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07/05/2010

Ch. 23 e - Pontages coronariens

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère à la fin de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 20 pages, deux fois par semaine.

 

Des repères entre petites accolades {} ont été créés et placés au début de certains paragraphes. Ils permettent de retrouver certains passages et de se référer à un « aperçu-résumé » avec table complète des matières et repères. (Voir le dernier poste de la liste des DOSSIERS (à droite) du site (e-monsite ) que j’ai créé permettant de consulter les sujets traités dans l'ouvrage ou ailleurs.)  Cliquer sur le dossier recherché pour l’obtenir immédiatement.

 

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Ch. 23 e - Pontages coronariens

 

Après cette évocation d’une expérience vécue de mort imminente, et des réflexions métaphysiques qu’elle a suscitées, je passerai sous silence maintenant la relation d’un accident cérébral dont je fus victime pour lui donner la place qu’elle mérite dans un prochain chapitre que je compte consacrer à la « conscience de l’homo sapiens ».

 

Pour clôturer ce long chapitre réservé au bonheur subordonné à la capacité de dominer l’inconfort physique qu’est la souffrance qui marque la plupart des « fins de vie » de l’être humain, je vais me permettre d’analyser en l’expliquant l’expérience, à la limite de l’intolérable, que j’ai eu le désavantage de subir en 1987.

 

{7} La souffrance est une réaction de défense des être vivants évolués qui est transmise au cerveau pour la traduire en réflexe protecteur du danger d’atteinte à l’intégrité physique. Elle est accompagnée d’un inconfort cérébral appelé douleur. Si on endort une zone agressée, les neurones ignorent le message et s’abstiennent de toute réaction motrice puisque le cerveau ne l’enregistre plus.

 

Avec l’évolution de son intelligence, l’être humain a intellectualisé le phénomène qui conditionne maintenant son existence. A la souffrance physique sont venues s’ajouter les souffrances psychiques, morales, sentimentales, tout aussi cruelles que dévastatrices du sentiment de bonheur.

 

On constate que plus les sociétés sont évoluées, plus cette intellectualisation d’un mécanisme de défense s’amplifie, et devenue cérébrale, se révèle le plus souvent source de souffrance morale.

 

En renfort de ces allégations, constatons que nos civilisations industrialisées et démocratiques actuelles nous font bénéficier de conditions de vie améliorées et de loisirs plantureux,  mais qu’elles nous laissent dans un état permanent d’insatisfaction, fragilisés face aux aléas de la vie et clientèle potentielle des psychiatres et gourous guérisseurs.

 

En 1987, à l’âge de 58 ans, j’ignorais pour ne l’avoir jamais subie, la souffrance physique. La maladie m’avait souvent accompagné en m’épargnant toutefois la torture physique de la souffrance extrême à laquelle, témoin impuissant, j’avais tant de fois assisté chez les autres et qui m’a tant révolté, ainsi que relaté par ailleurs.

 

{5} A cette époque, différents signes précurseurs de problèmes cardiaques se manifestèrent, à tel point que les cardiologues consultés préconisèrent une intervention chirurgicale devenue banale de mise en place de pontages coronariens.


J’y suis allé, très flambard, et confiant en mes facultés de récupération. J’étais persuadé, fort de mes expériences précédentes, que tout se passerait facilement et que, passé les quelques désagréments des premiers jours, ce ne serait qu’une répétition des  « aventures »  du passé dont j’étais bien sorti  en fin de compte.

 

Je déchanterai très vite !

 

Entré en clinique la veille de l’intervention, je passai une bonne nuit calme, aidé par je ne sais quoi dans une petite pilule rose. Le lendemain matin, je dus passer par la traditionnelle formalité prévue en l’occurrence : le rasage pubien. Je ne vais pas me priver du « plaisir » de vous relater mon expérience en cette matière pour l’avoir subie quelquefois.

 

Au lieu de vous envoyer pour vous mettre à l’aise une «rombière routinée » qui ne s’étonne plus de rien, on choisit une toute jeune et rougissante débutante qu’on veut sans doute aguerrir.

 

Elle s’amène, pas très rassurée, en brandissant un « rabot » bon marché dans une main et un essuie-éponge dans l’autre.

 

Vous avez vite compris que ce n’est pas le menton qui est visé et rejetant draps et couvertures, offrez votre anatomie aux yeux prudes de la jouvencelle.

 

Certaines alors se plongent dans un mutisme dédaigneux qui vous remplit de complexes,… d’autres par contre, voulant se (et vous) détendre, se lancent dans une explication inutile sur la qualité des rasoirs à « cinq sous » qui se sont avérés irremplaçables pour ce genre d’opération. (Vous en douterez quand par la suite vous aurez l’impression qu’on vous a flambé le bas-ventre comme le croupion d’une volaille à rôtir.)

 

Commence, alors, un exercice compliqué pour la jeune personne : opérer en évitant de toucher un organe qu’elle appréhende de lui voir sauter dessus.

 

Quant à la victime forcément consentante, pour se distraire et éviter des comportements gênants, elle contemple en esprit un beau ciel bleu avec des petits oiseaux qui font « cui-cui ».

 

On lui demandera à cette victime de l’hygiène chirurgicale, d’écarter les jambes ou de les lever et, en rougissant davantage, de livrer au feu du rasoir l’intérieur des cuisses tout en suggérant, au paroxysme de l’écarlate, de « l’ »écarter (le «l’» désignant pudiquement celui dont, autant l’un que l’autre appréhendent  les manifestations).

 

L’opération terminée, on se sent tout nu, tout nu, et ridicule tandis qu’ « il » paraît énorme et encombrant au bas d’un pubis glabre d’un gris blanchâtre tristounet. Peu fier, on s’empresse de rabattre les couvertures sans se douter que ce n’est que le début d’une longue série d’humiliations.

 

En effet, en pyjama (on n’a pas toujours l’occasion d’enfiler une robe de chambre pour se donner l’allure relax d’une vedette de cinéma) la prestance en subit déjà un fameux coup, mais ce n’est rien à côté de la mascarade qui vous attend quand dépouillé de vos vêtements vous vous couvrez de ce qu’on veut bien vous donner : deux manches reliées par un plastron qui se noue dans le cou sans rien camoufler du tout, mais surtout vous humilie au plus haut point.

 

Ne parlons pas de l’avant, spectacle indescriptible de ridicule que vous tentez d’atténuer en vous penchant, ce qui n’arrange pas l’envers du décor, en mettant davantage en valeur un arrière-train rosâtre chiffonné par l’age et les draps du lit.

 

Le ridicule ne tuant pas, vous en sortirez vivant bien entendu, mais vous vous sentirez devenir tout petit, tout petit, et peu enclin à défendre une quelconque image de marque : je n’irai pas jusqu’à prétendre que ça fait partie d’une mise en condition prévue par les toubibs.

 

Mais revenons au début de l’intervention qui nous occupe, quand une adorable infirmière succéda à la petite débutante chargée de la mise « en forme » pour la suite des événements. Elle m’injecta en intraveineuse une drogue qui devait compléter le travail de la pilule rose de la veille. Je ne me souviens même pas de l’avoir vue retirer l’aiguille, tellement l’effet fut foudroyant et m’envoya dans les nuages.

 

Ensuite, je m’éveillai avec, devant les yeux, un minois charmant dans une blouse blanche qui disait : « Il a les yeux bien ouverts… » et constatai avec stupéfaction que j’avais la bouche grande ouverte sur une sorte de tube enfoncé dans la gorge.

 

Je supposai que les « hostilités » allaient commencer et un peu inquiet quand même, j’attendis que l’anesthésiste qui avait dû rater son coup m’en remette une « dose ».


Une autre forme blanche que j’entrevoyais de côté me faisait des signes comme pour me dire au revoir. «Hou, hou… » qu’elle faisait. Je trouvai la plaisanterie très déplacée envers quelqu’un qui risquait de ne pas revenir du tout.

 

La forme blanche continua : « Il est bien éveillé… » et toutes les deux avec des « Hou…hou… » et des « Monsieur, Monsieur… » à n’en plus finir menaient un tel tapage en agitant les bras que je commençai à me demander ce que c’était que ce « cinéma » comme on dit à Bruxelles.

 

Mon cerveau embrumé commença à s’éclaircir et je réalisai alors, avec la satisfaction que l’on devine, que tout était terminé et que les deux braves filles qui m’accueillaient comme celui qui revient d’avoir vaincu l’Everest, avaient pour mission de me maintenir en éveil. (Il paraît que c’est très important après une longue anesthésie)

 

Après avoir cligné suffisamment des yeux (c’est tout ce que je pouvais faire, tellement j’étais « entubé » et « ligoté » de partout) pour les convaincre de la réussite de leur entreprise, elles consentirent à me laisser tranquille tout en me pinçant le pied. (Ca voulait sans doute dire « bye-bye », ou bien « brave vieux » ou encore « bon courage »).

 

Elles m’avaient glissé dans la main, avant de partir, une poire-sonnette en m’invitant à les appeler si ça n’allait pas. De toute façon, j’appris par la suite que j’étais relié à un tas d’appareil qui me surveillaient dont l’un d’ailleurs scandait mes pulsations cardiaques en me rappelant les feuilletons médicaux de la télévision.

 

Le reste sera moins drôle. Dès que les filles furent parties, je me mis à ressentir les pires choses. Mon thorax défoncé commença à s’embraser comme si j’avais inhalé toute les vapeurs du Vésuve en éruption. J’étouffais et me dis que j’allais y passer si on ne faisait pas quelque chose, aussi j’appuyai frénétiquement sur la sonnette.

 

Elles vinrent tout de suite, une pour basculer le lit vers l’arrière, l’autre pour m’enfoncer un tuyau. J’avais la gueule ouverte du hareng saure pendu au crochet du poissonnier avec dedans un truc flexible qui m’encombrait la trachée pour pomper un tas de « bave » qui gargouillait comme le fond d’une mare putride.

 

Le souffle retrouvé, je pus me consacrer entièrement au plomb fondu qui me transformait en dragon crachant le feu de ses entrailles embrasées. Cela dura une éternité ; de temps à autre un « ange » répondait à mes appels de sonnette désespérés pour « ramoner » le tuyau, encombré de ce que mon organisme rejetait.

 

En intermède, pour mieux me faire atteindre les limites de « l’indicible souffrance », un « démon féroce », en salopette et toque bleue avec des grosses lunettes noires, venait, de ses doigts griffus, comprimer un thorax à peine refermé et maintenu par des ligatures de fil d’acier inoxydable, jusqu’à ce que je toussasse et que je crachasse toutes les matières purulentes que mes tissus révoltés éliminaient continuellement dans le système respiratoire.

 

Si on n’en « crève » pas, ça finit par s’arranger et on peut penser à une convalescence méritée. Je n’eus pas cette chance. Mes antécédents pulmonaires dont la « faculté » n’avait pris garde, tellement le pneumothorax était oublié, me prédisposaient aux épanchements péricardiques et pleuraux qui se manifestèrent avec un empressement qui ne me convenait guère.

 

Dans le prochain sous-chapitre, apitoyé sur mon sort de l'époque, je raconterai cette période misérable de ma vie où je vécus les pires misères dont le manque de sommeil qui fait friser la folie et la souffrance angoissée des asthmatiques qui étouffent à la limite de l'asphyxie.

 

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