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16/02/2010

Ch. 18b - Expo 1958, Le Louvre et Versailles

 

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens aussi à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement. L'idéal serait de provoquer un effet "boule de neige" en francophonie en faisant circuler le message parmi les internautes.

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités, qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

Chapitre 18.b - Expo 1858 - Daniel, mon jeune beau-frère - Ma belle-famille.

TABLE DES REPÈRES : {18.7} L’Expo 1958 (relation approfondie) - Problèmes congolais - Témoignage de Joseph Mabolia sur la condition des « noirs » {18.8} Mon jeune beau-frère Daniel, mon copain de toujours, assistant dévoué de nos « entreprises » - Les truites de la Lesse et l’oncle Olivier {18.9} Paris, le Louvre et le luxe de Versailles qui nous indispose - {18.10} Ma belle-famille

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{18.7} Pour la Belgique, l’année 1958 devait être un tournant important de son histoire. Depuis quelques années, les gouvernements avaient décidé d’organiser à Bruxelles un événement d’une très grande portée mondiale : une exposition universelle. Il s’agissait d’un pari audacieux que jusqu’alors peu de pays osaient risquer.

 

Les premières Foires Internationales datent de la fin du dix-huitième siècle. Elles furent suivies de gigantesques Expositions Universelles dont la première fut celle de Londres en 1851 que Paris tentera maladroitement de supplanter en 1855.

 

Londres remit ça en 1862, pour être détrôné en 1867 par Paris, sur le célèbre Champ de Mars.

 

Ce fut ensuite l’engouement pour la formule avec, une fois de plus, Londres en 1871 et Vienne en 1873, Philadelphie en 1876, Paris en 1878, Chicago en 1893 et Paris en 1900.

 

Au siècle suivant, la formule de prestige qui avait prévalu et qui privilégiait avant tout le retentissement national fit place à un compromis moins onéreux dans lequel le monde des affaires prit ostensiblement une très large place.

 

C’est dans cet esprit que se passèrent avant le conflit de 1940, les expositions de Paris en 1925 et 1937, et celle de Barcelone en 1929.

 

En 1958, l’exposition de Bruxelles sera la première après la deuxième guerre mondiale et la création de l’ONU.

 

Signalons toutefois, qu’en dehors de ces manifestations « universelles », après 1900, la Belgique organisa les expositions « internationales » de Bruxelles de 1935 pour marquer le centenaire de son histoire et en 1939, celle dite de l’eau qui se tint à Liège au confluent de la Meuse et du canal Albert.

 

Bruxelles, ville ouverte, comme on aimait la plaisanter, tellement toujours en chantiers, se devait de relever un difficile défi, celui de réaliser des performances urbanistiques en un temps record.

 

La jonction ferroviaire Nord-Midi, entreprise bien avant la guerre, devait être achevée sans tarder, ce qui n’était pas une mince affaire avec les moyens techniques de l’époque.

 

Autre nécessité, les grands boulevards aménagés sous Léopold II en voies pour véhicules hippomobiles devaient être carrossés en larges et confortables artères pour automobiles. C’est dire l’inconfort des Bruxellois qui subirent stoïquement cette période folle de travaux.

 

Ce qui nous impressionna le plus à cette époque fut son étendue. Jamais nous n’avions imaginé qu’une réalisation d’un tel gigantisme fut possible.

 

Des moyens techniques de construction de haute technologie, performante pour l’époque, furent mis en place pour construire les pavillons et aménager le plateau du Heysel sur lequel avaient déjà été construits les palais du Centenaire élevés sous Léopold II pour célébrer, en 1930, par une exposition internationale de grande envergure, l’anniversaire de l’indépendance de la Belgique.

 

Pour mieux faire réaliser l’ampleur de cet événement et son gigantisme, je ne peux m’empêcher de donner ci-après des chiffres étonnants provenant de l’intéressante étude de Rudolf Névi que j’ai découverte sur Internet.

 

L’expo occupait 200 hectares divisés en 7 sections avec la participation de 52 pays dans plus de 150 pavillons.

 

Il fallut 20.000 ouvriers et techniciens et 60 millions d’heures de travail, près de 28.000 tonnes de matériaux de construction et manipuler plus d’un million de mètres cubes de sol. 500 jardiniers ont travaillé la nuit.

 

Cette débauche d’énergie pour la plus grande satisfaction de 41.454.412 visiteurs avec un record en un seul jour de 713.664 entrées, desservis par 111 hectares de parkings qu’ont occupé 1.700.000 voitures et 62.000 motos.

 

Au service de tout ce monde, 300 charmantes hôtesses, 165 nacelles pittoresques suspendues à quatre kilomètres de câble qui furent utilisés par 3.000.000 de personnes, des petits trains automobiles qui parcouraient les innombrables avenues pour le plus grand plaisir de ses 10.000.000 d’usagers, des pousse-pousses motorisés firent la grande joie de 100.000 amateurs.

 

Pour restaurer et rafraîchir tout cela : 70 restaurants et une multitude d’ambulants qui servaient des « Ice-cream » et du coca-cola, encore à cette époque corsé d’un peu de cocaïne.

 

Enfin, pour la petite histoire, 31.000 personnes firent appel aux services médicaux et ambulanciers, le visiteur le plus âgé avait 105 ans, 2000 enfants ont été égarés dans l’enceinte de l’expo et 8 y ont vu le jour, 5 personnes y sont décédées et 27 ont tenté de se suicider.

 

J’ai souvenance qu’on parlait beaucoup, à l’époque, de la flèche du Génie Civil prolongeant son pavillon comme d’un des clous de la manifestation.

 

Il s’agissait d’une voie piétonnière en porte à faux de près d’une centaine de mètres suspendue par câble à une flèche en béton précontraint.

 

Le procédé avait été inventé et mis au point par Eugène Freyssinet en 1930 et amélioré depuis. Aujourd’hui, il permet de réaliser d’incroyables performances, dans la construction des ponts à grande portée.

 

La trouvaille consiste à comprimer la coulée en tendant son armature dans le coffrage avec des câbles, des fils ou des barres étirées à la limite de leur rupture et ensuite de les relâcher progressivement au fur et à mesure de la prise du béton.

 

Cette action a pour effet de comprimer celui-ci et surtout grâce à la « post-tension », au moment où sa prise est la plus adéquate, d’obtenir une compression optimale, ce qui donne à l’ouvrage une solidité inégalée.

 

A l’époque de l’exposition, nous étions loin de nous douter qu’allait débuter la période politiquement troublée de la décolonisation (les émeutes de Léopoldville eurent lieu le 4 janvier 1959 et l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960).

 

Bien intentionnée, dans un contexte d’époque, la Belgique avait voulu donner au monde la meilleure image de son action au Congo.


Aussi s’était-elle appliquée à réaliser dans cette manifestation mondiale une surface d’exhibition de ses réalisations en Afrique centrale, la plus spectaculaire possible.

 

Malheureusement, dans l’esprit bien colonial qui nous habitait alors, des « gaffes » monumentales seront commises, notamment en voulant reconstituer un village congolais avec famille.

 

Outrecuidance suprême, d’un mauvais goût, révélateur d’époque, des visiteurs y lanceront des bananes comme au zoo. Suite aux protestations d’intellectuels congolais, le village sera rapidement fermé.

 

Sur un site d’Internet tenu par des Congolais, j’ai relevé dans une chronique de 1958 des commentaires étonnants, mais révélateurs de l’état d’esprit qui présidait aux rapports entre « colonisateurs » et « colonisés » à cette époque.

 

En voici quelques extraits dus à Joseph Mabolia, enseignant, un des protestataires qui fit fermer le village congolais :

 

« Une révélation, il n’y a pas de comparaison possible : les hommes noirs étaient des hommes parmi les hommes… le blanc travaillait dur, très dur, aussi dur… il pouvait être maçon, balayeur des rues, dans les toilettes pour nettoyer…Ce qui nous frappait c’est qu’il y avait une vie d’homme blanc autrement que celle du Congo… ».

 

Joseph Mabolia s’était retrouvé avec quelques centaines d’intellectuels congolais dans une sorte de camp que la Belgique avait mis à leur disposition :

 

« Dans ce camp, la vie était très bien organisée, les dames noires ne faisaient pas la cuisine, il y avait une cuisine commune qui était faite par des femmes belges…nous sommes servis par des femmes blanches…c’est quelque chose d’inouï …et elles étaient très respectueuses… c’était nos sœurs… on discutait avec elles…elles nous racontaient leurs problèmes de ménage, les problèmes de la vie difficile… Pour ceux qui venaient de l’intérieur du Congo … c’était la première fois qu’il pouvait s’approcher en égal d’une femme blanche qui ne criait pas et qui disait Monsieur en s’adressant à eux… »

 

Surprenant retour en arrière, révélateur d’une époque…

 

La surface d’exposition réservée au Congo était très importante et comprenait sept pavillons réservés à l’agriculture, aux transports et constructions, aux mines, aux missions catholiques et au commerce.

 

Plus spectaculaire et très visité, le pavillon de la faune offrait, dans une ambiance de savane, un exotisme qui ravissait les visiteurs tandis qu’à l’extérieur, sur trois hectares, s’étalait celui de la flore africaine avec plans d’eau et fontaines.

 

Un immense pavillon de 160 mètres de long était réservé à l’étalage de tout ce que la Belgique avait pu réaliser en Afrique, à l’époque, en technologie de pointe.

 

La superficie réservée aux pavillons étrangers, très importante, était occupée par une cinquantaine de nations et d’organismes internationaux, les plus importants et les plus spectaculaires étant bien entendu ceux de la France, des Etats-Unis d’Amérique, de la Russie et du Royaume-Unis de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord.

 

La France avait construit un immense pavillon élevé en voûte de deux ogives étalées qu’elle dut fermer quelques jours pendant les événements d’Alger (putsch du 13/5/58 des partisans de l’Algérie Française).

 

Les pavillons de Grande-Bretagne d’une architecture conique originale, dressaient d’arrogants pics égratignant les ciels souvent bleus du Heysel.

 

Quant au gigantesque pavillon des U.S.A, il plastronnait en « biggest of the world », s’enorgueillissant d’être le plus grand bâtiment circulaire existant au monde.

 

Mais sans conteste, le sensationnel de l’époque était les premières tentatives de conquête spatiale réussie par l’Union Soviétique avec son spoutnik envoyé quelques mois plus tôt dans l’espace (4 octobre 1957) ; moment historique pour l’humanité, puisqu’il s’agissait du premier satellite artificiel mis sur orbite autour de la terre.

 

C’était à coup sûr un des clous de l’exposition, les Russes y ayant installé en bonne place une reproduction grandeur nature de l’engin ainsi que de celle des spoutniks II et III qui furent lancés peu après.

 

En dehors de ces « Grands », les autres pays rivalisèrent dans le sensationnel et l’exotique pour se mettre en valeur : ainsi la Tunisie et le Maroc, l’Arabie Saoudite, l’Iraq, l’Iran et autres pays du nord de l’Afrique attiraient le visiteur avide de souks, casbah et décor de mosquée, tandis que les amateurs de temples et décors extrême-orientaux s’enivraient de recueillement bouddhique et d’élévations zen dans les pavillons du Cambodge et de la Thaïlande.

 

L’Amérique du Sud rivalisait de couleurs et de musique trépidante dans les somptueux bâtiments de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Venezuela, et autre exubérant Mexique.

 

Bien entendu, beaucoup d’autres pays étaient représentés, rivalisant d’originalité et de savoir-faire : l’Allemagne, l’Egypte, l’Espagne, la Finlande, les Pays-Bas, la Hongrie, Israël, le Japon, le Lichtenstein, le Luxembourg, Monaco avec une immense photo de Grâce Kelly, le Nicaragua, La Norvège, les Philippines, le Portugal, la République dominicaine, Saint-Marin, Le Soudan, la Suisse, la Syrie, la Tchécoslovaquie, la Turquie, l’Uruguay et la Yougoslavie.

 

En dehors de toutes ces démonstrations nationales chauvines à la gloire des nations représentées, les grandes organisations internationales et confessionnelles se devaient de présenter bonne figure : les Eglises, la Croix-Rouge, les Nations Unies, le Benelux, la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), le Conseil de l’Europe et l’Organisation de la Coopération Economique (Européenne).

 

Pays hôte et organisateur, la Belgique occupait le tiers de la superficie utilisable avec plus de quatre-vingts pavillons et halls.

 

Certains, datant de la manifestation de 1935, avaient été agrandis et rafraîchis.

 

Les plus sensationnels et les plus spectaculaires étant la flèche du Génie civil dont j’ai parlé, le pavillon Philips créé par Le Corbusier et le devenu célèbre Atomium qui remplit internationalement le même office d’image de marque pour Bruxelles que la Tour Eiffel à Paris.

 

L’Atomium est la représentation en trois dimensions d’un cristal de fer (et non pas d’une molécule de fer, comme il est souvent signalé) avec ses neuf atomes, grossie 165 milliards de fois, réalisée par l’ingénieur André Waterkeyn.

 

Chaque atome d’un diamètre de 18 mètres sert de vaste salle d’exposition et est relié aux autres par des tubes-couloirs dans lesquels circulent des escaliers roulants.

 

Un ascenseur, le plus rapide d’Europe à l’époque (5 mètres à la seconde), permet de gagner un restaurant dans la sphère supérieure située à 102 mètres au-dessus du point culminant du plateau du Heysel, tout en offrant une vue unique de la ville.

 

Les différents pavillons belges étaient très représentatifs de l’activité économique du pays : des industries de base comme celles du papier, du cuir, du textile et des métaux, ceux de l’énergie (pétrole, gaz, électricité, eau, air…), le secteur alimentaire ou assimilé (fromage, eaux minérales, conserves, chocolats, tabacs…) et ceux de diverses activités comme la bijouterie, le diamant, la maroquinerie, le vêtement, le livre et journaux, les eaux et forêts, l’agriculture, les activités fermières, la chasse et la pêche etc.

 

Autre attraction, un jardin des quatre saisons de plusieurs hectares permettait d’admirer la variété et la richesse de notre horticulture.

 

Les grandes marques internationales se devaient d’être au rendez-vous : I.B.M. présentait ses prouesses informatiques qui paraissent tellement archaïques de nos jours ; La P.A.A. ou PANAM (Pan American Airways) avait élevé une sphère terrestre gonflable de près de dix mètres de diamètre, ceinturée d’une passerelle circulaire permettant une consultation étonnante de la mappemonde ; Coca-cola faisait sensation avec ses « soft-ice » et son célèbre « coca » encore légèrement à la cocaïne (remplacée maintenant par un succédané) que beaucoup découvraient pour la première fois et qui estompait miraculeusement la fatigue grâce à la caféine du cola.

 

Les grandes maisons d’édition encyclopédique étaient au rendez-vous avec Larousse, Hachette et autres ; les grandes marques faisaient bonne figure avec leurs représentants les plus prestigieux (Kodak, Bell téléphone, Braun, les chocolats Jacques, Meurisse, Victoria et Côte d’Or, Dexion, Eternit, les fromages Franco-Suisse, Liebig, Marie Thumas, Pfaff, Rossel, Solvay, Wanson etc.)

 

Les sciences et les arts occupaient des places importantes dans les grands Palais. Le Hall des Sciences attirait un public nombreux, intéressé par la démonstration des toutes dernières innovations dans tous les domaines.

 

Quant à celui des Arts, il présentait deux manifestations remarquables : « Cinquante ans d’Art Moderne » ainsi que « l’Homme et l’Art » avec des œuvres des plus grands peintres et sculpteurs dont Magritte et Delvaux, devenus célèbres depuis quelques années.

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Le folklore se devait d’être présent, ce qui ne manqua pas avec entre autres le Village Belge 1900 reproduisant des habitations de styles d’époques depuis le Moyen-Age (150 maisons typiques flamandes sur 5 hectares), des manifestations culturelles diverses (danses, musique, démonstration d’art artisanal et du savoir-faire de certains corps de métier anciens …)

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Une manifestation d’une telle ampleur ne pouvait se passer d’une importante aire de détente et de loisir avec la Belgique Joyeuse, les manèges, montagnes russes, téléphériques et multiples autres attractions…

 

Enfin, pour mieux apprécier tout cela, un téléphérique transportait les visiteurs à six mètres de hauteur depuis les grands palais jusqu’au pavillon américain en passant par l’Atomium.

 

Des petits trains automobiles (Mercedes) traînant de confortables wagons crème offraient aux visiteurs fatigués le confort de leurs remarquables sièges de cuir.

 

Près de 220 pousse-pousse motorisés véhiculaient leurs clients un peu partout. Et sensation pour l’époque, des hélicoptères s’envolaient d’un héliport pour transporter certains hôtes de marques à l’aéroport de Zaventem.

 

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{18.8} Abandonnant cette parenthèse sur un événement qui nous avait tous marqués alors, revenons au récit des événements qui ont émaillé une époque très heureuse de notre vie et aux contacts humains qui en furent la résultante.

 

Une grande complicité et une belle entente culturelle s’étaient établies entre mon jeune beau-frère Daniel et nous.

 

En avons-nous passé de bons moments où nous pouvions planter dans cette terre avide de connaissance tant et tant de jeunes pousses qui ne demandaient qu’à s’épanouir !

 

Il partageait avec nous enthousiasme et éclectisme. Très à l’écoute, attentif, il nous désarçonnait par sa logique naturellement cartésienne, surtout en ce qui me concernait, me laissant facilement emporter par le développement de théories audacieuses propres aux cerveaux imaginatifs.

 

Ces heures de discussions sur la connaissance et de débats sur le pourquoi et le comment de tout, me furent d’une grande utilité en m’imposant une rigueur de raisonnement et une clarté dans la dialectique qui me manquait alors.

 

Cette complicité dans l’aventure culturelle dura près de dix ans, cet ami qu’il était devenu pour moi, nous accompagnant dans la plupart de nos déplacements touristiques à caractère culturel.

 

Pendant la période de 1957 à 1962, nous profitâmes de notre disponibilité de foyer sans enfants, pour entreprendre d’agréables et intéressants séjours touristiques avec lui dans les Ardennes belges - où l’oncle curé nous offrait gîte et couvert - ainsi que dans les régions flamandes.

 

Ce fut pour nous l’occasion de passionnantes visites dans des lieux insolites, guidés par notre éclectique et cultivé Tonton, et de mémorables repas qu’il arrosait de ses très vieux bourgognes de curé.

 

Notre culture gastronomique s’est enrichie des mets qu’il nous fit déguster et l’eau à la bouche, nous évoquons encore les fameuses truites de La Lesse, pêchées dans la fraîcheur de son courant, et dont notre raffiné pasteur nous apprit à apprécier l’infinie finesse des joues.

 

Quant à nos « incursions » en terres flamandes, elles furent, elles aussi, très passionnantes et instructives par la découverte de son passé médiéval et de l’histoire de ses communes et corps de métiers.

 

Mon beau-père, combattant en première ligne des tranchées pendant toute la guerre de 1914, fut, lors de nos nombreuses visites des lieux historiques situés dans l’enclave entre la mer et l’Yser qui bloqua l’avance allemande pendant toute la durée du conflit, guide précieux et compétent qui nous décrivit les conditions effroyables dans lesquelles devaient combattre et survivre les héros de cette épopée sanglante.

 

{18.9} En juillet 1962, nous décidâmes de revisiter Paris, ses musées et lieux célèbres. Ce fut, davantage encore que la première fois en 1959, une fantastique aventure de l’esprit et des sens que nous entreprîmes avec Daniel.

 

La ville « lumière » dans toute l’acceptation du mot, nous envoûta, nous fascina autant par son mystère que par la grandeur de son histoire que nous découvrions à chaque tournant de rue, dans ses monuments et dans ses prestigieux édifices.

 

Bien entendu, nous étions surtout venus pour ses musées mais déçu, je n’ai plus retrouvé l’emballement mystique de mes dix-huit ans en Italie.

 

J’avais trente-deux ans et la sécheresse d’un métier ne m’autorisant aucune fantaisie m’avait poussé à me vider de tout emportement irraisonné. C’était dommage pour le poète que se tenait bien penaud dans son tout petit coin.

 

Craintivement, de temps à autre, il passait une petite tête timide pour me souffler dans l’oreille quelques vers que j’écrivais à la hâte, comme l’écolier qui craint d’être pris en flagrant délit de dissipation.

 

Au Louvre, Daniel et ma « pitchounette », « ma chérie au cœur d’or » s’enthousiasmaient de tout ; quant à moi, je jouais de mon mieux la comédie du passionné qui partageait leur emportement.

 

J’étais certes intéressé, mais plus par devoir culturel que par réelle émotion artistique. J’avais besoin de temps, je devais me mettre en condition intellectuelle de recevoir le message de l’artiste et pour cela il me fallait une démarche recueillie dans le silence de mon bureau et devant mon écran. Je crois que j’ai bien caché mes sentiments et que mes compagnons de visite ne s’en sont pas aperçus.

 

J’ai revu le Louvre depuis, dans sa nouvelle présentation due au « règne-soleil » de Mitterrand, mais, tout en appréciant une mise en valeur remarquable des œuvres exposées, j’ai été forcé de constater la constance de mes sentiments à cet égard.

 

Au risque d’en scandaliser plus d’un, le tableau de Mona Lisa, La Joconde du célèbre Léonard de Vinci, me parut aussi lointain et impersonnel que la plus inexistante des croûtes. Quant à sa personnalité, je dois dire que derrière son carreau à faux reflets, elle me paraissait aussi quelconque que celle d’une concierge de garni.

 

Du fond de mes réminiscences picturales seules surnageait l’émotion juvénile suscitée par le doux visage ovoïde de la Vénus de Botticelli, prolongé de sa chaude et pudique chevelure de soleil couchant.

 

Les impressionnistes avaient leur musée et nous nous y sommes précipités, impatients d’y contempler les œuvres originales. Mes compagnons étaient aux anges.

 

Je fus une fois de plus déçu : rien à voir avec le lyrisme qui m’avait gagné en Italie. L’œuvre originale ne m’apportait rien de plus que ne l’avait fait sa copie.

 

Depuis, je n’ai plus visité les musées, mes livres et mes « cd » m’apportant plus de satisfaction : il faut dire qu’on est gâté par leurs supports d’une fidélité de reproduction presque parfaite.

 

Et puis, quel confort de vision : on éclaire, on agrandit… et quel outil de travail : on revoit, on prend le temps de réfléchir, de comparer, d’intellectualiser sa démarche… de développer une émotion…

 

Enfin, mais ça ne vaut que pour moi qui suis handicapé, depuis vingt-sept ans, par une infirmité visuelle qui ne m’autorise plus la vision complète d’une œuvre,  je dois m’y prendre en deux temps : d’abord mémoriser la moitié du champ, ensuite visualiser l’autre et reconstituer le tout en imagination.

 

Je dois ajouter cependant que les nouvelles techniques informatiques de traitement des données m’ont ouvert des horizons nouveaux grâce à la consultation sur « cd » ou « dvd » de musées virtuels qui me permettent de moduler la taille des reproductions et maximaliser mon confort visuel.

 

Nous avons cependant gardé de cette incursion dans ce monde troublant de l’impressionnisme, un souvenir chaud d’ambiance feutrée et de recueillement de visiteurs attentifs et de connaisseurs qui paraissaient envoûtés par la magie des Degas, Manet, Monet et autre Renoir.

 

J’ai cru quitter un sanctuaire dans lequel sourdaient ferveur et émerveillement de l’âme.

 

Autre « magie » aussi, celle de l’envoûtement de la ville elle-même, du Paris mythique aux racines plongées profondément dans l’histoire qui nous fascinera toujours.

 

Chaque coin de rue, chaque boulevard, chaque bâtiment nous laissaient rêveurs. Quand j’y suis retourné après, j’y ai été pris de la même ferveur, les yeux tout grands, l’estomac noué. J’ai toujours trouvé qu’on y atteignait les sommets de la culture raffinée.

 

Et quel plaisir intense ce fut pour moi de partager ce sentiment avec mon jeune beau-frère et mon épouse dont les regards brillaient d’une profonde joie intérieure. Et pourtant, comme Rome, cette ville de grandeur avait également ses turpitudes qu’inconsciemment je préférais ignorer.

 

Souvenirs piquants pour la petite histoire de notre voyage, nos moyens financiers étant encore un peu « serrés » et sans doute aussi par propension naturelle à l’économie, nous nous contentions de deux petites chambres au troisième d’un petit hôtel pour étudiants, situé dans le quartier Latin.

 

Nous pouvions y fricoter quelques repas « spaghetti » arrosés de gros rouge. Nous aménageâmes aussi dans le coffre de notre Opel un matériel de « camping-gaz » destiné à nous restaurer lors d’expéditions moins urbaines.

 

Ces souvenirs de bouffes à la sauvette, d’inconfort et d’expédients de jeunes désargentés resteront toujours pour nous parmi ceux qui ont le plus marqué notre passé.

 

Quant à moi, rappel personnel désagréable, au moment du départ de Bruxelles, j’eus la malencontreuse et sotte idée de vouloir graisser le rouage de l’essuie-glace de la voiture avec le bout d’un index que le mécanisme happa et déchira.

 

Je fus condamné à conduire mon véhicule et à me déplacer pendant tout le séjour, index levé, tel le prof morigénant ses potaches, le doigt bien emmailloté comme il se devait en pareil cas.

 

L’une des visites de lieux historiques entreprises hors de Paris fut Versailles, elle restera à jamais mémorable pour nous en raison de l’état d’esprit dans lequel nous l’avons abordé.

 

Cette outrance du luxe des Bourbons, nous mit mal à l’aise et nous n’avons pu nous empêcher d’entendre le peuple de Paris qui hurlait sa haine.

 

Daniel et sa sœur ne manquaient pas d’en parler et comme eux, je déplorais la débauche de richesse et de frivolité que révélait ce monument de l’égoïsme de quelques-uns au détriment d’une collectivité misérable.

 

Ce soir-là nous en avons longuement discuté jusque bien tard dans la nuit.

 

Paris, ô grand Paris,

Tes muses l’ont décrit

Beau joyau des orfèvres,

Fragile oiseau de nuit,

Ton sang brûlant de fièvre,

En flots s’écoule et fuit

Le long des avenues

Qu’ont tant porté aux nues

Ecrivains et poètes,

Chantant ton peuple en fête.

 

Hurle la carmagnole

En abattant ton roi,

Affole les nuits folles

De ton peuple en émoi.

 

Agite tes bouffons

Au son de leurs grelots,

Etale tes chiffons,

Lâche tes camelots.

 

Paris, mage des mots,

Et reine des lumières,

Au parvis des prières,

Refuge des poulbots.

 

Paris, belle de France,

Paris, au cœur immense,

Havre des grands amours :

Ceux qui rêvent toujours.

 

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{18.10} Je ne voudrais pas terminer ce chapitre important relatant l’élargissement de mon milieu familial à celui de ma belle famille, sans évoquer, au nom de « ma chérie au cœur d’or », celui qui fut tellement merveilleux pour elle et pour toute sa famille.

 

Il en est l’aîné, une sœur décédée en bas-âge laissait un vide que comblèrent difficilement Gérard, le frère qui fut mon copain de club et sa sœur.

 

Daniel, mon jeune ami-beau-frère se pointa en pleine guerre en cadet de cette belle famille.

 

A la libération du pays, ma belle-mère perdit encore, quasi à terme, un fils, traumatisée par l’incendie que des irresponsables avaient allumé dans la maison voisine.

 

Willy, l’aîné, devint ainsi le « grand frère », sage et dévoué assistant de ses parents qu’il aida du mieux qu’il put pendant la période si difficile pour tout le monde de la guerre et de l’après-guerre.

 

Travailleur, il brillait dans ses études. Généreux, il se dévouait pour sa famille. Musicien, il se distinguait par son talent au piano et aux orgues.

 

Bon acteur, il fut un des fondateurs et animateur d’une troupe de la région (les Trouvères). Poète, il écrivait de jolies choses.

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Sportif pourtant, il se défendait honorablement au tennis et tennis de table. Une jeunesse bien remplie. Quel dynamisme, comment arrivait-il à combiner tout cela ?

 

C’est dire aussi toute l’admiration que mon épouse éprouvait pour lui et quand elle eut atteint l’age de l’éveil intellectuel, il fut pour elle le mentor qu’il fallait pour lui ouvrir le cœur au beau, à la musique, à l’art et au raffinement.

 

Sa vie durant, il sera, assisté par une épouse aussi attentive que lui, le « grand frère » protecteur, soucieux d’intervenir discrètement lorsqu’un membre de la « tribu » se trouvait en difficulté.

 

Ce sera surtout, tristement le cas, comme je le relaterai plus loin quand son frère Gérard, mon ami du club, fut frappé d’infarctus mortel à cinquante ans, laissant une veuve fragile et une jeune fille entamant des études universitaires.

 

Avec son épouse, ils seront pour toutes les deux d’un grand secours moral et matériel qui leur permettra de mieux surmonter une cruelle et douloureuse absence.

 

Ce fut lui aussi qui entraîna mon épouse et son frère Gérard dans la troupe qu’il montait avec des copains de quartier.

 

C’est ainsi que celle qui sera ma compagne pour la vie, commença à se distinguer et encouragée par le succès que lui valurent certains grands rôles, débuta une carrière professionnelle sous le pseudonyme de Christine May.

 

Elle se produisit dans la troupe d’Albert Lepage en tant qu’ingénue et dans des récitals de poésies.

 

Elle eut même le plaisir d’être la partenaire de Jacques Brel dans « Un caprice » de Musset, avant qu’il n’aille tenter sa chance à Paris. Elle fréquentera aussi des acteurs comme Paul Riga, Suzy Falk et Ninette Henry.

 

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Commentaires

Merci pour cette belle évocation, qui plus est fort juste, de l'Expo58 et de l'Atomium.

Écrit par : Axel ADDINGTON | 17/02/2010

Joseph Mabolia mon grand-pére love you...

Écrit par : JDM | 18/02/2010

Merci pour votre commentaire, la génération actuelle ne réalisera jamais l'intensité de l'émerveillement que ce fut pour nous ... je ne sais pas si on connaîtra encore ce ravissement pour nous qui venions de si loin ... Tout parait possible maintenant et on ne s'étonne plus de rien ... Il faut réaliser qu'il n'y avait qu'une bonne dizaine d'année entre la fin de la guerre et cet événement ... En dix ans l'explosion des techniques fut incroyable ...

Écrit par : doulidelle | 18/02/2010

A JDM : Quel bonheur pour moi de découvrir un descendant de Joseph Mabolia ... ce témoin d'une époque difficile pour la Belgique qui reconnaît ses torts avec tous les "colonisateurs" quels qu'ils soient ... L'homme civilisé asservissant toujours les plus faibles à son profit, nous ne réussirons l'avenir que si nous renversons ce travers en comprenant que seule la solidarité peut nous sauver des dangers qui menacent nos civilisations et la planète ...

Écrit par : doulidelle | 18/02/2010

@ Axel Eddigton : Je viens de découvrir que vous êtes le "rédactionnel" de l'image de marque de l'expo 58, et votre commentaire me confirme que mon travail et mes informations son exacts. Merci de me l'avoir communiqué.

Écrit par : doulidelle | 18/02/2010

@ Doulidelle: Merci...

Écrit par : Jessica Dieng-Mabolia | 18/02/2010

Mes lectures ici ont pris du retard - mais j'y reviendrai. Je me réjouis pour toi des témoignages recueillis. Et te remercie encore pour tes encouragements, même à une main...

Écrit par : Tania | 20/02/2010

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