Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

26/02/2010

Ch. 20b. La plaie qui ne se fermera jamais

&

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

__

 

Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

Afin de bien documenter cet appel, voici un lien important qui permet de mieux sensibiliser tout un chacun sur la nécessité d’une action utile de solidarité envers les malchanceux du monde et plus particulièrement ceux d’Haïti.

http://asautsetagambades.hautetfort.com/media/02/00/17752...

----

Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

 

__

Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

__

 

(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

------

Chapitre 20b : La plaie qui ne se refermera jamais.

TABLE DES REPÈRES : {20.5} La mort de mon frère Pierre, à trente-cinq ans, laissant une veuve et trois petits orphelins, bouleverse notre vie, chagrin immense qui marque au fer rouge : je ne pleurerai plus jamais, même à la mort de mes parents, mes yeux sont devenus secs - {20.6} La vie continue dans la douce et tiède ambiance du « havre » de Meux  {20.7} dans lequel un conteur d’histoire raconte les aventures des petits nains et de la sorcière Goulinouf à ses enfants et neveux.

-----

 

 

{5} Cette année 1966 qui semblait si riche en événements heureux, avec l’élargissement de notre foyer à un deuxième adorable petit blond aux yeux rieurs et l’acquisition de ce « paradis sur terre » dans les campagnes namuroises, se termina douloureusement et dramatiquement.

 

Depuis mon retour de Suisse, j’affectionnais tout particulièrement mon frère Pierre. J’admirais son valeureux courage dans la maladie et les épreuves physiques : déficience d’un cœur en sabot - expression médicale pour désigner un cœur déformé par le rhumatisme articulaire aigu - et fémur brisé en plusieurs morceaux dans un accident de la route, maintenu par un « clou » dont les effets de rejet le tortureront toujours.

 

Son état cardiaque s’aggravant, il devenait urgent d’intervenir chirurgicalement. Sur le « billard », il dut subir l’opération dite « à cœur ouvert » pour remplacer des valvules qui étaient tellement abîmées que ses activités physiques en étaient de plus en plus amoindries.

 

Les valvules du cœur ont pour fonction de servir de valve « anti-retour » à la pompe cardiaque. Schématiquement, il s’agit d’une membrane circulaire fendue en quatre quartiers élastiques qui, dans un sens permet le passage du flux sanguin et dans l’autre n’en autorise pas le retour.

 

Le rhumatisme articulaire aigu déforme ce dispositif simple d’étanchéité qui joue de plus en plus mal son rôle de pompe, à tel point que le muscle cardiaque tente de rattraper le fluide perdu en précipitant les contractions.

 

C’est ce que les médecins appellent un « souffle au cœur » parce qu’à l’audition thoracique le battement est suivi d’un souffle caractéristique.

 

L’opération qui répare cette déficience consiste à remplacer les valvules abîmées par un dispositif artificiel en matière synthétique qui, actionné par les contractions cardiaques, joue le rôle de valve anti-retour.

 

L’opération était prévue début novembre. La semaine précédant son entrée en clinique, cet optimiste courageux, galvanisé par une volonté héroïque, défiant le sort, s’épuisa à effectuer des travaux à sa maison jusque tard dans la nuit, même la veille, en prévision d’un rétablissement qui pouvait être plus long que prévu.

 

L’opération se passa bien. J’allais le voir tous les jours. Audacieux, il voulait brûler les étapes et se leva rapidement.

 

J’avais confiance en ses facultés de récupération. Amoindris tous les deux en raison d’un passé de malade, nous étions persuadés que la volonté de vivre dynamise notre corps et le guérit mieux que la médecine et les médicaments.

 

Cependant, imprévisible est l’accident. Imprévisible est la malchance qui fait que quelque chose est déficient dans l’acte chirurgical.

 

Que s’est-il passé ? Seul, peut-être, le chirurgien le sait-il. Peut-être une erreur que la faculté ne reconnaissait jamais à l’époque. L’erreur étant humaine, on doit accepter cette éventualité.

 

Le 13 novembre 1966, en fin d’après-midi, mon frère, debout, va prendre une petite collation.

 

Soudain, il lève la tête et, sans un mot, se renverse sur son lit d’hôpital, les yeux grands ouverts : c’est l’arrêt cardiaque dans toute son horreur.

 

Affolée, ma belle-sœur, présente, appelle les secours. On l’emmène à la salle d’opération pour intervenir et relancer la circulation sanguine, … était-ce encore possible ?

 

Un doute nous hantera toujours… : le dispositif artificiel était-il bien fixé ? N’avait-il pas un défaut…. ?

 

J’arrivai environ une heure après. Pour la première fois, j’étais euphorique, sans aucun pressentiment.

 

Depuis la veille où je l’avais vu si bien, je croyais en sa vigueur et j’étais persuadé que sa volonté de vivre et son optimisme le sortiraient de son mal comme moi je l’avais été du mien.

 

Je verrai toujours cette porte blanche de sa chambre de clinique que j’ai regardée avec confiance et que j’ai ouverte après avoir frappé.

 

Je verrai éternellement ce vide dans une chambre, ce vide dans un lit défait : tout était rangé comme pour un départ.

 

Je n’oublierai jamais cet atroce vide avec ma belle-sœur au centre, droite, effrayante … avec des yeux durs qui me regardent … des yeux comme un gouffre noir … je sens ma raison chanceler… de la main, elle fait un geste, un seul … le plat de la paume qui sèchement coupe horizontalement l’espace entre nous, et rompt notre destin … un bruit douloureux sort de sa gorge mais ses yeux sont glacés et secs … ses mâchoires sont serrées à se rompre …

 

C’était irrémédiablement fini pour lui … et pour nous, plus rien ne sera plus jamais comme avant.

 

J’étais complètement désemparé, outre la peine immense de la perte de ce frère que je chérissais tant, s’installait l’angoisse d’un avenir dont dès maintenant, j’entrevoyais le difficile parcours.

 

Je me sentais écrasé par une charge que je devrais bien assumer : aider ma belle-sœur à élever les enfants…

 

Cependant, par bonheur, au loin dans mon subconscient, Diaphane-cœur me rassurait : il avait une alliée qui pouvait tout, ma compagne des bons comme des mauvais jours, ma force dans l’épreuve, dure et solide comme le plus vigoureux des chênes, ma pitchounette au cœur d’or, sensible à toutes les souffr ances, sur qui je pourrai et sur qui je pus compter.

 

Devant ce lit défait, encore chaud de la vie de mon frère, son épouse et moi ne voulions pas comprendre.

 

Un doute insensé nous tenaillait, nous voulions le voir pour dissiper ce sentiment et nous assurer qu’il n’y avait vraiment plus d’espoir.

 

On nous emmena dans un grand auditoire avec une table chirurgicale au centre.

 

Il s’y trouvait couvert d’un sinistre drap blanc. ...  La salle me paraissait immense, incongrue, pour mon petit frère abandonné au fond de cet amphithéâtre … Nous descendîmes jusqu’à lui dans une odeur lourde de vieux désinfectant …

 

L’employé qui nous accompagnait découvrit son visage … Il était encore rose et les yeux mi-clos … Il semblait nous regarder doucement, sous les paupières … Son épouse et moi étions pétrifiés, incapables de la moindre réaction comme dans un cauchemar …

 

Nous sommes repartis tête basse, … mais voulions en savoir davantage.

 

Une infirmière nous conduisit au bureau du chirurgien, le professeur Primo, réputé comme le meilleur dans cette intervention.

 

Ce fut bref, dur et froid. Le masque indifférent, en routinier du malheur, nous ne comprîmes que quelques mots : … accident post-opératoire … imprévisible… fatalité…

 

Les jours qui suivirent furent atroces. Je n’imaginais pas qu’on puisse atteindre de tels abîmes … Les nuits profondes me tourmentaient et des larmes ne cessaient de couler lentement, sans sanglots, marquant mon visage de traînées douloureuses (je ne pourrai plus jamais pleurer après, mes larmes se sont taries alors).

 

Comme dans un cauchemar, nous flotterons tous dans un environnement inconsciemment cruel … les enfants qui ne comprennent ou ne réalisent pas … mes parents atterrés, déchirés avec des yeux d’appel vers moi…et tous les proches visiblement blessés par le drame : Il avait trente-cinq ans et il restait une veuve sans ressources et trois enfants si petits, si jeunes.

 

Le lendemain, mes parents et mon épouse voulurent le voir une dernière fois ; il était à la morgue.

 

Ce fut terrible, … l’employé nous fit entrer dans la salle-frigo où étaient rangés les cadavres avant l’ensevelissement.

 

Il ouvrit un des compartiments pour en sortir un corps couvert d’un drap blanc.

 

Il en découvrit le dessus pour nous livrer la vision atroce d’un visage livide, les yeux grands ouverts que l’employé, embarrassé, tenta de maintenir fermés, … les cheveux étaient collés en désordre et, sanguinolente, la bouche, entr’ouverte, se tenait douloureusement figée.

 

Visiblement, après notre passage dans le grand amphithéâtre, les chirurgiens avaient manipulé le corps pour connaître les raisons du décès.

 

Pourtant, la vie continuait, il fallait passer par toutes les formalités d’usage qui ulcèrent les plaies : les pompes funèbres, le cercueil, la cérémonie religieuse, le cimetière, la compassion des autres… alors qu’un boulet dans l’estomac tire jusqu’à la gorge…

 

Je restais fragile, pas encore aguerri aux épreuves affectives. Mais j’avais épousé un ange qui tendrement, discrètement, allumait des petites étoiles de réconfort qui me réchauffaient le cœur - et ma vie reprit son cours.

 

J’avais aussi deux adorables petits garçons, tout blonds, aux petits yeux vifs et rieurs qui le soir, quand je rentrais du travail, me tendaient des petits bras tout chauds et que je serrais bien fort, bien fort contre moi.

 

Attendrie et les yeux brillants, mon épouse nous regardait et le ciel redevenait tout bleu, tout bleu…

 

------------

 

{6} Les fêtes de décembre se passèrent courageusement. Nous avions rassemblé les familles dans notre maison faite pour le bonheur, sagement assise au pied de la forêt, pour estomper les souffrances, pour ranimer l’espoir et réveiller la joie.

 

Ce fut d’abord le six décembre, la Saint Nicolas. Traditionnelle en Belgique, c’est la fête des enfants.

 

Elle se prépare déjà quelques jours avant, les petits déposant leurs souliers devant l’âtre pour inviter le saint à y déposer, la nuit, quelques babioles ou friandises.

 

C’est par la cheminée que cet ami des petits, accompagné de son âne, pénètre dans les maisons pour y apporter ses cadeaux.

 

Il est donc de tradition que, la veille au soir, chacun des futurs bénéficiaires prépare une assiette dans laquelle il a placé une carotte pour l’âne, que le grand saint remplacera par des friandises.

 

Il ne manquera pas aussi de disposer tout autour les jouets que les enfants lui auront demandés dans la lettre qu’ils auront glissée, la veille, dans les chaussures qu’ils auront placées à son intention devant la cheminée.

 

Nous n’avons jamais voulu tromper nos enfants en introduisant le mensonge dans leur vie, aussi bien intentionné soit-il.

 

Nous voulions qu’ils fassent la différence entre la réalité et la fiction, en accordant une place essentielle à l’imaginaire qui pouvait être ressenti comme s’il était vécu.

 

Aussi avons-nous respecté les traditions familiales de Saint-Nicolas qui descend dans les cheminées, du Père Noël et son traîneau et des cloches de Pâques qui font tomber des œufs dans les jardins, mais en soulignant bien qu’il s’agit de belles histoires pour les enfants.

 

Pour eux, le plaisir résidera surtout dans le mystère de la découverte et l’ambiance de la fête et peu importait pour eux si ce qu’ils trouvaient avec ravissement avait été déposé ou caché par leurs parents.

 

Je suis persuadé qu’ils finissaient par y croire comme en un rêve éveillé… et que cela complétait bien leur monde à eux…qui est surtout imaginaire…

 

La femme de mon frère était très courageuse, mais quelque chose en elle était brisé.

 

Ebranlée par la mort de son mari qu’elle adorait, elle inquiétait parce qu’elle gardait le regard dur et le visage fermé de la révolte : on ne la voyait jamais ni verser une larme, ni émettre le moindre sanglot et son rire était nerveux, artificiel et incongru ...

 

Mon frère avait été le parrain de mon fils Benoit. Avant son entrée en clinique, il avait été acheter avec son épouse un joli petit ours en peluche qu’ils comptaient lui offrir le jour de la Saint Nicolas.

 

Je me souviendrai toujours de la brève plainte douloureuse, poignante de souffrance profonde qui, pour la première fois devant nous, fut gémie par cette pauvre femme meurtrie, quand elle sortit tristement le petit jouet de son sac.

 

Nous fêtâmes aussi Noël avec la crèche et le traditionnel grand sapin tout en guirlandes, lumières et boules multicolores… les repas de fête… les chants traditionnels…. et, envers et contre tout parce que la vie continue, nous nous laisserons envahir par l’ambiance festive de ces réjouissances de fin d’année, avec la joie pure des enfants, leur rire, leurs yeux émerveillés et tant de choses qui font que la vie reste toujours et malgré tout si belle.

 

Dès les premiers beaux jours, dès que les frimas se firent plus rares, et que les premiers bourgeons éclatèrent, nous nous retrouvions tous dans notre havre de bonheur et de vie simple au milieu des champs, ensorcelés par ce doux frémissement de la nature qui s’éveille.

 

Quels beaux moments nous y passâmes ! Quels beaux souvenirs nous engrangeâmes tous dans ce paradis perdu !

 

Nous nous organisions pour loger tout ce monde dans les quatre chambres de notre chaumière, y compris mes parents ou beaux-parents qui l’un ou l’autre accompagneront toujours.

 

Quel campement ! Benoit dormait dans notre chambre, les trois garçons dans une autre, leur maman et mes parents dans les deux restantes quant à Vincianne, la seule fille, elle avait sur le palier une sorte de petite alcôve, aménagée derrière tentures et paravents.

 

Quelle organisation ma si précieuse compagne parvint à mettre en place ! Et quelle table elle devait prévoir pour rassasier tout ça !

 

Mes neveux parlent toujours de ces moments heureux et du joyeux ensoleillement que ces séjours apporteront à leur enfance si cruellement blessée.

 

{7} Quand maintenant, ils évoquent cette époque et les histoires des petits nains que Diaphane-poète imaginait pour eux et que je leur racontais, le soir, après une bonne journée d’ébats en plein air, ils me disent combien ces souvenirs resteront inscrits dans leur mémoire en instants inoubliables de leur vie de gosse.

 

C’est ainsi que dans la douce quiétude de leur chambrette d’enfant, nous imaginions ensemble les aventures désopilantes ou fantastiques de petits bonshommes dont ils animaient les personnages.

 

Ces petits malins, au nombre de cinq. (Plus tard, avec l’arrivée de mes deux filles, ils deviendront sept comme dans toutes les belles histoires.)

 

Ils avaient pour noms : Brunito pour Bruno, Rolando pour Roland, Vinciano pour Vincianne, Patricio pour Patrick et Bénito pour Benoit.

 

Ils étaient vêtus de rouge comme ceux de Blanche-Neige et coiffés d’un petit bonnet garni d’une petite floche sur le bout en pointe.

 

Leur ennemie s’appelait Goulinouf, c’était une sorcière ricanante et méchante avec un menton aussi crochu que celui de l’horrible mégère imaginée par les frères Grimm.

 

Je vais m’efforcer de restituer ces moments merveilleux de quiétude qui prenaient notre petite bande quand elle s’assemblait autour de moi, détendue par l’eau tiède et doucement savonneuse, parfumée à la lavande, de la toilette du soir : des parcelles de bonheur voletaient en paillettes lumineuses dans les yeux de cinq petites frimousses toutes roses d’excitation.

 

Les intermèdes drôles et désopilants que nous adorions introduire dans mes histoires nous faisaient rire aux larmes, à tel point qu’un jour, Roland, n’en tenant plus tellement la situation était cocasse m’arrêta : «Parrain (il m’appelait tous Parrain) attends » il alla s’asseoirsur le seau de toilette « Maintenant, on peut continuer… »

 

Très pratique, il avait trouvé le moyen de ne plus se préoccuper des …fuites…que s on rire l’empêchait de contrôler.

 

Ces moments privilégiés sont une des plus grandes richesses de la vie. Ils gomment d’un seul coup toutes les peines, ils effacent les mauvais jours et prennent une place de choix dans notre cœur et dans notre mémoire.

 

Bienheureux soient-ils ces instants d’émerveillement que l’homme évolué peut glisser dans son existence !

 

Je débutais, comme dans tous les contes, par la formule consacrée : « Il était une fois ».

 

Il était une fois , dans les forêts et les bois de notre histoire, une grotte qui s’étalait bien au chaud dans le ventre de la terre.

 

Elle était haute et grande. Le bon génie des cavernes l’avait taillée dans la roche pour ses amis, les petits nains. Il y avait prévu tout ce qu’il fallait pour qu’elle fût merveilleuse : son sol était couvert d’un duvet de mousse émeraude qui en faisait le plus confortable des tapis, son plafond d’un bleu d’aquarelle révélait de ci de là, quelques étoiles-diamants qui clignotaient joliment.

 

Dans cet endroit féerique vivaient cinq petits nains très heureux qui chantaient et jouaient beaucoup.

 

Le plus âgé se nommait Brunito,…c’était le chef… il était très futé avec des yeux de chat et une souplesse de chat… Le suivant s’appelait Rolando… c’était le plus fort et le plus savant…

 

Quant à Vinciano, le troisième ou plutôt la troisième, c’était la seule fille de la bande, aussi avait-elle des yeux moqueurs, une bouche mutine et un petit nez délicieusement pointu, de quoi taquiner et ensorceler tous les garçons…

 

Patricio était le quatrième, c’était un malin diablotin capable d’ouvrir les serrures et les portes les plus récalcitrantes,… Quant à Bénito, le dernier, il était le feu-follet de la bande, primesautier, apparaissant ou disparaissant au gré des besoins ou de sa fantaisie…

 

Au centre de la grotte de notre histoire, le bon génie avait prévu un nid douillet de duvet rose dans lequel ses protégés pouvaient se reposer ou dormir en faisant de jolis rêves bleus…

 

- Parrain, n’oublie pas la source magique…. criaient en cœur cinq petits impatients…

 

Attendez, vous êtes trop pressés…et, dans les mousses vertes s’écoulait une source d’eau magique qui se transformait en n’importe quelle boisson fraîche.

 

Il suffisait d’y tremper un gobelet que les nains portaient toujours à la ceinture en disant : « source magique je veux du… » en précisant le breuvage souhaité, aussi compliqué fût-t-il et le souhait était exaucé.

 

- Je me paierais bien une petite grenadine au citron, interrompit Roland, alias Rolando…

- Et moi du jus de carotte au chocolat, crut malin de sortir Patricio…

- Pouah ! beuh,… dégueulasse… s’exclamèrent-ils tous ensemble…

 

Ce n’est pas tout de boire, il faut aussi manger, continuai-je.

 

Aussi, sur le côté de la grotte, un amas de stalagmites ocre et de stalactites blanches formaient un plateau magique sur lequel apparaissait tout ce qui était souhaité.

 

- C’est quoi des lagmites ? s’enquit Bénito très intrigués…

 

J’expliquai  : vous avez certainement vu dans la bouilloire de votre maman une matière blanche qu’on appelle calcaire.

 

Elle se trouve dans l’eau qui s’en est chargée quand elle passe dans le sol. Quand l’eau tombe en gouttes lentes du plafond des grottes, elle s’évapore et laisse le calcaire qu’elle contient s’amasser lentement au fil du temps.

 

Quand les gouttes descendent du plafond elles forment des grandes chandelles qu’on appelle stalactites et quand au contraire elles tombent du plafond en formant des belles bougies qui montent, on les appelle stalagmites.

 

Je vais vous donner un petit truc pour retenir les deux mots : quand la chandelle monte à partir du sol c’est une stalag…mite avec un m comme dans elle monte…quand elle tombe du plafond…c’est une stalag… tite avec un t comme dans elle tombe.

 

Mais je continue mon histoire : donc sur le côté de la grotte, les stalagmites et les stalactites avaient formé un pla teau magique sur lequel il suffisait de placer les mains en disant : « table magique, donne-moi du… » et les stalagmites s’écartaient comme pour une offrande en réalisant le souhait aussi compliqué fût-t-il.

 

Les petits nains adoraient surtout les belles randonnées dans les bois pour jouer avec les oiseaux, les petits lapins et les petits animaux. Ils soignaient ceux qui étaient malades ou blessés.

 

Ils avaient même, un jour, recueilli un éclopé ; c’était un petit faon, blessé à la patte qui ne les quitta plus.

 

Ils jouaient aussi avec les papillons… et quand ils étaient fatigués, ils allaient s’étendre au soleil dans l’herbe des clairières bourdonnantes de vie.

 

Savez-vous que dans toutes les belles histoires, les petits nains sont toujours au nombre de sept ? Aussi nos cinq gaillards rêvaient-ils souvent des deux petits compagnons qui leur manquaient et qu’ils attendaient depuis si longtemps.

 

Bénito leur raconta que dans ses voyages fantastiques, il avait interrogé un mage qui connaissait l’avenir.

 

Le vieux bonhomme, tout en bleu, scintillant d’étoiles et coiffé d’un grand chapeau pointu, lui avait prédit que des oiseaux d’argent apporteraient dans leur ventre deux trésors aux yeux noirs en amande et aux joues de miel.

 

Aussi les petits bonshommes vivaient-ils très heureux, avec dans le cœur cet espoir d’être un jour la plus belle bande des sept que les conteurs d’histoire n’aient jamais imaginée.

 

Cependant, comme rien n’est jamais parfait et que même dans les belles histoires il y a toujours des êtres malfaisants pour contrarier les gentils, une sorcière au vilain nom de Goulinouf cherchait à attraper les petits nains pour les transformer en abominables gnomes méchants et les mettre à son service.

 

Un jour que les arbres chantonnaient parce qu’un souffle tiède caressait leur feuillage, les nains projetèrent de confier à ce vent chaud un grand cerf-volant qu’ils avaient confectionné en pétales de fleurs de toutes les couleurs.

 

Ils les avaient cousus ensemble avec les fils de la Vierge que les belles araignées épeires leur avaient filés tout exprès.

 

De plus, ces jolies araignées qui se balancent sous les arbres et s’envolent dans le vent au bout d’un long, très long fil, tellement brillant et tellement fin qu’on l’appelle fil de la Vierge, leur en avaient fabriqué un pour maintenir le cerf-volant et le diriger dans le ciel.

 

Il était si long qu’il pouvait atteindre le paradis.

 

Dès qu’il se fut envolé, soutenu par un souffle de vent complice, l’engin s’éleva superbe au-delà des arbres dans un ciel tout bleu, tout bleu.

 

Ses coloris de fleurs paille et rubis soulignés par l’argent des fils brodés s’électrisèrent sous l’éclat d’un lumineux soleil à tel point qu’on aurait cru une étoile multicolore.

 

Il montait tellement vite que les petits nains n’arrivaient plus à l’arrêter…

 

- Magnifique, s’exclama Brunito.

- Si on envoyait un message aux anges, suggéra Patricio.

- Bonne idée, acquiesça Rolando en sortant de sa poche une écorce de bouleau et un stylet magique. Qu’allons-nous dire ?

- Demandons aux anges s’ils savent quand viendront les petits nains aux yeux noirs en amande, continua Patricio.

 

Ainsi fut fait. Le message, guidé par le fil s’envola,… s’envola bien haut,… bien haut jusqu’à leur étoile multicolore qui, toute petite, montait toujours dans le ciel.

 

Les petits nains se tordaient le cou, écarquillaient les yeux pour mieux voir.

 

Le message et l’étoile montèrent,… montèrent tellement qu’ils disparurent.

 

Ils attendirent longtemps, mais ne voyant plus rien, ils s’interrogèrent :

 

- Le message n’est peut-être pas arrivé. Notre cerf-volant n’atteint peut-être pas les anges, supposa Brunito.


class="MsoBodyText2">- Peut-être qu’ils ne comprennent pas notre langue, suggéra Rolando.

 

;Vinciano intervint timidement de sa petite voix mignonne.

 

- Quand je pense très fort et que je regarde le ciel en prononçant des mots magiques, je sais qu’ils s’envolent et rejoignent le ciel tout près de mon papa. Peut-être que lui qui connaît bien les anges, sait leur parler.


- Quelle bonne idée… allez essaie…encouragèrent les petits na ins.

 

Et Vinciano pensa très fort à son papa qui était au ciel… et pensa très fort au message,… les petits bonshommes guettaient son visage, à l’affût de ses réactions,… soudain ses yeux s’éclairèrent,… le message était passé…elle avait sans doute une réponse.

 

- Dis-nous, dis-nous,… on est impatient de savoir… trépignaient les petits

 

Vinciano les regardait avec un petit air malicieux de fille qui allait jouer un bon tour aux garçons.

 

- Mon papa a dit que c’est un secret que je ne peux dire à personne…


- Allez, c’est pas du jeu, dis-nous quand même, il n’y a pas de secret pour nous…on ne fait qu’un…

 

Vinciano tint bon… Aussi Bénito le passe-muraille, celui qui disparaît et réapparaît comme l’éclair, s’envola, sans crier gare, voir là-haut ce qui se passait. Il se perdit dans un ciel toujours aussi bleu qu’un lagon du Pacifique.

 

Les petits nains, médusés, le nez en l’air, scrutaient l’espace, inquiets du sort de leur aventureux compagnon.

 

Après un long moment, comme ils ne voyaient rien venir, les mains en porte-voix, ils se mirent à hurler tous ensemble : « Benito, Benito où es-tu…reviens…. ».

 

Soudain, un gros nuage tout noir, grimaçant méchamment, avec un gros nez pustuleux, entachât le bleu pur d’un ciel méditerranéen.

 

A califourchon sur son balai de sorcière, Goulinouf, l’abominable Goulinouf, tournait autour en ricanant.

 

- Grr, grr,…ah...ah..., j’ai capturé votre compagnon et l’ai enfermé dans mon château hanté…

 

Sidérés, les petits nains aperçurent dans le ventre du nuage noir, un château sinistre qu’entourait un ballet de chauve-souris criaillantes. A une des fenêtres, Benito leur faisait des grands gestes d’appel au secours.

 

Nos petits gars n’en menaient pas large et tinrent conseil pour trouver solution à si dramatique situation.

 

- Nous devons absolument atteindre ce château et aller le délivrer, dit Brunito et s’adressant à Rolando : «As-tu une idée, toi le savant ? ».

 

Sous l’effort de concentration et sous le choc des combinaisons qu’échafaudaient ses méninges de savant, le cerveau de Rolando se mit à chauffer et son front devint tout rouge.

 

Des rayons verts lui sortirent de la tête, c’était bon signe : il avait sans doute trouvé.

 

- Voilà mon plan. Nous savons que Goulinouf n’aime pas les miroirs parce qu’ils lui renvoient son image qui est tellement horrible qu’elle a peur d’elle-même.

 

Nous demanderons au soleil de briller très fort, si fort que la mer et les lacs et les fleuves et les ruisseaux deviendront des miroirs.

 

Alors, Goulinouf aura très peur parce qu’elle se verra si horrible partout et elle se sauvera près du diable en abandonnant son château.

 

Ainsi fut fait et Goulinouf, affolée, hurlant de rage, voyait son image partout, dans l’eau des océans, dans l’eau des mers et des fleuves et des rivières et des plus petits ruisseaux.

 

La tête dans les mains, elle s’enfuit en enfer et le soleil célébra sa victoire en illuminant le ciel de ses plus beaux éclairs de chaleur comme un feu d’artifice.

 

Cependant, il fallait encore délivrer Benito, toujours enfermé dans le château hanté qu’on voyait là-haut dans le nuage de la sorcière.

 

La nuit avait revêtu son grand manteau de soie noire, parsemé d’étoiles brillantes.

 

La lune souriante et complice y déroula un long pinceau d’or jusqu’à nos amis et de là jusqu’au château hanté.

 

C’était une voie royale qu’ils empruntèrent pour atteindre le laid nuage qui dans la nuit n’était plus effrayant du tout.

 

Ce ne fut qu’un jeu pour Patricio, le magicien des serrures, d’ouvrir toutes les portes jusqu’à Benito qui les attendait, confortablement installé entre les pattes d’une araignée hideuse et velue qu’il avait apprivoisée.

 

---------

 

 

Le Conteur d’histoires.

 

Des petits yeux fripons,

Des petits nez en l’air,

Des joues roses d’excitation,

Dans de jolies frimousses d’ange.

 

Des petites mains fébriles

Qui enserrent des genoux ronds

Et la paix du soir

Qui ronronne dans les champs.

 

Un parfum de savonnette

Dans un champ de lavande,

Des songes de bain tiède

Pour des peaux si douces.

 

Des oiseaux dans le regard

Qui piaillent comme dans un nid.

Des flammèches en pupille

Dorées, folles et rougeoyante.

 

Une eau de source fraîche

Jaillit de leur rire.

Le long murmure du vent

S’éloigne tout doucement.

 

Des petits pieds de lait

Dans le soir trépignent.

Mais dans la nuit, soudain

Le vol des oiseaux du rêve.

 

Le semeur de sommeil

Jette ses anneaux d’or

Et des bouches baillent

En souriant encor.

 

Un conteur d’histoires

Ferme des yeux de soie

Et caresse les joues rondes

De petites têtes blondes

Qui s’endorment dans le noir.

 

 

 

-------------

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.