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23/04/2010

Ch. 23 a - Bonheur, souffrance et fin

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Cliquer sur le repère à la fin de « Dossiers » (colonne de droite) pour obtenir l’appel que j’ai lancé antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.


Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Cette « impudeur » des sentiments lui ont été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental et historique qui lui ont permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.


(Ceux qui désirent consulter la table complète des matières et des repères

cliqueront sur DOSSIERS (à droite – La table des matières est à la fin de la liste).


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(23 a)  BONHEUR, SOUFFRANCE ET FIN DE VIE.


{1} Bonheur et souffrance qu'on considère comme antagoniques sont pourtant intimement liés. Dès les premiers instants de son existence, l'être vivant livre un combat pour la vie qui élimine les plus faibles au profit des plus forts.

 

Cette bagarre dans un milieu hostile ne va pas sans inconfort physique subi à des degrés divers de tolérance.  C'est la « souffrance » prise dans son sens étymologique strict, du latin  sub(sous) et ferre(porter) avec le même sens que supporter qui vient de sub et portare.

 

Il semblerait que, pendant sa portée, la mère des mammifères neutralise cette réaction de « douleur »  chez son petit en l'encaissant à sa place, grâce au milieu amniotique dans lequel elle l'a placé, sollicitude qu'on ne retrouverait pas chez les ovipares et même les ovovivipares (éclosion  interne de l'œuf, comme chez la vipère).

 

Dès que l'être vivant, quel qu'il soit, pénètre dans son milieu « naturel » par sa naissance, il est environné d'agresseurs de tous genres, évolués ou si besoin en est, adaptés à coup de mutations.

 

Chez certains, surtout, semble-t-il, les êtres à sang chaud qui la subissent à des degrés extrêmes, ce combat ne va pas sans l'inconfort physique de la souffrance qui devient donc un phénomène primordial conditionnant leur existence. La souffrance physique a été inventée par la nature pour servir d'avertisseur d'atteinte à l'intégrité physique et ainsi protéger l'organe menacé.  La souffrance morale sera "inventée" par l'homme dès que son cerveau développera la conscience de son individualité suscitant l'insatisfaction résultant de l'appréciation de son sort.

 

Antinomique ou contradictoire de cet état, le bonheur, quant à lui, sera l'aboutissement d'une quête obsessionnelle de « non-souffrance », de parenthèse fugace dans notre cheminement  douloureux pour subsister dans un milieu hostile et peu propice à réaliser les aspirations que notre "intelligence" nous révèle.

 

Que sommes-nous donc, nous,  ces êtres à sang chaud, vertébrés supérieurs et mammifères évolués, de l'ordre des primates dans le sous-ordre des anthropoïdes et de la classe des  hominiens ?

 

Fragiles et vulnérables, nos petits sont portés en gestation et naissent incomplètement formés.

 

Nos ancêtres, les primates, et parmi eux ceux qui furent isolés suite à la fracture du Rift Valley ou pour d'autres raisons, se sont redressés sur les pattes arrières pour voir le danger au-dessus des savanes déboisées ou maintenir dans leurs bras la charogne qu'ils chapardaient aux prédateurs.

 

Devenue habituelle,  cette position les amènera à la marche et à la course, mais n'autorisera pas un agrandissement suffisant du bassin féminin, pour laisser passer la tête du fœtus à terme, qui avait pris de l'importance suite au grossissement du cerveau développant l'intelligence.

 

C'est, semble-t-il, ce qui a forcé nos ancêtres parturientes à mettre au monde des prématurés, compromis sans doute dangereux pour sa progéniture, alors que son cerveau  n'est pas encore complètement formé.

 

Dès la conception, nous nous trouverons à l'origine du lent processus de maturation physique et psychique de notre moi qui bénéficiera ensuite du bain de l'environnement éducatif  propre au milieu de nos géniteurs, nous permettant ainsi de construire notre personnalité. Il faudra quinze à vingt ans pour y parvenir dans notre contexte occidental.

 

Pendant cette lente « gestation », nous allons « apprendre » le bonheur....  Mais oui, le bonheur ça s'apprend, ça se cultive, c'est un art...difficile... très difficile même. Il est tellement fugace que certains ne le perçoivent jamais... et le cherchent vainement.

 

Il est tellement précieux et fragile qu'il faut le ménager, le protéger des fantaisies du destin et de la méchanceté des autres, de l'envie de ceux qui n'ont pas pu ni su le garder ou le trouver.

 

Nous le rechercherons dans un autre monde ou il serait éternel et complet, auprès d'un Dieu que nous inventerons s'Il n'existe pas.

 

L'intelligence que nous avons développée refuse désespérément que notre pensée ne soit qu'un mécanisme performant que l'évolution a patiemment mis au point en lui donnant les moyens d'être exprimée d'abord par la parole et par la suite transmise par l'écriture, le livre ou d'autres supports artificiels.

 

Nous refusons que les réalisations de l'être humain, ce descendant de l'homo sapiens, si subtiles et raffinées, si géniales dans leur complexité et leur diversité ne soient que le résultat d'un mécanisme cellulaire performant dont l'origine se situerait dans « la nuit des temps » et qui ne nous soit parvenu qu'à force d'échecs, d'erreurs, de cataclysmes,  de misères, de souffrances, de recommencements....

 

Nous n'acceptons pas que tout cela n'ait été obtenu qu'avec la patience du temps, du hasard et de la « chance » de la vie, à coup de millions et de millions d'années « d'existence » au seuil de l'anéantissement.

 

Nous avons inventé l'âme : cette image de Dieu. Celle qui, indépendante de notre corps, irait Le rejoindre dans la « plénitude céleste ».  Cette âme connaîtrait le bonheur éternel dans sa  « contemplation » du « Très Haut », alors que l'absence de cette « Béatitude » constituerait l'enfer du malheur éternel.

 

Tout ce que je viens de développer m'a hanté depuis toujours..., comme me tourmente en me harcelant l'angoisse des vivants à la pensée du destin douloureux qui les attend et qui attend ceux qu'ils aiment ... ?

 

Comment comprendre, justifier la souffrance, la séparation...et surtout : LA MORT..... ?  Et le problème métaphysique que celle-ci posera toujours :    est-elle la fin de notre existence ?

 

Dans les lignes qui suivront, je vais progressivement aborder, à la lumière de l'expérience que j'en ai, tous les aspects du bonheur et de la souffrance et de cette fin d'exister des humains, mais aussi oser certaines considérations sans doute discutables qui me sont venues à l'esprit.

 

Elles interpelleront d'autant plus qu'elles seront étayées par la relation de belles histoires vécues, sublimes, dures, héroïques ou insoutenables qui m'ont marqué l'âme au fer rouge.

 

Dans mon existence, comme chacun, j'ai été marqué par la disparition de certains proches avec lesquels  j'avais de grandes affinités.  Je leur réserverai cette première partie en témoignage de l'affection que je leur ai toujours portée.

 

Je commencerai avec bonheur par la belle histoire d'un homme que j'ai beaucoup aimé parce qu'il était simple, beau et clair comme les oiseaux, ses amis.

 

Il se penchait sur les fleurs et les roses, ses mains burinées les caressant doucement.  Il sifflotait, un éternel mégot éteint collé à la lèvre. Les fleurs le connaissaient bien et se laissaient cajoler en sirotant lentement du soleil.

 

Les oiseaux l'entouraient, vifs et graciles, surtout les mésanges qui aimaient le voir travailler : elles l'observaient d'un œil de côté, tout en guettant le fer de sa bêche qui leur dénichait de succulents vermisseaux.

 

C'était le prince des fleurs ; elles lui faisaient une cour empressée en lui offrant leurs plus belles collerettes. Penché sur leurs parterres, il leur jetait un regard attendri en ameublissant leur sol de ses doigts enfoncés tout en rangeant doucement leurs radicelles.

 

Aux chantres du ciel, il construira dans son jardin de grands palais-volières où ils s'ébattront en faisant vibrer l'azur de leurs trilles passionnés.

 

Il leur chuchotait à l'oreille de gentilles choses en glissant dans leurs barreaux-fenêtres toutes sortes de friandises : carottes, plantain, séneçon, graines de millet et pour les insectivores des petits vers de farine.

 

Il enchantait de sa présence heureuse notre écrin champêtre, nous accompagnant à toute occasion.  Nous aimions sa silhouette inclinée, se découpant à l'horizon des champs, dans une pause habituelle : coude gauche appuyé sur un genou pour soulager le dos, main droite experte et habile sarclant, nettoyant, binant cette matière merveilleuse de vie nutritive faite de terreau, d'humus, d'engrais et autres substrats que, avant lui, des jardiniers avaient patiemment et amoureusement constituée au fil du temps.

 

Tout lecteur attentif à la relation précédente de mon histoire aura bien vite compris que ce poète des fleurs et des oiseaux ne pouvait être que mon beau-père que j'aimais avec attendrissement et qui a transmis à mon épouse son amour des plantes et des beaux jardins.

 

Octogénaire depuis cinq ans, on le croyait capable de défier le temps malgré une angine de poitrine qu'il dominait sans se plaindre.  Il entra en clinique pour soigner un problème bénin de prostate et subir une intervention chirurgicale assez légère.

 

Tout se passa très bien, l'intervention fut une réussite et son séjour ne devait être que de courte durée.  Il avait retrouvé l'atmosphère de chambrée qu'il avait si bien connue pendant les huit ans que durèrent son service militaire, la guerre des tranchées de 14/18 et l'occupation de l'Allemagne.  Aussi, quand on allait le voir, l'entendait-on de loin blaguer ses compagnons de lit et d'infortune !

 

Est-ce cette excitation et cette exubérance qui brisa son cœur ?  Toujours est-il qu'il s'est endormi joyeux, la nuit du douze novembre 1977, pour ne plus se réveiller, comme s'il avait, la veille, trop fêté l'anniversaire de l'armistice.

 

Nous avons tous pleuré cette séparation qui nous sembla si cruelle et brutale.   Mais nous cultivons avec émotion sa mémoire en nous rappelant tant et tant de souvenirs attendris.

 

Les fleurs se mirent à chanter,

Les oiseaux se mirent à fleurir,

Le ciel se pâmait de couleurs,

Les champs se doraient d'été.

 

L'ombre de l'ami des fleurs

Caressa les plumes des oiseaux,

Les oiseaux se mirent à chanter

Les fleurs se mirent à rêver.

 

L'ombre de l'ami des oiseaux

S'étendit sur les jardins,

Les fleurs l'ont embrassée

Les oiseaux se sont endormis.

 

Le rêve de l'ami des fleurs

Flottera encore longtemps

Parmi les branches et les parterres,

Avant de monter très haut

Dans les nuages et dans le ciel.

 

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Il était grand, il était fort, il était beau, c'était un passionné de ciel, un frère de Mermoz et de Saint-Exupéry. Au baptême, il avait reçu le nom de Joseph, en souvenir de son oncle tué à la guerre de 1914, mais tout le monde l'appelait « Jo ». Jeune homme, il avait combattu dans la résistance et dès la libération s'était engagé dans la célèbre Royal Air Force (RAF) qui contribua si efficacement à la défaite allemande.

 

Dans son «spitfire » si réputé avion de chasse de l'époque, il se rendit célèbre dans sa région en démonstrations de cabrioles et figures aériennes, à l'insu souvent de ses supérieurs.

 

Alors que son « team » de chasse était caserné non loin de la ville de Diest, en Campine limbourgeoise, célèbre par sa bière, il s'éprit d'une bien jolie jeune fille, Lily Gemoet, qu'il épousa.

 

Durant la guerre 40-45, héroïque, cette jeune personne se distingua en servant dans la « Résistance » (groupe clandestin de lutte armée contre les Allemands).  Son frère aîné en était l'un des chefs et fut malheureusement dénoncé dans les derniers jours de l'occupation par des traîtres à leur pays, « collaborateurs » des envahisseurs, puis fusillé par l'occupant.

 

Une haine féroce s'était établie entre les deux camps, divisant les familles dans un climat de drames et outrances shakespeariennes : dénonciation, vengeance, meurtre... !

 

Son père fut emmené en captivité à Buchenwald puis à Dora, ces tristement célèbres camp de la mort d'où il ne sortira qu'amoindri et malade.  Son plus jeune frère qui n'avait alors qu'une douzaine d'années ne se remettra jamais des scènes auxquelles il assista, ni aux sévices qu'il subit lors des fréquentes fouilles que sa famille dut endurer.

 

Elle-même, héroïne d'une geste de cette époque, parvint à camoufler lors d'une perquisition, un document compromettant qu'elle avait pu arracher de sa machine à écrire.

 

Malgré la libération du pays par les troupes alliées, elle ne connaîtra pas de répit et dut s'éloigner de la région, pour échapper à la haine meurtrière qui animait certains collaborateurs.

 

Cette épopée dure, authentique et douloureuse nous fut racontée pour la première fois, il n'y a pas bien longtemps, un soir d'été, dans la petite maison en torchis de Mesnil-Eglise, berceau de mes ancêtres maternels, vieille de plusieurs siècles, qu'elle avait rachetée en mémoire de celui qui fut son héros et qui mourut accidentellement à la suite d'une mauvaise chute de vélo qui lui fracassa le crâne.

 

Ainsi va la destinée, il avait évité tous les dangers qu'encourait le pilote audacieux qu'il fut toujours.  La malchance, la fatalité : une distraction lors de la traversée d'un passage à niveau, des rails de chemin de fer qui coincent une roue avant, une chute sur la tête que n'a pu parer une main malencontreusement prisonnière d'une poche revolver qui allait le ravitailler en sucre et ce fut le drame...

 

Ma courageuse cousine, une fois de plus, releva la tête, surmonta de graves problèmes de santé qu'elle dut subir ensuite, et, sublime dans l'adversité,  fit de ce témoin de l'histoire de ma famille maternelle, la maison-souvenir de celui qui fut son héros des ciels.

 

Les liens familiaux qui existaient entre nos deux couples furent toujours privilégiés que ce soit par la grande affinité de cœur qui s'y manifestait concrétisée par le parrainage de nos enfants : la cadette chez eux et notre premier-né, Patrick, chez nous.

 

Ces sentiments partagés nous poussèrent à nous rapprocher ;  c'est ainsi que nous leur trouvâmes pas bien loin de notre « bonbonnière » une grande maison confortable que notre propriétaire venait de libérer.

 

Ce voisinage et le parrainage de nos enfants nous amenèrent à les rencontrer souvent et partager avec eux les joies des grandes fêtes de famille.

 

A ce propos, je me souviendrai toujours de la communion de ma filleule Anita pendant laquelle, au cours d'une cérémonie religieuse (le salut) de tradition à l'époque qui survenait après un repas de fête et que, pour fêter çà, j'avais bien arrosé avec mon cousin, je dus me cramponner à ma chaise d'église pour empêcher le plafond et les saints de nous basculer sur la tête.  Je regagnai voitures et logis en me demandant comment les marins s'en tiraient pour maîtriser tangage et roulis.

 

C'est dire aussi combien de moments précieux de bonheur simple nous échangeâmes dans la douceur de rencontres paisibles et dans l'ambiance tiède de nos foyers,  les deux cousins s'affrontant en joutes épiques de jeu d'échecs (j'étais toujours battu, tellement il était fort) pendant que les épouses, en parfaite harmonie de goût, d'ouverture intellectuelle et d'aspirations familiales partageaient leurs impressions.

 

Tel l'albatros, il dominait les nues,

Elle se cachait dans l'ombre de la nuit,

Quand lui défiait le soleil qui luit,

Pendant qu'il survolait les avenues.

 

Elle avait tremblé des regards cachés,

Des cris des soudards et des bruits de bottes,

Pour lui c'était l'ivresse en rase-mottes,

L'angoisse au ventre entre deux clochers.

 

Elle adorait son maquisard

Dévalant les champs et les bois,

Et rêvait de ce grand gaillard

Qui dans le ciel narguait les toits.

 

Il s'est enfui dans les nuages

Pour mieux lutiner les oiseaux,

Puis s'est réfugié dans les roseaux

De son paradis pour enfants sages

 

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C'était un beau dernier week-end du mois d'août 1979.  Radieux, le temps s'était endimanché et la campagne souriait aux blés d'or qu'un léger souffle de fraîcheur berçait doucement.

 

Mon beau-frère Gérard rentrait de vacances et s'était  annoncé, accompagné de son épouse et de sa fille.  Tous les ingrédients étaient donc réunis pour se mitonner une très agréable journée dans la détente d'une fin de congé qui avait permis à tout le monde de recharger les accus.

 

Gérard était particulièrement joyeux et se plaisait à taquiner mes enfants qui l'adoraient. Il les aimait beaucoup, les enfants et les jeunes dont il s'était toujours fort occupé en tant que dynamique dirigeant d'un mouvement de jeunesse.

 

Très boute-en-train, il savait animer les groupes en chantant d'une très belle voix des rengaines pour jeunes ou à la mode, en les accompagnant d'une guitare qu'il grattait agréablement.

 

En fin de journée, je ne sais trop pour quelle raison, il s'éloigna de l'endroit où nous étions tous réunis.  Ne le voyant pas revenir, je partis à sa recherche et le trouvai pensif dans la grange.

 

La porte était grande ouverte et il fixait le lointain, très loin la-bas dans les campagnes.  Discrètement, je ne me manifestai pas et me tins à l'écart.

 

Je devinais son regard devenu triste, je percevais ses épaules alourdies par je ne savais trop quelle angoisse. Il fixait le ciel comme pour le transpercer d'inassouvi.   Je crus bon d'intervenir :

 

-          Tu es triste, Gérard !

-          Mais non, mais non... Il se défila et portant son regard vers l'intérieur de la grange, il m'interrogea :

-          A quoi sert cette poutre que tu as placée pas loin de la porte ?

-          A supporter un plancher qui donnera accès à de nouvelles chambres.

 

Je n'avais pas osé insister, respectant sa pudeur.  Il était très secret et ne se confiait pas facilement.   Pourtant, dans le passé, nous avions partagé certaines confidences à une époque où, ainsi que je le racontai par ailleurs, nous profitions de la proximité qui existait entre nos lieux de travail et le club de jeunes que nous fréquentions, pour nous y rendre directement.

 

Nous arrivions ainsi beaucoup trop tôt avant l'ouverture, ce qui nous  donna l'occasion de copiner, de nous découvrir de nombreuses affinités et de devenir de vrais amis.

 

Quand, plus tard, je m'épris de sa sœur, il s'en est bien sûr réjoui, mais ne put s'empêcher de dire : « J'ai gagné un beau-frère, mais j'ai perdu un ami ».

 

Je ne sais pas pourquoi, mais il m'a semblé, ce jour-là, que son âme étouffait, qu'il éprouvait un besoin d'inaccessible et peut-être lui aussi de voler très haut comme « Jo » mon cousin l'aviateur.

 

Pourtant les dieux l'avaient comblé de l'amour le plus passionné, le plus exclusif qui soit, cet amour surdimensionné de celle qui l'a placé dans les nuages de ses rêves et que ses yeux ne cesseront de rappeler.

 

Il l'avait découverte lors de ce « fameux » voyage aux Baléares où « Eros » en pleine forme s'était déchaîné en décochant ses meilleures flèches en plein cœur de deux frères et d'une sœur innocemment partis en vacances.

 

De plus, une petite fille, intelligente, spontanée et vive comme un pinson, s'était pointée en 1961, fruit de cet amour, dans l'atmosphère lourde des problèmes qu'avait occasionnés l'indépendance du Congo.

 

Dans le « clan » de mon beau-frère, constitué d'une petite dizaine de parents et alliés sans enfant, elle sera la princesse que tous verront grandir et s'épanouir avec dévotion.

 

C'est dire qu'on ne pouvait imaginer contexte plus favorable au bonheur  que cette composante familiale, mais peut-être rêvait-il, dans cette grande solitude champêtre, pour sa femme et son enfant, aux  très grands espaces de ses idéaux de jeunesse.

 

Nous terminâmes cette journée dans une chaude ambiance de retrouvailles familiales et de particulière gaieté.

 

Le lendemain, il avait encore congé et il enfourcha sa bicyclette pour une balade, comme il le faisait depuis quelque temps.  En cours de route, pris de malaise, il se fit ramener chez lui en taxi.  Ensuite, il perdit connaissance et les médecins appelés d'urgence, après une tentative qui le ranima un peu, ne purent plus rien pour lui.

 

Lui aussi est mort sans le réaliser. On dit que c'est une belle mort.  Mais, quelle indescriptible souffrance, quel déchirement pour ses proches, surtout son épouse qui souffrira cruellement de cette absence irrémédiable, du vide de sa présence, du désarroi des premiers temps, de l'angoisse d'un souvenir  qui s'estompe, peut-être tempérée maintenant par la présence affectueuse des deux petits-enfants que sa fille lui confiera souvent.

 

Je tenais à raconter cette histoire en lui réservant la place qui lui revient dans ce livre.  C'est la si belle, mais pathétique histoire d'un amour exclusif et entier, aussi profond que l'éternité.  C'est la si grande, mais si tragique histoire d'une amante qui pleurera éternellement son Roméo.

 

Il était blond comme du soleil

Qui se couche dans les blés.

Elle aimait son sourire.

 

Elle se baignait dans ses  yeux bleus

Qui tendrement l'enveloppaient.

Elle aimait son sourire.

 

Elle se couvrait de ses fines mains

De ses longs doigts de musicien.

Elle aimait son sourire.

 

Elle écoutait chanter sa voix

Quand il l'accompagnait de sa guitare.

Elle aimait son sourire.

 

Elle aimait son sourire

Quand le soir, il l'endormait

Dans ses bras d'amant tendre,

Epris de grands espaces

Pour son cœur trop grand,

Trop grand de grand ciel bleu.

 

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Commentaires

Voilà un bien bel article !

Écrit par : thomas | 23/04/2010

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