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07/08/2008

Á MES FRÈRES DU NORD - SUITE ET PAS FIN

Dans ma longue existence d’octogénaire, j’ai eu le privilège d’être le témoin de nombreux faits qui me confortent dans la conviction que nous sommes faits pour nous entendre et que nous devons contrebalancer l’influence des « politiciens » et « médias » inconscients du mal qu’ils font à notre si beau pays.  C’est dans ce faible espoir que je poursuis mon initiative.

Mes plus fidèles amis, ceux sur qui j’ai toujours pu compter, sont du Nord, des vrais Flamands, d’une fidélité bouleversante quand ils vous honorent de leur amitié.  Je n’ai qu’un lourd regret, celui de ne l’apprécier réellement que maintenant !

Jeune homme de dix-sept ans, j’avais comme compagnon de chambre un Flamand de Kuurne, séminariste des Pères Blancs (Witte Pater) qui était venu comme moi soigner en Suisse un mal, mortel à l’époque,  résultant des privations de la guerre.

Il m’entourait d’une amitié profonde et désintéressée.  Discret, il se tenait dans l’ombre, mais me soutenait quand j’avais de durs moments de cafards.  J’avais 17 ans et la chaise longue plutôt que la plaine de sport.

Cette fidélité qui ne fut plus qu’épistolaire quand nous sommes revenus en Belgique, dura des années : il m’écrivait tous les mois, sans en manquer un.  Je la lui rendis bien mal cette constance.  Elle s’est éteinte avec son décès.

Pendant plus de trente ans, cadre supérieur d’un grande société, j’ai eu le privilège d’avoir dans mon ombre un personnage d’une incroyable loyauté, d’une fidélité et d’un dévouement absolus. Nos liens furent profondément amicaux nullement hiérarchiques.  J’étais pourtant parfois dur avec lui, il me regardait alors avec des yeux tristes qui me restent au creux de l’âme.  C’était aussi un pur flamand « émigré » à Bruxelles. Il est mort dernièrement, je suis triste quand je pense à lui…

Curieusement, les quelques amis fidèles sur lesquels j’ai pu compter dans mon existence,  étaient tous du Nord.  Quand on gagne leur confiance, qu’ils ne donnent pas facilement, ils vous honorent de ces grandes qualités de droiture et d’attachement qui les caractérisent. Plus versatiles ou opportunistes ceux du Sud, moins fidèles, peuvent changer de camp.

Faut-il aussi rappeler ces liens étroits de « fraternité » qui se sont établis à travers le temps entre nous quand les vicissitudes de l’existence humaine nous a  contraints à la solidarité.  Il en fut ainsi en 1914 où, frères dans les tranchées, wallons et flamands étaient unis contre l’envahisseur. 

J’ai toujours dans les oreilles les récits de mon Beau-Père (2 ans de service militaire, 4 ans de guerre dans les tranchées et deux ans d’occupation) qui me racontait avec calme, mais avec des yeux évocateurs d’horreurs, le gaz moutarde dont il avait gardé une trace inguérissable à la jambe, les « marmites » ces grosses bombes pleines de mitrailles qui déchiquettent tout, projetant des débris de chairs et d’os, et la vie dans les tranchées, les pieds éternellement dans l'eau et la boue avec des rats qui rongent les morts et les pieds des hommes abrutis de froid et de sommeil… 

Il me disait ça avec la dignité tranquille du héros modeste qui voudrait tant que ça ne se reproduise plus et qui n’a jamais compris pourquoi le monument de l’Yser élevé à la gloire de ses camarades flamands tombés au « champ d’honneur » avait été dévié de son sens. Il n’y a plus été quand il a compris qu’il n’avait plus sa place aux côtés de ses compagnons d’arme.

Faut-il aussi rappeler une autre bataille, pacifique celle-là, celle du charbon, livrée par Achille  Van Acker « Assile sarbon » comme on appelait alors ce premier ministre qui avait un cheveu sur la langue. Il fallait relever l’Europe détruite par une guerre dévastatrice et produire le maximum d’acier pour reconstruire villes et usines…

A ce propos, j’ai le souvenir de mon oncle, ingénieur wallon des mines qui me racontait sa vie de mineur de fond à Winterslag dans le Limbourg avec ses compagnons flamands, italiens et wallons.  Il avait les traits perpétuellement marqués par la poussière du charbon qui s’y était gravée.  Comme beaucoup de ses compagnons de fond, il est mort du mal des mineurs, étouffé lentement par la silicose…

Si notre monde repu d’aujourd’hui pouvait écouter ces accents d’histoire qui nous rappellent ces moments de fraternité intense, nous pourrions comme dans le passé, nous unir pour surmonter ensemble les malheurs qui guetteront toujours l’humanité !

16:27 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |

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