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30/04/2010

Ch. 23 c - Passé perdu et présent trompé.

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère à la fin de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

 

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

(Ceux qui désirent consulter la table complète des matières

et des repères cliqueront sur DOSSIERS (à droite – La table des matières est en dessous).

 

Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments ont été imposés à l'auteur par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui ont permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.


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Ch. 23 c - Le présent trompé.

 

La situation la plus dure, la plus révoltante, la plus injuste qui soit est celle qui résulte du présent trompé par l'enfouissement dans les brumes du passé d'actions et de qualités qui l'ont valorisé alors, pour n'offrir au regard du présent que l'apparence trompeuse de l'amoindrissement que l'âge et la maladie réservent à tant de ceux qui nous entourent.

 

Nombreux sont-ils à subir ce sort peu enviable !  Leurs contemporains, comme moi, souffrent avec nostalgie de les voir dévalorisés, méprisés et même raillés par ceux qui ne les ont pas connus autrement.

 

Ainsi fut-elle, la fin triste d'un grand monsieur, Robert Gillerotfondateur de notre Centre de Recherches, et longtemps président de son conseil d'administration, homme d'une qualité rare sur tous les plans, tant humain que professionnel et culturel.  J'avais pour lui la plus grande admiration, d'autant plus que j'avais souvent l'occasion d'apprécier sa culture et sa dialectique raffinée.

 

Je l'ai plusieurs fois rencontré plus tard en promenade dans les environs de mon quartier.  Au décès de son épouse, il s'était réfugié dans une « seigneurie » à quelques pas de là où il bénéficiait d'un petit appartement.

 

L'homme affable et disert que j'avais connu était devenu sombre et absent, mais toujours digne, il écourtait gentiment toute conversation comme si son cerveau ne voulait plus ou n'était  plus capable de cet effort de pensée.

 

Je le quittais alors, habité d'un sentiment de malaise angoissé en me rappelant ce qu'il était et au souvenir des entretiens animés dont m'honorait ce patron cultivé.

 

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Une cousine avait épousé un brillant officier, Albert Staf, ingénieur militaire, qui sera colonel commandant la place de Brasschaat, connue comme une des plus performantes en artillerie.

 

Lui aussi, doucement avec l'âge, sombra lentement dans l'absence.  Lui aussi, si cultivé, ne s'autorisait plus que de banales conversations sans intérêt.

 

Le plus navrant, c'est que l'environnement familial s'accommode mal de cette situation et perd lentement la considération dont il était l'objet.  Il deviendra celui dont on parle à mots couverts, avec des petits signes de connivence...

 

L'entourage est cruel et de plus, je crois, entretient inconsciemment cet état. En tant qu'observateur occasionnel, je fus révolté de pareille situation, car les quelques fois que j'eus l'occasion de m'entretenir avec lui, je pus obtenir une conversation aussi équilibrée et intéressante que par le passé.  Mais je l'avais abordé avec toute la considération que j'avais toujours eue pour lui : là était sans doute toute la différence !

 

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Une situation que j'ai tant à cœur de relater aussi et que je mettrais volontiers en exergue, tellement elle fut dramatique et injuste pour celle qui  la subit et que la destinée priva du fruit de ses mérites est celle dans laquelle se trouvera, à la fin de son existence, ma belle-mère, Française du Nord d'origine, ce qui lui donnera cette culture de langage que nous apprécions tant chez nos voisins.

 

Une santé considérablement fragilisée par une importante insuffisance cardiaque qui limitait considérablement son activité physique et un cerveau un peu embrumé par l'artériosclérose avait rendu la maman de mon épouse peu heureuse et nostalgique de son passé dynamique.

 

Comme toutes les femmes de son époque,  (elle était née avec le siècle en 1900) elle fut, à vingt et un an, embarquée tôt dans le mariage. Ce fut le début d'une existence difficile que les épreuves n'épargnèrent jamais.

 

A peine mariée, elle contracta la fièvre typhoïde qui s'était déclarée dans le Nord de la France, atteignant la plupart de ses proches et causant la mort de sa mère qui avait soigné tout le monde.  A l'époque, ce mal était tellement épidémique,  que l'entourage familial et médical gardait les distances et que ce fut mon beau-père, en quarantaine, qui la soigna avec un tel dévouement qu'elle s'en débarrassa rapidement.  Maintenant, la pharmacopée a enrayé ce fléau, incubé sournoisement dans les « miasmes » de la guerre des tranchées.

 

Mais les épreuves guettaient le jeune ménage.  Les méthodes contraceptives étaient alors rudimentaires et interdites dans les ménages chrétiens.  Aussi, dès que la maman fut remise de sa maladie grave, la naissance d'un petit garçon s'annonça-t-elle, le 4 juillet 1922.

 

Il était beau, bien vivant et annonciateur d'une période ensoleillée de bonheur pour le jeune couple.  Mais la cruelle destinée en décida autrement : après deux mois d'une trop courte vie, le bébé fut emporté par une dysenterie des nourrissons que la médecine de l'époque ne contrôlait pas encore.

 

Heureusement une courte accalmie se présenta l'année suivante avec la naissance en septembre d'un beau garçon qui reçut le prénom de Willy en souvenir du héros des ciels, Willy Coppens, qui émerveillait mon beau-père dans sa tranchée, en narguant insolemment les Allemands, les mitraillant de son avion.

 

Le plus dur les attendait encore.  Une ravissante petite fille vint au monde le 6 juin 1925.  Elle reçut le doux nom de Marie-Thérèse.  A dix mois, elle commençait à babiller délicieusement quand elle fut atteinte par une maladie d'enfant qu'on domine facilement maintenant, la coqueluche.

 

A l'époque, ce mal se compliquait facilement de broncho-pneumonie.  Ce fut ce qui l'emporta malgré tous les soins dont les parents affolés l'entourèrent.  Ce sera un deuxième petit cercueil blanc que mon beau-père portera dans ses bras en pleurant derrière un corbillard vide.

 

A la libération de Bruxelles, en septembre 1944, une lie populacière de bas étage se manifesta pour désigner à la vindicte générale les soi-disant « collaborateurs » ou partisans de l'occupant.  Ce fut le cas de la voisine de mes beaux-parents qui avait eu le « tort » d'accepter du travail en Allemagne.

 

Le feu fut mis au mobilier et affaires jetés dans la rue. Les flammes montèrent très haut menaçant les maisons.  Ce spectacle provoqua la naissance accidentelle d'un petit garçon que portait alors la maman de mon épouse.

 

Une accoucheuse voisine ne parvint à l'aider à mettre au monde qu'un petit corps sans vie qui avait subi avec sa mère le choc d'une indicible terreur.

 

Le destin douloureux de cette femme, remarquable d'altruisme, ne l'empêcha pas de participer activement aux nombreuses activités de son quartier, tout en élevant les quatre enfants qui lui restaient.  Dynamique et organisée,  elle se créait des disponibilités suffisantes pour collaborer activement aux actions de son entourage paroissial.

 

Pendant la guerre, elle eut avec son époux l'audace et le courage de cacher des petits enfants juifs qu'elle camouflait parmi les siens. C'était extrêmement dangereux, les occupants étant sans pitié pour ces actions et son mari risquant la déportation en Allemagne, souvent synonyme de mort.

 

Ce fut encore elle qui s'activa pour acquérir en 1939, donc juste avant  les hostilités hitlériennes, la « bonbonnière » située à quelques pas de la nôtre. C'était très risqué et audacieux, la guerre venait d'être déclarée opposant Anglais et Français aux Allemands.

 

Ce « coup de poker » lui réussit, la dévaluation importante de l'argent  que le conflit avait provoquée, allégea la dette mensuelle d'emprunt qui grevait le budget familial.

 

Pour moi ce n'était pas du tout la « belle-mère » des dessins humoristiques qu'on caricaturait à plaisir, brandissant l'éternel rouleau à pâtisserie.  Elle m'aimait bien et m'appréciait beaucoup.  Je regrette maintenant de ne pas le lui avoir rendu assez.

 

Après le décès de mon beau-père, elle éprouva des difficultés à se débrouiller seule dans sa maison de Woluwé bien que mon épouse l'aida quasi journellement.

 

Un matin que nous l'avions gardée à loger, nous l'avons trouvée paralysée, elle ne pouvait plus prononcer le moindre mot : c'était l'accident cérébral vasculaire dans toute son horreur.  Elle fut transférée en clinique, pauvre épave que la vie avait injustement maltraitée.

 

Cela n'a pas duré longtemps, deux jours tout au plus, nous allions la voir et nous garderons toujours comme dans un cauchemar la vision insoutenable d'un regard fixe et d'un front dur de révolte.

 

Sa fin fut terrible,... je n'oublierai jamais ses yeux amers, fixes et lourds qui semblaient nous regarder tous l'un après l'autre, enfants et beaux-enfants, comme pour nous interpeller.

 

Ô Mère courageuse,

Que la vie ne respecta,

Ô Mère courageuse,

Que le souvenir oublia.

 

Ô Femme audacieuse,

Qui affrontait les nuages gris,

Ô Femme audacieuse,

Qui, sous sa robe,

Cachait le petit des maudits.

 

Fière fille de France,

Digne des barricades,

Qui se levait à l'aube

Pour soigner ses enfants,

Et ceux des autres.

 

Noble maman de notre terre,

Tu portes sur tes épaules,

Avec tes sœurs, les autres mères

Toute la charge de l'espoir

D'un avenir meilleur

Pour les humains.

 

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Toi qui me suis dans ce poignant parcours, toi qui m'as rejoint dans l'admiration que j'éprouve pour la grandeur de ces titans de l'adversité, écoute maintenant avec respect la complainte triste du désespoir et le cri inhumain de la folie.

 

Il s'appelait Désiré Griffon. Il était grand, il était fort...une sorte de géant impressionnant ;  son épouse était toute menue, trottinant comme une souris.

 

Ils avaient été les premiers concierges de notre établissement, tâche qui fut lourde de responsabilité avant l'instauration de services de garde et d'équipes de nuit.

 

A la suite des problèmes de santé de l'un des deux, pour alléger leurs prestations, ils furent reconvertis, lui en laborantin et elle en assistante du magasinier.

 

Ils étaient touchants de tendresse. Par beau temps, on les retrouvait à la pause méridienne, main dans la main, assis sur le banc qu'avec attendrissement les promeneurs  leur laissaient sur la surface arborée et fleurie qui agrémentait les abords de nos installations.

 

Une fois encore, c'est ce robuste gaillard qu'insidieusement ce fléau des temps modernes choisit comme proie de son infâme appétit.

 

Son grand coffre de solide gaillard se consumait lentement, rongé par le feu intérieur qu'avait provoqué la fumée de ses cigarettes.

 

Il subira longuement une lente dégradation que son incroyable constitution  prolongea  indéfiniment. C'était insoutenable à subir,  j'allais le voir autant que je le pouvais :... son image de torturé m'obsédait.

 

Il me regardait avec des yeux de haine, comme si j'étais responsable de quelque chose,... peut-être parce que je représentais le pouvoir,... la solution de tous les problèmes que, depuis toujours, notre société paternaliste l'avait habitué à résoudre pour lui.

 

J'en cauchemardais dans un sommeil agité quand, en rêve,  il me transperçait de son rictus de souffrance.

 

Entre deux piqûres de morphine dont l'effet n'était que passager,  il me hurlait son agonie avec ses mots que j'entendrai toujours :  « Qui va me crever... ».  Il ne disait pas me faire crever, ...c'était encore plus pathétique...

 

Cela finira par arriver et sur son lit de mort, il ne restera plus qu'un souvenir qu'évoquait un costume démesuré... creusé d'absences, avec dans un col affaissé la pauvre tête décharnée d'un supplicié révolté.

 

Je l'ai regardé longuement, l'âme ulcérée, le cœur sec,... et un immense dégoût du monde.

 

A ses obsèques, nous tînmes à lui faire grand honneur. Nous étions deux directeurs et une quinzaine de techniciens et employés qui formèrent un groupe imposant qui se plaça directement après la famille dans le cortège qui le mena à l'église et au cimetière.  Les gens de sa région furent impressionnés par l'imposant bloc que nous formions derrière lui.

 

Pendant tout ce temps de misère, son épouse me suivait, son épouse me suppliait...son épouse se traînait dans mon sillage, accrochée à ce que je représentais... l'impuissance alors vide moralement, la charge qu'elle sous-tend interpelle...

 

Elle devint la pauvre veuve qui s'abîmait dans son misérable destin, tantôt  absente, tantôt douloureuse et pathétique, tantôt d'une exubérance aux portes de la folie...

 

Elle le fut ainsi, un jour, qu'elle nous arriva tôt le matin, presque avant tout le monde quand les caprices de l'horaire flottant n'avaient pas encore animé  les couloirs.

 

Coutumier de prestations matinales, je m'en occupai avec attendrissement, elle me paraissait si menue, si frêle et fragile.

 

Son excitation m'inquiétait bien un peu :  elle n'arrêtait pas de babiller comme une enfant... et de chanter toutes sortes d'airs de sa jeunesse.

 

Elle finit par accompagner mon premier visiteur que son joyeux badinage avait allumé dans les yeux et étiré, aux coins des lèvres, un discret sourire.

 

Elle s'est ainsi trimballée toute la journée d'un laboratoire ou d'un bureau à l'autre.   Par ma porte entr'ouverte,  je pouvais localiser l'endroit où elle se produisait, tellement ses chants et son discours suscitaient des rires et des applaudissements.

 

Au restaurant, une cour « amusée » se groupa à sa table, ce qui l'excita beaucoup,...  nous avons tous fini par l'écouter : jamais dans sa modeste vie elle n'avait connu autant de succès.

 

Peu de temps après, on m'annonça qu'elle s'était pendue à une poutre de son grenier....

 

Aux portes de l'enfer

Ils  sont agenouillés.

Ils ouvrent les yeux amers

Des lâchés d'un Dieu absent.

 

Condamnés car innocents,

Ils crient vengeance au monde

Qui les a abandonnés.


Ils traînent en désespoir

Un cœur balourd et sourd.

 

Ils abominent les jours,

Ils exècrent les nuits :

Ils ont perdu l'amour.

 

Ils ont vu la haine

Au seuil de leur folie.

Ils ont jeté l'eau sale

De leur vaste étang mort.

 

Ils se sont enfoncés

Dans un ciel de soupirs,

Ils ont croisé des oiseaux  noirs

Et se sont couchés pour un dernier soir.

 

 

Les lignes qui précèdent interpellent douloureusement.  Des nausées de révolte montent du plus profond de l'être sensible.  Pour peu qu'ils aient un peu de sens humain, des hurlements d'impuissance raclent le fond de la gorge des plus indifférents.  Si l'existence a un sens, quelle explication donner à cette fin de vie dans la torture ?

 

Aucune, vraisemblablement !  Toutes les croyances s'efforcent de justifier la souffrance physique  (ne parlons pas de la souffrance morale ou psychique qui est un réflexe ou une conséquence de l'intelligence)  qui, pour certaines, serait la punition d'une prétendue première faute d'orgueil, sanctionnée impitoyablement jusqu'à la fin de l'humanité et qui ne serait pas levée malgré son rachat par un Dieu fait homme.

 

Pour donner un sens à cet état, adversaire du bonheur, les religions inventeront la « résignation » .

 

 

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