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12/01/2010

Ch. 13 - Surréalisme et merveilleux

 

 

Récit détaillé d’un long cheminement de recherche

d’une vérité sur la motivation d’exister

et la valeur de nos croyances

 

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Propos d’un octogénaire provenant

d’un milieu foncièrement chrétien,

élevé dans cette foi et en ayant bénéficié

de tous les avantages, mais subi les contraintes,

et qui a consacré les dix années

qui viennent de s’écouler à

s’interroger sur les motivations d’exister

et la valeur des croyances.

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Les 850 pages de l'ouvrage seront publiés par blog

d'environ 25 pages, deux fois par semaine.

Ceux qui voudraient « naviguer » dans les pages du texte

pour en avoir un « aperçu » peuvent utiliser le curseur

qui fera défiler les repères entre petites accolades  { }

situés au début de certains paragraphes

et ainsi trouver rapidement un passage

suivant les repères { } situés en début de chapitre.

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(Ceux qui désirent consulter la table complète des "repères" cliqueront sur "Table matières, dans notes récentes, sous le calendrier)

 

 

AVERTISSEMENT : Que le lecteur, soucieux de discrétion, ne s’étonne pas d’un déballage de sentiments et faits personnels aussi intimes et détaillés. Ils ont été dictés par le souci d’apporter de l’espoir à ceux qui sont « un genou à terre » parce qu’écrasé par le malheur et même « les épaules au tapis » de la défaite et du désespoir, en leur communiquant l’enthousiasme de vivre et la valeur réconfortante du rêve. Il a permis à l’auteur de ces lignes de retrouver le bonheur chaque fois qu’il l’a perdu, malgré les avatars d’une vie particulièrement douloureuse et difficile. Les faits sont scrupuleusement exacts et les nombreux témoins ou acteurs cités qui en ont pris connaissance, peuvent en témoigner s’ils sont encore en vie. D’autre part, cette « impudeur » des sentiments lui a cependant été imposée par la nécessité de bien développer le contexte environnemental qui lui a permis de tirer les conclusions finales personnelles qu’il ne demande à personne de partager : il s’avoue agnostique par loyauté de pensée avec l’athéisme comme hypothèse de réflexion.

 


Chapitre 13 : Surréalisme et merveilleux .

TABLE DES REPÈRES DU CHAPITRE : {13.1} Avec le cousin Jim, nous compulsons et découpons les articles des journaux qu’un locataire journaliste abandonnait dans la cave - C’est ainsi que j’ai découvert {13.2} Dali, puis {13.3} Magritte, Delvaux et les surréalistes - {13.4} Rencontre avec Magritte dans son « local-exposition » au-dessus d’une librairie au Mont-des-Arts - {13.5} Définition du « merveilleux » par André Breton - {13.6} Les impressionnistes, le pointillisme, {13.7} le dadaïsme, {13.8} le fauvisme, {13.9} le cubisme et {13.10} les autres manifestations du renouveau dans l’art - {13.11} Mon surréalisme dans la poésie -

 

{13.1} J’aimais flâner chez les bouquinistes qui, à Bruxelles, s’étaient regroupés dans deux galeries du centre de la ville. Les livres se trouvaient étalés sur de grandes planches supportées par des tréteaux.

 

Un fatras incroyable de bouquins, entassés les uns sur les autres ou parfois, s’ils avaient un peu de valeur, bien alignés, campés sur la tranche de telle manière qu’on puisse en lire facilement le dos. Sous les étals, de-ci de-là, des caisses pleines s’offraient à l’inventaire des amateurs plus courageux.

 

J’y ai passé des heures fantastiques, pas du tout rebuté par la mine jaunie, sale et peu avenante de la plupart qui étaient les seuls que mes petits moyens financiers m’autorisaient.

 

Eh oui ! Mon pécule de poche était bien maigre : mes pauvres parents ayant tant de mal à couvrir les frais de maladie de leurs deux aînés, je devais limiter mes envies à très peu de choses.

 

Aussi je prenais beaucoup de notes que je griffonnais à la hâte sur le dos vierge d’emballages non utilisés de savon « Lux », que mon père ramenait de la savonnerie qui l’employait. J’économisais ainsi fiches et blocs-notes, les articles de papeterie étant coûteux à l’époque.

 

En ai-je passé des heures devant ces tables ! Les bouquinistes finirent par me connaître, tolérants mais un rien agacés par les investigations d’un client sans le sou, les doigts encrassés par des manipulations de vieux papiers dégoûtants.

 

Terrain en friche, ma culture naissante était avide de savoir et j’emmagasinais tout ce que je trouvais… Tout m’intéressait et je n’étais indifférent à rien…

 

Comme je n’avais pas beaucoup de mémoire, j’étais contraint de me constituer une documentation la plus vaste possible et surtout bien organisée pour trouver rapidement l’information que je recherchais.

 

Quand j’étais employé par l’oncle, vendeur d’électroménager, j’avais fait partager ma passion du classement à son fils Jim, mon cousin.

 

Ayant dégoté chez mes bouquinistes un petit ouvrage publié à Bruxelles sur la classification décimale universelle (CDU), nous avons pu, grâce à cette technique, bénéficier de l’avantage d’un classement modulable et extensible à l’infini.

 

Aussi nous rivalisions d’astuces pour diversifier nos sources d’investigation, pris de frénésie encyclopédique et de concupiscence intellectuelle.

 

Chez son père, dans les caves, nous avions découvert une mine d’or de la documentation, variée à souhait, en provenance d’un locataire de leur maison, journaliste au journal « Le Soir », qui ramenait régulièrement des journaux et revues de tous genres qui échouaient après consultation en tas immenses en attendant leur élimination.

 

En avons-nous passé des heures à fouiller ces trésors, ciseaux à la main, émerveillés des trouvailles insolites, incroyables ou stupéfiantes qui se révélaient à nos yeux brillants de convoitise !

 

C’est ainsi que je rencontrai Magritte, Delvaux et les surréalistes. Rome et Florence m’avaient fait découvrir le monde de l’art. Depuis, esprit frondeur, contestataire comme il se devait à dix-neuf ans, j’étais attiré par tout ce qui me sortirait des sentiers battus.

 

Mes sources de documentation très éparses (les bouquins que le hasard jetait sur les éventaires et les articles de journaux, subordonnés à l’inconséquence des événements ou la fantaisie des journalistes) ne m’autorisaient qu’une approche fragmentée des domaines que j’aurais voulus investiguer.

 

{13.2} Dali m’avait déjà intrigué. Il y avait quelques beaux ouvrages sur son oeuvre, mis en valeur chez les marchands, avec de splendides reproductions pour l’époque. Mais mes moyens ne m’en permettaient pas l’acquisition. Je me contentais donc de les parcourir à chaque occasion.

 

Les trouvailles picturales du grand Catalan que j’avais ainsi pu lorgner à la « sauvette », correspondaient assez bien à la vision intérieure d’un monde que je commençais à ressentir.

 

Mes dédoublements m’avaient introduit dans l’univers de l’étrange. Mon subconscient y recherchait ses marques. Je retrouvais chez ce peintre de l’étrange des rythmes familiers tout en éprouvant un certain malaise : le fantastique de ses constructions ne correspondait pas du tout à ma vision paisible d’un monde intérieur qui était davantage en harmonie avec le réel.

 

J’aimerais traduire ce débat intérieur inconscient qui me tourmentait mais qu’avec le recul du temps, je peux mieux maintenant décrypter en analysant ses conséquences.

 

Comme tout jeune qui cherche à se singulariser, les démarches en dehors des sentiers battus du classicisme m’attiraient et j’étais prêt à m’emballer pour toute vision picturale moderne quelle qu’elle soit.

 

Aussi ma perception « furtive » de Dali, dans l’inconfort des tables des bouquinistes, s’avérait-elle étrange et déconcertante. Ma mémoire visuelle peu performante ne me restituait qu’une vision transformée de ce qu’elle avait gardé.

 

A telle enseigne que je me suis composé un univers dalinien personnel mieux en accord avec ma vision subconsciente du monde de l’étrange et de l’irrationnel, tel que je le créais ou qui s’imposait à moi dans mes « rêves éveillés ».

 

Dans un premier temps donc, mes dédoublements s’enrichirent de la fantaisie et des couleurs « chromos » d’un génie, contesté dès 1939 par les surréalistes lorsqu’il succomba aux sirènes commerciales américaines, jetant le doute du sérieux et de la sincérité des œuvres qui suivirent.

 

{13.3} Un jour, je découvris dans les journaux quelques articles sur un surréaliste belge, René Magritte, avec quelques mauvaises reproductions de tableaux en noir et blanc.

 

Je fus d’emblée conquis. Sa vision picturale correspondait idéalement au décor de mes rêves : l’insolite dans le cadre du quotidien.

 

Loin du délire dalinien, je trouvais l’apaisement de la suggestion picturale des choses exactement reproduites et une interrogation philosophique relative à la perception sensorielle des images.

 

{13.3} A la même époque, les journaux me révélèrent Delvaux dont les nus glacés m’obsédaient, comme un mauvais rêve.

 

{13.4} Dans les coupures de presse que je classais méthodiquement, il était signalé que Magritte exposait au premier étage d’un magasin situé au Mont des Arts , endroit qui a été transformé depuis en haut lieu bruxellois de l’expression artistique sous toutes ses formes.

 

A l’époque, en 1948, une petite rue grimpait en serpentant du bas de la ville jusqu’à la Place Royale, jouxtant le palais du Roi. Au haut de cette rue, se trouvait une petite librairie avec à l’étage un local loué par des peintres.

 

C’est là que j’ai rencontré un Magritte très simple et très gentil qui y présentait quelques-unes de ses toiles et qui m’accueillait gentiment, acceptant de discuter avec un jeune potache.

 

J’étais alors loin de me douter de la notoriété qu’il acquérrait de nos jours et de la valeur prodigieuse qu’atteindraient ses tableaux.

 

A l’époque, il ne fallait débourser qu’environ cinquante euros (l’équivalent d’un petit salaire mensuel d’employé) pour la plupart de ses œuvres. De toute façon, il n’était pas question que le pauvre diable que j’étais alors puisse s’offrir ne fût-ce que le dispositif qui le maintenait au mur.

 

Ma rencontre avec ce surréaliste belge fut déterminante dans l’évolution de l’expression de ma pensée lyrique : je me sentais en symbiose « technique » avec lui, ma démarche étant lexicale au lieu d’être picturale.

 

Je choisissais sur ma palette de mots le plus coloré ou le plus chantant comme le peintre le fait avec ses couleurs.

 

Mes tout premiers vers déjà étaient en quête de trouvailles littéraires et de vocabulaire insolite, placés dans une construction poétique classique.

 

Depuis cette époque, et maintenant encore, je m’interroge sur l’influence que le mouvement surréaliste a pu avoir sur un style qui s’est inconsciemment imposé à moi dès mes premiers essais poétiques.

 

Au départ, George fut mon seul maître : il a toujours écrit des poèmes courts, des « flashs» de quelques vers, qui suscitaient, par association originale de mots, des effets de surprise qui ravissaient. Inconsciemment, j’ai cherché, comme lui, des trouvailles qui surprennent.

 

Son ascendant sur ma pensée poétique est incontestable. Il m’a donné ce goût de jouer avec les mots, de leur trouver des utilisations originales ou des associations étonnantes.

 

Parfois ses yeux s’éclairaient et de jolies choses sortaient de sa bouche, malheureusement perdues parce que non écrites.

 

Par la suite, j’ai essayé de faire en poésie ce que Magritte faisait en peinture : des mots ou des vers qui détonnent dans un habillage conventionnel.

 

Cependant à l’instar de ce grand du surréalisme, je recherchais avant tout l’harmonie et m’efforçais de donner un sens profond à une démarche qui faisait appel aux données subconscientes de chacun.

 

Dès le plus jeune âge, ce qui s’est surtout imposé à moi et en moi, c’est le sens du « merveilleux » que j’ai développé dans mes « rêves éveillés ». Aussi quel terreau lyrique idéal devenait cette faculté que j’avais inconsciemment perfectionnée !

 

{13.5} Que dit le dictionnaire de ce merveilleux pris dans le sens qui nous occupe ? Il tient de l’extraordinaire, de l’inexplicable et de l’intervention d’êtres surnaturels propres au développement d’histoires imaginées en dehors du réel. (donc dans un monde que nous créons en utilisant nos fonctions cérébrales).

 

André Breton, chef de file et grand théoricien du surréalisme, donnera, à mon sens, la meilleure définition du merveilleux et de sa relation avec le beau : « Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau ».

 

Je souscris volontiers à pareille définition en ajoutant que le beau ne peut se concevoir que s’il est merveilleux et qu’il nous atteint au plus profond de notre sensibilité. La perception du beau, elle est innée ou elle résulte d’une culture affinée dans ce sens.

 

Quant à l’influence du surréalisme sur mon travail, je tiens à préciser avec modestie que je ne me sens aucune affinité pour cette école, si ce n’est la même attirance pour le fantastique, l’imaginaire et le rêve mais dans un registre qui se veut conscient et dirigé.

 

J’ai longuement expliqué plus avant, comment, accidentellement, Dali m’avait servi de tremplin vers autre chose que j’ai davantage trouvé chez Magritte.

 

Comme tout individu désireux de parfaire sa culture, je me suis documenté sur les diverses écoles qui se sont manifestées depuis les impressionnistes ainsi que sur leurs représentants les plus marquants.

 

Bien entendu, en parallèle de cette investigation culturelle, par la suite, je me devais d’approfondir la démarche de certains mouvements artistiques et littéraires qui m’interpellaient en raison de la mienne, ainsi que leurs représentants les plus marquants.

 

{13.6}C’est ainsi qu’après l’investigation culturelle obligée mais enthousiasmante chez les impressionnistes (Degas, Manet, Monet, Renoir, Pissarro, Sisley et les parallèles Seurat, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Cézanne, Gauguin, Van Rysselberghe, de même que certaines expériences picturales comme le pointillisme ou divisionnisme de Seurat, Cros, Signac,…), j’ai tenté de comprendre l’aventure éclectique vécue par ceux qui dès la fin de la première guerre mondiale ont bouleversé toutes les données dans le domaine des arts plastiques et surtout de la peinture.

 

{13.7} L’expérience dadaïste m’intrigua, bien entendu, mais je partageais le scepticisme de ceux qui n’y voyaient qu’une manière de se singulariser. La démarche négative de ses représentants me paraissait tenir plus d’un besoin de notoriété par le scandale.

 

Pourtant, ce mouvement a marqué profondément la culture esthétique des années 1916 à 1922. Aussi bien en littérature qu’en art, il interpella tous les grands de l’époque. A tel point que Tristan Tzara (roumain, réfugié en suisse), fondateur du mouvement, lorsqu’il s’installa à Paris en 1920, fut considéré comme un messie par André Breton, Louis Aragon, Philippe Soupault et Paul Eluard…( excusez du peu !).

 

Cependant cette manifestation de l’anti-art tel que Tzara l’avait lui-même qualifié, qui ébranla tellement les intellectuels de l’époque, fit long feu et à partir de 1922, fut remplacée par d’autres mouvements ou écoles.

 

{13.8} Ainsi lui succéda le fauvisme de Matisse. Lors d’un salon parisien de 1905, dans une salle où étaient exposés des tableaux du célèbre peintre de Saint-Tropez et de ses sympathisants, un critique se serait exclamé en apercevant, au centre, la présence incongrue d’une statue genre renaissance italienne : « Donatello chez les fauves ».

 

L’appellation resta au mouvement qui avait déjà débuté avant 1900 et auquel appartenaient Rouault, Marquet, Vlaminck et qui ne laissa pas indifférents tant d’autres tels  Signac, Van Dongen, Derain, Dufy et même Braque.

 

{13.9} Quant au cubisme, mouvement intellectuel et radical, qui suivit le fauvisme dans les années 1907-1909 et dont le chef de file incontesté fut Picasso, il me laissa, de prime-abord, perplexe et méfiant, surtout quand ses représentants les plus marquants (Picasso et Braque entre autres) en vinrent aux collages.

 

Il faut cependant reconnaître que leur démarche contribuera au renouveau et au progrès de ce qu’il y a de plus subtil, de plus élevé et de plus sublime dans les manifestations humaines de l’intelligence abstraite : ses créations artistiques et littéraires.

 

{13.10} Aussi me suis-je rapidement découragé devant la complexité des interrogations de ces mouvements ou écoles et le caractère expérimental de leurs réponses réservées, me semblait-il, surtout aux experts et professionnels de l’histoire et de la culture. D’autant que bien d’autres depuis s’y ajoutèrent : art minimal, art pauvre, pop art, art conceptuel, art abstrait, etc.

 

Contrairement à l’emballement qui avait suscité en moi enthousiasme et lyrisme pendant le voyage à Rome et Florence, je n’éprouvai plus qu’un intérêt « intellectuel » pour l’art et ne ressentis plus ces « envolées mystiques » qui me transportaient alors.

 

{13.11} Mon « jardin secret » devenait littéraire. Mon lyrisme, faute de pouvoir s’exprimer avec pinceau, ciseau, argile ou instrument de musique pour lesquels je n’avais vraiment aucune attirance, ni qualité, se cantonnait à l’expression écrite sous toutes ses formes, la poésie en étant l’aboutissement suprême.

 

L’expression poétique deviendra idéalement l’espace qui convenait le mieux à mes aspirations lyriques.

 

Le mot, dans la phrase, s’est révélé le matériau idéal pour exprimer ce que je ressentais, mais en l’intégrant dans la structure rythmée du vers, renforcé souvent par la musicalité des rimes (souvent limitée à l’effet sonore) ou l’harmonie des strophes courtes de six à huit pieds, tout en privilégiant cependant la spontanéité et la richesse du vers libre.

 

Les poèmes qui vont suivre feront mieux comprendre cette tentative personnelle de traduction de l’émotion culturelle. Ce sera, si on veut, mon « surréalisme » à moi, dans l’esprit de Magritte qui m’a toujours enchanté.

 

Mon grand bateau blanc.

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Perles d’étoiles sur l’eau,

Papillons plein les yeux.

C’est surtout ton bleu

Que je voyais sur mes plages.

Bleu d’océans avec écume

Aux lèvres d’océans

Gloutons de plage.

 

J’ai vu des rives

Qui passaient lentement

Pendant que je somnolais

Sur mon grand bateau blanc.

 

Des oiseaux d’ailes dentelées

S’éparpillaient sur fond de brume

Et les genoux de mon aimée

Pressaient au creux de mes vagues.

Montait en moi un long murmure

Dégoulinant de lèvres assoiffées

Et pesait en mon âme enfiévrée

Une mèche palpitante et dorée.

 

J’ai vu des rives

Qui passaient lentement

Pendant que je somnolais

Sur mon grand bateau blanc.

 

J’ai promené mes nuages

A coup de pinceaux tranchants.

Je regarde mûrir mes tombes

Et déjà tes paupières tombent.

La moiteur de mes nuages

Qui sont si blancs, qui sont si gris

Font gémir, grêles et tremblants

Mes oiseaux blancs, mes oiseaux gris.

 

J’ai vu des rives

Qui passaient lentement

Pendant que je somnolais

Sur mon grand bateau blanc.

 

Les voix sont des murmures

Qui hantent mes châteaux blancs

J’y verrai des hirondelles

Assoiffées, le long des créneaux,

Palpite leur ventre

Le long de mes désirs :

Je couvrirai l’azur

D’un long soupir d’ennui.

 

J’ai vu des rives

Qui passaient lentement

Pendant que je somnolais

Sur mon grand bateau blanc.

 

J’ai vu des pas sur le sable

Et des mouettes avec du sang.

J’ai mis les mains sur tes épaules

En entendant passer ton chant.

Les mouettes hurlaient de rage,

Lancinantes en tournoyant,

Mais ton chant faisait nuage,

Nuage tout gris, nuage tout blanc.

Mon âme devenait folle

Quand tout ce ciel perdait son sang.

 

J’ai vu des rives

Qui passaient lentement.

J’ai vu des rives

Qui fuyaient subitement.

J’ai vu des rives,

Des rives qui dérivent.

J’ai des rives, des rives

Dérivent les rives,

Pendant que je meurs

Sur mes rives

Et dérive mon grand bateau blanc.

 

Ces vers de spleen langoureux ne sont ni joyeux ni tristes. Ils évoquent une soirée de canicule, étendu dans la moiteur d’une nuit lourde qui s’installe, avec un verre de boisson fraîche et la fatigue des mauvais jours.

 

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Le suivant ne sera guère mieux quant au ton, mais exprimera des rêves exotiques de grands espaces dans des ciels roux qui écrasent lourdement la nature et les êtres, tout en battant un chœur de tam-tam.

 

Mélopée des soirs africains.

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Mourante est la mélopée

Des soirs africains.

Tremblant, le palmier

Dans ta nuit turbulente

Quand ma tête cogne la tienne

Dans un chœur lourd de tam-tam.

 

Des sagaies saignent le ciel

En zébrures de sang noir.

La moiteur de mes paumes

Sur tes tempes enflammées

Fait palpiter le flot grondant

De ton sang lourd, de ton sang gris.

 

Un lac en chaleur

Déchire ses écharpes

Dans la brume des marais lourds

Tandis que nos peaux se succionnent

De sueur enfiévrée.

 

L’okapi d’un autre age

Est mal dans sa peau d’âne.

Le lion baille sa faim,

Traînant sa solitude

 

Je rêve d’eau fraîche

Et les lèvres fendues,

Je vois papillonner tes yeux,

Creuser tes sillons de chair.

 

Nous sommes damnés

Au trou de nos tombes

Que nos cœurs vrillent

Tout enlacés.

 

Pardon pour les trahisons au dictionnaire. Mais rien ne pouvait remplacer les peaux qui se succionnent.

 

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Le cerf d’automne et des brumes avec son brame qui hérisse le poil et donne le frisson, s’impose à mes pensées quand, assis au coin d’un feu de bois, je suis ensorcelé par les incantation du mage que révèlent les braises.

 

LE CERF DES BRUMES


Des échelles de bois

Gravissaient les sentes

Et des pins en émoi

Dévalaient les pentes.

 

Un feu noir grésillait

En toussotant un peu.

Les brumes s’envoyaient

Des volutes en jeux.

 

Le cerf aux yeux d’enfer

Mangeait les nuages

Créés par le mage

Qui sortait de la terre.

 

Le vieux mage des brumes

Entraînait le cerf

Dans son étang qui fume

En manteau d’hiver

 

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Après ces envolées tourmentées, voici venir la fraîcheur des clochettes printanières et la ferveur chaude et passionnée de l’été.

 

LES JOYAUX

Il y a près de l'eau

qui ferme les paupières

Un petit enfant beau

Qui joue avec des pierres.

 

Il y a au perchoir

Un petit oiseau bleu

Qui chante encore un peu

La tendresse du soir.

 

Il y a au coteau

Un gracieux faon avide

Dont l’insolent museau

Caresse un ventre humide.

 

Il y a sur les cimes

Des carrosses brillants

Qui pétillent et s’animent

Dans le grand firmament.

 

Il y a dans les mousses

Les deux enfants de l’ homme

Qui s’animent et se troussent

Réveillés de leur somme.

 

Il y a la chair chaude

De leurs saignantes lèvres

Qui rougit et taraude,

Leurs corps remplis de fièvre

 

Il y a le bleu azur

De ciels d’ouate tachés

Pour oiseaux de braises dures

Tressant des palmes dorées

 

Pour les petits des hommes

Qui s’aiment et s’enflamment,

Les yeux en oriflamme,

Couchés dans l’atrium.

 

Ils s’aiment et s’étreignent

En brûlant des tisons,

Pour marquer leur blanche forme

Et leur tendre laiteuse pâleur

De fièvre d’amour,

D’amour et de rêves,

De rêves et de rires,

De rires et de chant,

De chant et de plaintes,

De plaintes aux soupirs,

De soupirs aux regards,

Regards aux regards,

Lèvres aux lèvres,

Lèvres et regards,

Regards hagards,

Qui s’égarent

Sans égards.

 

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Enfin, dans un registre plus grandiose d’apothéose du lyrisme, voici les grandes orgues dans le bleu des lacs, le blanc des cygnes et le feu rougeoyant des braises d’été.

MON LAC AUX CYGNES

 

Dans un si grand lac d’or

Dorment en rêvant encor

Mes longues pensées bleues

Que de grands beaux cygnes

Traversent et transpercent

De flammes immaculées.

 

Ma couverture de vague

Étend sur ma berge,

Mes longues pensées bleues.

Sommeillent et rêvent en moi,

De grands beaux lents cygnes

Qui griffent l’eau de mon âme.

 

J’ai découvert un lac

Qui pleurait tristement.

Mais ses rives étaient blanches

De son écharpe de cygnes.

Et de nénuphars blancs.

 

J’ai pris l’oiseau de feu

Qui a bu dans mon lac

Et puis s’y est baigné.

Mon lac était tout blanc

De son blanc de vagues,

De vagues et de cygnes.

 

Mon lac a pris le voile

Dans sa cathédrale

De voûte d’étoile

Et les oiseaux de feu

Se sont tous envolés

Comme des braises d’été.

 

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Commentaires

Peu de temps pour tout lire, cher Doulidelle, ici - le monde des "longues pensées bleues" - ou ailleurs, mais le blog permet de remonter le temps, c'est formidable, de découvrir et d'y revenir.
Tu sais que j'ai d'autres projets, hors de la blogosphère, qui m'occupent actuellement, sans compter les petits soucis de saison, et la famille, et les amis...
Merci pour tes fidèles et généreux commentaires sur "Textes & Prétextes".

Écrit par : Tania | 14/01/2010

Chère Tania, je réalise très bien tes difficultés d’un calendrier particulièrement chargé, surtout avec six mois d’intenses préparatifs à un déménagement … aussi mon regret de solitude ne te concernait-il pas … Quant à l’assiduité de mes interventions et le sérieux de mes analyses, ils sont surtout dus à une nécessaire « mise à jour » de ma culture « disparate » qui en a bien besoin et ton blog en est l’outil idéal tellement il est bien documenté …

Écrit par : doulidelle | 14/01/2010

Les surréalistes, tant en peinture qu'en littérature ont toujours provoqué en moi de grandes émotions. Aussi je vous remercie de nous conter "votre surréaslime".
A bientôt Doulidelle.

Écrit par : colo | 17/01/2010

Chère Colo, Merci encore pour votre appréciation de mon travail et la régularité de vos interventions ... Comme chez vous le surréalisme en écriture m'a procuré d'intenses satisfactions ... et tant de réconfort dans les périodes "d'effondrement" de mon existence ... Voir tout le chapitre suivant et la fin de Chlorophylle

Je vous signale que je saute le chapitre suivant pour laisser la place à une "supplique" en faveur des victimes du massacre d'Haïti avec une proposition constructive que le comptable fiscaliste que je suis toujours propose pour apporter des moyens importants avec un tout petit effort ...

Écrit par : doulidelle | 18/01/2010

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