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19/02/2010

Ch. 19 - Alors qu'on n'y croit plus.

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l'appel de s'(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux)  qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous  (Contacter votre organisme financier).  Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j'ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

Chapitre 19 :  ALORS QU'ON N'Y CROIT PLUS.

Table des repères : {19.1} La naissance de notre premier enfant : l'enfant-merveille, dans des conditions hivernales difficiles et retard de l'accoucheur  -  Mon frère Pierre est renversé par une voiture et gravement blessé  - {19.2}  Difficultés particulières du bilan de ma société qui doit être clôturé sans bénéfices ni pertes  - {19.3}  Mes supérieurs, Thierry de Menten de Hornes et Georges Souillard  -  La fonction de « chef du Personnel »  -  Structure du département administratif et du Personnel dont je suis devenu le chef qui couvrait plusieurs sociétés  et occupait 40 personnes  - {19.4}  Mes rapports avec Léon Wolters, frère du président, homme de grande culture, patron d'une des sociétés qui avaient ses bureaux chez nous  -  {19.5} Diaphane-cœur et la complémentarité physique.


{1} Dans son environnement idéal, notre couple était choyé par la vie.  Un écrin de relations affectives lui procurait cette chaleur du cœur qui est la source du  vrai bonheur.

 

Cependant, refoulé au plus profond de mon subconscient, s'étiolait un sentiment que Diaphane-cœur maintenait dans ses bras refermés, mais qui s'en échappait souvent : sentiment instinctif, dynamique de la vie, condition essentielle à son maintien, latent dans l'être vivant depuis le début de son histoire : se multiplier, procréer... ;  cependant, de toute évidence, notre couple était stérile...

 

Aussi nous nous imposâmes les consultations humiliantes de spécialistes qui finirent par y trouver remède, aussi notre bonheur devint-il total quand nous apprîmes qu'un bébé naîtrait début 1963.

 

Avec le recul du temps, nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur les sentiments qui motivent ce besoin de descendance.

 

La procréation, soutenue par l'attirance sexuelle, est une fonction que la sélection a favorisée, nécessaire à la  pérennité des êtres vivants.

 

Est-ce le besoin de répondre à cet instinct naturel qui  a provoqué chez nous, les humains, et plus particulièrement dans notre couple, une satisfaction physique qu'il faut, sans doute,  associer à l'instinct de conservation ?

 

En second stade de l'analyse, on constate que prennent place, chez l'être intellectuellement développé une élévation des sentiments tels que naissent des idéaux de grande envolée pseudo-lyrique.

 

On idéalise l'être qu'on destine inconsciemment à la prolongation de son « ego ».

 

On imagine un premier enfant-merveille qui réalisera nos rêves ou qui nous consolera de nos échecs.

 

Le pauvre à peine conçu, on lui réserve déjà une vie difficile qu'on n'a pas nécessairement assumée soi-même.

Ce travers que je stigmatise maintenant, nous ne pûmes nous empêcher de l'avoir aussi à cette époque.

 

Par la suite et avec la sagesse de l'âge, nous pensâmes mieux faire en laissant à nos enfants la latitude de s'épanouir en fonction de leurs qualités et de leurs aspirations.

 

Maintenant qu'ils sont adultes, nous nous gardons bien d'en tirer la moindre leçon.  L'infinie complexité de l'être humain est telle que nous ne nous permettrons pas de défendre la moindre théorie.

 

Nous pensons qu'avant tout chacun doit agir avec abnégation et beaucoup d'amour en évitant d'en faire « l'objet » de notre dévotion.   Mais surtout,  ne pas le condamner à être « le bâton de vieillesse ».

 

De plus en ce qui nous concerne, l'expérience de la diversité  familiale que nous vécûmes nous a conduits à une certitude quant à la valeur des liens dits  «du sang » qui devraient, selon certains, créer une différence avec ceux qui ne les ont pas.

 

Notre couple rêvait d'une grande famille et j'étais nostalgique d'une descendance féminine, d'autant plus que je n'avais pas eu de sœurs.

 

Or, nous aurons d'abord deux garçons que mon épouse porta et mit au monde et puis ce fut le retour définitif à l'infécondité.  C'est alors que ma compagne proposa de faire naître dans notre cœur deux petites filles.

 

Elles viendront si bien compléter et harmoniser notre foyer que seuls ceux qui n'ont pas vécu tel élargissement familial n'en comprendront jamais la richesse.

 

Ce sentiment sera pleinement partagé par nos proches à un point tel qu'ils en oublieront les différences physiques.

 

Le 7 janvier 1963 sera un jour d'hiver glacial.  Depuis la mi-novembre, la neige a rendu la ville impraticable et sale de ce que la circulation automobile en avait fait.

 

Des congères pelletées par les riverains qui déblayent leurs trottoirs rendent le stationnement et la circulation difficile.

 

Ma «chérie » vient de me rappeler : notre fils va peut-être naître aujourd'hui.  Les premières douleurs sont là et le gynécologue-accoucheur nous attend.  Après auscultation, il nous renvoie en enjoignant à mon épouse, avec outrecuidance, d'aller préparer le repas de son mari (sic).

 

Nous revenons médusés et très penauds. Mon filleul Bruno était chez nous comme c'était souvent le cas, aussi je le reconduisis, en slalomant entre les voitures garées n'importe comment.

 

Je profite de l'occasion pour aller voir à l'hôpital mon pauvre frère Pierre, qui a été renversé par une voiture au début de novembre et qui a la jambe fracturée en plusieurs endroits.

 

Les dégâts étaient tellement importants qu'il fallut consolider le membre avec un «clou», ce qui le fera bien souffrir et nécessitera une hospitalisation de plus de six mois.

 

La jambe en l'air, étirée par poids et poulies, il restait le courageux bonhomme qu'il sera toujours, grimaçant de douleur, mais plaisantant sans cesse.

 

Pendant ce temps, mon épouse se tordait de douleur et perdait le liquide amniotique.  Je rentrai tout juste pour l'aider à s'installer dans la voiture et nous précipiter à la clinique après avoir averti l'accoucheur.

 

Nous garderons toujours en mémoire ce cauchemar d'un « gymkhana » fou dans des voies verglacées et encombrées de voitures mal garées.

 

La clinique se trouvait au bas d'une des rues les plus pentues de la ville à tel point que je perdis le contrôle de mon véhicule qui se mit à zigzaguer pendant que je donnais des coups de volant aussi intempestifs qu'incohérents.

 

Comment  l'aventure se termina-t-elle sans encombre, je me le demanderai toujours !

 

Dès notre arrivée, grand branle-bas de combat et affolement précipité de tout le monde, y compris d'une infimière-accoucheuse, vers la table d'accouchement : la naissance était imminente ...

 

Mais là, gros problème : le passage pour l'enfant était trop étroit, il fallait « couper ».  Nous dûmes attendre, dans l'angoisse la plus folle, l'arrivée de l'obstétricien qui seul pouvait accomplir cet acte chirurgical.

 

Il n'eut même pas le temps de se changer et ce fut les bras enfilés dans une blouse que maintenait une infirmière qu'il intervint et que notre fils s'éjecta en masse informe, bleue du manque d'oxygène que sa venue retardée avait provoqué.

 

Le médecin parvint difficilement à lui tirer les premiers cris salvateurs en le tenant par les pieds comme un lapin qu'on assomme et en lui administrant les premières et dernières fessées de sa vie.

 

Il fallut plusieurs jours à notre petit Patrick (c'était le nom que nous lui avions choisi) pour avoir ce beau teint finement rosé qui en faisait le « plus bel enfant de la terre ».

 

Ici encore, je m'arrête dans mon récit, car je ne peux m'empêcher d'analyser ce tournant important de notre parcours.

 

Quand l'enfant paraît, tout change et la vie prend de nouvelles dimensions.  Le couple perd son sens, on devient trois, début peut-être de davantage.

 

L'amour change de cible, on accepte cette « intrusion » d'un autre ; on aime ce « gêneur » avant l'autre ou au travers de l'autre.  Seul peut-être l'amour physique dans sa dualité exclusive constituera brièvement un bref retour à « l'amour-miroir ».

 

Ce choix de «procréer », ce choix d'ouvrir son couple à l'entité familiale, n'est plus intellectuellement défendable qu'en raison de considérations religieuses ou philosophiques.

 

De nos jours, les techniques contraceptives enlèvent à l'acte sa raison fondamentale et libèrent le couple de sa contrainte procréatrice.

 

En dehors de l'instinct animal et atavique de se multiplier que l'être humain comme tous les êtres vivants conservera toujours et qui assurera sa pérennité, l'être évolué peut trouver son accomplissement philosophique et son équilibre mental dans une union dite « infructueuse ».

 

Je me suis assez étendu plus avant sur nos motivations qui, je le rappelle, étaient davantage dictées par un instinct atavique de multiplication et de protection affective d'un jeune que par de hautes considérations philosophiques ou religieuses, pour réaffirmer avec force que ce sentiment « instinctif » peut être contrôlé ou absent pour toute autre raison aussi valable que respectable.

 

Notre bonbonnière, tapie dans son écrin de neige soyeuse et de petites maisons roses, dans un décor de forêt et de conte de fées, était le palais qui attendait son petit prince et que nous avions aménagé tout entier à sa dévotion.

 

Sa maman-fée de ses doigts de magicienne avait transformé le berceau-balancelle familial en nid royal, garnissant montants et fuseaux de bois de cretonne à fleurs roses.

 

Penché sur ce petit nid d'oiseau des îles, nous ne nous lassions pas de contempler notre merveille qui dormait ou souriait en regardant passer les anges.

 

Chez une  maman et un papa, la raison s'égare et le « temps suspend son vol » quand, penché sur un berceau, ils contemplent un enfant qui repose, dans sa candeur, sa fragilité et sa totale dépendance.

 

Un bonheur subtil, difficilement analysable, les envahit, ainsi qu'un sentiment nouveau de force et de puissance pour le défendre et affronter le destin.

 

Un enfant, c'est plus beau

Qu'étoiles dans la nuit.

Un enfant, c'est plus beau

Qu'une perle qui luit.

 

Un enfant, c'est plus beau

Qu'une fleur en rosée.

Un enfant c'est plus beau

Qu'une mer reposée.

 

Un enfant, c'est le ciel

Qui surgit du néant.

Un enfant, c'est le ciel

Embrassant l'océan.

 

Un enfant, c'est l'amour

Au fond du cœur, celé.

Un enfant, c'est l'amour

Aux hommes révélés

 

Un enfant, c'est le rêve

Qui vient du fond des âges,

Un enfant, c'est la trêve

Des soupirs et des rages.

 

Un enfant qui sommeille

En retrouvant les anges

C'est pour nous un éveil

De projets et louanges.

 

 

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{2} Depuis ce matin d'avril 1962 où l'épouse de mon chef m'avait annoncé que son mari venait d'être atteint d'accident cérébral, mes conditions de travail s'étaient améliorées rapidement.

 

J'aurais dû donc y trouver toute la satisfaction qu'une position aussi importante pouvait procurer.

 

Cependant, si ce fut le cas en ce qui concerne la considération qu'elle procurait, il n'en restait pas moins que la tâche administrative que j'assumais dans le maillon important d'un groupe de haute technologie en pleine expansion, s'avéra  rapidement lourde de responsabilités financières essentielles qui me tourmentaient durement.

 

L'élaboration et la surveillance des budgets étaient une tâche difficile qui demandait une attention journalière constante pour les maintenir dans la limite des prévisions en se servant des techniques comptables archaïques de l'époque.

 

La plus grosse partie des dépenses de fonctionnement était couverte par un apport des filiales du groupe pour lesquelles nous travaillions, Petrofina  intervenant en dernier ressort, pour combler la différence.

 

De plus, comme notre maison-mère était soumise à des impératifs de publication des résultats, dès les premières semaines d'un nouvel exercice, je me trouvais inconfortablement placé en début de chaîne pour déterminer le chiffre définitif de son intervention.

 

Autre écueil de fin d'année à surmonter, mais qui était de taille : pendant une vingtaine d'années, pour des raisons que je n'ai jamais discutées, notre « marâtre » Petrofina nous imposa de clôturer l'exercice comptable sans bénéfices, ni pertes, ce qui peut paraître logique pour la société-département de recherches que nous étions finalement.

 

Il fallait donc que les charges fussent compensées exactement au franc près par les revenus.  Chaque année, c'était un épouvantable casse-tête que de trouver des artifices d'imputation, entre autres dans les frais à payer et les charges à recevoir, en manipulant des évaluations, que le fisc veuille bien admettre.

 

Je n'ai jamais osé m'opposer ou contester ces « diktats ».  Avec le recul du temps et l'expérience, je peux prétendre maintenant que cette manière de clôturer un bilan, sans résultats reportés,  relève de la plus haute fantaisie et est contraire à toute saine logique.  Elle n'aurait pas été admise par un commissaire-reviseur qu'à l'époque, nous n'avions pas l'obligation de nommer.

 

Pourquoi, me direz-vous, avoir accepté pendant vingt ans cette contrainte et bien d'autres ?

 

C'est que, soucieux de défendre une position que lorgnaient de talentueux universitaires pistonnés, devant lesquels je faisais piètre figure avec mon seul diplôme de comptable, je devais défendre ma place avec des résultats performants que personne ne pouvait contester.

 

Complexé par la pauvreté de mon curriculum vitæ,  je me suis toujours efforcé de donner à mes supérieurs plus qu'ils n'en demandaient, sans commentaires et dans des délais qui les épataient, souvent au détriment de mes nuits. Involontairement, j'étais devenu un foutu  « gâche métier ».

 

Peut-on comprendre que je n'avais pas beaucoup le choix ? Ma position sera toujours précaire et ce sera ainsi tout au long de ma carrière, de là un sentiment d'infériorité que je devais compenser en me surpassant.

 

Plus loin dans mon récit, j'aurai l'occasion de relater quelques-uns des combats que j'ai du mener pour défendre des acquis fragiles et, comment, parfois, après avoir été forcé de mettre une fois de plus « un genou à terre » par accident de santé, je devrai développer toute l'énergie dont j'étais capable pour me relever et préserver des résultats durement conquis.

 

Inestimable compensation à tout cela, je bénéficiais de la considération et de l'estime de tout ce monde qui m'entourait.

 

C'était un milieu merveilleux de gens instruits grâce auxquels j'eus l'occasion de parfaire ma culture.

 

J'ai pu avec l'aide de certains scientifiques me permettre des investigations dans les domaines fondamentaux de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, et ainsi de mieux structurer et approfondir mes réflexions sur l'existence.

 

Comme je l'ai déjà signalé par ailleurs, ce domaine m'a toujours interpellé, en raison d'un besoin de réponse aux questions métaphysiques que je me posais suite à l'éducation religieuse que j'avais reçue.

 

{3} En ce qui concerne mes rapports professionnels avec ma hiérarchie, deux supérieurs avec lesquels j'étais en rapport constant,  j'ai eu le mérite d'avoir acquis leur estime.

 

Autant l'un, au nom distingué de chevalier Thierry de Menten de Hornes, était discret, réservé,  même timide, mais très grand seigneur, maniant un humour racé et subtil, autant l'autre, Georges Souillard, joyeux Breton de Rennes, était primesautier, spirituel dans des propos colorés sans gouaille, avec cette qualité de langage que nous, « petits belges », admirons tant chez nos voisins français.

 

J'ai le rire facile et communicatif ;  j'appréciais au plus haut point les réparties « pince-sans-rire » de l'un  et les jeux d'esprit truculents de l'autre qui nous entraînaient dans des parties de fous rires difficiles à réprimer.

 

C'est dire la chance que j'ai eue de fréquenter ces deux « patrons ».  Par souci d'efficacité, et pour se débarrasser des soucis ou corvées administratives qui ne pouvaient qu'importuner les scientifiques qu'ils étaient, ils ne tardèrent pas à  me faire participer à toutes les réunions où il y avait lieu de noter des informations qui pouvaient me permettre de bien gérer la vie administrative de la société.

 

Cette fonction était doublée d'une autre que tous les responsables des bilans des sociétés assumaient à l'époque, celle « d'officier payeur » avec le caractère de haute confidentialité qui y était attaché.  Ce « secret » était durement protégé par le couperet du renvoi, sans préavis, en cas de divulgation.

 

La fonction de « Chef du Personnel » commença à s'instaurer dans les grandes sociétés, dès les années soixante, avec la création d'un service spécialisé.

 

Soucieuse de ne pas alourdir ses frais généraux, Petrofina resta assez longtemps réticente à introduire cette nouvelle entité administrative dans ses sociétés.

 

Les chefs comptables assurèrent souvent cette charge qui finira par devenir l'essentiel de leur activité, un employé de haut niveau, mis dans la confidentialité des salaires, se chargeant de gérer les outils de paye.

 

A partir des années 70, on assista, dans le monde occidental, à un emballement exponentiel des techniques, galvanisées par la découverte des microprocesseurs en informatique et l'avancée des technologies de pointes en physique et chimie.

 

Notre groupe était à la pointe du mouvement dans certains domaines et se défendait honorablement dans les autres grâce aux performances des chercheurs de ses laboratoires et du nôtre en particulier.

 

Tout cela pour dire que notre société, véritable fer de lance du groupe, se développa rapidement et que la centaine de chercheurs et techniciens doublèrent, triplèrent, dépassèrent facilement les cinq cents pour approcher le millier lors de sa fusion avec Total.

 

Ce développement de nos activités rendait ma charge administrative de plus en plus lourde à porter, malgré l'augmentation constante des effectifs de mon département.

 

Soucieux d'atteindre la meilleure rentabilité de ses troupes, le groupe n'autorisait que parcimonieusement de nouveaux engagements, à tel point que je me trouvais continuellement en déficit de personnel pour assumer dans les délais voulus, les tâches dont j'avais la responsabilité.

 

Avec quelques proches collaborateurs dévoués, nous étions forcés de fournir de lourdes prestations supplémentaires non rémunérées à notre niveau de fonction.

 

Il  va de soi que ces responsabilités n'allaient pas sans avantages de titre, qui me firent gravir des échelons qui dépassèrent rapidement mes ambitions les plus folles.

 

Mon père parlait toujours avec grande considération de son chef de service.  Aussi je rêvais de ce titre sans trop l'espérer, comme du couronnement d'une carrière réussie.

 

Il me fut octroyé, dès qu'il s'avéra que mon vieux patron ne reprendrait plus le travail, c'est-à-dire quelques mois après,  fin 1962, avec officialisation au Moniteur (j'avais trente-trois ans).

 

Le rêve devenait réalité et le reste dépassera mes espérances les plus fantaisistes : fondé de pouvoirs en 1965, sous-directeur en 1972, directeur-adjoint en 1977, directeur en 1980.

 

A une époque où l'inflation des titres est notoire, cette énumération de grades peut paraître prétentieuse, mais qu'il veuille bien comprendre la satisfaction que me procure encore l'évocation résumée d'une progression qui ne fut gagnée qu'en écartant des rivaux bardés de diplômes ou pistonnés.

 

Comme je le relaterai plus loin, mon seul mérite viendra d'une disponibilité de tous les instants au détriment de mon foyer, malheureusement. Mais également, je dois l'avouer, à une antériorité qui remontait à l'origine de la société,  me permettant de mettre en place une organisation administrative originale et d'en contrôler tous les rouages.

 

Mon département qui comprenait la comptabilité, le service du personnel, l'économat et les magasins,  s'agrandira d'une unité performante de « Photos et imprimerie » qui travaillait pour tout le groupe. Nous  assurerons, en outre, les services du personnel et de la comptabilité de plusieurs filiales qui  avaient établi leur quartier chez nous.

 

Ce fut finalement un « petit » monde d'une quarantaine de personnes qu'il me fallut mener avec doigté, patience et fermeté.

 

Les relations de service avec les responsables des filiales logées chez nous furent des plus agréables. //]]>

 

{4} Je retiendrai surtout, dans cet ordre d'idée, les entretiens que j'ai eu le privilège d'avoir avec le frère du grand patron de Petrofina, Léon Wolters, personnage d'une très grande culture, diplômé de Centrale à Paris, homme du monde, champion de tennis et de bridge.

 

Quand je l'ai connu, il avait atteint l'âge de la retraite, mais pour des raisons d'opportunité personnelle, avait tenu à poursuivre une activité professionnelle.

 

Il avait son bureau presque en face du mien, ce qui nous donna l'occasion d'avoir de nombreux échanges de vues sur une quantité de sujets qui nous apportèrent à tous les deux, mais surtout à moi, l'avantage de disserter sur l'existence, la connaissance et d'aborder les grandes questions de la morale et de la finalité.

 

En avons-nous passé des soirées et des heures dans mon bureau où il aimait me retrouver après une journée fatigante !  A jeun, comme des ascètes, nous bavardions longuement de choses étonnantes, l'estomac tiraillé.

 

Il ne fut pas le seul, j'eus dans ma vie la chance de rencontrer dans ce milieu de chercheurs des gens de grande culture.

 

Après leur passage, je notais soigneusement l'essentiel de leur propos.  Je relisais alors et corrigeais mes notes sur « l'existence ».

 

Toujours obsédés par les questions fondamentales que suscite une interrogation sur le pourquoi et le comment de tout et sur la valeur du message religieux, nous avons participé, mon épouse et moi, tout au long de notre passionnant parcours à deux, à de nombreux colloques, séminaires, réunion de quartier, activités paroissiales culturelles et autres de nature à mieux étayer notre réflexion.

 

C'est dire aussi que ces activités multiples envahissaient nos loisirs réduits à la portion congrue.  Lyrisme et poésie furent de cette manière remisés pour ne surgir qu'occasionnellement lors des courtes vacances qu'un agenda professionnel saturé m'autorisait.

 

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{5} Cependant, cette époque d'interrogations métaphysiques m'incitait à  utiliser ma faculté de transposition de la réalité en prolongements imaginaires avec l'avantage du vécu.  Dans ce monde étrange du « rêve-éveillé » je retrouvais, tellement ils me collaient au cœur, des accents de sublime, d'élévation, d'émerveillement qui me consolaient de l'aridité de mon quotidien.

 

Mais je tenais avant tout à protéger mon foyer, à lui épargner les contrariétés de ma vie professionnelle, à l'entourer d'une aura de bonheur.  Je me pose la question,, maintenant, de savoir si j'ai réussi.

 

Ma «chérie », ainsi que je pris habitude de l'appeler, était bien trop subtile et fine pour ne pas avoir réalisé ce que j'endurais et que je camouflais si maladroitement.

 

Respectant ma démarche, elle joua le jeu, très attentive cependant à me soutenir discrètement dans les moments de découragement.  Fragile comme je l'étais, sans elle, il est probable que je me serais maintes fois écroulé.

 

Je ne sais pourquoi, peut-être par un reste de « pudeur chrétienne », mon subconscient mit du temps à l'associer physiquement à mon monde imaginaire.

 

Elle s'introduisit en complément de Diaphane-cœur pour contrarier Diaphane-Prof ou Diaphane-éducation quand ils m'imposaient leur rigueur et leur rationalité.

 

Ce fut ainsi que Diaphane-cœur « nouvelle formule » trouva dérivatif à mon monde d'angoisse, d'inquiétude et de tourments métaphysiques en me faisant découvrir le monde éthéré de l'imaginaire ultime.

 

Voilà comment ce diable de double s'y est pris pour traduire le sublime de la réalité physique :

 

Ectoplasmes, nous nous étions retrouvés dans un nouvel Eden que les dieux eux-même  n'avaient pas imaginé.

 

C'était un monde de songe bleu, du bleu lavé des aquarelles où nos corps diaphanes, diaphane comme une aile de libellule,  se déplaçaient sur des plages infinies qu'un sable d'or pâle recouvrait d'un manteau de soie tiède.

 

Nos pieds s'enfonçaient dans des lèvres chaudes et des langues moites qui nous pourléchaient tendrement.

 

Une mer d'émeraude nous tendait des bras d'amante alanguie : nous y précipitâmes nos chairs avides de voluptés extatiques.  (Je ne peux m'empêcher d'être interpellé moi-même par ce gargarisme de phrases alambiquées,...pourtant,  que les rieurs ne s'y mettent pas encore,... ils n'en sont qu'au début : j'entre en transe comme un chaman... je ne vais pas manquer d'user, voire d'abuser, ne vous déplaise, d'épithètes et de longues envolées dithyrambiques).

 

Ce fut une longue glissade dans des bras et des doigts d'huile qui nous enveloppèrent de profondes et envoûtantes caresses.

 

Au paroxysme du visuel, nos yeux se trouvèrent... nos yeux se pénétrèrent... nos yeux plongèrent dans l'abîme de l'autre...  nos yeux se plurent de la perfection des formes... nos yeux glissèrent dans l'intime que nous offrîmes sans pudeur...

 

Caresse infinie des yeux

Au creux de l'intime

Délicates rondeurs

Que prolonge un dos

Pour un port qui se coule

En glissade infinie.

 

Il y eut aussi au paroxysme de l'odorat de subtiles senteurs de printemps qui troublèrent nos raisons... de lourdes et chaudes effluves de pâmoison d'été qui glissèrent en vagues successives ou s'affalèrent en nappes oblongues qui nous agrippèrent le ventre en tenaille... mais aussi un rappel d'odeurs moites comme celles des bancs de brumes d'automne s'étalant en longues langues sous les futaies...

 

Parfum subtil des sens

Qui s'enroule en frisson,

Parfum lourd et sourd,

Remugle de canicule

En sieste lascive.

 

Il y eut encore la caresse des paumes effleurant la moire que révélait un galbe de jambes... et la douce émotion du doigt qui glissa dans un pli satiné... et tiède......et le cœur qui bat, qui bat affolé d'amour...

 

Ô mains, ô mains d'idoles

Fuseaux des îles,

Ô porte-doigts

Emmanchés de bras

Qui s'étire en caresse,

En quête de folles étreintes.

 

Il y eut surtout les lèvres, des lèvres pulpeuses et chaudes, des lèvres de  passion, les lèvres qui sourient, ou qui rient en faisant jaillir des flots de trilles cristallines, claires comme des chants d'oiseaux... ou encore des accents profond de brames comme ceux du cerf dans les forêts d'automne.

 

Bouche mutine ou câline,

Chaud sourire

Pour de beaux yeux,

Amour murmuré

En tendre soupir,

Mélodie des lèvres

Qui s'évasent en bruissement

De plaintes gazouillées

 

Il y eut enfin la pulpe fruitée des langues et des bouches qui s'enlacent, s'étreignent, se mordillent et s'agglutinent en révélation profonde d'union sublime.

Leur âme, alors, se noya dans le lac d'étoile qui s'ouvrit dans les  yeux de l'autre pour s'y éblouir de l'immensité d'un lent regard de passion.

Leurs corps s'unirent en longue étreinte,... leur âme s'embrasa de ferveur, ... leurs corps se joignirent, l'un dans l'autre pénétré... évanescente, leur âme, s'irisa de lumière,...et leur corps et leur âme enfin apaisés s'étourdirent en aura de bonheur.

 

 

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