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05/09/2008

RÉPONSE Á MON FRÈRE DU NORD

RÉPONSE Á MON FRÈRE DU NORD AVEC PUBLICATION DE SA LETTRE. (Ouverture d’un débat entre gens de bonne volonté à la recherche d’une vérité historique à la base d’un malentendu entretenu par ceux qui cherchent la division du pays.

J’ai grandement apprécié « la vraie histoire de la Belgique et des deux frères » que Monsieur Lemmens a rédigée en récit allégorique, très convaincant d’une frustration devenue quasi atavique chez nos « frères flamands », tellement elle a été entretenue d’un côté comme de l’autre, par ceux qui cherchent l’éclatement du pays.

J’en suis resté longtemps songeur et j’ai mesuré avec angoisse la profondeur du fossé qui se creuse entre nous. Cette intervention interpelle par ses accents justes, mais douloureux. Cependant, elle révèle l’étendue de l’énorme malentendu qu’entretiennent ceux qui cherchent la mésentente entre nos communautés dans une intention séparatiste. Aussi je me suis permis de reprendre, en italique, le récit allégorique de ce Flamand tellement sincère, en le faisant suivre de ma version, allégorique également, de ce qu’il me semble être la relation exacte des faits, Wallon de Bruxelles depuis septante ans, observateur attentif particulièrement sensible aux problèmes de confrontation dans ce creuset de nos deux cultures,

Pendant une trentaine d’années, chef du personnel en charge des relations humaines dans le centre de recherches de ce qui fut, à l’époque, le plus gros groupe industriel et financier de Belgique, je me plais à signaler que les rapports entre nos cultures furent toujours empreints de la plus grande courtoisie, voire même d’une très grande chaleur amicale et avouer avec humilité et justice que cet état d’esprit résultait plus de la gentillesse des gens du Nord que de la bonne volonté des gens du Sud.

Dans cet état d’esprit, je voudrais donc reprendre, ci-après, le texte de la fable allégorique que Monsieur Lemmens a imaginée en utilisant le style coloré de la parabole. Je me suis permis de le faire suivre de la version que je veux défendre.

Il y a longtemps, il y avait un homme qui était le père de deux enfants, Jef et François. Le père favorisait François qui, à ses yeux, était supérieur à Jef et il n'hésitait pas à le dire, et François qui grandissait dans ce milieu, commençait à le croire lui-même. Quand il y avait du travail à faire, le meilleur était pour François et le sale était pour Jef. François gagnait plus et devenait plus riche que Jef, mais néanmoins, Jef devait donner chaque mois une partie de son petit salaire à François et à son père. Ces deux s'entendaient très bien, surtout parce qu'il parlaient la même langue. Quand Jef parlait, ils ne comprenaient rien, mais ce n'était pas grave. Ils suffisait de lui commander ce qu'il devait faire et combien il devait lui payer.

Ils n'avaient pas de problèmes de conscience. Somme toute, si Jef n'était pas content, il n'avait qu'à devenir comme François. Jef essayait, mais ce n'était pas facile, surtout que François et son père se moquaient de lui aussi, finalement, Jef préféra rester lui-même.

Les années s'écoulèrent et Jef n'était pas heureux, mais il ne pouvait rien faire contre François et son père. Cependant, les mauvais traitements eurent un effet inattendu. Jef devint un travailleur qui savait se débrouiller, même dans la plus grande misère. François par contre, s'habituait à une vie plus facile. Somme toute, il pouvait toujours compter sur une partie du salaire de son frère. Pourquoi est-ce qu'il se ferait des soucis ? Et sans qu'ils s'en aperçoivent, Jef devint plus riche que François.

François trouvait ça très injuste. Ce n'était quand même pas de sa faute s'il gagnait moins qu'avant ! C'était la faute des autres. Heureusement, il avait son frère Jef qui, dès leur jeunesse, lui donnait chaque mois une partie de son salaire. Mais François trouvait que Jef n'était plus aussi sympathique que dans leur jeunesse. Il l'importunait toujours avec des questions, comme "pourquoi François ne comprenait toujours pas Jef, même s'il avait toute la vie pour essayer", et "pourquoi Jef avait-il toujours dû donner plus d'argent, même quand il était plus pauvre que François", et "pourquoi François disait-il chaque fois que c'était vraiment la dernière fois que Jef devait payer, quand ce n'était pas vrai". Il trouvait Jef très arrogant maintenant. François estimait qu'il avait quand-même toujours aidé Jef quand il était dans le besoin ! C'était maintenant au tour au Jef de faire quelque chose pour lui. Et Jef devait savoir qu'il était impossible à François de le comprendre, avec sa manière particulière de dire les choses. Et Jef n'avait même pas le droit de lui demander d'essayer de le comprendre ! Jef devait comprendre ce que François disait et le fait que Jef insiste était bien la preuve qu'il était toujours aussi grossier que dans sa jeunesse. La nature ne se trahit pas.

Maintenant, François et Jef étaient mécontents tous les deux. Frustré, Jef ne se sentait pas respecté par son frère, parce que François ne voulait toujours pas faire l'effort de le comprendre. François, de son côté, était aussi frustré parce que lui, le meilleur des deux frères, était maintenant gravement frappé par le malheur, et de plus dépassé par son frère grossier. Il commençait à avoir peur de son frère. Somme toute, il avait des difficultés à le comprendre. Qui sait quel plan il avait dans sa tête ! Aussi il commença à s'imaginer des choses, et à raconter partout dans le village quel truand son frère était devenu, que Jef voulait le forcer à parler comme lui, qu'il voulait le laisser tomber comme une pierre et que Jef était devenu riche sur le dos de François….

Evidemment, cela ne faisait qu'aggraver la situation.

Epilogue fictif (il faut garder l'espoir).

Jef et François avaient des fils. Le fils de François constatait que la famille de Jef était plus riche et que Jef avait plus de succès que son propre père. Il voyait que les tensions dans la famille n'aidaient personne. Pour progresser ensemble, il était important de bien collaborer et de prendre sa responsabilité dans ces choix. Il ne comprenait pas pourquoi son père avait toujours été trop fier pour apprendre la langue de Jef, alors que Jef avait toujours montré une bonne volonté de parler la langue de François. Dorénavant il résolut de faire l'effort de parler aussi la langue de Jef. De plus, il conclu un accord avec le fils de Jef, qui promit de continuer à l'aider au maximum, à condition que l'argent soit bien utilisé. Comme le fils de François ne craignait pas les responsabilités, il trouva que ce compromis était très honorable.

Cette nouvelle approche eut du succès et bientôt le fils de François n'eut plus besoin de l'aide du fils de Jef. Quand ils se voyaient, ils se comprenaient très bien. Comme ils se respectaient, le fils de Jef parlait la langue de François quand il visitait la famille de François et le fils de François parlait la langue de Jef quand il visitait la famille de Jef.

Tout le monde s'accordait bien. Quand l'un avait besoin d'aide, l'autre était là pour l'aider; mais plus jamais l'un ne profita de la bonne volonté de l'autre.

Voici, ci-dessous, ma version de l’histoire. J’invite les lecteurs du site à intervenir pour me signaler autant leurs remarques que leur désaccord.

Histoire d’un pauvre homme qui avait deux voisins.

Il était une fois un pauvre homme, le petit Belge, qui avait deux voisins : au sud, Bonaparte le Français, très grand, très conquérant qui l’avait asservi et lui imposa sa loi et sa langue. Il tenta aussi de dominer les autres voisins, mais ceux-ci finirent par s’unir, le combattre et le renvoyer chez lui, en remettant le petit Belge à Guillaume le Batave, son voisin du nord, qui en fit son domestique. Fort méprisé par son nouveau maître, le petit Belge se révolta, si fort et si courageusement, que la liberté lui fut rendue.

Libre, le petit Belge se débrouilla tellement bien qu’il devint fort riche. Il avait quatre enfants, deux filles, France-Cophone et Hilda la Flamande et deux garçons, Frans-Quillon et Tchantchès le Wallon.

Le Père était très fier de ses deux aînés, France-Cophone et Frans-Quillon, qui parlaient bien la langue du puissant voisin si cultivé et si savant. Aussi, il leur légua toute sa fortune en oubliant ses deux cadets, Hilda et Tchanchès, qui restèrent pauvres et ignorants. Le garçon, Tchanchès, continua à parler le wallon, qui était la langue de son père, tandis que Hilda, parlait le flamand qui était la langue de sa mère. Comme ils ne se voyaient pas souvent et qu’ils n’étaient pas très malins, ça ne posait pas trop de problèmes. On se débrouillait avec peu de mots et des signes, l’un parlant comme son père et l’autre comme sa mère.

Dans toutes les sociétés du monde, c’est connu, les riches dominent les pauvres et la famille de notre homme n’échappa pas à cette injuste règle. France-Cophone imposa à son frère Tchanchès l’obligation d’apprendre la langue du grand voisin. Frans-Quillon voulut faire de même avec sa sœur Hilda, mais celle-ci résista, préférant garder la langue de sa mère qu’elle connaissait si bien.

Le temps s’écoula, le petit Belge mourut et ses enfants eurent beaucoup de descendants. Les riches de la lignée de France-Quillon devinrent de plus en plus riches en utilisant la main d’œuvre bon marché des descendant de Tchanchès pour exploiter des mines de charbon et des usines qui transformaient les métaux, mais beaucoup mourraient dans les explosions de grisou ou détruisaient leurs poumons à cause de l’insalubrité de leur lieu de travail.

Les descendants de Frans-Quillon, de leur côté, exploitèrent la main-d’œuvre bon marché des descendants d’Hilda en les faisant travailler dans leurs usines de laine, de chanvre, de coton ou d’autres matières. Ils étaient très pauvres, mal payés et mal nourris…souvent malades et leurs enfants étaient aussi exploités.

Mais le vent tourna pour les riches des deux côtés, les descendants pauvres exigèrent plus de justice et une meilleure répartition des biens en refusant de travailler (Ils appelaient ça faire la grève). Comme les riches avaient mis tous leurs biens dans leur exploitation, ils furent bien forcés de mieux les traiter.

Les mines s’épuisèrent et les usines vétustes furent dépassées, si bien que les descendants de France-Cophone et de Tchanchès devinrent pauvres. Pendant ce temps, de leur côté, les descendants d'Hilda étaient devenus très riches grâce à leur travail mais aussi à leur chance, tout en conservant la langue de leurs aïeux maternels. Quant aux descendants de Frans-Quillon, il durent se soumettre comme les autres à ceux d'Hilda qui étaient devenus les plus puissants.

Les descendants des deux anciens riches, (France-Cophone et Frans-Quillon) étaient très mécontents de la situation surtout ceux de France-Cophone qui avaient perdus leurs mines et leurs usines. Aussi vilipendaient-ils les descendants d'Hilda qu’ils trouvaient arrogants, suffisants, injustes et méprisables à cause de leur origine modeste. Comme ils criaient très forts et que les autres les craignaient toujours, on n’entendait qu’eux. Ils finirent même par vouloir se séparer et aller demander au voisin qui leur avait imposé sa langue de les reprendre …

Épilogue :

La conclusion de Monsieur Lemmens est la seule valable et la plus équitable dans la situation actuelle des événements tant que l’anglais ne se sera pas imposé comme langue de l’Europe et je renvoie le lecteur à son épilogue heureux qui serait de bon augure pour l’avenir de nos communautés et de notre si beau pays.

Par cette histoire, j’ai voulu souligner un élément essentiel que le Wallon octogénaire que je suis, a vécu dans sa jeunesse et dans sa famille et que les Flamingants qui fomentent la haine entre nos deux communautés, camouflent habilement. Ce soi-disant « mépris des Francophones envers les Flamands » alimenté par certains milieux haineux voire séparatistes, est davantage un phénomène du passé résultant de la différence économique qui existait entre les classes sociales à une époque de domination de la bourgeoisie capitaliste que d’un sentiment de la population francophone dans son ensemble.

Le wallon (vieille langue reconnue) était et est toujours parlé dans la Wallonie aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Le français s’est installé et fut imposé comme langue de culture et de l’enseignement. Les Flamands de leur côté ont voulu créer un néerlandais de culture, qu’ils ont du mal à imposer. Entre eux, ils parlent le « tussentaal », de là, la difficulté de comprendre pour un Francophone …

Piètre excuse, mais excuse quand même, il ne faut pas s’étonner que nous ayons de grosses difficultés à apprendre une langue que les flamands ont eux-même longtemps rechigné à utiliser à tel point que vos voisins des Pays-Bas sous-titrent en télévision celle qui est pratiquée dans les films ou feuilletons flamands.

L’histoire est ce qu’elle est (on ne refait pas l’histoire). Tout aurait été très différent si les Flamands avaient accepté comme les Wallons l’utilisation du français comme langue de culture enseignée. Ils auraient eu l’avantage de révéler d’autres génies de la langue française tels que le furent les Verhaeren, Maeterlinck, Rodenbach, Gevers, de Ghelderode et autres Mallet-Joris. Il est regrettable que cette possibilité d’apport du génie flamand à la littérature française et même à la culture en général, ait disparu. !


Philippe Mailleux.

17:15 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (3) | |

Commentaires

Belle parabole!
Vous résumez admirablement bien la situation.

Ceci dit, je ne partage pas votre optimisme et l'espoir d'un heureux dénouement. Le spectacle affligeant de notre classe politique (tant francophone que flamande) depuis juin 2007 en est la preuve. Ce sont ces mêmes politiciens et leurs prédécesseurs ont laissé se creuser le fossé qui sépare désormais les 2 grandes communautés de ce pays. Quand ils n'ont pas simplement oeuvré à sa mise en place.

Les efforts que nous pourrions faire n'y changeront plus rien et l'éclatement de ce pays est, en ce qui me concerne, inéluctable; simplement parce que plus personne ne veut ou n'est en mesure de combler ce fossé. Et ce des deux côtés.

Je précise que je suis francophone, né à Bruxelles et que j'ai vécu toute mon enfance et ma jeunesse en Flandre.
A présent, je suis indépandant et, bien que vivant en Wallonie, je travaille en Flandre. J'ai appris le néérlandais, non pour la beauté de la langue, mais par opportunisme professionnel. Ma fille de 3 ans va à l'école en néérlandais parce que je veux qu'elle maîtrise plusieurs langues lorsqu'elle sera plus âgée; et tant qu'à faire, autant apprendre la langue de ses voisins...

Mes parents ont travaillé dur pour que mon frères, ma soeur et moi-même en arrivions où nous en sommes. Nous sommes à présent en train de faire de même pour nos enfants... Comme la majorité des gens de ce pays, à aucun moment nous n'avons "abusé" des mécanismes de solidarité interpersonnelle, ciment, s'il en reste, de ce pays.

Par contre, entendre à longeur de temps des politiciens flamands nous traiter de paresseux, d'incompétants et d'immigrés linguistiques (j'ai vécu 26 ans de ma vie à Linkebeek!), cela commence à sérieusement me courir sur le haricot!

Toutefois, ce qui m'énerve le plus est que ces discussions byzantines empêchent à présent l'Etat de fonctionner correctement à un moment où l'on en a particulièrement besoin. Quand je vois à quoi passe l'argent de les impôts, c'est à pleurer!
Alors, si pour mettre fin à tout ce foutoir il faut jeter le bébé avec l'eau du bain, qu'attendons-nous!

Je n'ai peur ni des temps de galères, ni de l'indépendance!

Bien à vous,
Soltan Griss

Écrit par : Soltan Griss | 02/03/2009

3 mars 2009

Cher Monsieur Soltan Griss,

Merci pour votre commentaire.

Je reste optimiste parce que le pragmatisme des Flamands prévaudra … Nous nous dirigeons vers une Europe unie avec une langue de travail et quelques langues de culture dont le français … Les autres « parlers », même s’ils se sont érigés en langues culturelles, resteront d’usage local et même avec le temps « anecdotiques » comme c’est le cas du wallon et du luxembourgeois dont on se plaint déjà de la disparition …

Quant à l’éclatement du pays, je n’y crois pas davantage. Nous avons trop de nécessités communes et d’intérêts pour en arriver à cet extrême. Nous sommes les champions du compromis (On vient de l’étranger pour prendre leçon de nos trucs et ficelles …)

Ceci étant, je comprends votre irritation dans un milieu méprisant voire hostile, l’arrogance des « parvenus » sera toujours à déplorer …

Vous avez mille fois raison de donner à vos enfants toutes les chances de se faire une belle place au soleil de notre temps qui comporte la nécessité d’une connaissance des langues. Ce n’est pas facile pour certains qui ne sont pas doués (j’en suis ainsi que deux de mes enfants, alors que les deux autres parlent l’un 4 langues et l’autre 8 dont le japonais, l’arabe et le suédois et mes petits-enfants sont éduqués dans le même esprit).

Bien à vous.

Philippe Mailleux, alias Doulidelle

Écrit par : Doulidelle | 03/03/2009

Merci de votre réponse...
Qui vivra verra...
Bien à vous,

Soltan Griss

Écrit par : Soltan Griss | 03/03/2009

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