Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

05/03/2010

Ch. 21b - Nous pleurons, les autres réveillonnent.

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

__

Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (un ordre permanent de quelques euros en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

-------

 

Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

 

__

Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

__

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante de l’espoir. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté  de pensée avec l'athéisme comme hypothèse de réflexion.


------

 

 

TABLE DES REPÈRES : {21.5} Dramatique réveillon de Nouvel An : mon père décède brutalement au sortir d’un office religieux - {21.6} Meux est devenu un « havre de bonheur » pour tous, depuis nos activités d’ouverture aux autres cultures (voir chapitre suivant) jusqu’à recueillir (sans le savoir) deux jeunes gens qui fuyaient la justice -– {21.7} Participations aux activités de la paroisse : épouse catéchiste, réunion d’études religieuses et théologiques, mais surtout organisation de rencontres « inter-cultures », sans orientation religieuse dans la salle paroissiale, destinées à bien intégrer les « réfugiés » des pays opprimés - {21.8} Découverte de celle qui deviendra notre petite sœur coréenne, ainsi que son mari et ses deux enfants à la messe de minuit de Noël 1980


-----

 

{5} Le réveillon du « Nouvel An » 1972 fut dramatique pour nous.   Le dimanche, situé entre les deux fêtes de fin d'année, mes parents s'étaient rendus à l'église pour y suivre l'office dominical.

 

Pendant sa célébration, mon père fut pris de violentes douleurs thoraciques.  Au bras de son épouse qui le soutint comme elle put, il abandonna l'édifice religieux pour demander secours dans une épicerie voisine.

 

A peine fut-il entré qu'il prononça ce qui furent  ses dernières paroles : « Je faiblis »... Il s'écroula devant ma mère et les clients épouvantés...  C'était la rupture d'anévrisme dans toute son horreur brutale...

 

Comment n'avait-on pas décelé cette anomalie artérielle lors des examens que de nombreux avatars de santé (problèmes hépatiques, gastriques et circulatoires) avaient nécessités ?

 

Cela entrera dans le domaine de l'incertitude médicale et de ses possibles erreurs. Quelques années auparavant, la « Faculté » se permit même un diagnostic erroné de cancer de la rate, en ne lui laissant que quelques semaines de sursis.

 

Par ailleurs, un moral fragile, héritage congénital, ne lui permettait pas d'affronter les aléas de la vie, aussi déprimait-il facilement, ce qui le contraignait à un suivi médical régulier.

 

Il faut cependant rappeler, comme en témoignent les souvenirs relatés plus avant dans ce livre, que son existence fut particulièrement éprouvée par des problèmes professionnels, les crises et la guerre, la maladie grave de deux de ses enfants, suivie surtout du décès de l'un des deux : un papa de trente-cinq ans.

 

Il était bon, fidèle et dévoué à tout son entourage.  Nous l'aimions  énormément et ses petits-enfants l'adoraient.  Il avait l'art d'endormir les plus turbulents, comme Benoit, dans des bras protecteurs doucement refermés : il les coiffait alors de sa casquette qu'il enfonçait jusqu'aux oreilles sur leurs yeux soyeux et les calmait en leur fredonnant quelques douces chansonnettes.

 

Appelé d'urgence à la morgue de l'hôpital où l'ambulance l'avait conduit, je l'ai retrouvé livide, perdu dans son manteau d'hiver qu'on avait, à la hâte, mal boutonné.

 

Sa tête paraissait si pâle dans l'ouverture béante du vêtement dans laquelle elle flottait comme sortant d'un sac de patates...  et ses lunettes paraissaient si grandes, si grandes pour une tête devenue soudain si émaciée,...perdue, insignifiante ...

 

Pourquoi  regardes-tu si loin

Petit papa aux yeux tristes ?

Pourquoi ton regard inquiet ?

Pourquoi cette peur du ciel ?


Petit papa, écarte ce nuage

Qui étire ton visage ;

Perds-toi dans ces rêves d'azur

Que tu sortais d'un regard pur.


 

Tes yeux se baignaient de pastel

Ton âme chantait la couleur

Tu aimais les fleurs des champs

Petit papa pour cœur d'enfant.


 

Tes genoux comme asile,

Tes bras de douce chaleur,

Ton cœur est comme une île

Qu'on retrouve avec ferveur.


 

Quand tu regardes très, très fort,

Pour revoir ton enfant qui dort,

Que tu appelais petit Pierre,

Alors tu bois le vin amer

Du souvenir de ses yeux morts :

Petit papa tu pleures encor.

 

-----------

 

{6} A l'évocation des moments de tristesse qui entourent ces séparations cruelles, on pourrait éprouver scrupule et gêne à évoquer les moments de bonheur qui suivront et qui viendront embellir l'existence en nous gonflant la poitrine comme les alpinistes qui atteignent  les sommets après une douloureuse ascension.  La mémoire du souvenir est ainsi faite qu'elle écarte le malheur pour réserver toute sa place au bonheur.

 

Aussi c'est avec un attendrissement heureux que je me remémore ces promenades en famille, par temps ensoleillé, Béatrice-koala sur mon bras et Patrick, très indépendant, près de son cousin Bruno qui vivait avec nous,  depuis la mort de son papa, tandis que mon épouse se chargeait de Christine, dans une poussette ou à la main, et que tous nous surveillions Benoit qui ne ratait aucune occasion de s'éclipser.

 

Notre écrin de verdure champêtre dans les campagnes namuroises devint alors un havre édénique dans lequel pouvait s'ébattre ce petit monde, le week-end et les vacances.

 

Les petits nains avaient enfin trouvé leurs petites sœurs et avaient grandi, aussi les protégeaient-ils en vrais grand frères.  Goulinouf  toujours aussi horrible et méchante avait maintenant fort à faire avec ces petits bonshommes de plus en plus malins.  Et les trois filles s'entendaient si bien pour jouer des tours aux garçons.

 

Dans cet espace privilégié que nous avions bien agrandi, notre petit monde s'ébattait joyeusement.  Les saules s'étaient développés et offraient leurs branches pour des espaces de jeu pittoresques.

 

J'avais bien sûr contribué à l'aménagement de l'ensemble en fixant aux deux plus beaux arbres une échelle que j'avais trouvée dans la grange, ce qui en faisait un passage aérien merveilleux pour de jeunes aventuriers.

 

Ses échelons constituaient de plus d'excellents agrès pour balançoires, anneaux, échelle de corde, trapèzes et autres engins d'exercice physique.  Evidement, les garçons eurent tôt fait d'aménager cabanes aériennes et observatoires dans les fourches des arbres.

 

Un paradis ne le serait plus s'il n'était accueillant et notre cœur était si chaleureux que nombreux étaient ceux qui voulaient s'y réfugier. Aussi fut-il ouvert à tous ceux que nous côtoierons, amis de nos fils ou amis étrangers que nous avions l'ambition d'intégrer dans notre quartier.

 

Et ils ne manquèrent pas, tellement nous fûmes sollicités de toutes parts, et tellement notre naïveté d'idéalistes nous livra à l'appétit de certains profiteurs qui ne manquèrent pas de sauter sur l'aubaine.

 

Ce fut ainsi le cas pour deux aventuriers, rencontre interlope que notre fils Patrick ramena d'un soir de guindaille et qui furent bien aises de trouver abri et couvert dans notre paradis perdu au milieu des champs.

 

Généreux et peu curieux, nous les y avons gardés un bon mois à l'abri des créanciers et de ceux qui les poursuivaient.

 

En plus du gîte, nous leur offrîmes l'amitié que l'un des deux trompa sans scrupule en chapardant quelques affaires de peu de valeur, l'autre heureusement se confia, nous révélant la vérité de leur situation et (sans garantie de véracité) le drame de son histoire.

 

Lors de son départ pour des cieux sud-américains moins dangereux, reconnaissant, il nous laissa un beau dessin au pastel de notre fermette dans son décor champêtre qu'il avait assez talentueusement exécuté pendant son séjour. Nous le fîmes encadrer pour l'accrocher au mur de notre hall de Bruxelles.

 

Quand nous entrons ou sortons de chez nous, ce pastel nous remet en mémoire cette belle époque de rêve où enivrés de l'aubade des alouettes, de la vie des champs et du murmure lointain des moissonneuses, nous nous trouvions en si grande harmonie avec les moutons et les agneaux, les enfants et les fleurs, les amis et ceux qui cherchaient asile.

 

Une table et le bonheur attendaient ceux qui entraient, sans souci de ce qui encombrait leur âme, sans crainte de l'envie ni de la méchanceté qui rôde.

 

Cet état d'esprit fit de nous des « victimes » idéales pour les « œuvres », notamment celles de la paroisse qui nous embrigadèrent dans leur action. On nous invita à des réunions de travail où, repérant notre bonne volonté, on nous transforma très vite en exécutants entreprenants.

 

{7} Ma chérie fut chargée de former les jeunes enfants à la vie d'adultes pratiquants.  Intégrée dans une équipe de catéchistes, elle s'efforcera de donner à de nombreux jeunes adolescents des valeurs de vie correspondant à notre idéal de solidarité et d'ouverture aux autres.

 

C'est-à-dire un sens élevé de morale naturelle avec le moins possible de bondieuseries, enrichi de lyrisme et d'idéal qui ne pouvait qu'être bénéfique à des jeunes souvent en mal de réponses à des contradictions religieuses évidentes.

 

L'équipe de catéchistes à laquelle elle collabora, était constituée de personnes très ouvertes et très libres, désireuses surtout d'apporter à des jeunes enfants d'une douzaine d'années les principes essentiels de la morale chrétienne actuelle, à savoir la solidarité et l'amour des autres, sans trop s'encombrer des problèmes liés aux domaines dogmatiques,  philosophiques, historiques ou liturgiques.

 

A leur tête, une personne remarquable, femme de grande culture, férue d'histoire du peuple juif et très avertie en langue hébraïque.  Sous sa conduite et avec la qualité des participants, leurs réunions de préparation étaient, aux dires de mon épouse, un régal de découvertes dans de nombreux domaines, allant de la philosophie à la théologie et à l'histoire du peuple hébreu.

 

Mon épouse fera équipe avec une dame très cultivée, universitaire, qui deviendra sa grande amie et avec laquelle elle organisera dans le cadre de leur action paroissiale des manifestations à caractère culturel et religieux de qualité.

 

Son mari, enseignant très croyant, était un homme agréable avec qui j'eus d'intéressantes conversations lors de nombreuses rencontres que nous eûmes dans leur appartement à la côte belge ou lors de séjours que nous fîmes ensemble à l'abbaye d'Orval.

 

Nos discussions auxquelles participaient nos épouses prenaient vite une orientation à connotation religieuse.

 

Très en recherche, nous étions à l'affût de toute démarche qui pourrait étayer ou remettre en question une croyance reçue de nos « pères ».

 

Intellectuellement honnêtes tous les deux et avides de vérité, nous avions l'espoir de trouver, à force d'enquêtes, une réponse valable à notre questionnement.

 

Nous réalisions aussi que nous n'atteindrions jamais la vérité absolue et profonde, pas plus que quiconque d'ailleurs, mais avions  l'ambition de trouver une « quasi-certitude » qui répondrait bien à notre attente.

 

A la longue, il faut dire que ces actions nous placeront vis-à-vis de notre entourage dans des positions « inconfortables », en porte-à-faux de notre milieu très croyant.

 

C'est pourquoi mon épouse, par délicatesse envers son amie « catéchiste », s'en est éloignée cruellement dans le souci de ne pas ébranler une foi à laquelle elle et son mari tiennent beaucoup.

 

Je me suis trouvé dans une position analogue vis-à-vis de mes amis George et Christian, qui sont décédés maintenant, depuis que je leur avais soumis les pages qui précèdent et je m'inquiétais de leur en livrer la suite tellement j'appréhendais de les atteindre dans ce qui avait été la raison de toute leur vie, d'autant plus qu'ils étaient tous les deux fragilisés par une condition physique très déficiente.

 

Cette investigation métaphysique nous a poussés à participer ou assister à de nombreux cours et conférences dans de multiples domaines.

 

Dans cet ordre d'idées furent organisées par la paroisse des réunions-débats axées sur l'étude de « cahiers » rédigés par des moines-théologiens à l'intention de ceux qui désiraient étayer plus intellectuellement leur foi religieuse.

 

Ces cahiers étaient fort bien faits, mais entraînaient le lecteur dans des considérations théologiques que seul un croyant convaincu pouvait partager.

 

En fait, c'était un approfondissement de la foi religieuse.  Il fallait s'en tenir aux vérités révélées par la tradition, les « Pères » de l'Eglise et les diktats du Vatican.  Les dogmes, bien sûr, n'étaient pas discutables même s'ils pouvaient être contredits par la science et l'histoire.

 

Tous les chrétiens en recherche et de bonne foi sont ébranlés par ces contradictions et sont forcés d'isoler leur démarche religieuse du contexte rationnel dans lequel ils aimeraient placer leurs interrogations.

 

Nous connaissons ces déchirements occasionnés par des positions que la loyauté ne nous permet pas de cacher et souffrons de l'isolement que nous nous sommes imposé par respect pour la foi qui habite encore la plupart de nos amis et parents.

 

Un jour, un paroissien, intellectuel croyant que j'interrogeais à ce sujet, eut cette réponse révélatrice de l'état d'esprit de beaucoup : « Il y a des domaines que j'ai écartés... et ajoutait-il, ... je m'abstiens surtout d'aller y voir ».

 

Nous restons pourtant très attachés au système lui-même : nous avons beaucoup d'admiration pour le clergé en général qui est sublime d'abnégation et de courage dans un environnement devenu indifférent ou hostile.

 

Nous éprouvons la plus grande estime pour les pratiquants convaincus qui s'efforcent de sauver ce qui peut encore l'être, tout en regrettant l'obstination papale dans des domaines aussi douloureux que la contraception, le célibat des prêtres et autres problèmes inhérents à notre époque de grande amélioration du confort et de la condition humaine.

 

Ce besoin de sortir des sentiers battus, de libération de notre pensée et d'ouverture vers d'autres options philosophiques, trouvera concrétisation grâce à une initiative que nous nous sommes permis d'introduire, dans le cadre d'une action paroissiale d'ouverture vers les étrangers établis dans nos quartiers.

 

Acteurs privilégiés par notre composante familiale, nous recherchions les contacts avec toute forme d'entité culturelle ou familiale, hors de nos frontières philosophiques.

 

{8} La messe de minuit de Noël 1980 sera marquée par une rencontre heureuse qui changera fondamentalement notre vie et celle de nos enfants et fut le début d'une aventure merveilleuse d'ouverture et de découverte profonde  d'autres cultures telles que nous les recherchions.

 

La cérémonie avait été réalisée avec le faste habituel d'une paroisse aisée, très active et bien organisée.  Nous y avions participé avec nos deux filles qui furent très attentives malgré la longueur du service religieux.

 

Les instants qui suivirent, mémorables à plus d'un titre, se révélèrent très vite les prémices d'un véritable conte de fées...

 

Après l'office, mon épouse et moi descendions l'allée centrale, nos deux filles à nos côtés quand, soudain, nous aperçûmes, se préparant à sortir, dans le halo enchanteur des lumières de Noël, un couple merveilleux : une belle jeune femme coréenne ravissante dans une robe traditionnelle de son pays, très colorée et superbement brodée de fil d'or.

 

Les yeux rieurs et vifs, elle était  accompagnée de son mari et de deux adorables enfants, un  garçonnet bien sage et une charmante fillette souriante et mystérieuse.

 

Spontanée et ravie, mon épouse se précipita vers eux en leur tendant les bras : elle avait réalisé que c'était la famille coréenne dont une jeune voisine, impliquée dans les mouvements paroissiaux, lui avait signalé l'arrivée toute récente.

 

Ce fut fait avec un tel élan affectif et une telle ferveur que seuls peuvent l'expliquer l'endroit, le moment privilégié et le désir de communiquer malgré le fossé d'une culture et d'un langage différents.

 

Avec beaucoup de gestes et de rires de part et d'autre, nous nous précipitâmes dans notre maison toute proche, nos deux filles qui avaient à l'époque une dizaine d'années, s'occupant des deux enfants avec lesquels des liens chaleureux s'établirent spontanément.

 

Nous avons appris par la suite que c'était un couple de Coréens chrétiens récemment venus à Bruxelles pour permettre au mari, déjà docteur en géologie de  Séoul, d'acquérir un doctorat supplémentaire à l'université néerlandophone de Bruxelles, sa thèse pouvant être défendue en anglais.

 

Son épouse, une ravissante et primesautière jeune femme, elle-même universitaire, l'accompagnait avec ses deux enfants.  Avec le peu d'anglais que je baragouinais, nous parvînmes à nous entendre pour nous retrouver le soir du nouvel an et réveillonner avec eux.

 

Cette nuit de la Saint Sylvestre fut émaillée d'instants merveilleux de bonheur et de joie partagée.  Nous nous sentîmes en symbiose de sentiments  si profonds qu'il n'est pas facile de les expliquer.

 

Quelques jours après, ma toujours attentive et attentionnée épouse,  s'étant enquise de leur adresse, se rendit chez eux. Stupéfaite, elle les trouva au lit, grippés,  dans un « garni-taudis » que des gens peu scrupuleux avaient eu la malhonnêteté de louer à un étudiant étranger trop confiant.

 

Aussi, scandalisés, nous prîmes les choses en main, cassâmes le contrat qui les liait et découvrîmes dans une rue voisine un logement à de bonnes conditions que nous nous chargeâmes de meubler avec ce je pus récupérer dans une réserve de mobiliers déclassés qui étaient stockés à Labofina.

 

Quant aux appareils, frigos et autres accessoires de ménage, nous dénichâmes facilement dans la famille et autour de nous des « doubles emplois» pour les équiper confortablement.

 

D'autre part, le hasard voulut que le propriétaire soit représenté par l'archevêché de Malines gérant le bien au nom du cardinal Suenens qui l'avait reçu en héritage, et que l'employé qui en avait la charge administrative, conquis par l'histoire, nous loua aux meilleures conditions en nous autorisant à emprunter dans le grenier tout ce qui pourrait servir. Nous y trouvâmes des quantités de choses utiles et indispensables qu'un locataire précédent y avait laissées.

 

Quand ils allèrent avec mon épouse à l'archevêché signer le contrat de location, adorable, notre nouvelle amie s'est écriée avec quelques mots sortis de son dictionnaire : « Maintenant, printemps de Belgique ! ».

 

Une grande affinité liera étroitement nos deux foyers, surtout les épouses et les enfants.  Chrétiens, ils avaient un prénom de baptême occidental : Agnès et Michel et les petits, Gabriel et Julia.  Mon affectueuse compagne fera d'Agnès sa petite sœur et nous restons toujours intimement liés, malgré la distance et la séparation. Nous allons avoir le plaisir de la revoir dans quelques mois quand elle viendra en Belgique avec sa fille et son beau-fils.

-----------

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.