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02/03/2010

Ch. 21a - Les plus beaux yeux venus du ciel

 

Récit détaillé d'un long cheminement de recherche

d'une vérité sur la motivation d'exister

et la valeur de nos croyances

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. « Il vaut mieux allumer une chandelle dans l’obscurité que maudire l’obscurité » disait Confucius, aussi appelons l’action « chandelle ». L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

 

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Propos d'un octogénaire provenant

d'un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s'écouler à

s'interroger sur les motivations d'exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)


AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion,  ne s'étonne pas d'un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d'apporter de l'espoir à ceux qui sont  « un genou à terre » parce qu'écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir,  en leur communiquant l'enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l'auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu'il l'a perdu, malgré les avatars d'une vie particulièrement douloureuse et  difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s'ils sont encore en vie. D'autre part, cette « impudeur »  des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu'il ne demande à personne de partager : il s'avoue agnostique par loyauté de pensée avec l'athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

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Chapitre 21a : Les plus beaux yeux venus du ciel

TABLE DES REPÈRES : {21.1}  Complémentarité : instinct fondamental  comblé par la venue de deux petites filles aux yeux noirs et aux teint de soleil couchant  -  {21.2} Mes voisines de table à Labofina deviennent marraines de nos filles : histoire d'une profonde et durable amitié  - {21.3} Drame vécu par un autre « commensal » père d'un enfant aveugle-né,  licencié dramatiquement   - {21.4}  Nous abandonnons la « bonbonnière » pour une maison de six chambres, située près des étangs de Woluwe,  pour faire face à l'arrivée de nos filles et de Bruno  -

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{1} La complémentarité est une condition essentielle à la pérennité de la vie telle que nous la connaissons.  La multiplication des cellules se fit d'abord par division  jusqu'à ce que le temps et le hasard inventent la méiose.  Cette trouvaille de la « nature » imposait l'existence de deux êtres complémentaires.  Deux êtres qui s'emboîteraient l'un dans l'autre : le Yin et le Yang du taoïsme chinois, si bien figuré dans le drapeau coréen.

 

Il faut croire que cette loi d'équilibre des sexes sourdait lentement au tréfonds de mon subconscient ou  remontait par atavisme du plus loin de mes origines, toujours est-il que j'étais hanté par un sentiment d'incomplet dans mon microcosme familial, d'un déficit d'apport féminin qui sans me tourmenter plus que de raison, me laissait insatisfait  depuis bien longtemps.

 

Je n'ai pas eu de sœur et je n'avais pas de fille : ça me manquait..., cependant il fallait toute la subtilité d'une compagne attentive pour le percevoir. Toujours soucieuse de mon bonheur, qu'elle ambitionnait de rendre complet, elle suggéra d'introduire dans notre foyer la composante qui lui manquait et donner aux deux frères,  deux sœurs à choyer.

 

Comme nos fils, elles naîtront d'abord dans notre cœur et comme eux nous les porterons dans notre âme et dans notre chair en les attendant, puis comme eux nous les serrerons bien fort dans nos bras, et comme eux nous les regarderons longuement le soir quand nous les prendrons dans notre lit, sans pouvoir dormir.

 

Je garderai toujours présent au fond du cœur ce sentiment d'intense plénitude qui me gonfla la poitrine lors du premier sourire, de la première caresse, du premier regard d'amour de l'enfant pour sa maman et surtout, je n'oublierai jamais cet aura de bonheur qui monte doucement alors et que j'aurais tant voulu éterniser.

 

Une année les sépare, mais de cœur elles sont jumelles... : Elles ne sont jamais l'une sans l'autre...,  complémentaires elles trouvent toujours dans  le cœur ou le regard de l'autre ce qu'elles cherchent ... : l'identité et le réconfort d'une même histoire.

 

L'une est vive, primesautière et aimante, l'autre douce et pensive, profonde et mystérieuse, si attachante. Elles seront les grillons du foyer, porte-bonheur de notre famille, accomplissement de nos rêves d'harmonie.

 

Béatrice vint la première, le 31 août 1971, jour de mon anniversaire.  Son  premier geste fut de caresser la joue de sa maman et je sentis alors que mon cœur éclatait et qu'un sanglot de bonheur me grimpait dans la gorge.

 

Intelligente, elle fera de bonnes études.  Aimante et altruiste, elle pensait faire carrière en médecine, mais elle préféra se trouver au chevet de ceux qui souffrent pour leur apporter le réconfort et la présence souriante de l'infirmière.  Mieux, elle se spécialisa en psychiatrie, attirée par le travail de proximité, de chaleur humaine, de patience et d'intuition que cette discipline comporte pour tous ces malheureux qui s'enfoncent dans le gouffre du désespoir.

 

Elle sera la sœur de tous, qui unit, qui apaise, qui pardonne, celle qui explique.  Quand elle est passée, les conflits se meurent, les nuages s'effacent et le sourire revient...

 

Quand elle était petite, je la portais beaucoup sur un bras.  Elle se blottissait alors, sa tête tiède enfouie entre mon cou et mon épaule,... elle avait tellement besoin de tendresse...  Mon filleul Bruno l'appelait koala... Maintenant encore, elle aime exprimer son affection envers tout son entourage, en manifestations spontanées, si chaleureuses et si réconfortantes.

 

Sonnet du bonheur


Tu es plus belle que le plus bel oiseau des nues

Qui déposa sur mon cœur ton si chaud sourire.

Tu es plus douce que le vent des avenues

Que j'arpentais le soir en quête de ton rire.


Le front sur la colonne soutenant ton ciel

J'ai pleuré, j'ai pleuré ma joie d'être le père

D'une petite fille plus tendre que miel

Qui tendait ses jolis bras à la terre entière.

.

Tu seras aussi douce que le vent des anges

Qui enivre la terre du parfum des fleurs,

Tu seras le chaud refuge des cœurs qui pleurent.


De tous ceux qui souffrent, tu seras la louange,

De ton chaud sourire, ils feront leur bonheur

Et dans tes yeux, ils endormiront leur malheur.

 

Christine vint un an après, le 8 septembre 1972.... De grands et profonds yeux qui demandaient tendresse et affection... Je me souviendrai toujours d'un premier regard, interrogateur, mais déjà inquiet... : que se passait-il dans cette petite tête, découvrant notre monde ?...   Que se passait-il derrière ces beaux yeux sombres,... révèleront-ils un jour leur mystère ?...

 

Et puis soudain, si précieux, viendra son rire, son beau rire qui éclate en cascade comme un carillon un matin de printemps... Son ciel alors devient très bleu, les nuages sont passés, les oiseaux chantent,... son cœur chante dans ses yeux,... : c'est du bonheur qui perle comme du cristal de source.

 

Travailleuse et tenace, elle brillera dans ses études, comme sa sœur, se pointant aux premières places. Douée pour les langues, elle obtiendra facilement la licence en traduction anglaise et espagnole et acquerra l'agrégation pour l'enseignement supérieur.  Parallèlement à ses études, elle apprendra d'autres langues qui en feront une polyglotte performante :  anglais, espagnol, français couramment ;  néerlandais, suédois très valablement ;  japonais, italien, arabe suffisamment pour tenir une conversation.

 

Ce sera la petite dernière qu'on ne voyait pas grandir, trop modeste et un peu timide, qui évolue, inquiète et studieuse, dans l'ombre de sa sœur.  Mais quelle joie pour nous quand elle nous ouvre son cœur et nous révèle tant de choses profondes auxquelles elle a mûrement réfléchi et qui interrogent !


Sonnet du bonheur (suite).

 

Ma si  douce chérie aux longs cheveux soyeux

Venue un jour du ciel sur un bel oiseau bleu,

Tes beaux yeux me disent tout le profond mystère

D'un pays si lointain aux îles et aux rizières.


Une fille pour un père ce sont les fleurs

Du printemps qui s'éveillent, les chants de la source

Et au fond de l'âme une grande fraîcheur

Comme celle des nuits quand brille la grande ourse.

 

Ton rire est cascade comme l'eau des glaciers

Qui fuit les montagnes pour renaître sans cesse

Mais qui  sans cesse se perle d'éclats d'acier.

 

Je vieillirai heureux en te voyant grandir

Toute belle et si fière, telle la princesse

Qu'au soir je te contais avant de t'endormir.

 

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{2} Comme groupe de haut standing, Petrofina tenait à fournir à son personnel et à celui de ses filiales confort et avantages sociaux performants.  Aussi ses sociétés disposaient-elles de restaurants d'entreprise de grande classe.

 

A Labofina,  une surface agréable et confortablement aménagée avait  été prévue pour servir deux services de repas chauds en milieu de journée.  En dehors d'un plat du jour, différentes possibilités de composer son menu étaient prévues, ce qui ne pouvait que satisfaire les plus difficiles.

 

Pendant une vingtaine d'années, le service se fit à table par un personnel adéquat fourni par le traiteur qui avait entrepris d'assurer cette charge à partir d'une cuisine supérieurement équipée.

 

Comme responsable administratif, il m'incombait d'établir les rapports avec ce fournisseur de service et comme chef du personnel de me charger de la surveillance et de l'organisation de cette période de détente importante dans la journée.

 

Avec le temps, je me liai d'amitié avec ce traiteur qui devint un des plus gros fournisseurs de ce genre en Belgique.  C'était un ancien routier-scout : il avait débuté en procurant des repas de cantine à une organisation de jeunesse  (Jeunesse ouvrière chrétienne) qui avait installé un important complexe d'accueil pour jeunes au centre de la ville.

 

Au restaurant de la société, nous avions chacun nos places, ce qui facilitait le service à table. Anecdote amusante : le premier jour de mon transfert de Petrofina, je me suis présenté à ce « mess » comme on dit aussi et ayant repéré une place apparemment libre, j'ai demandé à la personne qui deviendrait mon voisin de table habituel et obligé si je pouvais disposer de la place vacante.

 

Avec un grand éclat de rire, peut-être un peu surprise d'un culot bien involontaire, elle me répondit : « Il faudra bien ».  Depuis, pour la taquiner, je ne manque pas de rappeler cette accueillante entrée en matière.

 

C'était une chimiste licenciée en sciences récemment engagée.  Très ouverte et spontanée, suisse par son père et belge par sa mère, Jacqueline sera une agréable voisine de table, très cultivée, avec laquelle c'était un plaisir de deviser.

 

Peu de temps après, nous avons accueilli une autre chimiste licenciée, Francine, son amie de classe, engagée en même temps qu'elle. Discrète et réservée, très gentille et serviable, elle sera toujours fort appréciée par son entourage professionnel.

 

Dés que j'exprimai mon intention d'agrandir ma famille, spontanément elles se proposèrent, toutes les deux, de devenir marraines de nos deux filles.

 

Depuis, elles participent à toutes nos réjouissances familiales. Très liés, nous partagerons les deuils et les peines qui atteindront nos entourages respectifs.

 

Mieux que des amies, elles sont devenues d'authentiques parentes qui ne manquent pas de se manifester à chaque occasion, témoins et souvent actrices de tant de moments précieux qui s'inscriront en lettres d'or sur les pages de mon livre aux souvenirs.

 

{3} Commensal de notre table de quatre, s'y trouvait également un chimiste spécialisé en graisses lubrifiantes (Guy Van Doorne) qui venait du Canada où il avait commencé une carrière dans le domaine.

 

Son épouse ne s'y plaisant pas, nostalgique de sa Flandre natale, notre société l'avait facilement débauché pour créer chez nous un service des graisses minérales.

 

Nous nous retrouvions ainsi chaque jour, devisant agréablement, joyeux dans nos propos où nous rivalisions d'espiègleries.  Mais le drame guettait l'un de nous.

 

Nous nous étions réjouis avec ce compagnon des retrouvailles méridiennes de la venue d'un quatrième et magnifique garçon qui compléterait si bien le carré d'enfants de cette belle famille nombreuse, comme on dit en Belgique.

Un jour, nous avons pressenti le drame, car contrairement à son habitude, il était sombre, la mâchoire contractée, une larme perlant de temps à autre. Discrètement, nous respections sa peine.

 

Finalement dans un sanglot  étouffé, inhumain, que j'entends encore, il prononça ces mots durs : «Mon fils est aveugle».

 

Il était à côté de moi et j'ai vu les yeux des deux femmes devant moi s'agrandir d'angoisse.  Il s'est sauvé, la tête dans les mains.  Silencieux, nous restions abasourdis devant nos assiettes restées pleines.

 

Son destin devenait tragique.  Son fils sera beau, intelligent et fort, mais il ne verra jamais.  Notre malheureux ami, son épouse et ses enfants devront assumer la lourde charge de l'éducation d'un aveugle et de son insertion dans notre si cruelle société.

 

Plus loin dans ce livre, je raconterai la suite de ce drame dans lequel mes fonctions me forcèrent à m'impliquer douloureusement et cruellement.

 

Toi qui regardes ton ciel,

Père malheureux,

Ton ciel qui fut si bleu

Toi qui pleures des yeux morts,

Des yeux de soir noir,

Des yeux creux.


Des yeux du vide

Pour le cœur d'un enfant,

Des yeux du vide

Pour l'âme de l'adolescent,

Des yeux du vide

Pour les jours de l'homme,

Des yeux du vide

Pour la nuit du vieillard.

 

ô, ami,

Martyr du destin,

Compagnon d'une dure route

Retrouveras-tu jamais

Un reste de bonheur ?

 

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La vie injuste pour certains est un long chemin triste et pentu qu'ils doivent gravir courageusement.  Ce fut le cas pour notre voisin de table qui en parlera le moins possible.

 

Digne dans son malheur, il gardera sa plainte terrée au fond de l'âme.  Seul son regard parfois deviendra sombre et lointain, trahissant l'angoisse du lendemain et l'impuissance à ouvrir des fenêtres sur la beauté du monde.

 

Mais il y aura, surtout, annuellement, ce jour si cruel pour lui :  celui où nous avions autorisé un délégué de la ligue Braille (œuvre qui en Belgique vient en aide aux non-voyants) de vendre dans nos locaux les billets de loterie de l'œuvre.

 

Le vendeur, aveugle lui-même, terminait sa visite au restaurant où il s'installait en plein centre, évocation poignante et misérable de la détresse de ce monde d'exclus.

 

Digne et droit sur sa chaise adossée à une colonne, il avait les traits inexpressifs et vides de celui qui ne connaît pas son propre visage qu'il n'a jamais vu dans un miroir, ni dans les yeux d'un autre.

 

Ce jour-là, il planait dans notre établissement une retenue respectueuse pour ces parias d'un environnement plus que jamais voué à l'image et à la couleur.

 

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{4} Comme je l'ai déjà signalé plus avant, mes parents nous avaient rejoints dans cet îlot de fraîcheur et de bonheur adossé à la forêt de Soignes. Ils y vivaient heureux de joies simples.

 

Mon père s'occupait bénévolement de la comptabilité d'une œuvre (S.O.S-P.G.) qui récoltait médicaments, vivres non périssables et vêtements pour les envoyer un peu partout dans le monde à de courageux et remarquables hommes s'efforçant de soulager si peu que ce soit la misère de tant d'exclus de notre civilisation du bien-être.

 

D'autre part, s'étant découvert des talents picturaux, il se plaisait à réaliser de très jolies aquarelles, pastels, dessins ou autres essais d'artiste débutant.

 

Nos garçons avançaient dans les études primaires (environ six ans en Belgique) : Patrick allait entrer en quatrième année et Benoit en deuxième.

 

Nous rêvions de leur donner la meilleure éducation qui soit et la possibilité de fréquenter de prestigieuses écoles.  A l'époque, il était notoire que pour les garçons, c'était l'institut Saint Michel des pères jésuites dans l'enseignement libre, et les athénées Cateau et Jacqmain dans l'enseignement officiel qui pouvaient se targuer d'une telle réputation.  Compte tenu de ce critère, dans notre milieu chrétien, seul Saint Michel pouvait être retenu.

 

Notre coin de « paradis », situé très en dehors de Bruxelles, à l'époque en tout cas,  nous posait des problèmes de communication. Aussi nous efforçâmes-nous de les améliorer en nous rapprochant davantage de la ville.

 

Ce fut d'abord l'intermède très court et un peu ridicule de l'essai de l'appartement grand standing dans une grande avenue et dans un quartier « chic » (peut-être aussi pour sacrifier à une vogue de l'époque) pas très loin de notre bonbonnière.

 

Nos turbulents garçons s'y trouvèrent très vite fort à l'étroit aussi déguerpîmes-nous avec soulagement dans une rue moins prestigieuse mais idéalement située près des parcs et des célèbres étangs de Woluwé bien connus et fréquentés par tout bon Bruxellois.

 

Nous y trouvions l'avantage de ne pas trop nous enfoncer dans un tissu urbain fort peuplé et surtout de bien nous rapprocher des établissements scolaires que nous rêvions donner à nos enfants.

 

Nous y avions loué une de ces grandes maisons « bel étage » qui fleurissaient un peu partout à l'époque.  De vastes caves en sous-sol, un beau garage, deux chambres et un coquet hall d'entrée au rez-de-chaussée, un vaste « living » avec cuisine attenante à ce qu'il était convenu d'appeler le « bel étage » et  au-dessus trois chambres et salle de bain.

 

De quoi combler nos attentes, surtout depuis que nous avions décidé d'agrandir notre foyer des deux petites filles qui ne tarderont pas à pépier dans une grande volière de bonheur en petits oiseaux joyeux et heureux.

 

Comme nos moyens devenus confortables nous permettaient un second véhicule pour conduire les enfants dans leurs écoles, leur éloignement ne posait pas de problèmes.

 

Anecdote incroyable que je ne peux m'empêcher de raconter :  le premier locataire de cette maison avait été la famille Tshombé avec laquelle le propriétaire avait cru faire une excellente affaire vu le loyer important qui avait été conclu.

 

Grande fut sa stupeur quand vinrent s'y établir « les » femmes et enfants du célèbre Katangais qui n'avait pas réussi à faire sécession de sa province si riche en minerais rares ou précieux.

 

Non seulement ils (sur)peuplèrent une habitation qui venait d'être construite, la dégradant innocemment en s'y comportant comme en pleine brousse : éviers, lavabos, baignoires et tuyaux bouchés à la suite d'utilisations surprenantes (on y retrouvera de tout : des os, des cuillères, des amulettes et autres gris-gris).

 

En de nombreux endroits le parquet fut brûlé, à croire qu'on cuisinait à même le sol...  A l'arrière, la cour qui précédait un jardin, était, au dire des voisins et du propriétaire, recouverte d'une  couche de plusieurs centimètres de détritus divers en provenance des fenêtres d'où ils étaient jetés... Les dédommagements que le propriétaire exigea ne suffirent pas à couvrir les frais de restauration.

 

Autre histoire, tragi-comique celle-là : Comme je le relaterai plus loin, nous ne resterons pas très longtemps dans cette maison qui devint vite trop exiguë (sic).  Aucun bassin d'orage n'avait été prévu dans notre rue, située dans un fond, pas loin de grands étangs.

 

Aussi voyait-elle ses égouts se saturer à l'occasion des fortes pluies, tandis que les regards des caves renvoyaient de nauséabondes vomissures ponctuées de peu ragoûtants borborygmes.  Nous avions, dès les premiers orages de canicule, constaté et enduré l'épreuve à coups de torchons, de seaux et de pince à linge sur le nez.

 

Devenu bricoleur ou « débrouillard », je trouvai une solution aussi simple qu'idiote : visser les taques de visite dans leur emplacement.  Avec une bonne foreuse et des vis taraudeuses qui forment le pas dans un trou préalablement foré, je parvins à sceller les ouvertures suffisamment pour supporter la pression momentanée créée par des pluies diluviennes.

 

Nous n'avons plus jamais eu de problèmes, si bien que j'oubliai l'incident et  négligeai de le signaler aux occupants suivants qui avaient acheté le bien et qui, l'ayant fait examiné par un plombier, s'étaient bien gaussés avec lui d'une idée aussi saugrenue que de bloquer des regards de cave.

 

Je ne vous décrirai pas la stupeur affolée de la nouvelle propriétaire quand nous lui révélerons les raisons « profondes » et « désespérées » de notre bricolage.

 

Je crois que le plombier qui avait tout fait sauter à coup de burin et de jurons, n'oubliera pas de sitôt les hurlements terrifiés de la pauvre dame.  Aussi fut-il bien aise de s'en tirer à bon compte en revissant humblement tout le bazar, après avoir foré de nouveaux trous.

 

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