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23/02/2010

Ch. 20a - Il ne tient pas en place

&

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 10 à 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.


Chapitre 20a : Il ne tient pas en place

TABLE DES REPÈRES : {20.1} Le « feu-follet », un cœur comme une cathédrale, l’ami fidèle, le fou du ciel, le rival des aigles, le soldat du feu et le réconfort des blessés, c’est ce qu’il est devenu notre second enfant qui naîtra en pleine grève des médecins dans des conditions difficiles - {20.2} Notre fermette de Meux : un îlot du bonheur, perdu dans les campagnes namuroises - {20.3} René Stage, notre voisin - Souvenir des réunions de famille autour d’une table chaleureusement garnie - {20.4} Bruno, mon filleul, le fils aîné de mon frère-défunt qui vivra avec nous, nous aidera à transformer notre fermette, de même que mon jeune beau-frère Daniel qui nous rejoignait pendant ses congés : chambres dans la grange, piscine avec grande salle de détente, verger, prairie avec moutons -

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20.1 Toujours en quête d'aventure et de nouveau, toujours à la recherche de l'inconnu, à l'affût des sensations, curieux de tout mais indiscipliné,... refusant les contraintes,... disparaissant, réapparaissant au gré de sa fantaisie,... un cœur comme une cathédrale, l'ami idéal et fidèle qu'on recherche,... le fou du ciel,... le rival des aigles,... le soldat du feu,... le réconfort du blessé lamentable qu'il vient de ramasser dans son ambulance...

 

C'est bien ce qu'il deviendra, ce déluré petit oiseau qui à peine sorti de l'œuf, n'avait de cesse de s'envoler sans ses plumes, de quitter son cocon... celui que mon épouse devra, pour le protéger, enchaîner symboliquement à son pied, comme un bagnard à son boulet.

 

Dès qu'il put gigoter malgré le confort du nid douillet que sa maman lui avait si bien ménagé dans son ventre, il ne tint pas en place et chercha toutes les occasions pour s'en échapper prématurément.

 

Ce ne fut qu'à coup d'injections intramusculaires prescrites par la faculté que j'administrais journellement que nous parvîmes à lui faire entendre raison.

 

Le plus étonnant de l'histoire, comme quoi les événements restent contrariants, fut qu'on dut le forcer à faire son entrée sur notre planète alors qu'il avait bien décidé de ne plus bouger, dégoûté qu'il était des « drogues » qu'on lui avait envoyées pour le calmer.

 

Les circonstances qui marquèrent cette naissance valent la peine d'être contées.

 

Un conflit majeur opposait les pouvoirs publics au corps médical qui, pour faire pression, allait se lancer dans une grève au finish.

 

Des services de garde furent prévus pour les urgences, dont les accouchements.  Aussi les médecins-obstétriciens s'empressèrent-ils de proposer à leurs patientes proches du terme d'accoucher prématurément pour soulager les services et éviter les engorgements.

 

Ce jour « imposé » du 5 février 1966 restera un des plus marquants de notre existence tellement il nous réserva d'intenses émotions.

 

Les maternités furent vite saturées et le personnel débordé.  On nous trouva, in extremis, un petit local transformé en chambre de fortune.

 

Quant à l'accouchement lui-même, il tint de l'aventure en pleine brousse.  Le produit qui devait provoquer le travail, fut perfusé dans l'exiguïté de l'étroit local  qui nous avait été dévolu et qui n'avait jamais eu d'autres fonctions que de servir de débarras.

 

En manque de potence pour le suspendre, le flacon avait été placé sur la tablette d'une petite fenêtre haut perchée, seule ouverture sur un ciel encore très hivernal.

 

Dès que les contractions se firent plus nombreuses, annonçant l'imminence de l'événement, l'accoucheur, qui heureusement cette fois-ci n'était pas loin, s'amena avec une petite étudiante-infirmière effarée à laquelle il confia, avec les recommandations qui s'imposaient, la potion-miracle qui devait décider notre sacré gamin à faire pour une fois ce qu'on lui demandait.

 

Quelle aventure ce fut ! Le couloir qui devait nous conduire dans la salle d'accouchement était encombré de lits, chariots, armoires (les locaux improvisés ayant dégorgé leur contenu)  et ...  personnel médical aux abois.

 

La petite assistante, toute frêle et menue, en perdait le nord et oublia de maintenir la fameuse bouteille suffisamment haute pour que le fluide accoucheur s'écoulât naturellement par gravité, aussi frisâmes-nous la catastrophe.

 

Le médecin hors de lui me confia la précieuse mixture en prétendant que je m'en tirerais mieux qu'elle.

 

Conscient de ma responsabilité, je tins bien haut le liquide qui, miraculeusement, s'était remis à couler, tout en implorant le ciel qu'il sauve cette petite vie à laquelle nous étions déjà tellement attachés.

 

Mes yeux étaient « scotchés » sur la potion magique qui, goutte après goutte, allait par un long tube en polyéthylène branché en intra-veineuse sur la circulation sanguine de mon épouse, gagner le centre de commande des contractions musculaires.

 

Je réalisai alors toute l'importance que pouvait parfois avoir un acte aussi banal que de maintenir un pot à une certaine hauteur.

 

Tellement pénétré de ma mission, je n'assistai pas à la naissance de mon second fils que, soudain, j'entendis avec soulagement pleurer dans les bras de l'infirmière.

 

C'était un garçon, un merveilleux petit diable que nous appelâmes Benoit, et qui, comme tous les Benoits de la terre, ne tiendra pas en place, avide d'aventures et de découverte,  mais si grand cœur...

 

Comme pour Patrick, nous avons vécu ce moment unique et intense de vrai bonheur : contempler dans un berceau un petit être qui dépend tellement de vous, tellement fragile, tellement vivant...

 

Maintenant encore, quand notre couple analyse ces sentiments avec le recul du temps et les compare à ceux qui présidèrent aux autres « naissances » qui suivront mais dont la nidation physique sera différente, il est convaincu que l'évolution qui fit de l'homo sapiens un être sensible, intelligent et raffiné, l'amènera à transcender et spiritualiser les actes essentiels de sa vie animale comme la filiation et les élèveront à des niveaux seuls compatibles à tel état d'esprit.

 

Aussi quand on se penche à deux pour la première fois sur un enfant qu'on protège dans ses bras, quand on prend conscience de sa dépendance et qu'on sent monter cette ferveur sublime de l'amour parental, c'est alors et seulement alors qu'il est réellement conçu, c'est alors qu'il est réellement porté, c'est alors qu'il devient réellement « chair de notre chair », « sang de notre sang » et  « cœur de notre cœur ».

 

Nous qui connaîtrons par la suite des « naissances uniquement conçue dans le cœur » pouvons mieux que quiconque juger de leur identique valeur intrinsèque.

 

Respectant nos traditions religieuses, le petit garçon fut baptisé par le curé de notre paroisse, mon frère Pierre en étant le parrain et Ninon, l'épouse de mon beau-frère, la marraine.

 

Il était vif comme un éclair,

Il était beau comme un oiseau,

Il jouait les filles de l'air,

Et il chantait dans les roseaux.


Ses cheveux blonds se paraient d'or

Quand le ciel flambait son soleil,

Ses joues étaient plus roses encor

Qu'un poupon qui soudain s'éveille.


Dans son cœur chante l'hirondelle

Qui annonce un beau printemps,

Dans son âme naît la chandelle

Toute tremblante en gigotant.


Ses yeux sont clairs comme un ruisseau

Et toujours étonné du monde

Qui l'enserra dès son berceau

Il erre, l'âme vagabonde.

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{2} Nous étions privilégiés par l'environnement forestier de notre bonbonnière à l'orée de la forêt de Soignes.  La naissance de nos enfants changea la donne.

 

Pour eux, nos yeux rêvèrent de grands espaces et d'ébats champêtres dans un environnement sain que notre quartier dévoré par  l'expansion citadine ne  procurait plus.

 

Quant à la plus belle hêtraie d'Europe, les débordements désordonnés et indisciplinés de la ville, de ses habitants et véhicules décimaient les arbres qui s'étiolaient dangereusement.

 

Aussi, comme tous les jeunes parents belges, pas encore limités par les contraintes scolaires,  nous nous échappions, dès les premiers beaux jours à la côte belge, à la mer comme on dit aussi.

 

Nous profitions des prix avantageux des périodes « hors saison » pour louer pendant un mois villa ou appartement confortable et spacieux, ce qui nous permettait de prendre avec nous les parents des deux côtés.

 

En une bonne heure de voiture, je pouvais les rejoindre le week-end, mon asservissement professionnel ne me permettant pas les absences prolongées.

 

Nous avions cependant une « brique dans le ventre » comme tout bon belge et pas de capitaux suffisants pour acquérir à Bruxelles un bien conforme à nos ambitions.

 

Aussi envisageâmes-nous de trouver la maison de vacances et de week-end de nos rêves, la « maison de campagne » comme on se plaisait à se vanter.

 

C'était devenu une mode dans mon milieu professionnel, et nombreux étaient ceux qui venaient me consulter, puisque cela faisait partie de mes attributions, pour trouver des solutions financières à leurs problèmes d'emprunts.

 

Nous n'avons pas cherché longtemps.  D'abord le plus près de Bruxelles, mais il n'y avait déjà plus grand-chose qui correspondait à nos moyens et qui fut assez grand pour réaliser nos projets.

 

Nous trouvâmes à cinquante kilomètres de chez nous, un ancien relais de poste, perdu dans la campagne, avec le seul inconvénient que la partie droite, construite au-delà de la grange était déjà vendue.

 

Elle nous convint malgré tout très bien.  En partie restaurée,  elle comportait de part et d'autre d'un petit hall d'entrée, une annexe-cuisine et une salle qui avait servi autrefois de lieu de brève halte pour les voyageurs pendant qu'on soignait l'attelage.

 

Quatre chambres au-dessus et jouxtant le lieu d'accueil,  une étable pour un cheval et quelques vaches donnait accès à une grange avec sa classique grande et haute entrée pour remiser un chariot de cultivateur chargé de sa moisson de foin ou de céréales.

 

Un grenier à grain avait été prévu au-dessus du local pour les bêtes avec ouverture à l'extérieur prolongée d'une potence avec poulie pour monter les sacs.

 

Les bâtiments en retrait par rapport à la route qui filait devant, avaient été placés légèrement de biais pour les orienter plein sud, face au soleil.

 

L'isolant de la seule maison voisine, une petite annexe pour cochons, traditionnelle à toutes les petites exploitations de Belgique, rejoignait la voie routière.

 

Une petite prairie avec trois arbres fruitiers, quelques saules pour perches à haricots et un potager entouraient la bâtisse.

 

Un rêve pour des citadins, qui se voyaient déjà transformer cet ensemble fermier en confortable maison de campagne.

 

Cependant il y aura, bien entendu, fort loin de la coupe aux lèvres.  Nous n'avions que les vacances et les week-ends pour aménager tout ça.

 

Nous réalisâmes cependant beaucoup de choses et ce ne fut pas mal réussi en apparence, mais rien n'était achevé et tout était bricolé ou rafistolé.

 

Nous « trimâmes » sur cette baraque pendant vingt-deux ans.  Mais nous y  trouvâmes détente et santé.

 

L'endroit était merveilleusement calme et champêtre.  En face, des prairies où paissaient de jolies vaches pie et un peu plus loin un couple de gros chevaux de labour.

 

Derrière et tout autour, de vastes champs où se cultivaient en alternance betteraves et céréales.

 

Une belle voie rurale en béton, blanche, droite et sonore sous la gomme du pneu des machines agricoles, fuyait de part et d'autre de  l'avant-cour, pour atteindre à droite le petit village de Liernu et à gauche, à trois cents mètres, un carrefour dit des six chemins en raison des deux routes et du chemin de campagne qui le traversent.

 

De l'autre côté des prairies, au loin mais à portée de vue, deux fermes dont l'une était occupée par le ménage de deux fermiers qui devinrent de bons et si précieux amis.

 

Nous avions une telle considération l'un pour l'autre que nous ne parvînmes jamais à nous appeler par nos prénoms.

 

Nous utiliserons toujours nos noms de famille : Monsieur ou Madame Stage, Monsieur ou Madame Mailleux.

 

L'estime mutuelle que nous éprouvions était si grande qu'un affectueux respect, excluant la familiarité, nous empêchait d'agir autrement.

 

Dieu sait pourtant combien, pendant la vingtaine d'années qu'ils vécurent encore,  nous eûmes de moments privilégiés de profonde amitié et partageâmes des joies et des peines quand les épreuves s'abattirent douloureusement sur nos deux familles, mais surtout sur la leur.

 

{3} René Stage était un homme simple, comme on dit sottement quand quelqu'un est modeste et n'étale ou n'exprime pas son authentique valeur.

 

Il parlait posément avec la sagesse de celui qui se trouve journellement seul dans l'immensité des champs, face à la nature, subissant l'envoûtement des ciels, respirant la vie chaude de la terre, partageant le bonheur de l'alouette qui s'élève en chantant éperdument dans les nues, toujours plus loin, toujours plus haut.

 

Très discret, serviable et d'une très grande bonté, il disait des choses importantes avec bon sens et clarté en terminant son propos par ces mots attendrissant de discrétion et de modestie : « Je dis ça et je ne dis rien ».

 

L'image que nous gardons de lui sera toujours associée, dans notre mémoire, à celle de notre petite ferme « château » tellement elles furent synonymes de détente, de bonheur champêtre, de retour à la nature et d'équilibre.

 

Nous nous souviendrons toujours des lendemains de l'acquisition.  Après l'emballement classique où on est aveuglé par le désir de matérialiser un rêve, vient le coup de froid tout aussi classique du retour soudain à la raison avec le cortège des inconvénients qu'on avait jusqu'alors ignorés.

 

La nuit qui suivra la signature du compromis chez l'agent vendeur, fut pour nous atroce. Nous réalisions seulement que notre décision serait lourde de conséquences entraînant un radical changement de vie.

 

Notre naturel casanier se rebellait à l'idée des navettes et déplacements hebdomadaires que nous allions nous imposer.  Comment concilier aussi nos agendas déjà surchargés ?

 

Aussi l'apparition bonhomme de notre voisin que le hasard avait placé devant notre tout nouveau bien, accueillant, souriant, si chaleureusement aimable, nous alla droit au cœur.

 

Dans son bleu de travail rapiécé, la casquette sertie sur une collerette de petits cheveux luisants noirs, il nous tendait de belles mains rudes, musclées à la Rodin, chaudes d'amicale tendresse.

 

Je n'écrivais plus beaucoup, cependant je ne pus m'empêcher de composer le poème qui va suivre que  j'intitulai : « L'homme, la bête et l'acier » en évoquant notre ami derrière son cheval et sa charrue.

 

Atteint par un lyrisme bien champêtre, je me laissai emporter par la tentation d'envolées bucoliques sensuelles et peut-être trop emphatiques.

 

L'homme aux bras émaciés,

Noueux comme un vieux tronc,

Dans un  éclair d'acier

Ouvrait de grands sillons.


La terre au chaud soleil

S'étire d'un long sommeil.


Dans le limon fumant,

La bête aux flancs luisants

Eperonne le sol

De son soc qui le viole.


Les tripes de la terre

Au soleil se resserrent.


Les longs sillons alignés

Proclament autant de victoires

De l'arrogant fier acier

Qui a défloré sans gloire

Les lèvres tendres fumées

D'une terre violentée.


Tout l'acier dur d'un ciel bleu,

En grandes gerbes de feu,

A l'acier du sol s'unit

Pendant qu'un soleil jaillit

Dans un éclair de lumière

Sur la nature en prière.

 

La nostalgie me prend maintenant au souvenir de ce bien dont nous dûmes nous séparer (j'expliquerai plus loin dans quelles circonstances et pourquoi)  et un sentiment douloureux d'absence, comme celui qu'on ressent quand on a perdu un membre après une intervention chirurgicale, m'envahit en rêvant à ce coin de terre bucolique, à ce paradis perdu dans les campagnes pour notre petite tribu de citadin.

 

Que de jolies pages nous avons glissées dans notre livre des souvenirs, que de mélodieuses clochettes de bonheur ont égrené leur discret tintement, note après note, telles des invocations tibétaines mues par le vent !

 

Que de joyeuses agapes autour de grandes tables dans une ambiance de retrouvailles !

 

Que « d'invités surprises », de passage s'excusaient-ils,  nous tombaient du ciel comme pollen au printemps !

 

Ma délicieuse fée-fourmi s'était approvisionnée dans son grand frigo-bahut de quoi faire face à toute invasion impromptue de ventres affamés, aussi s'affairait-elle du four au moulin avec une efficacité et une bonne humeur que n'oublieront  jamais ces commensaux inopinés.

 

Mais quelles satisfactions ressentîmes-nous quand, rompus de fatigue, mais heureux de l'ouvrage accompli, nous contemplâmes avec fierté les transformations que nous avions imaginées pendant nos insomnies !

 

Pour ménager nos moyens financiers un peu justes, nous bricolâmes tout en amateurs « non-avertis », usant de trucs et bouts de ficelle qui auraient scandalisé le plus novice des professionnels.

 

{4} Le premier mur que nous élevâmes, avec mon filleul Bruno, dans notre candeur, s'inscrira pour toujours en hérésie des  techniques les plus élémentaires de construction.  A ma grande confusion, en voici la relation.

 

Citadins, habitué au confort des lieux d'aisance avec chasse d'eau, douillettement au chaud à l'intérieur des logis, nous n'appréciions guère celui auquel on accédait par l'extérieur comme c'était le cas, à l'époque, à peu près partout dans les campagnes, fait d'un caisson troué avec fosse plus ou moins profonde, à vider périodiquement.

 

Aussi une de nos premières dépenses fut de faire installer une fosse septique couverte d'une dalle de béton qui faisait corps avec l'ensemble des bâtiments jusqu'à la grande entrée de grange.

 

Nous projetâmes de transformer la partie avant de l'étable pour un tiers de sa superficie en salle d'eau et commodités avec l'avantage de les regrouper à proximité de leur voie de dégagement en eaux usées et produits des latrines.

 

Avec une prétention de bricoleur très débutant, je me sentis capable de monter les murs de séparation qui devait constituer cet ensemble.  Je me fis livrer blocs de béton, ciment et sable, de quoi concrétiser mes projets.

 

Ce qui est étonnant dans la vie, c'est que des choses absolument évidentes ne le sont pas pour tout le monde et moi en particulier : je ne réalisai pas que les vides imparfaits laissés d'un côté de ces grosses « briques » en béton qui devaient être dressées sur champ, étaient destinés à recevoir par pression une partie du mortier qui avait été étalé par-dessous, de manière telle qu'au séchage, l'ensemble fasse corps.

 

Pour moi ces cavités avaient toutes l'apparence d'un défaut de fabrication que je devais  réparer en remplissant les vides et j'alignai mes « parpaings » (c'est ainsi que ça s'appelle), les soi-disant vides en haut pour en permettre le remplissage.

 

Quel boulot et quel gâchis, car l'ensemble était beaucoup moins solide ! Je pestais sur le fabricant que je croyais coupable de m'avoir livré une marchandise mal achevée : j'arriverai à mes fins avec beaucoup de patience et de mortier.

 

Par la suite, plus malins ou moins novices, en réalisâmes-nous des choses dans cette propriété, pendant les quelques vingt années que nous la gardâmes !

 

Nous « touchâmes » à tous les métiers du bâtiment : maçon, menuisier, charpentier, plombier, électricien, ardoisier, carreleur, plafonneur, peintre, terrassier et j'en passe...

 

Le grenier à grain fut transformé en deux belles chambres avec cage d'escalier en colimaçon donnant sur l'arrière de l'étable, transformée en prolongement du living  lequel plus tard, donnera accès par une grande baie vitrée à une immense véranda couverte de panneaux ondulés en polyester.

 

Cette surface contiendra une piscine couverte de cinq mètres sur vingt dont la profondeur allait de un à deux mètres cinquante avec système de filtration et chauffage par panneaux solaires ainsi qu'une  salle de détente d'une trentaine de mètres carrés avec fauteuils de jardin et jeux divers (tennis et football de table etc.)

 

Comment réalisâmes-nous tout ça, de front avec nos activités professionnelles,  car en dehors du gros œuvre, nous achevions tout nous-mêmes ?

 

Il faut dire aussi que mon jeune beau-frère Daniel et Bruno mon filleul nous aidèrent beaucoup.

 

Mégalomane, je ne cessais de rêver à de grandioses et démesurées réalisations.  Ma si courageuse et si aimante compagne me suivait et débordante d'énergie était un « homme » de plus, en collaborant à toutes ces activités avec une habileté de professionnel.

 

Elle arrivait à concilier ses nombreuses charges du ménage et l'éducation des enfants avec un  travail de comptable à domicile que je lui avais appris et qui nous arrangeait mieux que son emploi d'assistante dentiste dont  l'horaire de travail ne cadrait pas du tout avec le mien : elle rentrait tard le soir et travaillait le samedi, ce qui nous faisait perdre de précieuses heures ensemble.

 

C'est ainsi que je lui proposai de tenir des comptabilités en tant qu'indépendante, avec l'avantage de ménager son horaire suivant ses opportunités.

 

Très subtile et audacieuse, elle s'en tira vite très bien.  Mais je crois qu'elle se rappellera toujours l'inquiétude de ses débuts.

 

Notre premier client fut un grossiste en produits chimiques spéciaux.   Recruté par annonce dans un journal spécialisé, il exigeait que le ou la comptable n'emportât ni livres ni documents, si bien que mon audacieuse chérie, les premiers temps, « bluffa » suffisamment pour que l'épouse du client qui s'occupait de l'administration ait foi en sa compétence.

 

C'était audacieux, mais bien drillée le soir quand je rentrais, elle s'en sortit brillamment.

 

Le secrétariat de l'affaire était tenu par l'épouse d'un couple avec lequel nous nous liâmes d'une amitié qui dure toujours.

 

Revenons aux tribulations qui caractérisèrent notre parenthèse campagnarde.

 

Après quelque temps (en 1973), je rêvai d'agrandir la propriété et fis l'acquisition d'un terrain d'environ septante ares contigu au nôtre.

 

Nous y ferons de tout : prairie pour moutons, potager, verger,... installation de chauffage solaire pour la piscine...  Je pensais également y planter un petit bois mais n'y parvint jamais, faute de temps.

 

Une prairie pour moutons, d'une vingtaine d'ares, avait été aménagée à l'avant. Nous y construisîmes, pour les y abriter, un petit bâtiment à colombages d'un très bel effet avec ses poutres créosotées tranchant sur le blanc des remplissages.

 

Ce sera aussi pour les enfants une merveilleuse aire de détente et de plaisir champêtre dans laquelle ils pouvaient à loisir choyer ou caresser agneaux et brebis.

 

Il va de soi que je ne pus m'empêcher de traduire en vers cette ambiance champêtre d'alouettes qui s'enivrent de ciel et ce chant du vent et des travaux dans les champs...

 

Ecoutez-les voler

De toutes leurs petites ailes

Les petits messagers

Qui lutinent tendrement le ciel !


Ecoutez la voix du vent

Féline dans les auvents !

Écoutez danser le blé

Dans les faisceaux endiablés !


Ecoutez le lointain ronron

Des machines qui s'ensorcellent

Du long parfum des grands sillons

Que lentement leurs socs morcellent !


Ecoutez l'âme de la terre

Quand elle endort sa lassitude

En traînant les chants délétères

De son grand ciel de solitude !

 

 

 

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Commentaires

Cher Doulidelle, j'ai beaucoup aimé ce chapitre, depuis l'importance du détail du pot dont on a la responsabilité, à l'aménagement minutieux de votre maison. Je vis également à la campagne, le décor est différent et à la place des vaches il y a des moutons, mais les travaux, l'air qu'on respire, la tranquillité et les visites imprévues, c'est pareil partout.
Une philosophie de vie, la santé, sûrement! Merci pour ce beau texte.

Écrit par : colo | 26/02/2010

Chère Colo, merci pour votre si gentil mot … et votre fidélité à me lire …
Je viens de publier, ce matin, la partie suivante, essentielle… un événement qui a bouleversé ma vie et qui a fait que « rien ne sera plus jamais comme avant » … l’ange que j’ai épousé m’a aidé à me relever …

Écrit par : doulidelle | 26/02/2010

Formidables souvenirs pour ta famille et tous ceux qui ont reçu là bon accueil. Quel bel esprit d'entreprise et de partage !

Écrit par : Tania | 28/02/2010

Les commentaires sont fermés.