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27/07/2008

NOUVELLE LETTRE Á MES FRÈRES DU NORD

Que les 80 visiteurs du 22 au 25 juillet qui ont tenté de consulter mon Blog (LETTRE Á MES FRÈRES DU NORD) et qui n’ont pu le faire, veuillent bien m’excuser.  Une erreur d’exécution que je ne m’explique pas a dû se produire.  J’ai annulé ce Blog et l’ai remplacé par celui-ci mis à jour.

 

En ces temps de déraison un fidèle lecteur de la Libre Belgique, (plus de cinquante ans d’abonnement) lance un appel à la raison à ses frères du Nord 

Á MES FRÈRES DU NORD.

Je suis un vieux Wallon de bientôt 80 ans qui souffre de nos désaccords et de nos douloureuses disputes de famille.  C’est grave puisque, pour la première fois, certains que vos électeurs ont porté au pouvoir, veulent qu’on se sépare pour toujours !

Nos racines sont enfouies dans les brumes lointaines de l’histoire.   Rome nous craignait alors, il y a plus de 2000 ans, quand Jules César disait que nous étions les plus braves (ou les plus sauvages) de toute la Gaule.

Depuis, vous autres, les gens du Nord, habiles artisans, groupés en guildes, rivalisèrent avec ceux de Rome, Florence et Venise pour susciter les génies de l’art que sont vos Van Eyck, Breughel, Memling, Jordaens, Van Dyck, … et autres Rubens.

Les « Grands » du passé, depuis Charlemagne, se plaisaient bien chez nous et ne manquaient pas d’assister à nos événements importants :  Marie de Bourgogne, Charles Quint, et surtout Albert et Isabelle qui ont donné une dimension internationale à Bruxelles, pour ne citer que les plus célèbres…

Faut-il aussi rappeler nos résistances « patriotiques » à l’occupant : ceux des éperons d’or et de Franchimont, le « ketje » de Bruxelles qui leur pisse dessus… ceux de l’ombre et des tranchées de 14… et les résistants de 40 et les martyrs des camps… !

Depuis, l’histoire ne repassant pas toujours les plats dans le même sens, nous fûmes tour à tour prospères ou misérables, l’un,  « le saisonnier », se rendant chez l’autre qui en avait mieux les moyens, soit pour la récolte provenant d’un sol plus généreux, en dormant dans la paille au-dessus des vaches et des cochons,… soit pour, les uns comme les autres, œuvrer dans des usines sales, poussiéreuses et dangereuses d’une métallurgie inhumaine en plein essor, à une époque antisociale de profiteurs capitalistes.

Maintenant, industrieux et opiniâtres ceux du Nord sont devenus riches et ceux du Sud pansent leurs plaies : les moyens de subsister qu’ils arrachaient alors durement aux tripes de la terre se sont taris et les forges des ciels rouges, qui noircissaient tout, se sont éteintes.  Il ne leur reste que terrils, maisons noires et, lancinante dans leur mémoire, l’image de leurs vieux qui étouffent en crachant leurs poumons.

Commencée à l’occupation napoléonienne, l’usage de la langue française s’imposa durement et difficilement.  Nous, les gens du sud, avons souffert d’abandonner notre wallon comme vous votre flamand.  Ce fut très dur pour nos anciens (mes arrières grands parents et même la plupart de mes grandes tantes parlaient difficilement le français) Je me souviens que dans les écoles et chez moi, il était interdit et même sanctionné de parler wallon.

Ce fut également ainsi chez vous, ceux de votre peuple qui ne fréquentaient pas ou peu une école d’élite les appelaient « fransquillons ». Ce sera alors que le génie flamand créera des écrivains qui contribueront à la gloire de la littérature française (Charles De Coster, Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Georges Rodenbach, Marie Gevers,  Michel de Ghelderode, Françoise Mallet-Joris pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit).

Quelle perte pour la littérature française et pour la culture en général que la disparition de ce terreau fertile qui ne produira plus ses fruits !

Après la première guerre mondiale, vint s’installer chez vous un incroyable  complexe, peut-être justifié par la difficulté que vos simples soldats (de même que les nôtres) avaient de comprendre leurs officiers qui provenaient d’une aristocratie ou d’une bourgeoisie prioritairement instruite en français.

Ce fut le début d’une impitoyable croisade d’éradication du français au profit du flamand qui fut légiféré en langue officielle, poussant certains aux ukases que nous connaissons aujourd’hui.

Aussi, le vieux bonhomme qui vous apprécie tant, vous adresse-t-il ce pathétique appel à la raison qui est votre principale et remarquable qualité pour que vous apaisiez ceux qui chez vous s’érigent en sirènes du séparatisme.

Pourquoi aussi imposer à mes petits-enfants l’apprentissage d’une langue que vos prochaines générations ne parleront qu’entre eux, quand la mondialisation en marche rapide aura privilégié la langue de Shakespeare, les autres tombant en désuétude ou comme le français devenu une base de culture au même titre que le latin et le grec ?

Apprendre une langue qui se complique des accents et usages régionaux (tussentaal) que la plupart d’entre-vous conservent, demande chez certains (tout le monde n’a pas le don des langues et j’en suis) un effort considérable qui peut prendre des années.  Vous avez légiféré un parler que vos voisins d’Outre-Moerdijk,  néerlandophones pourtant, sous-titrent en télévision, comme vous d’ailleurs, pour vous comprendre,.

Je vous en prie calmez aussi l’exigence linguistique de plus en plus sélective de vos censeurs détenteurs du pouvoir d’accorder dans vos régions aux plus économiquement faibles un logement modeste dans le but de privilégier vos autochtones.

Pour une fois en contradiction avec La Fontaine, ne nous appliquez pas la raison du plus fort qui n’est humainement pas la meilleure !

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