui-même.

 

Depuis quelques années, je participais aux « vingt kilomètres de Bruxelles », semi-marathon qui se déroule dans la ville chaque année, au début du mois de juin.

 

Cette année-là, en 1983, j’avais, par inadvertance, omis de m’inscrire dans les délais voulus. Je m’en consolais, car le printemps avait été particulièrement pluvieux et froid, ce qui avait retardé la mise en place de mon potager de la campagne.

 

Aussi je comptais profiter du retour brutal, fin mai, de conditions climatiques plus clémentes mais particulièrement chaudes pour combler ce retard.

 

J’avais fait part de cet oubli à notre « garçon de course » de Labofina qui s’était enquis de ma participation. Hasard, ce jour-là, par distraction (malheureuse pour moi), il dut retourner à l’hôtel de ville de Bruxelles qu’il venait de quitter pour récupérer un document oublié, ce qui lui fit croiser inopinément (nouveau coup d’un hasard malheureux) un responsable de l’organisation du semi-marathon qu’il n’avait plus vu depuis belle lurette et à qui il pense m’être agréable de demander un passe-droit « in extremis ».

 

A la suite d’un désistement de dernière minute, (nouveau croc-en-jambe du destin) son interlocuteur venait de récupérer ce qu’il fallait pour participer (dossard et instructions) qu’il refila, réticent, à notre dévoué coursier. Triomphant, celui-ci me l’amena, assez fier de l’importance de ses relations.

 

Je jouai la comédie de la reconnaissance tout en m’inquiétant cependant de cette pression supplémentaire sur mon calendrier gonflé.

 

La veille de l’épreuve, un samedi, je jugeai urgent de labourer les vingt ares de mon champ de « patates » et de mon potager qui se trouvaient toujours en repos hivernal. Ce fut particulièrement pénible, le terre argileuse détrempée freinait mon motoculteur que je devais aider en m’arc-boutant dessus.

 

Je me présentai le lendemain, près de deux heures à l’avance, pour être bien placé non loin de la ligne de départ, apparemment en bonne forme malgré tout et après avoir en guise de mise en jambes (sottise de ma part), couru les quelques kilomètres qui séparent mon domicile de la sortie du Cinquantenaire où se situait le lâcher des concurrents.

 

Bien placé, à quelques mètres du « starter », stoïque, je patientai en suant sous un soleil particulièrement ardent (nouvelle saloperie du destin) pendant près de deux heures, au milieu d’une foule impatiente de concurrents de plus en plus piaffants, qui s’étaient amassés comme moi en vue du départ.

 

Il fut enfin donné et je tins bien le coup pendant la première heure, assez fier d’une condition physique qui ne pouvait que m’enivrer. Euphorique, je courais souplement, détendu, provoquant même des plus jeunes que moi.

 

J’aurais dû prendre garde aux effets trompeurs de l’acide lactique qui se déverse dans la musculature pendant un effort prolongé pour estomper la douleur musculaire en la remplaçant par un bien-être ineffable et un sentiment de puissance incomparable.

 

Je les ressentais sans m’en méfier, tellement à cinquante-quatre ans, après un parcours médical aussi chaotique que fut le mien, j’étais glorieux de ma réussite sur tous les plans qu’ils soient familiaux, professionnels, culturels ou physiques.

 

C’était en quelque sorte mon apothéose à moi, il me semblait que cette foule qui nous applaudissait ne s’adressait qu’à moi et que je monterais seul sur le podium pour m’envelopper de sa ferveur…

 

Pourtant, dans la seconde partie du parcours, je commençai à ressentir une légère douleur épigastrique accompagnée d’une soudaine impression désagréable de grande lassitude. Je continuai cependant, persuadé que c’était passager et que je devais comme disent les sportifs, trouver mon second souffle.

 

Il ne vint jamais, bien au contraire ; plus j’avançais, plus m’écrasait un sentiment de profond épuisement. Pourquoi, ne me suis-je pas arrêté alors ? Orgueil, fatuité, foi en soi, besoin de se surpasser,… peut-être aussi état d’inconscience qui n’autorise plus certains réflexes de défense… comme celui d’abandonner… !

 

Toujours est-il que je continuai comme un automate. La douleur au creux de l’estomac me broyait.

 

Je ne courais plus, je marchais… pour finalement tituber,… et me haler, hagard, dans la dernière côte, celle qui monte interminablement en partant des étangs de Woluwé pour aboutir aux arcades du « Cinquantenaire », fin espérée du calvaire.

 

Les spectateurs, inconscients du drame que je commençais, m’encourageaient, me soutenaient, me poussaient, me tiraient…

 

J’étais ballotté, flottant tel un zombie, avec autour de moi d’autres lamentables victimes d’une soudaine canicule, qui gravissaient lentement, vidés, l’interminable côte.

 

Et puis, j’aperçus une ambulance, stationnant de l’autre côté du terre-plein qui borde la voie centrale et je m’arrêtai.

 

Poussée par le seul réflexe de bon sens de ce jour de misère, la raison m’imposa d’avoir recours à cet humiliant secours.

 

Je crus reconnaître Benoit, mon fils, dans cet homme jeune qui me soutint jusqu’aux ambulanciers. Il était calme, pas très concerné et ne disait rien : c’était sans doute un autre qui lui ressemblait ou … son fantôme…

 

L’ambulance mit beaucoup de temps pour aboutir finalement, non loin de là, dans un grand espace aménagé par la croix rouge, avec des tentes bien alignées dans lesquelles un personnel, débordé par un afflux imprévisible des victimes de ce brusque changement de température, s’affairait pour parer au plus pressé.

 

Pendant le trajet, on m’avait fait boire une épaisse saumure, écœurante et lourde qui avait présenté l’avantage, ô combien providentiel, de faire disparaître comme par enchantement la crampe d’estomac qui me tenaillait depuis plus d’une heure. N’ayant pratiquement pas bu pendant plusieurs heures, j’étais complètement déshydraté.

 

Aussi je commençai à reprendre mes esprits et à me dire que ce petit incident ne serait tout compte fait qu’anecdotique.

 

Soumis et patient, j’attendis comme les autres la suite des événements et ma libération prochaine pour retrouver mon épouse et mes enfants qui devaient s’affoler de ne pas me trouver à l’arrivée.

 

J’avais, dans l’ambulance et lors d’un interrogatoire sous la tente, confié à mes interlocuteurs mes déboires médicaux et antécédents cardiaques, si bien qu’on crut sage de faire vérifier ça en établissement hospitalier.

 

Pas trop convaincu, mais forcément contraint, je repris place dans la belle limousine ornée de croix rouges qu’on laisse passer avec respect quand elle fonce tous phares allumés et sirènes hurlantes au travers des carrefours.

 

Sa destination programmée selon le scénario normal des organisateurs était les cliniques universitaires  Saint Luc  qui s’étaient drillées et organisées en conséquence. Mais l’inattendue révolution des conditions atmosphériques avait causé la saturation de services pourtant prévus pour affronter les situations les plus catastrophiques.

 

C’est ainsi que, récolté parmi les derniers du massacre, je fus transféré à l’hôpital  Saint Pierre, l’autre institution universitaire de Bruxelles.

 

Ce changement de « saint » ne me réussira pas : l’autre bien qu’hiérarchiquement supérieur ou du moins son personnel n’étant visiblement pas à la hauteur ou moins bien préparé,… jugez-en vous-même et relevez au passage la malchance qui me poursuivait toujours….

 

Une fois débarqué de l’ambulance, le reste se passa très vite. A peine étais-je étalé sur un lit, la bouche ouverte pour expliquer mon affaire, qu’un personnel excité, composé de stagiaires et de remplaçants, visiblement débordés, à la limite de l’incompétence, se jeta sur moi, me mit à poil, me piqua pour me calmer car je me débattais comme un beau diable… et me transféra sur un lit de glace où je ne tardai pas à sombrer dans l’inconscience la plus totale.

 

Mais que leur avait-il pris à ces nigauds en pleine panique ! Toujours est-il que l’histoire invraisemblable qui m’arriva bouleversera ma vie et celle des miens.


Une erreur d’identité (énième malchance), due à Dieu sait quel inconscient, avait trompé les autres qui étaient convaincus qu’ils devaient stopper les risques d’accident cardiaque qui menaçait celui qui dans la chambre à côté, avait mon nom inscrit sur la fiche pendue au pied de son lit.

 

Quand mon épouse et mon fils Patrick, avertis et affolés, vinrent me voir, dans la soirée, ils se retrouvèrent devant un individu dans le plus simple appareil, usurpant inconsciemment mon identité, mais alors dans un piteux état. (Signalons au passage que lui est sorti indemne de l’aventure, comme il me le fut rapporté après)

 

« Mais ce n’est pas mon mari ! » s’écria ma pauvre femme, d’où affolement, branle-bas de combat, cris, portes qui claquent,… on court, on se gêne, on s’invective…pour finalement arriver, grâce à une subreptice et discrète mutation de fiches, à leur présenter votre serviteur dans la chambre à côté de celle de l’innocent usurpateur, porteur de sa véritable identité, inconscient, étendu sur un lit de glace.


Il a beaucoup de température, prétendait un carabin suffisant, à qui mon épouse tendait en vain un thermomètre qui assurait le contraire. Mieux, elle se fit éconduire avec ces mots : «C’est nous qui sommes médecins, nous savons ce que nous faisons…. » - persuadé, sans doute, que j’étais mon voisin mal en point. C’est ainsi que malheureusement je restai trop longtemps (peut-être toute la nuit) sur ce matelas réfrigérant.

 

On conviendra volontiers à la suite de cette longue relation de mes avatars, que la chance avait vraiment décidé de se foutre de moi. Cependant, elle me réservait l’apothéose :

 

Après cet intermède sur mon lit de glaçons, bien rafraîchi comme une honnête bouteille de mousseux, j’aurais, si j’étais fait comme tout le monde, dû normalement me retrouver en pleine forme et ragaillardi par cette brève parenthèse « arctique » cependant « ravigotante ».

 

Ce ne fut pas le cas : la « glaciation » si je peux me permettre cet emprunt au vocabulaire géologique, de mes tissus cérébraux en avait détruit quelques-uns dont j’ai dû apprendre par la suite à me passer des fonctions importantes qu’ils géraient.

 

La vue, d’abord : hémianopsie que ça s’appelle. Notre œil reçoit une image au travers du cristallin pour en capter les différentes composantes (ou points) au moyen de minuscules cellules nerveuses qui les traduisent en impulsions cérébrales de la même manière que travaille une caméra de télévision qui les enregistre par ses pixels.

 

Une particularité propre aux vertébrés supérieurs consiste à partager cette image en trois zones de réception : la centrale qui ne capte que celle très réduite de la vision centrale, c’est celle de l’horloger quand il travaille avec son monocle grossissant, ensuite les latérales, gauche et droite qui se chargent bien entendu des moitiés gauche et droite de notre champ visuel.

 

Ce qui caractérise l’hémianopsie ou la perte par accident cérébral de la perception d’une partie de l’image que l’œil « voit » parfaitement comme tout le monde, c’est l’absence de signaux reçus par le cerveau, suite à l’interruption microscopique qui s’est produite accidentellement dans la chaîne de neurones qui les transmet.


Atteinte d’hémianopsie droite, ma vision cérébrale se limite à la partie gauche de mon champ visuel. (Ne parlons pas de la vision centrale qui je le rappelle se charge d’une zone très réduite du centre de l’image perçue).

 

Cette infirmité est très dure à subir. Par entraînement les yeux doivent s’efforcer de capter l’image complète en deux temps, pour la reconstituer en imagination. Je n’y suis pas encore parvenu valablement.

 

La lecture de gauche à droite pour l’occidental que je suis est fatigante parce qu’il faut la découvrir rapidement au fur et à mesure de son parcours central (comme si on faisait glisser un cache au centre de l’image perçue au fur et à mesure de la lecture horizontale) avec l’inconvénient en bout de ligne de perdre le repère de la suivante, puisque au retour le cache occulte le texte tout entier, y compris la ligne précédente.

 

La seule façon d’en sortir consiste à suivre avec un doigt le texte lu et avec l’autre de garder le repère de la ligne suivante. On conviendra dès lors que la lecture devient lente, contraignante, fatigante et perd une bonne partie de son charme.

 

Heureusement qu’il me reste l’écriture par traitement de texte comme je l’ai signalé dans l’introduction. Dans l’acte manuscrit, il y a le problème des fins de lignes que j’aperçois trop tard quand le mot est commencé et qu’il va s’achever en dehors de la feuille qui devrait le recevoir. Cela m’arrive de le faire, quand le support sous la feuille n’offre pas un contraste suffisant avec la page écrite.

 

Dans le blog suivant, je raconterai le calvaire que fut pour moi, la lente remontée de réintégration physique et mentale de mon milieu familial et social et le dur combat pour y arriver avec un mental et un physique convalescent et une demi-vue.

 

 

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09:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |

14/05/2010

Ch. 23 g - Souffrance et anges de la terre

&l

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

__

Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère au début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)  Cliquer sur le dossier recherché pour l’obtenir immédiatement

 

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Ch. 23 g - Souffrance et anges de la terre.


Si je me suis étendu aussi longuement et d’une manière aussi détaillée sur cette période difficile de ma vie, c’est que dans ce sous-chapitre consacré à la souffrance, je tenais à compléter ma réflexion de certains éléments qui me sont venus à l’esprit à la suite de mon expérience.

 

{8} D’abord, en priorité, je tiens à magnifier le rôle de l’infirmière et de la femme dans ces moments de détresse et de solitude qui caractérisent ces périodes de torture physique.

 

Leur sourire est lumineux comme une étoile brillante qui perce des nuits obscurcies de nuages noirs et lourds. Vous la cueillerez au vol, cette expression du cœur, comme un oiseau furtif, quand il apparaîtra sur leurs lèvres ; vous la garderez au plus profond de vous-même, afin d’y puiser à son souvenir un peu de courage et de réconfort quand ça n’ira plus.


On s’accroche aussi à leurs beaux yeux doux quand ils passent et prennent pitié : on se plonge alors dans l’immensité infinie d’un regard de tendresse. On y aperçoit un peu de ciel bleu. On s’y abreuve d’espoir, l’espoir que ça va finir.


Mais surtout, il y a ces mains, ces si belles mains de femme, faites pour la caresse à l’enfant malheureux dans sa nuit de cauchemar,.. . faites pour rafraîchir un front brûlant,… faites pour trouver dans votre couche les plis qui font mal,… faites pour donner,… faites pour aimer… ces mains de femmes que Dieu, pour se faire pardonner, a envoyé à ceux qui souffrent pour adoucir leurs souffrances…


HYMNE AUX ANGES DE LA TERRE.

 

Vous avez dans les yeux

Des étincelles d’or

Qui tombent comme un baume

Sur les plaies des corps.

 

Vous avez dans les yeux

Des rires d’enfant clair

Qui cascadent en nos âmes

Déchirées et amères.

 

Vous avez dans les yeux

Des étoiles, des brillants

Qui sourient dans le ciel

Pour calmer nos tourments.

 

Vous avez les mains douces

Des mamans du cœur

Qui caressent la douleur,

Et apaisent les plaies.

 

Vous avez les mains chaudes

De l’amour .

Vous avez les mains tendres

De la caresse.

Vous avez les mains fines

De la tendresse.

 

Vous avez des mains de sœurs

Qui effleurent nos fronts brûlants

Vous avez des mains de fleurs

Comme un bouquet

De diamants.

 

 

{9} Comme je l’ai déjà mentionné par ailleurs, la souffrance physique fait partie d’un mécanisme de défense des organismes supérieurs (les êtres à sang chaud) qui leur permet de protéger leur intégrité physique. On peut supposer que les autres n’en sont pas ou peu dotés.

 

Avec l’évolution de la pensée chez les humains, cette réaction s’est intellectualisée en ce sens qu’elle préoccupe notre réflexion en la portant sur ses origines, ses raisons s’il y en a et sur la manière de s’en accommoder ou de s’en préserver.

 

De tout temps, et plus encore maintenant, des hommes « éclairés » s’efforcent de trouver remèdes et solutions : ceux des religions d’abord qui en feront leurs « choux gras », les médecins et les guérisseurs qui s’attaqueront aux causes avec plus ou moins de succès.

 

Dans un prochain chapitre, j’aborderai avec beaucoup de prudence le domaine délicat de l’accident cérébral, avec son cortége de souffrance psychique et de désarroi mental qu’il entraîne, ayant eu le désagrément de le subir en fin de carrière.

 

Tout au long des dix semaines que durèrent le « calvaire » que je viens de relater, je m’efforçai inlassablement de dominer, de maîtriser une réaction physique qu’une simple piqûre peut endormir, à l’instar des « fakirs » dont c’est le métier.

 

Si je n'y parvins jamais, ce sera vraisemblablement à cause d’un état général déficient. Je reste cependant persuadé que l'on doit est capable d’y arriver.

 

Depuis, je m’interrogerai souvent sur ce phénomène qui conditionne notre bonheur avec lequel il est difficilement compatible.

 

On dit que les saints en font leur félicité… mais ils ne feront jamais partie du commun des mortels… comme le disait si bien mon prof de religion et puis leurs « fidèles » n’en ont-ils pas rajouté !

 

Comment concilier bonheur et souffrance quand la torture physique est telle qu’elle encombre le cerveau de son envahissante présence ?

 

J’ose à peine évoquer ici le calvaire des martyrs en « phase terminale » comme on dit, que j’ai décrits avec angoisse un peu plus avant. Ils n’ont plus aucun droit à la moindre parcelle de bonheur et leur courage ne peut que nous inspirer respect et admiration.

 

Il reste alors le long cortège de ceux qu’un mal permanent, sans danger pour leur intégrité physique, agresse douloureusement. Je pense à tous ceux qui souffrent de douleurs de tous genres : migraineuses, rhumatismales, arthritiques, torturant les membres, les mains, les pieds, le cou, clients des rebouteux, stations thermales, acupuncteurs et autres.  Je songe plus particulièrement à une femme sublime de courage, tordue, appuyée sur une béquille, se traînant de sa voiture à son ménage, s'occupant de ses nombreux petits-enfants, de leurs travaux scolaires (il y a des orphelins de mère), toujours disponible sans se plaindre, héroïne inconnue.

 

Leur bonheur est difficile : ce sont des mendiants de bien-être qui se contentent d’un peu de répit dont ils se prélassent humblement, sans rien demander de plus.

 

Avouons que nous n’osons presque plus continuer notre parcours qui aboutit aux autres, dont je fus, ceux qui connaîtront la convalescence et la guérison, tellement cette situation paraît insignifiante en regard de la leur : momentanée, elle est éclairée par l’espoir de jours meilleurs, souvent enrichis d’un mode de vie plus sain.


En guise de conclusion, je me permets un certains nombres de réflexions qui me viennent à l’esprit.

 

L’intolérance mentale à la souffrance est un phénomène provoqué par la vie facile et le confort dont nous « les civilisés » bénéficions, les autres de par le monde vivent dans des conditions que nous ne supporterions jamais : il serait intéressant d’arriver à maîtriser, canaliser et dominer cette réaction en essayant de l’observer de l’extérieur pour en revenir à une saine notion d’un mécanisme qui peut être totalement psychique.

 

Cette distanciation qui demande un peu d’entraînement permettrait une décontraction psychique et physique autorisant une approche plus sereine de l’événement, même s’il y a douleur physique.

 

La pharmacopée actuelle de plus en plus performante propose des substances dont il faut se méfier des effets pernicieux ou de l’accoutumance. Il serait sage de ne les utiliser que d’une manière temporaire et complémentaire à d’autres actions.

 

Le bonheur malgré un état de souffrance tolérable et maîtrisé peut se concevoir chez des êtres forts, doués d’une volonté consciente d’y parvenir. Il serait heureux que nos maîtres intègrent dans leur enseignement des leçons sur la manière d’affronter la douleur et de la supporter sans adjuvants artificiels.

 

Il serait intéressant que dès le plus jeune âge on enseigne dans le cours de science les mécanismes nerveux qui créent ce sentiment d’inconfort et les différentes manières de les contrôler naturellement. Cette étude du phénomène permettrait d’en maîtriser les manifestations avec décontraction en l’analysant.

 

La souffrance physique est de plusieurs ordres : locale ou générale, intermittente ou continue. Quoi qu’il en soit, il faut la subir « animalement » pour la supporter et la tolérer. Y arriver est déjà tout un programme !

 

En fin de compte que sera-t-elle à côté de celle des animaux que nous avons l’outrecuidance d’appeler nos amis et qui la subissent héroïquement presque sans sourciller :

 

Le bourricot du Maghreb, aux pattes frêles et tremblantes croulant sous des charges impossibles, son maître, sans pitié, trônant par dessus et le frappant sans relâche …

 

Le cheval aux naseaux écartés, ouverts comme des tuyères, cravaché à l’extrême, éperonné sans pitié, les muscles saillant tels des viscères d’animaux éventrés,… à la limite de l’asphyxie (ne dit-on pas : crever sa monture…)

 

La poule en batterie, pattes ankylosées, condamnée journellement à sortir de son cloaque douloureux, distendu à se rompre, le gros œuf de notre petit déjeuner. (plus il est gros, plus il rapporte…)

 

Et la vache, debout, museau tendu par la courroie, le ventre ouvert à vif sous le couteau de la césarienne pour étaler dans nos assiettes le steak géant du « cul de poulain » qu’on vient de lui arracher de ses tripes sanguinolentes….

 

Et tous ces martyrs de notre santé, de notre esthétique et de notre confort, croupissant dans les laboratoires,… déformés, malades, agonisant, monstrueux mutants, déchets de vie…

 

Et enfin tous les animaux sauvages que la nature et les hommes torturent dans l’inconscience de leur sort ou l’indifférence à leur calvaire…

 

Vous, ceux que Saint François appelait nos frères, qui nous regardez avec les grands yeux tristes de l’incompréhension en gémissant le long spasme de l’infinie douleur…hurlez au ciel avec nous votre révolte et votre refus de la subir.

 

Quant à la mort, cette fin de vie qui nous attend comme le chante si bien Jacques Brel, ne devons-nous pas également nous éduquer à la subir sans angoisse, sans effroi, avec maîtrise, dans la décontraction totale de l’animal qui l’endure sans savoir… quoi qu’en disent par anthropomorphisme bon nombre de gens bien intentionnés ?

 

Je réserve pour la fin de mon bouquin, maintenant que les jours et les années se comptent pour moi, mes réflexions détendues sur le sujet en invitant mon patient lecteur à partager avec moi le sentiment de sage plénitude et de profond bonheur que j’ai l’ambition de lui communiquer en rédigeant ces pages.

 

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11/05/2010

Ch. 23 f - Épanchements péricardiques et pleuraux

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère en début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)

Cliquer sur le dossier recherché, dans la liste des dossiers, pour l’obtenir immédiatement.

 

 

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Ch. 23 g - Épanchements péricardiques et pleuraux.

 

Dans le sous-chapitre précédent, j'ai exposé l'importante intervention chirurgicale que j'ai subie de mise en place de pontages coronariens pour "by-passer" des artères bouchées par des athéromes (amas graisseux).  C'est une opération lourde qui nécessite trois chirurgiens (un pour prélever l'artère fémorale qui va être greffée sur le muscle cardiaque et les deux autres pour placer ces pontages ainsi qu'un raccord à l'artère mammaire (plus durable dans le temps).

 

Mes antécédents de tuberculeux ayant subi des pneumothorax (insufflation d'air entre les plèvres pour comprimer le poumon malade et favoriser la cicatrisation en l'immobilisant) ont favorisé la création de poches qui se remplissaient du produit d'une réaction séreuse qui peut être un effet secondaire de l'opération, celle-ci noya littéralement cœur et poumons en les écrasant de tout leur poids.  Courageuse, ma bonne pompe cardiaque s’en accommoda en comprimant le liquide à chaque pulsation.


Le système respiratoire, quant à lui, ne l’entendit pas de cette oreille et ne prétendit pas m’autoriser la position couchée.

 

Certains privilégiés du sommeil dorment debout ou assis . Très mauvais dormeur, je n’avais pas cette chance : je dois être allongé, sur le côté, bien étendu. Toute autre position me tient éveillé…

 

Un autre patient que moi aurait pu être soulagé par de régulières ponctions décomprimant le système respiratoire, ce qui lui aurait permis de s’étendre. Mais mes plèvres d’ancien tuberculeux, soudées par endroits, faisaient  que la sérosité s ‘installait comme elle le pouvait dans les multiples poches qui s’y étaient formées, rendant leur libération par ponction très difficile voire impossible.

 

Je tentai à l’aide de la manette qui actionne la partie dorsale du lit, de procéder à une descente progressive avec pause d’adaptation, dans l’espoir d’obtenir un déplacement lent de ce produit de la réaction pulmonaire, d’une poche vers l’autre pour transférer la pression verticale en horizontale, un peu avec le même résultat que de renverser une bouteille remplie d’un mélange de liquide et de solide.

 

Que nenni ! Je n’y parvins jamais, à chaque essai j’atteignais les limites de l’étouffement que j’évitais en me relevant brutalement, la bouche grande ouverte comme le plongeur à la limite de l’apnée.

 

Autre circonstance aggravant la situation, une scoliose (déviation de la colonne vertébrale) ne me permet pas de garder longtemps la position assise au lit ; aussi, après quelques heures, j’avais les reins cassés et la souffrance devenait intolérable. Les antidouleurs ne me soulageaient plus.

 

Comment décrire cette souffrance qui monte, insidieuse et irradiante, associant dos et bassin, lourde, s’infiltrant dans les fibres du système sensitif pour créer un sentiment de répulsion écœurant, insupportable.

 

Hébété, je serrais les dents, tentais de me soulager en arrondissant le dos. Le manque de sommeil que je n’arrivais plus à trouver, puisqu’il m’est impossible de dormir autrement qu’allongé, aggravait la situation.

 

Mon épouse qui devait faire face, en même temps, à ses obligations ménagères, familiales et professionnelles et les infirmières, ces anges qui passent dans vos nuits de cauchemar, firent tout ce qu’elles purent, massant le dos, calant des coussins de sable ou chauffants, me sortant du lit pour me promener dans les couloirs, accroché à leur bras… : je n’étais plus qu’un vieillard décharné en fin de parcours…

 

L’indicible souffrance se corsait d’une autre irradiant le bas-ventre. Conséquence fréquente du choc opératoire, un blocage intestinal s’était produit au niveau de l’ampoule rectale, transformant les fèces en bloc compact, dur comme la pierre.

 

La seule solution envisageable était l’intervention manuelle. Deux courageuses et patientes infirmières avec beaucoup de douceur et de gentillesse s’évertuèrent à me libérer, l’une maintenant le fondement écarté, l’autre, du doigt ganté, s’efforçant, sans blesser une chair à vif, de briser un bloc grisâtre afin d’en ramener des morceaux comme du granit qu’elle alignait en trophée sur un linge étalé à ses côtés.

 

Malgré l’infinie délicatesse de ces petites mamans du bébé que j’étais redevenu, ma muqueuse anale, blessée, irritée, écartelée, douloureuse vint grossir le cortège de mes organes violentés. Malgré le peu de nourriture que j’absorbais difficilement, le blocage se reproduisait et la séance de concassage aussi.

 

Environ trois semaines après l’opération, comme je finis quand même par aller un peu mieux, les médecins me renvoyèrent chez moi bien qu’à l’état d’épave, estimant que je n’étais pas en danger et que le temps finirait par tout arranger.

 

Les deux semaines qui suivirent furent atroces. Les épanchements pleuraux ne se résorbaient pas.

 

Je travaillais une petite heure, puis m’écroulais dans le lit, hagard, sans pouvoir me coucher. Les nuits, sans sommeil, étaient interminables et, surtout, il y avait cette infinie et sournoise douleur dorsale qui ne cessait de me torturer… jusqu’à l’écœurement…

 

Je rassemblais mes forces et mes esprits pour utiliser au mieux les quelques moments de répit qui me restaient encore pour effectuer des travaux comptables urgents. (On approchait de la fin mai, période des clôtures de bilans et des assemblées générales).

 

Après une quinzaine de jour, privé de sommeil, mon cerveau s’enfonça de plus en plus dans l’abrutissement. Ma vaillante épouse me soutenait, m’aidait, m’encourageait, s’efforçait de me remplacer là où elle le pouvait.

 

Elle finit par appeler mon médecin-traitant en l’alertant par ces mots : « Si vous ne faites pas quelque chose, mon mari va mourir… ».

 

Comme il la connaissait bien et se fiait à son jugement, il prit la chose au sérieux et contacta un vieux cardiologue très expérimenté qui me prit en main et me fit retourner à l’hôpital Saint Jean.

 

On refit des examens, des analyses et patiemment, le vieux praticien ponctionna chacune des poches en ayant soin d’y injecter un antibiotique performant.

 

Il livra un patient combat qui dura une quinzaine de jours parce que le liquide même assaini comme l’eau de la fontaine, s’obstinait à revenir : une sorte de réflexe réactionnel s’était mis en place dans mes tissus pleuraux, les remplissant sans discontinuer.

 

Une victoire progressive fut cependant au bout de ce long combat et je pus reprendre mes activités "à petits pas" dans un état de faiblesse extrême. Il était temps, le mois des clôtures comptables et des déclarations fiscales était bien entamé et il y avait urgence de remplir mes obligations professionnelles.

 

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07/05/2010

Ch. 23 e - Pontages coronariens

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère à la fin de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le dernier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)  Cliquer sur le dossier recherché pour l’obtenir immédiatement.

 

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Ch. 23 e - Pontages coronariens

 

Après cette évocation d’une expérience vécue de mort imminente, et des réflexions métaphysiques qu’elle a suscitées, je passerai sous silence maintenant la relation d’un accident cérébral dont je fus victime pour lui donner la place qu’elle mérite dans un prochain chapitre que je compte consacrer à la « conscience de l’homo sapiens ».

 

Pour clôturer ce long chapitre réservé au bonheur subordonné à la capacité de dominer l’inconfort physique qu’est la souffrance qui marque la plupart des « fins de vie » de l’être humain, je vais me permettre d’analyser en l’expliquant l’expérience, à la limite de l’intolérable, que j’ai eu le désavantage de subir en 1987.

 

{7} La souffrance est une réaction de défense des être vivants évolués qui est transmise au cerveau pour la traduire en réflexe protecteur du danger d’atteinte à l’intégrité physique. Elle est accompagnée d’un inconfort cérébral appelé douleur. Si on endort une zone agressée, les neurones ignorent le message et s’abstiennent de toute réaction motrice puisque le cerveau ne l’enregistre plus.

 

Avec l’évolution de son intelligence, l’être humain a intellectualisé le phénomène qui conditionne maintenant son existence. A la souffrance physique sont venues s’ajouter les souffrances psychiques, morales, sentimentales, tout aussi cruelles que dévastatrices du sentiment de bonheur.

 

On constate que plus les sociétés sont évoluées, plus cette intellectualisation d’un mécanisme de défense s’amplifie, et devenue cérébrale, se révèle le plus souvent source de souffrance morale.

 

En renfort de ces allégations, constatons que nos civilisations industrialisées et démocratiques actuelles nous font bénéficier de conditions de vie améliorées et de loisirs plantureux,  mais qu’elles nous laissent dans un état permanent d’insatisfaction, fragilisés face aux aléas de la vie et clientèle potentielle des psychiatres et gourous guérisseurs.

 

En 1987, à l’âge de 58 ans, j’ignorais pour ne l’avoir jamais subie, la souffrance physique. La maladie m’avait souvent accompagné en m’épargnant toutefois la torture physique de la souffrance extrême à laquelle, témoin impuissant, j’avais tant de fois assisté chez les autres et qui m’a tant révolté, ainsi que relaté par ailleurs.

 

{5} A cette époque, différents signes précurseurs de problèmes cardiaques se manifestèrent, à tel point que les cardiologues consultés préconisèrent une intervention chirurgicale devenue banale de mise en place de pontages coronariens.


J’y suis allé, très flambard, et confiant en mes facultés de récupération. J’étais persuadé, fort de mes expériences précédentes, que tout se passerait facilement et que, passé les quelques désagréments des premiers jours, ce ne serait qu’une répétition des  « aventures »  du passé dont j’étais bien sorti  en fin de compte.

 

Je déchanterai très vite !

 

Entré en clinique la veille de l’intervention, je passai une bonne nuit calme, aidé par je ne sais quoi dans une petite pilule rose. Le lendemain matin, je dus passer par la traditionnelle formalité prévue en l’occurrence : le rasage pubien. Je ne vais pas me priver du « plaisir » de vous relater mon expérience en cette matière pour l’avoir subie quelquefois.

 

Au lieu de vous envoyer pour vous mettre à l’aise une «rombière routinée » qui ne s’étonne plus de rien, on choisit une toute jeune et rougissante débutante qu’on veut sans doute aguerrir.

 

Elle s’amène, pas très rassurée, en brandissant un « rabot » bon marché dans une main et un essuie-éponge dans l’autre.

 

Vous avez vite compris que ce n’est pas le menton qui est visé et rejetant draps et couvertures, offrez votre anatomie aux yeux prudes de la jouvencelle.

 

Certaines alors se plongent dans un mutisme dédaigneux qui vous remplit de complexes,… d’autres par contre, voulant se (et vous) détendre, se lancent dans une explication inutile sur la qualité des rasoirs à « cinq sous » qui se sont avérés irremplaçables pour ce genre d’opération. (Vous en douterez quand par la suite vous aurez l’impression qu’on vous a flambé le bas-ventre comme le croupion d’une volaille à rôtir.)

 

Commence, alors, un exercice compliqué pour la jeune personne : opérer en évitant de toucher un organe qu’elle appréhende de lui voir sauter dessus.

 

Quant à la victime forcément consentante, pour se distraire et éviter des comportements gênants, elle contemple en esprit un beau ciel bleu avec des petits oiseaux qui font « cui-cui ».

 

On lui demandera à cette victime de l’hygiène chirurgicale, d’écarter les jambes ou de les lever et, en rougissant davantage, de livrer au feu du rasoir l’intérieur des cuisses tout en suggérant, au paroxysme de l’écarlate, de « l’ »écarter (le «l’» désignant pudiquement celui dont, autant l’un que l’autre appréhendent  les manifestations).

 

L’opération terminée, on se sent tout nu, tout nu, et ridicule tandis qu’ « il » paraît énorme et encombrant au bas d’un pubis glabre d’un gris blanchâtre tristounet. Peu fier, on s’empresse de rabattre les couvertures sans se douter que ce n’est que le début d’une longue série d’humiliations.

 

En effet, en pyjama (on n’a pas toujours l’occasion d’enfiler une robe de chambre pour se donner l’allure relax d’une vedette de cinéma) la prestance en subit déjà un fameux coup, mais ce n’est rien à côté de la mascarade qui vous attend quand dépouillé de vos vêtements vous vous couvrez de ce qu’on veut bien vous donner : deux manches reliées par un plastron qui se noue dans le cou sans rien camoufler du tout, mais surtout vous humilie au plus haut point.

 

Ne parlons pas de l’avant, spectacle indescriptible de ridicule que vous tentez d’atténuer en vous penchant, ce qui n’arrange pas l’envers du décor, en mettant davantage en valeur un arrière-train rosâtre chiffonné par l’age et les draps du lit.

 

Le ridicule ne tuant pas, vous en sortirez vivant bien entendu, mais vous vous sentirez devenir tout petit, tout petit, et peu enclin à défendre une quelconque image de marque : je n’irai pas jusqu’à prétendre que ça fait partie d’une mise en condition prévue par les toubibs.

 

Mais revenons au début de l’intervention qui nous occupe, quand une adorable infirmière succéda à la petite débutante chargée de la mise « en forme » pour la suite des événements. Elle m’injecta en intraveineuse une drogue qui devait compléter le travail de la pilule rose de la veille. Je ne me souviens même pas de l’avoir vue retirer l’aiguille, tellement l’effet fut foudroyant et m’envoya dans les nuages.

 

Ensuite, je m’éveillai avec, devant les yeux, un minois charmant dans une blouse blanche qui disait : « Il a les yeux bien ouverts… » et constatai avec stupéfaction que j’avais la bouche grande ouverte sur une sorte de tube enfoncé dans la gorge.

 

Je supposai que les « hostilités » allaient commencer et un peu inquiet quand même, j’attendis que l’anesthésiste qui avait dû rater son coup m’en remette une « dose ».


Une autre forme blanche que j’entrevoyais de côté me faisait des signes comme pour me dire au revoir. «Hou, hou… » qu’elle faisait. Je trouvai la plaisanterie très déplacée envers quelqu’un qui risquait de ne pas revenir du tout.

 

La forme blanche continua : « Il est bien éveillé… » et toutes les deux avec des « Hou…hou… » et des « Monsieur, Monsieur… » à n’en plus finir menaient un tel tapage en agitant les bras que je commençai à me demander ce que c’était que ce « cinéma » comme on dit à Bruxelles.

 

Mon cerveau embrumé commença à s’éclaircir et je réalisai alors, avec la satisfaction que l’on devine, que tout était terminé et que les deux braves filles qui m’accueillaient comme celui qui revient d’avoir vaincu l’Everest, avaient pour mission de me maintenir en éveil. (Il paraît que c’est très important après une longue anesthésie)

 

Après avoir cligné suffisamment des yeux (c’est tout ce que je pouvais faire, tellement j’étais « entubé » et « ligoté » de partout) pour les convaincre de la réussite de leur entreprise, elles consentirent à me laisser tranquille tout en me pinçant le pied. (Ca voulait sans doute dire « bye-bye », ou bien « brave vieux » ou encore « bon courage »).

 

Elles m’avaient glissé dans la main, avant de partir, une poire-sonnette en m’invitant à les appeler si ça n’allait pas. De toute façon, j’appris par la suite que j’étais relié à un tas d’appareil qui me surveillaient dont l’un d’ailleurs scandait mes pulsations cardiaques en me rappelant les feuilletons médicaux de la télévision.

 

Le reste sera moins drôle. Dès que les filles furent parties, je me mis à ressentir les pires choses. Mon thorax défoncé commença à s’embraser comme si j’avais inhalé toute les vapeurs du Vésuve en éruption. J’étouffais et me dis que j’allais y passer si on ne faisait pas quelque chose, aussi j’appuyai frénétiquement sur la sonnette.

 

Elles vinrent tout de suite, une pour basculer le lit vers l’arrière, l’autre pour m’enfoncer un tuyau. J’avais la gueule ouverte du hareng saure pendu au crochet du poissonnier avec dedans un truc flexible qui m’encombrait la trachée pour pomper un tas de « bave » qui gargouillait comme le fond d’une mare putride.

 

Le souffle retrouvé, je pus me consacrer entièrement au plomb fondu qui me transformait en dragon crachant le feu de ses entrailles embrasées. Cela dura une éternité ; de temps à autre un « ange » répondait à mes appels de sonnette désespérés pour « ramoner » le tuyau, encombré de ce que mon organisme rejetait.

 

En intermède, pour mieux me faire atteindre les limites de « l’indicible souffrance », un « démon féroce », en salopette et toque bleue avec des grosses lunettes noires, venait, de ses doigts griffus, comprimer un thorax à peine refermé et maintenu par des ligatures de fil d’acier inoxydable, jusqu’à ce que je toussasse et que je crachasse toutes les matières purulentes que mes tissus révoltés éliminaient continuellement dans le système respiratoire.

 

Si on n’en « crève » pas, ça finit par s’arranger et on peut penser à une convalescence méritée. Je n’eus pas cette chance. Mes antécédents pulmonaires dont la « faculté » n’avait pris garde, tellement le pneumothorax était oublié, me prédisposaient aux épanchements péricardiques et pleuraux qui se manifestèrent avec un empressement qui ne me convenait guère.

 

Dans le prochain sous-chapitre, apitoyé sur mon sort de l'époque, je raconterai cette période misérable de ma vie où je vécus les pires misères dont le manque de sommeil qui fait friser la folie et la souffrance angoissée des asthmatiques qui étouffent à la limite de l'asphyxie.

 

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04/05/2010

Ch. 23 d - Infarctus du myocarde

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère à la fin de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Ch. 23 - Infarctus du Myocarde

 

{2} Après avoir été le témoin bouleversé du paroxysme de la souffrance que peut subir un être humain, je tiens maintenant à compléter un dossier que j’ai eu l’audace d’ouvrir par la relation de ma propre expérience et des considérations (très personnelles) à la base desquelles je me suis permis de disserter.

 

Le 4 juin 1977 était un de ces beaux jours pré-estivaux dont ce mois nous gratifie généralement. J’avais terminé une journée difficile par une soirée laborieuse qui m’avait permis d’achever dans la nuit un important document fiscal qu’il fallait rentrer au plus tôt. Aussi ce fut avec grand soulagement que, vers une heure du matin, j’allai avec mon épouse poster l’envoi.

 

Nous en profitâmes pour goûter la quiétude et la sérénité d’une nuit étoilée, parfumée de la senteur des arbres et arbustes des avenues et jardins en pleine folie reproductrice.


En nous couchant, nous appréciâmes tout particulièrement la fraîcheur des draps que nous avait réservé notre lit largement ouvert devant des fenêtres qui l’étaient tout autant.

 

Détendu, je me laissais envahir par la douce torpeur précédant l’aube latente et un agréable sentiment de travail accompli. L’engourdissement et le sommeil qui s‘ensuivirent, contribuèrent à prolonger une ambiance de détente, nullement révélatrice de ce qui se préparait.

 

Vers sept heures, je fus réveillé par une sorte de crampe à l’estomac. Nullement inquiet et habitué à ce genre de désagrément comme la plupart des gens de la quarantaine un peu larges de la fourchette, je me levai pour avoir recours au remède de famille qui nous soulageait habituellement : le bicarbonate de soude.

 

Je m’en flanquai une dose de cheval pour avoir la paix, mais à ma grande et inquiétante surprise, sans effet… J’étais à l’étage supérieur et je regagnai ma couche péniblement, à la limite de l’évanouissement.

 

La douleur à l’estomac était devenue intolérable et irradiait sourdement dans le bras gauche. Je venais tout juste de lire un petit ouvrage sur l’infarctus du myocarde et c’est avec frayeur que j’en reconnus les symptômes.

 

Ma compagne, alertée, appela notre médecin traitant qui habitait assez loin et mit un certain temps à venir. C’est alors que je vécus une expérience étonnante qui  m’interpella longtemps.

 

Une douleur violente à la limite du supportable me tordait l’épigastre, irradiant la gorge et le bras de son grappin griffu, tandis qu’une sueur froide et morbide me baignait le corps…

 

Je crus mourir…un froid de glace se mit à monter lentement, partant des extrémités, d’abord des pieds et les des mains ensuite des jambes et des bras… C’était comme si j’entrais dans un processus de glaciation tel que l’ont vraisemblablement subi les êtres vivants des époques glaciaires.

 

Ce ne fut pas très long, car l’impossible douleur s’effaça, se centrant, se rassemblant symétriquement sur les parois d’un cône que j’apercevais se prolonger bien loin comme dans l’au-delà.

 

La souffrance se retira comme un voile de soie qui glisse en bas d’un corps qui se dénude, abandonnant la place à une béatitude immense et une soif irrésistible de connaissance.

 

Je pressentais que quelque chose de fondamental allait se produire… ; pourtant, pris de scrupule je m’inquiétai des miens , mais me rassurai : ils ne manqueraient de rien, j’avais prévu ma mort et mon épouse était formidable.

 

Je me souviens qu’à ce moment, j’écarquillai les yeux démesurément comme dans l’acte physique quand on ne veut rien perdre d’un spectacle : j’allais enfin savoir !

 

Au fond du cône, un point lumineux, incroyablement lumineux, semblait s’éloigner tout en m’attirant. Une sorte de bonheur physique m’enveloppait, me baignait d’un sentiment d’ineffable quiétude. Etais-je encore un corps, étais-je un esprit ?

 

Cette sensation se prolongea longtemps, hors du temps, avec une impression d’éternel voyage dans un train express qui s’emballe.

 

Et puis ce fut… la brutalité d’un réveil dans la réalité. J’étais sur ma couche, glacé de sueur froide et dégoûtante tandis qu’une main dans un gant de fer me broyait la gorge et me tordait le ventre ; une douleur lente, non localisable mais insupportable sourdait dans le bras gauche.

 

Mon toubib se pointa enfin et sa piqûre me soulagea à tel point que l’intolérable douleur disparut progressivement et que je sombrai dans une bienfaisante lassitude.

 

Une ambulance m’emmena groggy et irréel. Je crus voir des gens aux fenêtres, dans la rue, sur les toits, partout…tandis que je regardais avec eux la longue voiture qui m’emmenait, sirène hurlante et tous feux en alarme…

 

A mes côtés, un ambulancier me tapotait la main en me disant : « Ca va, Monsieur. », nous allions très vite car j’étais bousculé dans les virages…

 

Le reste fut rapide, j’avais repris conscience….. Les brancardiers couraient dans les couloirs et je voyais défiler les portes des chambres et celles de l’ascenseur. Ils me flanquèrent dans un lit compliqué entouré de machines et d’instruments qui l’étaient plus encore.

 

Le « pot » salvateur qui avait forcé mon fils Benoit à accepter sa naissance, m’a distillé dans les veines le fluide miracle qui me sauverait la vie. (C’est ce que je croyais mais j’appris par après que c’est surtout de la « flotte »,…qu’on appelle aussi sérum physiologique)

 

Je ne sais si cette « potion magique » me sauva la vie, mais il est certain que ce fut pour moi le début d’une existence nouvelle, une renaissance en quelque sorte.

 

J’étrennai d’abord une unité toute neuve que la clinique venait tout juste d’inaugurer  : la salle de « réanimation » comme on avait la « délicatesse » de l’appeler à l’époque (on dit maintenant « soins intensifs »).

 

C’est dire que je me trouvais en bonne compagnie de rescapés du grand saut final. Euphoriques comme moi (le « cordon ombilical » plongé dans nos veines se chargeait de nous droguer avec modération), mes confrères d’infortune étaient de joyeux drilles dont les jolies infirmières qui nous surveillaient en permanence, derrière une sorte de comptoir vitré, avaient bien du mal à maîtriser les emportements.

 

Dans le lit à côté de moi, une brave dame, seule du sexe, roulait des yeux horrifiés, tout en se trémoussant un « bide » qu’on voyait tressauter sous ses draps.

 

J’y restai huit jours et j’en garderai un souvenir « inoubliable ». J’étais physiquement très bien, l’infarctus est un accident « mécanique » de notre pompe de circulation sanguine et l’état général est amélioré par le repos et les adjuvants pharmaceutiques prescrits.

 

Après ce petit intermède apprécié en «communauté » de rescapés, je fus transféré en chambre seule, privilège gratuit que me réservaient mes assurances complémentaires.

 

C’était moins drôle, mais très agréable : plus de soucis professionnels ; programme : télévision et lecture, de nombreuses visites,… : ma famille, mes collègues, mes patrons aux petits soins pour l’avenir (ils avaient même prévu de réorganiser les bureaux pour m’éviter les escaliers) … et ma pitchounette tous les soirs… souvent tard… (on est très tolérant en chambre seule…) ; trois semaines que ça a duré !…

 

Ce fut un tournant essentiel dans mon existence. Un changement fondamental tant psychique que physique. Rentré chez moi, je bénéficiai encore d’un mois de convalescence en chambre : à l’époque, on prenait mille précautions avant de réinsérer une victime d’infarctus dans la vie professionnelle. Maintenant, quelques jours en clinique et deux, trois semaines de convalescence tout au plus.

 

Un jeune cardiologue, assistant du spécialiste qui me soignait, me prit en main et me conseilla, sans trop en parler à son patron, de faire régulièrement du jogging.

 

Je commençai tout doucement, quelques kilomètres … : quelques tours dans un parc proche. A la campagne, je m’habituais à courir le dimanche matin. J’avais commencé l’été et je rentrais en nage, le corps en feu, dégoulinant de sueur. La douche fut alors bienfaisante ; je la pris de plus en plus froide ce qui était très tonifiant.

 

C’est ainsi que je pris l’habitude de la prendre tous les jours et, spartiate, de me baigner dans l’eau froide, hiver comme été. J’avais constaté que cette dizaine de minutes d’ablutions glacées apportaient au corps une tonicité incroyable dont je bénéficiais une bonne partie de la journée.

 

Je me suis procuré les pommeaux de douche les plus puissants afin de provoquer une réaction circulatoire qui ne peut qu’être bénéfique que je prolonge en m’étendant dans l’eau froide de la baignoire pour bénéficier d’un grand moment de détente.

 

Maintenant que je suis "très vieux", je fais suivre cette douche "glacée" par une "très chaude"qui est très bénéfique car elle apporte l'avantage du "choc  thermique" (Il faut de l'entraînement).

 

je complète cette première mise en forme matinale par une bonne demi-heure de gymnastique, d’exercices d’assouplissement et de massage des zones du corps atteintes par les misères musculaires, articulaires, rhumatismales ou autres « réjouissances » que l’âge s’est empressé vicieusement d’y introduire.

 

C’est le prix à payer pour bénéficier ensuite d’une journée agréable, en bonne condition, l’esprit clair et dans un optimisme que n’altèrent aucunement les vicissitudes que la vie ne manque pas de me réserver ou de me « gratifier ».

 

Si dans ce chapitre particulier, je me suis étendu sur cet « accident » qui tout compte fait s’est révélé heureux, c’est surtout pour porter ma réflexion sur cette courte période pendant laquelle j’ai cru mourir.

 

Avec le plus de loyauté possible, j’ai souvent analysé ces quelques moments en évitant le piège tentant de l’affabulation, surtout quand on les raconte et qu’on veut étonner son public.

 

{6} Quelque temps après, j’eus l’occasion de lire un ouvrage traitant de la question : « La vie après la mort » ou quelque chose comme ça. Il y est relaté les entretiens avec différentes personnes qui prétendent avoir vécu une expérience dans l’antichambre de l’au-delà.

 

Ce qui est commun à (nous) tous, c’est le cône ou tunnel qui conduit à une sorte d’abstraction « ectoplasmique » de leur conscient physique qui donnerait l’impression de flotter au-dessus des événements.

 

Certains verront ainsi leur corps étendu sur leur lit mortuaire, entouré de leur famille désolée. D’autres vivront en « flash » des moments importants de leur existence. D’autres encore se perdront dans un univers de couleurs contrastées avec des éclairs de lumières vives mais bienfaisantes.

 

Avec le recul du temps et la sagesse d’une interrogation profonde, j’en arrive à conclure que ce que j’ai vécu (ou que nous avons vécu) n’est qu’un phénomène purement circulatoire qui amène une telle chute de tension que dans un premier temps la vision en est affectée (fuite dans un cône) et qui dans un second temps peut provoquer des réminiscences cérébrales par réveil de zones privilégiées du souvenir (évocation des moments majeurs de la vie).

 

Les autres phénomènes (vision de son corps dans la chambre funéraire), pour autant qu’ils soient exacts, sont du domaine du paranormal - je ne me sens aucune qualité pour l’aborder. Il est possible que nous soyons dotés d’un « double », comme le prétendent certains scientifiques sérieux, qui nous permettrait des prouesses inexplicables pour notre entendement.

 

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