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26/02/2010

Ch. 20b. La plaie qui ne se fermera jamais

&

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

 

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

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Chapitre 20b : La plaie qui ne se refermera jamais.

TABLE DES REPÈRES : {20.5} La mort de mon frère Pierre, à trente-cinq ans, laissant une veuve et trois petits orphelins, bouleverse notre vie, chagrin immense qui marque au fer rouge : je ne pleurerai plus jamais, même à la mort de mes parents, mes yeux sont devenus secs - {20.6} La vie continue dans la douce et tiède ambiance du « havre » de Meux  {20.7} dans lequel un conteur d’histoire raconte les aventures des petits nains et de la sorcière Goulinouf à ses enfants et neveux.

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{5} Cette année 1966 qui semblait si riche en événements heureux, avec l’élargissement de notre foyer à un deuxième adorable petit blond aux yeux rieurs et l’acquisition de ce « paradis sur terre » dans les campagnes namuroises, se termina douloureusement et dramatiquement.

 

Depuis mon retour de Suisse, j’affectionnais tout particulièrement mon frère Pierre. J’admirais son valeureux courage dans la maladie et les épreuves physiques : déficience d’un cœur en sabot - expression médicale pour désigner un cœur déformé par le rhumatisme articulaire aigu - et fémur brisé en plusieurs morceaux dans un accident de la route, maintenu par un « clou » dont les effets de rejet le tortureront toujours.

 

Son état cardiaque s’aggravant, il devenait urgent d’intervenir chirurgicalement. Sur le « billard », il dut subir l’opération dite « à cœur ouvert » pour remplacer des valvules qui étaient tellement abîmées que ses activités physiques en étaient de plus en plus amoindries.

 

Les valvules du cœur ont pour fonction de servir de valve « anti-retour » à la pompe cardiaque. Schématiquement, il s’agit d’une membrane circulaire fendue en quatre quartiers élastiques qui, dans un sens permet le passage du flux sanguin et dans l’autre n’en autorise pas le retour.

 

Le rhumatisme articulaire aigu déforme ce dispositif simple d’étanchéité qui joue de plus en plus mal son rôle de pompe, à tel point que le muscle cardiaque tente de rattraper le fluide perdu en précipitant les contractions.

 

C’est ce que les médecins appellent un « souffle au cœur » parce qu’à l’audition thoracique le battement est suivi d’un souffle caractéristique.

 

L’opération qui répare cette déficience consiste à remplacer les valvules abîmées par un dispositif artificiel en matière synthétique qui, actionné par les contractions cardiaques, joue le rôle de valve anti-retour.

 

L’opération était prévue début novembre. La semaine précédant son entrée en clinique, cet optimiste courageux, galvanisé par une volonté héroïque, défiant le sort, s’épuisa à effectuer des travaux à sa maison jusque tard dans la nuit, même la veille, en prévision d’un rétablissement qui pouvait être plus long que prévu.

 

L’opération se passa bien. J’allais le voir tous les jours. Audacieux, il voulait brûler les étapes et se leva rapidement.

 

J’avais confiance en ses facultés de récupération. Amoindris tous les deux en raison d’un passé de malade, nous étions persuadés que la volonté de vivre dynamise notre corps et le guérit mieux que la médecine et les médicaments.

 

Cependant, imprévisible est l’accident. Imprévisible est la malchance qui fait que quelque chose est déficient dans l’acte chirurgical.

 

Que s’est-il passé ? Seul, peut-être, le chirurgien le sait-il. Peut-être une erreur que la faculté ne reconnaissait jamais à l’époque. L’erreur étant humaine, on doit accepter cette éventualité.

 

Le 13 novembre 1966, en fin d’après-midi, mon frère, debout, va prendre une petite collation.

 

Soudain, il lève la tête et, sans un mot, se renverse sur son lit d’hôpital, les yeux grands ouverts : c’est l’arrêt cardiaque dans toute son horreur.

 

Affolée, ma belle-sœur, présente, appelle les secours. On l’emmène à la salle d’opération pour intervenir et relancer la circulation sanguine, … était-ce encore possible ?

 

Un doute nous hantera toujours… : le dispositif artificiel était-il bien fixé ? N’avait-il pas un défaut…. ?

 

J’arrivai environ une heure après. Pour la première fois, j’étais euphorique, sans aucun pressentiment.

 

Depuis la veille où je l’avais vu si bien, je croyais en sa vigueur et j’étais persuadé que sa volonté de vivre et son optimisme le sortiraient de son mal comme moi je l’avais été du mien.

 

Je verrai toujours cette porte blanche de sa chambre de clinique que j’ai regardée avec confiance et que j’ai ouverte après avoir frappé.

 

Je verrai éternellement ce vide dans une chambre, ce vide dans un lit défait : tout était rangé comme pour un départ.

 

Je n’oublierai jamais cet atroce vide avec ma belle-sœur au centre, droite, effrayante … avec des yeux durs qui me regardent … des yeux comme un gouffre noir … je sens ma raison chanceler… de la main, elle fait un geste, un seul … le plat de la paume qui sèchement coupe horizontalement l’espace entre nous, et rompt notre destin … un bruit douloureux sort de sa gorge mais ses yeux sont glacés et secs … ses mâchoires sont serrées à se rompre …

 

C’était irrémédiablement fini pour lui … et pour nous, plus rien ne sera plus jamais comme avant.

 

J’étais complètement désemparé, outre la peine immense de la perte de ce frère que je chérissais tant, s’installait l’angoisse d’un avenir dont dès maintenant, j’entrevoyais le difficile parcours.

 

Je me sentais écrasé par une charge que je devrais bien assumer : aider ma belle-sœur à élever les enfants…

 

Cependant, par bonheur, au loin dans mon subconscient, Diaphane-cœur me rassurait : il avait une alliée qui pouvait tout, ma compagne des bons comme des mauvais jours, ma force dans l’épreuve, dure et solide comme le plus vigoureux des chênes, ma pitchounette au cœur d’or, sensible à toutes les souffr ances, sur qui je pourrai et sur qui je pus compter.

 

Devant ce lit défait, encore chaud de la vie de mon frère, son épouse et moi ne voulions pas comprendre.

 

Un doute insensé nous tenaillait, nous voulions le voir pour dissiper ce sentiment et nous assurer qu’il n’y avait vraiment plus d’espoir.

 

On nous emmena dans un grand auditoire avec une table chirurgicale au centre.

 

Il s’y trouvait couvert d’un sinistre drap blanc. ...  La salle me paraissait immense, incongrue, pour mon petit frère abandonné au fond de cet amphithéâtre … Nous descendîmes jusqu’à lui dans une odeur lourde de vieux désinfectant …

 

L’employé qui nous accompagnait découvrit son visage … Il était encore rose et les yeux mi-clos … Il semblait nous regarder doucement, sous les paupières … Son épouse et moi étions pétrifiés, incapables de la moindre réaction comme dans un cauchemar …

 

Nous sommes repartis tête basse, … mais voulions en savoir davantage.

 

Une infirmière nous conduisit au bureau du chirurgien, le professeur Primo, réputé comme le meilleur dans cette intervention.

 

Ce fut bref, dur et froid. Le masque indifférent, en routinier du malheur, nous ne comprîmes que quelques mots : … accident post-opératoire … imprévisible… fatalité…

 

Les jours qui suivirent furent atroces. Je n’imaginais pas qu’on puisse atteindre de tels abîmes … Les nuits profondes me tourmentaient et des larmes ne cessaient de couler lentement, sans sanglots, marquant mon visage de traînées douloureuses (je ne pourrai plus jamais pleurer après, mes larmes se sont taries alors).

 

Comme dans un cauchemar, nous flotterons tous dans un environnement inconsciemment cruel … les enfants qui ne comprennent ou ne réalisent pas … mes parents atterrés, déchirés avec des yeux d’appel vers moi…et tous les proches visiblement blessés par le drame : Il avait trente-cinq ans et il restait une veuve sans ressources et trois enfants si petits, si jeunes.

 

Le lendemain, mes parents et mon épouse voulurent le voir une dernière fois ; il était à la morgue.

 

Ce fut terrible, … l’employé nous fit entrer dans la salle-frigo où étaient rangés les cadavres avant l’ensevelissement.

 

Il ouvrit un des compartiments pour en sortir un corps couvert d’un drap blanc.

 

Il en découvrit le dessus pour nous livrer la vision atroce d’un visage livide, les yeux grands ouverts que l’employé, embarrassé, tenta de maintenir fermés, … les cheveux étaient collés en désordre et, sanguinolente, la bouche, entr’ouverte, se tenait douloureusement figée.

 

Visiblement, après notre passage dans le grand amphithéâtre, les chirurgiens avaient manipulé le corps pour connaître les raisons du décès.

 

Pourtant, la vie continuait, il fallait passer par toutes les formalités d’usage qui ulcèrent les plaies : les pompes funèbres, le cercueil, la cérémonie religieuse, le cimetière, la compassion des autres… alors qu’un boulet dans l’estomac tire jusqu’à la gorge…

 

Je restais fragile, pas encore aguerri aux épreuves affectives. Mais j’avais épousé un ange qui tendrement, discrètement, allumait des petites étoiles de réconfort qui me réchauffaient le cœur - et ma vie reprit son cours.

 

J’avais aussi deux adorables petits garçons, tout blonds, aux petits yeux vifs et rieurs qui le soir, quand je rentrais du travail, me tendaient des petits bras tout chauds et que je serrais bien fort, bien fort contre moi.

 

Attendrie et les yeux brillants, mon épouse nous regardait et le ciel redevenait tout bleu, tout bleu…

 

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{6} Les fêtes de décembre se passèrent courageusement. Nous avions rassemblé les familles dans notre maison faite pour le bonheur, sagement assise au pied de la forêt, pour estomper les souffrances, pour ranimer l’espoir et réveiller la joie.

 

Ce fut d’abord le six décembre, la Saint Nicolas. Traditionnelle en Belgique, c’est la fête des enfants.

 

Elle se prépare déjà quelques jours avant, les petits déposant leurs souliers devant l’âtre pour inviter le saint à y déposer, la nuit, quelques babioles ou friandises.

 

C’est par la cheminée que cet ami des petits, accompagné de son âne, pénètre dans les maisons pour y apporter ses cadeaux.

 

Il est donc de tradition que, la veille au soir, chacun des futurs bénéficiaires prépare une assiette dans laquelle il a placé une carotte pour l’âne, que le grand saint remplacera par des friandises.

 

Il ne manquera pas aussi de disposer tout autour les jouets que les enfants lui auront demandés dans la lettre qu’ils auront glissée, la veille, dans les chaussures qu’ils auront placées à son intention devant la cheminée.

 

Nous n’avons jamais voulu tromper nos enfants en introduisant le mensonge dans leur vie, aussi bien intentionné soit-il.

 

Nous voulions qu’ils fassent la différence entre la réalité et la fiction, en accordant une place essentielle à l’imaginaire qui pouvait être ressenti comme s’il était vécu.

 

Aussi avons-nous respecté les traditions familiales de Saint-Nicolas qui descend dans les cheminées, du Père Noël et son traîneau et des cloches de Pâques qui font tomber des œufs dans les jardins, mais en soulignant bien qu’il s’agit de belles histoires pour les enfants.

 

Pour eux, le plaisir résidera surtout dans le mystère de la découverte et l’ambiance de la fête et peu importait pour eux si ce qu’ils trouvaient avec ravissement avait été déposé ou caché par leurs parents.

 

Je suis persuadé qu’ils finissaient par y croire comme en un rêve éveillé… et que cela complétait bien leur monde à eux…qui est surtout imaginaire…

 

La femme de mon frère était très courageuse, mais quelque chose en elle était brisé.

 

Ebranlée par la mort de son mari qu’elle adorait, elle inquiétait parce qu’elle gardait le regard dur et le visage fermé de la révolte : on ne la voyait jamais ni verser une larme, ni émettre le moindre sanglot et son rire était nerveux, artificiel et incongru ...

 

Mon frère avait été le parrain de mon fils Benoit. Avant son entrée en clinique, il avait été acheter avec son épouse un joli petit ours en peluche qu’ils comptaient lui offrir le jour de la Saint Nicolas.

 

Je me souviendrai toujours de la brève plainte douloureuse, poignante de souffrance profonde qui, pour la première fois devant nous, fut gémie par cette pauvre femme meurtrie, quand elle sortit tristement le petit jouet de son sac.

 

Nous fêtâmes aussi Noël avec la crèche et le traditionnel grand sapin tout en guirlandes, lumières et boules multicolores… les repas de fête… les chants traditionnels…. et, envers et contre tout parce que la vie continue, nous nous laisserons envahir par l’ambiance festive de ces réjouissances de fin d’année, avec la joie pure des enfants, leur rire, leurs yeux émerveillés et tant de choses qui font que la vie reste toujours et malgré tout si belle.

 

Dès les premiers beaux jours, dès que les frimas se firent plus rares, et que les premiers bourgeons éclatèrent, nous nous retrouvions tous dans notre havre de bonheur et de vie simple au milieu des champs, ensorcelés par ce doux frémissement de la nature qui s’éveille.

 

Quels beaux moments nous y passâmes ! Quels beaux souvenirs nous engrangeâmes tous dans ce paradis perdu !

 

Nous nous organisions pour loger tout ce monde dans les quatre chambres de notre chaumière, y compris mes parents ou beaux-parents qui l’un ou l’autre accompagneront toujours.

 

Quel campement ! Benoit dormait dans notre chambre, les trois garçons dans une autre, leur maman et mes parents dans les deux restantes quant à Vincianne, la seule fille, elle avait sur le palier une sorte de petite alcôve, aménagée derrière tentures et paravents.

 

Quelle organisation ma si précieuse compagne parvint à mettre en place ! Et quelle table elle devait prévoir pour rassasier tout ça !

 

Mes neveux parlent toujours de ces moments heureux et du joyeux ensoleillement que ces séjours apporteront à leur enfance si cruellement blessée.

 

{7} Quand maintenant, ils évoquent cette époque et les histoires des petits nains que Diaphane-poète imaginait pour eux et que je leur racontais, le soir, après une bonne journée d’ébats en plein air, ils me disent combien ces souvenirs resteront inscrits dans leur mémoire en instants inoubliables de leur vie de gosse.

 

C’est ainsi que dans la douce quiétude de leur chambrette d’enfant, nous imaginions ensemble les aventures désopilantes ou fantastiques de petits bonshommes dont ils animaient les personnages.

 

Ces petits malins, au nombre de cinq. (Plus tard, avec l’arrivée de mes deux filles, ils deviendront sept comme dans toutes les belles histoires.)

 

Ils avaient pour noms : Brunito pour Bruno, Rolando pour Roland, Vinciano pour Vincianne, Patricio pour Patrick et Bénito pour Benoit.

 

Ils étaient vêtus de rouge comme ceux de Blanche-Neige et coiffés d’un petit bonnet garni d’une petite floche sur le bout en pointe.

 

Leur ennemie s’appelait Goulinouf, c’était une sorcière ricanante et méchante avec un menton aussi crochu que celui de l’horrible mégère imaginée par les frères Grimm.

 

Je vais m’efforcer de restituer ces moments merveilleux de quiétude qui prenaient notre petite bande quand elle s’assemblait autour de moi, détendue par l’eau tiède et doucement savonneuse, parfumée à la lavande, de la toilette du soir : des parcelles de bonheur voletaient en paillettes lumineuses dans les yeux de cinq petites frimousses toutes roses d’excitation.

 

Les intermèdes drôles et désopilants que nous adorions introduire dans mes histoires nous faisaient rire aux larmes, à tel point qu’un jour, Roland, n’en tenant plus tellement la situation était cocasse m’arrêta : «Parrain (il m’appelait tous Parrain) attends » il alla s’asseoirsur le seau de toilette « Maintenant, on peut continuer… »

 

Très pratique, il avait trouvé le moyen de ne plus se préoccuper des …fuites…que s on rire l’empêchait de contrôler.

 

Ces moments privilégiés sont une des plus grandes richesses de la vie. Ils gomment d’un seul coup toutes les peines, ils effacent les mauvais jours et prennent une place de choix dans notre cœur et dans notre mémoire.

 

Bienheureux soient-ils ces instants d’émerveillement que l’homme évolué peut glisser dans son existence !

 

Je débutais, comme dans tous les contes, par la formule consacrée : « Il était une fois ».

 

Il était une fois , dans les forêts et les bois de notre histoire, une grotte qui s’étalait bien au chaud dans le ventre de la terre.

 

Elle était haute et grande. Le bon génie des cavernes l’avait taillée dans la roche pour ses amis, les petits nains. Il y avait prévu tout ce qu’il fallait pour qu’elle fût merveilleuse : son sol était couvert d’un duvet de mousse émeraude qui en faisait le plus confortable des tapis, son plafond d’un bleu d’aquarelle révélait de ci de là, quelques étoiles-diamants qui clignotaient joliment.

 

Dans cet endroit féerique vivaient cinq petits nains très heureux qui chantaient et jouaient beaucoup.

 

Le plus âgé se nommait Brunito,…c’était le chef… il était très futé avec des yeux de chat et une souplesse de chat… Le suivant s’appelait Rolando… c’était le plus fort et le plus savant…

 

Quant à Vinciano, le troisième ou plutôt la troisième, c’était la seule fille de la bande, aussi avait-elle des yeux moqueurs, une bouche mutine et un petit nez délicieusement pointu, de quoi taquiner et ensorceler tous les garçons…

 

Patricio était le quatrième, c’était un malin diablotin capable d’ouvrir les serrures et les portes les plus récalcitrantes,… Quant à Bénito, le dernier, il était le feu-follet de la bande, primesautier, apparaissant ou disparaissant au gré des besoins ou de sa fantaisie…

 

Au centre de la grotte de notre histoire, le bon génie avait prévu un nid douillet de duvet rose dans lequel ses protégés pouvaient se reposer ou dormir en faisant de jolis rêves bleus…

 

- Parrain, n’oublie pas la source magique…. criaient en cœur cinq petits impatients…

 

Attendez, vous êtes trop pressés…et, dans les mousses vertes s’écoulait une source d’eau magique qui se transformait en n’importe quelle boisson fraîche.

 

Il suffisait d’y tremper un gobelet que les nains portaient toujours à la ceinture en disant : « source magique je veux du… » en précisant le breuvage souhaité, aussi compliqué fût-t-il et le souhait était exaucé.

 

- Je me paierais bien une petite grenadine au citron, interrompit Roland, alias Rolando…

- Et moi du jus de carotte au chocolat, crut malin de sortir Patricio…

- Pouah ! beuh,… dégueulasse… s’exclamèrent-ils tous ensemble…

 

Ce n’est pas tout de boire, il faut aussi manger, continuai-je.

 

Aussi, sur le côté de la grotte, un amas de stalagmites ocre et de stalactites blanches formaient un plateau magique sur lequel apparaissait tout ce qui était souhaité.

 

- C’est quoi des lagmites ? s’enquit Bénito très intrigués…

 

J’expliquai  : vous avez certainement vu dans la bouilloire de votre maman une matière blanche qu’on appelle calcaire.

 

Elle se trouve dans l’eau qui s’en est chargée quand elle passe dans le sol. Quand l’eau tombe en gouttes lentes du plafond des grottes, elle s’évapore et laisse le calcaire qu’elle contient s’amasser lentement au fil du temps.

 

Quand les gouttes descendent du plafond elles forment des grandes chandelles qu’on appelle stalactites et quand au contraire elles tombent du plafond en formant des belles bougies qui montent, on les appelle stalagmites.

 

Je vais vous donner un petit truc pour retenir les deux mots : quand la chandelle monte à partir du sol c’est une stalag…mite avec un m comme dans elle monte…quand elle tombe du plafond…c’est une stalag… tite avec un t comme dans elle tombe.

 

Mais je continue mon histoire : donc sur le côté de la grotte, les stalagmites et les stalactites avaient formé un pla teau magique sur lequel il suffisait de placer les mains en disant : « table magique, donne-moi du… » et les stalagmites s’écartaient comme pour une offrande en réalisant le souhait aussi compliqué fût-t-il.

 

Les petits nains adoraient surtout les belles randonnées dans les bois pour jouer avec les oiseaux, les petits lapins et les petits animaux. Ils soignaient ceux qui étaient malades ou blessés.

 

Ils avaient même, un jour, recueilli un éclopé ; c’était un petit faon, blessé à la patte qui ne les quitta plus.

 

Ils jouaient aussi avec les papillons… et quand ils étaient fatigués, ils allaient s’étendre au soleil dans l’herbe des clairières bourdonnantes de vie.

 

Savez-vous que dans toutes les belles histoires, les petits nains sont toujours au nombre de sept ? Aussi nos cinq gaillards rêvaient-ils souvent des deux petits compagnons qui leur manquaient et qu’ils attendaient depuis si longtemps.

 

Bénito leur raconta que dans ses voyages fantastiques, il avait interrogé un mage qui connaissait l’avenir.

 

Le vieux bonhomme, tout en bleu, scintillant d’étoiles et coiffé d’un grand chapeau pointu, lui avait prédit que des oiseaux d’argent apporteraient dans leur ventre deux trésors aux yeux noirs en amande et aux joues de miel.

 

Aussi les petits bonshommes vivaient-ils très heureux, avec dans le cœur cet espoir d’être un jour la plus belle bande des sept que les conteurs d’histoire n’aient jamais imaginée.

 

Cependant, comme rien n’est jamais parfait et que même dans les belles histoires il y a toujours des êtres malfaisants pour contrarier les gentils, une sorcière au vilain nom de Goulinouf cherchait à attraper les petits nains pour les transformer en abominables gnomes méchants et les mettre à son service.

 

Un jour que les arbres chantonnaient parce qu’un souffle tiède caressait leur feuillage, les nains projetèrent de confier à ce vent chaud un grand cerf-volant qu’ils avaient confectionné en pétales de fleurs de toutes les couleurs.

 

Ils les avaient cousus ensemble avec les fils de la Vierge que les belles araignées épeires leur avaient filés tout exprès.

 

De plus, ces jolies araignées qui se balancent sous les arbres et s’envolent dans le vent au bout d’un long, très long fil, tellement brillant et tellement fin qu’on l’appelle fil de la Vierge, leur en avaient fabriqué un pour maintenir le cerf-volant et le diriger dans le ciel.

 

Il était si long qu’il pouvait atteindre le paradis.

 

Dès qu’il se fut envolé, soutenu par un souffle de vent complice, l’engin s’éleva superbe au-delà des arbres dans un ciel tout bleu, tout bleu.

 

Ses coloris de fleurs paille et rubis soulignés par l’argent des fils brodés s’électrisèrent sous l’éclat d’un lumineux soleil à tel point qu’on aurait cru une étoile multicolore.

 

Il montait tellement vite que les petits nains n’arrivaient plus à l’arrêter…

 

- Magnifique, s’exclama Brunito.

- Si on envoyait un message aux anges, suggéra Patricio.

- Bonne idée, acquiesça Rolando en sortant de sa poche une écorce de bouleau et un stylet magique. Qu’allons-nous dire ?

- Demandons aux anges s’ils savent quand viendront les petits nains aux yeux noirs en amande, continua Patricio.

 

Ainsi fut fait. Le message, guidé par le fil s’envola,… s’envola bien haut,… bien haut jusqu’à leur étoile multicolore qui, toute petite, montait toujours dans le ciel.

 

Les petits nains se tordaient le cou, écarquillaient les yeux pour mieux voir.

 

Le message et l’étoile montèrent,… montèrent tellement qu’ils disparurent.

 

Ils attendirent longtemps, mais ne voyant plus rien, ils s’interrogèrent :

 

- Le message n’est peut-être pas arrivé. Notre cerf-volant n’atteint peut-être pas les anges, supposa Brunito.


class="MsoBodyText2">- Peut-être qu’ils ne comprennent pas notre langue, suggéra Rolando.

 

;Vinciano intervint timidement de sa petite voix mignonne.

 

- Quand je pense très fort et que je regarde le ciel en prononçant des mots magiques, je sais qu’ils s’envolent et rejoignent le ciel tout près de mon papa. Peut-être que lui qui connaît bien les anges, sait leur parler.


- Quelle bonne idée… allez essaie…encouragèrent les petits na ins.

 

Et Vinciano pensa très fort à son papa qui était au ciel… et pensa très fort au message,… les petits bonshommes guettaient son visage, à l’affût de ses réactions,… soudain ses yeux s’éclairèrent,… le message était passé…elle avait sans doute une réponse.

 

- Dis-nous, dis-nous,… on est impatient de savoir… trépignaient les petits

 

Vinciano les regardait avec un petit air malicieux de fille qui allait jouer un bon tour aux garçons.

 

- Mon papa a dit que c’est un secret que je ne peux dire à personne…


- Allez, c’est pas du jeu, dis-nous quand même, il n’y a pas de secret pour nous…on ne fait qu’un…

 

Vinciano tint bon… Aussi Bénito le passe-muraille, celui qui disparaît et réapparaît comme l’éclair, s’envola, sans crier gare, voir là-haut ce qui se passait. Il se perdit dans un ciel toujours aussi bleu qu’un lagon du Pacifique.

 

Les petits nains, médusés, le nez en l’air, scrutaient l’espace, inquiets du sort de leur aventureux compagnon.

 

Après un long moment, comme ils ne voyaient rien venir, les mains en porte-voix, ils se mirent à hurler tous ensemble : « Benito, Benito où es-tu…reviens…. ».

 

Soudain, un gros nuage tout noir, grimaçant méchamment, avec un gros nez pustuleux, entachât le bleu pur d’un ciel méditerranéen.

 

A califourchon sur son balai de sorcière, Goulinouf, l’abominable Goulinouf, tournait autour en ricanant.

 

- Grr, grr,…ah...ah..., j’ai capturé votre compagnon et l’ai enfermé dans mon château hanté…

 

Sidérés, les petits nains aperçurent dans le ventre du nuage noir, un château sinistre qu’entourait un ballet de chauve-souris criaillantes. A une des fenêtres, Benito leur faisait des grands gestes d’appel au secours.

 

Nos petits gars n’en menaient pas large et tinrent conseil pour trouver solution à si dramatique situation.

 

- Nous devons absolument atteindre ce château et aller le délivrer, dit Brunito et s’adressant à Rolando : «As-tu une idée, toi le savant ? ».

 

Sous l’effort de concentration et sous le choc des combinaisons qu’échafaudaient ses méninges de savant, le cerveau de Rolando se mit à chauffer et son front devint tout rouge.

 

Des rayons verts lui sortirent de la tête, c’était bon signe : il avait sans doute trouvé.

 

- Voilà mon plan. Nous savons que Goulinouf n’aime pas les miroirs parce qu’ils lui renvoient son image qui est tellement horrible qu’elle a peur d’elle-même.

 

Nous demanderons au soleil de briller très fort, si fort que la mer et les lacs et les fleuves et les ruisseaux deviendront des miroirs.

 

Alors, Goulinouf aura très peur parce qu’elle se verra si horrible partout et elle se sauvera près du diable en abandonnant son château.

 

Ainsi fut fait et Goulinouf, affolée, hurlant de rage, voyait son image partout, dans l’eau des océans, dans l’eau des mers et des fleuves et des rivières et des plus petits ruisseaux.

 

La tête dans les mains, elle s’enfuit en enfer et le soleil célébra sa victoire en illuminant le ciel de ses plus beaux éclairs de chaleur comme un feu d’artifice.

 

Cependant, il fallait encore délivrer Benito, toujours enfermé dans le château hanté qu’on voyait là-haut dans le nuage de la sorcière.

 

La nuit avait revêtu son grand manteau de soie noire, parsemé d’étoiles brillantes.

 

La lune souriante et complice y déroula un long pinceau d’or jusqu’à nos amis et de là jusqu’au château hanté.

 

C’était une voie royale qu’ils empruntèrent pour atteindre le laid nuage qui dans la nuit n’était plus effrayant du tout.

 

Ce ne fut qu’un jeu pour Patricio, le magicien des serrures, d’ouvrir toutes les portes jusqu’à Benito qui les attendait, confortablement installé entre les pattes d’une araignée hideuse et velue qu’il avait apprivoisée.

 

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Le Conteur d’histoires.

 

Des petits yeux fripons,

Des petits nez en l’air,

Des joues roses d’excitation,

Dans de jolies frimousses d’ange.

 

Des petites mains fébriles

Qui enserrent des genoux ronds

Et la paix du soir

Qui ronronne dans les champs.

 

Un parfum de savonnette

Dans un champ de lavande,

Des songes de bain tiède

Pour des peaux si douces.

 

Des oiseaux dans le regard

Qui piaillent comme dans un nid.

Des flammèches en pupille

Dorées, folles et rougeoyante.

 

Une eau de source fraîche

Jaillit de leur rire.

Le long murmure du vent

S’éloigne tout doucement.

 

Des petits pieds de lait

Dans le soir trépignent.

Mais dans la nuit, soudain

Le vol des oiseaux du rêve.

 

Le semeur de sommeil

Jette ses anneaux d’or

Et des bouches baillent

En souriant encor.

 

Un conteur d’histoires

Ferme des yeux de soie

Et caresse les joues rondes

De petites têtes blondes

Qui s’endorment dans le noir.

 

 

 

-------------

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23/02/2010

Ch. 20a - Il ne tient pas en place

&

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

__

 

Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

 

--------

 

Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

__

Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

__

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.


Chapitre 20a : Il ne tient pas en place

TABLE DES REPÈRES : {20.1} Le « feu-follet », un cœur comme une cathédrale, l’ami fidèle, le fou du ciel, le rival des aigles, le soldat du feu et le réconfort des blessés, c’est ce qu’il est devenu notre second enfant qui naîtra en pleine grève des médecins dans des conditions difficiles - {20.2} Notre fermette de Meux : un îlot du bonheur, perdu dans les campagnes namuroises - {20.3} René Stage, notre voisin - Souvenir des réunions de famille autour d’une table chaleureusement garnie - {20.4} Bruno, mon filleul, le fils aîné de mon frère-défunt qui vivra avec nous, nous aidera à transformer notre fermette, de même que mon jeune beau-frère Daniel qui nous rejoignait pendant ses congés : chambres dans la grange, piscine avec grande salle de détente, verger, prairie avec moutons -

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20.1 Toujours en quête d'aventure et de nouveau, toujours à la recherche de l'inconnu, à l'affût des sensations, curieux de tout mais indiscipliné,... refusant les contraintes,... disparaissant, réapparaissant au gré de sa fantaisie,... un cœur comme une cathédrale, l'ami idéal et fidèle qu'on recherche,... le fou du ciel,... le rival des aigles,... le soldat du feu,... le réconfort du blessé lamentable qu'il vient de ramasser dans son ambulance...

 

C'est bien ce qu'il deviendra, ce déluré petit oiseau qui à peine sorti de l'œuf, n'avait de cesse de s'envoler sans ses plumes, de quitter son cocon... celui que mon épouse devra, pour le protéger, enchaîner symboliquement à son pied, comme un bagnard à son boulet.

 

Dès qu'il put gigoter malgré le confort du nid douillet que sa maman lui avait si bien ménagé dans son ventre, il ne tint pas en place et chercha toutes les occasions pour s'en échapper prématurément.

 

Ce ne fut qu'à coup d'injections intramusculaires prescrites par la faculté que j'administrais journellement que nous parvîmes à lui faire entendre raison.

 

Le plus étonnant de l'histoire, comme quoi les événements restent contrariants, fut qu'on dut le forcer à faire son entrée sur notre planète alors qu'il avait bien décidé de ne plus bouger, dégoûté qu'il était des « drogues » qu'on lui avait envoyées pour le calmer.

 

Les circonstances qui marquèrent cette naissance valent la peine d'être contées.

 

Un conflit majeur opposait les pouvoirs publics au corps médical qui, pour faire pression, allait se lancer dans une grève au finish.

 

Des services de garde furent prévus pour les urgences, dont les accouchements.  Aussi les médecins-obstétriciens s'empressèrent-ils de proposer à leurs patientes proches du terme d'accoucher prématurément pour soulager les services et éviter les engorgements.

 

Ce jour « imposé » du 5 février 1966 restera un des plus marquants de notre existence tellement il nous réserva d'intenses émotions.

 

Les maternités furent vite saturées et le personnel débordé.  On nous trouva, in extremis, un petit local transformé en chambre de fortune.

 

Quant à l'accouchement lui-même, il tint de l'aventure en pleine brousse.  Le produit qui devait provoquer le travail, fut perfusé dans l'exiguïté de l'étroit local  qui nous avait été dévolu et qui n'avait jamais eu d'autres fonctions que de servir de débarras.

 

En manque de potence pour le suspendre, le flacon avait été placé sur la tablette d'une petite fenêtre haut perchée, seule ouverture sur un ciel encore très hivernal.

 

Dès que les contractions se firent plus nombreuses, annonçant l'imminence de l'événement, l'accoucheur, qui heureusement cette fois-ci n'était pas loin, s'amena avec une petite étudiante-infirmière effarée à laquelle il confia, avec les recommandations qui s'imposaient, la potion-miracle qui devait décider notre sacré gamin à faire pour une fois ce qu'on lui demandait.

 

Quelle aventure ce fut ! Le couloir qui devait nous conduire dans la salle d'accouchement était encombré de lits, chariots, armoires (les locaux improvisés ayant dégorgé leur contenu)  et ...  personnel médical aux abois.

 

La petite assistante, toute frêle et menue, en perdait le nord et oublia de maintenir la fameuse bouteille suffisamment haute pour que le fluide accoucheur s'écoulât naturellement par gravité, aussi frisâmes-nous la catastrophe.

 

Le médecin hors de lui me confia la précieuse mixture en prétendant que je m'en tirerais mieux qu'elle.

 

Conscient de ma responsabilité, je tins bien haut le liquide qui, miraculeusement, s'était remis à couler, tout en implorant le ciel qu'il sauve cette petite vie à laquelle nous étions déjà tellement attachés.

 

Mes yeux étaient « scotchés » sur la potion magique qui, goutte après goutte, allait par un long tube en polyéthylène branché en intra-veineuse sur la circulation sanguine de mon épouse, gagner le centre de commande des contractions musculaires.

 

Je réalisai alors toute l'importance que pouvait parfois avoir un acte aussi banal que de maintenir un pot à une certaine hauteur.

 

Tellement pénétré de ma mission, je n'assistai pas à la naissance de mon second fils que, soudain, j'entendis avec soulagement pleurer dans les bras de l'infirmière.

 

C'était un garçon, un merveilleux petit diable que nous appelâmes Benoit, et qui, comme tous les Benoits de la terre, ne tiendra pas en place, avide d'aventures et de découverte,  mais si grand cœur...

 

Comme pour Patrick, nous avons vécu ce moment unique et intense de vrai bonheur : contempler dans un berceau un petit être qui dépend tellement de vous, tellement fragile, tellement vivant...

 

Maintenant encore, quand notre couple analyse ces sentiments avec le recul du temps et les compare à ceux qui présidèrent aux autres « naissances » qui suivront mais dont la nidation physique sera différente, il est convaincu que l'évolution qui fit de l'homo sapiens un être sensible, intelligent et raffiné, l'amènera à transcender et spiritualiser les actes essentiels de sa vie animale comme la filiation et les élèveront à des niveaux seuls compatibles à tel état d'esprit.

 

Aussi quand on se penche à deux pour la première fois sur un enfant qu'on protège dans ses bras, quand on prend conscience de sa dépendance et qu'on sent monter cette ferveur sublime de l'amour parental, c'est alors et seulement alors qu'il est réellement conçu, c'est alors qu'il est réellement porté, c'est alors qu'il devient réellement « chair de notre chair », « sang de notre sang » et  « cœur de notre cœur ».

 

Nous qui connaîtrons par la suite des « naissances uniquement conçue dans le cœur » pouvons mieux que quiconque juger de leur identique valeur intrinsèque.

 

Respectant nos traditions religieuses, le petit garçon fut baptisé par le curé de notre paroisse, mon frère Pierre en étant le parrain et Ninon, l'épouse de mon beau-frère, la marraine.

 

Il était vif comme un éclair,

Il était beau comme un oiseau,

Il jouait les filles de l'air,

Et il chantait dans les roseaux.


Ses cheveux blonds se paraient d'or

Quand le ciel flambait son soleil,

Ses joues étaient plus roses encor

Qu'un poupon qui soudain s'éveille.


Dans son cœur chante l'hirondelle

Qui annonce un beau printemps,

Dans son âme naît la chandelle

Toute tremblante en gigotant.


Ses yeux sont clairs comme un ruisseau

Et toujours étonné du monde

Qui l'enserra dès son berceau

Il erre, l'âme vagabonde.

-----------

 

{2} Nous étions privilégiés par l'environnement forestier de notre bonbonnière à l'orée de la forêt de Soignes.  La naissance de nos enfants changea la donne.

 

Pour eux, nos yeux rêvèrent de grands espaces et d'ébats champêtres dans un environnement sain que notre quartier dévoré par  l'expansion citadine ne  procurait plus.

 

Quant à la plus belle hêtraie d'Europe, les débordements désordonnés et indisciplinés de la ville, de ses habitants et véhicules décimaient les arbres qui s'étiolaient dangereusement.

 

Aussi, comme tous les jeunes parents belges, pas encore limités par les contraintes scolaires,  nous nous échappions, dès les premiers beaux jours à la côte belge, à la mer comme on dit aussi.

 

Nous profitions des prix avantageux des périodes « hors saison » pour louer pendant un mois villa ou appartement confortable et spacieux, ce qui nous permettait de prendre avec nous les parents des deux côtés.

 

En une bonne heure de voiture, je pouvais les rejoindre le week-end, mon asservissement professionnel ne me permettant pas les absences prolongées.

 

Nous avions cependant une « brique dans le ventre » comme tout bon belge et pas de capitaux suffisants pour acquérir à Bruxelles un bien conforme à nos ambitions.

 

Aussi envisageâmes-nous de trouver la maison de vacances et de week-end de nos rêves, la « maison de campagne » comme on se plaisait à se vanter.

 

C'était devenu une mode dans mon milieu professionnel, et nombreux étaient ceux qui venaient me consulter, puisque cela faisait partie de mes attributions, pour trouver des solutions financières à leurs problèmes d'emprunts.

 

Nous n'avons pas cherché longtemps.  D'abord le plus près de Bruxelles, mais il n'y avait déjà plus grand-chose qui correspondait à nos moyens et qui fut assez grand pour réaliser nos projets.

 

Nous trouvâmes à cinquante kilomètres de chez nous, un ancien relais de poste, perdu dans la campagne, avec le seul inconvénient que la partie droite, construite au-delà de la grange était déjà vendue.

 

Elle nous convint malgré tout très bien.  En partie restaurée,  elle comportait de part et d'autre d'un petit hall d'entrée, une annexe-cuisine et une salle qui avait servi autrefois de lieu de brève halte pour les voyageurs pendant qu'on soignait l'attelage.

 

Quatre chambres au-dessus et jouxtant le lieu d'accueil,  une étable pour un cheval et quelques vaches donnait accès à une grange avec sa classique grande et haute entrée pour remiser un chariot de cultivateur chargé de sa moisson de foin ou de céréales.

 

Un grenier à grain avait été prévu au-dessus du local pour les bêtes avec ouverture à l'extérieur prolongée d'une potence avec poulie pour monter les sacs.

 

Les bâtiments en retrait par rapport à la route qui filait devant, avaient été placés légèrement de biais pour les orienter plein sud, face au soleil.

 

L'isolant de la seule maison voisine, une petite annexe pour cochons, traditionnelle à toutes les petites exploitations de Belgique, rejoignait la voie routière.

 

Une petite prairie avec trois arbres fruitiers, quelques saules pour perches à haricots et un potager entouraient la bâtisse.

 

Un rêve pour des citadins, qui se voyaient déjà transformer cet ensemble fermier en confortable maison de campagne.

 

Cependant il y aura, bien entendu, fort loin de la coupe aux lèvres.  Nous n'avions que les vacances et les week-ends pour aménager tout ça.

 

Nous réalisâmes cependant beaucoup de choses et ce ne fut pas mal réussi en apparence, mais rien n'était achevé et tout était bricolé ou rafistolé.

 

Nous « trimâmes » sur cette baraque pendant vingt-deux ans.  Mais nous y  trouvâmes détente et santé.

 

L'endroit était merveilleusement calme et champêtre.  En face, des prairies où paissaient de jolies vaches pie et un peu plus loin un couple de gros chevaux de labour.

 

Derrière et tout autour, de vastes champs où se cultivaient en alternance betteraves et céréales.

 

Une belle voie rurale en béton, blanche, droite et sonore sous la gomme du pneu des machines agricoles, fuyait de part et d'autre de  l'avant-cour, pour atteindre à droite le petit village de Liernu et à gauche, à trois cents mètres, un carrefour dit des six chemins en raison des deux routes et du chemin de campagne qui le traversent.

 

De l'autre côté des prairies, au loin mais à portée de vue, deux fermes dont l'une était occupée par le ménage de deux fermiers qui devinrent de bons et si précieux amis.

 

Nous avions une telle considération l'un pour l'autre que nous ne parvînmes jamais à nous appeler par nos prénoms.

 

Nous utiliserons toujours nos noms de famille : Monsieur ou Madame Stage, Monsieur ou Madame Mailleux.

 

L'estime mutuelle que nous éprouvions était si grande qu'un affectueux respect, excluant la familiarité, nous empêchait d'agir autrement.

 

Dieu sait pourtant combien, pendant la vingtaine d'années qu'ils vécurent encore,  nous eûmes de moments privilégiés de profonde amitié et partageâmes des joies et des peines quand les épreuves s'abattirent douloureusement sur nos deux familles, mais surtout sur la leur.

 

{3} René Stage était un homme simple, comme on dit sottement quand quelqu'un est modeste et n'étale ou n'exprime pas son authentique valeur.

 

Il parlait posément avec la sagesse de celui qui se trouve journellement seul dans l'immensité des champs, face à la nature, subissant l'envoûtement des ciels, respirant la vie chaude de la terre, partageant le bonheur de l'alouette qui s'élève en chantant éperdument dans les nues, toujours plus loin, toujours plus haut.

 

Très discret, serviable et d'une très grande bonté, il disait des choses importantes avec bon sens et clarté en terminant son propos par ces mots attendrissant de discrétion et de modestie : « Je dis ça et je ne dis rien ».

 

L'image que nous gardons de lui sera toujours associée, dans notre mémoire, à celle de notre petite ferme « château » tellement elles furent synonymes de détente, de bonheur champêtre, de retour à la nature et d'équilibre.

 

Nous nous souviendrons toujours des lendemains de l'acquisition.  Après l'emballement classique où on est aveuglé par le désir de matérialiser un rêve, vient le coup de froid tout aussi classique du retour soudain à la raison avec le cortège des inconvénients qu'on avait jusqu'alors ignorés.

 

La nuit qui suivra la signature du compromis chez l'agent vendeur, fut pour nous atroce. Nous réalisions seulement que notre décision serait lourde de conséquences entraînant un radical changement de vie.

 

Notre naturel casanier se rebellait à l'idée des navettes et déplacements hebdomadaires que nous allions nous imposer.  Comment concilier aussi nos agendas déjà surchargés ?

 

Aussi l'apparition bonhomme de notre voisin que le hasard avait placé devant notre tout nouveau bien, accueillant, souriant, si chaleureusement aimable, nous alla droit au cœur.

 

Dans son bleu de travail rapiécé, la casquette sertie sur une collerette de petits cheveux luisants noirs, il nous tendait de belles mains rudes, musclées à la Rodin, chaudes d'amicale tendresse.

 

Je n'écrivais plus beaucoup, cependant je ne pus m'empêcher de composer le poème qui va suivre que  j'intitulai : « L'homme, la bête et l'acier » en évoquant notre ami derrière son cheval et sa charrue.

 

Atteint par un lyrisme bien champêtre, je me laissai emporter par la tentation d'envolées bucoliques sensuelles et peut-être trop emphatiques.

 

L'homme aux bras émaciés,

Noueux comme un vieux tronc,

Dans un  éclair d'acier

Ouvrait de grands sillons.


La terre au chaud soleil

S'étire d'un long sommeil.


Dans le limon fumant,

La bête aux flancs luisants

Eperonne le sol

De son soc qui le viole.


Les tripes de la terre

Au soleil se resserrent.


Les longs sillons alignés

Proclament autant de victoires

De l'arrogant fier acier

Qui a défloré sans gloire

Les lèvres tendres fumées

D'une terre violentée.


Tout l'acier dur d'un ciel bleu,

En grandes gerbes de feu,

A l'acier du sol s'unit

Pendant qu'un soleil jaillit

Dans un éclair de lumière

Sur la nature en prière.

 

La nostalgie me prend maintenant au souvenir de ce bien dont nous dûmes nous séparer (j'expliquerai plus loin dans quelles circonstances et pourquoi)  et un sentiment douloureux d'absence, comme celui qu'on ressent quand on a perdu un membre après une intervention chirurgicale, m'envahit en rêvant à ce coin de terre bucolique, à ce paradis perdu dans les campagnes pour notre petite tribu de citadin.

 

Que de jolies pages nous avons glissées dans notre livre des souvenirs, que de mélodieuses clochettes de bonheur ont égrené leur discret tintement, note après note, telles des invocations tibétaines mues par le vent !

 

Que de joyeuses agapes autour de grandes tables dans une ambiance de retrouvailles !

 

Que « d'invités surprises », de passage s'excusaient-ils,  nous tombaient du ciel comme pollen au printemps !

 

Ma délicieuse fée-fourmi s'était approvisionnée dans son grand frigo-bahut de quoi faire face à toute invasion impromptue de ventres affamés, aussi s'affairait-elle du four au moulin avec une efficacité et une bonne humeur que n'oublieront  jamais ces commensaux inopinés.

 

Mais quelles satisfactions ressentîmes-nous quand, rompus de fatigue, mais heureux de l'ouvrage accompli, nous contemplâmes avec fierté les transformations que nous avions imaginées pendant nos insomnies !

 

Pour ménager nos moyens financiers un peu justes, nous bricolâmes tout en amateurs « non-avertis », usant de trucs et bouts de ficelle qui auraient scandalisé le plus novice des professionnels.

 

{4} Le premier mur que nous élevâmes, avec mon filleul Bruno, dans notre candeur, s'inscrira pour toujours en hérésie des  techniques les plus élémentaires de construction.  A ma grande confusion, en voici la relation.

 

Citadins, habitué au confort des lieux d'aisance avec chasse d'eau, douillettement au chaud à l'intérieur des logis, nous n'appréciions guère celui auquel on accédait par l'extérieur comme c'était le cas, à l'époque, à peu près partout dans les campagnes, fait d'un caisson troué avec fosse plus ou moins profonde, à vider périodiquement.

 

Aussi une de nos premières dépenses fut de faire installer une fosse septique couverte d'une dalle de béton qui faisait corps avec l'ensemble des bâtiments jusqu'à la grande entrée de grange.

 

Nous projetâmes de transformer la partie avant de l'étable pour un tiers de sa superficie en salle d'eau et commodités avec l'avantage de les regrouper à proximité de leur voie de dégagement en eaux usées et produits des latrines.

 

Avec une prétention de bricoleur très débutant, je me sentis capable de monter les murs de séparation qui devait constituer cet ensemble.  Je me fis livrer blocs de béton, ciment et sable, de quoi concrétiser mes projets.

 

Ce qui est étonnant dans la vie, c'est que des choses absolument évidentes ne le sont pas pour tout le monde et moi en particulier : je ne réalisai pas que les vides imparfaits laissés d'un côté de ces grosses « briques » en béton qui devaient être dressées sur champ, étaient destinés à recevoir par pression une partie du mortier qui avait été étalé par-dessous, de manière telle qu'au séchage, l'ensemble fasse corps.

 

Pour moi ces cavités avaient toutes l'apparence d'un défaut de fabrication que je devais  réparer en remplissant les vides et j'alignai mes « parpaings » (c'est ainsi que ça s'appelle), les soi-disant vides en haut pour en permettre le remplissage.

 

Quel boulot et quel gâchis, car l'ensemble était beaucoup moins solide ! Je pestais sur le fabricant que je croyais coupable de m'avoir livré une marchandise mal achevée : j'arriverai à mes fins avec beaucoup de patience et de mortier.

 

Par la suite, plus malins ou moins novices, en réalisâmes-nous des choses dans cette propriété, pendant les quelques vingt années que nous la gardâmes !

 

Nous « touchâmes » à tous les métiers du bâtiment : maçon, menuisier, charpentier, plombier, électricien, ardoisier, carreleur, plafonneur, peintre, terrassier et j'en passe...

 

Le grenier à grain fut transformé en deux belles chambres avec cage d'escalier en colimaçon donnant sur l'arrière de l'étable, transformée en prolongement du living  lequel plus tard, donnera accès par une grande baie vitrée à une immense véranda couverte de panneaux ondulés en polyester.

 

Cette surface contiendra une piscine couverte de cinq mètres sur vingt dont la profondeur allait de un à deux mètres cinquante avec système de filtration et chauffage par panneaux solaires ainsi qu'une  salle de détente d'une trentaine de mètres carrés avec fauteuils de jardin et jeux divers (tennis et football de table etc.)

 

Comment réalisâmes-nous tout ça, de front avec nos activités professionnelles,  car en dehors du gros œuvre, nous achevions tout nous-mêmes ?

 

Il faut dire aussi que mon jeune beau-frère Daniel et Bruno mon filleul nous aidèrent beaucoup.

 

Mégalomane, je ne cessais de rêver à de grandioses et démesurées réalisations.  Ma si courageuse et si aimante compagne me suivait et débordante d'énergie était un « homme » de plus, en collaborant à toutes ces activités avec une habileté de professionnel.

 

Elle arrivait à concilier ses nombreuses charges du ménage et l'éducation des enfants avec un  travail de comptable à domicile que je lui avais appris et qui nous arrangeait mieux que son emploi d'assistante dentiste dont  l'horaire de travail ne cadrait pas du tout avec le mien : elle rentrait tard le soir et travaillait le samedi, ce qui nous faisait perdre de précieuses heures ensemble.

 

C'est ainsi que je lui proposai de tenir des comptabilités en tant qu'indépendante, avec l'avantage de ménager son horaire suivant ses opportunités.

 

Très subtile et audacieuse, elle s'en tira vite très bien.  Mais je crois qu'elle se rappellera toujours l'inquiétude de ses débuts.

 

Notre premier client fut un grossiste en produits chimiques spéciaux.   Recruté par annonce dans un journal spécialisé, il exigeait que le ou la comptable n'emportât ni livres ni documents, si bien que mon audacieuse chérie, les premiers temps, « bluffa » suffisamment pour que l'épouse du client qui s'occupait de l'administration ait foi en sa compétence.

 

C'était audacieux, mais bien drillée le soir quand je rentrais, elle s'en sortit brillamment.

 

Le secrétariat de l'affaire était tenu par l'épouse d'un couple avec lequel nous nous liâmes d'une amitié qui dure toujours.

 

Revenons aux tribulations qui caractérisèrent notre parenthèse campagnarde.

 

Après quelque temps (en 1973), je rêvai d'agrandir la propriété et fis l'acquisition d'un terrain d'environ septante ares contigu au nôtre.

 

Nous y ferons de tout : prairie pour moutons, potager, verger,... installation de chauffage solaire pour la piscine...  Je pensais également y planter un petit bois mais n'y parvint jamais, faute de temps.

 

Une prairie pour moutons, d'une vingtaine d'ares, avait été aménagée à l'avant. Nous y construisîmes, pour les y abriter, un petit bâtiment à colombages d'un très bel effet avec ses poutres créosotées tranchant sur le blanc des remplissages.

 

Ce sera aussi pour les enfants une merveilleuse aire de détente et de plaisir champêtre dans laquelle ils pouvaient à loisir choyer ou caresser agneaux et brebis.

 

Il va de soi que je ne pus m'empêcher de traduire en vers cette ambiance champêtre d'alouettes qui s'enivrent de ciel et ce chant du vent et des travaux dans les champs...

 

Ecoutez-les voler

De toutes leurs petites ailes

Les petits messagers

Qui lutinent tendrement le ciel !


Ecoutez la voix du vent

Féline dans les auvents !

Écoutez danser le blé

Dans les faisceaux endiablés !


Ecoutez le lointain ronron

Des machines qui s'ensorcellent

Du long parfum des grands sillons

Que lentement leurs socs morcellent !


Ecoutez l'âme de la terre

Quand elle endort sa lassitude

En traînant les chants délétères

De son grand ciel de solitude !

 

 

 

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19/02/2010

Ch. 19 - Alors qu'on n'y croit plus.

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l'appel de s'(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux)  qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous  (Contacter votre organisme financier).  Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j'ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

Chapitre 19 :  ALORS QU'ON N'Y CROIT PLUS.

Table des repères : {19.1} La naissance de notre premier enfant : l'enfant-merveille, dans des conditions hivernales difficiles et retard de l'accoucheur  -  Mon frère Pierre est renversé par une voiture et gravement blessé  - {19.2}  Difficultés particulières du bilan de ma société qui doit être clôturé sans bénéfices ni pertes  - {19.3}  Mes supérieurs, Thierry de Menten de Hornes et Georges Souillard  -  La fonction de « chef du Personnel »  -  Structure du département administratif et du Personnel dont je suis devenu le chef qui couvrait plusieurs sociétés  et occupait 40 personnes  - {19.4}  Mes rapports avec Léon Wolters, frère du président, homme de grande culture, patron d'une des sociétés qui avaient ses bureaux chez nous  -  {19.5} Diaphane-cœur et la complémentarité physique.


{1} Dans son environnement idéal, notre couple était choyé par la vie.  Un écrin de relations affectives lui procurait cette chaleur du cœur qui est la source du  vrai bonheur.

 

Cependant, refoulé au plus profond de mon subconscient, s'étiolait un sentiment que Diaphane-cœur maintenait dans ses bras refermés, mais qui s'en échappait souvent : sentiment instinctif, dynamique de la vie, condition essentielle à son maintien, latent dans l'être vivant depuis le début de son histoire : se multiplier, procréer... ;  cependant, de toute évidence, notre couple était stérile...

 

Aussi nous nous imposâmes les consultations humiliantes de spécialistes qui finirent par y trouver remède, aussi notre bonheur devint-il total quand nous apprîmes qu'un bébé naîtrait début 1963.

 

Avec le recul du temps, nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur les sentiments qui motivent ce besoin de descendance.

 

La procréation, soutenue par l'attirance sexuelle, est une fonction que la sélection a favorisée, nécessaire à la  pérennité des êtres vivants.

 

Est-ce le besoin de répondre à cet instinct naturel qui  a provoqué chez nous, les humains, et plus particulièrement dans notre couple, une satisfaction physique qu'il faut, sans doute,  associer à l'instinct de conservation ?

 

En second stade de l'analyse, on constate que prennent place, chez l'être intellectuellement développé une élévation des sentiments tels que naissent des idéaux de grande envolée pseudo-lyrique.

 

On idéalise l'être qu'on destine inconsciemment à la prolongation de son « ego ».

 

On imagine un premier enfant-merveille qui réalisera nos rêves ou qui nous consolera de nos échecs.

 

Le pauvre à peine conçu, on lui réserve déjà une vie difficile qu'on n'a pas nécessairement assumée soi-même.

Ce travers que je stigmatise maintenant, nous ne pûmes nous empêcher de l'avoir aussi à cette époque.

 

Par la suite et avec la sagesse de l'âge, nous pensâmes mieux faire en laissant à nos enfants la latitude de s'épanouir en fonction de leurs qualités et de leurs aspirations.

 

Maintenant qu'ils sont adultes, nous nous gardons bien d'en tirer la moindre leçon.  L'infinie complexité de l'être humain est telle que nous ne nous permettrons pas de défendre la moindre théorie.

 

Nous pensons qu'avant tout chacun doit agir avec abnégation et beaucoup d'amour en évitant d'en faire « l'objet » de notre dévotion.   Mais surtout,  ne pas le condamner à être « le bâton de vieillesse ».

 

De plus en ce qui nous concerne, l'expérience de la diversité  familiale que nous vécûmes nous a conduits à une certitude quant à la valeur des liens dits  «du sang » qui devraient, selon certains, créer une différence avec ceux qui ne les ont pas.

 

Notre couple rêvait d'une grande famille et j'étais nostalgique d'une descendance féminine, d'autant plus que je n'avais pas eu de sœurs.

 

Or, nous aurons d'abord deux garçons que mon épouse porta et mit au monde et puis ce fut le retour définitif à l'infécondité.  C'est alors que ma compagne proposa de faire naître dans notre cœur deux petites filles.

 

Elles viendront si bien compléter et harmoniser notre foyer que seuls ceux qui n'ont pas vécu tel élargissement familial n'en comprendront jamais la richesse.

 

Ce sentiment sera pleinement partagé par nos proches à un point tel qu'ils en oublieront les différences physiques.

 

Le 7 janvier 1963 sera un jour d'hiver glacial.  Depuis la mi-novembre, la neige a rendu la ville impraticable et sale de ce que la circulation automobile en avait fait.

 

Des congères pelletées par les riverains qui déblayent leurs trottoirs rendent le stationnement et la circulation difficile.

 

Ma «chérie » vient de me rappeler : notre fils va peut-être naître aujourd'hui.  Les premières douleurs sont là et le gynécologue-accoucheur nous attend.  Après auscultation, il nous renvoie en enjoignant à mon épouse, avec outrecuidance, d'aller préparer le repas de son mari (sic).

 

Nous revenons médusés et très penauds. Mon filleul Bruno était chez nous comme c'était souvent le cas, aussi je le reconduisis, en slalomant entre les voitures garées n'importe comment.

 

Je profite de l'occasion pour aller voir à l'hôpital mon pauvre frère Pierre, qui a été renversé par une voiture au début de novembre et qui a la jambe fracturée en plusieurs endroits.

 

Les dégâts étaient tellement importants qu'il fallut consolider le membre avec un «clou», ce qui le fera bien souffrir et nécessitera une hospitalisation de plus de six mois.

 

La jambe en l'air, étirée par poids et poulies, il restait le courageux bonhomme qu'il sera toujours, grimaçant de douleur, mais plaisantant sans cesse.

 

Pendant ce temps, mon épouse se tordait de douleur et perdait le liquide amniotique.  Je rentrai tout juste pour l'aider à s'installer dans la voiture et nous précipiter à la clinique après avoir averti l'accoucheur.

 

Nous garderons toujours en mémoire ce cauchemar d'un « gymkhana » fou dans des voies verglacées et encombrées de voitures mal garées.

 

La clinique se trouvait au bas d'une des rues les plus pentues de la ville à tel point que je perdis le contrôle de mon véhicule qui se mit à zigzaguer pendant que je donnais des coups de volant aussi intempestifs qu'incohérents.

 

Comment  l'aventure se termina-t-elle sans encombre, je me le demanderai toujours !

 

Dès notre arrivée, grand branle-bas de combat et affolement précipité de tout le monde, y compris d'une infimière-accoucheuse, vers la table d'accouchement : la naissance était imminente ...

 

Mais là, gros problème : le passage pour l'enfant était trop étroit, il fallait « couper ».  Nous dûmes attendre, dans l'angoisse la plus folle, l'arrivée de l'obstétricien qui seul pouvait accomplir cet acte chirurgical.

 

Il n'eut même pas le temps de se changer et ce fut les bras enfilés dans une blouse que maintenait une infirmière qu'il intervint et que notre fils s'éjecta en masse informe, bleue du manque d'oxygène que sa venue retardée avait provoqué.

 

Le médecin parvint difficilement à lui tirer les premiers cris salvateurs en le tenant par les pieds comme un lapin qu'on assomme et en lui administrant les premières et dernières fessées de sa vie.

 

Il fallut plusieurs jours à notre petit Patrick (c'était le nom que nous lui avions choisi) pour avoir ce beau teint finement rosé qui en faisait le « plus bel enfant de la terre ».

 

Ici encore, je m'arrête dans mon récit, car je ne peux m'empêcher d'analyser ce tournant important de notre parcours.

 

Quand l'enfant paraît, tout change et la vie prend de nouvelles dimensions.  Le couple perd son sens, on devient trois, début peut-être de davantage.

 

L'amour change de cible, on accepte cette « intrusion » d'un autre ; on aime ce « gêneur » avant l'autre ou au travers de l'autre.  Seul peut-être l'amour physique dans sa dualité exclusive constituera brièvement un bref retour à « l'amour-miroir ».

 

Ce choix de «procréer », ce choix d'ouvrir son couple à l'entité familiale, n'est plus intellectuellement défendable qu'en raison de considérations religieuses ou philosophiques.

 

De nos jours, les techniques contraceptives enlèvent à l'acte sa raison fondamentale et libèrent le couple de sa contrainte procréatrice.

 

En dehors de l'instinct animal et atavique de se multiplier que l'être humain comme tous les êtres vivants conservera toujours et qui assurera sa pérennité, l'être évolué peut trouver son accomplissement philosophique et son équilibre mental dans une union dite « infructueuse ».

 

Je me suis assez étendu plus avant sur nos motivations qui, je le rappelle, étaient davantage dictées par un instinct atavique de multiplication et de protection affective d'un jeune que par de hautes considérations philosophiques ou religieuses, pour réaffirmer avec force que ce sentiment « instinctif » peut être contrôlé ou absent pour toute autre raison aussi valable que respectable.

 

Notre bonbonnière, tapie dans son écrin de neige soyeuse et de petites maisons roses, dans un décor de forêt et de conte de fées, était le palais qui attendait son petit prince et que nous avions aménagé tout entier à sa dévotion.

 

Sa maman-fée de ses doigts de magicienne avait transformé le berceau-balancelle familial en nid royal, garnissant montants et fuseaux de bois de cretonne à fleurs roses.

 

Penché sur ce petit nid d'oiseau des îles, nous ne nous lassions pas de contempler notre merveille qui dormait ou souriait en regardant passer les anges.

 

Chez une  maman et un papa, la raison s'égare et le « temps suspend son vol » quand, penché sur un berceau, ils contemplent un enfant qui repose, dans sa candeur, sa fragilité et sa totale dépendance.

 

Un bonheur subtil, difficilement analysable, les envahit, ainsi qu'un sentiment nouveau de force et de puissance pour le défendre et affronter le destin.

 

Un enfant, c'est plus beau

Qu'étoiles dans la nuit.

Un enfant, c'est plus beau

Qu'une perle qui luit.

 

Un enfant, c'est plus beau

Qu'une fleur en rosée.

Un enfant c'est plus beau

Qu'une mer reposée.

 

Un enfant, c'est le ciel

Qui surgit du néant.

Un enfant, c'est le ciel

Embrassant l'océan.

 

Un enfant, c'est l'amour

Au fond du cœur, celé.

Un enfant, c'est l'amour

Aux hommes révélés

 

Un enfant, c'est le rêve

Qui vient du fond des âges,

Un enfant, c'est la trêve

Des soupirs et des rages.

 

Un enfant qui sommeille

En retrouvant les anges

C'est pour nous un éveil

De projets et louanges.

 

 

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{2} Depuis ce matin d'avril 1962 où l'épouse de mon chef m'avait annoncé que son mari venait d'être atteint d'accident cérébral, mes conditions de travail s'étaient améliorées rapidement.

 

J'aurais dû donc y trouver toute la satisfaction qu'une position aussi importante pouvait procurer.

 

Cependant, si ce fut le cas en ce qui concerne la considération qu'elle procurait, il n'en restait pas moins que la tâche administrative que j'assumais dans le maillon important d'un groupe de haute technologie en pleine expansion, s'avéra  rapidement lourde de responsabilités financières essentielles qui me tourmentaient durement.

 

L'élaboration et la surveillance des budgets étaient une tâche difficile qui demandait une attention journalière constante pour les maintenir dans la limite des prévisions en se servant des techniques comptables archaïques de l'époque.

 

La plus grosse partie des dépenses de fonctionnement était couverte par un apport des filiales du groupe pour lesquelles nous travaillions, Petrofina  intervenant en dernier ressort, pour combler la différence.

 

De plus, comme notre maison-mère était soumise à des impératifs de publication des résultats, dès les premières semaines d'un nouvel exercice, je me trouvais inconfortablement placé en début de chaîne pour déterminer le chiffre définitif de son intervention.

 

Autre écueil de fin d'année à surmonter, mais qui était de taille : pendant une vingtaine d'années, pour des raisons que je n'ai jamais discutées, notre « marâtre » Petrofina nous imposa de clôturer l'exercice comptable sans bénéfices, ni pertes, ce qui peut paraître logique pour la société-département de recherches que nous étions finalement.

 

Il fallait donc que les charges fussent compensées exactement au franc près par les revenus.  Chaque année, c'était un épouvantable casse-tête que de trouver des artifices d'imputation, entre autres dans les frais à payer et les charges à recevoir, en manipulant des évaluations, que le fisc veuille bien admettre.

 

Je n'ai jamais osé m'opposer ou contester ces « diktats ».  Avec le recul du temps et l'expérience, je peux prétendre maintenant que cette manière de clôturer un bilan, sans résultats reportés,  relève de la plus haute fantaisie et est contraire à toute saine logique.  Elle n'aurait pas été admise par un commissaire-reviseur qu'à l'époque, nous n'avions pas l'obligation de nommer.

 

Pourquoi, me direz-vous, avoir accepté pendant vingt ans cette contrainte et bien d'autres ?

 

C'est que, soucieux de défendre une position que lorgnaient de talentueux universitaires pistonnés, devant lesquels je faisais piètre figure avec mon seul diplôme de comptable, je devais défendre ma place avec des résultats performants que personne ne pouvait contester.

 

Complexé par la pauvreté de mon curriculum vitæ,  je me suis toujours efforcé de donner à mes supérieurs plus qu'ils n'en demandaient, sans commentaires et dans des délais qui les épataient, souvent au détriment de mes nuits. Involontairement, j'étais devenu un foutu  « gâche métier ».

 

Peut-on comprendre que je n'avais pas beaucoup le choix ? Ma position sera toujours précaire et ce sera ainsi tout au long de ma carrière, de là un sentiment d'infériorité que je devais compenser en me surpassant.

 

Plus loin dans mon récit, j'aurai l'occasion de relater quelques-uns des combats que j'ai du mener pour défendre des acquis fragiles et, comment, parfois, après avoir été forcé de mettre une fois de plus « un genou à terre » par accident de santé, je devrai développer toute l'énergie dont j'étais capable pour me relever et préserver des résultats durement conquis.

 

Inestimable compensation à tout cela, je bénéficiais de la considération et de l'estime de tout ce monde qui m'entourait.

 

C'était un milieu merveilleux de gens instruits grâce auxquels j'eus l'occasion de parfaire ma culture.

 

J'ai pu avec l'aide de certains scientifiques me permettre des investigations dans les domaines fondamentaux de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, et ainsi de mieux structurer et approfondir mes réflexions sur l'existence.

 

Comme je l'ai déjà signalé par ailleurs, ce domaine m'a toujours interpellé, en raison d'un besoin de réponse aux questions métaphysiques que je me posais suite à l'éducation religieuse que j'avais reçue.

 

{3} En ce qui concerne mes rapports professionnels avec ma hiérarchie, deux supérieurs avec lesquels j'étais en rapport constant,  j'ai eu le mérite d'avoir acquis leur estime.

 

Autant l'un, au nom distingué de chevalier Thierry de Menten de Hornes, était discret, réservé,  même timide, mais très grand seigneur, maniant un humour racé et subtil, autant l'autre, Georges Souillard, joyeux Breton de Rennes, était primesautier, spirituel dans des propos colorés sans gouaille, avec cette qualité de langage que nous, « petits belges », admirons tant chez nos voisins français.

 

J'ai le rire facile et communicatif ;  j'appréciais au plus haut point les réparties « pince-sans-rire » de l'un  et les jeux d'esprit truculents de l'autre qui nous entraînaient dans des parties de fous rires difficiles à réprimer.

 

C'est dire la chance que j'ai eue de fréquenter ces deux « patrons ».  Par souci d'efficacité, et pour se débarrasser des soucis ou corvées administratives qui ne pouvaient qu'importuner les scientifiques qu'ils étaient, ils ne tardèrent pas à  me faire participer à toutes les réunions où il y avait lieu de noter des informations qui pouvaient me permettre de bien gérer la vie administrative de la société.

 

Cette fonction était doublée d'une autre que tous les responsables des bilans des sociétés assumaient à l'époque, celle « d'officier payeur » avec le caractère de haute confidentialité qui y était attaché.  Ce « secret » était durement protégé par le couperet du renvoi, sans préavis, en cas de divulgation.

 

La fonction de « Chef du Personnel » commença à s'instaurer dans les grandes sociétés, dès les années soixante, avec la création d'un service spécialisé.

 

Soucieuse de ne pas alourdir ses frais généraux, Petrofina resta assez longtemps réticente à introduire cette nouvelle entité administrative dans ses sociétés.

 

Les chefs comptables assurèrent souvent cette charge qui finira par devenir l'essentiel de leur activité, un employé de haut niveau, mis dans la confidentialité des salaires, se chargeant de gérer les outils de paye.

 

A partir des années 70, on assista, dans le monde occidental, à un emballement exponentiel des techniques, galvanisées par la découverte des microprocesseurs en informatique et l'avancée des technologies de pointes en physique et chimie.

 

Notre groupe était à la pointe du mouvement dans certains domaines et se défendait honorablement dans les autres grâce aux performances des chercheurs de ses laboratoires et du nôtre en particulier.

 

Tout cela pour dire que notre société, véritable fer de lance du groupe, se développa rapidement et que la centaine de chercheurs et techniciens doublèrent, triplèrent, dépassèrent facilement les cinq cents pour approcher le millier lors de sa fusion avec Total.

 

Ce développement de nos activités rendait ma charge administrative de plus en plus lourde à porter, malgré l'augmentation constante des effectifs de mon département.

 

Soucieux d'atteindre la meilleure rentabilité de ses troupes, le groupe n'autorisait que parcimonieusement de nouveaux engagements, à tel point que je me trouvais continuellement en déficit de personnel pour assumer dans les délais voulus, les tâches dont j'avais la responsabilité.

 

Avec quelques proches collaborateurs dévoués, nous étions forcés de fournir de lourdes prestations supplémentaires non rémunérées à notre niveau de fonction.

 

Il  va de soi que ces responsabilités n'allaient pas sans avantages de titre, qui me firent gravir des échelons qui dépassèrent rapidement mes ambitions les plus folles.

 

Mon père parlait toujours avec grande considération de son chef de service.  Aussi je rêvais de ce titre sans trop l'espérer, comme du couronnement d'une carrière réussie.

 

Il me fut octroyé, dès qu'il s'avéra que mon vieux patron ne reprendrait plus le travail, c'est-à-dire quelques mois après,  fin 1962, avec officialisation au Moniteur (j'avais trente-trois ans).

 

Le rêve devenait réalité et le reste dépassera mes espérances les plus fantaisistes : fondé de pouvoirs en 1965, sous-directeur en 1972, directeur-adjoint en 1977, directeur en 1980.

 

A une époque où l'inflation des titres est notoire, cette énumération de grades peut paraître prétentieuse, mais qu'il veuille bien comprendre la satisfaction que me procure encore l'évocation résumée d'une progression qui ne fut gagnée qu'en écartant des rivaux bardés de diplômes ou pistonnés.

 

Comme je le relaterai plus loin, mon seul mérite viendra d'une disponibilité de tous les instants au détriment de mon foyer, malheureusement. Mais également, je dois l'avouer, à une antériorité qui remontait à l'origine de la société,  me permettant de mettre en place une organisation administrative originale et d'en contrôler tous les rouages.

 

Mon département qui comprenait la comptabilité, le service du personnel, l'économat et les magasins,  s'agrandira d'une unité performante de « Photos et imprimerie » qui travaillait pour tout le groupe. Nous  assurerons, en outre, les services du personnel et de la comptabilité de plusieurs filiales qui  avaient établi leur quartier chez nous.

 

Ce fut finalement un « petit » monde d'une quarantaine de personnes qu'il me fallut mener avec doigté, patience et fermeté.

 

Les relations de service avec les responsables des filiales logées chez nous furent des plus agréables. //]]>

 

{4} Je retiendrai surtout, dans cet ordre d'idée, les entretiens que j'ai eu le privilège d'avoir avec le frère du grand patron de Petrofina, Léon Wolters, personnage d'une très grande culture, diplômé de Centrale à Paris, homme du monde, champion de tennis et de bridge.

 

Quand je l'ai connu, il avait atteint l'âge de la retraite, mais pour des raisons d'opportunité personnelle, avait tenu à poursuivre une activité professionnelle.

 

Il avait son bureau presque en face du mien, ce qui nous donna l'occasion d'avoir de nombreux échanges de vues sur une quantité de sujets qui nous apportèrent à tous les deux, mais surtout à moi, l'avantage de disserter sur l'existence, la connaissance et d'aborder les grandes questions de la morale et de la finalité.

 

En avons-nous passé des soirées et des heures dans mon bureau où il aimait me retrouver après une journée fatigante !  A jeun, comme des ascètes, nous bavardions longuement de choses étonnantes, l'estomac tiraillé.

 

Il ne fut pas le seul, j'eus dans ma vie la chance de rencontrer dans ce milieu de chercheurs des gens de grande culture.

 

Après leur passage, je notais soigneusement l'essentiel de leur propos.  Je relisais alors et corrigeais mes notes sur « l'existence ».

 

Toujours obsédés par les questions fondamentales que suscite une interrogation sur le pourquoi et le comment de tout et sur la valeur du message religieux, nous avons participé, mon épouse et moi, tout au long de notre passionnant parcours à deux, à de nombreux colloques, séminaires, réunion de quartier, activités paroissiales culturelles et autres de nature à mieux étayer notre réflexion.

 

C'est dire aussi que ces activités multiples envahissaient nos loisirs réduits à la portion congrue.  Lyrisme et poésie furent de cette manière remisés pour ne surgir qu'occasionnellement lors des courtes vacances qu'un agenda professionnel saturé m'autorisait.

 

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{5} Cependant, cette époque d'interrogations métaphysiques m'incitait à  utiliser ma faculté de transposition de la réalité en prolongements imaginaires avec l'avantage du vécu.  Dans ce monde étrange du « rêve-éveillé » je retrouvais, tellement ils me collaient au cœur, des accents de sublime, d'élévation, d'émerveillement qui me consolaient de l'aridité de mon quotidien.

 

Mais je tenais avant tout à protéger mon foyer, à lui épargner les contrariétés de ma vie professionnelle, à l'entourer d'une aura de bonheur.  Je me pose la question,, maintenant, de savoir si j'ai réussi.

 

Ma «chérie », ainsi que je pris habitude de l'appeler, était bien trop subtile et fine pour ne pas avoir réalisé ce que j'endurais et que je camouflais si maladroitement.

 

Respectant ma démarche, elle joua le jeu, très attentive cependant à me soutenir discrètement dans les moments de découragement.  Fragile comme je l'étais, sans elle, il est probable que je me serais maintes fois écroulé.

 

Je ne sais pourquoi, peut-être par un reste de « pudeur chrétienne », mon subconscient mit du temps à l'associer physiquement à mon monde imaginaire.

 

Elle s'introduisit en complément de Diaphane-cœur pour contrarier Diaphane-Prof ou Diaphane-éducation quand ils m'imposaient leur rigueur et leur rationalité.

 

Ce fut ainsi que Diaphane-cœur « nouvelle formule » trouva dérivatif à mon monde d'angoisse, d'inquiétude et de tourments métaphysiques en me faisant découvrir le monde éthéré de l'imaginaire ultime.

 

Voilà comment ce diable de double s'y est pris pour traduire le sublime de la réalité physique :

 

Ectoplasmes, nous nous étions retrouvés dans un nouvel Eden que les dieux eux-même  n'avaient pas imaginé.

 

C'était un monde de songe bleu, du bleu lavé des aquarelles où nos corps diaphanes, diaphane comme une aile de libellule,  se déplaçaient sur des plages infinies qu'un sable d'or pâle recouvrait d'un manteau de soie tiède.

 

Nos pieds s'enfonçaient dans des lèvres chaudes et des langues moites qui nous pourléchaient tendrement.

 

Une mer d'émeraude nous tendait des bras d'amante alanguie : nous y précipitâmes nos chairs avides de voluptés extatiques.  (Je ne peux m'empêcher d'être interpellé moi-même par ce gargarisme de phrases alambiquées,...pourtant,  que les rieurs ne s'y mettent pas encore,... ils n'en sont qu'au début : j'entre en transe comme un chaman... je ne vais pas manquer d'user, voire d'abuser, ne vous déplaise, d'épithètes et de longues envolées dithyrambiques).

 

Ce fut une longue glissade dans des bras et des doigts d'huile qui nous enveloppèrent de profondes et envoûtantes caresses.

 

Au paroxysme du visuel, nos yeux se trouvèrent... nos yeux se pénétrèrent... nos yeux plongèrent dans l'abîme de l'autre...  nos yeux se plurent de la perfection des formes... nos yeux glissèrent dans l'intime que nous offrîmes sans pudeur...

 

Caresse infinie des yeux

Au creux de l'intime

Délicates rondeurs

Que prolonge un dos

Pour un port qui se coule

En glissade infinie.

 

Il y eut aussi au paroxysme de l'odorat de subtiles senteurs de printemps qui troublèrent nos raisons... de lourdes et chaudes effluves de pâmoison d'été qui glissèrent en vagues successives ou s'affalèrent en nappes oblongues qui nous agrippèrent le ventre en tenaille... mais aussi un rappel d'odeurs moites comme celles des bancs de brumes d'automne s'étalant en longues langues sous les futaies...

 

Parfum subtil des sens

Qui s'enroule en frisson,

Parfum lourd et sourd,

Remugle de canicule

En sieste lascive.

 

Il y eut encore la caresse des paumes effleurant la moire que révélait un galbe de jambes... et la douce émotion du doigt qui glissa dans un pli satiné... et tiède......et le cœur qui bat, qui bat affolé d'amour...

 

Ô mains, ô mains d'idoles

Fuseaux des îles,

Ô porte-doigts

Emmanchés de bras

Qui s'étire en caresse,

En quête de folles étreintes.

 

Il y eut surtout les lèvres, des lèvres pulpeuses et chaudes, des lèvres de  passion, les lèvres qui sourient, ou qui rient en faisant jaillir des flots de trilles cristallines, claires comme des chants d'oiseaux... ou encore des accents profond de brames comme ceux du cerf dans les forêts d'automne.

 

Bouche mutine ou câline,

Chaud sourire

Pour de beaux yeux,

Amour murmuré

En tendre soupir,

Mélodie des lèvres

Qui s'évasent en bruissement

De plaintes gazouillées

 

Il y eut enfin la pulpe fruitée des langues et des bouches qui s'enlacent, s'étreignent, se mordillent et s'agglutinent en révélation profonde d'union sublime.

Leur âme, alors, se noya dans le lac d'étoile qui s'ouvrit dans les  yeux de l'autre pour s'y éblouir de l'immensité d'un lent regard de passion.

Leurs corps s'unirent en longue étreinte,... leur âme s'embrasa de ferveur, ... leurs corps se joignirent, l'un dans l'autre pénétré... évanescente, leur âme, s'irisa de lumière,...et leur corps et leur âme enfin apaisés s'étourdirent en aura de bonheur.

 

 

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16/02/2010

Ch. 18b - Expo 1958, Le Louvre et Versailles

 

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes.

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités, qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

Chapitre 18.b - Expo 1858 - Daniel, mon jeune beau-frère - Ma belle-famille.

TABLE DES REPÈRES : {18.7} L’Expo 1958 (relation approfondie) - Problèmes congolais - Témoignage de Joseph Mabolia sur la condition des « noirs » {18.8} Mon jeune beau-frère Daniel, mon copain de toujours, assistant dévoué de nos « entreprises » - Les truites de la Lesse et l’oncle Olivier {18.9} Paris, le Louvre et le luxe de Versailles qui nous indispose - {18.10} Ma belle-famille

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{18.7} Pour la Belgique, l’année 1958 devait être un tournant important de son histoire. Depuis quelques années, les gouvernements avaient décidé d’organiser à Bruxelles un événement d’une très grande portée mondiale : une exposition universelle. Il s’agissait d’un pari audacieux que jusqu’alors peu de pays osaient risquer.

 

Les premières Foires Internationales datent de la fin du dix-huitième siècle. Elles furent suivies de gigantesques Expositions Universelles dont la première fut celle de Londres en 1851 que Paris tentera maladroitement de supplanter en 1855.

 

Londres remit ça en 1862, pour être détrôné en 1867 par Paris, sur le célèbre Champ de Mars.

 

Ce fut ensuite l’engouement pour la formule avec, une fois de plus, Londres en 1871 et Vienne en 1873, Philadelphie en 1876, Paris en 1878, Chicago en 1893 et Paris en 1900.

 

Au siècle suivant, la formule de prestige qui avait prévalu et qui privilégiait avant tout le retentissement national fit place à un compromis moins onéreux dans lequel le monde des affaires prit ostensiblement une très large place.

 

C’est dans cet esprit que se passèrent avant le conflit de 1940, les expositions de Paris en 1925 et 1937, et celle de Barcelone en 1929.

 

En 1958, l’exposition de Bruxelles sera la première après la deuxième guerre mondiale et la création de l’ONU.

 

Signalons toutefois, qu’en dehors de ces manifestations « universelles », après 1900, la Belgique organisa les expositions « internationales » de Bruxelles de 1935 pour marquer le centenaire de son histoire et en 1939, celle dite de l’eau qui se tint à Liège au confluent de la Meuse et du canal Albert.

 

Bruxelles, ville ouverte, comme on aimait la plaisanter, tellement toujours en chantiers, se devait de relever un difficile défi, celui de réaliser des performances urbanistiques en un temps record.

 

La jonction ferroviaire Nord-Midi, entreprise bien avant la guerre, devait être achevée sans tarder, ce qui n’était pas une mince affaire avec les moyens techniques de l’époque.

 

Autre nécessité, les grands boulevards aménagés sous Léopold II en voies pour véhicules hippomobiles devaient être carrossés en larges et confortables artères pour automobiles. C’est dire l’inconfort des Bruxellois qui subirent stoïquement cette période folle de travaux.

 

Ce qui nous impressionna le plus à cette époque fut son étendue. Jamais nous n’avions imaginé qu’une réalisation d’un tel gigantisme fut possible.

 

Des moyens techniques de construction de haute technologie, performante pour l’époque, furent mis en place pour construire les pavillons et aménager le plateau du Heysel sur lequel avaient déjà été construits les palais du Centenaire élevés sous Léopold II pour célébrer, en 1930, par une exposition internationale de grande envergure, l’anniversaire de l’indépendance de la Belgique.

 

Pour mieux faire réaliser l’ampleur de cet événement et son gigantisme, je ne peux m’empêcher de donner ci-après des chiffres étonnants provenant de l’intéressante étude de Rudolf Névi que j’ai découverte sur Internet.

 

L’expo occupait 200 hectares divisés en 7 sections avec la participation de 52 pays dans plus de 150 pavillons.

 

Il fallut 20.000 ouvriers et techniciens et 60 millions d’heures de travail, près de 28.000 tonnes de matériaux de construction et manipuler plus d’un million de mètres cubes de sol. 500 jardiniers ont travaillé la nuit.

 

Cette débauche d’énergie pour la plus grande satisfaction de 41.454.412 visiteurs avec un record en un seul jour de 713.664 entrées, desservis par 111 hectares de parkings qu’ont occupé 1.700.000 voitures et 62.000 motos.

 

Au service de tout ce monde, 300 charmantes hôtesses, 165 nacelles pittoresques suspendues à quatre kilomètres de câble qui furent utilisés par 3.000.000 de personnes, des petits trains automobiles qui parcouraient les innombrables avenues pour le plus grand plaisir de ses 10.000.000 d’usagers, des pousse-pousses motorisés firent la grande joie de 100.000 amateurs.

 

Pour restaurer et rafraîchir tout cela : 70 restaurants et une multitude d’ambulants qui servaient des « Ice-cream » et du coca-cola, encore à cette époque corsé d’un peu de cocaïne.

 

Enfin, pour la petite histoire, 31.000 personnes firent appel aux services médicaux et ambulanciers, le visiteur le plus âgé avait 105 ans, 2000 enfants ont été égarés dans l’enceinte de l’expo et 8 y ont vu le jour, 5 personnes y sont décédées et 27 ont tenté de se suicider.

 

J’ai souvenance qu’on parlait beaucoup, à l’époque, de la flèche du Génie Civil prolongeant son pavillon comme d’un des clous de la manifestation.

 

Il s’agissait d’une voie piétonnière en porte à faux de près d’une centaine de mètres suspendue par câble à une flèche en béton précontraint.

 

Le procédé avait été inventé et mis au point par Eugène Freyssinet en 1930 et amélioré depuis. Aujourd’hui, il permet de réaliser d’incroyables performances, dans la construction des ponts à grande portée.

 

La trouvaille consiste à comprimer la coulée en tendant son armature dans le coffrage avec des câbles, des fils ou des barres étirées à la limite de leur rupture et ensuite de les relâcher progressivement au fur et à mesure de la prise du béton.

 

Cette action a pour effet de comprimer celui-ci et surtout grâce à la « post-tension », au moment où sa prise est la plus adéquate, d’obtenir une compression optimale, ce qui donne à l’ouvrage une solidité inégalée.

 

A l’époque de l’exposition, nous étions loin de nous douter qu’allait débuter la période politiquement troublée de la décolonisation (les émeutes de Léopoldville eurent lieu le 4 janvier 1959 et l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960).

 

Bien intentionnée, dans un contexte d’époque, la Belgique avait voulu donner au monde la meilleure image de son action au Congo.


Aussi s’était-elle appliquée à réaliser dans cette manifestation mondiale une surface d’exhibition de ses réalisations en Afrique centrale, la plus spectaculaire possible.

 

Malheureusement, dans l’esprit bien colonial qui nous habitait alors, des « gaffes » monumentales seront commises, notamment en voulant reconstituer un village congolais avec famille.

 

Outrecuidance suprême, d’un mauvais goût, révélateur d’époque, des visiteurs y lanceront des bananes comme au zoo. Suite aux protestations d’intellectuels congolais, le village sera rapidement fermé.

 

Sur un site d’Internet tenu par des Congolais, j’ai relevé dans une chronique de 1958 des commentaires étonnants, mais révélateurs de l’état d’esprit qui présidait aux rapports entre « colonisateurs » et « colonisés » à cette époque.

 

En voici quelques extraits dus à Joseph Mabolia, enseignant, un des protestataires qui fit fermer le village congolais :

 

« Une révélation, il n’y a pas de comparaison possible : les hommes noirs étaient des hommes parmi les hommes… le blanc travaillait dur, très dur, aussi dur… il pouvait être maçon, balayeur des rues, dans les toilettes pour nettoyer…Ce qui nous frappait c’est qu’il y avait une vie d’homme blanc autrement que celle du Congo… ».

 

Joseph Mabolia s’était retrouvé avec quelques centaines d’intellectuels congolais dans une sorte de camp que la Belgique avait mis à leur disposition :

 

« Dans ce camp, la vie était très bien organisée, les dames noires ne faisaient pas la cuisine, il y avait une cuisine commune qui était faite par des femmes belges…nous sommes servis par des femmes blanches…c’est quelque chose d’inouï …et elles étaient très respectueuses… c’était nos sœurs… on discutait avec elles…elles nous racontaient leurs problèmes de ménage, les problèmes de la vie difficile… Pour ceux qui venaient de l’intérieur du Congo … c’était la première fois qu’il pouvait s’approcher en égal d’une femme blanche qui ne criait pas et qui disait Monsieur en s’adressant à eux… »

 

Surprenant retour en arrière, révélateur d’une époque…

 

La surface d’exposition réservée au Congo était très importante et comprenait sept pavillons réservés à l’agriculture, aux transports et constructions, aux mines, aux missions catholiques et au commerce.

 

Plus spectaculaire et très visité, le pavillon de la faune offrait, dans une ambiance de savane, un exotisme qui ravissait les visiteurs tandis qu’à l’extérieur, sur trois hectares, s’étalait celui de la flore africaine avec plans d’eau et fontaines.

 

Un immense pavillon de 160 mètres de long était réservé à l’étalage de tout ce que la Belgique avait pu réaliser en Afrique, à l’époque, en technologie de pointe.

 

La superficie réservée aux pavillons étrangers, très importante, était occupée par une cinquantaine de nations et d’organismes internationaux, les plus importants et les plus spectaculaires étant bien entendu ceux de la France, des Etats-Unis d’Amérique, de la Russie et du Royaume-Unis de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord.

 

La France avait construit un immense pavillon élevé en voûte de deux ogives étalées qu’elle dut fermer quelques jours pendant les événements d’Alger (putsch du 13/5/58 des partisans de l’Algérie Française).

 

Les pavillons de Grande-Bretagne d’une architecture conique originale, dressaient d’arrogants pics égratignant les ciels souvent bleus du Heysel.

 

Quant au gigantesque pavillon des U.S.A, il plastronnait en « biggest of the world », s’enorgueillissant d’être le plus grand bâtiment circulaire existant au monde.

 

Mais sans conteste, le sensationnel de l’époque était les premières tentatives de conquête spatiale réussie par l’Union Soviétique avec son spoutnik envoyé quelques mois plus tôt dans l’espace (4 octobre 1957) ; moment historique pour l’humanité, puisqu’il s’agissait du premier satellite artificiel mis sur orbite autour de la terre.

 

C’était à coup sûr un des clous de l’exposition, les Russes y ayant installé en bonne place une reproduction grandeur nature de l’engin ainsi que de celle des spoutniks II et III qui furent lancés peu après.

 

En dehors de ces « Grands », les autres pays rivalisèrent dans le sensationnel et l’exotique pour se mettre en valeur : ainsi la Tunisie et le Maroc, l’Arabie Saoudite, l’Iraq, l’Iran et autres pays du nord de l’Afrique attiraient le visiteur avide de souks, casbah et décor de mosquée, tandis que les amateurs de temples et décors extrême-orientaux s’enivraient de recueillement bouddhique et d’élévations zen dans les pavillons du Cambodge et de la Thaïlande.

 

L’Amérique du Sud rivalisait de couleurs et de musique trépidante dans les somptueux bâtiments de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Venezuela, et autre exubérant Mexique.

 

Bien entendu, beaucoup d’autres pays étaient représentés, rivalisant d’originalité et de savoir-faire : l’Allemagne, l’Egypte, l’Espagne, la Finlande, les Pays-Bas, la Hongrie, Israël, le Japon, le Lichtenstein, le Luxembourg, Monaco avec une immense photo de Grâce Kelly, le Nicaragua, La Norvège, les Philippines, le Portugal, la République dominicaine, Saint-Marin, Le Soudan, la Suisse, la Syrie, la Tchécoslovaquie, la Turquie, l’Uruguay et la Yougoslavie.

 

En dehors de toutes ces démonstrations nationales chauvines à la gloire des nations représentées, les grandes organisations internationales et confessionnelles se devaient de présenter bonne figure : les Eglises, la Croix-Rouge, les Nations Unies, le Benelux, la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), le Conseil de l’Europe et l’Organisation de la Coopération Economique (Européenne).

 

Pays hôte et organisateur, la Belgique occupait le tiers de la superficie utilisable avec plus de quatre-vingts pavillons et halls.

 

Certains, datant de la manifestation de 1935, avaient été agrandis et rafraîchis.

 

Les plus sensationnels et les plus spectaculaires étant la flèche du Génie civil dont j’ai parlé, le pavillon Philips créé par Le Corbusier et le devenu célèbre Atomium qui remplit internationalement le même office d’image de marque pour Bruxelles que la Tour Eiffel à Paris.

 

L’Atomium est la représentation en trois dimensions d’un cristal de fer (et non pas d’une molécule de fer, comme il est souvent signalé) avec ses neuf atomes, grossie 165 milliards de fois, réalisée par l’ingénieur André Waterkeyn.

 

Chaque atome d’un diamètre de 18 mètres sert de vaste salle d’exposition et est relié aux autres par des tubes-couloirs dans lesquels circulent des escaliers roulants.

 

Un ascenseur, le plus rapide d’Europe à l’époque (5 mètres à la seconde), permet de gagner un restaurant dans la sphère supérieure située à 102 mètres au-dessus du point culminant du plateau du Heysel, tout en offrant une vue unique de la ville.

 

Les différents pavillons belges étaient très représentatifs de l’activité économique du pays : des industries de base comme celles du papier, du cuir, du textile et des métaux, ceux de l’énergie (pétrole, gaz, électricité, eau, air…), le secteur alimentaire ou assimilé (fromage, eaux minérales, conserves, chocolats, tabacs…) et ceux de diverses activités comme la bijouterie, le diamant, la maroquinerie, le vêtement, le livre et journaux, les eaux et forêts, l’agriculture, les activités fermières, la chasse et la pêche etc.

 

Autre attraction, un jardin des quatre saisons de plusieurs hectares permettait d’admirer la variété et la richesse de notre horticulture.

 

Les grandes marques internationales se devaient d’être au rendez-vous : I.B.M. présentait ses prouesses informatiques qui paraissent tellement archaïques de nos jours ; La P.A.A. ou PANAM (Pan American Airways) avait élevé une sphère terrestre gonflable de près de dix mètres de diamètre, ceinturée d’une passerelle circulaire permettant une consultation étonnante de la mappemonde ; Coca-cola faisait sensation avec ses « soft-ice » et son célèbre « coca » encore légèrement à la cocaïne (remplacée maintenant par un succédané) que beaucoup découvraient pour la première fois et qui estompait miraculeusement la fatigue grâce à la caféine du cola.

 

Les grandes maisons d’édition encyclopédique étaient au rendez-vous avec Larousse, Hachette et autres ; les grandes marques faisaient bonne figure avec leurs représentants les plus prestigieux (Kodak, Bell téléphone, Braun, les chocolats Jacques, Meurisse, Victoria et Côte d’Or, Dexion, Eternit, les fromages Franco-Suisse, Liebig, Marie Thumas, Pfaff, Rossel, Solvay, Wanson etc.)

 

Les sciences et les arts occupaient des places importantes dans les grands Palais. Le Hall des Sciences attirait un public nombreux, intéressé par la démonstration des toutes dernières innovations dans tous les domaines.

 

Quant à celui des Arts, il présentait deux manifestations remarquables : « Cinquante ans d’Art Moderne » ainsi que « l’Homme et l’Art » avec des œuvres des plus grands peintres et sculpteurs dont Magritte et Delvaux, devenus célèbres depuis quelques années.

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Le folklore se devait d’être présent, ce qui ne manqua pas avec entre autres le Village Belge 1900 reproduisant des habitations de styles d’époques depuis le Moyen-Age (150 maisons typiques flamandes sur 5 hectares), des manifestations culturelles diverses (danses, musique, démonstration d’art artisanal et du savoir-faire de certains corps de métier anciens …)

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Une manifestation d’une telle ampleur ne pouvait se passer d’une importante aire de détente et de loisir avec la Belgique Joyeuse, les manèges, montagnes russes, téléphériques et multiples autres attractions…

 

Enfin, pour mieux apprécier tout cela, un téléphérique transportait les visiteurs à six mètres de hauteur depuis les grands palais jusqu’au pavillon américain en passant par l’Atomium.

 

Des petits trains automobiles (Mercedes) traînant de confortables wagons crème offraient aux visiteurs fatigués le confort de leurs remarquables sièges de cuir.

 

Près de 220 pousse-pousse motorisés véhiculaient leurs clients un peu partout. Et sensation pour l’époque, des hélicoptères s’envolaient d’un héliport pour transporter certains hôtes de marques à l’aéroport de Zaventem.

 

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{18.8} Abandonnant cette parenthèse sur un événement qui nous avait tous marqués alors, revenons au récit des événements qui ont émaillé une époque très heureuse de notre vie et aux contacts humains qui en furent la résultante.

 

Une grande complicité et une belle entente culturelle s’étaient établies entre mon jeune beau-frère Daniel et nous.

 

En avons-nous passé de bons moments où nous pouvions planter dans cette terre avide de connaissance tant et tant de jeunes pousses qui ne demandaient qu’à s’épanouir !

 

Il partageait avec nous enthousiasme et éclectisme. Très à l’écoute, attentif, il nous désarçonnait par sa logique naturellement cartésienne, surtout en ce qui me concernait, me laissant facilement emporter par le développement de théories audacieuses propres aux cerveaux imaginatifs.

 

Ces heures de discussions sur la connaissance et de débats sur le pourquoi et le comment de tout, me furent d’une grande utilité en m’imposant une rigueur de raisonnement et une clarté dans la dialectique qui me manquait alors.

 

Cette complicité dans l’aventure culturelle dura près de dix ans, cet ami qu’il était devenu pour moi, nous accompagnant dans la plupart de nos déplacements touristiques à caractère culturel.

 

Pendant la période de 1957 à 1962, nous profitâmes de notre disponibilité de foyer sans enfants, pour entreprendre d’agréables et intéressants séjours touristiques avec lui dans les Ardennes belges - où l’oncle curé nous offrait gîte et couvert - ainsi que dans les régions flamandes.

 

Ce fut pour nous l’occasion de passionnantes visites dans des lieux insolites, guidés par notre éclectique et cultivé Tonton, et de mémorables repas qu’il arrosait de ses très vieux bourgognes de curé.

 

Notre culture gastronomique s’est enrichie des mets qu’il nous fit déguster et l’eau à la bouche, nous évoquons encore les fameuses truites de La Lesse, pêchées dans la fraîcheur de son courant, et dont notre raffiné pasteur nous apprit à apprécier l’infinie finesse des joues.

 

Quant à nos « incursions » en terres flamandes, elles furent, elles aussi, très passionnantes et instructives par la découverte de son passé médiéval et de l’histoire de ses communes et corps de métiers.

 

Mon beau-père, combattant en première ligne des tranchées pendant toute la guerre de 1914, fut, lors de nos nombreuses visites des lieux historiques situés dans l’enclave entre la mer et l’Yser qui bloqua l’avance allemande pendant toute la durée du conflit, guide précieux et compétent qui nous décrivit les conditions effroyables dans lesquelles devaient combattre et survivre les héros de cette épopée sanglante.

 

{18.9} En juillet 1962, nous décidâmes de revisiter Paris, ses musées et lieux célèbres. Ce fut, davantage encore que la première fois en 1959, une fantastique aventure de l’esprit et des sens que nous entreprîmes avec Daniel.

 

La ville « lumière » dans toute l’acceptation du mot, nous envoûta, nous fascina autant par son mystère que par la grandeur de son histoire que nous découvrions à chaque tournant de rue, dans ses monuments et dans ses prestigieux édifices.

 

Bien entendu, nous étions surtout venus pour ses musées mais déçu, je n’ai plus retrouvé l’emballement mystique de mes dix-huit ans en Italie.

 

J’avais trente-deux ans et la sécheresse d’un métier ne m’autorisant aucune fantaisie m’avait poussé à me vider de tout emportement irraisonné. C’était dommage pour le poète que se tenait bien penaud dans son tout petit coin.

 

Craintivement, de temps à autre, il passait une petite tête timide pour me souffler dans l’oreille quelques vers que j’écrivais à la hâte, comme l’écolier qui craint d’être pris en flagrant délit de dissipation.

 

Au Louvre, Daniel et ma « pitchounette », « ma chérie au cœur d’or » s’enthousiasmaient de tout ; quant à moi, je jouais de mon mieux la comédie du passionné qui partageait leur emportement.

 

J’étais certes intéressé, mais plus par devoir culturel que par réelle émotion artistique. J’avais besoin de temps, je devais me mettre en condition intellectuelle de recevoir le message de l’artiste et pour cela il me fallait une démarche recueillie dans le silence de mon bureau et devant mon écran. Je crois que j’ai bien caché mes sentiments et que mes compagnons de visite ne s’en sont pas aperçus.

 

J’ai revu le Louvre depuis, dans sa nouvelle présentation due au « règne-soleil » de Mitterrand, mais, tout en appréciant une mise en valeur remarquable des œuvres exposées, j’ai été forcé de constater la constance de mes sentiments à cet égard.

 

Au risque d’en scandaliser plus d’un, le tableau de Mona Lisa, La Joconde du célèbre Léonard de Vinci, me parut aussi lointain et impersonnel que la plus inexistante des croûtes. Quant à sa personnalité, je dois dire que derrière son carreau à faux reflets, elle me paraissait aussi quelconque que celle d’une concierge de garni.

 

Du fond de mes réminiscences picturales seules surnageait l’émotion juvénile suscitée par le doux visage ovoïde de la Vénus de Botticelli, prolongé de sa chaude et pudique chevelure de soleil couchant.

 

Les impressionnistes avaient leur musée et nous nous y sommes précipités, impatients d’y contempler les œuvres originales. Mes compagnons étaient aux anges.

 

Je fus une fois de plus déçu : rien à voir avec le lyrisme qui m’avait gagné en Italie. L’œuvre originale ne m’apportait rien de plus que ne l’avait fait sa copie.

 

Depuis, je n’ai plus visité les musées, mes livres et mes « cd » m’apportant plus de satisfaction : il faut dire qu’on est gâté par leurs supports d’une fidélité de reproduction presque parfaite.

 

Et puis, quel confort de vision : on éclaire, on agrandit… et quel outil de travail : on revoit, on prend le temps de réfléchir, de comparer, d’intellectualiser sa démarche… de développer une émotion…

 

Enfin, mais ça ne vaut que pour moi qui suis handicapé, depuis vingt-sept ans, par une infirmité visuelle qui ne m’autorise plus la vision complète d’une œuvre,  je dois m’y prendre en deux temps : d’abord mémoriser la moitié du champ, ensuite visualiser l’autre et reconstituer le tout en imagination.

 

Je dois ajouter cependant que les nouvelles techniques informatiques de traitement des données m’ont ouvert des horizons nouveaux grâce à la consultation sur « cd » ou « dvd » de musées virtuels qui me permettent de moduler la taille des reproductions et maximaliser mon confort visuel.

 

Nous avons cependant gardé de cette incursion dans ce monde troublant de l’impressionnisme, un souvenir chaud d’ambiance feutrée et de recueillement de visiteurs attentifs et de connaisseurs qui paraissaient envoûtés par la magie des Degas, Manet, Monet et autre Renoir.

 

J’ai cru quitter un sanctuaire dans lequel sourdaient ferveur et émerveillement de l’âme.

 

Autre « magie » aussi, celle de l’envoûtement de la ville elle-même, du Paris mythique aux racines plongées profondément dans l’histoire qui nous fascinera toujours.

 

Chaque coin de rue, chaque boulevard, chaque bâtiment nous laissaient rêveurs. Quand j’y suis retourné après, j’y ai été pris de la même ferveur, les yeux tout grands, l’estomac noué. J’ai toujours trouvé qu’on y atteignait les sommets de la culture raffinée.

 

Et quel plaisir intense ce fut pour moi de partager ce sentiment avec mon jeune beau-frère et mon épouse dont les regards brillaient d’une profonde joie intérieure. Et pourtant, comme Rome, cette ville de grandeur avait également ses turpitudes qu’inconsciemment je préférais ignorer.

 

Souvenirs piquants pour la petite histoire de notre voyage, nos moyens financiers étant encore un peu « serrés » et sans doute aussi par propension naturelle à l’économie, nous nous contentions de deux petites chambres au troisième d’un petit hôtel pour étudiants, situé dans le quartier Latin.

 

Nous pouvions y fricoter quelques repas « spaghetti » arrosés de gros rouge. Nous aménageâmes aussi dans le coffre de notre Opel un matériel de « camping-gaz » destiné à nous restaurer lors d’expéditions moins urbaines.

 

Ces souvenirs de bouffes à la sauvette, d’inconfort et d’expédients de jeunes désargentés resteront toujours pour nous parmi ceux qui ont le plus marqué notre passé.

 

Quant à moi, rappel personnel désagréable, au moment du départ de Bruxelles, j’eus la malencontreuse et sotte idée de vouloir graisser le rouage de l’essuie-glace de la voiture avec le bout d’un index que le mécanisme happa et déchira.

 

Je fus condamné à conduire mon véhicule et à me déplacer pendant tout le séjour, index levé, tel le prof morigénant ses potaches, le doigt bien emmailloté comme il se devait en pareil cas.

 

L’une des visites de lieux historiques entreprises hors de Paris fut Versailles, elle restera à jamais mémorable pour nous en raison de l’état d’esprit dans lequel nous l’avons abordé.

 

Cette outrance du luxe des Bourbons, nous mit mal à l’aise et nous n’avons pu nous empêcher d’entendre le peuple de Paris qui hurlait sa haine.

 

Daniel et sa sœur ne manquaient pas d’en parler et comme eux, je déplorais la débauche de richesse et de frivolité que révélait ce monument de l’égoïsme de quelques-uns au détriment d’une collectivité misérable.

 

Ce soir-là nous en avons longuement discuté jusque bien tard dans la nuit.

 

Paris, ô grand Paris,

Tes muses l’ont décrit

Beau joyau des orfèvres,

Fragile oiseau de nuit,

Ton sang brûlant de fièvre,

En flots s’écoule et fuit

Le long des avenues

Qu’ont tant porté aux nues

Ecrivains et poètes,

Chantant ton peuple en fête.

 

Hurle la carmagnole

En abattant ton roi,

Affole les nuits folles

De ton peuple en émoi.

 

Agite tes bouffons

Au son de leurs grelots,

Etale tes chiffons,

Lâche tes camelots.

 

Paris, mage des mots,

Et reine des lumières,

Au parvis des prières,

Refuge des poulbots.

 

Paris, belle de France,

Paris, au cœur immense,

Havre des grands amours :

Ceux qui rêvent toujours.

 

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{18.10} Je ne voudrais pas terminer ce chapitre important relatant l’élargissement de mon milieu familial à celui de ma belle famille, sans évoquer, au nom de « ma chérie au cœur d’or », celui qui fut tellement merveilleux pour elle et pour toute sa famille.

 

Il en est l’aîné, une sœur décédée en bas-âge laissait un vide que comblèrent difficilement Gérard, le frère qui fut mon copain de club et sa sœur.

 

Daniel, mon jeune ami-beau-frère se pointa en pleine guerre en cadet de cette belle famille.

 

A la libération du pays, ma belle-mère perdit encore, quasi à terme, un fils, traumatisée par l’incendie que des irresponsables avaient allumé dans la maison voisine.

 

Willy, l’aîné, devint ainsi le « grand frère », sage et dévoué assistant de ses parents qu’il aida du mieux qu’il put pendant la période si difficile pour tout le monde de la guerre et de l’après-guerre.

 

Travailleur, il brillait dans ses études. Généreux, il se dévouait pour sa famille. Musicien, il se distinguait par son talent au piano et aux orgues.

 

Bon acteur, il fut un des fondateurs et animateur d’une troupe de la région (les Trouvères). Poète, il écrivait de jolies choses.

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Sportif pourtant, il se défendait honorablement au tennis et tennis de table. Une jeunesse bien remplie. Quel dynamisme, comment arrivait-il à combiner tout cela ?

 

C’est dire aussi toute l’admiration que mon épouse éprouvait pour lui et quand elle eut atteint l’age de l’éveil intellectuel, il fut pour elle le mentor qu’il fallait pour lui ouvrir le cœur au beau, à la musique, à l’art et au raffinement.

 

Sa vie durant, il sera, assisté par une épouse aussi attentive que lui, le « grand frère » protecteur, soucieux d’intervenir discrètement lorsqu’un membre de la « tribu » se trouvait en difficulté.

 

Ce sera surtout, tristement le cas, comme je le relaterai plus loin quand son frère Gérard, mon ami du club, fut frappé d’infarctus mortel à cinquante ans, laissant une veuve fragile et une jeune fille entamant des études universitaires.

 

Avec son épouse, ils seront pour toutes les deux d’un grand secours moral et matériel qui leur permettra de mieux surmonter une cruelle et douloureuse absence.

 

Ce fut lui aussi qui entraîna mon épouse et son frère Gérard dans la troupe qu’il montait avec des copains de quartier.

 

C’est ainsi que celle qui sera ma compagne pour la vie, commença à se distinguer et encouragée par le succès que lui valurent certains grands rôles, débuta une carrière professionnelle sous le pseudonyme de Christine May.

 

Elle se produisit dans la troupe d’Albert Lepage en tant qu’ingénue et dans des récitals de poésies.

 

Elle eut même le plaisir d’être la partenaire de Jacques Brel dans « Un caprice » de Musset, avant qu’il n’aille tenter sa chance à Paris. Elle fréquentera aussi des acteurs comme Paul Riga, Suzy Falk et Ninette Henry.

 

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14/02/2010

TABLE DÉTAILLÉE DES MATIÈRES AVEC REPÈRES

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d'une vérité sur la motivation d'exister

et la valeur de nos croyances

 

 

Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement.


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Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur qui fera défiler les repères entre petites accolades  { } situés au début de certains paragraphes et ainsi trouver rapidement un passage repris dans la table détaillée des matières ci-après :

 

Chapitre 1 : Introduction (16 pages) - Voir commentaires après l’introduction : {1.1} Hémianopsie {1.2} Écrits poétiques, versification, règles {1.3} Clergé catholique idéaliste {1.4} PetroFina et Total (en notes Hector Carlier et Léon Wolters) {1.5} La bande dessinées (historique) {1.6} Rift Valley (berceau de l’humanité) {1.7} George (sans s) et Christian

 

Chapitre 2 : Le jardin des tombes (12 pages) - {2.1} Enfance en face d’un cimetière plein de soleil et d’insectes - {2.2} La maman des fleurs - {2.3} Les insectes et ma première souffrance - {2.4} L’imaginaire et les rêves d’un enfant qui cherche l’amitié des insectes, des guêpes et des araignées.

 

Chapitre 3 : La rue non dénommée (16 pages) - {3.1 et 3.3} De cinq à dix ans, l’école primaire à l’époque de l’ostracisme philosophique et social qui opposait l’enseignement « confessionnel » et l’officiel - {3.2} Les Six Cents Franchimontois - {3.4} Découverte de la cruauté indifférente des adultes - {3.5} Mon cousin Jim, compagnon des fredaines - {3.6} Les aventures épiques dans un tas de sable - {3.7} Je deviens l’enfant souffrant du foie mis à un régime sévère.

 

Chapitre 4 : Les neveux du curé (27 pages) - {4.1} La guerre « 40 » dites des « dix jours » qu’elle dura pour la Belgique et la Hollande et un peu plus pour la France - Occupation, peur, bombardements, résistance, rationnement, la faim et le froid pendant quatre ans - {4.2} L’oncle Olivier, l’austère curé du village de Vonêche entre en scène pour recueillir ses neveux, pendant les vacances et les « doper » d’une nourriture plus riche qu’il s’efforçait de trouver chez les fermiers - Espiègleries « démoniaques » de ses neveux peu reconnaissants. - {4.3} Histoire de ce curé qui fut brancardier en 1914 et perdit son frère tué les derniers jours de la guerre - {4.4} Curé de Vonêche, il connut deux des voyants des apparitions de la Vierge à Beauraing - Il m’a laissé une relation écrite des faits que j’analyse dans ce chapitre et dans le chapitre 25 « Richesse et pouvoir du milieu »

 

Chapitre 5 : Gentinnes, les grenouilles et l’étang (25 pages) - {5.1} Une aventure ridicule avec une voisine me pousse, par timidité, à prétendre que je me destine au sacerdoce - Rapportée par mon frère, cette annonce me place à l’avant-scène de mon milieu très chrétien (il y a un frère prêtre de chaque côté) et me voila embarqué au petit séminaire de l’autre oncle, religieux de la congrégation des Spiritains, qui en était le supérieur - {5.2} Les premiers jours en internat furent difficile pour un petit garçon, très pudibond , ne connaissant rien de la vie et du sexe qui pour lui n’était que la source des fautes graves du sixième et neuvième commandement. - {5.3} Horaire difficile dans un établissement qui préparait à leur avenir de futurs missionnaires d’Afrique - {5.4} Évocation du drame de Kongolo où furent assassinés, le 1 janvier 1962, la plupart de mes anciens condisciples qui s’y sont retrouvés - {5.5} Histoire d’un enfant, d’une grenouille et de l’eau - {5.6} Le petit juif qui se cache parmi nous - {5.7} Les « résistants » et les « clandestins ».

 

Chapitre 6 : La libération (12 pages) - {6.1} Fin 1944, suite au débarquement des alliés, nous sommes renvoyés chez nous, jusqu’à la libération, en juin - Bruxelles est laissé aux débordements des lâches (les autres sont encore au combat) qui cherchent à se dédouaner en traquant les soi-disant « collaborateurs » (qui eux se sont enfuis) avec des armes « de grenier » - Mes voisines feront partie de leurs victimes - {6.2} Rapprochement de situation avec mes condisciples de Kongolo laissé aussi aux débordements des lâches - {6.3} Le scoutisme intégral {6.4} Épopée valeureuse du seul survivant de Kongolo, mon ancien chef scout, à travers la brousse et qui retournera, seul missionnaire chez les bourreaux de ses camarades. {6.5} La vie au collège (anecdotes)

 

Chapitre 7 : Montagne, neige et soleil (20 pages) - {7.1} Les privations de la guerre et la vie ascétique des jeunes du « petit séminaire » ont raison de la santé d’une quinzaine qui sont atteint de tuberculose, transmis par l’infirmier qui en était lui-même atteint - {7.2} Après une pneumonie où je frise la mort, j’en suis également frappé - {7.3} La tuberculose - Sanatorium en Belgique, ensuite dans celui de Montana en Suisse - {7.5} Pneumothorax et section de brides avec les moyens primitifs de l’époque - {7.6} Tremblement de terre - {7.4} Pendant ce temps, mon frère Pierre est atteint de rhumatisme articulaire aigu qui le fera mourir à trente-cinq ans - {7.7} Au sanatorium belge, j’ai comme voisin de chambre un fils de « café » qui s’empresse d’initier « le candide » que j’étais aux réalités sexuelles que j’ignorais en ne m’épargnant aucuns vices - Un « jociste » mouvement de la jeunesse ouvrière chrétienne, « Dolph » se chargea d’idéaliser « la chose » - {7.8} Il viendra me retrouver en Suisse, pour y mourir, à côté de moi, dans des conditions atroces - Les plus atteints du petit séminaire viennent nous rejoindre dont le frère-infirmier, victime de ce mal, ils en mourront tous - {7.10} Après le désespoir dans l’immensité monotone et glacée des hautes montagnes en hiver, je découvre la renaissance du printemps, des fleurs et des insectes - {7.11} Le roi Léopold de Belgique, toujours « prisonnier » en Suisse, vient nous voir de même que Monseigneur Cardijn, fondateur de la Joc {7.9}.

 

Chapitre 8 : Le chant des cimes (13 pages) - {8.1} Je découvre la poésie qui m’apporte réconfort et raison de vivre - {8.2} Je me pénètre de la beauté scripturale des mots, tout en les écoutant -

 

Chapitre 9 : Georges (sans s) et le petit frère (16 pages) - {9.1et 9.3} Mes deux vrais amis - Plus malade que moi, ils me communiquent leur idéal et leur joie de vivre - Je leur resterai attaché jusqu’à leur dernier jour (ils atteindront tous les deux quatre-vingt cinq ans) - {9.2} Nos rêves de maison pour jeunes handicapés et nos réalisations de troupes scoutes dans une maison d’infirmes voisines dès que nous fûmes suffisamment valides - {3} Le « petit frère » un autre ami fidèle, convers spiritain, secrétaire de leur maison de Fribourg en Suisse, qui faisait partie de notre groupe avec lequel j’ai correspondu régulièrement pendant soixante ans - {9.4} George crée avec nous une troupe itinérante qui produit scénettes et jeux théâtraux que je prolonge dans l’imaginaire.

 

Chapitre 10 : Rome et Florence (29 pages) - {10.1} George m’entraîne dans .l’aventure « impossible » de deux convalescents, même pas guéris, qui entreprennent un voyage d’un mois avec un billet de mille francs belges de l’époque, alors que l’Italie sort exsangue de l’aventure mussolinienne catastrophique - {10.2} La cathédrale de Milan sous l’envahissement colombin - {10.3} Florence et ses merveilles - {10.4 et 10.8} Michel-Ange, {10.5} Savonarole, {10.6 et 10.9} Botticelli -– {10.10} Léonard de Vinci et saut dans le temps à Clos Lucé, lors d’un voyage en France - {7} Rome et le Vatican - {10.11} George nous a obtenu des places « privilégiées » comme représentant du scoutisme à la Canonisation de Nicolas de Flue, premier saint suisse - {10.12} Les catacombes (« exploration de couloirs inexplorés avec la complicité d’un « historien »)

 

Chapitre 11 : Tel un paria (8 pages) - {11.1} Trop dure retour à la réalité de la situation du convalescent en sursis de rechute, dans un monde de bien-portants qui craignent la contagion - le refuge de la « chaise-longue » devenue bureau-chaise - {11.2} Le devoir de reconnaissance me lie à l’Église - {11.3} L’émancipation des lectures en provenance de la bibliothèque communale - {11.4} Je rêve d’un « paradis sur terre » où tout est planifié sans les aléas de l’existence -

 

Chapitre 12 : La mansarde (18 pages) {12.1} Mon coin de « paradis » dans une mansarde que nous avons louée à des voisins - Le monde des toits de ville que je contemple en sortant le cou de la « tabatière » - {12.2} Monseigneur Boone, le doyen de Bruxelles me dédouane de mon devoir de reconnaissance envers l’Église - {12.3} Le père de Jim me conseille de suivre des cours de comptabilité et de secrétariat ce qui m’amène à fréquenter l’institut Meysmans qui forme des sténodactylos, profession surtout féminine - Je tombe amoureux d’une blonde voisine et lui écrivis une lettre et un poème enflammés - {12.4} Un oncle, officier psychotechnicien me prend pour « cobaye » de ses tests, ce qui me sera bien utile plus tard - Autres comparses familiaux : {12.5} mon petit frère qui entrera dans la même société que moi, {12.6} une cousine germaine qui partageait mon goût pour le théâtre et{12.7} un oncle sculpteur chez lequel je passais des vacances.

 

Chapitre 13 : Surréalisme et merveilleux (14 pages) - {13.1} Avec le cousin Jim, nous compulsons et découpons les articles des journaux qu’un locataire journaliste abandonnait dans la cave - C’est ainsi que j’ai découvert {13.2} Dali, puis {13.3} Magritte, Delvaux et les surréalistes - {13.4} Rencontre avec Magritte dans son « local-exposition » au-dessus d’une librairie au Mont-des-Arts - {13.5} Définition du « merveilleux » par André Breton - {13.6} Les impressionnistes, le pointillisme, {13.7} le dadaïsme, {8} le fauvisme, {13.9} le cubisme et {13.10} les autres manifestations du renouveau dans l’art - {13.11} Mon surréalisme dans la poésie -

 

Chapitre 14 : Tout est à recommencer (11 pages) - {14.1} J’ai trouvé, malgré moi, une place d’aide-comptable dans une petite affaire française de conditionnement en tubes et bobines de la soie fabriquée par la maison-mère de Lyon ainsi que d’articles de pèche - {14.2} Pas de chance pour eux, mon deuxième poumon est atteint par le mal insidieux qui sommeille toujours en moi - Mon médecin spécialiste me propose de servir de cobaye pour un nouvel antibiotique, la Streptomycine, tout en me plaçant un nouveau « pneumo » de sécurité - Je dois donc subir cette intervention deux fois par semaine, ce qui me coupe le souffle comme un petit vieux, j’ai pourtant vingt ans - {14.3} Je me réfugie, une fois de plus, dans le rêve et la poésie avec la belle mais triste histoire de « Chlorophylle ».

 

Chapitre 15 : Petrofina (20 pages) - {15.1} J’ai vingt-trois ans et je serre précieusement le diplôme que je viens d’obtenir de la Chambre Belge des Comptables, mais je suis toujours refoulé, tout en ayant été sélectionné, à cause de mon état de santé révélé par le pneumothorax qui apparait aussi bien à la radio qu’à l’auscultation - Cependant, une chance incroyable chez un vieux médecin me font réussir cette épreuve insurmontable pour moi, ce qui me permet d’entrer à Petrofina, à l’époque de sa renaissance - {15.2} J’ai la charge importante des écritures diverses, celles qui demandent le plus de connaissances et je parvins à m’en sortir - Pourtant à l’époque, nous étions mal outillés, l’informatique n’existait pas et les machines à calcul étaient rudimentaires - C’est avec ces outils archaïques que nous avons dû réaliser des opérations aussi importantes que l’acquisition des filiales américaines et canadiennes par émission d’actions dans une souscription ouverte au public du monde entier – {15.3} Les primaires outils de calcul de l’époque -{15.4} Transposition dans l’imaginaire des leçons de Diaphane-prof qui me fait entrer dans l’univers de l’ordre « mathématique » et constater la fragilité de notre « connaissance ».

 

Chapitre 16 : Labofina (14 pages) - {16.1} Après quatre ans, je suis transféré avec mon chef à Labofina, centre de recherches du groupe - Description de ce supérieur pittoresque, qui dû rendre d’énormes services au groupe quand il était l’employé de Maurice Clément, le chef du personnel et directeur administratif - {16.2} Après quelques années, il sera victime d’une thrombose cérébrale et contraint d’arrêter, ce qui me permit de lui succéder - {16.3}Hommage à un collaborateur fidèle, humble et discret qui me soutint pendant toute ma vie professionnelle - {16.4} Explication de la technique comptable des « écritures en partie double » et étonnante intervention du subconscient dans la découverte d’une falsification habile opérée par un collaborateur –

 

Chapitre 17 : Mélodies édéniques (23 pages) : {17.1} Découverte de la « compagne de ma vie » et du véritable amour, avec en préalable, l’histoire du « papillon » qui saute de cœur en cœur - {17.2} La plus belle histoire d’amour « la nôtre » et ses chants {17.3} Climat économique difficile qui précède les « Golden Sixties » - {17.4} Le « sacre » de notre union devant l’Église et la famille le 26 décembre 1956.

 

Chapitre 18 : A la lisière de la forêt (30 pages) - {18.1} Notre « paradis sur terre » au bord de la forêt de Soignes - Les chants du bonheur d’un couple, mais aussi les nuages noirs d’une vie professionnelle assombrie par les sautes d’humeur et la propension à la persécution d’un supérieur qui sera forcé d’arrêter pour accident cérébral – {18.2} Élevage de canari avec mon beau-père et nos tentatives de mutation pour fixer dans son plumage la couleur rouge qu’il n’a pas – {18.3} La première voiture, événement à l’époque {18.4} Mon frère Pierre se marie et la naissance de Bruno, mon filleul - {18.5} Réflexions sur l’histoire de la pensée depuis ses sources jusqu’à nous - {18.6} Vacances et voyage en Alsace (Bruno et Myriam) - {18.7} L’Expo 1958 (relation approfondie) - Problèmes congolais - Témoignage de Joseph Mabolia sur la condition des « noirs » {18.8} Mon jeune beau-frère Daniel, mon copain de toujours, assistant dévoué de nos « entreprises » - Les truites de la Lesse et l’oncle Olivier {18.9} Paris, le Louvre et le luxe de Versailles qui nous indispose - {18.10} Ma belle-famille

 

Chapitre 19 : Alors qu’on n’y croit plus (15 pages) - {19.1} La naissance de notre premier enfant : l’enfant-merveille, dans des conditions hivernales difficiles et retard de l’accoucheur - Mon frère Pierre est renversé par une voiture et gravement blessé - {19.2} Difficultés particulières du bilan de ma société qui doit être clôturé sans bénéfices ni pertes - {19.3} Mes supérieurs, Thierry de Menten de Hornes et Georges Souillard - La fonction de « chef du Personnel » - Structure du département administratif et du Personnel dont je suis devenu le chef qui couvrait plusieurs sociétés et occupait 40 personnes - {19.4} Mes rapports avec Léon Wolters, frère du président, homme de grande culture, patron d’une des sociétés qui avaient ses bureaux chez nous - {19.5} Diaphane-cœur et la complémentarité physique.

 

Chapitre 20 : Il ne tient pas en place (28 pages) - {20.1} Le « feu-follet », un cœur comme une cathédrale, l’ami fidèle, le fou du ciel, le rival des aigles, le soldat du feu et le réconfort des blessés, c’est ce qu’il est devenu notre second enfant qui naîtra en pleine grève des médecins dans des conditions difficiles - {20.2} Notre fermette de Meux : un îlot du bonheur, perdu dans les campagnes namuroises - {20.3} René Stage, notre voisin - Souvenir des réunions de famille autour d’une table chaleureusement garnie - {20.4} Bruno, mon filleul, le fils aîné de mon frère-défunt qui vivra avec nous, nous aidera à transformer notre fermette, de même que mon jeune beau-frère Daniel qui nous rejoignait pendant ses congés : chambres dans la grange, piscine avec grande salle de détente, verger, prairie avec moutons - {20.5} La mort de mon frère Pierre, à trente-cinq ans, laissant un veuve et trois orphelins, bouleverse notre vie, chagrin immense qui marque au fer rouge : je ne pleurerai plus jamais, même à la mort de mes parents, mes yeux sont devenus secs - {20.6} La vie continue et dans la douce et tiède ambiance du « havre » de Meux – {20.7} un conteur d’histoire raconte les aventures des petits nains et de la sorcière Goulinouf à ses enfants et neveux.

 

Chapitre 21 : Les plus beaux yeux venus du ciel (19 pages) - {21.1} Complémentarité : instinct fondamental comblé par la venue de deux petites filles aux yeux noirs et aux teint de soleil couchant - {21.2} Mes voisines de table à Labofina deviennent marraines de nos filles : histoire d’une profonde et durable amitié - {21.3} Drame vécu par un autre « commensal » père d’un enfant aveugle-né, licencié dramatiquement - {21.4} Nous abandonnons la « bonbonnière » pour une maison de six chambres, située près des étangs de Woluwe, pour faire face à l’arrivée de nos filles et de Bruno - {21.5} Dramatique réveillon de Nouvel An : mon père décède brutalement au sortir d’un office religieux - {21.6} Meux est devenu un « havre de bonheur » pour tous, depuis nos activités d’ouverture aux autres cultures (voir chapitre suivant) jusqu’à recueillir (sans le savoir) deux jeunes gens qui fuyaient la justice -– {21.7} Participations aux activités de la paroisse : épouse catéchiste, réunion d’études religieuses et théologiques, mais surtout organisation de rencontres « inter-cultures », sans orientation religieuse dans la salle paroissiale, destinées à bien intégrer les « réfugiés » des pays opprimés - {21.8} Découverte de celle qui deviendra notre petite sœur coréenne, ainsi que son mari et ses deux enfants à la messe de minuit de Noël 1980

 

Chapitre 22 : Les amis d’ailleurs (116 pages) - {22.1} La « découverte » de nos nouveaux amis nous entraîne, pour bien les intégrer, à organiser dans la salle paroissiale une réunion « inter-culture » centrée sur l’accueil des étrangers qui s’y établissent en leur donnant la parole avec projection de films, diapo ou démonstrations folkloriques, nous terminerons en servant une boisson accompagnée de préparations du pays - Cette initiative ayant remporté beaucoup de succès, nous la poursuivrons de 1983 à 1986 à raison d’une séance par mois, en dehors des périodes de congé - Des problèmes de santé nous pousserons à abandonner cette initiative.

Compte-rendu détaillé de ces réunions avec l’essentiel de l’histoire de ces pays mis à jour ; seront présentés  : {22.2} La Corée du Sud (nos amis Agnès et Michel Lee) - {22.3} L’Inde (un équipier de « Frères des hommes » et son épouse indienne) - {22.4} Le Bengladesh (L’époux de la secrétaire paroissiale, chercheur qui revenait d’un voyage d’étude là-bas) - {22.5} Le Liban (un ami voisin, étudiant libanais en médecine) - {22.6} Le Maroc (Abdel, un ami de nos fils, étudiant marocain) - {22.7} La Chine (Edmond Tang, chercheur à Lumen Vitae) - {22.8} L’Indonésie (Condradus Danisworo, étudiant de la VUB, maître-danseur) - {22.9} La Bolivie (André Parent, soutien occidental de son frère et de sa sœur, partis dans l’Altiplano soulager la misère des exploités de Potosi) - {22.10} Le Vietnam (Ohan Trinh, vietnamienne soutien de ses compatriotes) - {22.11} Le Cambodge (Yin Sovanna, cambodgienne également soutien de ses compatriotes) - {22.12} La Pologne (Madame du Bois d’Aische, polonaise assidue de nos réunions présenta son pays) - {22.13} La Belgique (A la demande générale des amis « étrangers » présentation de l’histoire et du folklore du pays qui les accueille ainsi que du Congo) - {22.14} A l’occasion du départ de nos amis coréens qui retournent dans leur pays, réunion « d’au revoir » et remerciements - {22.15} Le Bouddhisme (Edmond Tang, chercheur à « Pro Mundi Vita » et spécialiste en christologie dans le contexte des religions chinoises qui avait présenté la Chine) - {22.16} le Rwanda (Aimable Mounniourangabo (étudiant rwandais en théologie) - {22.17}Haïti (Antoine Dubois et son épouse, étudiants Haïtiens) - {22.18} L’hindouisme (Jacques Scheuer, professeur d’histoire des religions) - {22.19} Israël (exposé-étude sur l’histoire des juifs persécutés et la restauration de l’état d’Israël, suivi de considérations personnelles sur la tradition et les croyances actuelles, en relevant les contradictions historiques qui s’y trouvent, ainsi que des informations intéressantes sur les traditions chrétiennes qui conditionnent nos fêtes et la vie de tous les jours ainsi qu’une nomenclature des juifs célèbres.)

 

Chapitre 23 : Bonheur, souffrance et fin de vie (42 pages) – {23.1} Important chapitre sur la souffrance et la mort décrivant les fins de vie brutales ou lentes et suppliciées auxquelles j’ai assisté, témoin impuissant - {23.2} Mes expériences dans le domaine : {23.3}un infarctus à quarante-huit ans, {23.4} ictus cérébral et hémianopsie à cinquante-quatre ans, {23.5} pontages coronariens avec complications péricardiques et pleuraux à cinquante-huit --ans – {23.6} La vie après la mort - {23.7} La souffrance - {23.8} Hommage aux infirmières « les anges de la terre » - {23.9} Réflexions sur la souffrance : physique ou morale.

 

Chapitre 24 : La conscience de ‘Homo Sapiens » (28 pages) - {24.1} Recherche d’une définition de la conscience dans le sens occidental religieux hérité de l’humanisme chrétien - L’apparition de la notion du « moi » chez l’être humain - {24.2} Relation d’une expérience personnelle de la perte de cette notion par accident cérébral - Une oxygénation imparfaite du cerveau pendant une nuit sur un lit de glace, pour combattre une température excessive a provoqué des altérations de cellules rendues plus fragiles par l’âge, provoquant une perte de la vision droite (hémianopsie) ainsi que de graves problèmes de localisation dans l’espace et de conscience de la personnalité ou du concept du « moi » - {24.3} Réapprentissage de la lecture : les mots avaient perdu leur sens - Reconstruction de mon univers intellectuel et professionnel - {24.4} Reprise difficile, pendant environ trois ans, de mes activités professionnelles de cadre supérieur (Chef du personnel sur deux sites, Bruxelles et Feluy) et conduite dangereuse d’un véhicule (pas de vision droite) - Je parviens à m’adapter à mes handicaps et à me maintenir dans la fonction, grâce au soutien de certains - {24.5} Relation d’un autre drame : une secrétaire devient complètement aveugle - {24.6} Difficile reconquête de ma fonction professionnelle - Séquelles des atteintes aux fonctions cérébrales - {24.7} Réunions « épiques » de conseils d’entreprise à une époque de conflits sociaux qui opposaient la direction de Feluy aux représentants du personnel, nécessitant l’arbitrage de l’Inspecteur Social - {24.8} Grand dilemme de conscience qui opposera le devoir professionnel à celui de la prise en compte du malheur social d’un père qui a la charge d’un aveugle-né, qui s’est risqué à transgresser une règle de concurrence, le sanctionnant d’un renvoi sans préavis - {24.9} Ces contraintes difficiles pour un handicapé visuel et cardiaque me poussent à « jeter l’éponge ».

 

Chapitre 25 : Richesse et pouvoir du milieu (47 pages) - {25.1} Analyse de la « conscience » et du « sens moral » - La morale chrétienne - {25.2} La déclaration universelle des Droits de l’Homme - Rerum Novarum - {25.3} La position protestante multiple - {25.4} L’édit de Nantes et la persécution des protestants - {25.5} Histoire de l’Islamisme et ses sources bibliques - {25.6} Les autres philosophies ou pratiques religieuses - {25.7} Analyse de l’époque qui suscita Mahomet - Histoire de Mahomet selon la tradition musulmane et sa valeur historique.  Les prophètes de l’Islam sont au nombre de vingt-trois en provenance de l’ancien testament pour trois du nouveau (Zacharie, Jean-Baptiste, Jésus) et du seul Mahomet pour le Coran - {25.8} Place de Marie et du nouveau testament dans le Coran - {25.9} Hypothèse de l’apparition « historique » du christianisme sous Constantin, due à son panégyriste Eusèbe de Césarée (années 265 à 340) qui aurait même inventé les premiers papes - Flavius Josèphe, historien juif du pouvoir romain - {25.10} Qumram, les esséniens, les écrits de la mer morte - {25.11} Synthèse personnelle des circonstances qui ont amené l’émergence de la religiosité chez l’être humain - {25.12} Le soleil, première divinité - {25.13} Le mithraïsme - Renan et le mithraïsme - {25.14} Les études de S. Acharya : concordance des faits rapportés dans les histoires de Mithra - Bouddha - Krishna. – {25.15} Hypothèse de la présence d’une vaste bibliothèque brulée en 389 pour faire disparaître les contradictions avec les nouvelles croyances - {25.16} Le mythe d’Appolonius de Thyane, - {25.17} Les concordances de faits et des noms Demas et Apollos dans la TOB (traduction œcuménique de la Bible) - {25.18} Philostrate l’auteur de la biographie d’Apollonius - {25.19} Conclusion sur la valeur historique des faits rapportés par les écrits de nos croyances.

Complément sur les apparitions de la Vierge à Beauraing rapportés par un oncle qui a connu et interrogé les voyants : (Voir les faits au chapitre 4) - {25.20} Les apparitions depuis Lourdes en 1858 jusqu’à Banneux en 1933 - {25.21} Position de l’Église qui ne les reconnait pas comme manifestations réelles (Leur dévotion est placée sous la responsabilité des Évêques du lieu) - {25.22} Relation détaillée des faits - Culte marial, très en vogue, à l’époque - Similitude de textes dans les trois phénomènes (Lourdes, Fatima, Beauraing) - {25.23} Étude du phénomène par l’historien Joachim Bouflet - Position de l’Église - Épidémie d’apparitions en Belgique dès 1933 - Le « voyant » Côme Tilmant - {25.24} Attitude prudente de l’Église.

 

Réflexion d’un chrétien de cœur, poète par élévation des sentiments, agnostique par loyauté de pensée et athée par hypothèse de travail, comme Paul Damblon : {25.25} Le parcours de Paul Damblon - {25.26} Christian de Duve, et le chapitre de son livre : « et Dieu dans tout cela » - {25.27} Jean Guitton et les frère Bogdanov - {25.28} Réflexions de Christian de Duve sur les conclusions de Jean Guitton .

Ma mère : personne profondément croyante et très pieuse, qui passera les dernières années de sa vie, chez nous. – {25.29} Les derniers moments de ma mère m’interpellent - {25.30} Son intégration dans notre foyer en 1976 – {25.31} Sa vie en France, réfugiée de la première guerre et la passion qu’elle suscitera là-bas, exprimés dans des vers poignants de grande beauté - Sa vie avec nous, depuis le décès de mon père en 1972, pendant 19 ans, en grand-mère douce et attentive - {25.32} J’ai eu le réconfort d’apaiser les derniers moments de sa vie, en lui transmettant mes convictions qui l’ont délivrée de sa crainte de l’au-delà - {25.33} En contraste avec cette fin paisible, celle de son frère, l’oncle de Vonêche, qui mourut avec les litanies macabres des mourants qu’une sœur bien intentionnée lui hurlait dans les oreilles. – {25.34} Maman et grand-maman (poème)

 

Chapitre 26 : Les gros sous (13 pages) - {26.1} Le pouvoir de l’argent, la richesse, la sécurité, la considération - {26.2} Les métiers de la « Finance » souvent déconsidérés dans nos civilisations chrétiennes depuis Judas ­- {26.3} Rappel historique de l’organisation sociale de l’époque féodale centrée sur le seigneur et les serfs « taillables et corvéables à merci » - {26.4} Les « îlots sociaux » flamands et italiens - {26.5} Les révolutions et l’émancipation des serfs - {26.6} L’évolution industrielle et sociale depuis les révolutions et l’avènement de la démocratisation - {26.7} La « tenue des comptes » et l’apparition de la puissance financière - {26.8} La nouvelle fonction « le chef du personnel » qui était dévolue au comptable-employé-payeur - {26.9} Ma carrière, depuis l’âge de vingt ans, et mon expérience professionnelle à partir de la comptabilité à décalque jusqu’aux procédés les plus sophistiques développés de nos jours (j’exerce toujours le métier) - {26.10} L’avenir des micro-puces et des codes barres simplifiant la tenue des stocks et économisant une importante main d’œuvre - {26.11} Histoire d’une petite affaire et de ses filiales qui deviendront importants, dont nous nous occuperons avec mon épouse de 1974 à 1999 - {2.12} Hommage à mes « précieux collaborateurs » de Labofina - {26.13} Quid de la « fraude fiscale » sport bien belge ? -

26a - Vade-mecum de vulgarisation : Fascicule de huit pages, permettant à tout profane de comprendre la comptabilité et d’en saisir le mécanisme à partir de la technique très simple des écritures en parties doubles, imaginée il y a cinq cents ans par le franciscain Luca Pacioli.

 

Chapitre 27 : Le bonheur, ce distillat subtil de la condition humaine (51 pages) - {27.1} Recherche d’une définition du bonheur - {27.2} Ce souvenir du bonheur, c’est aussi du bonheur disait Salvatore Adamo - {27.3} Évocation de celle qui est à mes côtés, qui vit de fleurs, qui a la voix fraîche comme ses roses, qui est gaie comme les fleurs de son jardin - {27.4} Les enfants, apothéose de la vie, source du bonheur intense - Relation de cet état d’âme en chants dithyrambiques -

Le mariage au Japon de notre fils aîné avec une ravissante japonaise - Analyse et réflexions sur la société et les mœurs japonais - {27.5} Notre séjour d’un mois dans un dépaysement total - {27.6} Cérémonie religieuse shintoïste - {27.7 Culture japonaise, sa richesse, son intériorité, sa convivialité mais aussi sa rigueur, sa supériorité … que nous pénétrons mieux depuis ce voyage - les rapports avec notre belle-fille et le magasin-musée que son mari et elle, tiennent à Bruxelles … Mais surtout nos remplacements pendant leurs périodes d’absences, deux fois par an, pour dénicher des pièces rares - Les coutumes animistes, les traditions, les costumes, la cérémonie - La « maison de mariage » - Co-religiosité de l’animisme et du bouddhisme - {27.8} Nagasaki, la ville martyr - {27.9} Kyoto, la paix et la tranquillité - {27.10} Le château Nijō - {27.11} Le temple Ryōan-ji et son jardin de gravier blanc - {27.12} Kinkaku-ji, le pavillon d’or - {27.13} Nara et le Daibutsu - {27.14} Kasuga shrine et ses lanternes de fer - {27.15} L’importance des Kamis, depuis 1868, qui supplantent le bouddhisme et imposent la croyance en la divinité de l’empereur - {27.16} Le vieux Kyoto et la maiko (apprentie geisha) - {27.17} Le gigantisme de Kobe - {27.18} Karaoké, patchinko, - {27.19} La cérémonie du thé ou chanoyu - ikebana - calligraphie - poterie et céramique - origami (pliage en papier) - confection des kimonos - netsuke - la cuisine et les sushis, sashimis, shikibocho - {27.20} Théâtre kabuki et nô, bunraku (théâtre de marionnettes) - l’écriture (kana et kanji) - le papier, matière noble et le rôle sacré des bandelettes - l’art raffiné de l’emballage - Le Koto, instrument traditionnel que joue notre belle fille - {27.21} Le rôle de la « mama » qui se consacre entièrement à l’éducation de son enfant et les « kagi-ko » (les enfants qui ont la clé) parce que leur mère travaille - La société japonaise d’après guerre est l’œuvre de la femme, l’individu étant materné et sécurisé - {27.22} Rites du passé : hara-kiri ou seppuku - Le miracle japonais de l’adaptation, et sa permanence dans l’histoire.

Notre séjour en Corée auprès de notre « petite sœur » Agnès et de sa famille - Séoul et l’île de Jéju : {27.23} Rappel de ces journées de rêve dans la chaleur de l’amitié profonde - {27.24} Au soir, nous avons diné dans le meilleur restaurant {27.25} Visite du grand musée de Séoul d’une richesse historique incomparable - {27.26} Repas végétarien dans un silence monacal légèrement interrompu par la musique sereine sortant de très anciens instruments - {27.27} Visite étonnante de l’île de Jéju, noire de lave éteinte, et sa centaine de volcans, dans une température paradisiaque - Privilège incomparable, notre ami Michel, géologue, spécialiste mondialement reconnu de l’étude de la stratification très particulière de l’île, nous fait admirer les failles dues à des glissements tectoniques, remontant à plusieurs millions d’années. – {27.28} Nous eûmes l’occasion aussi de voir à l’œuvre les dernières plongeuses récoltant, dans la mer, les Kimpas (algues destinées à certaines préparations culinaires)

 

Chapitre 28 : Sérénité du crépuscule (30 pages) : {28.1} Les petits-enfants, la richesse des grands-parents - Complicité de deux générations qui se rencontrent dans le rêve et la fantaisie -

Quand on frôle les frontières de la non-existence : {28.2} Je suis en infarctus latent, dont les symptômes se manifestent pendant un jogging que l’intervention rapide et clairvoyante de mon médecin-traitant et des ambulanciers de réanimation, empêchent de se déclarer et peut-être de me tuer - {28.3} Analyse de l’état psychique dit de la crainte de la mort qui semble s’estomper dans les « derniers moments » - {28.4} Évocation d’une peinture rupestre d’un humanoïde mourant, sexe érigé dans un ultime défi, face à un aurochs éventré qui va le charger dans un denier sursaut d’agonie.

Autre expérience de confrontation avec un « au-delà » hypothétique : {28.5} Opération bénigne de la prostate, où je risquai l’infarctus, n’étant plus protégé par une médication anticoagulante - {28.6} Intervention médicale dans une nuit d’angoisse où je risquai la même fin que mon beau-père décédé dans les mêmes conditions (opération de la prostate réussie ave infarctus le lendemain) - {28.7} La pudeur - {28.8} Une bonne forme physique et l’avantage d’un environnement agréable me pousse à réfléchir et « philosopher » d’autant plus que je me sens en danger de mort - {28.9} Quasi certitude d’un univers « sans raison » - {28.10} « les grands SI » - Gordon Kane et les arguments non minimaux - L’avis de Christian de Duve - La fin de « notre monde » - {28.11} Quid de l’émigration vers d’autres systèmes ? - {28.12} Le décès de Jean-Paul II Réflexions sur l’ambiguïté du personnage - {28.13} L’avis de l’abbé Gabriel Ringlet, professeur émérite et ancien pro-recteur de l’Université de Louvain-la-Neuve - {28.14} Féminisation de l’Église - {28.15} Le fléau du sida et la morale de l’Église - {28.16} Le chanoine de Locht.

Conclusions personnelles dictées par le « Bon Sens » et l’expérience d’une existence ouverte à la connaissance et à l’amour : {28.17} Conclusions de « bon sens » - {28.18} Les deux amis qui m’ont formé - {28.19} La richesse de la dualité profonde de l’amour partagé dans la complémentarité, son prolongement dans une grande famille et dans l’ouverture au savoir et à la beauté. - {28.20} Référence à mes « maîtres à penser » : Christian de Duve, Paul Damblon et Jean d’Ormesson - {28.21} « Rien n’est plus responsable que prier » disait le frère Roger de Taizé - La pensée priée dans le sens de l’élévation universelle et soidaire du meilleur de nous-mêmes vers le plus haut, qu’il existe ou n’existe pas.

 

 

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CHAPITRE 29 – SYMPHONIE DE L’HARMONIEUX, MÉLODIE DE L’EXISTENCE - Réflexions métaphysiques sous la forme de confidences à un carnet de notes.

 

 

TABLE DES MATIÈRES ET DES REPÈRES DU CHAPITRE 29

 

RAPPEL : Ceux qui voudraient « naviguer » dans les 130 pages du texte peuvent utiliser le curseur qui fera défiler les repères entre petites accolades  {x} situés au début de certains paragraphes et ainsi trouver rapidement un passage recherché.

Si on désire prendre connaissance d’une bonne synthèse du travail, il sera intéressant de consulter {29.112} Conclusions générales et de bons sens.

 

 

PARTIE 1 : E=mc² {Repères 29.2 à 29.8}

{29.2}Analyse de la formule - Au-delà de 300.000 km. seconde, la matière redevient énergie - {29.3}Hubble et Lemaître – âge de l’Univers = 13,7 milliards d’années depuis la mesure établies par WMAP - Taille de l’Univers en terme de mesure métrique - 29..4} Hiroshima et Nagasaki - Michael Faraday - {29.5} Antoine Lavoisier - Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme - Loi de la conservation de la masse - Émilie de Breteuil (Madame du Chatelet) - {29.6} James Clerck Maxwell - {29.7} Structure interne de notre planète - {29.8}Univers-bourgeon - LHC - Boson de Higgs -

 

PARTIE 2 : D’où vient la vie ?{Repères 29.9 à 29.14}

{29.10}La vie est-elle un accident unique dans l’Univers ? – {29.11} L’algue bleue a dissocié l’oxygène de l’eau et la vie uni- et multicellulaire a démarré - Confinement et mutation – Les lagons tièdes furent-ils les girons de la vie ? – {29.12} L’importance de l’oxygène – L’ozone - La photosynthèse – Le processus chlorophyllien - {29.13} Les glucides - Les protides - Les lipides - Les sels minéraux - {29.14} Le cycle du carbone est prépondérant dans le système - Le cycle du carbone n’est peut-être pas le seul support d’un processus évolutif aboutissant à l’intelligence ? -

 

PARTIE 3 : Infini et Éternité . {Repères 29.15 à 29.20}

{29.15}Quand le «moi» est face à son anthropocentrisme de l’infini (l’homme est-il le centre et le dieu de l’univers ?) – {29.17} Existence de Dieu - Jeux de l’esprit pour mieux cerner les concepts de situation dans l’espace - Les calculs des scientifiques n’ont de valeur que par rapport à nous - {29.18} Einstein et le concept d’Espace-temps - {29.19} L’espace et le temps n’ont de valeur que par rapport à un observateur situé dans cet “espace-temps” - Seul existe l’univers-total en perpétuel mouvement depuis toujours.

 

PARTIE 4 : L’Univers. {Repères 29.20 à 29.22}

{29.21}Origine de l’Univers 13,7 milliards d’années (WMAP) - Le temps et l’espace n’ont de sens que par rapport à un observateur situé dans cet espace-temps – {29.22} L’intelligence est-elle de nature fondamentale ou une faculté dominante des humains ?

 

PARTIE 5 : Les Grands Initiés {Repères 29.22 à 29.26}

{29.23}L’Univers est-il référentiel ? – Les grands « Initiés » - l’Être Supérieur est-Il l’infini dans lequel nous devrions trouver une place « évolutive ou non » après notre existence terrestre ? – {29.24} Travers de l’anthropocentrisme – {29.25} Élucubrations cérébrales « gymniques » sur des mécanismes théoriques figurés par la boucle comme en informatique.

 

PARTIE 6 : Le Fondamental ({Repères 29.26 à 29.31}

{29.26} Énoncé du cybernéticien Heinz Von Foerster quant au mécanisme de notre perception - {29.27}Tout n’est qu’illusion - Espace-Temps - {29.28} Rien ou le néant absolu n’existe pas, si ce n’est dans notre vocabulaire - Comment justifier que Dieu a besoin des hommes - Notre monde serait-il né d’une aberration physique ? - {29.29} Super-cordes - Branes - Cordes - Les sept dimensions recroquevillées qui s’ajoutent aux quatre connues - {29.30} Notre univers serait-il un bourgeon de l’Univers-Total ? - La vie n’est possible que dans un univers à trois dimensions -

 

PARTIE 7 : illusion et Intelligence {Repères 29.31 à 29.40}

Illusion : - {29.31}Rappel de l’énoncé de Heinz von Foerster - Qu’est-ce qu’une illusion ? - {29.32} Nanomètres - Les couleurs et la dizaine de millions de nuances - {29.33}Les découvreurs - La roche et nous - Tout n’est-il qu’illusion ? - Ne sommes-nous que pensée « agissante » dans un mécanisme cellulaire perçu par nos sens dans le but de servir un « Dieu » qui a « besoin » de nous ? - Réflexion sur les démarches philosophico-spirituelles des croyances et religions – Intelligence : {29.33} Qu’est-ce que l’homme et ses septante kilos de matières bien agencées pour agir et penser à l’aide d’un cerveau de mille cinq cents grammes de matières ? – La « pensée » est-elle en puissance ou contenue dans chaque particule de l’univers ? – {29.34} Référence à Teilhard de Chardin et Christian de Duve – {29.35} Il est important de souligner que notre intelligence est uniquement référentielle – Notre évolution est basée sur un mécanisme de sélection par élimination des inadaptés et auto-sélection des autres – {29.36} Le besoin crée l’organe et le milieu modifie le patrimoine génétique (Lamarck) - {29.37}Je pense, donc je suis disait Descartes – Réflexions sur le « Grand Si » et référence à Gordon Kane et au professeur de Duve concernant le cataclysme qui a fait disparaître les grands sauriens – {29.39} Deux dimensions (l’immuable et l’évolutive) - L’infini n’existe pas dans l’absolu {29.40}Proposition d’un plan d’étude du matériel en notre possession pour analyser la faculté de l’intelligence qui nous permet de dominer et gérer notre planète -

 

PARTIE 8 : La pensée {Repères 29.42 à 29.45}

{29.42}Recherche d’une définition - L’origine de la pensée - l’intelligence - Prédominance de la tribu d’une trentaine d’individus - Prédominance des races intellectuelles -{29.43} Rift Valley - Théorie « buissonnante » de Y. Coppens et P. Picq - Calvaire des nouveaux primates - {29.44} Position debout - La traque des proies faibles - {29.45} Pensée concrète et pensée abstraite - Pensée religieuse -

 

PARTIE 9 : Nous ou la matière intelligente {Repères 29.46 à 29.50}

{29.46}La mémoire génétique des « animaux » - {29.47} L’australopithèque d’Afars - P. Picq et Y. Coppens (évolution buissonnante) - J. Monod et Y. Prigogine (Hasard et nécessité) - Notre force est venue de notre faiblesse - Notre capacité de changer notre biotope - {29.48} Mégalopoles artificielles - L’écologie est un luxe d’occidental - {29.49} Notre adaptation progressive à un monde artificiel - L’émigration vers d’autres habitats non terrestres est-il réalisable ?

 

PARTIE 10 : Darwin {Repères 29.50 à 29.54}

{29.50}Référence à Darwin et à sa théorie - {29.51} Exemples d’indices morphologiques de parenté entre les espèces - {29.52} Exemple d’évolution à l’échelle du temps humain du lézard Podarcis - L’élevage par les humains et le comportement des animaux de compagnie - {29.53} Jacques Monod - Teilhard de Chardin - Embarras des scientifiques chrétiens - Les découvreurs n’agissent plus seuls - {29.54} Le Boshiman est un chasseur-ceuilleur resté au stade des premiers humanoïdes -

 

PARTIE 11 Cohérence et Déduction {Repères 29.55 à 29.59}

{29.55}La cohérence est le rapport logique entre des idées – Apparition du langage et de l’écriture pour traduire la pensée – {29.56}Le raisonnement cohérent et la déduction – Quid du phénomène chez les « animaux » - Les sauvages et les domestiques – {29.57} Étude du phénomène depuis ses origines jusqu’à l’homme évolué -{29.58} L’associativité – Importance des mains et du cerveau : « la fonction crée l’organe et le milieu transforme le patrimoine héréditaire » (Lamarck) – {29.59} Toumaï - Émergence de l’intelligence raisonnée -

 

PARTIE 12 : Évolution exponentielle. {Repères 29.60 à 29.70)

{29.60} Tableau des Hominidés - {29.61} Référence à Pascal Picq : « Les singes ont évolué en même temps que nous » et « l’évolution du genre humain et l’homme moderne » - {29.62} Principales caractéristiques des Hominidés - Quelques dates importantes de la préhistoire - {29.63} Classification classique de l’Homo habilis - Extraits du livre de Pascal Picq « Au commencement était l’homme » : des origines perdues entre des fossiles, des outils, des gènes et des langues - {29.64} Émergence des rites funéraires - Les Néandertaliens n’étaient pas des hommes très archaïques - Quid de la disparition de l’homme de Néandertal ? - Le site de Caours - {29.66} Modification de notre biotope - {29.67} Variations climatiques pendant notre ère - Problèmes du refroidissement du climat et d’environnement - Espoir dans les performances des scientifiques et des techniciens - Primauté des valeurs morales d’altruisme - {29.68} Sens familial élargi - Le clan - Mondialisation des esprits - {29.69}L’écologie ne se conçoit que dans une entente universelle de restriction et de promotion des valeurs altruistes pour une solidarité universelle. – Conclusions de l’octogénaire sur la primauté des valeurs altruistes.

 

PARTIE 13: Le Sublime et le bonheur {Repères 29.70 à 29.88}

{29.71} A la recherche d’une définition du sublime - L’intelligence a permis à l’être humain de s’imposer dans son biotope terrien - L’homme a dépassé la fonction mécanique du cerveau - {29.72}Les découvreurs - Origine de l’abstraction - Hasard et nécessité ? - Primauté des occidentaux - {29.73} 1ère réflexion sur la qualité cérébrale du raisonnement - 2ème réflexion : les conditions de survie provoquent un « accident » de mutation - L’être humain est capable de gérer et contrôler lui-même les mutations – {29.74}Le bonheur et ses sources – {29.75} Les vedettes et les meneurs - Les motivations de l’individu - Les idéalistes – {29.76} La place prépondérante des mères - Vers une élite asexuée intellectuellement et physiquement - {29.77} Conclusions.

Digressions littéraires et poétiques sur le sublime. (Repères 29.77 à 29.88)

{29.77} Débordements dithyrambiques pour magnifier le « sublime » qui fait atteindre à l’homme les sommets du lyrisme. – {29.77} L’eau est le principal composant de notre corps - {29.78} L’air est un fluide gazeux constituant l’atmosphère que respirent les êtres vivants - {29.80} Le feu est un dégagement d’énergie calorifique et de lumière accompagnant la combustion vive (Grand Robert) - {29.82} Le soleil est l’astre qui donne la lumière et la chaleur à la terre et rythme la vie à sa surface (ibidem) - {29.83} La terre est la surface sur laquelle les êtres vivants se tiennent et c’est aussi la matière qui forme la couche superficielle de la croûte terrestre - {29.85} La vie est le fait de vivre, propriété essentielle des êtres organisés qui évoluent de la naissance à la mort en remplissant des fonctions qui leur sont communes. (Grand Robert) - {29.87} L’insatisfaction, le sentiment d’inachevé, le lointain impossible, le rêve inaccessible, l’éden perdu, c’est la condition des humains …

 

PARTIE 14 : Les trous noirs (Repères 29.88 à 29.92)

{29.88} Le Trou noir ou mort d’une étoile - Qu’est-ce qu’une étoile ? - Le preuve de l’existence d’un trou noir - - Les trous noirs constituent la masse/densité absolue – {29.89}Il n’existe actuellement aucune preuve physique de leur existence – Effondrement d’une étoile en effet d’entonnoir pour retrouver peut-être le monde des forces - {29.89} Quel est le sort de notre soleil ? – Le trou noir est « trahi » par le comportement de son environnement - {29.90}Trous noirs gloutons - Disque d’accrétion - – {29.91} Le trou noir « supermassif » ou « galactique » qui existerait au centre de notre galaxie (Sagittarius) – La singularité – {29.92} La matière noire (conclusions de B.Greene) – L’expérience DAMA.

 

PARTIE 15 : Cordes, Branes, Théorie M. {Repères 29.93 à 29.106)

{29.93}Notes reprises d’un remarquable ouvrage « La magie du cosmos » de Brian Greene (auteur déjà cité) – {29.94}La vitesse de la lumière est constante, il est impossible de la rattraper – {29.95} Expériences de J.Kafele et R.Kating en 1971 (écart de temps entre les horloges au sol et celles à bord de vols commerciaux) – Expérience du faisceau laser qui traverse deux fentes pratiquées sur un morceau de pellicule surexposée prouve que la lumière est une onde – Le temps ne s’écoule pas – {29.96}Le dilemme qui contraria toujours Einstein est celui de la difficulté qu’il rencontrait à combiner électromagnétisme et relativité générale en une seule théorie (ce qui se vérifiait aux échelles de l’infiniment petit ne l’était plus aux échelles de l’espace) - Conflit entre la mécanique quantique et la relativité générale – {29.97} La théorie des cordes – La théorie M – {29.98} les p-branes – Les trois-branes et autres – {29.99} B.Greene (avec d’autres scientifiques) a sondé la matière jusqu’à un milliardième de milliardième de mètre (10-18 ) sans trouver le moindre indice de dimensions supplémentaires – {29.100} Le cosmos répond-il à un phénomène fondamental de renouvellement cyclique ? (collisions cycliques entre les « branes » à l’image d’un « big crunch » à l’échelle de notre monde cosmique – Le temps tel que nous le connaissons ne parcourrait que l’un des nombreux cycles de l’Univers, chaque big-bang serait suivi par un autre, puis par un autre – {29.101} Énumération par B.Greene des découvertes en gestation qui font bien augurer de l’avenir – Autres notes et références utiles -

 

PARTIE 16 : La Relativité. {Repères 29.106 à 29.112)

{29.106}La relativité et le dilemme d’Einstein - Relativité restreinte et généralisée (Einstein) – {29.107}La vitesse de la lumière – Le temps et l’espace ont la même origine – Origine historique de l’Univers – Le satellite explorateur WMAP a permis d’affirmer que l’univers est « fini » - {29.108}Le « mur de Planck » - La découverte de Hubble en 1929 – {29.109}La théorie des Super-cordes (minuscules filaments d’énergie) – Expérience du seau d’eau suspendu à une corde tordue qui tourne et comportement étonnant de la surface de l’eau qu’il contient – {29.110}Référence à Ernst Mach – {29.111}Quid de la téléportation (reproduire un être à l’identique en le télécopiant ailleurs dans l’espace) ? – Quid aussi des voyages dans le temps ?

 

PARTIE 17 : Conclusions générales et de bon sens {Repères 29.112 à 29.124}

{29.113}L’Univers ne peut être qu’organisé, ce qui exclut anarchie et désordre - Le hasard n’existe pas dans l’absolu – L’Univers est ce qu’il est ou il n’est pas et le néant est impossible – Suivant notre logique cartésienne, si il y a un big bang, il y a un big crunch avant un autre big bang – {29.114} Des découvertes récentes démontrent le contraire – {29.115} Une explication serait que notre univers perceptible n’est qu’un épiphénomène-bourgeon – {29.116} Quid de l’antimatière ? – Quid de la théorie de l’accident à la loi de l’annihilation de la matière par l’antimatière qui aurait provoqué l’Univers ? - Plus on descend dans l’infiniment petit, plus on perd trace de sa matière qui prend l’apparence de « forces » - {29.116}Le LHC du Cern à Genève et le FERMILAB de Chicago - {29.117}Matières : épiphénomène de notre Univers ? - {29.118} Référence à Theilhard de Chardin - {29.119} Conclusions personnelles et synthèse de bon sens.

 

 

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12/02/2010

Ch. 18a - A la lisière de la forêt

&&g

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement.

 

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

Chapitre 18a : A la lisière de la forêt.

TABLE DES REPÈRES : {18.1} Notre « paradis sur terre » au bord de la forêt de Soignes - Les chants du bonheur d’un couple, mais aussi les nuages noirs d’une vie professionnelle assombrie par les sautes d’humeur et la propension à la persécution d’un supérieur qui sera forcé d’arrêter pour accident cérébral – {18.2} Élevage de canari avec mon beau-père et nos tentatives de mutation pour fixer dans son plumage la couleur rouge qu’il n’a pas – {18.3} La première voiture, événement à l’époque {18.4} Mon frère Pierre se marie et la naissance de Bruno, mon filleul -  {18.5} Réflexions sur l’histoire de la pensée depuis ses sources jusqu’à nous - {18.6} Vacances et voyage en Alsace (Bruno et Myriam) -

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{18.1} La petite maison que nous avions tant désirée, était un paradis. Un toit pointu, une assise de briques rouges, le reste chaulé rose-orange, comme une bonbonnière tapie derrière ses haies de ligustrum.

 

La forêt de Soignes s’ouvrait à cinquante mètres. Des hêtres superbes, droits comme des colonnes de cathédrale, s’élançaient vers le ciel en fond majestueux.

 

Un petit nid de conte de fée pour deux cœurs qui se retrouvaient en dehors du quotidien et s’envolaient dans un monde de rêve où tout était beau, agréable et enthousiasmant !

 

Quelle fantastique faculté les humains ont-ils développée en créant l’imaginaire pour s’écarter de l’habituel et de ses aléas ! Encore faudrait-il qu’ils aient la sagesse de ne pas succomber aux sirènes troubles des drogues qui peuvent susciter artificiellement mais si dangereusement de tels états.

 

Mais nous n’avions pas besoin de ça. Poètes tous les deux, nous créâmes notre univers de l’imaginaire. Ensemble, nous nous enivrâmes d’idéal.

 

Ensemble, nous nous rassasiâmes de jolies choses écrites. Ensemble, nous goûtâmes aux satisfactions de l’art. Ensemble, nous fûmes avides de sommets sublimes bien qu’évanescents.

 

J’écoutais chanter sa voix quand elle disait des poèmes, les miens surtout, ils s’habillaient de soie et s’ornaient de perles pour s’envoler de ses lèvres. Elle les transformait en sonorités troublantes qui m’extasiaient jusqu’au plus inaccessible de tous les ciels.

 

J’en avais bien besoin de ce viatique pour échapper aux tourments de ma vie professionnelle. Mon chef (Robert Cirquin) devenait de plus en plus versatile et acariâtre.

 

Quand il arrivait le matin du garage situé à l’arrière où il garait sa voiture, il devait emprunter un long couloir pour atteindre son bureau.

 

De porte en porte un message me parvenait avant lui, signalant la position de son chapeau de feutre.


Enfoncé au centre du crâne : ce n’était ni bon, ni mauvais, mais amélioration possible en cours de journée, prudence cependant, un rien pouvait tout gâcher…

 

En arrière : beau temps, plein soleil, je devais m’attendre à ne pas faire grand-chose, je serais mobilisé pour bien « rigoler » …

 

Par contre si le galurin penchait vers l’avant, comme celui des gangsters, alors… alors… ce serait l’orage qui gronde, l’enfer des reproches, des ordres contradictoires ou insensés, de la mauvaise foi et de tout ce qu’un cerveau malade pouvait trouver.

 

Antidote bienheureux qui me permettait de supporter ce sort peu enviable, quand je rentrais le soir, la forêt m’accueillait de ses grands arbres en bras ouverts et un ange m’attendait dans notre maisonnette pour amoureux de Peynet, pour écarter de mon front les gros nuages noirs et me dire de jolies choses.

 

Certaines nuits pourtant furent atroces ; non contrôlé, mon subconscient m’entraînait dans des cauchemars qui me glaçaient et me laissaient trempé de sueur froide.

 

Ma pitchounette (c’était le petit nom affectueux, exporté du midi, que je lui avais trouvé) essayait de me réveiller, je finissais par l’entrevoir, bouée dans la mer que j’étreignais convulsivement.

 

Quelle période étrange de ma vie, partagé entre deux sentiments : le paroxysme du bonheur sublime ou l’angoisse la plus atroce ! Je passais de l’un dans l’autre, sans transition, tiraillé par le travail ou les fantaisies de mon subconscient, comblé autrement quand je pouvais me réfugier dans cet oasis de verdure, de chants d’oiseaux, de haute futaie avec des maisonnettes aux toits rouges dans un habitat de gens simples et heureux.

 

Il y avait, à gauche de notre nid d’amoureux, « un employé du tram », comme on dit en Belgique, serviable et toujours joyeux et à droite le dessinateur de bandes dessinées Remacle qui avait comme moi la passion des oiseaux de volière. Son scénariste habitait un peu plus loin. C’est dire déjà l’environnement idéal dans ce site bucolique qui ne pouvait que combler un couple qui n’en rêvait pas de plus agréable.

 

Mais ce n’était pas tout, quelques maisons plus avant, une autre « bonbonnière » logeait mes beaux-parents que leurs enfants appelaient tout simplement Père et Mère. Mère m’aimait beaucoup et je le lui rendais bien, quant à Père, il était « possédé » de la même passion pour les canaris et les oiseaux de volière que moi. Retraités, ils avaient la charge d’un jeune garçon encore aux études secondaires.

 

Ce jeune beau-frère fut assez perturbé par le mariage et le départ de ses deux frères aînés et de sa sœur ; aussi nous nous efforçâmes, mon épouse et moi de l’entourer et de lui faire bénéficier de la chaleur de notre jeune foyer et des attentions d’une sœur si aimante pour tous ; quant à moi, je lui réservais une amitié d’ami-grand-frère comme celle dont George m’a tant gratifié.

 

Voilà planté le décor et évoqués les personnages qui animeront cette période contrastée des premières années de notre vie de couple.

 

Notre maisonnette avait été bien agrandie par son propriétaire : l’arrière était prolongé d’un living et, à la suite de sa moitié droite, d’une remise, d’un poulailler couvert rejoignant une buanderie et un atelier-garage qui occupait tout le fond. Une allée de briquaillons rouges, comme on dit en Belgique, longeait le côté, permettant un bel accès pour rentrer une voiture.

 

Mon beau-père et moi nous nous entendîmes comme larrons en foire pour transformer tout cet environnement en volières et cages d’élevage d’oiseaux.

 

{18.2} Nous avions conçu le projet d’améliorer le canari rouge qui, à l’origine, ne possédait pas cette couleur (il est gris-vert avec des touches de jaune).

 

Impossible donc de l’obtenir par sélection alors qu’on produit des blancs, des jaunes, des verts facilement. Seule une mutation génétique pourrait introduire ce coloris.

 

A cet effet, certains éleveurs avaient atteint des résultats par croisement avec le tarin rouge à tête noire du Venezuela, bel oiseau d’un rouge profond au nom scientifique amusant de Spinus Cucullatus.

 

A Labofina, un chimiste consacrait également une partie de ses loisirs à l’élevage des canaris et cherchait comme nous à améliorer la couleur du rouge qui n’est pas assez soutenue et se maintient difficilement.


La récessivité du caractère dû à l’appariement avec un oiseau d’une autre famille, était un problème qu’il était difficile de maîtriser. Les éleveurs rivalisaient donc d’astuces et trouvailles pour y parvenir.

 

Le retour aux sources avec le tarin rouge du Venezuela était réservé à quelques rares amateurs qui avait la chance de posséder des reproducteurs qui d’une part acceptaient un appariement et de l’autre produisaient un résultat valable.

 

Le métis qui résultait de ces tripotages contre nature, devait lui aussi être capable de se reproduire, ce qui était assez rare, si bien que le produit final de tous ces croisements valait son pesant d’or.

 

Nous n’avions évidemment pas la bonne fortune de posséder cet « oiseau rare » et devions nous contenter de travailler avec des sujets en provenance d’autres amateurs spécialisés.

 

Beaucoup de chercheurs belges espéraient améliorer le rouge par un apport intensif de carotène. A l’origine de l’appellation, les caroténoïdes étaient une classification réservée au pigment de la carotte.

 

Il est intéressant de rappeler à ce propos quelques notions de base concernant la coloration des être vivants.

 

Depuis Newton, on sait que la lumière blanche du soleil est un mélange de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, réfraction qui se produit lors du phénomène naturel (appelé d’ailleurs arc-en-ciel) qu’on voit parfois dans le ciel, produit par la décomposition de la lumière sur un écran de gouttes de pluie situé à l’opposé du soleil.

 

De plus, depuis 1920, on sait que la lumière est une particule qu’on a appelée photon et que la différence entre les couleurs provient de la quantité d’énergie que celui-ci véhicule.

 

Cette énergie s’exprime par une onde dont la longueur peut se mesurer en nanomètres (la milliardième partie du mètre). Ainsi le rouge mesure 700 nanomètres et le bleu au bas de l’échelle 480.

 

Nos yeux, par l’apprentissage qui augmente les fonctions cérébrales surtout pendant les vingt à vingt-cinq premières années de la vie, sont capables de distinguer une dizaine de millions de nuances…( sic !)


Cette faculté est un des avantages de l’homme civilisé qui a développé au maximum les nuances grâce aux progrès dans la chimie des couleurs et dans le domaine des spectrographes - appareil servant à étudier la décomposition (spectre) d’un rayonnement.

 

Tout ça pour dire qu’un problème aussi complexe et aussi subtil que les teintes et les nuances étaient difficile à cerner d’une part et d’autre part que les 700 nanomètres de nos canaris rouges prenaient un sacré coup de « flaptitude » en manque de croisements révolutionnaires.

 

Nous devions donc revigorer la couleur à coup de techniques diverses telles l’apport de carotène dans la nourriture. Des maraîchers flamands, amateurs eux-mêmes, avaient par sélection produit des carottes d’un rouge profond dont les canaris étaient friands.

 

Nous espérions réaliser des prouesses dans le domaine grâce à l’importance de notre élevage, la patience et la détermination de mon beau-père et notre technique rigoureuse de sélection.

 

Malheureusement, notre aventure fit long feu. Après quelques élevages réussis dans l’enthousiasme, nous subîmes la catastrophique épreuve d’une infection de tout l’élevage par l’introduction malencontreuse d’un spécimen atteint d’une maladie respiratoire extrêmement contagieuse : un virus bronchique infectieux et mortel provoquant dans les élevages belges des hécatombes d’oiseaux.

 

Nous ne parvînmes pas à enrayer l’épidémie et en quelques semaines perdîmes tous nos oiseaux. Dégoûtés et exsangues de moyens financiers, nous abandonnâmes et en revînmes à nos volières d’oiseaux exotiques et du pays (tarins, chardonnerets, bouvreuils, linots et autres granivores.)

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{18.3} Comme je le signalais plus avant, posséder une voiture était un luxe à l’époque que seuls se permettaient ceux qui disposaient de rentrées confortables.

 

Dans la famille, l’oncle ingénieur disposait d’une voiture moyenne et l’oncle major-psychotechnicien se contentait d’une petite skoda (voiture tchécoslovaque).

 

Mon frère Pierre, qu’en rentrant de Suisse j’avais « redécouvert » et que maintenant j’aimais « comme un frère » dans le vrai sens affectueux de l’expression, s’était payé une voiture d’occasion avec les « extra » qu’il se faisait en dépannant des postes de radio et de télévision.

 

J’avais toujours ma petite vespa qui bourdonnait sur les routes comme une abeille. Mais nous nous mîmes aussi à rêver d’une voiture.

 

A l’heure actuelle ce n’est plus un luxe, c’est devenu indispensable… prioritaire même… on sacrifie aux dieux de la mobilité. On se privera de beaucoup de choses, mais de cette liberté-là, difficilement...

 

Mon frère Pierre que j’appelais affectueusement « Gouti » (ça ne veut rien dire) nous trouva une bonne occasion, une Opel Rekord comme la sienne qu’il m’apprit à conduire.

 

A l’époque, il n’y avait pas de permis et on avait recours aux bons offices d’un parent ou ami.

 

Mon frère, passionné de mécanique et de moteurs, avait observé les autres ; aussi, dès qu’il reçut les clefs de son véhicule, il s’installa au volant et sortit du garage avec aplomb en effectuant des manœuvres difficiles.

 

Ce fut lui qui se chargea de nous amener la belle Opel vert bouteille qu’il avait dénichée. Nous la contemplâmes d’abord, n’en croyant pas nos yeux.

 

On ne réalise pas maintenant que c’était alors un rêve qu’on espérait voir s’accomplir sans trop y croire. Il fallait disposer d’un gros capital pour l’acquérir et de revenus importants pour fai re fa cript"> ce aux charges régulières.

 

Le frérot nous avait déniché une bonne occasion, ce qui n’était pas facile à l’époque, le marché étant encore fort étroit.

 

Il m’expliqua les manœuvres, nous fîmes un tour dans le quartier et puis j’ai appris sur le tas, comme ça se faisait à l’époque.

 

Je me souviendrai toujours de la première nuit qui suivit : en cauchemar, je me voyais incapable de maîtriser ce gros engin dans des rues étroites, bousculant et renversant tout sur mon passage.

 

C’est prudemment, en procédant par étapes, m’enhardissant chaque jour davantage, que je finis par m’en sortir.

Je mis près d’un mois à oser traverser toute la ville pour me rendre au boulot. Pourtant la circulation était moins dense qu’elle ne l’est actuellement, il faut dire que j’étais loin d’être aussi audacieux et doué que mon frère.

 

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{18.4} Puisque je parle de lui, je me dois de relater la touchante histoire d’amour dont il fut le héros, longs prémices romantiques à son mariage.

 

Impliqué dans la vie paroissiale, comme tout bon fils de famille chrétienne, il se devait d’assister aux cérémonies religieuses.

 

Contrairement à son jeune frère et à moi, il devenait de plus en plus assidu à ces corvées bigotes, ce qui n’était pas normal, le connaissant…

 

Un joli minois, bien sûr, était la cause de sa soudaine grande piété. Mais la coquine était farouche et ne prétendait pas se laisser approcher. C’était mal connaître mon frère, tenace comme un pou…

 

Le manège dura trois-quatre ans, avec des interruptions de guerre lasse ou des aventures plus concrètes,… très concrètes il faut le dire car j’eus l’occasion de participer avec lui à quelques soirées très « audacieuses » organisées par des copains à lui, étudiant des « Beaux-arts » qui se terminaient « voluptueusement », les couples se tripotant et copulant à même le sol.

 

Mon frère et moi abandonnions la partie discrètement, pas très enclins à ce genre d’exercice en public.

 

A la longue, la jeune personne finit par se laisser attendrir par une telle constance et l’idylle aboutit finalement au mariage.

 

Comme il fallait s’y attendre, à une époque où la contraception n’était pas tolérée dans les milieux chrétiens, un enfant, dont je fus parrain, devint vite le fruit de cette union et même successivement et rapidement un deuxième et un troisième…

 

Si notre couple ne fut pas soumis à cette loi naturelle de la procréation, c’est qu’un petit problème d’ovulation n’en autorisait pas l’accomplissement. Les premières années, cette situation nous convint très bien.

 

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Par éducation ou par propension naturelle, nous ne pouvions nous empêcher de nous laisser aller à un altruisme envahissant qui prenait une bonne part de ce que nos occupations professionnelles nous laissaient comme loisirs.

 

Comme la tradition du « devoir filial » était davantage présente, à l’époque, nous nous efforcions de donner à nos parents et beaux-parents le confort et les loisirs dont ils avaient été privés par les deux guerres et les crises qu’ils avaient endurées.

 

De plus, comme je l’ai déjà signalé plus avant, il restait deux jeunes frères à charge des deux vieux foyers. Pour faciliter cette action de solidarité familiale, nous avions achevé le regroupement des troupes en déménageant mes parents dans un appartement coquet situé quelques maisons plus loin.

 

Point d’orgue à tout cela, nos vacances et nos week-ends se passaient à la côte belge ou dans les Ardennes en grand rassemblement familial donnant à tous un dépaysement et une détente bien méritée.

 

Très amoureux et assoiffés de savoir et de lyrisme, nous consacrions le peu de temps que nos occupations professionnelles et familiales nous laissaient pour nous enthousiasmer de belles choses, pour nous enivrer de belles lectures, pour lire ou dire des vers merveilleux qu’avec sa voix cristalline elle faisait chanter dans mon cœur et qui me faisaient longuement rêver de bonheur.

 

Ces moments précieux, difficilement analysables, se sont profondément installés et gravés au plus profond de ma mémoire qu’elle soit consciente, inconsciente et subconsciente, pour y créer un terreau propice aux plus belles réalisations lyriques ou littéraires.

 

Des petites étoiles

Sont nées dans nos cœurs,

En très petites voiles

Tremblotaient le bonheur.

 

Nos yeux étaient belle eau

Chantonnant en ruisseaux

Pour des lèvres en passion

De bouches à l’unisson.

 

Notre chant le plus beau

Fut celui de l'oiseau

S'élevant en espoir

En s’enivrant de soir.

 

Ses yeux étaient de ciel,

Son âme mon miroir

Pour me refléter d’elle

Sans trop oser y croire.

 

Elle était de mes nuits,

Elle chantait nos beaux jours,

Nous nous sommes enfuis

En cachant notre amour.

 

{18.5} Quel sentiment subtil et raffiné, est celui qui nous pousse aux élévations lyriques et qui préside aux démarches intellectuelles du cerveau humain !

 

Souvent je me penche, perplexe, sur ce constat. Persuadé que nous sommes avant tout un mécanisme de pensée supérieurement développé par les civilisations avancées et surtout par celles qui ont privilégié l’abstraction, je ne peux que me perdre en conjectures et rester interrogatif sur mes propres conclusions.

 

Par anthropomorphisme, je serais tenté comme tout un chacun de privilégier une intervention intellectuelle extérieure, divine ou non, pour donner à l’intelligence humaine sa raison d’être.

 

Cependant par cheminement personnel, mieux développé dans l’appendice à cet ouvrage « Considérations fondamentales sur l’existence », devenu « La symphonie de l’harmonieux, mélodies de l’existence », je m’en tiens (très modestement) à la conviction que la pensée est la résultante d’un processus biologique qui s’est mis en place et a évolué au fil du temps.

 

L’exponentialité du phénomène, bien qu’en en développant la complexité, devrait donner aux humains la possibilité de mieux décrypter le système, grâce à une meilleure compréhension de la mécanique universelle.

 

Ma réflexion consciente s’est prise alors à voguer dans cet espace troublant de la pensée, en remontant à ses sources. Là où devrait se trouver la clef d’un mystère qui tourmentera éternellement les hommes. Là où la pensée s’est construite, lentement élaborée, patiemment sortie du néant.

 

Par la magie de mes rêves éveillés ou dédoublements, j’ai retrouvé mon collaborateur obligé, Diaphane-prof, qui depuis longtemps déjà y avait réalisé une bonne partie du travail en organisant rationnellement ma réflexion subconsciente.

 

De nombreux êtres informes s’y mouvaient dans un clair-obscur paléolithique. On y percevait des cris stridents ou rauques sortis du fond des âges, premiers efforts de l’être primate pour communiquer et les premiers gestes pour les appuyer.

 

« L’Intelligence » les contenait tous au fond de ses origines et se mit à nous conter son histoire :

 

- Je ne fus, d’abord, qu’un son pour manifester ma joie ou effrayer un concurrent, je n’étais qu’un geste pour prendre la nourriture ou pour me défendre.

 

Dans la savane où les miens se sont retrouvés après la rupture du Rift Valley ou après d’autres cataclysmes qui m’ont isolé de mon milieu naturel, j’ai communiqué, j’ai modulé les cris, j’ai pris conscience des gestes qui expliquent, j’ai ressenti la tristesse ou la joie des groupes qui s’étaient formés pour se nourrir ou pour se défendre…

 

- C’est alors, continua Diaphane-prof, que tu as fait chanter l’un d’entre eux, quand, gavé de viande chapardée aux charognards, il digérait avec les autres, heureux et repu dans la fraîcheur de la grotte qui les protégeait tous. Ce fut un son rauque mais modulé que les autres reprenaient en cherchant à l’imiter. Ce fut le premier chant, la première chorale.

 

J’étais songeur, conscient de me trouver à l’aube du savoir quand les hommes ont débuté la pensée.

 

A ce moment-là ou à un autre, un groupe a partagé un bonheur et c’est alors qu’il s’est formé, solidarisé, qu’il a cherché autre chose que satisfaire un instinct de meute.

 

« L’Intelligence » reprit, poursuivant son histoire :

 

- Je me suis exprimée par gestes et puis par signes associés aux sons que je parvenais de plus en plus à sortir de la gorge.

 

Le larynx de mon corps s’est perfectionné et la voix est née en modulant des sons. Les lèvres, la langue et la gorge s’y sont mis pour mieux réaliser ce que je commençais à créer : le langage.

 

Diaphane-prof, enthousiaste, les bras au ciel, s’écriait :

 

- La pensée,… la pensée abstraite…c’est alors que, lentement et patiemment, l’abstraction a débuté, balbutiante, oiseau fragile, dans le cerveau des hommes.

 

- Le cri est devenu mot, ai-je continué, le mot s’est épanoui en paroles qui se sont regroupées en phrases comme le chant des oiseaux, mais ces phrases, elles, étaient porteuses de messages cohérents augmentant les performances de nos lointains ancêtres.

 

- Les mains des humains sont devenues habiles, continua Diaphane-prof, et les mains ont gravé des signes sur la pierre des cavernes ; ensuite les mains ont dessiné des formes et les formes se sont muées en incantations au soleil, au feu, à la terre.

 

Les hommes se sont mis à penser, se sont mis à lever les yeux vers le ciel pour l’implorer quand ils souffraient, quand ils mouraient…

 

Ils ont appris la peur et l’angoisse, ils ont appris la tristesse, ils ont appris la joie… Ils ont appris l’absence et la chaude présence… Ils ont appris l’amour…

 

- Quant à moi, « l’Intelligence », au gré du hasard des découvertes réalisées par certains humains, plus évolués, j’ai poussé leur groupe à se développer, j’ai incité les plus forts, les plus malins a dominer et les faibles ont été asservis.

 

Les bandes sont devenues des peuples, les peuples des nations et les nations des civilisations.

 

« L’Intelligence » se permit alors un long silence, comme pour mieux mettre en valeur un événement d’importance…celui qui déclenchera l’explosion de la connaissance…

 

- Les hommes ont gravé des signes sur la pierre, les signes étaient objets qui devinrent les mots qui devinrent des phrases et les phrases furent des messages qui demeureront dans la pierre pour toujours tant que la pierre durera.

 

« L’Intelligence » une fois encore fit une pause. Diaphane-prof et moi, retenions notre souffle, conscient de l’importance de ce qui allait suivre…

 

- Sur des ardoises de schiste, les hommes ont gravé … sur des peaux de bêtes, les hommes ont dessiné… sur des parchemins, les hommes ont écrit… les hommes ont inventé le livre et le livre, toujours plus développé des techniques nouvelles de reproduction, sera la mémoire de l’humanité et le véhicule de la connaissance…

 

Alors, discrètement comme elle était venue, « L’Intelligence » s’évanouit dans son histoire des hommes comme pour mieux faire comprendre que c’était là qu’était son origine.

 

Les tourments de l’histoire se sont calmés

Dans le cœur des hommes éprouvés.

Les sources du savoir

Du fond des âges, se sont animées,

Timides lucioles, tendres feu-follets

Grandissant toujours,

S’élevant toujours.

 

La pensée fut étincelle,

La pensée fut amadou,

La pensée sortit des âges

Pour très haut s’enivrer,

Pour s’amouracher de cimes

Et enfanter le cœur des hommes.

 

Le cri rauque des cavernes,

L’appel long des sentiers,

Le cri mâle des amours,

L’appel des angoisses,

Le cri des peurs,

L’appel de tendresse,

Sont les blessures de l’être

Qui, soudain, s’est révélé

 

La voix s’est envolée

De sa source endormie

Pour moduler le chant

Pour éveiller l’âme

Qui somnolait toujours

En quête d’amour.

 

La parole fut printemps,

La parole fut prière,

La parole fut oiseau,

La parole fut chanson,

Les yeux des hommes se sont levés

Pour découvrir le ciel

Et se mettre à rêver.

 

Les mots se sont assemblés

Comme des petits frères,

Les mots se sont éternisés

Gravés dans la pierre,

Les mots ont recherché les livres

Comme de lents oiseaux ivres

En s’enivrant de pages

Qu’ils transmettront à tous les âges.

 

La mémoire s’est recueillie

En songe d’éternel.

La mémoire s’est endormie

En rêvant de ciels.

 

Les hommes se sont dressés

Pour clamer leur histoire

Les hommes se sont levés

Pour mieux chanter leur gloire.

Les hommes se sont couchés

Tout en rêvant d’espoir.

 

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{18.6}} Comme je l’ai signalé plus avant, pour raisons médicales, notre foyer ne s’élargissait pas, ce qui alors nous arrangeait bien.

 

Cependant par inclination naturelle, nous aimions offrir notre disponibilité à ceux auxquels le confort et l’ouverture de notre foyer pourrait être salutaire.

 

C’est ainsi que dès que le foyer de mon frère Pierre s’agrandit, le premier janvier 1958, d’un petit garçon dont je fus le parrain, nous nous empressâmes de le prendre souvent chez nous, d’autant plus qu’un second garçon s’y pointa rapidement.

 

La côte belge, la mer, devint, dès la démocratisation de l’automobile, un lieu de vacances privilégié pour les Belges, surtout les jeunes parents et leurs enfants ainsi que les plus vieux.

 

Aussi, dès que nous disposâmes d’une voiture, nous suivîmes le mouvement et nous nous étalâmes sur les plages et dans les dunes. Ce fut l’occasion de grandes échappées familiales qui nous marquèrent de souvenirs chaleureux et d’anecdotes pittoresques dont le récit restera toujours un ravissement.

 

Sans enfants, nous aimions prendre avec nous mon filleul, Bruno, et Myriam, une petite fille de dix ans qu’un couvent des Marolles nous confiait pendant les périodes de congé.

 

Nous la « parrainâmes » quelques années jusqu’à ce que ses parents qui l’avaient abandonnée mais qui conservaient certains droits, inquiets de l’attachement qu’elle nous manifestait, interrompissent le parrainage.

 

Mon beau-frère Gérard et son épouse faisaient de même avec un autre enfant, partageant ses joies familiales avec son frère et sa belle-sœur.

 

Cette période fut très heureuse pour les deux « clans » que la distance séparait bien à contrecœur (situés aux antipodes de la ville, à une époque où il n’était pas encore question de métro et que des longs tunnels n’en n’avaient pas encore percé les endroits stratégiques, les moyens de communication étaient lourds et difficiles).

 

Aux vacances de juillet 1961, nous décidâmes de visiter l’Alsace avec nos deux « filleules ».

 

Il faisait très beau et nous avons gardé de ce voyage un souvenir très colorés, très chaud de gens affables, à l’accent très particulier qui me rappelait si bien celui des sœurs alsaciennes qui nous soignaient en Suisse : ce doux chuintement des « se » transformés en « Che ».

 

Nous logions chez l’habitant, d’agréables personnes, propriétaires d’une haute maison et d’un jardin de mirabelliers jaunis par leurs fruits mûrs qu’on ramassait journellement pour les jeter dans un grand tonneau bourdonnant d’insectes.

 

L’incroyable mixture, grouillante, écœurante et effervescente devait être transformée après passage du « bouilleur de cru » en célèbre alcool de mirabelle.

 

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09/02/2010

Ch. 17 - Mélodies édéniques

 

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

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Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement.

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

 

Chapitre 17 : Mélodies édéniques

TABLE DES REPÈRES : {17.1}  Découverte de la « compagne de ma vie » et du véritable amour, avec en préalable, l’histoire du « papillon » qui saute de cœur en cœur - {17.2} La plus belle histoire d’amour « la nôtre » et ses chants {17.3}  Climat économique difficile qui précède les « Golden Sixties » - {17.4} Le « sacre » de notre union devant l’Église et la famille le 26 décembre 1956.


 

{17.1} C’est avec réserve que j’aborderai « sur la pointe des pieds » ce chapitre qui doit lever le voile sur un sentiment que j’attendais, que je préparais inconsciemment, que j’ai découvert avec ravissement et qui m’a inspiré les envolées les plus lyriques.

 

On a tellement galvaudé son nom que je n’aurai garde de le prononcer, d’autant plus que dans ce domaine la frontière du ridicule est ténue : c’est donc avec la plus grande prudence que j’évoquerai ses emportements.

 

Bien plus, je demanderai au lecteur indulgence et discrétion dans ses réactions s’il juge que, dépassé par un lyrisme que je ne pourrai plus maîtriser, je tombe dans le travers que je veux éviter.

 

Mes premières tentatives de conquêtes s’étaient trouvées, avec les « Henriette », on s’en souvient,  vouées aux échecs les plus cuisants.

 

En manque de « formation » dans le domaine, je me mis à fréquenter un club de jeunes gens qui s’adonnaient aux joies de la danse, des rencontres et aux activités culturelles les plus diverses.

 

Ces exercices hebdomadaires m’ont tout doucement « dégrossi ».  D’abord gauche et maladroit, timide et rougissant, je faisais piètre figure parmi des jeunes coqs roucoulant galamment autour de pétulantes demoiselles.

 

A bonne école, materné par quelques délurées anciennes qui me chaperonnèrent et m’apprirent à me trémousser au son du tourne-disque de service, je finis cependant par rivaliser avec les plus audacieux des jeunes paons.

 

Très à l’aise, bon danseur, je ne tardai pas à me mettre davantage en valeur « intellectuelle » en organisant des conférences-débats sur les sujets les plus variés : peinture, surréalisme, examens psychotechniques (sic) (documenté par l’oncle major spécialiste à l’armée) et même jazz (resic) etc.

 

Devenu moi-même coquelet bien entouré, je bénéficiai d’une période fort agréable de succès auprès de jeunes personnes qui me regardaient avec de beaux grands yeux à faire chavirer le cœur du plus imperturbable des Don Juan.

 

Pour mieux défendre ma nouvelle image de marque, je m’étais acheté un scooter Vespa, qui était à l’époque, l’engin qui convenait le mieux à de jeunes enjôleurs, surtout si comme moi, ils portaient duffel-coat et cheveux en brosse floue.

 

Cette métamorphose s’était étalée sur les quelque trois années d'employé de Petrofina qui précédèrent mon transfert à Labofina.

 

Maintenant encore, quand je repense à cette période un peu folle où j’explosais, je ne peux m’empêcher de songer à ces pauvres cœurs que j’ai torturés : toutes ces fraîches et candides personnes, délicieusement innocentes,  merveilleusement belles de naïveté qui se sont éprises du « papillon » que j’étais devenu, voletant de cœur en cœur, sans beaucoup s’arrêter.

 

Poète à l’âme lyrique, j’adorais leur dire de jolies choses, avec des yeux tendres de biche énamourée qui les faisaient rêver.  Je me suis piqué à ce marivaudage, inconscient d’un jeu cruel qui pouvait gravement les blesser.

 

Cependant, j’idéalisais, rêvant toujours de celle que j’imaginais et à laquelle je réservais ce sentiment profond que je portais en moi.  Quelqu’un que j’élèverais bien haut dans mon âme et qui atteindrait avec moi les sommets pourtant inaccessibles du  sublime.

 

D’où vient-il, ce besoin de sommets ?  Serait-ce  l’éveil de la religiosité qui, dès les premiers éclairs d’intelligence a poussé l’homme à porter son regard vers le ciel à la recherche des cimes, à la recherche de l’infini qui le rapprocherait d’un plus haut que lui et le débarrasserait de la mort ?

 

Fragile entre tous, le poète-rêveur-idéaliste que je restais, lui, s’échappait du réel qui le décevait et bâtissait son bonheur dans le monde de l’imaginaire et de l’extravagance.

 

Toujours aux portes de l’excessif, je le construisais heureux ou triste, beau ou affreux, joyeux ou cafardeux, devenu grandiose jouisseur de sublime ou infâme damné des enfers.

 

Mes yeux ont vu des fleurs en brins,

Des fleurs qui me couvraient les mains ;

Mes mains ont caressé le ciel :

C’était tellement doux de miel.

 

Ma bouche a soufflé des semences

Elles s’envolaient de mes lèvres

En papillon fou de démence,

Comme l’oiseau bleu de mes fièvres.

 

J’ai vu des yeux d’amour

Dans le cœur d’un oiseau

J’ai vu des brins de jour

Au cœur des passereaux.

 

J’ai écouté la voix des âmes,

Qui s’élevaient en chants très doux.

Nous déclamâmes notre amour fou

A tous ceux que nous rencontrâmes.

 

Je connus les joies de l’hymen

Dans le faux jardin de l’éden,

Ensuite j’ai levé les yeux

Sur des oiseaux bleus dans mes cieux.

 

J’ai repris mes ébats

Près du feu des sorcières,

Dans un dernier sabbat

En fermant les paupières.

 

Un jour, son frère vint au club. Il était grand et mince, des yeux un peu tristes. Comme moi, il ne travaillait pas très loin de là et venait directement de son emploi. Nous arrivions longtemps avant les autres et devînmes rapidement des copains.

 

Il me présenta sa sœur qui venait plus tard, mais trop préoccupé par mes conquêtes du moment, je ne la remarquai pas. Mon subconscient, lui, s’en chargeait, commençant un travail de sape sournois.

 

Très en forme, je n’avais d’yeux pour l’heure, que pour deux jolies et gentilles personnes que j’avais baptisées Miange et Linou (plus tendre que Marie-Ange et Léa).

 

Je complimentais l’une, je dansais avec l’autre… Très arrogant, j’en vins, en dansant, à écraser les pieds d’une troisième sans m’excuser.

 

Comme ma partenaire me le faisait remarquer, je lui rétorquai « Qu’elle mette ses pieds en dessous de sa chaise ». Quel prétentieux personnage, aurait dit cette personne à son voisin de chaise. Elle me le rappelle encore en riant, maintenant que nous sommes mariés.

 

Je fus pressenti pour remplacer le président qui démissionnait et je m’embarquai dans cette galère. Ce ne sera pas bien long, plutôt piètre dans la fonction.

 

Je ratai d’abord l’organisation d’une excursion à Bouillon dans les Ardennes que nous n’atteindrons jamais, le trop vieux car poussif qu’on m’avait dégoté, n’osant pas se risquer au-delà des villages de mes oncles instituteur et curé que je fis découvrir à mes malheureux excursionnistes.

 

Ce programme, fort modeste, ne pouvait tenir une quelconque comparaison avec celui qui leur avait été proposé : la visite du site prestigieux de Bouillon et de son célèbre château médiéval.

 

Notre vieux « taco » eut bien du mal à regagner Bruxelles, toussant, chauffant et fumant de toutes parts.

 

A la fin de l’année, je ne fus pas beaucoup plus heureux en organisant une fête de la Saint Nicolas qui tourna à la pantalonnade.

 

Mon ami et futur beau-frère avait accepté de jouer le rôle du grand saint et avait préparé une très amusante revue des plus caricaturaux d’entre nous.

 

L’ancien président, sans doute nostalgique de sa fonction perdue, se crut malin d’apparaître, déguisé de même, à la surprise mais au grand amusement de tout le monde : nous avions deux saint Nicolas.

 

Ce qui le fut moins, c’est que le plagiaire se plut à boycotter la réunion qui finit par tourner court. C’était dommage, il aurait pu au contraire, avec à propos et gentillesse, collaborer à son succès.

 

Quant à moi, censé intervenir pour sauver les meubles, je fus dépassé par les événements et j’en ressens encore la plus cuisante humiliation. Il faut dire que je n’avais plus la tête, ni le cœur à ça et en voilà la raison.

 

Entre les deux événements, le voyage et la Saint Nicolas, un tournant essentiel, une voie nouvelle se préparait dans ma vie. Inconsciemment, je m’y opposais, réticent à l’idée de m’engager dans l’irrémédiable.

 

{17.2} Le poète-frondeur s’était mué en comptable-calculateur qui disséquait ses sentiments pour mieux les analyser, au grand dam de Diaphane-cœur qui trépignait de rage.

 

Un événement, pourtant, intervint qui déclencha un processus que je ne pus contrôler : « elle » partait en vacances aux Baléares avec ses frères.

 

Cette absence ne fut pas bien longue, mais elle «dura» quinze jours…. Diaphane-cœur commença alors un patient travail de sape qui lui permit d’occuper avantageusement le terrain.

 

J’étais « mûr » pour son retour, d’autant plus qu’ « elle » me rapporta un petit poignard-coupe-papier qui me fut offert avec des yeux de rêve….

 

Nous nous échappâmes pour une soirée folle, dans une nuit folle, avec des étoiles-diamants partout, dans le ciel, dans ses cheveux, dans ses yeux… surtout dans ses yeux….

 

Pourtant le «comptable-calculateur » dur et impitoyable avait repris du terrain perdu. Après la « soirée folle » dans les nuages, ce fut la chute brutale d’Icare sur la terre.

 

Comment, pensait le raisonneur, un homme sage n’avait-il pas pu mieux contrôler un sentiment si lourd de conséquences ?

 

Dans sa piaule de garçon, il avait, depuis longtemps, minutieusement établi le programme d’avenir du foyer qu’il envisageait, inventant la compagne qui en serait le centre.

 

Diaphane-cœur avait bouleversé tous ses plans : il était donc important qu’il se ressaisisse à temps, quelles qu’en soient les douloureuses conséquences.

 

C’était inutile et cruel, je le réalise maintenant. Le téléphone fut le lâche complice du vilain comptable méthodique qui bâtissait son avenir comme on établit une prévision bilantaire.

 

Courageuse, « elle » marqua des points en réagissant avec dignité malgré sa profonde peine. Quelques « papillons » voletèrent autour d’elle  pour profiter de l’aubaine ce qui me tourmentait durement. Puis  elle  disparut et son frère aussi.

 

Les quelques semaines qui suivirent furent un vrai calvaire pour moi. Je voulais retrouver mon sang-froid et analyser froidement mes sentiments.

 

Miange et Linou, toujours ensemble, réveillaient en moi d’agréables réminiscences. J’entrepris des approches individuelles plus convaincantes pour d’éventuelles idylles.

 

Je ne réussis qu’à briser inutilement le tout petit cœur de Linou, le soir du mariage de son frère auquel elle m’avait invité, en refusant de partager un sentiment qui lui faisait des yeux adorables.

 

Je finis par me rendre à l’évidence. Diaphane-cœur triomphait. Mais j’avais rendu tout difficile, voire impossible. n>

 

Quelle serait  sa  réaction ? Blessée et à juste titre, incertaine de ma constance, sentimentale et idéalisant mon personnage, n’étais-je pas tombé du piédestal sur lequel elle  m’avait placé ?

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, inconsciemment, j’aimais ça. Habitué aux longs et patients combats, je voulais reconquérir de haute lutte le terrain perdu : je n’aimais pas les victoires faciles.

 

Première démarche : consulter le frère qui dans la place devait en savoir beaucoup.

 

Le téléphone grésilla sa voix surprise et mécontente, et la relation des dégâts…. Petit espoir cependant, en terminant, il me confia qu’à son avis, j’avais des chances.

 

Prudent, et confiant dans mes talents épistolaires, j’entrepris un long plaidoyer (sept pages de ma petite écriture serrée) par lequel je défendis les raisons de mon comportement, la certitude de mes sentiments et poussé par le vilain comptable « point sur les i » risquai l’imprudence d’établir un plan de vie tel que je l’entrevoyais.

 

Je terminai en lui proposant de prendre sa réponse deux jours plus tard à son travail. (Elle était assistante-dentiste et commençait à deux heures.)

 

J’eus même l’outrecuidance (toujours le vilain comptable méthodique) de prévoir tous les scénarios : il n’y avait qu’à « cliquer », comme on dit en informatique, sur la solution choisie (sic, sic, et resic) …

 

Le 17 octobre 1955, date laissée à la fantaisie du destin, sera la plus importante de ma vie.

 

J’avais écrit ma lettre la veille d’un week-end, sans réaliser que je m’imposerais les deux jours les plus longs et les plus angoissés de mon existence : nuit sans fin, couche torturée qui n’en peut plus de gémir ; journées interminables, errance sans but, pensées folles, tenaille au ventre…

L’insomnie enfle le désarroi… Les aiguilles du temps ne veulent plus tourner.

 

Le 17 octobre à 13 heures,  j’ai la gorge prise dans la tenaille de la crainte.

 

A 13 heures 30, je voudrais freiner l’inexorable, mais les aiguilles s’emballent… J’ai peur de mon destin…

 

14 heures : une main, la mienne, forme le numéro, l’autre raccroche : un étau m’étrangle, je suis muet….

 

Nouvelle tentative : nouvel échec, les mots meurent sur mes lèvres….

 

Je respire un grand coup et cette fois je laisse sonner.

 

Un chant délicieux monte : « allô »… « allô »… « allô »…

 

Un petit oiseau fou palpite entre mes dents.

 

Je coupe une fois de plus pour écouter l’écho qui tressaute encore dans le cornet et …dans ma tête : « allô »… « allô »… « allô »…

 

Je recommence et j’entends moduler : « allô » … « allô »… : ça doit être ça le chant des sirènes qui envoûtent les navigateurs…

 

J’ai toujours aimé sa voix que jalousent les anges. Surtout celle de l’ingénue qui lui valut ses succès théâtraux.

 

On croirait entendre le tintement cristallin de clochettes célestes mues par les plus subtiles brises alpines… (Il n’y a que la passion amoureuse pour faire divaguer à ce point ! )

 

Sa réponse me transporta… Une inquiétude cependant : sa brièveté…

 

Le terrain sera sans doute dur à reconquérir… Au bureau, les collègues me charrièrent sur ma mine défaite et grise de noceur du W.E. et bons copains, se chargèrent des travaux urgents sur lesquels je n’arrivais pas à me concentrer.

 

Les mots vont me manquer pour raconter la suite et des moments poétiquement sublimes.

 

Je réalise aussi combien je me trouve à la limite du ridicule dans lequel je ne veux pas tomber. Je voudrais m’enivrer de jolies phrases, atteindre des états d’âme sublimes et me lancer dans des envolées dithyrambiques.

 

En outre il est aussi important de souligner que, dans le contexte d’époque et de milieu qui était le nôtre, l’amour, avant le mariage, étant sexuellement distant et marqué de pudibonderie chrétienne, ne pouvait se manifester qu’avec grande délicatesse physique.

 

Circonspect dans un domaine si controversé, je me garde bien de porter un quelconque jugement ou critique sur le comportement actuel.

 

L’amour est un tout qui ne se dissocie pas, et l’acte physique a autant d’importance, si pas plus que tout le reste, aussi sublime, élevé ou spirituel soit-il.

 

Que d’échecs de l’authentique couple, que de femmes-esclaves, désenchantées mais soumises au mâle arrogant et dominateur.

 

Loin de moi donc toute intention de justifier ou défendre, dans notre monde occidental, cette époque révolue de l’esclavagisme religieux du couple, qu’il soit judéo-chrétien, islamique ou autre. Il y va de la libération intellectuelle et spirituelle de l’être humain.

 

Quant à nous, ce soir-là, nous nous sommes retrouvés, dans un petit parc tout près de son boulot.

 

Nous n’avons rien dit, mais sommes tombés dans les bras l’un de l’autre, et nos yeux se sont regardés, longuement, légèrement embrumés d’émotion amoureuse.

 

Ce regard infini de tendresse, je le revis encore quand je ferme les yeux : je crois qu’il restera éternel et que notre union s’y ressourcera toujours.

 

C’était la plongée enivrante dans le mystère de l’autre et la soudaine découverte de l’univers absolu de sa complémentarité.

 

Mais aussi, quelle merveilleuse aventure que la nôtre, en deux temps : le premier, un soir également, quelques semaines auparavant, dans l’emportement passionné de deux corps affolés qui aspirent à l’étreinte physique et maintenant, le second, dans la découverte de la plénitude de la sérénité amoureuse.

 

Nos lèvres se sont jointes doucement, la branchette d’un arbre s’y est mêlée en témoin de la plus belle page d’une si belle histoire d’amour.

 

Le petit bout de branche dort maintenant au fond d’un tiroir, pas loin du petit poignard-coupe-papier qui avait déclenché nos premiers emportements.

 

Je la reconduisis sur mon scooter, ses bras me serraient les reins, sa tête aussi légère qu’un nuage, se blottissant sur mes épaules.

 

J’avais les yeux aux nues et mon scooter nous a sauvé la vie en nous gardant sains et saufs.

 

Rentré dans ma tanière de garçon, j’écrivis un poème qui chantait en mon âme pour mieux encore ensorceler la sienne.

 

Dans sa boîte aux lettres, il guettera son lever du matin ainsi que les autres qu’elle reçut chaque jour, tissant les mailles serrées d’un filet d’amour qui l’emprisonnera à jamais.

 

En voici quelques-uns de ces madrigaux qu’elle et moi livrons pudiquement à ceux qui nous lisent et qui, s’abstenant de toute dérision facile, veulent encore bien croire à la grandeur des envolées sentimentales.

 

 

Petit poème intime

Va porter à l’aimée

La douceur de tes rimes,

Le cœur de ta rosée,

La plainte d’un soupir

Qui ne veut plus vieillir.

 

Va dire que je l’aime,

Que ma vie est à elle,

Et que mon cœur chancelle,

Et que mon âme est blême

Parce qu’elle a si peur

Des lendemains qui meurent.

 

Va, Vole à ses genoux,

Lui dire des mots doux.

Chuchotes à son oreille

Des choses sans pareilles

Que je vais lui trouver

Pour la faire rêver.

 

Je revivrai toujours ce soir infiniment doux, dans la fluorescence des néons et des lumières de la ville qui, complices, se faisaient tendres et nimbaient notre couple d’une auréole de bonheur.

 

J’en avais perdu le sommeil et les yeux dans le ciel, je déplaçais les étoiles pour en faire son image et me perdre dans l’infini de celles qui étaient ses yeux.

 

Au bureau, les collègues s’inquiétaient de plus en plus… La mine hâve, les traits tirés et les yeux cernés, j’avais l’air du zombie sorti tout droit d’un film d’horreur.

 

Je m’étais entouré de dossiers pour mieux camoufler la feuille de bloc-note qui recevait mes vers enflammés.

 

Je te vois dans la lumière

De ta gentille chaumière,

Accroupie au fond d’un grand bois

Avec des genets sous le toit.

 

Ta blonde tête d'or se pare

Du rose des fenêtres closes

Qui sur ton visage se pose

 

La paille du toit s’éclabousse

De petits oiseaux qui piaillent,

Tu leur tends tes deux bras de mousse

Tout en riant à la marmaille.

 

Il y a de beaux blancs nuages

Qui frissonnent dans un grand ciel,

En agitant tout le feuillage

Qui couvre ta maison de miel.

 

Tu poses tes doigts d’enfant sage

Sur mon cœur si gourd et si lourd

Que j’en ai pleuré bien des jours,

Tête enfouie dans ton corsage.

 

Mon orage gronde toujours

Dans mon ciel ruisselant d’amour,

Tandis que je ferai naufrage

Dans mon ciel qui brûle de rage.

 

D’abord très conte de fées bleu pastel, la passion ardente qui bouillonnait en moi, avait enflammé les vers pour les brûler dans un ciel de rage tandis que le cœur est gourd et lourd. Tous les grands amours se sont laissés aller à ces débordements lyriques…. !

 

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Il y eut aussi les envolées célestes sur des pégases fougueux qui survolaient les crêtes dans des décors de cartes postales et que je traduisais en d’ « éblouissants emportements ».

 

Viens voir le nuage,

Qui, là-haut,

S’émerveille des étoiles.

Viens voir scintiller les cristaux,

Viens voir fleurir la neige,

Et, viens avec moi,

Sur mon grand cheval fou.

 

Sur son échine d’éclair,

Il nous transportera là-bas,

Là où la mer brille,

Pleine d’étoiles mousseuses,

Qui clignent de tous leurs yeux,

Pleine aussi d’astres aux têtes rondes,

Toutes tachées de sourires.

 

Liberté ! Liberté douce,

Plus d’attaches, ni liens,

Ni chaînes, ni barreaux,

Rien que l’ivresse,

Ne plus être nos corps,

Ne plus être que l’esprit

Qui s’engourdit d’abîmes,

Qui se perd dans l’infime

Qui s’intègre en ton corps,

Pour n’être plus que toi.

 

Toi seule, toute seule,

Perdue dans les nuages,

Très près des étoiles,

Dans la mer des dieux,

Dans l’humeur douce

Des nuits profondes

Dans le long, si long repos

De toutes les choses soumises.

 

Viens, grande reine fine,

Sur ton cheval de neige,

Viens, éperdue, t’éblouir

De belles cascades d’azur.

Viens ciseler mes nuits chaudes

De belles dentelles d’amour.

 

Viens, ma déesse

Creuser ton vallon

D’étoiles jaillissantes

Et que le sabot

De ton cheval fou

Fasse éclater des mondes.

 

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Après cet emportement enflammé dans l’azur des infinis bleus, j’ai retrouvé calme et apaisement et dans un moment de douce quiétude, je me suis laissé aller par temps gris et frisquet à quelques vers sages dans un cadre douillet d’âtre crépitant.


Quand tu te pencheras

Sur notre feu de bois

Et tu te couvriras

De ton manteau de soie,

Belle de mèches blondes

Rose de tes joues rondes,

 

Je t’envelopperai

De nuages dorés

Pour te porter ainsi

Dans mes bras de géant

En amoureux transi

Faisant fi du néant.

 

Quand tu te pencheras

Sur notre feu de bois

Belle de tes blonds cheveux

Rose de tes joues de feu,

 

Fou, je m’éblouirai

De beaux songes dorés,

Rêvant de mèches blondes,

En très grand roi des mondes.

 

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Le lac des cygnes, depuis Tchaïkovski fait rêver les poètes, je me devais donc d’y faire pleurer mes violons.

 

Dans mon si grand lent lac

Dorment encore

Mes longues pensées bleues

Que brûlent des flammes blanches.

 

Des vagues courtes se meuvent

En caresse d’eau de source

Miroitant tes ciels du soir.

Les blancs cygnes y glissent

Dans la torpeur du grand miroir.

 

Les longs chars de plumes en neige,

S’enfoncent dans mes songes

Pour réveiller mes violons

Et emporter dans les nuages

Ma jeune aimée qui dort,

Blonde entre deux eaux,

Que des oiseaux de voile

Au long col de cygne

Tirent en lent cortège

Bien loin sur mon lac aux rêves.

 

Les accents romantiques sont porteurs de soupirs… de vague à l’âme et de nostalgie. Quelle traîtresse fantaisie m’a pris d’user de ce registre-là ?

 

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Elle avait des cheveux de princesse de conte de fées : blonds avec des reflets changeants de soleil couchant et des éclats de jour dans un soleil ardent.

 

Ô mes pentes affolées,

Dorées au creux de mes mains

Ô mes soleils de lune

Dans des couchers du soir

 

Ô mes blonds oiseaux voraces

 

Avides, mordillant ton front,

Tes oreilles et tes paupières.

Ô blé opulent dans un trait de brume

Qui roule en vagues creuses

T’effleurant le menton.

 

ng>Ô cheveux, longs cheveux

De déesse, sur front d’or,

Ô voie sacrée des ciels

Qui trouble ma raison,

Balafre en mon cœur,

Tombé en pâmoison.


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La mer, complice de tant de confidences sentimentales, se devait de figurer dans un registre qui se voulait complet. Ses emportements, ses accents, ses horizons qui flirtent avec le ciel, ses complicités avec les roches, les grèves et les plages en font un matériau idéal que je ne pouvais manquer d’utiliser.

 

Le ciel s’enivre des perles

Qui fleurissent dans la mer ;

La mer remue les lèvres

Pour renvoyer aux nues

Le sourire de ma reine

Couchée dans le sable.

 

Les roches et les grèves

S’étalent à ses pieds,

Manteau des rivages,

Bordure aux oiseaux.

 

J’ai envié les vagues

Qui ont caressé ses genoux.

J’ai aimé ses plages

Qui font des rêves doux.

 

J’ai étendu pour elle

Un matelas de dunes.

J’ai cueilli au fond des mers

Les plus beaux clairs de lune.

 

J’ai jeté aux oiseaux

Mes graines d’espérance

Pour lui porter là-haut,

Un peu de ma présence.

 

En vague isolée,

Je me meurs à ses genoux.

En vague affolée,

Je l’étreins comme un fou.

 

En chevalier des mers,

Je serai à ses pieds,

Passionné, bras ouverts,

Cœur battant, front altier.

 

J’étais fou d’elle, je me sentais grand, un sentiment de puissance protectrice m’avait envahi. Je regardais le ciel comme les premiers humains, prêt à pousser le grand cri du fond des âges, celui qui, maintenant encore, met la nature à genoux et fait se courber les animaux.

 

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{17.3} Mais les temps demeuraient difficiles. Le niveau de vie de l’après-guerre restait médiocre et la jeunesse en subissait durement les conséquences.

 

La reconstruction industrielle et foncière était longue et les moyens techniques pour la réaliser archaïques et ralentis par la pauvreté des moyens financiers disponibles.

 

La plupart des familles sortaient appauvries de la guerre et incapables d’aider les jeunes foyers qui s’installaient.

 

Ce fut le cas de notre jeune couple qui non seulement épargnait pour s’établir mais, de plus, avait à cœur de participer aux charges des siens. (Il y avait des deux côtés un jeune aux études.)

 

Cette lente restauration économique qui a pesé sur notre niveau de vie, a duré jusqu’aux environs de 1960. Et puis, ce fut l’explosion et l’enivrement de la consommation des « Golden sixties » jusqu’en 1974, avant la longue crise mondiale et les dangers d’une confrontation est-ouest, jusqu’à la chute du mur de Berlin (érigé dans la nuit du 12 au 13 août 1961 et abattu le 9 novembre 1989) et l’effondrement du communisme.

 

Quelle évolution incroyable, en quelques décennies, du niveau de vie de la plupart d’entre nous ! Quel bouleversement des habitudes dans la jouissance du confort que procure l’actuelle société !

 

Mais aussi quelle insatisfaction latente de chacun devant des besoins qu’inconsciemment nous nous sommes créés, toujours plus grands et qui dépassent facilement nos moyens.

 

Quel dilemme aussi pour la société actuelle confrontée aux crises larvées, qu’elles soient structurelles ou politiques, qui minent lentement le système !

 

Et pourtant, l’optimisme reste de mise devant la fantastique organisation économique qui s’est mise en place patiemment depuis quelques dizaines d’années et qui semble réguler le système.

 

Son action rabote les pics et les creux et on doit se réjouir que des événements de l’ampleur de l’effondrement des tours du W.T.C., de la guerre d’Afghanistan et de l’avènement de la monnaie unique européenne malgré le chômage qu’il provoque à cause des regroupements d’affaires, aient pu être contrôlés d’une manière aussi satisfaisante, bien que dangereusement compromis par des crises structurelles comme celle que nous subissons actuellement.

 

C’est dire toute la complexité d’une réflexion qui porte sur la philosophie de deux époques : la nôtre avec la maturité précoce de sa jeunesse de guerre qui assumait très tôt des responsabilités lourdes et contraignantes et celle de ses descendants qui, tout en étant confrontés à un instrument économique aussi élitiste, sont fragilisés par un système qui prône avant tout le confort et le loisir.

 

Cette longue parenthèse pour mieux faire comprendre la mentalité de notre petit couple qui a sacrifié quinze mois d’intimité conjugale à laquelle il aspirait et que son option philosophique ne lui permettait pas d’assouvir en dehors des liens sacramentels du mariage.

 

Ces quinze mois d’ascèse physique cruelle, il se l’est imposé par « devoir filial », notion surfaite de nos jours.

 

D’une part, nous avons voulu ménager nos parents qui des deux côtés venaient de subir le « choc » du mariage des deux aînés d’un côté et de mon frère Pierre de l’autre et d’autre part, nous nous étions imposé un « point d’honneur » ou d’orgueil si vous voulez, d’économiser des fonds suffisants pour faire face à tous les frais de mariage et d’équipement ménager. Quant au mobilier, il sera acquis grâce au financement d’un prêt à tempérament, remboursable en deux ans.

 

Ces quinze mois de « fiançailles » furent longs, longs et interminables… Mais ils furent riches d’investigation profonde dans l’intimité de notre sensibilité, à la découverte de la profondeur et du respect de l’autre.

 

Avec le recul du temps, quand nous en parlons, nous en concluons que cette longue attente nous a permis de révéler, en l’approfondissant, un sentiment supérieur qui sera le fondement le plus durable de notre union.

 

Ce jour tant désiré, finit tout de même par venir. Il était subordonné à la libération par ses locataires d’une petite maison, située à quelques dizaines de mètres de celle de mes futurs beaux-parents.

 

Ceux qui l’occupaient l’avaient louée provisoirement en attendant que le bien qu’ils faisaient construire soit habitable. C’est dire le jeu de « chaises musicales » qui détermina la date de notre mariage ainsi reportée de semaine en semaine.

 

{4} Finalement, le 26 décembre, lendemain de Noël, s’imposa pour de multiples raisons, dont l’essentielle  fut ma disponibilité professionnelle.

 

Ce sera d’ailleurs toujours ainsi tout au long de ma vie. Ma douce aimée, comme la plupart des compagnes de ceux qui font carrière, sera toujours à mes côtés pour subordonner son confort et la vie familiale aux impératifs de mon métier.

 

En période de fin d’année avec les clôtures de bilans, les trois jours de congé que je me suis autorisés, avaient l’avantage de se situer dans une période d’euphorie générale et de ralentissement des activités professionnelles bien caractéristique.

 

Ce jour qui voit s’officialiser civilement et religieusement, dans nos civilisations judéo-chrétiennes, l’union de deux êtres par le mariage, se leva enfin.

 

A l’époque, et dans l’état d’esprit dans lequel je me trouvais, il prenait une importance symbolique, sacramentalement essentielle, qu’on ne lui accorde plus autant de nos jours.

 

La réjouissance festive et folklorique a pris le pas, s’il ne l’annihile pas, sur la solennité d’un engagement religieux au caractère fondamental de lien sacré indissoluble.

 

Ici encore, je ne m’impose pas en censeur d’époque, mais tiens à relever les différences rendant celle que j’ai vécue exagérément contraignante.

 

Très tôt, ce matin-là, avant de me lever, je pris conscience de l’importance de cette date officielle de l’engagement d’un couple dans la vie et me mis à rêver.

 

Optimiste et entreprenant, je me voyais réaliser de grandes choses : une grande famille, une belle carrière, une œuvre poétique, mais surtout un grand amour. J’ai réalisé tout ça : ce livre en est le témoignage.

 

Je me rendis chez elle pour la prendre à mon bras et sortir de sa maison comme c’est la tradition.

 

Elle était radieuse, une petite flamme dans les yeux. Nous nous regardâmes longuement comme si c’était la première fois.

 

Attendri, le miroir du hall reflétait notre image embellie de profondeur en demi-teintes comme pour en garder toujours le souvenir.

 

Le passage obligé à la maison communale nous replongea dans la réalité administrative d’un acte qu’un échevin nous a lu d’une voix monocorde et que nous avons écouté poliment.

 

Et puis ce fut un nouvel enchantement. La neige se mit à tomber légèrement en pétales blancs qui se posèrent délicatement sur nous pendant les quelques instants qu’il nous fallut pour entrer dans l’église.

 

Le curé de la paroisse que nous aimions bien nous accueillit et nous précéda pendant que s’élevaient dans la majesté des voûtes des accords que le Père Charles, franciscain, ami de la famille de celle qui s’appuyait comme un souffle léger sur mon bras, faisait retentir avec tout son talent de grand musicien.

 

Ces moments seront toujours émerveillement dans notre histoire d’amour.

 

Nous avancions solennellement avec devant nous, se rapprochant lentement, le chœur de l’église dans toute sa décoration somptueuse de Noël.

 

Des fleurs, blanches surtout, sur et autour de l’autel, des sapins pleins d’étoiles et au centre, dans les tulles et les roses blanches, les personnages principaux de la crèche d’une grande simplicité dans leur blancheur monochrome.

 

L’oncle Paul avait accepté d’être le célébrant. Le curé de la paroisse qui était un homme merveilleux de bonté, intime de la famille, administra le sacrement du mariage.

 

Monseigneur Boone, doyen de Bruxelles, devenu un ami, assistait dans le chœur à la cérémonie et le Père Charles, au jubé, faisait chanter doucement les orgues pour mieux encore graver dans nos cœurs toute la poétique profondeur d’instants sublimes.

 

Maintenant encore, plus de cinquante ans plus tard, nous nous penchons avec émotion sur cette belle page de notre passé qui « sacralisera » un amour qui se veut éternel.

 

Ces emportements lyriques en surprendront plus d’un, peut-être jusqu’à l’incompréhension. Qu’ils nous pardonnent alors ces accents qui sont sans doute « ringards » de nos jours !

 

Après la cérémonie, ce fut la traditionnelle sortie, avec les « vivats », le riz porte-bonheur, les photos et le retour dans les voitures. C’étaient de belles limousines noires louées avec chauffeur, avantage obligé de l’époque où seules les familles bien nanties disposaient de voitures privées.

 

Le curé de la paroisse, toujours obligeant et en reconnaissance des services rendus par mon épouse, nous avait cédé le local des fêtes pour la réception.

 

Avec l’apéritif, nous avons fait sensation en servant en amuse-bouche les premiers « œufs de lump », faux-caviar qui venait de sortir des magasins spécialisés.

 

Le repas de circonstance pour une vingtaine de proches, eut lieu dans un restaurant du centre de la ville, dans une très bonne et affectueuse ambiance familiale.

 

Le « voyage de noces » ou « tour de noces » comme cela se disait aussi, se limita à une nuit d’hôtel au centre de Bruxelles, un repas léger dans un petit restaurant et un film dans un cinéma, un rien luxueux.

 

Nous avions surtout hâte de regagner un nid qui venait tout juste de se libérer, nos fameux locataires provisoires l’ayant finalement occupé jusqu’à la veille de Noël.

 

Ce soir-là, nous nous retrouvâmes, enfin seuls, dans le cadre déroutant d’une chambre d’hôtel.

 

Une fatigue immense nous enveloppait de ses lourdes brumes. Nos corps étaient lumineux et beaux, étendus sur une couche blanche, éclairés des seuls rayons de la lune et des lumières que la ville faisait courir sur nous.

 

Nous nous endormîmes comme deux enfants sages, enivrés de bonheur, émerveillés d’une étreinte que révélaient nos corps dénudés.

 

Le bonheur est un jour,

Un jour de prière,

Un jour de lumière,

Le seul jour de toujours.

 

Le bonheur est l’amour

L’amour dans l’ultime

L’ultime des deux cœurs

Qui s’aimeront toujours.

 

Le bonheur est un rêve

Un grand rêve d’infini,

D’infini de l’intime,

En sa soif de sublime.

 

Le bonheur est la joie

De deux âmes folles

Qui se joignent avides

De corps qui s’affolent

 

Le bonheur n’est pas sage :

Le bonheur est passion.

Il est dans les nuages

Pour perdre sa raison :

C’est dans les nuages

Que le bonheur est fou.

 

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Prémonitoire, le poème qui va suivre fut écrit à cette époque ; il pourrait figurer, en fin de cet ouvrage, en chant de reconnaissance à la vie pour ce parcours d’amour et d’exaltation élevée qui fut nôtre. J’ai pensé aussi qu’il devait conclure ce chapitre central de notre existence en lui donnant la place qui lui revenait.

 

AU SOIR DE NOS VIES.

 

Ô ma douce !

Tu es le jasmin

Qui s’endort,

Pendant que j’écoute

En mon sang

S’égrener mes accords,

Grelotter mes sarments

En clochettes de campanules.

 

J’écoute, ô ma douce !

Ô toi que j’idolâtre,

S’enfuir dans le temps,

Très haut, très près de l’âtre

Nos grands rêves éveillés

Et nos deux vies accolées

En deux cœurs frémissants,

Plus vrai que la folie

De nos corps languissants.

 

J’écoute, ô  ma source !

Quand, au soir de nos vies,

Tous deux près d’un arbre saigné,

Aussi ridé que nos fronts,

Aussi noueux que nos doigts

Et tremblant comme sa cime,

J’écoute nos mercis échangés

Pour ce long, très long jour

De nos deux âmes enlacées,

Pour ce long, très long jour

De notre grand, si grand amour.

 

Ecoute, ô toi que j’aime

Tous nos mercis échangés

Pour le bonheur reçu,

Pour le bonheur donné,

Ecoute encore

Près du vieux chêne usé

Notre tout dernier serment

Et le murmure

De notre tout dernier amour.

 

Ecoute-les au crépuscule

Dans le silence de la nuit,

Dans le silence de l’infini.

 

 

------------

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

05/02/2010

Ch. 16 - Labofina, le centre de recherches de Petrofina

&

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances


ET APPEL POUR UNE AIDE PERMANENTE AUX ONG

Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement.

 


__

 

Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

__

Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

 

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

Chapitre 16 : Labofina. (devenu Fina Research)

TABLE DES REPÈRES : {16.1} Après quatre ans, je suis transféré avec mon chef à Labofina, centre de recherches du groupe - Description de ce supérieur pittoresque, qui dû rendre d’énormes services au groupe quand il était l’employé de Maurice Clément, le chef du personnel et directeur administratif - {16.2} Après quelques années, il sera victime d’une thrombose cérébrale et contraint d’arrêter, ce qui me permit de lui succéder - {16.3}Hommage à un collaborateur fidèle, humble et discret qui me soutint pendant toute ma vie professionnelle - {16.4} Explication de la technique comptable des « écritures en partie double » et étonnante intervention du subconscient dans la découverte d’une falsification habile opérée par un collaborateur –

 

{16.1} Dans cette tour d’ivoire qu’était notre département des Finances au sein du groupe Petrofina, du fait de son importance stratégique, notre petite bande de « grands gamins » peu conscients de l’importance des opérations dont ils étaient responsables, tentaient de rompre l’austérité de leur emploi par de facétieuses incartades dont devenaient victimes nos vieux collègues, mais surtout le cerbère grillant sa pipe placidement installé derrière nous.

 

Nous commencions la journée par le rite essentiel du dépouillement et de la répartition du courrier, après qu’il eut été passé au crible de la haute direction.

 

Ce cérémonial avait lieu autour du bureau du « chef », qui d’abord vidait sa pipe dans un grand cendrier en demi-cristal, la bourrait, l’allumait dans un grand grésillement juteux, pour s’attaquer, plein d’importance, au gros paquet de documents de tous genres qu’un « huissier » lui avait placé à portée de main.

 

En face de lui prenait place celui qui avait la tâche essentielle d’établir la « trésorerie » que la direction exigeait pour onze heures afin de prendre les dispositions nécessaires à la mise en place de sa stratégie financière.

 

Personnage étonnant et pittoresque, supérieurement doué en calcul mental, il était capable de rivaliser avec les machines à calculer du moment. Très amusant, blagueur, c’était un bon copain qui grimpera très haut dans la hiérarchie de Pétrofina et même aurait pu terminer aux postes les plus élevés, s’il avait fait montre de plus d’opportunisme et d’entregent.

 

Cette prouesse matinale de jonglerie dans les débits et les crédits, l’actif ou le passif du bilan de la société avec conversion dans toutes sortes de devises s’effectuait manuellement sur des feuilles pré-imprimées de « T » (double potence dont la partie gauche était réservée aux débits et la droite aux crédits).

 

Notre chef, tout en suçotant sa pipe qui chuintait son jus, dépouillait le courrier et le distribuait à chacun, réuni autour de lui, tout en en dictant les chiffres à son vis-à-vis qui les notait dans ses « Té », comme disent les comptables.

 

L’exercice était difficile, certaines opérations demandant réflexion, aussi était-il fréquent que notre « boss » se trompât de côté. Notre surdoué collègue, champion de la lecture à l’envers de documents nébuleux et illisibles, le surveillait nonchalamment et avec une subtilité qui nous a toujours épatés, corrigeait sans sourciller.

 

Ce rite, pittoresque à souhait, ainsi que nos nombreuses blagues de joyeux « collégiens » feront toujours partie des souvenirs que nous nous plaisons à rappeler quant nous nous retrouvons entre anciens : des mots et des phrases qui resteront célèbres, mais aussi des gamineries les plus idiotes ; jugez-en vous-même à l’énumération non exhaustive de telles facéties :

 

- Elastiques coupés en morceaux mêlés au tabac de sa pipe juteuse dont nous dûmes subir les effluves de pneus brûlés au jus de chique pendant quelques jours ; notre brave patron ne semblait pas s’en apercevoir : peut-être avait-il les facultés olfactives amoindries par l’usage du tabac fort de son « Flobecq » natal ?

- Emballage d’un « Herve » bien avancé, collé sur la paroi arrière de son tiroir, empestant son habitat, à tel point qu’il nous mobilisa tous pour rechercher l’animal crevé qu’il croyait coincé dans ses tiroirs… Imaginez la partie de plaisir que ce fut… le Herve, lui, finit par sécher…

- Pipe quasi bouchée à la colle forte et allumettes, habilement camouflées dans le conduit, qui le rendait écarlate des efforts qu’il faisait pour en tirer quelques misérables bouffées…

- Et d’autres des plus vaches qu’il vaudra mieux taire…

 

Irrévérencieux et rosses, nous aimions caricaturer ses propos en exagérant le chuintement qui lui faisait transformer les « s » et les « z » en « che » (il n’était pourtant pas Auvergnat).

 

Quand il se voulait bonhomme et en confidence, il se penchait vers son interlocuteur, très paternel, en disant : « cha fieux, chest pour votre dochier (dossier)… », on savait, alors que c’était un document très utile … qu’il fallait tenir à l’œil

 

Quand on lui demandait ce que représentait le diminutif de la décoration qu’il portait à la boutonnière et qui récompensait vingt-cinq années au service d’une même société, il répondait : « Cha fieux, chest les années de travail. »

 

Un jour, il me suivit dans le couloir en me disant : « Mailleux, venez avec moi, on va aller pisser … ».

 

Interloqué, cependant convaincu de l’innocence de ses intentions, je le suivis et c’est tout en nous soulageant chacun dans notre « box » et ensuite en nous lavant les mains, qu’il me fit part, très confidentiellement, d’une proposition qui lui était faite d’être affecté comme chef du personnel et responsable administratif de la société que le groupe avait créée pour y installer son centre de recherches et de développement.

 

Ses « parrains » de la maison-mère l’avaient baptisée « Labofina », premières syllabes de laboratoire et dernières de Petrofina.

 

Excellente expérience pour moi, j’avais été chargé d’accomplir, peu après mon entrée, toutes les démarches légales nécessaires à la création de cette filiale et de mettre en place ses structures comptables et financières.

 

Pendant la construction de ses superbes installations, un peu en dehors de Bruxelles, j’avais reçu mission de veiller à la bonne tenue de ses comptes et de son organisation administrative : j’étais donc le collaborateur rêvé pour mon vieux chef, et, comme on dit maintenant, « cerise sur le gâteau », d’un naturel soumis et dévoué.

 

La nouvelle, encore à l’état de projet, était ultra confidentielle, aussi mon boss avait-il choisi curieusement cet endroit incongru pour me lâcher le morceau et me convaincre de le suivre.

 

Je n’avais pas fort le choix et puis je compris bien vite qu’on tenait à ce transfert pour introduire dans cette société bien jeunette et turbulente un « pion » chevronné qui ferait entendre raison aux plus dissipés de ses jeunes recrues et que lui n’irait pas sans moi.

 

C’est ainsi que par un froid matin de novembre 1956, je pris possession d’un beau bureau, situé dans une bâtisse aux allures de moderne et vaste pavillon doté d’un étage, situé le long d’une chaussée bordant un canal industriel, à deux pas du petit port pétrolier de Bruxelles.

 

Il y avait sur le devant, une vaste aire d’accueil agrémentée de parterres de fleurs, de buissons ornementaux et de beaux et fringants jeunes arbres aux essences de grande classe.

 

C’est avec le sentiment paisible d’un long voyage accompli que je me remémore maintenant ce premier jour, origine d’une carrière fertile en événements heureux, épiques ou douloureux, et que je me rappelle ce bâtiment dont j’ai tant parcouru les couloirs, grimpé quatre à quatre ou dégringolé le grand escalier de marbre blanc veiné de gris qui prolongeait si harmonieusement son spacieux hall d’entrée.

 

Une réceptionniste-téléphoniste avenante, confortablement installée dans son local vitré au guichet grand ouvert (pas la crainte des hold-up à l’époque), y accueillait les visiteurs qui avaient franchi son grand portail de verre épais en leur offrant son sourire et le confort de quelques fauteuils esthétiquement disposés.

 

Cette première année fut heureuse et très agréable. Je sortais d’un environnement contraignant et difficile, cœur battant d’une affaire en plein développement. Comme je l’ai déjà signalé, mes collègues de Petrofina et moi étions sans cesse sous pression, confrontés aux problèmes inhérents à la rapide expansion de la société.

 

Rien de tout cela dans mon nouvel emploi : aucune contrainte de délai, un entourage de jeunes universitaires ou techniciens de haut niveau, fraîchement sortis de leurs écoles, qui avaient pour mission de mettre en place un outil de recherche dans des domaines nouveaux à explorer dont le calendrier des résultats était difficilement programmable.

 

Dans ce milieu très « student » (étudiant) comme on dit en Belgique, régnait une ambiance bruyante de potaches débridés, joyeuse et débonnaire qui me convenait fort bien.

 

Cette période de répit fut malheureusement pour moi de très courte durée. Réglée comme du papier à musique, ma tâche avait ses « tempo », ses « allégro furioso » ou ses « cantabile » ; et moi, l’employé aux écritures de son centre de recherches, n’était que le tout petit flûtiste du grand orchestre comptable de Petrofina, attentif aux mouvements de la baguette de son grand chef, l’administrateur responsable des finances.

 

Tiraillé entre ces impératifs et les sautes d’humeur de mon  patron  qui cherchait à se dédouaner de ses complexes en contrariant la moindre de mes initiatives, je vécus une période intellectuellement très nébuleuse où je m’ingéniais à trouver le compromis idéal entre des exigences incohérentes et l’application de règles découlant du simple bon sens.

 

Qu’était-il arrivé à mon vieux chef ? Pourquoi nous compliquait-il ainsi la vie à tous les deux ?

 

{16.2} Lentement, un mal s’insinuait dans son cerveau, durcissant des cellules, en augmentant son agressivité. Quelques années plus tard, il fut victime d’une thrombose cérébrale et forcé d’arrêter.

 

Pendant sa convalescence, j’allais le voir, une à deux fois par semaine, et je garde le meilleur souvenir des conversations que nous eûmes alors ; nous nous étions entendus avec son épouse, joyeuse et exubérante personne, pour ne jamais parler de son travail : c’était à l’évidence ce qui le perturbait.

 

Je savais qu’il m’appréciait et pendant cette période ténébreuse, nous avions cependant de bons moments ensemble. Il me révélait sa jeunesse, sa vie difficile de comptable d’une usine allumettière et ses premières années dans la Petrofina d’avant-guerre.

 

Dès qu’on abordait la période des années de la guerre 40-45, il devenait pensif. Que s’était-il passé, alors ? (Voir à ce sujet l’introduction)

 

Il avait certainement été un bon serviteur, rendant de nombreux et précieux services dans des moments périlleux et difficiles. Aussi, apprécié par les grands patrons de la société, a-t-il toujours été protégé et ménagé.

 

Je réalisais bien cette situation de même que mes supérieurs de Labofina, à l’époque un directeur-général et un directeur.

 

Pourtant, que de difficultés avons-nous rencontrées pour concilier ses sautes d’humeur avec la poursuite normale de nos activités qu’il contrariait, semble-t-il, à plaisir !

 

Pour moi, ce fut une période de ma vie des plus pénibles, tellement j’étais vulnérable et susceptible. La moindre de ses « fantaisies » et son injustice me blessaient douloureusement.

 

Je m’efforçais de satisfaire tout le monde et surtout mes grands patrons. Pour ne pas indisposer mon fantasque chef et éviter les problèmes, ils me chargeaient de faire passer subrepticement des commandes qu’il lui prenait la fantaisie de ne pas autoriser.

 

Tant bien que mal, terrorisé à la pensée qu’il pourrait s’en apercevoir, j’imaginais toutes sortes de stratagèmes pour fournir sous cape des renseignements qu’il ne voulait pas donner ou faire suivre aux fournisseurs des commandes de matériel qu’il ne voulait pas approuver.

 

Nous devions aussi nous organiser pour que les factures ne tombassent pas entre ses mains. Comme j’étais chargé de la surveillance des budgets, je devais faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour camoufler et harmoniser tout ça. Aussi mes nuits étaient-elles lourdes d’angoisse et peuplées de cauchemars qui me réveillaient en sueur, livide et tremblant…

 

Je n’exagère pas : il faut comprendre l’état de dépendance psychologique dans lequel je me trouvais. Par éducation et par traditions propres à mon milieu, j’étais un être soumis à l’autorité en place et respectueux de l’ordre établi. De plus, inquiet et scrupuleux, je me sentais coupable de trahison et ce sentiment me torturait de remords.

 

Si je n’ai pas sombré, si j’ai pu résister à ce régime d’anxiété et à ces nuits de terreur qui ont menacé ma raison pendant une dizaine d’années, c’est que j’avais épousé un ange qui se tenait à mes côtés, me transmettant sa belle assurance, et m’ouvrait des coins d’éden où j’allais me réfugier avec elle en rêve et en réalité.

 

Avec délicatesse, et grande pudeur, je révélerai au chapitre suivant ce coin secret de ma vie que je ne peux passer sous silence tellement il en est la raison et l’aboutissement.

 

Le poème qui va suivre traduira mieux cet état d’angoisse et de cauchemar que je ne voulais cependant révéler à personne.

 

Hydre monstrueuse

Aux tentacules fiévreux,

Hantise de mes nuits d’angoisse,

Tu envahis mon âme

Pour y trancher la trame

De tes sept bras de feu.

 

Rongeuse de mes nuits acides,

Tu habites mes cauchemars

De relents de ragoût fétide

Abandonné dans ton départ.

 

Pauvres songes délaissés

Pour de cruels tourments,

Pauvre enfant de mes rêves lassés,

Perdus dans mes nuits désolantes

En quête d’inutiles firmaments.

 

{16.3} Quand nous nous arrêtons sur le chemin sinueux de notre existence, et que nous nous retournons pour en revoir le parcours, nous nous attardons avec bonheur sur les coins ensoleillés des moments heureux en laissant dans l’ombre ceux qui ont été marqués par la souffrance et le malheur. C’est là le côté merveilleux du souvenir : il estompe les coins sombres.

 

Ce retour en arrière, ne va pas sans l’évocation des compagnons de route qui l’ont animé ; cependant parmi ceux-ci, nous finissons par ignorer, tellement il est discret, le dévouement sincère et désintéressé de certains, souvent caché par les manifestations des autres qui se plaisent à en étaler l’importance.

 

ang="FR" lang="FR">Aussi je me dois de donner une place de choix à quelqu’un qui fut toujours à mes côtés, avec une telle humilité et une telle discrétion que je ne m’apercevais presque plus de sa présence et de l’utilité de ses services .

 

Pourtant, avec une constance et une efficacité remarquable, il assurera l’intendance de notre société en continuel développement  (économat, magasins, messagerie, surveillance). C’est seulement maintenant que je réalise combien il a discrètement résolu de problèmes sans jamais s’en prévaloir.

 

Transfuge comme moi de la comptabilité de Petrofina, il était un des deux employés à la mécanographie qui m’avaient mis si mal l’aise, lors des présentations du jour d’entrée.

 

Très autoritaire et de carrure imposante, il terrorisait inconsciemment ses employés qui redoutaient ses emportements et pourtant, il était aussi bon que la brioche chaude du matin.

 

Je soupçonne mes anciens collègues du département des Finances de Petrofina de me l’avoir envoyé pour se débarrasser d’un personnage rocailleux en constante maille à partir avec les comptables.

 

Je trouve intéressant, maintenant, de narrer une anecdote qui me permettra d’illustrer l’importance que peut avoir le subconscient quand on arrive à le décrypter.

 

{16.4} Pour les comptables, une période cruciale et inéluctable est celle qui précède l’assemblée générale des actionnaires. C’est alors que se clôturent les bilans que les commissaires vérifient en contrôlant les balances de comptes.

 

Dans les premiers temps de la comptabilité, les comptables passaient les écritures dans ce qui s’appelait un livre journal.

 

Cette opération consistait à porter un montant au débit d’un ou plusieurs comptes pour en mettre les soldes à jour tout en inscrivant leur contrepartie au crédit d’un ou plusieurs autres comptes, les totaux des éléments inscrits de part et d’autre devant être rigoureusement identiques.

 

Les « teneurs de comptes » reproduisaient ensuite le détail de chaque écriture dans le Grand Livre des comptes. Ces opérations permettaient de garder ces comptes à jour et d’en connaître le détail.

 

La hantise des comptables de l’époque était d’éviter les erreurs de transcription, naturellement fréquentes dans une multitude d’opérations journalières.

 

Pour avoir la certitude d’une reproduction rigoureuse des écritures et de l’exactitude de leurs totaux, il suffisait de vérifier que le total des montants inscrits au débit correspondît bien au total des montants inscrits au crédit : c’est ce qu’on a appelé la balance des mouvements.

 

Le total de cette balance des mouvements du Livre Journal doit être identique évidemment à celui de la balance des mouvements du « Grand Livre ».

 

C’est cette technique très simple qui a permis l’évolution du commerce, des affaires et des opérations bancaires.

 

L’astuce de la comptabilité à décalque qui fut imaginée par la suite, consistera à reproduire les éléments de l’écriture grâce au papier carbone glissé entre le « compte » et le livre journal et de réaliser ainsi en une fois les deux opérations. On s’économisait ainsi le cauchemar des mauvaises retranscriptions et par conséquent des erreurs de « mouvements ».

 

On inventa d’ingénieuses et pourtant simples « plaques » à décalque sur lesquelles se trouvait la feuille de journal qui, grâce à un curseur muni d’une pince, permettait d’aligner le compte du Grand Livre sur le tracé du journal, et ainsi d’effectuer les deux opérations en une seule « écriture », l’une étant le calque de l’autre.

 

L’importante firme américaine « National » qui avait mis au point les fameuses « caisses enregistreuses » qui se trouvaient, dans le passé, sur tous les comptoirs des grands magasins, eut l’idée de transformer son article vedette en machine comptable.

 

C’était une énorme machine à écrire avec des compteurs pour chaque colonne qui mettait à jour chaque opération.

 

Finies les fastidieuses et longues colonnes d’additions. Terminés les longs soirs et les lourdes nuits de « pointages » de chiffres pour en découvrir la mauvaise retranscription dans les milliers d’opérations d’une grosse société. La « machine comptable » infaillible se chargeait de tout, et pourtant…

 

Pourtant, voilà l’aventure qui nous arriva. Comme chaque année, nous n’avions plus que quelques jours pour clôturer les comptes avant le contrôle éventuel du commissaire.

 

Contrairement à toute attente, le total de la récapitulation des mouvements du débit ne correspondait pas à celui des crédits.

 

Le laboratoire se développant assez rapidement, nous avions reçu l’apport d’une secrétaire et d’un aide-mécanographe, libérant ainsi celui dont j’appréciais tant le dévouement discret.

 

L’employé qui maintenant opérait sur la machine comptable était également un transfuge que Petrofina nous avait imposé, environ une année auparavant.

 

La tâche de ce «mécanographe » consistait à recopier les opérations que le « comptable » lui avait transmis sur un « manifold » dont il gardait une copie. Son travail de « copiste » était donc très simple et consistait à recopier chaque écriture sur la fiche qu’il sortait d’un bac contenant tous les comptes du bilan. Périodiquement, la transcription des soldes de tous ces comptes et leur addition permettait la confection d’une situation bilantaire. (Voir au chapitre 26 « Les gros sous » un exposé très complet de la technique comptable)

 

Un jour, le malheureux s’arrachant les cheveux et ne sachant plus à quels saints se vouer devant l’inexactitude de sa balance des comptes, nous avait appelés pour l’aider à en sortir.

 

Pour nous, comme il s’agissait d’une erreur de mouvement et que ceux-ci ne pouvaient qu’être corrects puisque reproduits par décalque, nous n’étions pas trop inquiets et assez sur de nous, aussi nous négligeâmes l’affaire jusqu’à ce qu’elle devint urgente.

 

Mais alors, mystère, impossible de déceler l’erreur ! Et le réviseur qui s’annonçait pour le surlendemain !

 

On imagine notre angoisse pendant les heures qui suivirent…

 

Bernique pour nous : nos investigations les plus fouillées et les plus astucieuses n’aboutissaient à rien…

 

Il était deux heures du matin… Le contrôle était prévu pour dix heures…

 

Désespérés, nous redoutions la confrontation que nous allions avoir avec le réviseur qui est obligatoirement un indépendant légal avec devoir de contrôle des comptes…

 

Il devrait renoncer à sa mission et rentrer au Conseil d’Administration un rapport de carence, voire d’incompétence me concernant.

 

Découragés, hagards par manque de sommeil, nous rentrâmes chez nous comme des automates épuisés dont le ressort est à bout de course.

 

Ce qui se passa ensuite restera toujours pour moi une preuve évidente de l’existence du subconscient qu’il serait intéressant de pouvoir contrôler pour s’en servir : dans une décision, il est aussi utile de tenir compte du flair et de l’instinct que de s’en tenir à la seule rigueur de la raison.

 

Hébété, comme un zombie, je m’écroulai dans le lit, mon épouse qui se tenait au courant heure par heure, me serrant dans ses bras pour me réconforter.

 

Ai-je dormi ? Etait-ce un état second ? Je ne sais trop ! Mais voilà l’histoire étonnante qui m’est arrivée dans un cauchemar que je vais m’efforcer de reconstituer. Il m’a tellement interpellé qu’il est resté incrusté dans mes souvenirs avec les détails abracadabrantesques propres à tous rêves.

 

Je suis entré dans un monde vert-eau presque transparent… avec pénétration dans une matière enveloppante qui me réduisit à l’état d’un élément subtil, sorte d’ectoplasme qui se mit à voyager dans un univers de comptes couchés les uns sur les autres dans des grands creux.

 

Un courant léger, à peine perceptible, les faisait onduler comme pour leur donner vie. Mon « ectoplasme » s’étant glissé dans leur onde et se faufilant entre les comptes, finit par en choisir un, auquel il se confondit.

 

Et puis, ce fut le trou noir et comme un gargouillement d’égout qui se vide. Le monde noir se mua lentement en bleu-eau presque transparent…

 

Mon « ectoplasme » reprit sa lente « ondulade » pour encore retrouver ce compte sur lequel les nombres s’alignaient peureusement comme effrayés par le dernier qui sous une ligne se prétendait leur total.

 

Et puis, je retrouvai, angoissé, le même et obsédant trou noir avec ce borborygme typique d’un liquide qui se force un passage.

 

Le trou noir se mua lentement en rouge feu violent qui me dévorait les yeux tandis que le prétentieux total, celui qui plastronnait couché sous une ligne, ricanait sataniquement en me traitant d’imbécile.

 

Puis soudain, du trou noir sortit, comme un diable d’une boîte, Diaphane-prof qui m’invitait à le suivre. Nous ondulâmes tous deux à travers les comptes jusqu’à celui dont un des totaux m’avait insulté.

 

Les montants du compte étaient en pleine révolution, ils ne voulaient plus de l’arrogant total qui sous sa ligne ne cessait de les scandaliser de ses propos malveillants.

 

- C’est un intrus, criait Diaphane-prof, très excité.


- Dehors, hurlaient tous les autres.

 

Sentant que l’affaire allait mal tourner, je tentai de calmer le jeu.

 

- Mais pourquoi ne voulez-vous pas de lui, nous allons demander au compteur de vérifier s’il est bien votre total.


- Dehors, c’est un intrus, reprenaient en cœur tous les montants de la colonne.

 

Le compteur que j’avais consulté me confirma que le total soupçonné de faux correspondait bien à la somme de tous les chiffres. Ma plaidoirie en faveur du malheureux contesté ne servit à rien.

 

On ne m’écouta pas, pas plus que Diaphane-prof qui s’était rangé de mon côté ; aussi fûmes-nous rejetés du compte en pleine révolution. Nous sombrâmes tous deux dans un trou noir sans fond…

 

Je m’en suis bien sûr sorti en me réveillant, mon épouse, à mes côtés, effrayée de l’état d’excitation dans lequel je me trouvais.

 

- Il faut que j’aille au bureau, vérifier un compte qui m’a tourmenté toute la nuit.

 

Nous nous précipitâmes, en pleine nuit, réveiller le concierge qui nous ouvrit, assez ahuri.

 

Fébrilement, je sortis le compte et le reconnus aussitôt, comme s’il n’y avait plus que lui, alors qu’il n’était utilisé qu’occasionnellement.

 

Mais, atroce déception, tout était juste, de même la feuille de journal qui en était le duplicata par décalque de chaque ligne…

 

Je sentais peu à peu ma raison sombrer… Mais que s’était-il passé ? Et que me voulait mon subconscient qui semblait obsédé par ce compte ?

 

La tête entre les mains, mes yeux ne quittaient plus les documents qui flamboyaient devant moi, allant du compte au journal qui en était pourtant la copie rigoureusement exacte. Comment était-il possible que les mêmes chiffres ne donnassent finalement pas le même résultat ?

 

Et puis, je me sentis comme attiré par un montant qui semblait me narguer vicieusement, perdu dans la grande feuille de papier calque, bondée de chiffres noirs et gras, avec une arrogance de défi dans sa duplicité de chiffre truqué dans sa reproduction carbonée.

 

Je le comparai avec celui dont il devait être l’exacte reproduction : les deux montants étaient différents. Quelle adresse avait-il fallu à notre employé pour reproduire (mal, malheureusement pour lui et pour nous) par transparence sur le calque cette donnée ?


Comme Archimède, je criai « eurêka », j’ai trouvé… ! J’ai trouvé… !

 

Je m’interroge toujours sur cet événement que je n’arrive pas à expliquer, cette perception subtile qui dépasse notre entendement mais qui s’appelle aussi intuition. Toujours est-il que nous étions sauvés.

 

Comment cependant un tripotage pareil avait-il été possible ? Comment un honnête garçon, au demeurant pas très dégourdi, était-il parvenu à truquer d’une manière aussi habile, digne du meilleur faussaire, un système aussi performant ?

 

Un drame humain était à la base de tout ça et je m’en voudrai longtemps de n’avoir rien perçu.

 

Notre pauvre mécanographe, transfuge de Petrofina, nous avait été envoyé pour commencer une carrière comptable. Cependant, il se trompait facilement, ce qui agaçait son chef, mon dévoué collaborateur qui, peu patient et assez autoritaire, le terrorisait de ses colères.

 

Pour s’éviter des confrontations pénibles, il était passé maître en rectifications truquées, indécelables.

 

En avait-il dû passer des heures et peut-être des jours de patience pour mettre au point une technique destinée à recommencer des comptes erronés ou cochonnés sans qu’on ne s’aperçoive de la manœuvre !

 

C’était bien entendu sans conséquences tant que ses corrections étaient rigoureusement exactes et qu’aucune erreur n’avait altéré la reproduction des chiffres.

 

Malheureusement pour lui et pour nous, ce ne fut pas le cas cette fois-là et vous en connaissez la suite.

 

Pris de remords de n’avoir pas perçu ce drame humain, je parvins à convaincre mon irascible collègue d’indulgence.

 

Ce sera avec beaucoup de ménagement que nous en parlerons au pauvre diable, en lui faisant promettre, comme à un petit gosse, de ne plus recommencer.

 

 

 

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02/02/2010

Ch. 15 - Petrofina devenu Total

&quo

ET APPEL POUR UNE AIDE PERMANENTE AUX ONG

Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier)

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

__

 

Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

__

Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

__

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

Chapitre 15 : Petrofina

TABLE DES REPÈRES  : {15.1} J’ai vingt-trois ans et je serre précieusement le diplôme que je viens d’obtenir de la Chambre Belge des Comptables, mais je suis toujours refoulé, tout en ayant été sélectionné, à cause de mon état de santé révélé par le pneumothorax qui apparait aussi bien à la radio qu’à l’auscultation - Cependant, une chance incroyable chez un vieux médecin me font réussir cette épreuve insurmontable pour moi, ce qui me permet d’entrer à Petrofina, à l’époque de sa renaissance - {15.2} J’ai la charge importante des écritures diverses, celles qui demandent le plus de connaissances et je parvins à m’en sortir - Pourtant à l’époque, nous étions mal outillés, l’informatique n’existait pas et les machines à calcul étaient rudimentaires - C’est avec ces outils archaïques que nous avons dû réaliser des opérations aussi importantes que l’acquisition des filiales américaines et canadiennes par émission d’actions dans une souscription ouverte au public du monde entier – {15.3} Les primaires outils de calcul de l’époque -{15.4} Transposition dans l’imaginaire des leçons de Diaphane-prof qui me fait entrer dans l’univers de l’ordre « mathématique » et constater la fragilité de notre « connaissance ».


{15.1} J’avais vingt-trois ans et contre moi je serrais précieusement un grand parchemin que je venais de recevoir des mains du Président de la} Chambre Belge des Comptables.

 

Ce sera le seul document officiel d’étude que je n’aie jamais recueilli dans ma vie. Il était très difficile à décrocher (nous n’étions qu’une trentaine de récipiendaires sur plus de deux mille inscrits pour l’ensemble des années d’étude) et j’étais un des plus jeunes à le détenir.

 

Il m’ouvrait les portes d’une profession modeste, pas très recherchée par les jeunes qui lui préféraient l’éclat des titres universitaires.

 

Pourtant, tapis dans l’ombre de leur activité peu glorieuse, les comptables pouvaient mieux que quiconque palper le pouls des affaires, en connaître tous les rouages et les secrets, et augurer de leur réussite ou échec, si bien que cette profession, au titre méprisé, donnait accès à des positions très confidentielles qui pouvaient devenir pour les opportunistes un tremplin vers des situations intéressantes voire importantes.

 

La société lyonnaise qui m’employait avait disparu, le nylon ayant remplacé avantageusement la soie.

 

Mais je visais plus haut : une grosse société. Cette ambition répondra toujours au besoin sécuritaire de tout un chacun et je n’échapperai pas à la règle.

 

Fort de mon diplôme, je me présentai aux sociétés les plus réputées de ma région, mais je dus vite déchanter.

 

Une confrontation redoutable m’attendait qui me vouait à l’échec : l’examen médical.

 

C’est ainsi que je fus refoulé successivement de deux grandes sociétés auprès desquelles j’avais réussi les diverses épreuves de sélection. On m’avait même fait signer le contrat d’embauche, tellement il semblait que l’examen médical à passer ne serait qu’une formalité.

 

Malheureusement pour moi, ces sociétés disposaient de médecins équipés de tout ce qu’il fallait pour dépister la moindre déficience.


Echaudé par ces deux échecs, je me tournai vers des sociétés moins importantes en espérant éviter la redoutable confrontation avec la « Faculté ».

 

Entre-temps, une cousine qui venait d’être engagée comme secrétaire à la Petrofina, avait communiqué mon curriculum vitae au patron qui l’avait engagée.

 

Ce groupe pétrolier, durement touché par la guerre, n’était pas encore très important à l’époque.

 

Cependant, les informations collectées autour de moi quant à son organisation n’étaient pas de nature à me rassurer. L’épreuve redoutable qui m’excluait était évidement au menu des confrontations à subir.

 

Aussi l’aventure étonnante qui me permit de sauter tous les obstacles vaut la peine d’être narrée dans le détail, tellement parfois la chance peut sourire insolemment.

 

Nous étions une petite cinquantaine de candidats sélectionnés à devoir subir une épreuve écrite. Il y avait de tout : quelques comptables, mais surtout des ingénieurs et licenciés en économie et commerce ; l’examen et l’interview départageant les candidats, je ne me faisais pas beaucoup d’illusions devant parterre aussi talentueux.

 

Une « baraka» incroyable me fit survoler toutes les épreuves. Comme nous étions destinés au contrôle des filiales, la question essentielle de l’examen écrit portait sur une analyse de bilan ; la question clignotait devant mes yeux comme le « bingo » de la loterie : je venais tout juste de terminer un travail personnel sur le sujet, ce qui me valut de me distinguer.

 

Rescapé de ce premier tri, l’épreuve psychotechnique qui suivit dirait tout sur mes capacités intellectuelles, révélerait mes qualités professionnelles et sociales et dénoncerait les défauts qui pourraient leur nuire.

 

L’Union Minière, énorme société d’exploitation minière en Afrique, disposait d’un service spécial qui se chargeait de ce travail pour sélectionner ses candidats ainsi que ceux de quelques sociétés de la place.

 

Deuxième « coup de bol », un de mes oncles avait créé et dirigeait un centre d’orientation professionnelle à l’armée. Ainsi que je l’ai signalé, plus avant, Il me demandait souvent de lui servir de « cobaye », si bien que les « tests » n’eurent plus beaucoup de secrets pour moi et que ceux qui me furent imposés devinrent des formalités dont je sortis tout à mon avantage.

 

Soutenu par ces deux entrées en matière où la chance m’avait permis de briller et d’être classé en ordre utile, j’affrontai l’entretien avec un des grands, décontracté et sûr de moi.

 

Cette « fausse » désinvolture, teintée cependant de quelque candeur, ne pouvaient que convaincre mon futur patron, qui m’engagea, conquis par ma jeunesse et mes bonnes intentions.

 

Pourtant, comme on s’en doute, il y avait encore très loin de la coupe aux lèvres.

 

Dans l’ascenseur qui nous menait vers la sortie, le Directeur Administratif et Chef du personnel qui venait de mener l’interrogatoire, me dit en me prenant par l’épaule : « Il n’y a plus qu’une formalité pour vous, à voir votre bonne mine (j’étais rose d’excitation) : l’examen médical… »

 

Heureusement, il était derrière moi et ne put voir la panique qui aurait dû me trahir. Continuant sur sa lancée, il me confia : « Figurez-vous qu’il y a deux semaines, le candidat que nous venions de sélectionner était tuberculeux… ».

 

C’était le coup de tonnerre le plus terrible qui soit dans un ciel bleu. J’avais l’impression que mon cœur se baladait dans ma gorge et s’écrasait sur mes gencives.

 

Il avait dit ça au moment où nous sortions de l’ascenseur, ce qui me permit de rep rendre mes esprits et de me donner l’air ahuri de celui qui n’en croit pas ses oreilles. Je ne dis pas : « c’est pas vrai ! » avec stupéfaction, mais c’est quelque chose comme ça.

 

Quelques jours après, je reçus la lettre classique d’engagement avec le contrat à renvoyer signé. Bien entendu, la condition suspensive de l’examen médical favorable y était mentionnée.

 

Je m’y présentai, terrorisé, prêt à me faire éjecter, une fois de plus ; c’était un généraliste…

 

Avec lui, j’évitais bien sûr, l’implacable épreuve de la radioscopie, mais je savais qu’aussi bien à la résonance thoracique qu’au stéthoscope, il découvrirait le vide créé par mes deux pneumos.

 

L’incroyable se produisit… Après l’interrogatoire habituel concernant les antécédents familiaux et mon passé médical que je trahis avec l’aplomb du désespoir, il me fit asseoir sur sa table d’examen médical.

 

Je fermai les yeux comme le condamné qui ne veut pas voir le couperet tomber. Mon cœur s’affolait sous la membrane de l’infernal engin qui devait sans doute renvoyer dans les oreilles du praticien une chamade effrénée.

 

Il me regarda, effrayé : « Vous êtes souvent comme ça ? » ; je répondis d’une voix mal assurée une chose énorme pour quelqu’un qui subissait le médecin deux fois par semaine : « Je ne vais jamais chez le médecin ».

 

Il me ramena à son bureau et très paternel m’interrogea sur mon futur emploi. Je réalisai alors qu’il ne fallait absolument pas que nous retournions dans la pièce voisine où j’apercevais, par la porte entrebâillée, le redoutable instrument posé sur la table d’auscultation qui me narguait insolemment.

 

Aussi, comme le naufragé accroché à sa planche, je me débattis en sortant la tête de l’eau, tout en noyant, c’est le cas de le dire, le vieux praticien sous un flot d’explications sur l’importance de la comptabilité dans la vie des affaires.

 

Amusé et souriant, il m’écouta patiemment puis me prit le pouls qui, on s’en doute, s’était calmé et battait avec une régularité d’horloge.

 

J’étais sauvé. Il rédigea un document attestant de ma parfaite santé et d’un passé exempt de maladies contagieuses (sic).

 

Maintenant, devant mon clavier, je suis rêveur. Je pense à ce gentil toubib. Je revois sa bonne tête quasi chauve de vieil homme et surtout la petite flamme de bonté malicieuse dans ses yeux.

 

Avait-il compris mon désarroi et savait-il pourquoi… ? Le mal dont je souffrais, était trop courant à l’époque pour qu’un médecin aussi expérimenté que lui ne s’en fût pas aperçu. Peut-être a-t-il voulu me donner une chance, connaissant bien les avancées qui avaient quasiment éradiqué le fléau ?

 

C’était, peut-être ça, la petite flamme amusée et tendre dans ses yeux devant mes efforts maladroits pour le distraire.

 

Je leur dois beaucoup à ces hommes qui m’ont aidé à défier un destin qui voulait ma peau. Je les revois tous dans leur blouse blanche, si proches de moi dans la pleine lumière de mes souvenirs :

 

le grand diable qui m’avait sauvé d’une quarantaine pour une prétendue scarlatine qui était un empoisonnement du foie me condamnant à un régime sévère qui fragilisa le "petit gosse" que j'étais alors ...

 

le petit vieux trottinant et minable qui venait tous les jours me faire une intraveineuse de calcium pour réduire les « cavernes » avant mon admission en sanatorium pour soigner une tuberculose que les privations de la guerre avaient causées ...

 

L’accorte doctoresse, tellement humaine et maternelle, du « sana » belge qui me perfora la carcasse pour un premier pneumothorax destiné à réduire les mouvements pulmonaires empêchant la cicatrisation ...

 

le jovial carabin suisse de Montana, à ses heures sectionneur des brides qui contrariaient le pneumothorax et  la cicatrisation des « cavernes » ...

 

le merveilleux, émacié et longiligne spécialiste des maladies pulmonaires de Bruxelles, la main dans le creux de l’estomac pour comprimer la douleur d’un perpétuel ulcère, qui ne savait plus à quel saint se vouer pour maintenir la pression salvatrice de mes "pneumos" perturbée par mes imprudents exercices physiques ...

 

le remuant, éclectique et dynamique généraliste qui m’a soutenu, guidé et soigné pour retrouver une partie des facultés mentales endommagées par un infarctus cérébral qui m'a fait perdre la partie droite de la vision et la lecture difficile ...

 

les trois chirurgiens qui ont « bricolé » mon cœur de cinq pontages dont un par raccord à l’artère mammaire et les cardiologues de l’hôpital Saint-Jean qui ont eu, pendant des mois, bien du mal à me sortir des complications pulmonaires dues à mes antécédents médicaux  et cardiaques que cette opération avait causées ...

 

les médecins des secours d’urgence et ceux de Saint Luc qui m’ont sauvé la vie lors d’un deuxième infarctus en plein jogging ...

 

Le chirurgien et l’anesthésiste qui ont « trafiqué » ma prostate dangereusement sous la menace d’un accident cardiaque mortel qu’une médication suspendue pendant un mois pouvait provoquer ...

 

et enfin l’humble et discret, mais talentueux toubib de mon quartier, idéaliste et désintéressé qui a trouvé une solution à tous mes problèmes de santé et grâce auquel je peux jouir maintenant de la plus belle période de mon existence.

 

Je leur destine, ainsi qu’aux infirmières, leurs assistantes, l’hymne qui va suivre par lequel je voudrais exprimer avec ferveur ma reconnaissance et l’admiration que j’ai toujours éprouvée pour la grandeur de leur profession.

 

HYMNE AUX BLOUSES BLANCHES.

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Pourquoi de si grands yeux hagards

Ce chancre amer et des bras fous ?

Pourquoi tant de griffes au regard,

Pourquoi encor ce ventre mou ?

 

Mais pourquoi créer la souffrance ?

Pour quel crime et quelle offense

Ce châtiment de condamnés ?

-----

A leur chevet, les blouses blanches

Sur de tristes corps torturés

Posent leurs si douces mains d’ange.

 

Des perles de tendresse tombent de leurs yeux

Apportant le baume qui apaise les feux

Torturant les cœurs déchirés

De ces âmes tant tourmentées.

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Douces infirmières et bienveillants médecins

Vous êtes le tout dernier secours des humains,

De tous ceux qui sont en prières

Recroquevillés, à genoux

Pleurant la fin de leur calvaire

En geignant de longs râles fous.

 

Vos yeux si doux sont des coins de jour

Qui écartent des nuages lourds.

 

Vos mains sont blanches, belles, chaudes et immenses,

Posées sur ces corps las, calmant leur souffrance.

Vos doigts sont longs et très agiles

Comme ceux de la dentellière.

Pour enfermer le mal qui file,

Piégé dans sa souricière.

 

Votre regard apaise et réconforte

Dès que vous entrez et fermez la porte.

 

Vos lèvres rassurent et nous donnent

Le sourire de l’amitié ;

Vos bras sont forts mais s’abandonnent

Devant des corps qui font pitié.

 

Votre cœur est au bord de vos yeux,

Au bord de vos lèvres pour aller mieux,

Et dans la douceur de vos mains,

Si délicates à l’examen,

Et la chaleur de votre voix

Qui soutient notre désarroi,

Mais surtout dans la lumière

Que votre présence génère.

 

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{15.2} Le 10 octobre 1952, je commence une carrière qui durera près de quarante ans dans une société en devenir qui reconstruisait avec dynamisme son potentiel de travail, complètement anéanti, passé la démentielle déferlante hitlérienne.

 

Devant moi, de l’autre côté de la rue de la Loi, un bâtiment enserré dans les échafaudages de ses travaux d’agrandissement, livre à mon regard inquiet une entrée de pierre de taille, protégée par des planches de coffrage.

 

J’ai l’estomac noué. Il est sept heures trente. On m’a dit de venir à huit heures et de demander le directeur financier et chef du personnel qui me présentera à mon chef de service et à mes collègues.

 

C’est lui qui m’avait donné la trouille de ma vie, dans l’ascenseur, en me racontant que le candidat qui me précédait avait été refoulé, handicapé du mal que, moi, je lui avais camouflé.

 

Je fis d’abord antichambre à l’accueil, auprès d’une pétulante hôtesse, assise derrière une sorte de haut comptoir, dans le décor peu engageant d’un hall en chantier, encombré de caisses, outils et câbles électriques.

 

Un petit homme mince, aussi fébrile et inquiet que moi, tentait tant bien que mal de contrôler sa nervosité et ses tics. L’hôtesse, du bout du menton, me le désigna en disant :

 

- Monsieur qui attend commence aussi ce matin - puis lorgnant ses papiers - Ah ! Tiens…, Monsieur est au même service que vous !

 

Comme un diable qui surgit de sa boîte, le futur collègue se précipita vers moi, main tendue…

 

- Guy Van der Smissen, vous êtes également attendu par Monsieur Clément ; on commence à huit heures, je crois ?

 

Le « je crois » purement supplétif et inutile s’était intercalé machinalement dans l’énervement du moment.

 

Nous nous mîmes à bavarder d’une manière décousue et inattentive de tout et de rien, plus préoccupés à surveiller les sources possibles de convocation : le téléphone de la réceptionniste ou qui sait quelqu’un qui viendrait nous prendre, sortant de l’ascenseur ou débouchant des escaliers qu’on entrevoyait entre deux bâches bleues.

 

Ce décor « chantier » était très représentatif du renouveau dynamique que voulait se donner la société que j’allais servir et qui assurerait bien-être et confort à tous les miens.

 

Ce fut la chance de ma vie : je lui dois une carrière porteuse d’expériences enthousiasmantes et de contacts humains d’une richesse inouïe.

 

Le « petit comptable » timide que j’étais alors gravira, dans l’ombre de ses grands patrons, les plus hauts échelons de sa société, toujours dévoué à leur cause, au détriment de sa santé, de son confort et de sa disponibilité aux siens.

 

Bien rangées maintenant dans un grenier, des valises usées et fatiguées rêvent d’un passé lointain où, en se gonflant orgueilleusement les flancs, elles ramenaient des dossiers importants qui seraient compulsés et traités dans ce halo de lumière crue qui a troué tant de soirs et de nuits laborieuses.

 

L’imposant, impressionnant Chef du Personnel et Directeur Financier, Clément de son nom  (de bon augure quant à sa bienveillance) m’accueillit très cordialement.

 

Assez sûr de moi, je faisais tout pour crâner et me donner l’allure la plus désinvolte qui soit.

 

Après un entretien très agréable et détendu, il m’invita à le suivre pour la traditionnelle présentation aux collègues.

 

La première confrontation se passa dans le local voisin qu’on appelait alors, la « mécanographie ».

 

A cette époque où le matériel informatique n’était qu’expérimental, la comptabilité la plus évoluée se tenait sur d’importants appareils mécaniques, très bruyants ; il s’agissait d’énormes machines à écrire dotées de compteurs pour enregistrer les données chiffrées et les transmettre à d’autres qui avaient gardé les soldes préalablement introduits.

 

La technique, inspirée de la comptabilité dite à décalque, consistait à inscrire sur une fiche représentative de chaque poste du bilan les opérations le concernant.

 

Il s’agissait d’un travail fastidieux et peu valorisant consistant à recopier les données transmises par les comptables qui les rédigeaient à leur intention sur des « manifolds », documents pré-imprimés sur lesquels ceux-ci mentionnaient les opérations qu’ils enregistraient dans la journée.

 

Aussi les deux « mécanographes » complexés par ce rôle subalterne, ne manquaient-ils pas de le faire sentir aux « nouveaux jeunes blancs-becs » comme moi pour les mettre au pas.

 

Cette hostilité me glaça et me fit perdre mes moyens ; je me sentis tout petit et minable, très intimidé, rouge jusqu'à la racine des cheveux, à tel point que mon mentor qui me les présentait me ramena charitablement dans son bureau, afin de me permettre de reprendre mes esprits.

 

Je vis à ses deux yeux étonnés que ma réaction le laissait pantois, lui qui avait fondé certains espoirs sur mes possibilités futures de meneur d’homme.

 

« Vous ne voulez pas attendre un peu » me dit-il en m’invitant à m’asseoir. C’était pourtant dit avec beaucoup de bonhomie, mais pour moi c’était l’humiliation suprême et, avec la rage du désespoir, je refusai et me jetai dans la fournaise du grand bureau des comptables.

 

Jeunet fragile, je serrai la main de chacun, le patron assez goguenard derrière moi.

 

Maintenant encore, je ressens la blessure d’humiliation que représentait pour moi la petite lueur ironique et amusée que je lisais dans tous les yeux.

 

Le calvaire terminé, je pris place derrière le bureau qui m’était réservé. J’étais en nage et brûlais ma honte dans des joues rubicondes.

 

Condescendant et protecteur, un de mes nouveaux collègues vint me donner quelques documentations sur la société que j’allais servir.

 

Le grand bureau des comptables était une longue salle où se trouvaient alignés les uns derrière les autres six bureaux qu’occupaient un chef absent pour l’heure et cinq employés.

 

Les deux « mécanographes » causes de mon « entrée » ratée et deux secrétaires-dactylos logées dans d’autres locaux, complétaient le personnel d’un département qui s’arrogeait le titre ronflant de « Financier ».

 

Il convient en outre, parce qu’il était important à l’époque, de ne pas ignorer le caissier, petit personnage remuant, qui avait fort à faire à régner sur les décomptes et avoirs en devises que lui présentait un personnel qui s’égaillait à travers le monde en missi dominici de leur maison-mère.

 

Ce petit monde des « Finances » se partagea rapidement en deux clans. Les trois vieux, rescapés des avatars que la guerre avait fait subir à la société : un inénarrable et folklorique chef, le petit caissier ainsi qu’un vieil employé aux statistiques placide et complètement détaché des choses du monde turbulent de l’après-guerre.

 

Les autres, nous, n’étions que des « gamins » farceurs (entre vingt-trois et vingt-huit ans), toujours prêts à en découdre avec le « pion » que la société nous imposait.

 

Mon interlocuteur du hall d’entrée avait semble-t-il disparu – s’était-il empêtré ou égaré dans les bâches ou les couloirs ? - toujours est-il que je fus fort étonné de son absence et surpris quand il apparut beaucoup plus tard, pour être présenté par notre affable directeur toujours aussi impérial qu’obligeant.

 

Réussissant mieux son entrée, mon nouveau collègue, eut l’avantage de camoufler son probable désarroi par une pâleur qui lui seyait fort bien en la circonstance ; il prit place, après les présentations, au bureau qui se trouvait en face du vieil employé aux statistiques et analyses.

 

Il avait vingt-trois ans comme moi et les premiers temps nous avons copiné, devisant joyeusement lors de trajets qui nous ramenaient à nos domiciles proches, jusqu’à ce qu’il s’achetât, un peu plus de deux ans après, une belle voiture neuve ce qui était encore un luxe à l’époque.

 

Il n’en profitera que quelques semaines car la société qui devait envoyer un célibataire dans les déserts d’Egypte pour y organiser l’intendance des stocks de forage, le désigna sans se soucier de son avis.

 

Le pauvre dut bazarder sa bagnole, s’équiper et se documenter en une dizaine de jours.

 

Je l’échappai belle, car sans charges familiales, je me trouvais dans les mêmes conditions de disponibilité que lui et fus sauvé par une grippe qui m’avait momentanément cloué au lit.

 

Derrière mon bureau s’en trouvait un autre, plus imposant, le double de celui qui nous était attribué, devant lequel devait trôner le chef, un personnage absent que je n’avais pas encore vu.

 

Agé d’une cinquantaine d’années, il prendra une place importante dans ma vie, tant nos relations professionnelles furent chaotiques, tantôt tendues et incohérentes, tantôt amicales et chaleureuses.

 

Il commençait à souffrir de sclérose cérébrale, ce qui expliquait ses sautes d’humeur : ce fut d’ailleurs ce qui lui fit interrompre sa carrière professionnelle avant la retraite.

 

 

Cela dura dix années qui furent lourdes à porter, tellement j’étais fragile à ce genre de confrontation.

 

Quand j’y pense avec le recul du temps, elles me paraissent avoir duré aussi longtemps que le reste de mon existence ; mais elles eurent le grand mérite de me former à la patience et à la compréhension et d’améliorer une susceptibilité à fleur de peau.

 

Pour l’heure, il finit par prendre place, après que le plus ancien des employés me l’ait présenté.

 

J’eu la chance, pendant trois ans et demi, de bénéficier d’une expérience professionnelle inouïe, tant par l’importance des opérations réalisées que par l’impact qu’elles auront sur l’avenir du groupe Petrofina.

 

Ce fut, en effet, pendant cette courte période de temps que furent réalisés les plus importants investissements de la société dans le monde ; en tous cas ceux qui lui vaudront ses plus beaux fleurons.

 

Epoque enthousiasmante de renouveau économique et d’expansion, à mettre en parallèle sans exagérer la comparaison avec le phénomène actuel du regroupement et du gigantisme que provoque l’avènement de l’Europe unie et de sa monnaie.

 

Performance, pourtant, à mettre à l’actif de mes contemporains, sera la pauvreté des moyens de calcul et de mémorisation des données dont ils disposaient pour gérer cette effervescente expansion. L’informatique était balbutiante ou inconnue à cette époque.

 

{15.3} Les ingénieurs et techniciens travaillaient avec la règle à calcul, les dessinateurs utilisaient le papier calque et le pantographe et les comptables, des comptomètres, des multiplicateurs mécaniques et des machines comptables à compteur.

 

Je ne m’étendrai pas sur la règle à calcul qui est encore accessoirement utilisée actuellement et que tout le monde connaît, mais il est utile que je décrive les engins qu’utilisaient les comptables, employés de banque et autres ronds-de-cuir.

 

Le multiplicateur mécanique, invention suédoise, appelé aussi « moulin » était un petit appareil en fonte avec à sa droite une manivelle que l’on faisait tourner en avant ou en arrière selon que l’on voulait additionner ou soustraire, multiplier ou diviser.

 

Cela fonctionnait grâce à des rouages décimaux (en nombre suffisant pour représenter les plus grandes opérations) disposés sur un arbre-chariot qui était entraîné par les dentures de l’axe de la manivelle, cet arbre étant lui-même couplé à d’autres axes dont l’un comportait des roues chiffrées de zéro à neuf.

 

Quand on devait multiplier, on inscrivait le multiplicande et on tournait la manivelle autant de fois que représentait d’abord le chiffre des unités du multiplicateur ; on actionnait ensuite un levier mécanique qui faisait avancer le chariot pour effectuer la même opération au rang suivant des dizaines et ainsi de suite. Le résultat se lisait, à travers un regard vitré, sur le dessus chiffré des roues dentées numérotées de un à dix.

 

La division s’effectuait par soustraction successive en tournant la manivelle dans l’autre sens en partant du dividende et en notant le nombre de tours effectués avec le diviseur pour obtenir un reste.

 

L’appareil procédait donc comme dans une division écrite. On travaillait par additions successives pour la multiplication et par soustractions successives pour la division.

 

Quant au comptomètre, c’était un engin assez encombrant : une sorte de caisse métallique haute d’une dizaine de centimètres, large de trente centimètres et longue de quarante, d’où sortaient des touches légèrement incurvées pour le confort des doigts, marquées en gras des dix chiffres de la dizaine et en petit de leur complément arithmétique.

 

Ce gros « machin » était utilisé principalement par les comptables et employés de banque ; en fait c’était un perfectionnement mécanique du boulier des Chinois.

 

Avec un peu d’entraînement, on parvenait à gagner de la vitesse en n’utilisant que le bloc des lignes de chiffres de un à cinq, six devenant deux fois trois, sept trois et quatre, huit deux fois quatre et neuf quatre et cinq. Ce procédé permettait de grandes vitesses d’exécution, suite au mouvement des doigts sur une surface plus réduite sans déplacer la main.

 

Avant l’apparition des machines comptables mécaniques dotées de compteurs, les banques et les grosses affaires équipaient leurs services des comptes non seulement de pools dactylographiques pour la confection du courrier, mais également d’équipes de « comptométrices » qui se chargeaient d’effectuer les longues additions des employés aux comptes que des « garçons de bureau » leur transmettaient.

 

Il existait d’ailleurs des écoles pour les former au même titre que les dactylographes, sténographes et les sténotypistes.

 

Ces dames étaient d’une dextérité spectaculaire, additionnant des pages de journaux comptables aux nombreuses colonnes de chiffres avec une rapidité incroyable ; ce qui n’était pourtant rien à côté de leurs prouesses en soustraction et division où elles se servaient des compléments inscrits en petit sur les touches.

 

Pour la multiplication et la division, cela tenait de la manipulation acrobatique des prestidigitateurs. Il fallait, en premier lieu, inscrire le multiplicande ; ensuite avec une adresse « asiatique », en une fois poser autant de doigts que comportait le chiffre du multiplicateur et dans cette position difficile enfoncer les touches autant de fois que représentait chaque chiffre de ce multiplicateur, en veillant bien à garder la même position digitale. La division tenait de la prouesse surtout avec de grands nombres, puisqu’il s’agissait alors de procéder par soustractions successives avec les compléments inscrit en petit sur les touches dont en retient le nombre, ensuite en déplaçant les doigts continuer jusqu’à obtenir un reste inférieur au diviseur.

 

En dehors de ces engins archaïques, notre bureau disposait également d’une machine suédoise dernier cri dans le domaine, qui coûtait très cher (entre cinquante et soixante mille francs de l’époque - 1250 à 1500 euros - ce qui était le prix d’une voiture moyenne).

 

Il va sans dire qu’il n’y en avait que deux dans le bureau à la disposition de ceux qui devaient convertir le plus de monnaies ; je reste souvent rêveur quand je tiens dans ma main ces petites merveilles actuelles, actionnées par la lumière, qui ne coûtent rien et qui sont beaucoup plus performantes.

 

Cette « Madas » comme on l’appelait, du nom de son constructeur, ressemblait un peu à une machine à écrire avec clavier réduit pour opérations mathématiques et un chariot actionné par un moteur électrique ; ce dispositif permettait grâce à d’astucieux et savants engrenages mécaniques, couplés à des rouages chiffrés, de réaliser en une fois des opérations comportant trois sous-totaux différents.

 

J’espère ne pas avoir importuné ou lassé le lecteur en m’étendant aussi longuement sur les moyens mécaniques ou électromécaniques utilisés à ces époques pour traiter la masse des informations chiffrées que le développement des affaires générait.

 

J’eus le privilège d’être un témoin actif de ces époques, d’œuvrer avec les sans grades, les tâcherons des bureaux, les gratte-papier et autres ronds-de- cuir.

 

Pendant cinquante ans, je dus m’adapter à la plupart des systèmes depuis les plus primaires utilisés à l’époque jusqu’aux plus performants à notre disposition actuellement et évoluer avec eux ; aussi ne puis-je m’empêcher de m’enthousiasmer en contemplant ce matériel.

 

J’écris ce livre dans des conditions idéales avec un portable que j’ai amélioré en le dotant, grâce à la puissance de ses mémoires et de mini-lecteurs externes, de nombreux dictionnaires, encyclopédies et disques compacts (Littré, Hachette, Larousse, le grand et petit Robert, Britannica et de l’énorme encyclopédie Universalis) le tout représentant des centaines de milliers de pages de textes en petits caractères, plus reproductions en couleur et animations cinématographiques ou musicales.

 

Cette énorme documentation, je peux la consulter instantanément en passant de l’un à l’autre au moyen d’un « clic » sur son « icône » reprise sur l’écran. La plupart étant ouverts en permanence, je saute de l’un à l’autre selon les besoins. L’ensemble tient dans une petite valise que je peux utiliser n’importe où la fantaisie me prend de le faire.

 

Que dire aussi des moyens mis à la disposition des comptables, architectes, dessinateurs, ingénieurs, chercheurs et techniciens de toutes disciplines !

 

Mon épouse et moi le réalisons d’autant mieux que nous utilisons actuellement un programme super performant pour tenir la comptabilité de la société de notre fils.

 

Quel incroyable chemin parcouru depuis l’époque des cartes perforées, seul moyen de transfert des données et des énormes appareils contenus dans d’immenses salles climatisées !

 

Enthousiasme et lyrisme me prennent au souvenir de ces époques phénoménales couvrant plus d’un demi-siècle que j’ai eu la chance de connaître et dans lesquelles je me suis investi intensément.

 

Comme je bénis la destinée de m’avoir fait participer à tant d’expériences novatrices et tellement riches sur tous les plans qu’ils soient techniques, humains, et même, mais dans une moindre mesure, philosophiques et littéraires.

 

Par dédoublement interposé, j’ai retrouvé le personnage qui ne se définit jamais mais que je soupçonne appartenir à mon subconscient pour me complaire avec lui de l’ambiance ordonnée de ce monde d’harmonie et de méthode.

 

C’était un «faux  paradis » où tout semblait paix et calme, où tout était à sa place. Une ambiance feutrée dans une lumière douce, une ruche endormie où personne ne dérangeait personne jusqu’à ce que, de temps à autre, un bourdonnement scandaleux, vite réprimé, ne vienne importuner tout le monde.

 

C’était l’univers des chiffres et des signes, des équations et des théorèmes, des axiomes intransigeants, des infinis mathématiques, de l’harmonie exigeante des égalités : tout ce monde inquiétant en quête de l’inconnue et de la solution des systèmes.

 

Dans ce contexte très particulier où discipline et rigueur imposaient leurs lois, l’outil gestionnaire de la tenue des comptes quand il appartenait au monde de la finance ou à celui des affaires qui se suffisait de la seule et primaire opération mathématique de la somme des nombres, était au bas de l’échelle de cet univers mystérieux et envoûtant du chiffre. Aussi les employés comptables et teneurs de comptes se sentaient-ils complexés d’un rôle jugé par d’aucuns comme subalterne et intellectuellement primaire.

 

Beaucoup d’entre eux d’ailleurs élargiront leur compétence en y ajoutant des formations en études supérieures dans les domaines du droit social, fiscal et des affaires.

 

{15.4} Quant à moi, poète, j’aimais suivre la fascinante musicalité des chiffres et des comptes qui me semblaient inscrits sur la portée des journaux pour trouver l’harmonie des balances.

 

Combien de fois, après des heures de fatigues et d’inquiétude, j’ai découvert la petite note qui manquait à l’œuvre pour s’achever dans l’apothéose de centaines de comptes équilibrés dans la jungle complexe des écritures comptables ; avec cette satisfaction profonde de l’artisan qui voit son modeste travail accompli dans la perfection de son art !

 

Dans mes rêves conscients, l’univers mystérieux des mathématiques me fascinait et m’envoûtait. Mon subconscient avait pris les traits d’un émule d’Einstein qui se nourrissait d’équations et de chiffres, toujours rêveur, très peu sur terre, obsédé de formules et de démonstrations telles l’impossibilité de trouver la quadrature du cercle avec une règle et un compas alors qu’il pouvait le faire quand il s’agissait d’une parabole.

 

Je lui demandai où il situait le solitaire zéro qui seul n’est rien et accompagné d’autres chiffres le début ou l’accomplissement de tout.

 

Il me confia que seule notre intelligence conditionnée par l’espace-temps, éprouvait cette absolue nécessité de le concevoir.

 

Qu’il servait d’alibi de réponse à notre recherche de l’infini, mais serait toujours aussi inexistant et impossible que le néant.

 

Mon imaginaire avait retrouvé ce personnage venant de mon monde subconscient et que j’avais appelé Diaphane. Il avait pris l’apparence d’une sorte de professeur Tournesol, le front bombé, calvitie de l’occiput et couronne de cheveux à l’avenant.

 

Farfelu, il m’entraîna, un jour, par jeu, dans un monde de fantaisie, de mystère et de chiffres où neuf l’interpellait, en arbitre de son conflit avec deux :

 

- Je suis le plus important car après moi, dans le décimal, on saute de dizaines en dizaines et ainsi à l’infini. Et il se rengorgeait dans sa grosse tête de neuf : un ovoïde prolongé d’une queue, on aurait dit un spermatozoïde ahuri.

 

- Tu es dépassé, vieux sot, rétorquait deux, charnière du binaire. L’avenir est à moi dans le souffle affolé des processeurs avides de performances. Tu rejoindras dans l’histoire des humains papiers, stylos et crayons, machine à calculer et autres archaïques instruments pour la gloire du monde de la transmission vocale et cérébrale.

 

Sentencieux, Diaphane-prof releva son crâne dégarni et les toisant tous les deux, les fustigea de ses yeux perçants :

 

- Prétentieux signes graphiques, qu’êtes-vous pour vous ériger en censeur de vos propres créateurs ? Allez vous perdre dans les arcanes de vos combinaisons aussi débridées que des boules de loterie !

 

A l’écoute de tels propos, pensif, je m’égarai dans les mystères de la connaissance, des jeux de l’esprit et de la fragilité de la vérité.

 

En moi, revenaient, obsédantes, les éternelles interrogations quant au savoir universel, celui qui nous serait transcendant et dépasserait notre entendement.

 

J’étais de plus en plus perturbé par les problèmes relatifs à l’existence d’un « supérieur » omniscient et omnipotent.

 

Diaphane-prof, un jour, me vint bien en aide, en organisant son domaine, mon subconscient. Il se mit à voguer avec désinvolture dans mon cerveau, en y explorant les moindres recoins, tout en s’efforçant d’en ordonner méthodiquement ce qui s’y trouvait. Et pourtant quel foutoir !

 

Il y avait, dans un désordre scandaleux, des sentences emmagasinées ou ébauchées, des souvenirs d’instants magiques, des sarabandes de coups de cœur, des images folles, des strophes de rires en cascade, des oiseaux bleus ou roses ou mauves, des champs de fleurs et des chants de sirènes et tant de mots mélodieusement enlacés en vers enchanteurs gravés en lettres de ciel sur des parchemins d’or.

 

Il y avait aussi dans une prison noire, entassés derrière des barreaux noirs, enfermés par moi pour ne pas en sortir, toute la tristesse des mauvais jours, toute l’angoisse de la souffrance du monde, tout le désespoir des êtres abandonnés et puis notre impuissance devant leur misère et notre culpabilité de n’en jamais faire assez.

 

Enfin, quant à eux bien rangé par Diaphane-prof qui y avait son coin secret, dans un ordre de couvent, quelques livres de la connaissance, jaunis par l’âge et usés tellement ils avaient été compulsés, incomplets parce que la plupart des pages s’en étaient envolées ou ne s’y étaient jamais trouvées.

 

Nous les consultions inlassablement tous les deux, souvent dans nos nuits d’insomnies, à la recherche de l’inaccessible et toujours plus lointaine vérité.

 

Obscur et angoissant infini,

Poignant tourment du vide

Qui joue le jeu de l’espace

En se prolongeant toujours

Comme la droite éternelle.

 

Infini du temps,

Torture de l’inachevé.

Absurdité des mondes

Qui tournent sans s’arrêter.

 

Angoisse de l’impossible

Qui veut se réaliser,

Alors que la roue tourne

Mangeuse de rêves inassouvis.

 

L’âme des condamnés à la vie

Se promène sur des grèves d’espoir,

Chantant l’alléluia du sort

Dans leur cortège du soir.

 

Temps et espace sont réunis

Dans ce faux jeu du destin

Pour que nos corps soient soumis

A ce crapuleux festin.

 

 

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