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09/02/2010

Ch. 17 - Mélodies édéniques

 

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

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Je tiens à prolonger une « action de solidarité » envers les malchanceux de la terre en profitant de toutes les occasions qui se présentent pour entretenir l’appel de s’(impôt)ser une contribution régulière mensuelle (légère en période de crise) en faveur des ONG (Offices Non Gouvernementaux) qui sont indispensables et ne peuvent rien faire sans nous (Contacter votre organisme financier). Voir à ce sujet dans « notes récentes » les appels que j’ai lancés antérieurement.

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui ont cependant été imposés par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 

 

 

Chapitre 17 : Mélodies édéniques

TABLE DES REPÈRES : {17.1}  Découverte de la « compagne de ma vie » et du véritable amour, avec en préalable, l’histoire du « papillon » qui saute de cœur en cœur - {17.2} La plus belle histoire d’amour « la nôtre » et ses chants {17.3}  Climat économique difficile qui précède les « Golden Sixties » - {17.4} Le « sacre » de notre union devant l’Église et la famille le 26 décembre 1956.


 

{17.1} C’est avec réserve que j’aborderai « sur la pointe des pieds » ce chapitre qui doit lever le voile sur un sentiment que j’attendais, que je préparais inconsciemment, que j’ai découvert avec ravissement et qui m’a inspiré les envolées les plus lyriques.

 

On a tellement galvaudé son nom que je n’aurai garde de le prononcer, d’autant plus que dans ce domaine la frontière du ridicule est ténue : c’est donc avec la plus grande prudence que j’évoquerai ses emportements.

 

Bien plus, je demanderai au lecteur indulgence et discrétion dans ses réactions s’il juge que, dépassé par un lyrisme que je ne pourrai plus maîtriser, je tombe dans le travers que je veux éviter.

 

Mes premières tentatives de conquêtes s’étaient trouvées, avec les « Henriette », on s’en souvient,  vouées aux échecs les plus cuisants.

 

En manque de « formation » dans le domaine, je me mis à fréquenter un club de jeunes gens qui s’adonnaient aux joies de la danse, des rencontres et aux activités culturelles les plus diverses.

 

Ces exercices hebdomadaires m’ont tout doucement « dégrossi ».  D’abord gauche et maladroit, timide et rougissant, je faisais piètre figure parmi des jeunes coqs roucoulant galamment autour de pétulantes demoiselles.

 

A bonne école, materné par quelques délurées anciennes qui me chaperonnèrent et m’apprirent à me trémousser au son du tourne-disque de service, je finis cependant par rivaliser avec les plus audacieux des jeunes paons.

 

Très à l’aise, bon danseur, je ne tardai pas à me mettre davantage en valeur « intellectuelle » en organisant des conférences-débats sur les sujets les plus variés : peinture, surréalisme, examens psychotechniques (sic) (documenté par l’oncle major spécialiste à l’armée) et même jazz (resic) etc.

 

Devenu moi-même coquelet bien entouré, je bénéficiai d’une période fort agréable de succès auprès de jeunes personnes qui me regardaient avec de beaux grands yeux à faire chavirer le cœur du plus imperturbable des Don Juan.

 

Pour mieux défendre ma nouvelle image de marque, je m’étais acheté un scooter Vespa, qui était à l’époque, l’engin qui convenait le mieux à de jeunes enjôleurs, surtout si comme moi, ils portaient duffel-coat et cheveux en brosse floue.

 

Cette métamorphose s’était étalée sur les quelque trois années d'employé de Petrofina qui précédèrent mon transfert à Labofina.

 

Maintenant encore, quand je repense à cette période un peu folle où j’explosais, je ne peux m’empêcher de songer à ces pauvres cœurs que j’ai torturés : toutes ces fraîches et candides personnes, délicieusement innocentes,  merveilleusement belles de naïveté qui se sont éprises du « papillon » que j’étais devenu, voletant de cœur en cœur, sans beaucoup s’arrêter.

 

Poète à l’âme lyrique, j’adorais leur dire de jolies choses, avec des yeux tendres de biche énamourée qui les faisaient rêver.  Je me suis piqué à ce marivaudage, inconscient d’un jeu cruel qui pouvait gravement les blesser.

 

Cependant, j’idéalisais, rêvant toujours de celle que j’imaginais et à laquelle je réservais ce sentiment profond que je portais en moi.  Quelqu’un que j’élèverais bien haut dans mon âme et qui atteindrait avec moi les sommets pourtant inaccessibles du  sublime.

 

D’où vient-il, ce besoin de sommets ?  Serait-ce  l’éveil de la religiosité qui, dès les premiers éclairs d’intelligence a poussé l’homme à porter son regard vers le ciel à la recherche des cimes, à la recherche de l’infini qui le rapprocherait d’un plus haut que lui et le débarrasserait de la mort ?

 

Fragile entre tous, le poète-rêveur-idéaliste que je restais, lui, s’échappait du réel qui le décevait et bâtissait son bonheur dans le monde de l’imaginaire et de l’extravagance.

 

Toujours aux portes de l’excessif, je le construisais heureux ou triste, beau ou affreux, joyeux ou cafardeux, devenu grandiose jouisseur de sublime ou infâme damné des enfers.

 

Mes yeux ont vu des fleurs en brins,

Des fleurs qui me couvraient les mains ;

Mes mains ont caressé le ciel :

C’était tellement doux de miel.

 

Ma bouche a soufflé des semences

Elles s’envolaient de mes lèvres

En papillon fou de démence,

Comme l’oiseau bleu de mes fièvres.

 

J’ai vu des yeux d’amour

Dans le cœur d’un oiseau

J’ai vu des brins de jour

Au cœur des passereaux.

 

J’ai écouté la voix des âmes,

Qui s’élevaient en chants très doux.

Nous déclamâmes notre amour fou

A tous ceux que nous rencontrâmes.

 

Je connus les joies de l’hymen

Dans le faux jardin de l’éden,

Ensuite j’ai levé les yeux

Sur des oiseaux bleus dans mes cieux.

 

J’ai repris mes ébats

Près du feu des sorcières,

Dans un dernier sabbat

En fermant les paupières.

 

Un jour, son frère vint au club. Il était grand et mince, des yeux un peu tristes. Comme moi, il ne travaillait pas très loin de là et venait directement de son emploi. Nous arrivions longtemps avant les autres et devînmes rapidement des copains.

 

Il me présenta sa sœur qui venait plus tard, mais trop préoccupé par mes conquêtes du moment, je ne la remarquai pas. Mon subconscient, lui, s’en chargeait, commençant un travail de sape sournois.

 

Très en forme, je n’avais d’yeux pour l’heure, que pour deux jolies et gentilles personnes que j’avais baptisées Miange et Linou (plus tendre que Marie-Ange et Léa).

 

Je complimentais l’une, je dansais avec l’autre… Très arrogant, j’en vins, en dansant, à écraser les pieds d’une troisième sans m’excuser.

 

Comme ma partenaire me le faisait remarquer, je lui rétorquai « Qu’elle mette ses pieds en dessous de sa chaise ». Quel prétentieux personnage, aurait dit cette personne à son voisin de chaise. Elle me le rappelle encore en riant, maintenant que nous sommes mariés.

 

Je fus pressenti pour remplacer le président qui démissionnait et je m’embarquai dans cette galère. Ce ne sera pas bien long, plutôt piètre dans la fonction.

 

Je ratai d’abord l’organisation d’une excursion à Bouillon dans les Ardennes que nous n’atteindrons jamais, le trop vieux car poussif qu’on m’avait dégoté, n’osant pas se risquer au-delà des villages de mes oncles instituteur et curé que je fis découvrir à mes malheureux excursionnistes.

 

Ce programme, fort modeste, ne pouvait tenir une quelconque comparaison avec celui qui leur avait été proposé : la visite du site prestigieux de Bouillon et de son célèbre château médiéval.

 

Notre vieux « taco » eut bien du mal à regagner Bruxelles, toussant, chauffant et fumant de toutes parts.

 

A la fin de l’année, je ne fus pas beaucoup plus heureux en organisant une fête de la Saint Nicolas qui tourna à la pantalonnade.

 

Mon ami et futur beau-frère avait accepté de jouer le rôle du grand saint et avait préparé une très amusante revue des plus caricaturaux d’entre nous.

 

L’ancien président, sans doute nostalgique de sa fonction perdue, se crut malin d’apparaître, déguisé de même, à la surprise mais au grand amusement de tout le monde : nous avions deux saint Nicolas.

 

Ce qui le fut moins, c’est que le plagiaire se plut à boycotter la réunion qui finit par tourner court. C’était dommage, il aurait pu au contraire, avec à propos et gentillesse, collaborer à son succès.

 

Quant à moi, censé intervenir pour sauver les meubles, je fus dépassé par les événements et j’en ressens encore la plus cuisante humiliation. Il faut dire que je n’avais plus la tête, ni le cœur à ça et en voilà la raison.

 

Entre les deux événements, le voyage et la Saint Nicolas, un tournant essentiel, une voie nouvelle se préparait dans ma vie. Inconsciemment, je m’y opposais, réticent à l’idée de m’engager dans l’irrémédiable.

 

{17.2} Le poète-frondeur s’était mué en comptable-calculateur qui disséquait ses sentiments pour mieux les analyser, au grand dam de Diaphane-cœur qui trépignait de rage.

 

Un événement, pourtant, intervint qui déclencha un processus que je ne pus contrôler : « elle » partait en vacances aux Baléares avec ses frères.

 

Cette absence ne fut pas bien longue, mais elle «dura» quinze jours…. Diaphane-cœur commença alors un patient travail de sape qui lui permit d’occuper avantageusement le terrain.

 

J’étais « mûr » pour son retour, d’autant plus qu’ « elle » me rapporta un petit poignard-coupe-papier qui me fut offert avec des yeux de rêve….

 

Nous nous échappâmes pour une soirée folle, dans une nuit folle, avec des étoiles-diamants partout, dans le ciel, dans ses cheveux, dans ses yeux… surtout dans ses yeux….

 

Pourtant le «comptable-calculateur » dur et impitoyable avait repris du terrain perdu. Après la « soirée folle » dans les nuages, ce fut la chute brutale d’Icare sur la terre.

 

Comment, pensait le raisonneur, un homme sage n’avait-il pas pu mieux contrôler un sentiment si lourd de conséquences ?

 

Dans sa piaule de garçon, il avait, depuis longtemps, minutieusement établi le programme d’avenir du foyer qu’il envisageait, inventant la compagne qui en serait le centre.

 

Diaphane-cœur avait bouleversé tous ses plans : il était donc important qu’il se ressaisisse à temps, quelles qu’en soient les douloureuses conséquences.

 

C’était inutile et cruel, je le réalise maintenant. Le téléphone fut le lâche complice du vilain comptable méthodique qui bâtissait son avenir comme on établit une prévision bilantaire.

 

Courageuse, « elle » marqua des points en réagissant avec dignité malgré sa profonde peine. Quelques « papillons » voletèrent autour d’elle  pour profiter de l’aubaine ce qui me tourmentait durement. Puis  elle  disparut et son frère aussi.

 

Les quelques semaines qui suivirent furent un vrai calvaire pour moi. Je voulais retrouver mon sang-froid et analyser froidement mes sentiments.

 

Miange et Linou, toujours ensemble, réveillaient en moi d’agréables réminiscences. J’entrepris des approches individuelles plus convaincantes pour d’éventuelles idylles.

 

Je ne réussis qu’à briser inutilement le tout petit cœur de Linou, le soir du mariage de son frère auquel elle m’avait invité, en refusant de partager un sentiment qui lui faisait des yeux adorables.

 

Je finis par me rendre à l’évidence. Diaphane-cœur triomphait. Mais j’avais rendu tout difficile, voire impossible. n>

 

Quelle serait  sa  réaction ? Blessée et à juste titre, incertaine de ma constance, sentimentale et idéalisant mon personnage, n’étais-je pas tombé du piédestal sur lequel elle  m’avait placé ?

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, inconsciemment, j’aimais ça. Habitué aux longs et patients combats, je voulais reconquérir de haute lutte le terrain perdu : je n’aimais pas les victoires faciles.

 

Première démarche : consulter le frère qui dans la place devait en savoir beaucoup.

 

Le téléphone grésilla sa voix surprise et mécontente, et la relation des dégâts…. Petit espoir cependant, en terminant, il me confia qu’à son avis, j’avais des chances.

 

Prudent, et confiant dans mes talents épistolaires, j’entrepris un long plaidoyer (sept pages de ma petite écriture serrée) par lequel je défendis les raisons de mon comportement, la certitude de mes sentiments et poussé par le vilain comptable « point sur les i » risquai l’imprudence d’établir un plan de vie tel que je l’entrevoyais.

 

Je terminai en lui proposant de prendre sa réponse deux jours plus tard à son travail. (Elle était assistante-dentiste et commençait à deux heures.)

 

J’eus même l’outrecuidance (toujours le vilain comptable méthodique) de prévoir tous les scénarios : il n’y avait qu’à « cliquer », comme on dit en informatique, sur la solution choisie (sic, sic, et resic) …

 

Le 17 octobre 1955, date laissée à la fantaisie du destin, sera la plus importante de ma vie.

 

J’avais écrit ma lettre la veille d’un week-end, sans réaliser que je m’imposerais les deux jours les plus longs et les plus angoissés de mon existence : nuit sans fin, couche torturée qui n’en peut plus de gémir ; journées interminables, errance sans but, pensées folles, tenaille au ventre…

L’insomnie enfle le désarroi… Les aiguilles du temps ne veulent plus tourner.

 

Le 17 octobre à 13 heures,  j’ai la gorge prise dans la tenaille de la crainte.

 

A 13 heures 30, je voudrais freiner l’inexorable, mais les aiguilles s’emballent… J’ai peur de mon destin…

 

14 heures : une main, la mienne, forme le numéro, l’autre raccroche : un étau m’étrangle, je suis muet….

 

Nouvelle tentative : nouvel échec, les mots meurent sur mes lèvres….

 

Je respire un grand coup et cette fois je laisse sonner.

 

Un chant délicieux monte : « allô »… « allô »… « allô »…

 

Un petit oiseau fou palpite entre mes dents.

 

Je coupe une fois de plus pour écouter l’écho qui tressaute encore dans le cornet et …dans ma tête : « allô »… « allô »… « allô »…

 

Je recommence et j’entends moduler : « allô » … « allô »… : ça doit être ça le chant des sirènes qui envoûtent les navigateurs…

 

J’ai toujours aimé sa voix que jalousent les anges. Surtout celle de l’ingénue qui lui valut ses succès théâtraux.

 

On croirait entendre le tintement cristallin de clochettes célestes mues par les plus subtiles brises alpines… (Il n’y a que la passion amoureuse pour faire divaguer à ce point ! )

 

Sa réponse me transporta… Une inquiétude cependant : sa brièveté…

 

Le terrain sera sans doute dur à reconquérir… Au bureau, les collègues me charrièrent sur ma mine défaite et grise de noceur du W.E. et bons copains, se chargèrent des travaux urgents sur lesquels je n’arrivais pas à me concentrer.

 

Les mots vont me manquer pour raconter la suite et des moments poétiquement sublimes.

 

Je réalise aussi combien je me trouve à la limite du ridicule dans lequel je ne veux pas tomber. Je voudrais m’enivrer de jolies phrases, atteindre des états d’âme sublimes et me lancer dans des envolées dithyrambiques.

 

En outre il est aussi important de souligner que, dans le contexte d’époque et de milieu qui était le nôtre, l’amour, avant le mariage, étant sexuellement distant et marqué de pudibonderie chrétienne, ne pouvait se manifester qu’avec grande délicatesse physique.

 

Circonspect dans un domaine si controversé, je me garde bien de porter un quelconque jugement ou critique sur le comportement actuel.

 

L’amour est un tout qui ne se dissocie pas, et l’acte physique a autant d’importance, si pas plus que tout le reste, aussi sublime, élevé ou spirituel soit-il.

 

Que d’échecs de l’authentique couple, que de femmes-esclaves, désenchantées mais soumises au mâle arrogant et dominateur.

 

Loin de moi donc toute intention de justifier ou défendre, dans notre monde occidental, cette époque révolue de l’esclavagisme religieux du couple, qu’il soit judéo-chrétien, islamique ou autre. Il y va de la libération intellectuelle et spirituelle de l’être humain.

 

Quant à nous, ce soir-là, nous nous sommes retrouvés, dans un petit parc tout près de son boulot.

 

Nous n’avons rien dit, mais sommes tombés dans les bras l’un de l’autre, et nos yeux se sont regardés, longuement, légèrement embrumés d’émotion amoureuse.

 

Ce regard infini de tendresse, je le revis encore quand je ferme les yeux : je crois qu’il restera éternel et que notre union s’y ressourcera toujours.

 

C’était la plongée enivrante dans le mystère de l’autre et la soudaine découverte de l’univers absolu de sa complémentarité.

 

Mais aussi, quelle merveilleuse aventure que la nôtre, en deux temps : le premier, un soir également, quelques semaines auparavant, dans l’emportement passionné de deux corps affolés qui aspirent à l’étreinte physique et maintenant, le second, dans la découverte de la plénitude de la sérénité amoureuse.

 

Nos lèvres se sont jointes doucement, la branchette d’un arbre s’y est mêlée en témoin de la plus belle page d’une si belle histoire d’amour.

 

Le petit bout de branche dort maintenant au fond d’un tiroir, pas loin du petit poignard-coupe-papier qui avait déclenché nos premiers emportements.

 

Je la reconduisis sur mon scooter, ses bras me serraient les reins, sa tête aussi légère qu’un nuage, se blottissant sur mes épaules.

 

J’avais les yeux aux nues et mon scooter nous a sauvé la vie en nous gardant sains et saufs.

 

Rentré dans ma tanière de garçon, j’écrivis un poème qui chantait en mon âme pour mieux encore ensorceler la sienne.

 

Dans sa boîte aux lettres, il guettera son lever du matin ainsi que les autres qu’elle reçut chaque jour, tissant les mailles serrées d’un filet d’amour qui l’emprisonnera à jamais.

 

En voici quelques-uns de ces madrigaux qu’elle et moi livrons pudiquement à ceux qui nous lisent et qui, s’abstenant de toute dérision facile, veulent encore bien croire à la grandeur des envolées sentimentales.

 

 

Petit poème intime

Va porter à l’aimée

La douceur de tes rimes,

Le cœur de ta rosée,

La plainte d’un soupir

Qui ne veut plus vieillir.

 

Va dire que je l’aime,

Que ma vie est à elle,

Et que mon cœur chancelle,

Et que mon âme est blême

Parce qu’elle a si peur

Des lendemains qui meurent.

 

Va, Vole à ses genoux,

Lui dire des mots doux.

Chuchotes à son oreille

Des choses sans pareilles

Que je vais lui trouver

Pour la faire rêver.

 

Je revivrai toujours ce soir infiniment doux, dans la fluorescence des néons et des lumières de la ville qui, complices, se faisaient tendres et nimbaient notre couple d’une auréole de bonheur.

 

J’en avais perdu le sommeil et les yeux dans le ciel, je déplaçais les étoiles pour en faire son image et me perdre dans l’infini de celles qui étaient ses yeux.

 

Au bureau, les collègues s’inquiétaient de plus en plus… La mine hâve, les traits tirés et les yeux cernés, j’avais l’air du zombie sorti tout droit d’un film d’horreur.

 

Je m’étais entouré de dossiers pour mieux camoufler la feuille de bloc-note qui recevait mes vers enflammés.

 

Je te vois dans la lumière

De ta gentille chaumière,

Accroupie au fond d’un grand bois

Avec des genets sous le toit.

 

Ta blonde tête d'or se pare

Du rose des fenêtres closes

Qui sur ton visage se pose

 

La paille du toit s’éclabousse

De petits oiseaux qui piaillent,

Tu leur tends tes deux bras de mousse

Tout en riant à la marmaille.

 

Il y a de beaux blancs nuages

Qui frissonnent dans un grand ciel,

En agitant tout le feuillage

Qui couvre ta maison de miel.

 

Tu poses tes doigts d’enfant sage

Sur mon cœur si gourd et si lourd

Que j’en ai pleuré bien des jours,

Tête enfouie dans ton corsage.

 

Mon orage gronde toujours

Dans mon ciel ruisselant d’amour,

Tandis que je ferai naufrage

Dans mon ciel qui brûle de rage.

 

D’abord très conte de fées bleu pastel, la passion ardente qui bouillonnait en moi, avait enflammé les vers pour les brûler dans un ciel de rage tandis que le cœur est gourd et lourd. Tous les grands amours se sont laissés aller à ces débordements lyriques…. !

 

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Il y eut aussi les envolées célestes sur des pégases fougueux qui survolaient les crêtes dans des décors de cartes postales et que je traduisais en d’ « éblouissants emportements ».

 

Viens voir le nuage,

Qui, là-haut,

S’émerveille des étoiles.

Viens voir scintiller les cristaux,

Viens voir fleurir la neige,

Et, viens avec moi,

Sur mon grand cheval fou.

 

Sur son échine d’éclair,

Il nous transportera là-bas,

Là où la mer brille,

Pleine d’étoiles mousseuses,

Qui clignent de tous leurs yeux,

Pleine aussi d’astres aux têtes rondes,

Toutes tachées de sourires.

 

Liberté ! Liberté douce,

Plus d’attaches, ni liens,

Ni chaînes, ni barreaux,

Rien que l’ivresse,

Ne plus être nos corps,

Ne plus être que l’esprit

Qui s’engourdit d’abîmes,

Qui se perd dans l’infime

Qui s’intègre en ton corps,

Pour n’être plus que toi.

 

Toi seule, toute seule,

Perdue dans les nuages,

Très près des étoiles,

Dans la mer des dieux,

Dans l’humeur douce

Des nuits profondes

Dans le long, si long repos

De toutes les choses soumises.

 

Viens, grande reine fine,

Sur ton cheval de neige,

Viens, éperdue, t’éblouir

De belles cascades d’azur.

Viens ciseler mes nuits chaudes

De belles dentelles d’amour.

 

Viens, ma déesse

Creuser ton vallon

D’étoiles jaillissantes

Et que le sabot

De ton cheval fou

Fasse éclater des mondes.

 

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Après cet emportement enflammé dans l’azur des infinis bleus, j’ai retrouvé calme et apaisement et dans un moment de douce quiétude, je me suis laissé aller par temps gris et frisquet à quelques vers sages dans un cadre douillet d’âtre crépitant.


Quand tu te pencheras

Sur notre feu de bois

Et tu te couvriras

De ton manteau de soie,

Belle de mèches blondes

Rose de tes joues rondes,

 

Je t’envelopperai

De nuages dorés

Pour te porter ainsi

Dans mes bras de géant

En amoureux transi

Faisant fi du néant.

 

Quand tu te pencheras

Sur notre feu de bois

Belle de tes blonds cheveux

Rose de tes joues de feu,

 

Fou, je m’éblouirai

De beaux songes dorés,

Rêvant de mèches blondes,

En très grand roi des mondes.

 

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Le lac des cygnes, depuis Tchaïkovski fait rêver les poètes, je me devais donc d’y faire pleurer mes violons.

 

Dans mon si grand lent lac

Dorment encore

Mes longues pensées bleues

Que brûlent des flammes blanches.

 

Des vagues courtes se meuvent

En caresse d’eau de source

Miroitant tes ciels du soir.

Les blancs cygnes y glissent

Dans la torpeur du grand miroir.

 

Les longs chars de plumes en neige,

S’enfoncent dans mes songes

Pour réveiller mes violons

Et emporter dans les nuages

Ma jeune aimée qui dort,

Blonde entre deux eaux,

Que des oiseaux de voile

Au long col de cygne

Tirent en lent cortège

Bien loin sur mon lac aux rêves.

 

Les accents romantiques sont porteurs de soupirs… de vague à l’âme et de nostalgie. Quelle traîtresse fantaisie m’a pris d’user de ce registre-là ?

 

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Elle avait des cheveux de princesse de conte de fées : blonds avec des reflets changeants de soleil couchant et des éclats de jour dans un soleil ardent.

 

Ô mes pentes affolées,

Dorées au creux de mes mains

Ô mes soleils de lune

Dans des couchers du soir

 

Ô mes blonds oiseaux voraces

 

Avides, mordillant ton front,

Tes oreilles et tes paupières.

Ô blé opulent dans un trait de brume

Qui roule en vagues creuses

T’effleurant le menton.

 

ng>Ô cheveux, longs cheveux

De déesse, sur front d’or,

Ô voie sacrée des ciels

Qui trouble ma raison,

Balafre en mon cœur,

Tombé en pâmoison.


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La mer, complice de tant de confidences sentimentales, se devait de figurer dans un registre qui se voulait complet. Ses emportements, ses accents, ses horizons qui flirtent avec le ciel, ses complicités avec les roches, les grèves et les plages en font un matériau idéal que je ne pouvais manquer d’utiliser.

 

Le ciel s’enivre des perles

Qui fleurissent dans la mer ;

La mer remue les lèvres

Pour renvoyer aux nues

Le sourire de ma reine

Couchée dans le sable.

 

Les roches et les grèves

S’étalent à ses pieds,

Manteau des rivages,

Bordure aux oiseaux.

 

J’ai envié les vagues

Qui ont caressé ses genoux.

J’ai aimé ses plages

Qui font des rêves doux.

 

J’ai étendu pour elle

Un matelas de dunes.

J’ai cueilli au fond des mers

Les plus beaux clairs de lune.

 

J’ai jeté aux oiseaux

Mes graines d’espérance

Pour lui porter là-haut,

Un peu de ma présence.

 

En vague isolée,

Je me meurs à ses genoux.

En vague affolée,

Je l’étreins comme un fou.

 

En chevalier des mers,

Je serai à ses pieds,

Passionné, bras ouverts,

Cœur battant, front altier.

 

J’étais fou d’elle, je me sentais grand, un sentiment de puissance protectrice m’avait envahi. Je regardais le ciel comme les premiers humains, prêt à pousser le grand cri du fond des âges, celui qui, maintenant encore, met la nature à genoux et fait se courber les animaux.

 

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{17.3} Mais les temps demeuraient difficiles. Le niveau de vie de l’après-guerre restait médiocre et la jeunesse en subissait durement les conséquences.

 

La reconstruction industrielle et foncière était longue et les moyens techniques pour la réaliser archaïques et ralentis par la pauvreté des moyens financiers disponibles.

 

La plupart des familles sortaient appauvries de la guerre et incapables d’aider les jeunes foyers qui s’installaient.

 

Ce fut le cas de notre jeune couple qui non seulement épargnait pour s’établir mais, de plus, avait à cœur de participer aux charges des siens. (Il y avait des deux côtés un jeune aux études.)

 

Cette lente restauration économique qui a pesé sur notre niveau de vie, a duré jusqu’aux environs de 1960. Et puis, ce fut l’explosion et l’enivrement de la consommation des « Golden sixties » jusqu’en 1974, avant la longue crise mondiale et les dangers d’une confrontation est-ouest, jusqu’à la chute du mur de Berlin (érigé dans la nuit du 12 au 13 août 1961 et abattu le 9 novembre 1989) et l’effondrement du communisme.

 

Quelle évolution incroyable, en quelques décennies, du niveau de vie de la plupart d’entre nous ! Quel bouleversement des habitudes dans la jouissance du confort que procure l’actuelle société !

 

Mais aussi quelle insatisfaction latente de chacun devant des besoins qu’inconsciemment nous nous sommes créés, toujours plus grands et qui dépassent facilement nos moyens.

 

Quel dilemme aussi pour la société actuelle confrontée aux crises larvées, qu’elles soient structurelles ou politiques, qui minent lentement le système !

 

Et pourtant, l’optimisme reste de mise devant la fantastique organisation économique qui s’est mise en place patiemment depuis quelques dizaines d’années et qui semble réguler le système.

 

Son action rabote les pics et les creux et on doit se réjouir que des événements de l’ampleur de l’effondrement des tours du W.T.C., de la guerre d’Afghanistan et de l’avènement de la monnaie unique européenne malgré le chômage qu’il provoque à cause des regroupements d’affaires, aient pu être contrôlés d’une manière aussi satisfaisante, bien que dangereusement compromis par des crises structurelles comme celle que nous subissons actuellement.

 

C’est dire toute la complexité d’une réflexion qui porte sur la philosophie de deux époques : la nôtre avec la maturité précoce de sa jeunesse de guerre qui assumait très tôt des responsabilités lourdes et contraignantes et celle de ses descendants qui, tout en étant confrontés à un instrument économique aussi élitiste, sont fragilisés par un système qui prône avant tout le confort et le loisir.

 

Cette longue parenthèse pour mieux faire comprendre la mentalité de notre petit couple qui a sacrifié quinze mois d’intimité conjugale à laquelle il aspirait et que son option philosophique ne lui permettait pas d’assouvir en dehors des liens sacramentels du mariage.

 

Ces quinze mois d’ascèse physique cruelle, il se l’est imposé par « devoir filial », notion surfaite de nos jours.

 

D’une part, nous avons voulu ménager nos parents qui des deux côtés venaient de subir le « choc » du mariage des deux aînés d’un côté et de mon frère Pierre de l’autre et d’autre part, nous nous étions imposé un « point d’honneur » ou d’orgueil si vous voulez, d’économiser des fonds suffisants pour faire face à tous les frais de mariage et d’équipement ménager. Quant au mobilier, il sera acquis grâce au financement d’un prêt à tempérament, remboursable en deux ans.

 

Ces quinze mois de « fiançailles » furent longs, longs et interminables… Mais ils furent riches d’investigation profonde dans l’intimité de notre sensibilité, à la découverte de la profondeur et du respect de l’autre.

 

Avec le recul du temps, quand nous en parlons, nous en concluons que cette longue attente nous a permis de révéler, en l’approfondissant, un sentiment supérieur qui sera le fondement le plus durable de notre union.

 

Ce jour tant désiré, finit tout de même par venir. Il était subordonné à la libération par ses locataires d’une petite maison, située à quelques dizaines de mètres de celle de mes futurs beaux-parents.

 

Ceux qui l’occupaient l’avaient louée provisoirement en attendant que le bien qu’ils faisaient construire soit habitable. C’est dire le jeu de « chaises musicales » qui détermina la date de notre mariage ainsi reportée de semaine en semaine.

 

{4} Finalement, le 26 décembre, lendemain de Noël, s’imposa pour de multiples raisons, dont l’essentielle  fut ma disponibilité professionnelle.

 

Ce sera d’ailleurs toujours ainsi tout au long de ma vie. Ma douce aimée, comme la plupart des compagnes de ceux qui font carrière, sera toujours à mes côtés pour subordonner son confort et la vie familiale aux impératifs de mon métier.

 

En période de fin d’année avec les clôtures de bilans, les trois jours de congé que je me suis autorisés, avaient l’avantage de se situer dans une période d’euphorie générale et de ralentissement des activités professionnelles bien caractéristique.

 

Ce jour qui voit s’officialiser civilement et religieusement, dans nos civilisations judéo-chrétiennes, l’union de deux êtres par le mariage, se leva enfin.

 

A l’époque, et dans l’état d’esprit dans lequel je me trouvais, il prenait une importance symbolique, sacramentalement essentielle, qu’on ne lui accorde plus autant de nos jours.

 

La réjouissance festive et folklorique a pris le pas, s’il ne l’annihile pas, sur la solennité d’un engagement religieux au caractère fondamental de lien sacré indissoluble.

 

Ici encore, je ne m’impose pas en censeur d’époque, mais tiens à relever les différences rendant celle que j’ai vécue exagérément contraignante.

 

Très tôt, ce matin-là, avant de me lever, je pris conscience de l’importance de cette date officielle de l’engagement d’un couple dans la vie et me mis à rêver.

 

Optimiste et entreprenant, je me voyais réaliser de grandes choses : une grande famille, une belle carrière, une œuvre poétique, mais surtout un grand amour. J’ai réalisé tout ça : ce livre en est le témoignage.

 

Je me rendis chez elle pour la prendre à mon bras et sortir de sa maison comme c’est la tradition.

 

Elle était radieuse, une petite flamme dans les yeux. Nous nous regardâmes longuement comme si c’était la première fois.

 

Attendri, le miroir du hall reflétait notre image embellie de profondeur en demi-teintes comme pour en garder toujours le souvenir.

 

Le passage obligé à la maison communale nous replongea dans la réalité administrative d’un acte qu’un échevin nous a lu d’une voix monocorde et que nous avons écouté poliment.

 

Et puis ce fut un nouvel enchantement. La neige se mit à tomber légèrement en pétales blancs qui se posèrent délicatement sur nous pendant les quelques instants qu’il nous fallut pour entrer dans l’église.

 

Le curé de la paroisse que nous aimions bien nous accueillit et nous précéda pendant que s’élevaient dans la majesté des voûtes des accords que le Père Charles, franciscain, ami de la famille de celle qui s’appuyait comme un souffle léger sur mon bras, faisait retentir avec tout son talent de grand musicien.

 

Ces moments seront toujours émerveillement dans notre histoire d’amour.

 

Nous avancions solennellement avec devant nous, se rapprochant lentement, le chœur de l’église dans toute sa décoration somptueuse de Noël.

 

Des fleurs, blanches surtout, sur et autour de l’autel, des sapins pleins d’étoiles et au centre, dans les tulles et les roses blanches, les personnages principaux de la crèche d’une grande simplicité dans leur blancheur monochrome.

 

L’oncle Paul avait accepté d’être le célébrant. Le curé de la paroisse qui était un homme merveilleux de bonté, intime de la famille, administra le sacrement du mariage.

 

Monseigneur Boone, doyen de Bruxelles, devenu un ami, assistait dans le chœur à la cérémonie et le Père Charles, au jubé, faisait chanter doucement les orgues pour mieux encore graver dans nos cœurs toute la poétique profondeur d’instants sublimes.

 

Maintenant encore, plus de cinquante ans plus tard, nous nous penchons avec émotion sur cette belle page de notre passé qui « sacralisera » un amour qui se veut éternel.

 

Ces emportements lyriques en surprendront plus d’un, peut-être jusqu’à l’incompréhension. Qu’ils nous pardonnent alors ces accents qui sont sans doute « ringards » de nos jours !

 

Après la cérémonie, ce fut la traditionnelle sortie, avec les « vivats », le riz porte-bonheur, les photos et le retour dans les voitures. C’étaient de belles limousines noires louées avec chauffeur, avantage obligé de l’époque où seules les familles bien nanties disposaient de voitures privées.

 

Le curé de la paroisse, toujours obligeant et en reconnaissance des services rendus par mon épouse, nous avait cédé le local des fêtes pour la réception.

 

Avec l’apéritif, nous avons fait sensation en servant en amuse-bouche les premiers « œufs de lump », faux-caviar qui venait de sortir des magasins spécialisés.

 

Le repas de circonstance pour une vingtaine de proches, eut lieu dans un restaurant du centre de la ville, dans une très bonne et affectueuse ambiance familiale.

 

Le « voyage de noces » ou « tour de noces » comme cela se disait aussi, se limita à une nuit d’hôtel au centre de Bruxelles, un repas léger dans un petit restaurant et un film dans un cinéma, un rien luxueux.

 

Nous avions surtout hâte de regagner un nid qui venait tout juste de se libérer, nos fameux locataires provisoires l’ayant finalement occupé jusqu’à la veille de Noël.

 

Ce soir-là, nous nous retrouvâmes, enfin seuls, dans le cadre déroutant d’une chambre d’hôtel.

 

Une fatigue immense nous enveloppait de ses lourdes brumes. Nos corps étaient lumineux et beaux, étendus sur une couche blanche, éclairés des seuls rayons de la lune et des lumières que la ville faisait courir sur nous.

 

Nous nous endormîmes comme deux enfants sages, enivrés de bonheur, émerveillés d’une étreinte que révélaient nos corps dénudés.

 

Le bonheur est un jour,

Un jour de prière,

Un jour de lumière,

Le seul jour de toujours.

 

Le bonheur est l’amour

L’amour dans l’ultime

L’ultime des deux cœurs

Qui s’aimeront toujours.

 

Le bonheur est un rêve

Un grand rêve d’infini,

D’infini de l’intime,

En sa soif de sublime.

 

Le bonheur est la joie

De deux âmes folles

Qui se joignent avides

De corps qui s’affolent

 

Le bonheur n’est pas sage :

Le bonheur est passion.

Il est dans les nuages

Pour perdre sa raison :

C’est dans les nuages

Que le bonheur est fou.

 

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Prémonitoire, le poème qui va suivre fut écrit à cette époque ; il pourrait figurer, en fin de cet ouvrage, en chant de reconnaissance à la vie pour ce parcours d’amour et d’exaltation élevée qui fut nôtre. J’ai pensé aussi qu’il devait conclure ce chapitre central de notre existence en lui donnant la place qui lui revenait.

 

AU SOIR DE NOS VIES.

 

Ô ma douce !

Tu es le jasmin

Qui s’endort,

Pendant que j’écoute

En mon sang

S’égrener mes accords,

Grelotter mes sarments

En clochettes de campanules.

 

J’écoute, ô ma douce !

Ô toi que j’idolâtre,

S’enfuir dans le temps,

Très haut, très près de l’âtre

Nos grands rêves éveillés

Et nos deux vies accolées

En deux cœurs frémissants,

Plus vrai que la folie

De nos corps languissants.

 

J’écoute, ô  ma source !

Quand, au soir de nos vies,

Tous deux près d’un arbre saigné,

Aussi ridé que nos fronts,

Aussi noueux que nos doigts

Et tremblant comme sa cime,

J’écoute nos mercis échangés

Pour ce long, très long jour

De nos deux âmes enlacées,

Pour ce long, très long jour

De notre grand, si grand amour.

 

Ecoute, ô toi que j’aime

Tous nos mercis échangés

Pour le bonheur reçu,

Pour le bonheur donné,

Ecoute encore

Près du vieux chêne usé

Notre tout dernier serment

Et le murmure

De notre tout dernier amour.

 

Ecoute-les au crépuscule

Dans le silence de la nuit,

Dans le silence de l’infini.

 

 

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