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12/02/2010

Ch. 18a - A la lisière de la forêt

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Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement.

 

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

Chapitre 18a : A la lisière de la forêt.

TABLE DES REPÈRES : {18.1} Notre « paradis sur terre » au bord de la forêt de Soignes - Les chants du bonheur d’un couple, mais aussi les nuages noirs d’une vie professionnelle assombrie par les sautes d’humeur et la propension à la persécution d’un supérieur qui sera forcé d’arrêter pour accident cérébral – {18.2} Élevage de canari avec mon beau-père et nos tentatives de mutation pour fixer dans son plumage la couleur rouge qu’il n’a pas – {18.3} La première voiture, événement à l’époque {18.4} Mon frère Pierre se marie et la naissance de Bruno, mon filleul -  {18.5} Réflexions sur l’histoire de la pensée depuis ses sources jusqu’à nous - {18.6} Vacances et voyage en Alsace (Bruno et Myriam) -

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{18.1} La petite maison que nous avions tant désirée, était un paradis. Un toit pointu, une assise de briques rouges, le reste chaulé rose-orange, comme une bonbonnière tapie derrière ses haies de ligustrum.

 

La forêt de Soignes s’ouvrait à cinquante mètres. Des hêtres superbes, droits comme des colonnes de cathédrale, s’élançaient vers le ciel en fond majestueux.

 

Un petit nid de conte de fée pour deux cœurs qui se retrouvaient en dehors du quotidien et s’envolaient dans un monde de rêve où tout était beau, agréable et enthousiasmant !

 

Quelle fantastique faculté les humains ont-ils développée en créant l’imaginaire pour s’écarter de l’habituel et de ses aléas ! Encore faudrait-il qu’ils aient la sagesse de ne pas succomber aux sirènes troubles des drogues qui peuvent susciter artificiellement mais si dangereusement de tels états.

 

Mais nous n’avions pas besoin de ça. Poètes tous les deux, nous créâmes notre univers de l’imaginaire. Ensemble, nous nous enivrâmes d’idéal.

 

Ensemble, nous nous rassasiâmes de jolies choses écrites. Ensemble, nous goûtâmes aux satisfactions de l’art. Ensemble, nous fûmes avides de sommets sublimes bien qu’évanescents.

 

J’écoutais chanter sa voix quand elle disait des poèmes, les miens surtout, ils s’habillaient de soie et s’ornaient de perles pour s’envoler de ses lèvres. Elle les transformait en sonorités troublantes qui m’extasiaient jusqu’au plus inaccessible de tous les ciels.

 

J’en avais bien besoin de ce viatique pour échapper aux tourments de ma vie professionnelle. Mon chef (Robert Cirquin) devenait de plus en plus versatile et acariâtre.

 

Quand il arrivait le matin du garage situé à l’arrière où il garait sa voiture, il devait emprunter un long couloir pour atteindre son bureau.

 

De porte en porte un message me parvenait avant lui, signalant la position de son chapeau de feutre.


Enfoncé au centre du crâne : ce n’était ni bon, ni mauvais, mais amélioration possible en cours de journée, prudence cependant, un rien pouvait tout gâcher…

 

En arrière : beau temps, plein soleil, je devais m’attendre à ne pas faire grand-chose, je serais mobilisé pour bien « rigoler » …

 

Par contre si le galurin penchait vers l’avant, comme celui des gangsters, alors… alors… ce serait l’orage qui gronde, l’enfer des reproches, des ordres contradictoires ou insensés, de la mauvaise foi et de tout ce qu’un cerveau malade pouvait trouver.

 

Antidote bienheureux qui me permettait de supporter ce sort peu enviable, quand je rentrais le soir, la forêt m’accueillait de ses grands arbres en bras ouverts et un ange m’attendait dans notre maisonnette pour amoureux de Peynet, pour écarter de mon front les gros nuages noirs et me dire de jolies choses.

 

Certaines nuits pourtant furent atroces ; non contrôlé, mon subconscient m’entraînait dans des cauchemars qui me glaçaient et me laissaient trempé de sueur froide.

 

Ma pitchounette (c’était le petit nom affectueux, exporté du midi, que je lui avais trouvé) essayait de me réveiller, je finissais par l’entrevoir, bouée dans la mer que j’étreignais convulsivement.

 

Quelle période étrange de ma vie, partagé entre deux sentiments : le paroxysme du bonheur sublime ou l’angoisse la plus atroce ! Je passais de l’un dans l’autre, sans transition, tiraillé par le travail ou les fantaisies de mon subconscient, comblé autrement quand je pouvais me réfugier dans cet oasis de verdure, de chants d’oiseaux, de haute futaie avec des maisonnettes aux toits rouges dans un habitat de gens simples et heureux.

 

Il y avait, à gauche de notre nid d’amoureux, « un employé du tram », comme on dit en Belgique, serviable et toujours joyeux et à droite le dessinateur de bandes dessinées Remacle qui avait comme moi la passion des oiseaux de volière. Son scénariste habitait un peu plus loin. C’est dire déjà l’environnement idéal dans ce site bucolique qui ne pouvait que combler un couple qui n’en rêvait pas de plus agréable.

 

Mais ce n’était pas tout, quelques maisons plus avant, une autre « bonbonnière » logeait mes beaux-parents que leurs enfants appelaient tout simplement Père et Mère. Mère m’aimait beaucoup et je le lui rendais bien, quant à Père, il était « possédé » de la même passion pour les canaris et les oiseaux de volière que moi. Retraités, ils avaient la charge d’un jeune garçon encore aux études secondaires.

 

Ce jeune beau-frère fut assez perturbé par le mariage et le départ de ses deux frères aînés et de sa sœur ; aussi nous nous efforçâmes, mon épouse et moi de l’entourer et de lui faire bénéficier de la chaleur de notre jeune foyer et des attentions d’une sœur si aimante pour tous ; quant à moi, je lui réservais une amitié d’ami-grand-frère comme celle dont George m’a tant gratifié.

 

Voilà planté le décor et évoqués les personnages qui animeront cette période contrastée des premières années de notre vie de couple.

 

Notre maisonnette avait été bien agrandie par son propriétaire : l’arrière était prolongé d’un living et, à la suite de sa moitié droite, d’une remise, d’un poulailler couvert rejoignant une buanderie et un atelier-garage qui occupait tout le fond. Une allée de briquaillons rouges, comme on dit en Belgique, longeait le côté, permettant un bel accès pour rentrer une voiture.

 

Mon beau-père et moi nous nous entendîmes comme larrons en foire pour transformer tout cet environnement en volières et cages d’élevage d’oiseaux.

 

{18.2} Nous avions conçu le projet d’améliorer le canari rouge qui, à l’origine, ne possédait pas cette couleur (il est gris-vert avec des touches de jaune).

 

Impossible donc de l’obtenir par sélection alors qu’on produit des blancs, des jaunes, des verts facilement. Seule une mutation génétique pourrait introduire ce coloris.

 

A cet effet, certains éleveurs avaient atteint des résultats par croisement avec le tarin rouge à tête noire du Venezuela, bel oiseau d’un rouge profond au nom scientifique amusant de Spinus Cucullatus.

 

A Labofina, un chimiste consacrait également une partie de ses loisirs à l’élevage des canaris et cherchait comme nous à améliorer la couleur du rouge qui n’est pas assez soutenue et se maintient difficilement.


La récessivité du caractère dû à l’appariement avec un oiseau d’une autre famille, était un problème qu’il était difficile de maîtriser. Les éleveurs rivalisaient donc d’astuces et trouvailles pour y parvenir.

 

Le retour aux sources avec le tarin rouge du Venezuela était réservé à quelques rares amateurs qui avait la chance de posséder des reproducteurs qui d’une part acceptaient un appariement et de l’autre produisaient un résultat valable.

 

Le métis qui résultait de ces tripotages contre nature, devait lui aussi être capable de se reproduire, ce qui était assez rare, si bien que le produit final de tous ces croisements valait son pesant d’or.

 

Nous n’avions évidemment pas la bonne fortune de posséder cet « oiseau rare » et devions nous contenter de travailler avec des sujets en provenance d’autres amateurs spécialisés.

 

Beaucoup de chercheurs belges espéraient améliorer le rouge par un apport intensif de carotène. A l’origine de l’appellation, les caroténoïdes étaient une classification réservée au pigment de la carotte.

 

Il est intéressant de rappeler à ce propos quelques notions de base concernant la coloration des être vivants.

 

Depuis Newton, on sait que la lumière blanche du soleil est un mélange de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, réfraction qui se produit lors du phénomène naturel (appelé d’ailleurs arc-en-ciel) qu’on voit parfois dans le ciel, produit par la décomposition de la lumière sur un écran de gouttes de pluie situé à l’opposé du soleil.

 

De plus, depuis 1920, on sait que la lumière est une particule qu’on a appelée photon et que la différence entre les couleurs provient de la quantité d’énergie que celui-ci véhicule.

 

Cette énergie s’exprime par une onde dont la longueur peut se mesurer en nanomètres (la milliardième partie du mètre). Ainsi le rouge mesure 700 nanomètres et le bleu au bas de l’échelle 480.

 

Nos yeux, par l’apprentissage qui augmente les fonctions cérébrales surtout pendant les vingt à vingt-cinq premières années de la vie, sont capables de distinguer une dizaine de millions de nuances…( sic !)


Cette faculté est un des avantages de l’homme civilisé qui a développé au maximum les nuances grâce aux progrès dans la chimie des couleurs et dans le domaine des spectrographes - appareil servant à étudier la décomposition (spectre) d’un rayonnement.

 

Tout ça pour dire qu’un problème aussi complexe et aussi subtil que les teintes et les nuances étaient difficile à cerner d’une part et d’autre part que les 700 nanomètres de nos canaris rouges prenaient un sacré coup de « flaptitude » en manque de croisements révolutionnaires.

 

Nous devions donc revigorer la couleur à coup de techniques diverses telles l’apport de carotène dans la nourriture. Des maraîchers flamands, amateurs eux-mêmes, avaient par sélection produit des carottes d’un rouge profond dont les canaris étaient friands.

 

Nous espérions réaliser des prouesses dans le domaine grâce à l’importance de notre élevage, la patience et la détermination de mon beau-père et notre technique rigoureuse de sélection.

 

Malheureusement, notre aventure fit long feu. Après quelques élevages réussis dans l’enthousiasme, nous subîmes la catastrophique épreuve d’une infection de tout l’élevage par l’introduction malencontreuse d’un spécimen atteint d’une maladie respiratoire extrêmement contagieuse : un virus bronchique infectieux et mortel provoquant dans les élevages belges des hécatombes d’oiseaux.

 

Nous ne parvînmes pas à enrayer l’épidémie et en quelques semaines perdîmes tous nos oiseaux. Dégoûtés et exsangues de moyens financiers, nous abandonnâmes et en revînmes à nos volières d’oiseaux exotiques et du pays (tarins, chardonnerets, bouvreuils, linots et autres granivores.)

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{18.3} Comme je le signalais plus avant, posséder une voiture était un luxe à l’époque que seuls se permettaient ceux qui disposaient de rentrées confortables.

 

Dans la famille, l’oncle ingénieur disposait d’une voiture moyenne et l’oncle major-psychotechnicien se contentait d’une petite skoda (voiture tchécoslovaque).

 

Mon frère Pierre, qu’en rentrant de Suisse j’avais « redécouvert » et que maintenant j’aimais « comme un frère » dans le vrai sens affectueux de l’expression, s’était payé une voiture d’occasion avec les « extra » qu’il se faisait en dépannant des postes de radio et de télévision.

 

J’avais toujours ma petite vespa qui bourdonnait sur les routes comme une abeille. Mais nous nous mîmes aussi à rêver d’une voiture.

 

A l’heure actuelle ce n’est plus un luxe, c’est devenu indispensable… prioritaire même… on sacrifie aux dieux de la mobilité. On se privera de beaucoup de choses, mais de cette liberté-là, difficilement...

 

Mon frère Pierre que j’appelais affectueusement « Gouti » (ça ne veut rien dire) nous trouva une bonne occasion, une Opel Rekord comme la sienne qu’il m’apprit à conduire.

 

A l’époque, il n’y avait pas de permis et on avait recours aux bons offices d’un parent ou ami.

 

Mon frère, passionné de mécanique et de moteurs, avait observé les autres ; aussi, dès qu’il reçut les clefs de son véhicule, il s’installa au volant et sortit du garage avec aplomb en effectuant des manœuvres difficiles.

 

Ce fut lui qui se chargea de nous amener la belle Opel vert bouteille qu’il avait dénichée. Nous la contemplâmes d’abord, n’en croyant pas nos yeux.

 

On ne réalise pas maintenant que c’était alors un rêve qu’on espérait voir s’accomplir sans trop y croire. Il fallait disposer d’un gros capital pour l’acquérir et de revenus importants pour fai re fa cript"> ce aux charges régulières.

 

Le frérot nous avait déniché une bonne occasion, ce qui n’était pas facile à l’époque, le marché étant encore fort étroit.

 

Il m’expliqua les manœuvres, nous fîmes un tour dans le quartier et puis j’ai appris sur le tas, comme ça se faisait à l’époque.

 

Je me souviendrai toujours de la première nuit qui suivit : en cauchemar, je me voyais incapable de maîtriser ce gros engin dans des rues étroites, bousculant et renversant tout sur mon passage.

 

C’est prudemment, en procédant par étapes, m’enhardissant chaque jour davantage, que je finis par m’en sortir.

Je mis près d’un mois à oser traverser toute la ville pour me rendre au boulot. Pourtant la circulation était moins dense qu’elle ne l’est actuellement, il faut dire que j’étais loin d’être aussi audacieux et doué que mon frère.

 

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{18.4} Puisque je parle de lui, je me dois de relater la touchante histoire d’amour dont il fut le héros, longs prémices romantiques à son mariage.

 

Impliqué dans la vie paroissiale, comme tout bon fils de famille chrétienne, il se devait d’assister aux cérémonies religieuses.

 

Contrairement à son jeune frère et à moi, il devenait de plus en plus assidu à ces corvées bigotes, ce qui n’était pas normal, le connaissant…

 

Un joli minois, bien sûr, était la cause de sa soudaine grande piété. Mais la coquine était farouche et ne prétendait pas se laisser approcher. C’était mal connaître mon frère, tenace comme un pou…

 

Le manège dura trois-quatre ans, avec des interruptions de guerre lasse ou des aventures plus concrètes,… très concrètes il faut le dire car j’eus l’occasion de participer avec lui à quelques soirées très « audacieuses » organisées par des copains à lui, étudiant des « Beaux-arts » qui se terminaient « voluptueusement », les couples se tripotant et copulant à même le sol.

 

Mon frère et moi abandonnions la partie discrètement, pas très enclins à ce genre d’exercice en public.

 

A la longue, la jeune personne finit par se laisser attendrir par une telle constance et l’idylle aboutit finalement au mariage.

 

Comme il fallait s’y attendre, à une époque où la contraception n’était pas tolérée dans les milieux chrétiens, un enfant, dont je fus parrain, devint vite le fruit de cette union et même successivement et rapidement un deuxième et un troisième…

 

Si notre couple ne fut pas soumis à cette loi naturelle de la procréation, c’est qu’un petit problème d’ovulation n’en autorisait pas l’accomplissement. Les premières années, cette situation nous convint très bien.

 

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Par éducation ou par propension naturelle, nous ne pouvions nous empêcher de nous laisser aller à un altruisme envahissant qui prenait une bonne part de ce que nos occupations professionnelles nous laissaient comme loisirs.

 

Comme la tradition du « devoir filial » était davantage présente, à l’époque, nous nous efforcions de donner à nos parents et beaux-parents le confort et les loisirs dont ils avaient été privés par les deux guerres et les crises qu’ils avaient endurées.

 

De plus, comme je l’ai déjà signalé plus avant, il restait deux jeunes frères à charge des deux vieux foyers. Pour faciliter cette action de solidarité familiale, nous avions achevé le regroupement des troupes en déménageant mes parents dans un appartement coquet situé quelques maisons plus loin.

 

Point d’orgue à tout cela, nos vacances et nos week-ends se passaient à la côte belge ou dans les Ardennes en grand rassemblement familial donnant à tous un dépaysement et une détente bien méritée.

 

Très amoureux et assoiffés de savoir et de lyrisme, nous consacrions le peu de temps que nos occupations professionnelles et familiales nous laissaient pour nous enthousiasmer de belles choses, pour nous enivrer de belles lectures, pour lire ou dire des vers merveilleux qu’avec sa voix cristalline elle faisait chanter dans mon cœur et qui me faisaient longuement rêver de bonheur.

 

Ces moments précieux, difficilement analysables, se sont profondément installés et gravés au plus profond de ma mémoire qu’elle soit consciente, inconsciente et subconsciente, pour y créer un terreau propice aux plus belles réalisations lyriques ou littéraires.

 

Des petites étoiles

Sont nées dans nos cœurs,

En très petites voiles

Tremblotaient le bonheur.

 

Nos yeux étaient belle eau

Chantonnant en ruisseaux

Pour des lèvres en passion

De bouches à l’unisson.

 

Notre chant le plus beau

Fut celui de l'oiseau

S'élevant en espoir

En s’enivrant de soir.

 

Ses yeux étaient de ciel,

Son âme mon miroir

Pour me refléter d’elle

Sans trop oser y croire.

 

Elle était de mes nuits,

Elle chantait nos beaux jours,

Nous nous sommes enfuis

En cachant notre amour.

 

{18.5} Quel sentiment subtil et raffiné, est celui qui nous pousse aux élévations lyriques et qui préside aux démarches intellectuelles du cerveau humain !

 

Souvent je me penche, perplexe, sur ce constat. Persuadé que nous sommes avant tout un mécanisme de pensée supérieurement développé par les civilisations avancées et surtout par celles qui ont privilégié l’abstraction, je ne peux que me perdre en conjectures et rester interrogatif sur mes propres conclusions.

 

Par anthropomorphisme, je serais tenté comme tout un chacun de privilégier une intervention intellectuelle extérieure, divine ou non, pour donner à l’intelligence humaine sa raison d’être.

 

Cependant par cheminement personnel, mieux développé dans l’appendice à cet ouvrage « Considérations fondamentales sur l’existence », devenu « La symphonie de l’harmonieux, mélodies de l’existence », je m’en tiens (très modestement) à la conviction que la pensée est la résultante d’un processus biologique qui s’est mis en place et a évolué au fil du temps.

 

L’exponentialité du phénomène, bien qu’en en développant la complexité, devrait donner aux humains la possibilité de mieux décrypter le système, grâce à une meilleure compréhension de la mécanique universelle.

 

Ma réflexion consciente s’est prise alors à voguer dans cet espace troublant de la pensée, en remontant à ses sources. Là où devrait se trouver la clef d’un mystère qui tourmentera éternellement les hommes. Là où la pensée s’est construite, lentement élaborée, patiemment sortie du néant.

 

Par la magie de mes rêves éveillés ou dédoublements, j’ai retrouvé mon collaborateur obligé, Diaphane-prof, qui depuis longtemps déjà y avait réalisé une bonne partie du travail en organisant rationnellement ma réflexion subconsciente.

 

De nombreux êtres informes s’y mouvaient dans un clair-obscur paléolithique. On y percevait des cris stridents ou rauques sortis du fond des âges, premiers efforts de l’être primate pour communiquer et les premiers gestes pour les appuyer.

 

« L’Intelligence » les contenait tous au fond de ses origines et se mit à nous conter son histoire :

 

- Je ne fus, d’abord, qu’un son pour manifester ma joie ou effrayer un concurrent, je n’étais qu’un geste pour prendre la nourriture ou pour me défendre.

 

Dans la savane où les miens se sont retrouvés après la rupture du Rift Valley ou après d’autres cataclysmes qui m’ont isolé de mon milieu naturel, j’ai communiqué, j’ai modulé les cris, j’ai pris conscience des gestes qui expliquent, j’ai ressenti la tristesse ou la joie des groupes qui s’étaient formés pour se nourrir ou pour se défendre…

 

- C’est alors, continua Diaphane-prof, que tu as fait chanter l’un d’entre eux, quand, gavé de viande chapardée aux charognards, il digérait avec les autres, heureux et repu dans la fraîcheur de la grotte qui les protégeait tous. Ce fut un son rauque mais modulé que les autres reprenaient en cherchant à l’imiter. Ce fut le premier chant, la première chorale.

 

J’étais songeur, conscient de me trouver à l’aube du savoir quand les hommes ont débuté la pensée.

 

A ce moment-là ou à un autre, un groupe a partagé un bonheur et c’est alors qu’il s’est formé, solidarisé, qu’il a cherché autre chose que satisfaire un instinct de meute.

 

« L’Intelligence » reprit, poursuivant son histoire :

 

- Je me suis exprimée par gestes et puis par signes associés aux sons que je parvenais de plus en plus à sortir de la gorge.

 

Le larynx de mon corps s’est perfectionné et la voix est née en modulant des sons. Les lèvres, la langue et la gorge s’y sont mis pour mieux réaliser ce que je commençais à créer : le langage.

 

Diaphane-prof, enthousiaste, les bras au ciel, s’écriait :

 

- La pensée,… la pensée abstraite…c’est alors que, lentement et patiemment, l’abstraction a débuté, balbutiante, oiseau fragile, dans le cerveau des hommes.

 

- Le cri est devenu mot, ai-je continué, le mot s’est épanoui en paroles qui se sont regroupées en phrases comme le chant des oiseaux, mais ces phrases, elles, étaient porteuses de messages cohérents augmentant les performances de nos lointains ancêtres.

 

- Les mains des humains sont devenues habiles, continua Diaphane-prof, et les mains ont gravé des signes sur la pierre des cavernes ; ensuite les mains ont dessiné des formes et les formes se sont muées en incantations au soleil, au feu, à la terre.

 

Les hommes se sont mis à penser, se sont mis à lever les yeux vers le ciel pour l’implorer quand ils souffraient, quand ils mouraient…

 

Ils ont appris la peur et l’angoisse, ils ont appris la tristesse, ils ont appris la joie… Ils ont appris l’absence et la chaude présence… Ils ont appris l’amour…

 

- Quant à moi, « l’Intelligence », au gré du hasard des découvertes réalisées par certains humains, plus évolués, j’ai poussé leur groupe à se développer, j’ai incité les plus forts, les plus malins a dominer et les faibles ont été asservis.

 

Les bandes sont devenues des peuples, les peuples des nations et les nations des civilisations.

 

« L’Intelligence » se permit alors un long silence, comme pour mieux mettre en valeur un événement d’importance…celui qui déclenchera l’explosion de la connaissance…

 

- Les hommes ont gravé des signes sur la pierre, les signes étaient objets qui devinrent les mots qui devinrent des phrases et les phrases furent des messages qui demeureront dans la pierre pour toujours tant que la pierre durera.

 

« L’Intelligence » une fois encore fit une pause. Diaphane-prof et moi, retenions notre souffle, conscient de l’importance de ce qui allait suivre…

 

- Sur des ardoises de schiste, les hommes ont gravé … sur des peaux de bêtes, les hommes ont dessiné… sur des parchemins, les hommes ont écrit… les hommes ont inventé le livre et le livre, toujours plus développé des techniques nouvelles de reproduction, sera la mémoire de l’humanité et le véhicule de la connaissance…

 

Alors, discrètement comme elle était venue, « L’Intelligence » s’évanouit dans son histoire des hommes comme pour mieux faire comprendre que c’était là qu’était son origine.

 

Les tourments de l’histoire se sont calmés

Dans le cœur des hommes éprouvés.

Les sources du savoir

Du fond des âges, se sont animées,

Timides lucioles, tendres feu-follets

Grandissant toujours,

S’élevant toujours.

 

La pensée fut étincelle,

La pensée fut amadou,

La pensée sortit des âges

Pour très haut s’enivrer,

Pour s’amouracher de cimes

Et enfanter le cœur des hommes.

 

Le cri rauque des cavernes,

L’appel long des sentiers,

Le cri mâle des amours,

L’appel des angoisses,

Le cri des peurs,

L’appel de tendresse,

Sont les blessures de l’être

Qui, soudain, s’est révélé

 

La voix s’est envolée

De sa source endormie

Pour moduler le chant

Pour éveiller l’âme

Qui somnolait toujours

En quête d’amour.

 

La parole fut printemps,

La parole fut prière,

La parole fut oiseau,

La parole fut chanson,

Les yeux des hommes se sont levés

Pour découvrir le ciel

Et se mettre à rêver.

 

Les mots se sont assemblés

Comme des petits frères,

Les mots se sont éternisés

Gravés dans la pierre,

Les mots ont recherché les livres

Comme de lents oiseaux ivres

En s’enivrant de pages

Qu’ils transmettront à tous les âges.

 

La mémoire s’est recueillie

En songe d’éternel.

La mémoire s’est endormie

En rêvant de ciels.

 

Les hommes se sont dressés

Pour clamer leur histoire

Les hommes se sont levés

Pour mieux chanter leur gloire.

Les hommes se sont couchés

Tout en rêvant d’espoir.

 

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{18.6}} Comme je l’ai signalé plus avant, pour raisons médicales, notre foyer ne s’élargissait pas, ce qui alors nous arrangeait bien.

 

Cependant par inclination naturelle, nous aimions offrir notre disponibilité à ceux auxquels le confort et l’ouverture de notre foyer pourrait être salutaire.

 

C’est ainsi que dès que le foyer de mon frère Pierre s’agrandit, le premier janvier 1958, d’un petit garçon dont je fus le parrain, nous nous empressâmes de le prendre souvent chez nous, d’autant plus qu’un second garçon s’y pointa rapidement.

 

La côte belge, la mer, devint, dès la démocratisation de l’automobile, un lieu de vacances privilégié pour les Belges, surtout les jeunes parents et leurs enfants ainsi que les plus vieux.

 

Aussi, dès que nous disposâmes d’une voiture, nous suivîmes le mouvement et nous nous étalâmes sur les plages et dans les dunes. Ce fut l’occasion de grandes échappées familiales qui nous marquèrent de souvenirs chaleureux et d’anecdotes pittoresques dont le récit restera toujours un ravissement.

 

Sans enfants, nous aimions prendre avec nous mon filleul, Bruno, et Myriam, une petite fille de dix ans qu’un couvent des Marolles nous confiait pendant les périodes de congé.

 

Nous la « parrainâmes » quelques années jusqu’à ce que ses parents qui l’avaient abandonnée mais qui conservaient certains droits, inquiets de l’attachement qu’elle nous manifestait, interrompissent le parrainage.

 

Mon beau-frère Gérard et son épouse faisaient de même avec un autre enfant, partageant ses joies familiales avec son frère et sa belle-sœur.

 

Cette période fut très heureuse pour les deux « clans » que la distance séparait bien à contrecœur (situés aux antipodes de la ville, à une époque où il n’était pas encore question de métro et que des longs tunnels n’en n’avaient pas encore percé les endroits stratégiques, les moyens de communication étaient lourds et difficiles).

 

Aux vacances de juillet 1961, nous décidâmes de visiter l’Alsace avec nos deux « filleules ».

 

Il faisait très beau et nous avons gardé de ce voyage un souvenir très colorés, très chaud de gens affables, à l’accent très particulier qui me rappelait si bien celui des sœurs alsaciennes qui nous soignaient en Suisse : ce doux chuintement des « se » transformés en « Che ».

 

Nous logions chez l’habitant, d’agréables personnes, propriétaires d’une haute maison et d’un jardin de mirabelliers jaunis par leurs fruits mûrs qu’on ramassait journellement pour les jeter dans un grand tonneau bourdonnant d’insectes.

 

L’incroyable mixture, grouillante, écœurante et effervescente devait être transformée après passage du « bouilleur de cru » en célèbre alcool de mirabelle.

 

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