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25/05/2010

Ch. 24 c - Mes alliés

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère en début de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.


Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le premier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)

Cliquer sur le dossier recherché, dans la liste des dossiers, pour l’obtenir immédiatement

 

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Ch. 24 c - Mes alliés.

 

A cette époque, le groupe explosait et Labofina (la filiale de recherches de Petrofina) aussi. Comme je le signalai plus avant, la première centaine de chercheurs progressa pour approcher le millier et s’étendit sur deux sites, celui de Neder-Over-Hembeek, le long du port de Bruxelles et celui du Zoning industriel de Feluy, luxueusement construit dans un style d’avant-garde avec ses abords et son entrée de prestige qui se prolongeait d’un pont audacieux enjambant le canal, dit du Centre.

 

Sans doute pour augmenter l’impact d’un « fer de lance » que Petrofina voulait se constituer dans le monde des sociétés techniquement performantes, notre société-mère avait rebaptisé Labofina d’une appellation plus universelle quant à son activité et plus ronflante, à la consonance anglo-saxonne de « Fina Research ».

 

A le suite de cet « enterrement de première classe » de notre enseigne qui trônait encore en grandes lettres bleues au-dessus de l’entrée, nostalgique, un facétieux mais spirituel collègue avait remplacé la lettre A de Labofina par le I de Labo Fini

 

Deux « patrons » menaient cet important monde de chercheurs talentueux qui s’efforçaient d’améliorer les performances des produits du groupe pour parfaire leur compétitivité face à la gigantesque concurrence des grandes puissances pétrolières qui sévissent dans le monde.

 

Ces deux hommes étaient aussi différents et opposés que possible. Autant l’un, le truculent Breton de Rennes dont je viens de parler, remarquable en société, à l’humour imagé, était désopilant et brillant, autant l’autre, Flamand supérieurement doué, d’une grande intelligence rationnelle, que le groupe avait arraché aux meilleures universités des Etats-Unis, très concis et peu bavard, contrastait par sa discrétion et la brièveté de ses propos.

 

Interlocuteur avantagé par sa fonction, je vais me permettre de les évoquer en profondeur, autant par souci historique que celui d’être complet dans l’histoire de ma vie.

 

Dès les premiers jours de mon arrivée à Labofina - transfuge, on s’en rappelle, de notre maison-mère - je devins complice de ce patron français que le mien contrariait à plaisir.

 

Cette relation privilégiée ne fit que grandir et ne prit fin qu’avec l’arrêt de ma carrière. En avons-nous passé de bons moments ensemble et comme je l’ai évoqué plus avant, avec notre administrateur-délégué de l’époque, Thierry de Menten de Hornes, passionné chercheur, pince-sans-rire affable et distingué, toujours plongé dans ses bouquins scientifiques !

 

{5}Mon joyeux et dynamique « boss » avait grand cœur et était sensible à la souffrance de ceux qui le servaient, leur venant en aide avec discrétion et gentillesse. Ce fut ainsi qu’il s’investit avec son épouse dans le cas le plus dramatique que notre société connut de toute son histoire.

 

Nous avions engagé une gentille secrétaire, talentueuse quadrilingue. Lors de son engagement, je l’avais plainte d’un orgelet important qui enflammait un de ses yeux. C’était le début d’un inimaginable calvaire.

 

Pendant près de dix ans, elle livra un douloureux et lent combat contre un mal que les oculistes ne purent jamais contrôler. Un virus inconnu s’installait insidieusement dans les délicates et bien particulières cellules de son mécanisme visuel et rien ni les plus grands spécialistes ne purent jamais enrayer une cécité totale.

 

Inlassablement, avec discrétion et investissement personnel, mon patron s’en occupa avec son attentionnée épouse jusqu’à la prendre en vacances dans leur propriété du Midi de la France, malheureuse orpheline que sa famille lassée de la charge abandonnait. Tout fut imaginé, chez nous, pour lui garder un emploi : dispositifs de grossissement avec miroirs et lentilles spéciales ou tentative de reconversion dans l’interprétariat.

 

L’inexorable destin de l’aveugle dans sa nuit éternelle attendait cette belle et intelligente jeune femme qui nous était apparue un beau jour de soleil dans toute la grâce de sa jeunesse.

 

Si je tiens à bien raconter cette histoire, c’est que d’abord, ses acteurs en méritent la relation chaleureuse et passionnée, mais aussi parce qu’elle fera mieux comprendre l’ambiguïté d’une attitude que ce patron me réserva quand je repris le travail, sans doute convaincu qu’il était de mon intérêt d’arrêter.

 

Pourtant, elle n’était pas trompeuse, cette légère étincelle d’ironie (que je comprends) livrée par un regard qui croisait le mien. Quel effondrement pour moi qui m’étais glorifié de la grande estime dans laquelle il me plaçait ! Ce fut cette attitude qui me galvanisa : je tenais à reconquérir sa considération au risque de me perdre.

 

Je ne sais si j’y suis arrivé. Ces lignes et mon histoire lui parviendront un jour. Peut-être réalisera-t-il alors l’ampleur d’un dévouement qui je lui ai toujours voué !

 

Je dus subir l’humiliation du pauvre type qu’on n’appelait plus, qui était confiné dans son bureau, qui ne voyait presque plus personne… et qui recevait quelques minables instructions de subordonnés qui avaient pris sa place.

 

J’avais groupé autour de moi un « état-major » de cadres (chefs de service et fondés de pouvoirs) qui couvraient les différentes activités de mon département. Ce sont eux qui furent appelés dans l’espoir de les voir me remplacer.

 

Les pauvres qui s’étaient gonflés d’importance et d’arrogance se voyaient déjà occuper mon « trône », et ne s’en cachaient pas. Ils devront très vite déchanter.

 

Je dois cependant reconnaître qu’au royaume des aveugles, le borgne est roi : j’avais l’avantage d’une longue carrière de près de trente ans dans la même fonction, avec le privilège d’avoir pu tout organiser à ma manière, sans avoir à m’occuper de l’avis de personne puisque j’étais seul cadre administratif.

 

Mais surtout, il y avait Feluy et ses patrons qui, eux, me furent tous acquis, ne fût-ce que pour asticoter mon joyeux Breton et lui faire perdre un peu de la suffisance que sa grande antériorité de fondateur du labo pouvait lui permettre. Ils furent trois à s’y employer… :

 

Mon ami Pierre, ingénieur-chimiste que la direction avait sorti des laboratoires pour lui confier la tâche technico-administrative importante de la sécurité et d’une activité nouvelle : l’hygiène et l’embellissement des lieux du travail. Il avait de plus la haute main sur tous les travaux de transformation et de construction des bâtiments.

 

Il venait à peine d’entrer dans ses nouvelles fonctions que je fus terrassé par cet accident cardiaque dont je sortis, on s’en souvient, ragaillardi et en pleine forme. Il me fit de fréquentes visites et ainsi s’établit entre nous une grande camaraderie de collègues, voisine de l’amitié profonde.

 

Si ces sentiments d’une grande richesse, se sont enfermés dans les brumes de mon passé, c’est que, ainsi que pour les autres qui m’ont fait l’honneur de m’en gratifier, une inconstance alimentée par les aléas et les problèmes d’une vie « d’infirme » me les ont fait estomper, bien que restés précieusement vivaces dans mes souvenirs.

 

Je crois que je resterai toujours le solitaire (comme lui d’ailleurs) qui fuit inconsciemment les autres en se réfugiant dans un monde de rêve et d’idéal où je me plais à les placer et où ils ne me décevront pas.

 

Les nombreux merveilleux amis que la vie tant de fois plaça sur mon chemin ont tous été victimes de cette apparente mais décevante infidélité qui n’a pas d’autres raisons que de cultiver dans mon souvenir des sentiments qui ne cessent de les idéaliser et de les grandir. Je suis tellement déçu quand je les retrouve si humains dans leur réalité déconcertante. C’est le lot de tous les « rêveurs » !

 

Nous étions tous les deux des passionnés de maisons de campagne, de piscines, de bricolage et de matériel divers les concernant. Aussi nos sujets de conversation étaient-ils centrés sur nos trouvailles en gadgets, trucs et ficelles de « petits débrouillards ».

 

Après mon jogging dramatiquement raté, il vint me voir toutes les semaines, dans ma tanière de bête blessée, à la campagne où je gisais, hagard, léchant des plaies qui guérissaient lentement. Il gardait foi en mes facultés de récupération et la faisait partager à ceux de Feluy.

 

Au jeune patron du site d’abord, qui m’estimait beaucoup et tenait fort à moi. Quand il apprit qu’il était nommé à l’importante fonction d’administrateur de  l’entité de Feluy, il vint me trouver et me confia son inquiétude devant l’énorme charge et la responsabilité qui lui tombait soudainement sur les épaules.

 

En toute simplicité, il me demanda de le conseiller et de l’aider à assumer cette tâche, confiant en l’expérience acquise par celui qu’il considérait comme l’un des premiers artisans de la société.

 

Il m’honorera toujours de la même considération, malgré ma déchéance et la fera partager à son entourage. Quel baume merveilleux versé sur un amour-propre écorché à vif et quel contraste avec l’ambiance de Neder-Over-Hembeek  ! Sans eux, je n’aurais peut-être jamais tenu !

 

J’ai toujours éprouvé la plus grande admiration pour la qualité de son intelligence : méthodique, rationnelle, efficace. Pas de long discours, un verbe concis, clair… il exigeait des autres la même approche des problèmes, ce qui était pour beaucoup très difficile.

 

Si on exposait mal son affaire en se perdant dans des périphrases oiseuses, il avait la délicatesse de ne pas le faire remarquer mais d’arrêter son interlocuteur en disant : «Je ne comprends pas ». Quand ça arrivait, je savais que le littéraire que je restais devait rapidement se convertir en comptable rationnel, en reprenant et schématisant mon propos.

 

Quand j’arrêtai pour défaillances cardiaques, il patienta près d’un an avant de me remplacer. Mon ami Pierre, toujours lui, venait aux nouvelles et me transmettait son désir de me voir reprendre à mi-temps. Si je ne le fis pas, c’est que le cœur était foutu, ce qui nécessita l’intervention chirurgicale qui a failli mal tourner. (voir chapitre précédent).

 

Le Directeur-Général de Feluy, troisième de ce trio de mes alliés, était un personnage très contrasté, rocailleux… Insuffisamment compris, il était d’une très grande noblesse de cœur et d’esprit.

 

Véritable gentilhomme de vieille souche, il en avait la grandeur et le dévouement, mais aussi l’intransigeance et la dureté. Je pense qu’il n’appréciait pas beaucoup ma position de compromission, louvoyant dans les principes, m’en accommodant ou les bousculant.

 

Grand chrétien par devoir et conviction, il avait le mérite de sacrifier une bonne partie de ses vacances pour accompagner, en tant que principal responsable, des malades qui recherchaient réconfort ou ultime espoir dans un pèlerinage à La Vierge de Lourdes.

 

A Feluy, nous nous sommes davantage connus car sa fonction comportait parfois une part administrative, ce qui nous permit de travailler ensemble.

 

C’est ainsi que nous eûmes l’énorme et fastidieuse tâche de la refonte du règlement de travail qui devait se faire en accord avec les conseils d’entreprise des deux sites.

 

Un travail de « Bénédictins » quand on considère qu’il doit obtenir l’accord des quatre parties (deux à Neder-Over-Hembeek et deux à Feluy). En fallut-il d’heures de patientes recherches de la phrase ou des termes qui contenteraient tout le monde !

 

J’étais passé maître en montages de textes pour créer des tableaux synoptiques qui facilitaient leur comparaison et simplifiaient leur correction.

 

Puisque nous y voilà, parlons-en de ces conseils d’entreprise ou de ces comités de sécurité, d’hygiène et d’embellissement des lieux de travail.

 

Ces organes de la vie des sociétés sont apparus progressivement au sortir de la guerre. Ce fut un des plus importants acquis de la longue lutte syndicale de l’époque.

 

Le responsable du personnel y joue un rôle prépondérant. C’est lui qui veille à l’application des lois sociales en coopération avec les délégués syndicaux.

 

Les membres des deux conseils sont élus au suffrage universel tous les quatre ans. Ils élisent un secrétaire et établissent l’ordre du jour en collaboration avec celui que l’on prit coutume d’appeler le chef du personnel et qui sert d’intermédiaire entre les deux parties.

 

C’est dire, puisque j’exerçais cette fonction, que ma tâche devint lourde (quatre réunions par mois) et délicate (à Feluy couvaient d’importantes tensions sociales), mon ami Pierre s’efforçant de me soulager au maximum.

 

Je passerai sous silence, tellement elle fut peu officielle et symbolique, la réunion des représentants des cadres à laquelle je participais également, que je devais assumer et préparer.

 

Si j’ai à cœur de m’attarder particulièrement sur cette période de ma vie, c’est qu’elle fut tellement riche des contacts que j’eu le privilège d’établir avec « les petits, les obscurs, les sans grades » qui représentaient le personnel dit barémique.

 

Il s’agissait du personnel non universitaire dont le salaire était réglementé par les lois sociales, selon un barème défendu par les instances syndicales de chaque secteur d’activité.

 

Une subtilité étonnante résultant de la spécificité complexe de notre centre de recherche était que nous étions classés par l’inspection du travail - dont c’est une des prérogatives - dans le secteur des « divers », alors que nous appliquions les barèmes du « Pétrole » en vigueur dans les sociétés pétrolières.

 

Ce fut un des premiers litiges qui nous opposa aux représentants du personnel. Nous voulions défendre notre position qui consistait à éviter un classement qui nous forcerait à nous soumettre à certaines contraintes administratives plus paperassières qu’autre chose.

 

Appliquant la politique sociale du groupe, régie par son appartenance pétrolière, aucun danger n’existait donc d’un quelconque préjudice à l’encontre du personnel de Labofina.

 

Aussi, je défendis cette position, bec et ongles, convaincu de servir ma société en la débarrassant de complications administratives sans intérêt puisque l’essentiel quant au fond était sauvegardé.

 

Cette première « bagarre » fut particulièrement difficile pour moi. L’accident cérébral m’avait fait perdre la subtilité de répartie qui me caractérisait précédemment.

 

Je devais donc longuement préparer mes interventions que je synthétisais en résumés synoptiques qui me permettaient de conserver le fil de mon raisonnement ou de m’y raccrocher.

 

Pour mieux faire comprendre la complexité du mécanisme cérébral que j’ai mis en place pour maîtriser et coordonner ma pensée et redevenir un intellectuel valable, il est important que je m’étende quelque peu sur les « bricolages » et astuces que j’ai utilisés. Ils m’ont aidé à palier les ravages subis par certaines de mes fonctions cérébrales qui devinrent tributaires de deux mémoires :

- celle constituée d’acquis anciens qui n’avaient pas été atteints,

- et une nouvelle (beaucoup moins performante) que mon cerveau avait dû construire pour les événements récents ou immédiats à partir de cellules inemployées disponibles chez les êtres supérieurs et en tout cas chez les humains.

 

Les médecins de Saint Pierre m’avaient, vraisemblablement par erreur, mis en état d’hibernation artificielle en m’exposant à des risques d’altérations cellulaires cérébrales irréversibles : c’est ce qui s’est produit, malheureusement pour moi, dans les zones de la vision (hémianopsie) et de la mémoire immédiate.

 

Dans ma prochaine intervention, j'expliquerai comment j'ai pu m'organiser pour arriver à défendre une position aussi délicate et essentielle de celui qu'on appelle maintenant le responsable des relations humaines : servir d'intermédiaire doué de l'art du compromis, en vue d'aboutir à un accord valable, en respectant les exigences légales.

 

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